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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

western

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Western, #Roscoe Arbuckle
Fatty et les Peaux-rouges (Fatty and Minnie Hee-Haw - Roscoe Arbuckle, 1914)

Fatty (Roscoe Arbuckle) est en voyage. Comme clandestin, alors évidemment, il est rapidement éjecté du train par l’homme demain du convoi (Slim Summerville). Seul, au milieu de nulle part, il feint l’inanition pour attendrir Minnie Hee-Haw (Minnie Devereaux). Et ça marche.

Non seulement elle le ramène à son village (de tipis), mais en plus, elle envisage de l’épouser. Ce qui n’est pas complètement au goût de Fatty qui va s’enfuir et se retrouver dans un village de cow-boys.

Mais Minnie est à ses trousses…

 

Autant le dire tout de suite : Minnie Devereaux s’est aussi appelée Minnie Ha-ha (dans Mickey), et ici, son patronyme (Hee-Haw) rappelle fortement le braiement d’un âne. Quoi qu’il en soit, c’est une femme indienne (véritable) et sa stature est en parfaite adéquation avec celle Fatty, comme en témoigne la séquence du baiser. Parce que Roscoe Arbuckle, à travers son personnage, va embrasser une Indienne ! Si je mets en évidence ce fait, c’est parce que les lois américaines ne sont pas – en 1914 – pour la mixité, et au cinéma, n’oublions pas qu’« un bon Indien est un Indien mort » !

 

Alors quand Fatty embrasse Minnie Hee-Haw, après contorsions, c’est un grand coup donné aux racistes de tous poils qui peuplent l’Amérique de l’époque (et aussi de maintenant, d’ailleurs). Mais je ne suis pas sûr qu’il y ait un message quelconque dans ce baiser. Il est on ne peut plus naturel, même si Fatty n’a qu’une envie : s’en aller. Il faut dire que Minnie n’est pas de la première jeunesse, et la présence d’une rivale (Minta Durfee) va précipiter la séparation.

Malheureusement pour Fatty, cette jeune femme a un père, et leur amour (inexistant bien que latent) ne pourra se développer.

 

Quoi qu’il en soit, on s’amuse beaucoup de cette histoire fort improbable, où le héros (?) va tout faire pour se sortir d’une situation de toute façon inextricable, tout en utilisant les canons du western. Ca tire, ça se bagarre et ça boit sec. Sauf Fatty, bien sûr, qui boit du lait plus ou moins élégamment.

 

NB :un gag qui sera repris maintes et maintes fois, et en particulier chez Goscinny : la nourriture indienne qui contente l’étranger jusqu’au moment où il apprend ce qui compose réellement sa pitance (1)…

 

On attend quand même avec impatience Out West !

 

  1. Astérix, La grande Traversée ; Oumpah-Pah le Peau-rouge

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Frank Borzage
The Pilgrim (Frank Borzage, 1916)

Bien sûr que ce « pèlerin » n’a rien à voir avec celui de Chaplin qui sortira sept ans plus tard.

Ici, il s’agit d’un homme qui vient d’ailleurs et qui y retournera.

Nous sommes dans l’Ouest américain, encore à moitié sauvage, et un étranger (Frank Borzage) vient d’arriver avec sa mule. Sans le sou, il troque ses éperons contre une flasque de rhum. Il est alors remarqué par Jim Niles (Dick La Reno), qui dirige un ranch local à la recherche d’aides. L’étranger, rapidement surnommé « Le Pèlerin » va accepter.

Mais un jour, débarque la promise de Niles, la belle Nita Dudley (Ann Little), venue s’aguerrir en vivant les conditions rudes des cow-boys de l’Ouest…

 

Voilà trois ans que Borzage tourne… Des courts-métrages. Cette année 19196 le verra réaliser son premier long, mais n’anticipons pas. Toujours est-il que ce film sort le lendemain de Matchin’ Jim autre court western qu’il a réalisé. Bref, il s’agit d’un film parmi d’autres, dans cette industrie cinématographique qui propose des courts-métrages à tire-larigot.

