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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

western

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #John Ford
Les deux Cavaliers (Two rode together - John Ford, 1961)

Le premier, c’est Guthrie McCabe (James Stewart), shérif d’une petite bourgade de l’Ouest encore un peu sauvage. L’autre, c’est Jim Gary (Richard Widmark), un lieutenant de l’US Army. Le second est venu chercher le premier pour une mission très particulière : des civils se sont rassemblés autour du fort de Gary, demandant qu’on retrouve certains de leurs proches qui ont été capturés par les Indiens.

Après avoir refusé, McCabe prend le chemin du camp comanche avec Gary, à la recherche d’éventuels survivants blancs parmi ces Rouges.

 

Certes, ce n’est pas le film préféré de John Ford, mais on est tout de même loin d’un film oubliable comme l’est Tobacco Road. On y retrouve l’atmosphère des films du réalisateurs, et si certains interprètes habituels ont disparu, dont Ward Bond trois semaines après le début du tournage, cela reste tout de même un bon John Ford, avec les éléments inévitables (et incontournables :

  • La famille : ici donc les familles qui veulent absolument retrouver leurs disparus ; mais bien sûr aussi dans la distribution puisque Harry Carey Jr. (Ortho Clegg) y côtoie sa maman Olive Carey (Mrs. Frazer) ;
  • Les femmes fortes (1) qui imposent leur volonté aux hommes : Martha « Marty » Purcell (Shirley Jones) qui mène à la baguette les frères Clegg et fait tout pour que celui qu’elle a choisi se propose à elle ; Belle Aragon (Annelle Hayes) qui dirige le saloon devant lequel se prélasse McCabe, et aussi un peu ce dernier, même si elle l’arrose régulièrement (10 %), la paye d’un shérif n’étant pas très reluisante ; Mrs McCandless (Jeannette Nolan) qui recherche désespérément son fils et qui prendra le premier qu’on lui présentera, quoi que puisse dire son mari (Cliff Lyons) ;
  • La soirée dansante : il y en a deux très différentes, l’une organisée par les familles, qui relève plus du square-dance et l’autre un véritable bal, organisé par l’armée avec tenue d’apparat et robes longues.

Mais on y retrouve aussi et d’une autre façon les enjeux de La Prisonnière du désert, mais sans l’aspect road-movie de ce dernier : la route empruntée par les deux hommes est relativement courte et le temps de l’intrigue s’étend sur quelques jours seulement. Et surtout, il n’y a pas vraiment de changement moral comme ce fut le cas avec le personnage d’Ethan Edwards (John Wayne) dont les certitudes étaient ébranlées.

Par contre, si aucun des deux ne change fondamentalement, leur situation va le faire, chacun trouvant chaussure à son pied (2), et de très belle façon.

 

Mais malgré tout, on sent que ce film n’est pas abouti, et Ford l’a souvent renié, le qualifiant en quelques mots choisis et fleuris : « la pire merde que j’ai tournée en vingt ans » (3). Il faut dire que malgré les éléments ci-dessus exposés, il y manque tout de même une âme, celle de ces microcosmes familiers et familiaux, et même si on s’amuse, ça l’est moins que d’autres fois.

Reste tout de même les deux cavaliers qui forment une paire remarquable, avec un James Stewart un peu à contre-emploi : il est certes un shérif et a des allures de Wyatt Earp (Henry Fonda dans My Darling Clementine quinze ans plus tôt) dans sa façon d’assurer le maintien de l’ordre, mais il est avant tout vénal et prend un pourcentage sur les différents commerces qu’il protège en étant shérif. Sans parler de ses conditions d’engagement pour cette mission…

 

De même, on notera une présence indienne minimale, surtout assurée par des non Indiens : le chef Quanah Parker (Henry Brandon) a les yeux trop clairs pour un « Peau-rouge », et le jeune guerrier Stone-Calf est interprété par Woody Strode.

Mais ce ne sont pas de mauvais Comanches, à part Stone-Calf qui est un peu bouillant et surtout veut prendre la place du chef, mais là, rien de bien nouveau, on a la même chose partout ailleurs.

Le seul Indien qui fait les frais de la haine des blancs est le jeune homme (David Kent) ramené par Gary : il est pendu, ultime étape d’un lynchage en règle, aussi court que violent. C’est un crime raciste et celui qu’il a lui-même commis devient alors un prétexte à le pendre.

 

PS : parmi les habitués (encore en vie) des films de Ford, on reconnaîtra sans hésitation John Qualen (Mr. Knudsen, encore un immigré nordique), Mae Marsh (la vieille Indienne blanche), Andy Devine (Sergent Posey) qui aurait tendance à remplacer Victor McLaglen dans la stature et aussi la propension à la bagarre, sans oublier l’inusable Jack Pennick, encore une fois entrevu malgré quelques mots prononcés.

 

  1. Dans le sens « solides »
  2. J’aurai tendance plutôt à dire « botte », western oblige.
  3. “The worst piece of crap I've made in 20 years.”

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Western, #Edward Zwick, #Anthony Hopkins
Légendes d'Automne (Legends of the Fall - Edward Zwick, 1994)

Comme me le répète mon ami Thierry : « quel gâchis ! ».

Parce que c’est un véritable gâchis qui nous est proposé ici, avec des morts (injustes, cela va de soi) qui s’accumulent et qui veulent nous prouver que le bonheur n’est pas de ce monde.
En tout cas, pas pour les Ludlow.

