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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

western

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #King Vidor
Billy the Kid (King Vidor, 1930)

 

Troisième film traitant de ce personnage, c’est aussi le premier western de King Vidor, cinéaste plutôt spécialisé dans le drame.

Il s’agit aussi du premier western parlant sur Billy the Kid, en cette année 1930 qui vit tout de même la sortie une quinzaine de jours plus tôt de The big Trail du grand Raoul Walsh. Et je dois avouer que le Billy the Kid de Vidor ne soutient pas longtemps la comparaison avec cet autre western…

 

John W. Tunston (Wyndham Standing) & Angus McSween (Russell Simpson) arrivent à Lincoln, petite localité du Nouveau-Mexique avec leur bétail et leurs possessions, décidés à s’installer dans ce coin de l’Ouest sauvage.

Mais cette bourgade est dirigée par le colonel William P. Donovan (James A. Marcus) qui cumule les fonctions de shérif et juge, ce qui est bien pratique pour diriger une communauté.

Rapidement, un affrontement se met en place, les nouveaux arrivants étant bien s^pur fort désavantagés par la situation.

C’est alors qu’intervient Billy the Kid (Johnny Mack Brown), qui prend la défense de ces paisibles éleveurs, ramenant un équilibre indispensable à la survie de ces derniers.

 

Il est très clair que cette nouvelle adaptation n’a elle non plus pas grand-chose à voir avec le vrai Billy the Kid, et c’est le gouverneur du Nouveau-Mexique de l’époque (1930) qui l’écrit dans une lettre qui est reproduite en introduction du film.

Mais ce gouverneur se garde bien de dresser un portrait réaliste de ce hors-la-loi devenu légendaire, insistant sur le côté justicier de ce personnage.

Que les choses soient bien claires : Billy the Kid n’était pas un personnage très fréquentable, et certainement pas un justicier.

 

Mais qu’importe, nous sommes au cinéma et tout est permis, même de faire passer un brigand pour un type bien (1). Mais ce qui gêne le plus, c’est que Billy s’en sort !

La vérité semble pencher pour le fait que Pat Garrett (ici Wallace Beery) ait tué Billy le 14 juillet 1881.

Ici, pas du tout : Billy s’en va vers une autre vie, comme il le fera chez Howard Hughes une dizaine d’années plus tard.

Puisque je vous dis que tout est possible !

 

Quoi qu’il en soit, ce qui frappe le plus dans ce film, c’est la violence des différentes situations.

Le Code Hays n’étant pas encore en vigueur (il faudra attendre encore quatre ans), nous sommes dans cette ère « pré-Code » où (presque) tout était encore possible d’être montré.

L’assassinat de Tunston est déjà terrible, mais le siège qui va suive le sera tout autant, avec sa résolution quand les assiégés vont être tirés comme des lapins pendant qu’ils essaieront de fuir.

Mais surtout, ce qui pouvait choquer le plus les spectateurs de 1930 (encore que…), c’est le fait que les représentants de la Loi soient les véritables méchants de l’intrigue, véritable retournement des valeurs sociales.

 

Il est bien clair que Vidor n’est pas vraiment à la fête avec ce nouveau genre pour lui qu’est le western. Surtout quand on compare avec les productions contemporaines ou antérieures à ce film : outre Raoul Walsh, John For nous avait déjà gratifié de quelques magnifiques productions (The iron Horse, Three bad Men…), sans oublier The covered Wagon de James Cruze.

Mais on trouve tout de même des éléments bien propres au genre comme les grands espaces et les incontournables échanges de coups de pistolet. Mais ces derniers ne possèdent pas encore ici la maîtrise qu’on retrouve chez les autres : Vidor fait ses armes (c’est le cas de le dire).

Outre les grands espaces, on trouve ici un microcosme intéressant avec des personnages pittoresques comme on peut en trouver chez les autres (Ford en particulier, mais chez Walsh aussi) :

  • nous avons droit à une collection de moustaches tombante auxquelles il ne manque que le jus de tabac où des haricots qui s’y seraient collés. C’est un trio pittoresque composé de Hatfield (Nelson McDowell) et Butterworth (John Beck) dont les conversations, suivies par le Danois Swenson (Karl Dane (2)), sont des plus absurdes, amenant un élément comique qui n’est pas toujours indispensable.
  • Mrs Hatfield (Aggie Herring), véritable femme-maîtresse qui dirige son monde et surtout son mari à la baguette. Le choix d’Aggie Herring dans ce rôle est très pertinent, sa gouaille et son aspect physique renforçant son personnage.

Je terminerai en signalant la présence de deux visage qu’on va être amené à voir dans les productions hollywoodiennes futures : Chris-Pin Martin (Santiago) au regard qui n’est pas sans rappeler celui e Jack Elam, et Roscoe Ates (Old Stuff), qui est déjà un ressort comique.

Mais si Old Stuff est amusant, il n’en demeure pas moins un personnage attachant et en même temps tragique du fait de son sacrifice.

King Vidor fera à nouveau appel à lui dans son film suivant, aux côtés du même Wallace Beery déjà présent ici.

 

  1. Ce ne sera pas la dernière fois…
  2. Karl Dane, du fait de ses origines danoises, ne passa pas le cap du parlant à cause son accent. Ici, il n’intervient que très peu, dans un rôle sur mesure. Dane, ignoré/oublié par les studios se suicidera quatre ans plus tard. [Dane retrouve ici Vidor pour lequel il avait déjà tourné dans le magistral The big Parade.]

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #William S. Hart, #Charles Swickard, #Muet
Le Justicier (Hell's Hinges - Charles Swickard & William S. Hart, 1916)

Pendant que la guerre fait rage en Europe, la production hollywoodienne continue, installant pour longtemps sa suprématie sur le monde.

Voici un western – encore un – plutôt édifiant, où le rôle de la religion est, pour une fois central. Bien sûr, il y est question de rédemption, mais c’est tout de même un western à part dans la production foisonnante américaine.

 

Le jeune pasteur Rober Henley (Jack Standing) n’a pas encore de paroisse et pour cause : il manque cruellement de caractère. Mais soutenu par sa sœur qui a une confiance aveugle dans ses capacités, il se retrouve nommé en pleine campagne, là où les paroissiens sont réputés plus doux.

Mais en guise de campagne, c’est l’Ouest (sauvage, bien sûr) qui est sa destination, dans la petite ville de Placer Center (« Centre des Alluvions ») que les autochtones ont tendance à surnommer « Hell’s Hinges » (« Les Charnières de l’Enfer »), d’où le titre original.