Mais pourtant, c’est un film de Borzage, alors il mérite très certainement le détour. En effet, ce dernier n’est pas encore le réalisateur talentueux que nous connaissons, mais on ne peut pas se tromper quant à ses intentions.

 

Avant tout, c’est un western humain où la force n’est pas la qualité première de ce curieux héros. Curieux parce qu’il n’a pas de nom ni de prénom, et aussi parce qu’il n’a pas la prestance d’un William S. Hart, d’un Tom Mix ou d’un Harry Carey qui tiennent le haut de l’affiche dans le genre. Pas de grand chapeau ni de revolver non plus, même si, au vu du film, on imagine facilement qu’il doit être un as de la gâchette. Mais surtout, il se déplace avec une mule, avec laquelle il a une relation très fusionnelle.

Et à l’instar d’autres personnages borzagiens, il est un tantinet inadapté au monde dans lequel il évolue : c’est une sorte de tumbleweed caractéristique du paysage américain : vous savez ces « virevoltants » végétaux qui roulent au gré du vent dans les westerns. Il est même ostracisé par les autres cow-boys du ranch, obligé de dormir avec sa mule, dehors.

 

Et puis il y a l’élément féminin : la jeune Nita que son père a envoyé dans l’Ouest pour qu’elle s’endurcisse. Elle a la tenue pour – son père est riche et possède le ranch – mais ne semble pas vraiment adaptée à cette nouvelle vie : elle se perd dès sa première sortie seule. Cette sortie renforce cette idée d’inadaptée parce que son objectif est d’aller soigner Joe Mex (Jack Richardson) qui a été poignardé par « le Pèlerin » (1) : nous sommes donc bien loin de ce concept de vie rude de l’Ouest.

De la même façon, quand elle se promène avec le Pèlerin, c’est lui qui « se mouille » pour lui permettre de boire ! On est bien loin d’une autre femme du film : Little Eva (Mary Gladding). Cette dernière n’arrive pas de chez Harriet Beecher Stowe, mais une de ces femmes endurcies qu’on trouve dans nombre de westerns (d’avant et d’après) : elle est la compagne de Joe Mex mais ce dernier n’étant pas un modèle de fidélité, elle n’hésite pas à faire de même avec « le Pèlerin » (encore lui), amenant la rixe au couteau…

 

Bref, un western mineur du fait avant tout des son format (28 minutes), et de son histoire (forcément) convenue, mais où le savoir faire de Borzage est déjà là.

Et même si le soleil ne se couche pas, ce singulier héros repart, seul bien sûr, vers une autre destination inconnue et anonyme…

 

  1. Joe Mex est l’agresseur dans cette affaire.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Gangsters, #Western, #Shane Atkinson
LaRoy, Texas (Shane Atkinson, 2023)

Une route, la nuit.

Un homme (Dylan Baker) prend un auto-stoppeur en panne. Ce dernier plaisante en expliquant qu’il pourrait très bien être un déséquilibré. Mais le conducteur retourne la plaisanterie à son avantage, ce qui n’est pas pour rassurer son passager qui préfère descendre.

C’est ce qu’il va faire.

Sauf que le conducteur – Harry – est un véritable tueur. Et le terminus de l’autostoppeur l’est bel et bien… Six pieds sous terre !

Là Harry reçoit un coup de téléphone lui demandant d’aller à LaRoy (Texas) pour un nouveau contrat.

A LaRoy habite Ray (John Magaro), qui apprend que sa femme (Megan Stevenson) lui est infidèle. Alors qu’il décide de se suicider, il est pris pour le tueur à gages…

 

C’est une belle œuvre que ce premier long-métrage de Shane Atkinson, mélangeant allègrement des situations franchement dramatiques, voire tragiques, avec un humour noir décapant. On s’amuse de bout en bout de ces personnages peu reluisants qui se retrouvent embarqués dans des péripéties qui leur échappent – sauf Harry – tandis que les morts s’accumulent (6 en tout).