Après le père William (Anthony Hopkins), ancien colonel qui n’a pas supporté les « politiques indiennes » pratiquées par l’administration qu’il a longtemps soutenue, c’est au tour de ses trois fils de subir le poids de leur époque : Première Guerre mondiale et Prohibition.

Alfred (Aidan Quinn) deviendra politicien, élu au Congrès, avec toute la compromission que cela suppose. Samuel (Henry « Elliott » Thomas) mourra en Europe, en 1915, sur le Front. Quant à Tristan (Brad Pitt), il survivra à tout cela. Mais à quel prix !

 

Edward Zwick signe ici un très beau western, un tantinet particulier (1), servi par une distribution à la hauteur, ainsi qu’une équipe technique du même acabit. Nous y retrouvons les grands espaces qui en font un western, ainsi qu’une rencontre finale (2) qui n’est pas sans rappeler celle de certains classiques du genre, et tant pis si ce n’est ni à l’aube ni au crépuscule.

Et ce malgré l’aspect moderne de l’intrigue (les années 1910-20). Outre les deux éléments évoqués ci-dessus, on y retrouve une solide intrigue familiale avec en outre une très belle histoire d’amour, elle aussi (et surtout) gâchée par ces situations historiques troublées : on passe de la Guerre à la Prohibition, avec dans le deuxième événement des éléments injustes qui ne sont pas anodins : la guerre, elle, frappe sans discernement les pauvres conscrits qui sont venus plus ou moins volontairement (ici, les trois frères sont volontaires, malgré les réticences – légitimes – de leur père).

Par contre, que la belle Isabel 2 (Karina Lombard), épouse de Tristan, tombe sous les balles des caïds locaux n’a rien de juste.

 

Et cet événement tragique va tout de même être le déclenchement nécessaire qui va faire basculer l’intrigue et amener la résolution attendue, voire prévisible. Mais c’est, bien entendu, une résolution que nous espérions, surtout après la mort de la jeune métisse.

Parce qu’une grande partie de l’intrigue se joue sur les différences. Outre le colonel qui abandonne sa charge, déçu par une administration qui ne va pas assez loin, on trouve ici des éléments presque étonnants pour une histoire qui se passait voilà plus de cent ans : avant que Tristan n’épouse Isabel 2, il faut savoir que cette même jeune femme est issue d’une union mixte entre une Indienne (Tantoo Cardinal) et un cow-boy classique (Paul Desmond).

Sans oublier le personnage de One-Stab (Gordon Tootoosis), narrateur de ces légendes automnales, et enjeu d’une rixe entre les Ludlow et un barman raciste.

 

Décidément Edward Zwick sait lui aussi tout faire, et ce western en est une autre preuve. On retrouve les ingrédients indispensables du genre avec en prime une connotation humaniste (c’est – heureusement – le cas maintenant) et surtout un mélange heureux entre ce qui fit le western, tourné inévitablement vers le XIXème siècle, et cette nouvelle ère qui l’a supplanté (après la Guerre 14-18) sans pour autant lui retirer ses codes (la vengeance, l’affrontement final…).

 

Non, le western n’est pas près de mourir…

 

  1. Nous sommes dans les années1910 quand le film commence.
  2. J’aillais écrire un duel final, mais il y a plus de deux personnes concernées.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Road movie, #Western, #Tommy Lee Jones
Trois Enterrements (The three Burials of Melquiades Estrada - Tommy Lee Jones, 2005)

Melquiades Estrada (Julio Cesar Cedillo) est l’homme du titre original, celui qu’on va enterrer trois fois : la première en évitant une enquête autour de sa mort (on enterre le dossier) ; la seconde officielle, organisée par la police en charge de ce dossier ; la troisième par Mike Norton (Barry Pepper), là où il avait demandé à son ami Pete Perkins (Tommy Lee Jones) de le ramener s’il lui arrivait malheur.

S’il y a trois enterrements, on ne peut pas vraiment dire qu’il y a trois parties. En effet, les deux premiers nous permettent de savoir ce qu’il s’est passé : pourquoi et comment Melquiades Estrada est mort, tué par un garde-frontière (Norton) près du Mexique.

 

C’est un western singulier que signe ici Tommy Lee Jones, pour son premier long métrage de cinéma. C’est un western moderne où les grands espaces prennent autant de place que l’intrigue et où affleure une idée de vengeance : celle d’un ami pour un autre ami mort, alors que les autorités ont décidé de fermer les yeux sur ce qu’il s’est réellement passé.

Et la première impression que l’on ressent, c’est un certain désordre dans la narration : le passé – l’arrivée de Melquiades, ses activités et son amitié avec Perkins – et le présent – la détresse de Pete, sa colère sourde contre le shérif (Dwight Yoakam) qui refuse d’enquêter sous la pression (molle) du chef des gardes-frontières (Mel Rodriguez) ou le tiraillement que vit Norton suite à cette mort accidentelle dont il est malgré tout responsable. Tout cela se mêle et on comprend alors que ces incursions du passé, on les doit à Pete qui revit ces moments révolus qui lui reviennent comme tous les souvenirs : en désordre.