Cette petite ville est dominée par deux personnalités fortes : Silk Miller (Alfred Hollingsworth) et « Blaze » Tracy (William S. Hart). Chacun a sa spécialité : Miller dirige le saloon tandis que Blaze est une très fine gâchette, tirant au pistolet d’abord et posant les questions ensuite.

Alors quand le pasteur débarque dans ce lieu sans foi ni loi (littéralement), on peut s’attendre à une recrudescence de la violence.

Ce sera le cas, mais pas comme on pouvait le craindre.

 

Bien sûr, William S. Hart est ce justicier du titre français, touché par la grâce et en quête d’une rédemption qui viendra à lui, mais de manière fort brutale.

D’une manière générale, d’ailleurs, le film est d’une violence assez crue, les morts s’accumulant progressivement. La première vision que nous avons de Hell’s Hinges, d’ailleurs, est un échange de coups de feu avec un premier mort, qui amène une nouvelle fusillade, (etc.)…

Et l’attente du pasteur par deux comités de réception est dans la plus pure tradition de l’Ouest.

D’un côté les fidèles – the petticoat Brigade (« la brigade enjuponnée ») – qui attend avec fébrilité le retour dans Dieu dans cet enfer ; de l’autre les cowboys goguenards qui en sont pas sans rappeler ceux qui s’occupaient des pieds-tendres à leur arrivée (1). Nous avons même droit à une séance de tir au revolver où Blaze montre son habileté en tirant à plusieurs reprises sur une boîte sur laquelle est dessiné un pasteur.

Mais, et sinon le film se terminerait là, la sœur du pasteur tape dans l’œil de Blaze qui va changer du tout au tout et protéger ces nouveaux-venus, commençant alors sa quête de salut.

 

Mais comme nous sommes dans l’ouest et que le surnom de la ville n’est pas usurpé, nous assisterons à des exactions instiguées par l’ignoble Silk Miller qui n’amèneront rien moins que le chaos, avec explication finale aux pistolets et autres carabines.

Mais revenons sur Miller. Il est estampillé grand méchant de l’intrigue et porte très bien cette appellation.

Par contre, on ne peut ignorer la xénophobie sous-jacente dirigée contre ce personnage : Miller est présenté comme un le croisement d’un Mexicain à la « ruse huileuse » (i.e. qui glisse entre les doigts) et d’un crotale. Bref, une personne vraiment peu recommandable, dans laquelle on sous-entend un métissage forcément maléfique (2).

 

Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un western plutôt plaisant, même si on se demande bien pourquoi on a utilisé le terme « justicier » pour le titre : si faire justice, c’est ça, il n’y a pas de quoi être bien fier.

Certes, Blaze a les allures du justicier comme l’imagerie populaire a pu le montrer, mais seulement les allures : ses pratiques ne sont pas spécialement placées sous l’égide du Droit (voir plus haut), et quand on voit le résultat final, on a de quoi être franchement dubitatif.

Mais qu’attendre d’un endroit qui s’appelle Hell’s Hinges ?

 

PS : c’est une copie de très bonne facture qui est disponible actuellement, avec accompagnement au piano et les teintes originales conservées (intérieur, nuit…), avec en prime quand c’était possible (la plupart du temps) des intertitres originaux illustrés de très belle facture.

 

  1. Voir à ce sujet le magnifique album de Morris et Goscinny : Le Pied-Tendre (Dargaud, 1968).
  2. Revoir, à ce sujet The Half-Breed qui sortira le 30 juillet de cette même année.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Nicholas Ray, #Joan Crawford
Johnny Guitar (Nicholas Ray, 1954)

Une affaire de femmes.
Non, ce n’est pas un film de Chabrol, mais bien un western très particulier de Nicholas Ray. Très particulier du fait de la place laissée aux deux femmes qui envahissent l’écran : Joan Crawford (Vienna) et Mercedes McCambridge (Emma).

Et si le titre Johnny Guitar se réfère à un homme (Sterling Hayden), ce sont bien les deux femmes qui soutiennent l’intrigue et dirigent tout le monde, chacune de son côté.

Mais reprenons.

 

Alors que le chemin de fer progresse inexorablement, le saloon de Vienna se tient seul au milieu de nulle part, sur le futur tracé.

Ce saloon accueille tout le monde, sans distinction, Vienna ne s’occupant pas des affaires des autres.

Parmi ses clients, le Dancing Kid (Scott Brady) et sa bande – Bart (Ernest Borgnine), Corey (Royal Dano) et Turkey (Ben Cooper) – dont les revenus sont suspects aux yeux des autres habitants de la région.

Alors quand la diligence est attaquée et le frère d’Emma tué, les braves citoyens se rendent directement chez Vienna, espérant y trouver le Kid et pourquoi pas en profiter pour le pendre.

C’est dans ce climat tendu qu’apparaît Johnny Guitar, engagé par Vienna pour améliorer l’ambiance dans son saloon.

 

Du « sur mesure » !

C’est ce qu’on constate en voyant ce film : tout gravite autour de Joan Crawford qui, ayant revendu les droits du roman original à Republic Pictures, démontre une nouvelle fois qu’elle était une star absolue et une actrice extraordinaire. Et aussi une femme de (mauvais) caractère, si on en croit les différentes anecdotes qui émaillent le tournage.

En face d’elle, on trouve une autre grande actrice : Mercedes McCambridge qui tient la dragée (très) haute à la grande Joan, imposant son personnage de femme-maîtresse au même niveau que celui de Vienna.

La rivalité fut donc des deux côtés de la caméra, Joan et ses caprices ayant usé beaucoup de patiences…

 

De plus, quand sort le film (5 mai), l’Amérique vit la fin du maccarthysme, et ce fléau anti-démocratique se ressent dans le rôle de Vienna. Nicholas Ray profite de la séance d’arrestation (musclée) de cette dernière pour critiquer les pratiques du sénateur et sa « Commission des Affaires Anti-Américaines ».

La couleur est annoncée dès l’irruption du groupe aux velléités de lynchage : Vienna joue du piano (assis) dans une robe blanche immaculée, symbole évident de son innocence. S’ensuit un (beau) monologue dans lequel elle reproche à ses visiteurs leur manque de jugement et surtout leur injustice flagrante, menés par une femme aux motivations qui ne rejoignent pas obligatoirement l’intérêt général.

C’est une belle scène qui nous est offerte, Vienna/Crawford y étant superbe en porte-parole du réalisateur.


Cette arrestation amène un lynchage qui tourne court – Vienna sera sauvée, heureusement (1) – mais qui n’en demeure pas moins un élément marquant du film.