Mais une des particularités du film est que les différentes mises à mort ne sont pas montrées : on entend les coups de feu et/ou on en voit les effets dévastateurs. Une seule fois, on voit notre tueur abattre un autre homme, mais sans pour autant apercevoir ce dernier !

 

Bien sûr, on pense aux frères Coen et en particulier à Fargo et No Country for old men : Harry est une réminiscence d’Anton Chigurh (No Country) de par sa froideur professionnel et son côté implacable ; les autres protagonistes, quant à eux, ont plutôt le niveau intellectuel de Showalter et Grimsrund (Fargo), et en particulier Skip Roche (Steve Zahn), détective sans licence, raillé par quasiment tous les habitants de cette ville perdue (1), de par sa fonction et surtout son accoutrement. Certes, nous sommes au Texas, mais un cow-boy comme celui-ci relève plus du pied-tendre que du baroudeur.

Autre élément texan : le personnage de LeDoux (Brad Leland), concessionnaire qui, menacé  va s’expliquer avec Skip et Ray le fusil en mains !

Sans oublier l’accueil que réserve Angie (Galadriel Stineman) à Skip et Ray qui viennent l’interroger !

 

Et en plus, Shane Atkinson a donné à son film une dimension western très bienvenue. On y trouve les grands espaces indispensables et c’est bien normal car LaRoy n’étant pas ce qu’on appelle une mégalopole, on se retrouve rapidement hors de la ville. Et c’est aussi un des éléments comiques de ce film : la présentation de la ville nous laisse présager un trou – ce qui est le cas – et pourtant il s’y passe énormément de choses qu’on a l’habitude de trouver dans une (très) grande ville.

Bref, pour accentuer le côté westernien, LaRoy est une petite bourgade qui va devenir le théâtre d’une espèce de coup de balai violent, avec la venue de cet étranger qui déclenche les hostilités.

Avec en séquence (presque) finale, la confrontation – « duel au soleil » – entre les deux personnages principaux : le tueur et sa (très) pâle copie… Le tout dans un plan déjà vu cent fois, mais qui reste malgré tout très pertinent.

 

Je terminerai en parlant de l’aspect fatidique du film. En effet, malgré toutes les péripéties, le Destin est omniprésent et personne ne va lui échapper. D’une part parce que le tueur est son instrument privilégié, et d’autre part parce qu’une partie des protagonistes reste bloqués sur leurs sorts : « c’est mon mari » ou « c’est ma femme » sont des répliques récurrentes chez ceux qui sont trompés par leurs conjoints – Ray, Kayla (Emily Pendergast) ou Midge LeDoux (Darcy Shean) – sans pour autant imaginer changer les choses, et ce malgré les remarques des autres (Skip, Harry…).

 

Bref, tout le monde s’en va plus ou moins confiant vers une fin qui, si elle n’est vraiment prévisible, reste tout de même fort logique. Mais comme Atkinson multiplie les décalages plus ou moins absurdes, on garde le sourire jusqu’au bout.

 

  1. Tellement perdue qu’elle n’existe pas…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Michael Winner
Les Collines de la terreur (Chato's Land - Michael Winner, 1972)

Ces collines, c’est le Pays de Chato (1). Chato (Charles Bronson) est un métisse, moitié blanc, moitié apache. Et c’est dans ce coin reculé et aride que vase passer la majeure partie du film.

Et tout ça à cause d’un shérif raciste (Roland Brand) : Chato voulait juste boire un whisky, mais ce shérif refusait qu’on serve les gens de couleur. Et alors qu’il dégainait pour tuer ce « métis », Chato a été plus rapide.

Seulement voilà, tuer un shérif est mal vu, surtout quand on est un Indien. Et la justice des Blancs s’arrête à la couleur de la peau. Alors les « braves » habitants du coin (Nouveau-Mexique, dans le Sud, quoi) vont organiser une chasse à l’homme qui va les amener dans le territoire qui donne son nom au film.

 

Le western n’en finit pas de mourir et de ressusciter… Enfin, pas mourir mais plus ou moins décliner. C’est encore le cas ici puisqu’on peut facilement le classer dans ces westerns crépusculaires qui ont fleuri à la suite de la trilogie de l’Homme sans nom (merci monsieur Leone).