 

Mais c’est bien sûr Le Voyage (troisième intertitre) qui occupe la plus grande place du film, faisant basculer celui-ci dans le road-movie, avec en ligne de mire l’enterrement définitif du Mexicain, et aussi la résolution de la vengeance annoncée. Et Tommy Lee Jones prend son temps pour raconter cette drôle d’histoire d’amitié entre un cow-boy texan (Perkins) et un immigré clandestin. Parce que la frontière est tout de même le nœud du problème : cet accident n’aurait pu arriver ailleurs. Entre un clandestin qui craint les descentes de la police des frontières et un garde un tantinet trop zélé, le résultat n’est somme toute pas si étonnant. Malheureux certes, mais certainement pas étonnant.

Alors quand Perkins emmène son prisonnier vers la destination finale de Melquiades, Jones nous montre qu’il a très bien compris comment on fait un film. Et comme Jones est d’abord un acteur, on y retrouve la générosité habituelle de ceux qui se sont décidés à passer de l’autre côté : Jones est impérial, cela va de soi, mais on ne saurait ignorer la très belle prestation de Barry Pepper, dans le rôle de ce jeune homme qui va tout perdre d’un coup, à cause de ce qu’on pourrait appeler une bavure. Il va passer par tous les stades : la peur tout d’abord face à ce curieux cow-boy qui le menace d’un pistolet qui n’a rien à voir avec les revolvers habituels (1) ; l’espoir quand il réussit à échapper à la vigilance de son gardien ; le désespoir quand il est forcé de revenir vers lui ; la résignation qui s’ensuit ; et l’angoisse de la mort qui l’attend au bout du chemin.

 

Bref, c’est un très beau western qui nous est proposé là, et si nous n’assistons pas à un duel final (au soleil), on ne passe pas à côté malgré tout du sentiment de justice rendue, avec en prime le justicier (Perkins) qui s’en va ailleurs, son rôle accompli. Et pas besoin de soleil couchant.

Et n’oublions pas la dimension road-movie : les deux personnages vont évoluer à mesure que le voyage se déroule, avec à l’arrivée une espèce de métamorphose pour l’un et de révélation pour l’autre (2) : chacun des deux a changé et ne sera plus pareil.

Et en plus, Melquiades est bel et bien enterré.

 

  1. Ce n’est donc pas un « six-coups ».
  2. Vous trouverez de qui je veux parler pour les deux possibilités.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #George Stevens
L'Homme des vallées perdues (Shane - George Stevens, 1953)

Cet homme des vallées perdues, c’est Shane (Alan Ladd). Et ces vallées perdues, ce sont celles qui ne sont pas couvertes par l’autorité de l’état, livrées à elles-mêmes (la loi est  trois jours de cheval). Alors évidemment, dans cette vallée perdue, c’est avant tout la loi du plus fort qui prévaut. Ou celle du plus riche (c’est souvent le même), en l’occurrence Rufus « Rufe » Ryker (Emile Meyer), éleveur de bétail qui possède presque toutes les terres autour de la ville de Grafton (1).

Presque parce que certains lopins appartiennent à des « fermiers » qui tentent, malgré les continuelles provocations des hommes de Ryker, de faire pousser des choses. Comme les Starrett – Joe (Van Heflin), Marian (Jean Arthur) et leur petit garçon Joey (Brandon De Wilde) – chez qui arrive un jour Shane. Ce dernier, témoin des agissements de Ryker va s’arrêter chez les Starrett et aider les fermiers à se débarrasser de ce tyranneau.

 

Phénoménal.

George Stevens signe ici un western magnifique, devenu, à juste titre, l’une des références du genre. On y trouve les éléments indispensables – grands espaces, bagarres et duels - mais avec parfois quelques variations bienvenues qui, d’une certaine façon, renouvellent ce genre indissociable du cinéma. Le duel final, par exemple, se déroule la nuit, pas au soleil (2).

Et puis bien sûr, il y a une histoire d’amour. La femme, c’est Marian et Jean Arthur, qui est revenue spécialement sur les écrans pour ce rôle (et son ami George Stevens). Et l’homme, il est double : il a le charme de Shane et la force morale de Starrett. Mais qu’on ne s’y trompe pas : Marian, à aucun moment, ne cède à Shane qui, d’ailleurs, ne lui fait aucune avance. Ils n’ont que deux contacts physiques pendant tout le film : lors du bal du 4 juillet quand Shane la fait danser après Joe ; et quand il part régler définitivement le problème des fermiers.

Cette scène d’adieux est d’une grande portée amoureuse : Marian n’est pas insensible au charme de cet homme de nulle part, comme elle le montre en demandant à Joe de la serrer très fort. Et la poignée de mains qu’ils échangent vaut tous les baisers du monde.

 

Mais il ne peut pas y avoir plus : Shane n’est pas un homme avec qui vivre, ni qui s’installe. Il erre de vallée en vallée. On ne sait pas grand-chose de lui : on ne sait pas d’où il vient ni où il va. Les rares choses qu’on apprend sur lui ne concernent pas sa façon de vivre mais de survivre. C’est un pistolero. Quand Joey manipule sa carabine, déclenchant un bruit qui rappelle celui d’une gâchette qui s’actionne, il dégaine (très vite, bien sûr). Il va dégainer une autre fois quand on frappe (inopinément) à la porte : cet homme doit sa survie à son « six-coups » et surtout à sa rapidité à le sortir, comme il l’explique à Joey.

Difficile de dire pour quelle raison il dégaine aussi vite et aussi facilement : est-il un homme recherché par la justice ou par une quelconque bande de hors-la-loi ? On ne le saura jamais. Mais l’arrivée de Wilson (Jack Palance) confirme que sa vie avant n’était pas de tout repos : il sait que Wilson est un autre pistolero comme lui, ce qui se confirmera dans son premier duel face à Stonewall Torrey (Elisha Cook Jr.). Et comme Torrey est avant tout un fermier, l’issue n’est pas surprenante.