On se souvient du magnifique Ox-bow Incident qui traitait déjà de ce thème dans lequel on exécutait trois innocents. Ici, Ray va un tout petit peu plus lin dans la démonstration : certes Turkey n’est pas tout blanc, mais les conditions du lynchage sont aussi fortes que dans le film de Wellman. ON sent le malaise gagner les différentes participants qui se rendent compte de l’attitude outrancière voire insensée d’Emma, refroidissant alors leurs ardeurs.

Mais l’exécution de Turkey a tout de même lieu, la pendaison étant peut-être plus choquante du fait de la présence de sang dans le cou du jeune homme (blessure antérieure), et aussi parce que le montage coupe le plan au moment où le cheval se dérobe sous Turkey, soit un peu plus tard que l’avait fait Wellman. Un moment inoubliable : l’ayant vu une première fois il y a plus de 30 ans (2), je trouve que son intensité est la même.

 

Au final, un western inoubliable (encore un !) et surtout original : ici ce sont les femmes qui commandent et qui règlent les problèmes, à l’encontre des westerns plus traditionnels qu’on trouve à la même période. De plus, le duo infernal Crawford/McCambridge amène ce film à un haut niveau, faisant de ce western l’un des plus grands de la production hollywoodienne, aux côtés de ceux de Ford, Hawks (& C°).

 

  1. Sinon, pas de duel final !
  2. Ah, La Dernière Séance… Merci monsieur Eddy !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Kevin Costner
The Postman (Kevin Costner, 1997)

Etats-Unis, 2013.

Enfin 2013 vu depuis 1997, soit une quinzaine d’années plus tard.

Nous sommes dans une période post-guerre (1) qui laissa un pays exsangue et une désorganisation générale, dominée par l’armée des Holnistes, suiveurs d’un paysan opportuniste, et menés par le terrible général Bethlehem (Will Patton).

Face à cette armée omnipotente, un homme remet en place un service public : la poste. Son nom : Le Postier (Kevin Costner).

 

Kevin Costner qui nous avait gratifiés d’un extraordinaire Dances with Wolves nous propose ici un western assez atypique.

En effet, alors que le Western est – à juste titre – lié aux débuts du cinéma et surtout à la période qui en a vu la naissance, il projette le genre une centaine d’années pus tard.

Nous spectateurs de 2020 savons que l’anticipation est un tantinet exagérée, mais il n’empêche : Costner construit son film comme un de ceux qui firent de l’Ouest un univers mythique.

En effet, outre les grands espaces chers à ses prédécesseurs (Ford, Hawks, Walsh, etc.), c’est une nouvelle accession à la civilisation qui nous est proposée ici.

 

D’ailleurs, la séquence d’introduction ne laisse aucune alternative : nous sommes dans un western et puis c’est tut.

L’armée de Bethlehem arrive dans un village afin de se ravitailler (2). Ensuite, la divergence s’installe et nous assistons à un road-movie mettant en scène un homme qui n’est pas vraiment ce qu’il prétend être : le postier. Ce postier est avant tout un opportuniste. Comme il le dit lui-même : « si tu savais comment je suis devenu postier, tu en rirais ou en pleurerais. »

Et c’est vrai que c’est une drôle d’opportunité qui se présente à cet homme : seul, transi et trempé jusqu’aux os, il trouve une fourgonnette de la poste et le courrier qui va avec. Après avoir allumé un peu de feu (chaleur) avec les premières lettres, il prend conscience du pouvoir e ces lettres et surtout de l’espoir qu’elles renferment. A cela se mêle un brin d’opportunisme et vous avez une mission qui se trace devant notre homme, une sorte de sauf-conduit dans cette période on ne peut plus troublée.

 

Et cette histoire de Poste – restante, cela va de soi puisque le système est tombé en 2001 et nous sommes en 2013 – possède des accents un peu prémonitoires qui ont un réel écho dans notre monde de 2020. En effet, ce que propose ce postier occasionnel, ce n’est rien d’autre que de réinstaurer du lien social dans un système abandonné. Et bien sûr, il y parvient. Mais il ne faut pas être très regardant sur la manière : c’est l’occasion qui fait le larron, comme on dit, mais ici qui fait le postier. Mais c’est surtout l’espoir qu’il génère qui fait le reste : sans le vouloir – et surtout pour des débarrasser d’un importun (Larenz Tate) – il nomme un suiveur qui va essaimer, amenant une situation qui va complètement lui échapper : on parle de lui comme d’un héros extraordinaire et inaccessible. Et cette inaccessibilité ne peut être reprochée à ce suiveur – Ford Lincoln Mercury, alias John Stephens (le même Tate) – d’user des mêmes méthodes que son prédécesseur.

 

Et puis il y a la dimension western. Outre les grands paysages dont j’ai déjà parlés, nous retrouvons une configuration qui n’est pas sans rappeler la Guerre de Sécession. En effet, nous avons d’un côté le postier et ses suiveurs, qui en plus portent l’uniforme bleu qui n’est pas sans rappeler celui de l’Union, et de l’autre des hors-la-loi menés par un chef illégitime, avec des tenues plus ou moins disparates, censées rappeler celles du Sud.

Et bien sûr, vous devinerez qui l’emporte…

 

Bref, un western « moderne » qui n’eut pas le succès escompté ni encore moins mérité.

A (re)voir !

 

  1. D’après la chronologie Wikipedia, c’était entre 1998 et 2001.
  2. Ca devrait vous rappeler un film de John Sturges de 1960…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Edward Dmytryk
L'Homme aux colts d'or (Warlock - Edward Dmytryk, 1959)

La première fois, c’était un mardi.

Eddy Mitchell proposait ce film à sa Dernière Séance. Et après la présentation d’usage, nous avions enfin le droit de voir Henry Fonda et ses colts d’or qui faisaient rêver.

Il faut dire que le titre original laissait moins de place au fantasme : Warlock.

Qu’est-ce que Warlock ? Une petite ville américaine en bordure de désert où le shérif ne reste pas bien longtemps, chassé par la bande de McQuown (Tom Drake).

Les habitants décident alors d’embaucher leur propre marshal, même s’il a des méthodes un tantinet expéditives voire illégales.

Ce sera Clay Baisedell (Henry Fonda), à qui furent offerts deux pistolets en or pour ses services rendus.

Mais tout le monde n’approuve pas ces méthodes, à commencer par un ancien de la bande de McQuown, Johnny Gannon (Richard Widmark).

 

C’est la fin de l’âge d’or du western à Hollywood. Les sujets plus délicats sont posés : peut-on, pour ramener l’ordre, utiliser les mêmes pratiques que ceux qui le dérangent ? C’est le débat qui secoue les habitants – lâches – après le départ de leur énième shérif (1). Le juge Holloway (Wallace « Phroso » Ford) est pour le légalisme, mais il est bien seul.