Ici, pas de cow-boys très reluisants, tous ont des choses à se reprocher dans cette chasse à l’homme où ils vont rapidement devenir le gibier. Mais tous se rejoignent sur un point : tuer l’Indien. Depuis la fin de la Guerre Civile (1861-1865), ces hommes qui font partie du camp perdant ressassent leur défaite. Et une fois les blessures pansées (certainement pas guéries), ils sont allés tuer les Indiens. Au nom, bien sûr, de la « Civilisation ».

Alors maintenant que les guerres indiennes ne les concernent plus, ils ont tendance à s’ennuyer et un Apache à pendre, ça remet tout le monde en selle (c’est le cas de le dire).

Même Quincey Whitmore (Jack Palance), qui était capitaine pendant la guerre a revêtu son vieil uniforme pour l’occasion.

Bref, ce sont tous des nostalgiques de la Guerre perdue et qui ne sont plus tous très jeunes. Beaucoup d’entre eux grisonnent (les moustaches de Jack Palance, par exemple) et c’est Jubal Hooker (Simon Oakland) qui l’exprime le mieux : avant et après la Guerre, il n’y avait rien.

 

En face, on trouve un Charles Bronson taciturne dans ce rôle d’Indien. Il ne parle pas beaucoup mais agit et va éliminer ces cafards l’un après l’autre, implacablement. Mais s’il tient le haut de l’affiche, ce n’est pas lui qu’on voit le plus ! En effet, Michael Winner s’attache à cette bande de nostalgiques qui légitime son action par la haine de l’Indien. Alors que les chasses à l’homme habituelles ne laissent pas beaucoup de personnages se distinguer, ici, on a le temps de caractériser tous ces hommes, de par leur haine mais aussi de par leurs positions. Et c »e n’est pas l’unité habituelle puisqu’on y trouve des frictions voire des désaccords qui vont précipiter la fin de ces hommes : certains ont compris qu’ils n’en reviendraient pas, mais l’impact du groupe (ou les menaces du revolver) les oblige à rester.

 

Bien entendu, on retrouve aussi quelques canons du western, comme les grands paysages, l’opposition Indien/cow-boys, ou la nature sauvage, et aussi le campement autour du feu. Mais il n’y a pas cette bonhomie habituelle qui fut de mise deux décennies plus tôt. Tout le monde est tendu, plus ou moins rongé par un dernier morceau de leur conscience : ils savent malgré tout que ce qu’ils font n’est pas juste. Et Winner nous l’a annoncé dès le début de la poursuite quand ils approchent Ezra Meade (Peter Dyneley) pour l’emmener avec eux : ses arguments (en plus de sa carabine) sont les plus sensés que nous entendrons chez les Blancs, parce qu’il considère que le shérif l’a bien mérité. En effet, toute cette meute assoiffée de sang s’est arrêtée à l’annonce de la mort du représentant de la Loi. Aucun d’entre eux n’a cherché avant tout à savoir pourquoi l’Indien l’avait tué.

Pas étonnant alors d’avoir une telle fin.

 

PS : oui, il y a une sorte de duel final qui voit s’affronter Chato et le dernier survivant de la meute. Et comme le western a changé, ce n’est plus le Blanc qui l’emporte…

 

  1. Le titre original

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Western
Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin (Big Trouble in Little China - John Carpenter, 1986)

Jack Burton (Kurt « Snake Plissken » Russell) est chauffeur routier et livre régulièrement dans le quartier chinois de San Francisco (Chinatown). Un jour, il accompagne son ami Wang Chi (Dennis Dun) à l’aéroport pour y accueillir la fiancée de celui-ci, la belle Miao Yin (Suzee Pai). Mais cette dernière est enlevée par le Wing Kong, une triade qui a pour chef le mythique et mystique David Lo Pan (James « Hannibal Chew » Hong). Pourquoi ? Parce que Miao Yin a les yeux verts, ce qui est rare pour une Chinoise (?).