 

Bien sûr, Wilson a inspiré Morris et son Phil Defer (1956) : il lui donne d’ailleurs les traits de Palance et comme lui, il est engagé par un gros propriétaire (celui de l’autre saloon de Bottleneck Gulch) et Lucky Luke se retrouve dans la même position que Shane : il doit débarrasser la ville d’un nuisible qui est prêt à tout pour s’imposer. Mais ce n’est pas la seule fois où Morris va se référer à ce film : avec son complice Goscinny, ils vont reprendre cette histoire de fermiers menacés par un gros éleveur. Ce sera Des Barbelés sur la prairie (1967), où Lucky Luke, à nouveau, aura le même rôle que Shane, sans toutefois tuer qui que ce soit : il ne tue plus personne dans ses aventures depuis Le Sosie de Lucky Luke (1947).

Comme lui, Lucky Luke vient de nulle part et y retourne.

 

Et ce film a un petit plus qui sera repris, d’une certaine façon, par Clint Eastwood dans son Pale Rider : l’histoire, la plupart du temps est vue par les yeux de Joey. Il est toujours là quand il se passe des choses, même la nuit du règlement de compte final. Tout comme Megan Wheeler (Sidney Penny), il n’a d’yeux que pour ce personnage singulier venu de nulle part (mais pas pour les mêmes raisons). De plus, sa dextérité au pistolet en fait un personnage fascinant pour ce jeune garçon qui rêve de savoir tirer.

Et quand Shane s’en va, Joey retourne à sa vie d’avant, l’intermède est terminé : les fermiers vont pouvoir véritablement s’installer dans cette vallée perdue, et Shane partira vers leur oubli. Alors que nous importe s’il meurt ou non une fois le mot fin apparu (3), puisque c’est bien connu, ce sont toujours les fermiers qui gagnent à la fin…

 

PS : je ne saurai trop vous conseiller la parodie qu’en ont tiré Harvey Kurtzman (scénario & dialogues) et John Severin (dessin) juste après sa sortie, pour Mad (voir ci-dessous)…

 

  1. Grafton n’est pas le nom de cette ville champignon mais celui du propriétaire des bâtiments commerciaux (saloon, magasin, hôtel…) : Sam Grafton (Paul McVey).
  2. Comme chez Vidor…
  3. Ce sera une des discussions du film The Negotiator (F. Gary Gray, 1998)
L'Homme des vallées perdues (Shane - George Stevens, 1953)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #John Sturges
Le dernier Train de Gun Hill (Last Train from Gun Hill - John Sturges, 1959)

Ce dernier train, c’est celui qui doit ramener Matt Morgan (Kirk Douglas), marshal à Pawley. Mais Matt ne doit pas rentrer seul, il doit ramener Rick Belden (Earl Holliman) et Lee Smithers (Brian G. Hutton), qui ont violé et tué sa femme Katherine (Ziva Rodann).

Jusque là, rien que de très normal. Ce qui l’est moins, c’est que le jeune Rick est le fils de Craig Belden (Anthony Quinn), un vieil ami de Morgan, avec qui ils ont un (lourd) passé en commun : Craig a sauvé la vie de Matt autrefois.

Alors Craig demande à Matt de laisser son fils, en souvenir du passé. Mais Matt n’est pas d’accord. Evidemment.

 

Nous sommes dans une superbe tragédie classique, respectant avec maîtrise les trois unités – temps (moins d’une journée), lieu (Gun Hill), et action (amener Rick au train coûte que coûte, qui à en mourir) – servie par du beau monde : entre Sturges à la réalisation, Douglas et Quinn en frères ennemis et Carolyn «  Morticia Adams » Jones (la belle Linda) en arbitre de ce duel inévitable.

Et ça marche. Il faut croire d’ailleurs que c’est l’année qui veut cela puisque dans le même temps, Howard Hawks signait son phénoménal Rio Bravo, reprenant lui aussi ces trois unités, avec un résultat au moins similaire. Là encore, le membre d'une famille essayait de sauver un autre de la justice, malgré ses turpitudes.

 

Mais à la différence de chez Hawks, il y a un lien qui unit Morgan à Belden, et ce lien est très fort : Morgan doit la vie à son ancien complice. Son attitude par rapport à lui devient alors un problème cornélien, ce qui nous ramène à la tragédie classique. Et ce lien est une des clés de la réussite du film. A nouveau, le fils n’est qu’un prétexte, et si Belden ameute ses hommes pour le récupérer, on sent chez lui une sorte de lassitude : c’est parce » qu’il est son fils qu’il veut le sauver, mais il n’accepte pas pour autant ses exactions.

 

Et si Mrs. Morgan est morte de la faute de Rick et Lee, c’est peut-être la faute à pas de chance, mais c’est avant tout une attitude raciste qui justifie alors de s’en prendre à des êtres jugés inférieur : les Indiens. Et preuve que les choses sont en train de bouger (lentement), cet argument est d’emblée balayé par Belden (père) qui chasse Lee. Il ne peut en faire autant avec son fils, mais on sent bien que ce n’est pas l’envie qui lui manque (1).

Et devant ce face à face inévitablement tragique, on trouve un grand nombre de spectateurs : essentiellement les habitants de Gun Hill qui attendent l’issue fatale (pour Matt) avec un brin d’anxiété, mais surtout une grande dose de lâcheté.