Mais quand Clay apparaît, tout se dissipe et l’action va pouvoir commencer.

Et on retrouve encore une fois le thème cher à ce réalisateur tourmenté : le rachat.

Lui-même en quête de ce même rachat suite à ses prises de position et dénonciations pendant la chasse aux sorcières du maccarthysme, il offre à Widmark un rôle ambigu (au départ) celui du renégat (pour ses anciens partenaires).

La séquence d’introduction est pourtant bien claire : alors que s’égrène les différents noms de participants principaux (pas seulement les acteurs et actrices), on voit défiler la bande de hors-la-loi. Et c’est une fois que le générique se termine qu’on aperçoit enfin Gannon-Widmark, à la traîne, comme déjà en partance. Et cette position va durer jusqu’à la rupture inévitable, et la mort de son frère (Frank Gorshin) – tué par Clay – n’y changera rien : Gannon a rejoint le camp des « gentils », même si ce terme s’applique mal à Clay et son partenaire Tom Morgan (Anthony Quinn).

 

Parce que la position de Clay Baisedell est des plus ambiguës : il prévient tout le monde, dès son apparition en ville, qu’il y aura de la violence. Et il tient ses promesses. Sa première entrevue avec McQuown et sa bande est l’un des grands moments du film : le « Marshall » s’impose sans tirer un coup de feu, mais on sent tout de même que ça ne va pas durer.

Et paradoxalement, l’opinion va changer alors que Clay va faire ce pourquoi il a été engagé : il va tuer les contrevenants, sans distinction, pendant que Gannon va entrer dans la légalité : à aucun moment il ne tire sur quelqu’un, rejoignant alors le parti du juge Holloway, montrant que sa philosophie est la bonne.

 

Et les colts d’or, dans tout ça ?

Il faut attendre l’affrontement final (inévitable et attendu) pour que Clay les sorte : de leur cachette (on ne les voit pas avant, même pas en arrière-plan) et surtout le leurs étuis.

Mais cet affrontement final amène une nouvelle rupture : l’explication ne se déroulera pas comme prévue, et la fin ne se fera pas dans le soleil couchant.

Mais fort heureusement, les vrais méchants seront châtiés et l’ordre voulu s’installera.

 

[Attention ! Le paragraphe suivant révèle une partie de l’intrigue finale.]

 

Et les femmes ?

Elles sont deux, et très différentes l’une de l’autre. Bien sûr, ma préférence va à Lily Dollar (Dorothy Malone), qui incarne une femme mûre et forte (2), comparée à Jessie Marlow (Dolores Michael) plus jeune et diaphane. Chacune choisira son homme qui, chose curieuse, ne sera pas vraiment en accord avec sa personnalité propre.

En effet, Lily Dollar (ça sent bon le pseudonyme tout ça) n’est pas vraiment du côté de la morale alors qu’elle va choisir Gannon qui est le repenti de l’intrigue et terminera dans le camp des bons. Alors que Jessie, plus respectueuse de la loi, choisit Clay Baisedell qui, sans être le grand méchant de l’histoire, n’est pas vraiment le héros admiré de tous, sans oublier ses méthodes déjà évoquées plus haut.

 

Un  western particulier et qui eut beaucoup de succès, ce qui était mérité. On a tort de ne voir en Dmytryk qu’un technicien doué : c’était un réalisateur très capable et si les acteurs ont à chaque fois bien soutenu ses films, ce n’était pas seulement du fait de leur propre talent.

Mais son implication dans le maccarthysme ne lui a jamais été pardonnée, alors qu’il n’en fut pas de même pour Elia Kazan qui eut la même attitude à la même époque.

 

  1. Dans le bureau, une liste est gravée sur un mur.
  2. Dorothy avait presque 10 ans de plus que l’autre actrice.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Western, #László Benedek, #Marlon Brando
L'Equipée sauvage (The wild One - László Benedek, 1953)

Motos qui pétaradent.

Blousons de cuir (noirs, bien sûr).

Lunettes noires.

Une bande de motards débarquent dans une petite ville américaine, au milieu de nulle part.

Rapidement, la paix est troublée et les esprits s’échauffent, jusqu’à l’irréparable.

 

Le mythe Brando est né : le motard rebelle (1) qui trouble l’ordre et qui n’aime pas les flics.

Bien sûr, ce film fit scandale à sa sortie (il fut même interdit en Grande-Bretagne jusqu’en 1968) : outre le fait que Johnny n’aime pas les représentants de la Loi (inimaginable au cinéma en 1953), les « bons bourgeois » ne sont pas montrés à leur avantage.

Mais surtout, ce film montre un point de vue alors récent au cinéma : celui des adolescents.

En effet, pendant longtemps, on a considéré qu’une fois l’enfance terminée, on devenait adulte, sans transition. Mais depuis les travaux de Tonton Sigmund, on s’est rendu compte qu’il se passait des choses dans l’esprit des enfants qui étaient bien distinctes des deux autres âges humains.

 

Certes Marlon Brando a déjà 29 ans quand le film sort (à Noël, tu parles d’un cadeau !), mais son personnage de Johnny reflète très bien cet âge où le jeune homme – et la jeune femme d’ailleurs – finit de se construire et a parfois certaines pulsions incompréhensibles (pour les adultes et surtout les parents) qui leur font faire des choses inexplicables et inexpliquées.

Certes, de nos jours le thème de l’adolescence au cinéma est très développé et dans beaucoup de pays du monde. Mais en 1953, les ados, comme on ne les appelle pas encore, sont un véritable mystère (2).

 

On va alors voir se développer quelques films emblématiques pendant cette décennie qui, s’ils sont maintenant marqués, n’en donnent pas moins une idée réaliste de cette jeunesse révoltée, rebelle.

Deux ans plus tard, nous assisterons d’ailleurs à une année faste pour ce thème avec la sortie du magnifique Blackboard Jungle (en français : Graine de Violence) de Richard Brooks et de l’inoubliable Rebel without a Cause (La Fureur de vivre) de Nicholas Ray.

Et Johnny synthétise d’une certaine façon les deux aspects qui seront développés dans ces deux films : le côté délinquant juvénile du film de Brooks avec la révolte incomprise des jeunes gens chez Ray.

 

Et le choix de Marlon Brando pour interpréter ce personnage est des plus pertinents : il possède l’attitude cool de nombreux acteurs de la même période avec une aura de scandale qui rend tout de suite Johnny menaçant pour les habitants de la ville envahie.

De plus, son aspect dur-à-cuire s’effrite quand il se retrouve seul, menacé par ces « bourgeois » qui ont recours à la violence face à cet homme qu’ils ne comprennent pas : il pleure !