S’ensuit alors une poursuite avec vol de camion (celui de Jack) et rencontre d’une belle avocate – Gracie Law (Kim Cattrall), ça ne s’invente pas (1) – et de spectaculaires combats contre la triade et ses super combattants avec tout de même l’aide du sorcier Egg Shen (Victor Wong).

 

L’espace d’un film, John Carpenter sort de l’horreur fantastique pour ne s’occuper que du deuxième élément, mais avec un détachement et surtout beaucoup de plaisir. On sent que le réalisateur et son équipe ont apprécié le tournage, même si les studios (20th Century Fox) n’ont pas vraiment favorisé le projet. Quoi qu’il en soit, si le film n’a pas atteint le public comme il le méritait à sa sortie, l’exploitation en vidéo a comblé ce handicap : c’est d’ailleurs comme ça que j’ai pu le voir.

Et c’est bien dommage qu’il n’ait pas eu ce succès tant il est à part dans l’œuvre de Carpenter : un mélange de comédie, de western et d’exotisme très réjouissant. Et encore une fois, Carpenter ne s’est pas contenté de la réalisation, puisqu’il cosigne, comme d’habitude, la bonde originale, cette fois-ci avec Alan Howarth.

 

Bien sûr, cette intrigue est hautement improbable, mais qu’importe puisqu’on s’amuse. Kurt Russell, encore une fois est un aventurier (malgré lui pour le cas) solitaire plus intéressé par ses différents trajets dans son camion que par une vie bien rangée (2). Et en cela, on retrouve une dimension du western (comme annoncé plus haut) : c’est un solitaire qui vient remettre de l’ordre dans un endroit et repart une fois le travail effectué vers de nouvelles aventures, en l’occurrence un nouveau transport routier. Bien entendu, comme les cow-boys solitaires de l’âge d’or du genre, il ne laisse pas indifférent la jeune première (Gracie) et va finir par l’embrasser…

Et pour accentuer cet aspect westernien, il faut savoir que Kurt Russell a pris comme modèle pour son personnage nul autre que John Wayne. Certes, il n’y a pas ces grands espaces qui font le décor formidable du genre, mais ils sont remplacés par les éléments exotiques (d’Extrême-Orient) qui situent principalement l’intrigue.

Et pour insister sur l’aspect improbable et fantastique, les trois champions de la triade ne sont pas sans rappeler les combattants du jeu Mortal Kombat à venir (1992), tout comme David Lo Pan sera le méchant dans ce même jeu.

 

Bref, nous sommes dans un film singulier puisqu’il reprend certains éléments de western de fantastique, et va influencer les créateurs de jeux vidéo : pas mal pour un film qui est (presque) passé inaperçu à sa sortie…

On en redemande !

 

  1. Enfin si : Law signifie « loi »…
  2. Ce qui se traduit aussi par des maladresses.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Gangsters, #Martin Scorsese, #Robert de Niro
Killers of the Flower Moon (Martin Scorsese, 2023)

Phénoménal.

Scorsese nous revient avec une nouvelle histoire sombre, émaillée de morts pas toujours très naturelles, et surtout ses deux acteurs fétiches : Robert DeNiro (Bill « King » Hale) et Leonardo DiCaprio (Ernest Burkhart).

Et surtout la formidable Lily Gladstone (Mollie Brown ép. Burkhart).

Mais reprenons.

 

[Je vous conseille de voir le film avant de lire ce qui suit, bicôze il n’y aura plus beaucoup de surprise : mais qu’importe, le film est tellement magnifique…]

 

Fraîchement démobilisé après la première Guerre Mondiale et survivant à la Grippe Espagnole, Ernest Burkhart débarque à Fairfax (Oklahoma) pour travailler avec son oncle, Bill « King » Hale. Ce dernier est l’un des soutiens les plus importants des Indiens Osages : après avoir été chassés toujours plus à l’Ouest, ils se sont établis en Oklahoma et y ont découvert du pétrole, devenant immensément riches, et donc la proie privilégiée des convoitises.