 

Et la seule personne qui va s’élever contre la domination de Belden, c’est une femme. Et pas n’importe laquelle : Linda, celle qui a été un temps la compagne de Craig, avant de le quitter, lasse de sa violence et de sa préférence pour ce fils indigne qui est devenu l’enjeu de cette intrigue.

Ce n’est pas la première venue et on sent qu’elle est de la même veine que les deux hommes qui doivent s’affronter malgré eux. Et qu’on le veuille ou non, c’est sa connaissance des hommes et de ceux qui sont concernés par cette affaire qui va amener le dénouement tragique. Elle choisit le camp de Morgan (comme nous spectateurs) et va favoriser de deux manières sa réussite (2) là aussi inévitable : la Loi l’emporte toujours.

 

Autre signe des temps, le monologue de Matt envers Rick sur sa façon lente de le tuer : alors que le père de la jeune Indienne avait l’intention de le tuer lentement (lui aussi) à l’Indienne, Morgan va lui expliquer ce qui l’attend à l’autre bout de la ligne de chemin de fer. Un jugement et surtout une sentence définitive. Mais c’est l’exécution de cette sentence qui est le plus important dans ce monologue. Et quand on sait que c’est Dalton Trumbo (dans la clandestinité, bien sûr) qui signe les dialogues, alors on ne s’étonne pas de la teinte abolitionniste de ce que dit Matt. Nous sommes bien loin de la vengeance habituelle qu'on trouve dans d’autres westerns précédents. L’accent est mis avant tout sur l’aspect désagréable (et réaliste) de cette mise à mort légale qui était encore pratiquée aux Etats-unis en 1959 (3).

 

Quoi qu’il en soit, Sturges signe ici un magnifique western, possédant les ingrédients habituels avec duel final (obligatoire) qui est, d’une certaine façon la dernière forme de l’amitié qui lie les deux hommes, que cette malheureuse affaire a fait à nouveau se rencontrer.

Une dernière question me brûle les lèvres : si Katherine n’avait pas été la femme de Morgan, serait-il allé chercher ses meurtriers avec tous les risques encourus ?

Je n’ose imaginer une réponse négative.

 

  1. Ayez des enfants…
  2. Non, je ne vous les indiquerai pas.
  3. La dernière pendaison remonte à 1996.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #John Ford
Du Sang dans la prairie (Hell Bent - John Ford, 1918)

Un romancier reçoit une commande de son éditeur : raconter l’histoire d’un homme normal, ni bon ni mauvais, dans des situations ordinaires. Ce romancier va prendre comme base un tableau A Misdeal de Frederic Remington (1861-1909), immense peintre américain qui a su croquer sur le vif ce far West américain qui va émailler le cinéma de John Ford.

Après une partie de cartes qui tourne mal, Cheyenne Harry (Carey) qui a plus d’un atout dans sa manche (1), fuit et se réfugie à Rawhide, ville qui vit sous la coupe de Beau Ross (Joe Harris), un bandit notoire. Il y fait deux rencontres déterminantes : Cimmaron Bill (Duke R. Lee) et Bess (Neva Gerber). Le premier lui apportera une amitié indéfectible, la seconde un peu plus…

 

John Ford continue à installer son Far West, prenant déjà appui sur le travail pictural de Remington, s’appuyant sur le jeu – et l’écriture – de son interprète principal, Harry Carey. Il va rapidement sortir du cadre de l’artiste peintre pour installer son microcosme dans une bourgade proche du Rio Grande (2). Comme nous ne sommes qu’en 1918 quand sort le film, ce microcosme est très réduit et tourne autour d’un lieu emblématique : le saloon qui sert de salle de danse et d’hôtel. C’est d’ailleurs là que notre héros va rencontrer Bill, amenant une séquence comique (indispensable chez Ford) autour de la chanson traditionnelle Sweet Genoveve, qu’ils massacrent allègrement !

 

Bien sûr, le personnage de Harry est inspiré de ceux William S. Hart, et le titre original, même s’il n’exprime pas la même chose (3), fait écho à Hell’s Hinges, avec ce même cow-boy. Ici aussi, d’ailleurs, le héros débarrasse la ville de son parasite, sans pour autant la réduire en cendres.

Mais alors que Hart est un archétype de héros de western, Harry ici est beaucoup plus ordinaire : on retrouve écho de la commande initiale de l’intrigue. Cheyenne Harry est un homme fruste comme l’indique son comportement envers Bess au saloon.

 

Et cette même Bess annonce de son côté ces femmes fortes qui vont se développer tout au long du parcours cinématographique de Ford. Certes, on n’en est pas encore à la conduite de Mildred Natwick avec Victor McLaglen dans La Charge héroïque (4), mais le regard noir de Neva Gerber est très éloquent. Et si cela ne vous semble pas suffisant, j’ajouterai que c’est elle qui va prendre en main la destinée de sa famille, son frère Jack (Vester Pegg) n’assumant plus rien après avoir été renvoyé de la Wells Fargo : leur mère a besoin d’argent et Bess va se faire embaucher au saloon. Là encore, nous retrouvons un élément essentiel du monde fordien : la famille.

 

Je terminerai en regrettant l’état général de la copie disponible : certes, les images sont en bon état, mais comme il s’agit d’une édition retrouvée en République Tchèque, retravaillée lors de sa sortie. Les raccords du montage ne sont pas toujours ceux que les spectateurs américains de 1918 ont pu voir.