 

Mais Brando seul ne saurait assurer le succès du film, et on retrouve à ses côtés une actrice improbable (3) : Mary Murphy dans le rôle de Kathy Bleeker. Elle possède dans le regard la mélancolie annoncée par Johnny en voix off lors de la première séquence, et campe cette jeune femme prisonnière de cette ville et de sa morale réactionnaire. Johnny, pour Kathy c’est une bouffée d’air frais dans sa grisaille : un parfum de liberté et d’anticonformisme qui la fait succomber au charme de ce jeune motard. Et cela va même plus loin, parce quelle le comprend : étant tous les deux à peu près du même âge, leurs aspirations se rejoignent, même si elle ne passera jamais à l’acte.

 

Avec ce film, László Benedek crée un mythe, celui de Brando mais surtout met en scène la jeunesse révoltée. Cette jeunesse qui l’a toujours été, même si elle ne l’exprimait pas tout le temps.

En effet, le passage à l’âge adulte est une étape terrible (rappelez-vous) où on quitte l’univers à peu près sûr de l’enfance vers l’avenir des plus incertains des adultes, où les responsabilités sont la norme. Et au bout de l’âge adulte, la mort, quand ce n’est pas le fait d’être adulte et rangé qui n’est pas le début de cette mort (4).

 

Mais Benedek traite cette histoire un peu comme un western, les motards remplaçant les cowboys à cheval, parcourant les grands espaces et s’arrêtant dans une ville qu’ils vont plus ou moins mettre à sac avant de repartir ou d’en être chassés (les pieds devant le plus souvent).

On retrouve la peur des habitants face à cette meute indisciplinée et bruyante qui bouleverse toutes les habitudes et qui fait des ravages. C’est cette peur qui va amener le drame, suite à une pratique qu’on retrouve régulièrement dans ces mêmes westerns : le lynchage.

C’est d’abord un peloton qui s’organise (en VO « posse ») et qui va prendre en chasse le chef de ces « jeunes voyous ». Et sans l’intervention du shérif Bleeker (Robert Keith), le père de Kathy, Johnny serait certainement reparti les pieds devant.

 

Bref, c’est un film qui, malgré sa brièveté (il a été amputé d’une vingtaine de minutes), campe ce qui va devenir avec le temps un véritable problème de société : l’adolescence et par extension la délinquance juvénile.

Mais le vrai scandale du film, pour ces mêmes « bons bourgeois » ce n’est pas Marlon Brando, c’est le fait que c’est que le réalisateur se place du côté de Johnny contre ces adultes qui deviennent alors les méchants, générée – comme souvent – par la peur née, de l’ignorance.

 

Un film devenu culte, et qui ouvre la voie vers l’archétype de l’adolescent révolté qui sera interprété par James Dean, et qui restera longtemps un modèle pour la jeunesse des trente (au moins) années suivantes.

 

  1. Contre quoi ? Réponse dans le film.
  2. Ils le sont d’ailleurs toujours pour beaucoup de parents. Peut-être parce qu’ils ont oublié ce que c’était…
  3. C’est elle-même qui le dit : elle ne voulait pas vraiment être actrice, ni faire du cinéma.
  4. On retrouvera cette idée chez John Braine : (re)lisez Room at the Top, où Joe Hampton, en s’enfermant dans la vie adulte, va devenir un « zombie », un personnage qu’il ne voulait absolument pas devenir.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Fred Zinnemann
Le Train sifflera trois fois (High Noon - Fred Zinnemann, 1952)

Mythique.

 

Dimanche matin à Hadleyville. Pendant que certains vont à l’église, Will Kane (Gary Cooper) se marie avec la belle Amy (Grace Kelly).

C’est aussi ce matin-là qu’arrivent Jack Kolby (Lee van Cleef), Jim Pierce (Robert J. Wilke) et Ben Miller (Sheb Wooley), pour accueillir Frank (Ian MacDonald), le frère de ce dernier.

Frank revient après avoir été libéré. Il retourne à Hadleyville pour tuer celui qui l’a fait condamner : le marshal Kane.

 

Fred Zinnemann, servi par la musique inoubliable de Dimitri Tiomkin, signe ici l’un des plus grands westerns du cinéma, soutenu en outre par une distribution impeccable.

Gary Cooper est – encore une fois – extraordinaire, dans le rôle de ce shérif abandonné de tous, même de sa femme, alors qu’il sait que sa vie ne tient plus qu’à un fil.

Il exprime toute la douleur et toute la solitude humaine face à la mort dans ce rôle, à la croisée des chemins de l’honneur, du courage et du devoir.

Sa position – celle de Kane – n’est pas si simple que ça. Certes, Miller est revenu le tuer, et fuir eût été la solution pour un homme normal, mais Kane n’est pas cet homme-là.

Il ne peut fuir sans cesse son destin – celui d’affronter Miller – car s’il fuit maintenant, ce ne sera que pour déplacer le problème et gagner un léger sursis : l’affrontement doit avoir lieu, alors pourquoi attendre ?

 

En restant affronter Miller, c’est un dernier service qu’il rend à la ville qui l’a vu la protéger pendant de nombreuses années.

Mais qu’en est-il de la ville ? Si certains sont disposés à lui venir en aide, ils ne sont pas les plus nombreux, mais surtout c’est le fait de rester qui amène le danger sur cette même ville : en partant, il aurait déplacé son problème, mais surtout, les habitants auraient certainement été débarrassés de Miller, temporairement tout du moins.

C’est d’ailleurs ce que lui déclare le maire Henderson (Thomas Mitchell, pour une fois sobre dans un western) pendant le débat qui a lieu dans l’église alors que Kane est venu recruter des adjoints.

Il y a dans cette intervention comme dans toutes autres qui émaillent les différentes tentatives de Kane une façon élégante de décliner l’offre sans pour autant passer pour un lâche voire un traître. Mais si les arguments semblent légitimes, ils n’en reviennent pas moins à la même conclusion : Kane sera seul pour affronter les quatre bandits.

 

Mais c’est cet affrontement qui fait la force du film de Zinnemann. En effet, alors qu’on est habitué à des justiciers solitaires qui nettoient la ville sans aide ni hésitation, Zinnemann nous montre ici un justicier malgré lui, obligé de réparer une erreur judiciaire : la libération de Miller (1).

Et surtout, ce justicier se sent faible et abandonné de tous (normal, c’est le cas). Un plan résume formidablement cette idée : Kane sort de son bureau et se retrouve dans la rue, de plus en plus seul à mesure que la caméra prend de la hauteur et révèle cette rue absolument déserte, la hauteur le rendant plus petit et encore plus seul.

 

Mais ce qui ressort avant tout, c’est la gestion de la tension.