L’Oklahoma semble l’état rêvé : on y pratique des mariages mixtes (Indiennes & Blancs), et tout le monde s’entend très bien. Sauf que les Indiennes ont tendance à mourir prématurément sans qu’on s’étende beaucoup sur les causes de ces décès. Et bien sûr, les maris – blancs – héritent de leurs parts…

Alors qu’il travaille comme chauffeur de taxi, Ernest rencontre Mollie Brown et tombe amoureux. Il va même l’épouser, malgré la maladie : elle est atteinte de diabète, et en plus ses sœurs meurent l’une après l’autre… Et pas spécialement naturellement.

 

C’est absolument remarquable. Scorsese est à son plus haut ni veau, réalisant, en plus d’un film superbe, une véritable synthèse de son œuvre, allant même jusqu’à y apparaître un petit peu plus que d’habitude. Et la présence du duo vedette n’y est pas non plus pour rien. En utilisant ces deux monstres, Scorsese mélange son passé et son présent avec deux des acteurs qui ont su le mieux évoluer dans son univers cinématographique. Et la présence de Lily Gladstone pourrait presque envisager son avenir s’il n’avait déjà 81 ans… (1)

Avec ce film, une nouveauté tout de même : d’une certaine façon, Scorsese intègre des éléments du western qu’il mêle avec un univers plus fréquent chez lui, les gangsters.

Western parce que nous retrouvons les grands espaces et une lutte entre le Bien (les Osages) et le Mal (les Blancs). Et si nous n’avons pas un duel aux revolvers au soleil (levant ou couchant), nous en avons tout de même un entre les deux hommes dont un seul sortira vainqueur.

Et comme nous sommes chez Scorsese, ne vous attendez pas à une fin glorieuse pour le héros : il ne terminera pas plus haut qu’il n’était au départ.

 

La première force du film, c’est avant tout son intrigue : une histoire authentique avec un peuple indien opprimé, trompé, voire éliminé. Et des Blancs d’une incroyable méchanceté, mais toujours à la manière de Scorsese : avec beaucoup de religion et de famille. Ce dernier élément étant le moteur de Hale qui est prêt à tout pour arriver à ses fins. Et ses pratiques n’ont rien à envier à celle de Paulie (Paul Sorvino) & C° dans Goodfellas. Et si Joe Pesci n’est pas là – l’âge, que voulez-vous – Scott Shepherd (Byron Burkhart) est un substitut plus qu’honorable, la frénésie en moins, cela va de soi.

De plus, Scorsese insiste sur l’inexorabilité du sort des Osages, montrant le chemin de fer qui amène toujours plus de Blancs qui viennent travailler dans les concessions dont les propriétaires ont tendance à pâlir… Ceci couplé avec une utilisation intelligente du temps : en tant qu’immense cinéphile, il va utiliser le cinéma de Fairfax pour montrer le temps qui passe. Les premiers films d’actualité qu’on voit sont bien sûr muets puis tout d’un coup, des paroles se font entendre : nous sommes après 1927.

Et cette utilisation du cinéma permet aussi une première transition brillante : les actus montrées sur l’écran du cinéma laissent place naturellement à la réalité de l’intrigue, et quand Ernest est identifié par les spectateurs (tout le monde connaît Leonardo, ou presque), la couleur s’installe en même temps.

On va retrouver plusieurs de ces magnifiques transitions tout au long du film : saluons au passage le travail de montage de Thelma Schoonmaker.

Soulignons aussi le travail de Rodrigo Prieto derrière la caméra : c’est superbe, en particulier l’incendie accidentel du champ de pétrole de Hale.

 

Quant à l’interprétation, elle est à un très très haut niveau, en particulier (comme déjà dit) Lily Gladstone qui donne une authenticité _incroyable à cette femme torturée par ces Blancs sans scrupule. Là encore, on mettra en exergue sa dernière rencontre avec DiCaprio, où son visage est tout.