Mais comme c’est John Ford, ça ne gâche pas trop notre plaisir…

 

  1. Il en a dans plusieurs poches et ce sont essentiellement des as, indispensables pour gagner au poker, sauf quand cela tourne mal…
  2. C’est pratique pour se réfugier de l’autre côté quand on est recherché par la Justice…
  3. On pourrait traduire par acharné : Harry irait jusqu’en enfer pour réaliser son dessein (merci professeur Allen John). Encore une fois, le traducteur français s’est fait plaisir. C’est sûr que c’est plus vendeur…
  4. Là encore très influencé par le travail de Remington.
A Misdeal (Frederic Remington, 1897)

A Misdeal (Frederic Remington, 1897)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Sam Raimi
Mort ou vif (The Quick and the dead - Sam Raimi, 1995)

A peine trois secondes. Un croque-mort qui évalue la taille de la jeune femme qui vient d’arriver : Woody Strode vient de faire sa dernière apparition au cinéma. Quand le film sort en février 1995, il est mort depuis le 31 décembre précédent.

Mais Mort ou vif, c’est tout d’abord l’histoire d’une femme dans l’Ouest (sauvage, cela va de soi), quand la Loi n’était pas arrivée partout. Et encore moins à Redemption, là où a lieu tous les ans un concours de pistoleros. Organisé par celui qui possède la ville : John Herod (Gene Hackman).

Cette année, Ellen (Sharon Stone) a décidé d’accepter d’y participer. Normal, elle a un (très) vieux compte à régler avec le même Herod. La dernière fois qu’elle l’a vu, c’est à la mort de son père.

J’oubliais : Herod est un desperado de la pire espèce.

 

Sam Raimi a été choisi par la même Sharon Stone : elle ne voulait que lui pour réaliser ce western, pour lequel elle était aussi productrice. Outre Raimi, elle a aussi beaucoup insisté pour qu’y figure un jeune acteur qu’elle a découvert précédemment : Leonardo DiCaprio (Fee «  The Kid »). Et c’est une bonne chose d’avoir choisi Raimi parce qu’il va opérer une mutation, se mettant à tourner des films autres que l’horreur qui l’avait fait découvrir.

Mais là s’arrête la bonne idée : à mon avis, Raimi n’est pas un réalisateur de western.

Certes, il a potassé ses classiques, et surtout le maître Sergio Leone : le premier personnage qu’on croise, Dog Kelly (Tobin « Kramer » Bell) semble échappé de chez le réalisateur italien : l’allure, l’habillement et le fusil antédiluvien jouent dans ce sens.

 

Pour le reste, on a tous les ingrédients du western : de grands espaces, de la bagarre, des pendus, et bien sûr des duels au pistolets qui donnent le titre (original) au film (1). La grande nouveauté, c’est la présence de Sharon Stone dans le rôle principal : on n’attendait pas une femme dans ce genre d’intrigue, et on ne peut que s’en réjouir. Mais là s’arrêtent les réjouissances. Si les personnages sont pittoresques, leur accumulation a une certaine tendance à lasser.

De même, les différentes prises de vue, si elles rappellent celles de Leone (encore lui), n’en possèdent pas la rigueur, comme si Raimi n’avait pas su prendre son temps. Et au final, les montées de tension qu’on attend lors des duels tombent à plat, surtout si, comme Cort (Russell Crowe) on attend le déclic qui précède le carillon. Le duel est alors vite expédié et on passe à autre chose.

 

C’est plus une galerie du western – une sorte de musée ? – qui nous est offerte, avec une intrigue qui tient la route mais dont les ficelles sont tout de même un tantinet apparentes. Alors on va dire que c’est un hommage au western, et en particulier celui de l’immense Leone (2), mais on reste tout de même sur sa faim.

L’interprétation reste solide (ajoutez Lance Henriksen en joueur/tricheur/tireur et Gary Sinise dans un rôle déclencheur) et vous aurez une idée de ce qu’aurait pu être le film avec un véritable réalisateur de western. Gene Hackman est encore une fois impeccable, mais pas au niveau de Little Bill Dugget deux ans plus tôt.

Il y a beaucoup de bonnes intentions dans ce film, mais encore une fois, je rappelle que cela ne suffit pas : l'enfer en est pavé...

 

Heureusement, Raimi va se rattraper et nous proposer, quelques années plus tard, la belle trilogie Spider-Man.

Mais ceci est une autre histoire, déjà relatée ici. Et ici. Et aussi .

 

  1. Les rapides et les morts.
  2. On pense évidemment à Il était une fois dans l’Ouest par certains aspects de l’intrigue (et la présence de Woody Strode), mais avec la notion de recherche du temps perdu en moins.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #John Huston, #Lillian Gish, #Audrey Hepburn
Le Vent de la plaine (The Unforgive, - John Huston, 1960)

Audrey Hepburn (Rachel Zachary), Burt Lancaster (Ben Zachary), Lillian Gish (Mattilda Zachary)… Que du beau monde ! Ajoutez à cela l’un des soldats les plus décorés de la seconde guerre mondiale – Audie Murphy (Cash Zachary) – et vous avez ce qui ressemble à un western dans la mouvance de La Flèche brisée, où les Indiens ne sont pas les vrais méchants de l’histoire.

Enfin ça, c’est l’optique du réalisateur quand commence le tournage.