Zinnemann mène l’intrigue de main de maître en la graduant en fonction de la solitude grandissante de Kane. C’est à chaque fois un nouvel événement qui va le rendre plus seul et le décourager toujours plus.

Et quand le dénouement approchera, avec l’arrivée imminente de Miller, Zinneman nous renverra à tous ceux que Kane a démarchés et qui ont répondu non à son appel, certains espérant d’ailleurs qu’il n’en sortirait pas…

Cette revue de détail se fait alors que la caméra se rapproche de plus en plus des personnages filmés, pour finir sur le cadran de l’horloge indiquant qu’il est midi (2).

 

Autre composant originale pour un western de 1952 : les femmes.

Elles sont deux (3) et d’une certaine manière sont identiques, ou plutôt complémentaires. De par leur statut et leurs attitudes.

La première, c’est donc Amy que Kane vient d’épouser. C’est une quaker qui refuse les armes, ce qui est un paradoxe quand on connaît le métier de Kane : pourtant, il compte partir avec elle pour établir un commerce !

L’obstination de son mari tout neuf (le film commence à leur mariage, un peu après 10 heures 40) lui est incompréhensible : elle décide donc de partir sans lui.

L’autre, c’est Helen Ramirez (Katy Jurado), l’ancienne « fiancée » du même Kane. Elle fut même fiancée à Miller encore avant. Elle aussi veut partir, mais pour d’autres raisons. Quoi que.

D’un côté, elle craint le retour de Miller, présenté comme un homme détraqué : c’est le genre de personnage capable de tout, et surtout du pire. Mais d’un autre, elle est lasse de cette ville et des hommes qu’elle y a connus, dont le dernier en date Harvey Pell (Lloyd Bridges, le père du Dude) : ce dernier abandonne lui aussi Kane pour des motifs mesquins.

 

Il était indispensable que ces deux femmes se croisent, leurs vies (passée ou future) avec Kane étant leur dénominateur commun. Elles vont d’ailleurs aller ensemble prendre le train, ce qui sera l’occasion de deux éléments très importants de leur impact sur l’intrigue :

  • elles passent devant Kane désespérément seul : l’une regardant le chemin sans détourner la tête (Amy), l’autre fixant et suivant le regard de Kane jusqu’au bout avant de disparaître.
  • Le début de la fusillade qui voit Amy redescendre du train alors qu’Helen reste, imperturbable, ne tournant même pas la tête, qui reste dirigée vers son futur.

La première situation nous ferait presque croire que l’amour pour Kane a changé de camp. Mais la seconde remet les pendules à l’heure (4) : Helen a tiré un trait définitif sur Kane et laisse la place à la belle Amy. Peut-on voir dans ce départ le fait que Kane ne pouvait plus lui revenir, étant marié ?

 

Pour le reste, l’affrontement final tient ses promesses, et si Kane est seul, cela ne l’empêche pas d’être le meilleur mais c’est normal : c’est Gary Cooper.

Mais cet affrontement n’est pas pour autant l’élément le plus important du film Il a lieu, logiquement. Mais c’est tout ce qu’il y a autour qui fait de ce film l’un des plus grands westerns qui soit, par un réalisateur dont ce fut portant la seule incursion dans le genre.

 

PS : A noter la présence (anecdotique) d’un second rôle récurrent du western, Jack Elam…

 

  1. Autre habitude balayée : une erreur judiciaire a toujours lieu contre un innocent. Ici, l’erreur, c’est de ne pas garder un coupable en prison. Et sans toutefois que cela tourne en pamphlet contre une justice laxiste (etc. : refrain connu).
  2. Le titre original : « High Noon » signifie midi, zénith…
  3. Celles qui ont un vrai poids sur l’intrigue, je ne parle pas de celles qui sont les femmes de.
  4. C’est le cas de le dire ici. On remarque d’ailleurs beaucoup de références au temps dans le film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Guerre, #Don Siegel, #Clint Eastwood
Les Proies (The Beguiled - Donald Siegel, 1971)

La Guerre de Sécession, dans le Sud.

L’armée du Nord bat en retraite et un soldat blessé est recueilli dans une institution de jeunes filles.

Chacune leur tour elles vont presque toutes tomber amoureuse de John « McB » McBurney ce soldat séduisant aux manières policées, ensorcelées par l’aura de ce mâle qui a les traits de Clint Eastwood (1).

 

Ensorcelées serait une meilleure traduction du titre de ce western si particulier de Don Siegel.

En effet, s’il ne se passait pas pendant la période de la Guerre Civile américaine, on pourrait plus facilement parler d’un huis clos, qui est bien différent des grands espaces habituels des films de ce genre.

Et ces jeunes femmes sont ensorcelées, soutenues par un monologue intérieur qui accentue cet ensorcèlement qui touche Miss Martha (Geraldine Page), la plus âgée, comme Amy (Pamelyn Ferdin) qui a douze ans – bientôt treize ! – qui est le véritable instrument du destin de cet homme et de cette maisonnée.

Bien sûr, ce sont aussi des proies pour cet homme qui tâche tant bien que mal de dissimuler sa vraie nature, enrobant ses mensonges dans un ton et un regard des plus convaincants pour ces femmes avant tout en manque d’homme !

 

Eastwood, en attendant de triompher quelques mois plus tard (décembre) dans le rôle emblématique de Harry Callahan, compose ici un personnage unique dans sa carrière : un méchant aux manières suaves, aux regards séduisants et à l’âme noire, amenant un grand désordre dans cet univers féminin.

McB est un être répugnant certes, mais il n’en demeure pas moins un personnage très intéressant, calculant et manipulant l’une puis l’autre pour arriver à ses fins.

 

Et avoir transformé « ensorcelées » en « proies » fait de McB un chasseur alors qu’il n’a qu’une idée en tête : utiliser l’une ou/et/contre l’autre pour arriver à se sortir de cette prison particulière : il est avant tout un ennemi du Sud que soutiennent ces femmes, bien que la majorité d’entre elles a tendance à l’oublier.

Mais il faut dire à leur décharge que leurs propres soldats ne sont pas non plus des personnages très engageants, comme l’illustre très bien la venue d’un capitaine sudiste avec l’objectif de protéger toutes ces femmes (« femelles » serait peut-être plus dans sa façon de penser) : ce sont des hommes qui, à l’instar de McB, n’ont pas tenu de femme dans leur bras depuis un moment, surtout quand on sait que tout cela se passe en fin de conflit, soit quatre ans après le début des hostilités.

 

Mais la force de ce film, outre l’interprétation de Clint Eastwood et de la grande Geraldine Page, c’est ce huis clos qui va devenir de plus en plus pesant, à mesure que McB se rétablit avant la rechute fatale dans tous les sens du terme.