Bien sûr, DeNiro est impeccable mais pas au sens premier du terme : il est un salaud magnifique doublé d’un hypocrite talentueux. Je rejoins l’avis de mon ami Jean B. qui me disait que les acteurs, en vieillissant, rejoignent le côté obscur. C’est le cas ici de DeNiro, mais c’est aussi un début pour Leonardo qui reste tout de même plus une victime – de la rouerie de son oncle – qu’un véritable bourreau. Encore que…Le problème d’Ernest, c’est que c’est avant tout un imbécile facilement influençable et manipulable. Il y a dans ce personnage autant d’intelligence que chez Travis Bile (Robert DeNiro, tiens, tiens…) dans Taxi Driver, même si le contexte est différent.

 

Et puisqu’on en est aux références, une petite dernière : Raging Bull. Je ne vous dis pas où. Vous chercherez, et bien entendu trouverez !

 

PS : vous avez remarqué que le générique de fin ne comporte aucune musique, seulement des sons naturels. Et parmi eux, un rappel de ce que nous avons vu...

 

  1. Ne nous emballons pas : Eastwood a 93 ans et il n’a pas encore sorti son dernier film (attention, il arrive bientôt !) : 12 ans, l’espoir reste donc permis !
William « King » Hale (1874-1962)

William « King » Hale (1874-1962)

Ernest Burkhart (1892-1986)

Ernest Burkhart (1892-1986)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Western, #Marshall Neilan, #Frances Marion, #Alfred E. Green, #Mary Pickford
L'Enfant de la forêt (M'Liss - Marshall Neilan, 1918)

Red Gulch (Californie) est une petite bourgade typique de l’Ouest américain. On y trouve et les derniers avancements de la civilisation : le pasteur Bean (John Burton), le juge McSnagley (Tully Marshall) et l’instituteur Charles Gray (Thomas « Crichton » Meighan).

Mais on y trouve aussi quelques personnalités pittoresques comme Yuba Bill (Charles Ogle) et surtout John Benson « Bummer » Smith (Theodore Roberts).

Eton y trouve surtout « l’enfer sur deux pattes », la jeune Melissa « M’Liss » Smith (Mary Pickford) qui donne son nom au titre original.

M’Liss est une jeune fille espiègle et rêveuse, un tantinet aventurière, et pas très éduquée mais elle doit surtout surveiller son père : « Bummer » Smith est un alcoolique notoire et elle doit assurer son éducation !

 

Réunion au sommet ! Outre Mary Pickford, on retrouve un scénario de Frances Marion – du sur mesure donc pour Pickford – et la présence aux côtés de Marshall Neilan d’Alfred E. Green. On a eu pire !

Et comme autour de Mary Pickford, on reconnaît quelques transfuges de chez Cecil B. DeMille, on est assuré de passer un bon moment. Le seul (faux) problème, c’est que nous sommes dans un western, genre peu utilisé par la belle Mary. Mais que voulez-vous, quand on a du talent, on peut n’importe qui, n’importe quand et même n’importe quoi. Rassurez-vous, ce n’est pas du n’importe quoi qui nous est proposé ici et Mary Pickford encore une fois déroule devant nous son immense talent.

 

En plus des codes du western, Neilan réussit ici une très belle comédie un tantinet gâchée par une technique cinématographique (1) qui n’est pas au meilleur niveau. Mais qu’importe, les différents protagonistes sont impeccables et on passe une heure 13 minutes (presque) en bonne compagnie et surtout on s’amuse beaucoup de cette histoire qui, même si elle présente de nombreux aspects de la comédie, traite de sujets graves dont le lynchage.

Certes ce thème n’est pas abordé aussi gravement que le fera William Wellman dans The Ox-bow Incident (1943), mais le résultat final sera malgré tout le même : deux hommes profiteront de cette « justice » expéditive. Et dire qu’ils n’étaient pas innocents de ce qu’on leur reprochait ne diminue en rien l’abjection d’un tel procédé.