A la fin, ce qui aurait pu être un plaidoyer contre le racisme (anti-indien) se résume à un banal film d’action. Et ce n’est pas moi qui le dis, c’est Huston lui-même.

 

Les Zachary sont éleveurs de bétail. Le père Will a été tué par des Indiens, quelques années plus tôt. Parmi eux vit la belle Rachel, dont les origines sont incertaines puisque le même Will l’a ramenée d’une expédition punitive contre les Kiowas. Est-ce vrai ce que raconte ce vieux fou de Kelsey (Joseph « Dr. No » Wiseman), qu’elle appartenait à la tribu indienne avant d’être ramenée par Will ?

Cette perspective, dans cette contrée reculée des Etats-Unis, divise, et quand les Kiowas viennent réclamer la jeune femme, les choses s’enveniment.

 

Il y a une parenté évidente avec le formidable The Searchers tourné quelques années plus tôt, et c’est tout à fait normal puisque le roman original dont est tiré le scénario a été écrit par le même auteur que pour le film de John Ford. Mais là s’arrête la comparaison, le propos déviant inévitablement sur le conflit manichéen entre Indiens et cow-boys, au grand dam de Huston : la production ne voulait pas d’un western plus moderne

Et comme de bonnes intentions ne suffisent pas à faire un bon film…

Attention : je ne dis pas que ce film est un navet, mais on était en droit d’attendre un résultat plus dans la mouvance un tantinet repentante du cinéma américain envers les Indiens. Surtout qu’il y avait tous les ingrédients pour y arriver.

 

Et on sent que Huston a dû composer pour arriver à ce résultat mitigé. La première partie du film expose lentement mais avec précision la situation, jouant sur le rôle de Kelsey, sorte d’être à moitié chimérique, insaisissable et presque volatile, et surtout dangereux pour celle qui connaît la vérité, Mattilda. Mais tant que Kelsey reste insaisissable, les choses suivent leur cours, avec juste ce qu’il faut d’optimisme et d’humour. Mais nous savons bien que les allégations de ce même Kelsey vont porter leurs fruits et que cette sorte de béatitude (innocence ?) ne va pas durer. C’est quand le fils Rawlins (Albert Salmi) est tué après avoir obtenu la main de Rachel que le film, au rythme fort calme, va s’emballer et surtout que la violence va s’installer.

 

Bien sûr, la violence est inévitable dans un western, mais ici, elle prend une dimension particulière parce que chose peu commune dans ces films à cette époque, les deux femmes principales (Mattilda et Rachel) vont y participer, tuant de sang froid les Indiens venus les attaquer. Même Ben, qui jusque là apparaissait comme un homme pacifique et respectueux des Indiens, va devenir un tueur d’Indiens sans pitié, en (presque) totale opposition avec son attitude initiale.

C’est très certainement ce dernier changement qui plombe le propos du film et le détourne de son but original (mais pas partagé).

 

Alors oui, ça devient un banal film de cow-boys, où un bon Indien reste un Indien mort et où ce qui a pu être tenté vers un rapprochement reste une idée passagère, définitivement abandonnée avec l’assaut final.

Dommage.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #Nell Shipman, #Bert van Tuyle
Something new (Nell Shipman & Bert van Tuyle, 1920)

Tout part d’un pari. Deux policiers se lancent un défi : la jeune recrue ira en voiture là où le vieux briscard se déplacera à cheval, et en plus, il arrivera avant lui. S’ensuit une course à travers champs et autres obstacles naturels. Le tout sous l’œil attentif et curieux d’une romancière en quête d’inspiration (Nell Shipman).

Mais cette course ne nous intéresse pas. Nous allons suivre de notre côté les péripéties que va vivre une jeune femme (Nell Shipman) prisonnière d’une bande de ruffians menés par l’infâme Agrilla Gorgez (Merrill McCormick), réfugiés dans la Cuisine de l’Enfer (Hell’s Kitchen).

Mais Bill Baxter (Bert van Tuyle) veille et à l’aide de sa voiture, va retrouver la jeune femme et échapper aux bandits.

Vous l’avez bien deviné (enfin j’espère), c’est la romancière du début qui imagine cette course poursuite folle : à travers un paysage franchement inamical, la voiture va poursuivre les bandits et être ensuite poursuivie par ces mêmes bandits dans un décor accidenté qu’elle va réussir à franchir et sauver ses deux occupants. Bref, une magnifique publicité pour cette voiture qui en voit de toutes les couleurs (même si le film est en noir et blanc !).

 

Il s’agit ici du premier film de Nell Shipman en tant que réalisatrice, associée avec Bert van Tuyle qui était alors son compagnon et avec qui elle va traverser la première moitié des années 1920s. Non seulement ils ont codirigé le film, mais ils en ont écrit l’histoire et la belle Nell a en plus assuré la production.

Résultat : un western moderne, pour 1920 comme cent ans après. En effet, l’utilisation de la voiture comme tout terrain ancre définitivement l’intrigue dans le vingtième siècle, et le rôle interprété par Nell Shipman va à contre courant de ce qui était alors proposé aux jeunes femmes dans les westerns de cette époque : malgré ses allures de frêle jeune fille, elle a une grande force de caractère et sait faire beaucoup de choses qu’on n’attendait pas alors : elle conduit une voiture- tout-terrain avec autant de brio que son partenaire et surtout elle sait tirer au revolver – et au pistolet (1) – avec justesse, descendant un méchant qui est à leurs trousses.