Siegel, en plus de laisser ses interprètes s’exprimer intérieurement, illustre leurs pensées, mêlant alors la réalité et les différents fantasmes de ces personnages avant tout humains, bons ou/et mauvais.

 

En outre, son film possède une forme en miroir qui voit une sorte de symétrie dans laquelle le rôle d’Amy est primordial : c’est en cherchant des champignons qu’elle tombe sur ce soldat à la jambe blessée qu’elle va amener aux autres. C’est aussi autour des champignons que se jouera la fin du film, et encore une fois c’est Amy qui en sera le personnage principal. McB repartira avec cette même jambe dans un état encore plus mauvais qu’au début, ramenant ces femmes à leur situation initiale : sans homme certes, mais cette fois beaucoup plus volontairement.

 

  1. Qui ne le serait pas, n’est-ce pas mesdames ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Michael Mann
Le dernier des Mohicans (The last of the Mohicans - Michael Mann, 1992)

Inspiré du roman de (James) Fenimore Cooper, il s’agit de la cinquième adaptation depuis celle de Clarence Brown et Maurice Tourneur (1920). Mais cette fois-ci on retrouve pas mal de descendants de ces autochtones américains, dont la figure emblématique Russell Means dans le rôle de Chingachgook, le père d’Uncas (Eric Schweig qui lui a des origines inuit), les deux derniers de ces fameux Mohicans.

De plus, le rôle du méchant Indien – Magua (1) – est  confié à un autre descendant, Wes Studi qui se retrouve encore une fois du côté obscur. Mais il faut avouer qu’il est toujours aussi bon, depuis que nous l’avons découvert dans Dances with Wolves deux ans plus tôt.

 

Mais reprenons.

D’un côté nous avons l’armée britannique qui se bat contre l’armée française pour les territoires américains. Entre ces deux camps se trouvent les différentes tribus indiennes qui occupent ces territoires depuis des temps immémoriaux, mais sans aucun doute bien avant ces deux armées européennes. On va alors trouver différentes tribus partagées entre les deux puissances coloniales avec, dans l’histoire qui nous intéresse, les Hurons du côté français et nos deux Mohicans du côté anglais, un peu malgré eux.

Accompagnant les Mohicans, on trouve Nathaniel « Hawkeye » Poe (Daniel Day-Lewis, avant qu’il passe à son tour du côté obscur), fils adoptif de Chingachgook et donc frère d’Uncas.

Tout commence (presque) quand un convoi doit amener Cora (Madeline Stowe, formidable elle aussi) et Alice (Jodhi May) – les filles du colonel Munro (Maurice Roëves). Attaqué par les Hurons et leur chef Magua, les deux femmes et l’officier qui les accompagne – Duncan Heyward (Steven Waddington) – sont secourus par Nathaniel et les deux Mohicans qui vont les mener au père des jeunes femmes : c’est ainsi qu’ils vont participer au conflit.

 

Nous sommes en 1757, et on peut trouver dans cette intrigue une teinte qui n’est pas sans annoncer la révolution et la guerre qui commenceront 19 ans plus tard suite à la Déclaration d’Indépendance.

L’attitude du colonel Munro, et à un moindre niveau celle du major Heyward vont à l’encontre des promesses faites, refusant de libérer les miliciens issus de la Frontière qui veulent sauver familles et fermes.

Mais cela ne reste qu’une teinte, l’intrigue restant plutôt du côté des affaires indiennes, le conflit franco-britannique devenant une partie du décor où se tient le véritable affrontement du film entre Magua et les deux Mohicans aidés de Nathaniel. Sans oublier les deux jeunes femmes qui sont l’enjeu, d’une certaine manière de cet affrontement.

 

L’intrigue principale réussit une nouvelle fois à nous faire pencher du côté des autochtones (les Natives, comme disent les Américains), n’ayant certes aucune sympathie pour Magua et ses hommes mais n’en ayant encore moins pour les Anglais lors de la dernière bataille.

Michael Mann filme ici deux grands combats totalement différents de deux manières très pertinentes : celui entre les Anglais et les Français a lieu la nuit alors que l’autre a lieu le jour, alors que les Anglais se retirent vaincus.

Ces deux choix temporels s’expliquent de deux façons :

  • visuel : un assaut d’artillerie, avec feu et fumée qui ressortent mieux la nuit, lui donnant un effet de feu d’artifice meurtrier spectaculaire ;
  • culturel : de l’autre une attaque en plein jour par les Hurons, les Indiens n’attaquant que très rarement la nuit.

Et alors que l’effet visuel du premier combat amène une distance quant aux conséquences de ces différentes salves meurtrières, le second combat est d’une grande sauvagerie, égale très certainement à la frustration et au désir de vengeance des Hurons, et en particulier de Magua, véritable méchant du film. Encore que.

 

[Attention, si vous n’avez pas lu le roman de Cooper ni vu le film, la suite révèle une partie de la résolution de l’intrigue. Passez au paragraphe suivant ou revenez quand vous l’aurez lu ou vu]

 

En effet, il y a chez Magua une logique indienne très forte qu’il est difficile à comprendre pour un occidental, comme Nathaniel l’explique à Cora. Et son combat victorieux contre Uncas se termine sans triomphe ni regard de haine. Il se finit, Magua l’a emporté, et il n’en tire, semble-t-il, aucun plaisir. Il a juste défendu sa vie contre un agresseur.

La réaction de Chingachgook, elle est compréhensible par tous : un père peut difficilement rester impassible quand son fils se fait tuer sous ses yeux.

 

Quoi qu’il en soit, Michael Mann signe ici un somptueux western, reprenant les principes de base : les grands espaces, l’Ouest sauvage, les Indiens, la Frontière, pour en faire une épopée formidable, servi par une distribution (2) au niveau de l’enjeu, le trio d’Indiens, tout comme Daniel Day-Lewis et la magnifique (encore une fois) Madeline Stowe donnent à ce film un cachet qui propulse le livre au niveau de la légende.

 

[NB : il y a toujours un décalage étonnant pour nous, spectateurs de 2019, de voir les deux chefs militaires anglais et français s’adresser l’un à l’autre de manière fort courtoise voire amicale. Eh oui, en ce temps-là, les conflits se réglaient ainsi, une fois l’assaut terminé et les blessés évacués. La guerre, ce n’est plus ce que c’était…]

 

 

PS : Parmi les acteurs qui ont contribué au film, on trouve Patrice Chéreau dans le rôle du général Montcalm (enfin un Français dans un rôle de même nationalité, ce qui n’arrive pas tout le temps), ainsi que Jared « Moriarty » Harris, un des officiers britishs…

 

  1. Wes Studi est largement plus crédible que Wallace Beery. Qui s’en étonnerait ?
  2. Prestigieuse, vous savez bien !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Robert Aldrich
Vera Cruz (Robert Aldrich, 1954)

En ce jour de Noël 1954, le public américain a le plaisir de voir sur une même affiche deux grands acteurs hollywoodiens : Gary Cooper, le vétéran et Burt Lancaster, le plus jeune. Et en plus : c’est un western, genre qui est à son apogée dans cette décennie qui n’a pas encore vu Gunfight at the OK Corral ou Rio Bravo quand Vera Cruz sort.

Mais d’entrée de jeu, Robert Aldrich donne le ton : ce ne sera pas un western ordinaire où  le manichéisme est l’étalon moral et les héros s’en vont dans le soleil couchant (1).

Ici, les héros ne sont pas ce qu’on a l’habitude d’appeler ainsi, et les cowboys (qui n’en sont pas : à aucun moment ils n’approchent une quelconque vache) montrent un visage un tantinet plus réaliste qu’à l’accoutumée.

Attention : je ne dis pas qu’Aldrich a inventé le réalisme dans le western, mais les situations que nous trouvons dans ce film sont en décalage avec ce qu’on a l’habitude de voir dans cette période.

Mais reprenons.

 

Nous sommes au Mexique, après la Guerre de Sécession, nous trouvons des Américains au Mexique : des Sudistes qui n’acceptent pas tous la défaite, ou encore des criminels qui ne seront pas extradés, et que sais-je encore. Mais tous ont un objectif commun : devenir riches.

Nous allons alors suivre la progression de deux Américains que beaucoup de choses séparent mais qui vont pourtant faire ce bout de chemin ensemble.

D’un côté Benjamin « Ben » Trane (Gary Cooper donc), Sudiste, propriétaire d’une plantation et qui a tout perdu pendant la guerre. De l’autre, Joseph « Joe » Erin (Burt Lancaster, alors), bandit jeune et faussement insouciant. Tous deux sont de très bonnes gâchettes et le duel final nous dira lequel est le meilleur.

Et que font-ils au Mexique ? Ils aident l’empereur fantoche Maximilien (George Macready) à conserver son trône en convoyant la comtesse Marie Duvarre (Denise Darcel) une aristocrate française, à regagner l’Europe pour y lever des armées en renfort.

Et ce faire, elle a à sa disposition 3.000.000 de dollars qu’elle a emmenés avec elle.

Et rapidement, ces quelques millions deviennent beaucoup plus intéressants que les 50.000 qu’avait prévu d’offrir à nos deux compères pour les remercier de leur aide. Surtout qu’en plus, il n’est pas vraiment question qu’ils touchent un jour de cet or, on leur a plutôt prévu du plomb.

 

A première vue, l’intrigue paraît classique, sauf que nos deux héros ne le sont pas vraiment, surtout Erin qui a à son actif (ou passif, cela dépend du point de vue) quelques crimes pendables, surtout dans cette Amérique où la justice est encore bien sommaire, mais surtout expéditive. Mais c’est plus dans les personnages qu’il faut trouver une sorte de nouveauté (2).

Il faut dire que la bande de Joe Erin est composée d’un beau ramassis de truands aux mines patibulaires, comme on en trouvera quelques années plus tard dans les films de Leone (3).

Parmi ces personnages franchement louches, on reconnaît d’ailleurs Ernest « Marty » Borgnine et une « jeune » acteur d’origine polonaise qui se fait encore appeler ici Charles Buchinsky et deviendra très bientôt Bronson.

 

Mais ces personnages ne sont pas tout : les différentes situations sont peu glorieuses pour des cowboys américains, et seul Gary Cooper sort du lot dans son attitude de gentleman du Sud aux manières fort courtoises et aux rudiments de français qui font plaisir à la comtesse.

Une scène très caractéristique du décalage avec les westerns contemporains de celui-ci, c’est la réception chez Maximilien :

Ces drôles de « gentlemen » y sont conviés, l’appelant déjà Max, et se conduisent d’une manière des plus étonnantes, voire y détonnant complètement.

Il faut dire que rapprocher des femmes et hommes en tenue de bal avec ces barbares pas rasés, sales et très certainement puants est une très bonne idée. A cet aspect fort rebutant s’ajoute une totale absence de discrétion qui transforme cette rencontre tout sauf un bal, amenant le sourire au spectateur.

 

Autre  changement de ton : la violence.

Aldrich va beaucoup plus loin que ses collègues cinéastes de l’époque dans le rendu de la violence. En effet, habituellement, ce sont échanges de coups de feu divers qui émaillent les films, comme ici, mais Aldrich va plus loin en proposant des scènes un peu plus crues qu’à l’accoutumée.

Certes, on ne voit pas beaucoup de sang couler, c’est encore trop tôt, mais on devine parfois une certaine sauvagerie chez ces hommes de peu de foi (à défaut de loi), jusqu’à Burt Lancaster (qui est aussi producteur, soit dit en passant) qui élimine de façon fort peu cavalière le capitaine

 

[Attention : le paragraphe qui suit et conclut cet article révèle la fin. Si vous ne voulez pas savoir, je vous donne rendez-vous à demain…]

 

Mais malgré tout cela nous sommes en 1954, et il n’est pas question qu’un méchant s’en sorte. Aldrich conclut alors avec un duel traditionnel et le moins corrompu des deux va s’en sortir.

Bien sûr, c’est Gary Cooper qui, comme le rappelait un internaute récemment, n’a jamais interprété de rôles négatifs dans toute sa carrière.

D’une certaine façon, la morale est sauve, mais Aldrich nous a tout de même montré qu’il était possible de faire autre chose de ce genre immortel du cinéma.

 

 

PS : On retrouvera d’ailleurs dans Les 12 Salopards ce même ton et ce même décalage avec l’idéal du film de guerre. En effet, les 12 choisis et d’une certaine mesure leur instructeur (Lee Marvin) ne sont pas des guerriers conventionnels, tout du moins comme on a l’habitude (en 1967) de les voir à l’écran.

 

  1. Je sais : c’est surtout Lucky Luke qui fait ça. Mais tout ça se tient : c’est dans cette décennie que Goscinny rejoint Morris (1955) pour lui offrir les plus belles aventures de son héros solitaire.
  2.  « La nouveauté. C’est vieux comme le monde ça, la nouveauté » (Anselme Debureau dans Les Enfants du paradis).
  3. Avec Jack Elam qui apparaît ici et sera dans la longue séquence générique de Once upon a Time in the West (1968).

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