 

Mais cette histoire de poursuite en voiture (de chaque côté : poursuivante et poursuivie) a ses limites et surtout une de taille : on se lasse. Une fois la voiture arrivée à Hell’s Kitchen, on se prépare à une résolution classique avec échanges de coups de feu et méchant tué mais non : la poursuite recommence avec les bandits – à cheval – qui courent après la voiture conduite alternativement par les deux héros. Et même quand on arrive à un cul-de-sac, une autre issue est révélée par le soleil naissant, relançant cette inlassable (sauf pour nous) poursuite jusqu’à sa résolution attendue mais tout de même plutôt violente : la dernière image que nous avons de Gorgez n’est pas des plus subtiles.

 

Au final, si la poursuite s’éternise un peu trop, on aura tout de même beaucoup de plaisir à retrouver Nell Shipman, une des rares femmes réalisatrices de Hollywood, dans un rôle qui ne se cantonne pas à de la figuration mais bel et bien une place au même niveau que son partenaire voire un peu plus : blessé, il s’en remet à elle qui va à la fin les sortir définitivement de cette situation on ne peut plus dangereuse.

 

  1. Si vous ne connaissez pas la différence entre les deux, je vous encourage à vous renseigner au plus vite.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #Edwin Carew, #Dolores del Rio
Ramona (Edwin Carewe, 1928)

La belle Ramona (Dolores del Rio) est la fille adoptive de l’austère señora Moreno (Vera Lewis) et a grandi avec le fils de celle-ci, Felipe (Roland Drew).

Revenue de chez les sœurs qui ont pourvu à son éducation, elle fait la connaissance d’Alessandro (Warner « Cisco Kid » Baxter), le chef des Indiens qui viennent tondre les moutons des Moreno.
Bien entendu, elle tombe sous le charme du bel Indien au grand dam de sa mère adoptive qui refuse cette union contre nature. Mais la señora Moreno gardait aussi un secret sur les origines de Ramona : elle est la fille d’un homme blanc et d’une Indienne, ce qui explique le manque d’affection de cette femme envers la jeune fille.

Cet amour est aussi une grande déception pour Felipe qui saura s’effacer pour permettre aux amoureux de fuir.
Mariés, Ramona et Alessandro s’installent dans un village indien. Et là, les ennuis vont s’enchaîner.

 

Comme écrit précédemment, La Flèche brisée ne fut pas le premier western qui donnait le beau rôle aux Indiens. Et Ramona en est une très bonne illustration. Il faut dire que Le réalisateur est lui-même issu de la tribu des Chicachas (sud-est des Etats-Unis), qui font partie de ce qu’on appelle les « cinq tribus civilisées » : on les considère comme civilisées parce qu’elles ont adopté certaines coutumes des hommes blancs.

D’ailleurs Edwin Carewe, sur un scénario de son frère Finis Fox, décrivent le chef indien comme un Chicacha, ayant adopté le christianisme comme religion comme on le voit à différents moments du film : le mariage, la bénédiction répétée du père Salvierderra (John T. Prince), la prière matinale.

 

Mais comme (presque) toujours à cette époque, on ne trouve que très peu (voire pas du tout) de véritables Indiens dans la distribution, Warner Baxter en tête. Mais qu’importe, on va suivre les (désastreuses) aventures de ce couple marqué par le destin : perte de l’enfant, attaque (très) meurtrière d’une bande de « maraudeurs ». C’est une véritable surenchère !

Mais je ne peux pas m’empêcher de trouver une certaine ambiguïté à ce film (1) : certes, Carewe a des origines indiennes, mais la résolution de l’intrigue induit d’une certaine manière que la « civilisation » occidentale est la meilleure, puisque Ramona ne trouvera la paix qu’auprès de Felipe. Cette ambiguïté est d’ailleurs accentuée par la dernière réplique (intertitre) de Ramona, qui trouve le bonheur dans les bras de Felipe : « c’est comme si je n’étais jamais partie ». Avoir suivi Alessandro semble donc un mauvais choix qui s’annule à la fin et qui fut la cause de tous ses malheurs. (2)

 

Par contre, Carewe nous montre tout de même que la cohabitation entre les blancs et les Indiens est possible, comme l’illustrent les différentes séquences qui se déroulent dans le ranch Moreno : outre la prière matinale commune qui rassemble la maisonnée et l’Indien, on remarque que les serviteurs des Moreno ne sont pas vraiment blancs. On trouve ce qui ressemble à des Mexicain·e·s et des Indiennes au service de ces colons espagnols (3). Mais là encore, peu de véritables autochtones puisqu’on peut même reconnaître la (très) plantureuse Mathilde Comont.

 

Quoi qu’il en soit, Carewe signe ici un film très bien léché, grâce aussi à la caméra mobile de Robert Kurrle, et l’interprétation magnifique de la belle Dolores. De son côté, Baxter campe un Alessandro qui n’est pas sans rappeler l’allure de Douglas Fairbanks, et si la copie restaurée par la Library of Congress grâce à une copie retrouvée à la cinémathèque de Prague, est très belle, on peut regretter que ce ne soit pas celle qui fut sonorisée (3), le parlant ayant fait son apparition.

On ne peut pas tout avoir…

 

  1. Attention ! Révélation sur la fin du film.
  2. Comme je l’ai déjà écrit ici, les métis n’avaient pas le vent en poupe à l’époque.
    Nous sommes en Californie du temps de l’occupation espagnole, comme dans Zorro !
  3. Encore que…

 

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