 

Mais heureusement, la comédie l’emporte sur la tragédie et même les différents intertitres rendent compte de cet état d’esprit comique : les différentes prononciations vernaculaires sont reprises avec bonheur et gourmandise, ajoutant encore plus de sourires sur les lèvres des spectateurs. Les différentes interventions du juge vont toutes dans ce sens, à chaque fois qu’il fait référence à la Loi (les « statuts »).

Bref, tout cela n’est pas très sérieux et on passe un très bon moment dans cet Ouest (encore un peu) sauvage et pittoresque.

Et même si nous sommes dans un véritable western, on ne pourra pas m’empêcher de penser qu’il s’agit avant tout d’un conte de fées : mais cette fois-ci, c’est la « princesse charmante » qui délivrera le prince de son (triste) sort.

 

  1. Il s’agit de l’un des derniers films du chef-opérateur Walter Stradling qui décédera quelques semaines après la sortie du film d’une pneumonie. Il avait 43 ans.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #Victor Schertzinger
Le Réprouvé (Redskin - Victor Schertzinger, 1929)

Nous sommes en Arizona, aux alentours de 1918. La seule présence blanche consiste en un relais tenu par Navajo Jim (Tully Marshall), qui tire son nom de son amitié avec cette tribu indienne. Le fils du chef, Wing Foot (Philip W. Anderson puis Richard Dix) est emmené à l’école des Blancs, malgré les réticences du chef Notani (George Regas) et du sorcier de la tribu, Chahi (Bernard Siegel).

Dix ans plus tard, Wing Foot est de retour parmi les siens. Mais ses pratiques ne sont plus celles de la tribu. Et comme si cela ne suffisait pas, la femme qu’il aime, Corn Blossom (Lorraine Rivero puis Julie Carter), appartient à la tribu des Pueblos, ennemis héréditaires des Navajos.

Il est (logiquement) banni de la tribu, mais un élément va relancer sa vie, le pétrole : les Blancs sont à sa recherche et Wing Foot sait où il y en a…

 

Encore une fois, je ne peux que m’insurger (légèrement) devant la traduction du titre original, Redskin. Peau-rouge. Si « le réprouvé » correspond au statut de Wing Foot, la dimension raciale du film disparaît. Parce que le rouge est la couleur dominante du film : la peau de Wing Foot, de Corn Blossom ou encore Pueblo Jim (Noble « Ivan » Johnson), mais aussi de nombreux éléments vestimentaires ou d’ornement qui ressortent du fait de l’utilisation du Technicolor qui fait ressortir ce rouge à différents moments (même la pompe à essence du relais est rouge !). Et cette couleur de peau est centrale à ce film où les Blancs sont rares et quand ils sont là, leur rôle n’est pas obligatoirement positif : John Walton, l’enseignant des garçons va précipiter le destin malheureux de Wing Foot, et on rencontrera en plus deux prospecteurs pas très scrupuleux (euphémisme). Sans oublier les autres étudiants de Thorpe où est allé Wing Foot qui ne l’ont accepté que parce qu’il courait vite.

 

Encore une fois, on retrouve la séparation de fait entre les Blancs et les autres, avec les malheurs que cela peut engendrer. Mais les divisions sont réciproques – Chahi refuse l’aide des Blancs (la mère de Wing Foot en fera les frais) – et elles sont reproduites chez les Indiens eux-mêmes avec le conflit Navajo-Pueblo.

Quoi qu’il en soit, cette fois-ci – et c’est très rare pour l’époque, ce sont les Indiens qui ont le beau rôle et Victor Schertzinger leur rend un très bel hommage, même si on peut regretter qu’il n’y ait aucun véritable Indien dans la distribution.

Et ce dernier insiste sur le mauvais rôle des Blancs en les montrant fourbes et surtout imbéciles : leur singerie qu’ils appellent dans indienne à la réception de l’université les rend pitoyables et leur leader n’est qu’un gros jaloux raciste. Bref, pas très glorieux, tout ça !

Et une fois le film terminé, on comprend pourquoi la Librairy of Congress conserve une copie de ce film : en plus d’être un beau film, il est aussi un témoignage qui rend les Indiens véritablement humains et positifs. Sauf Pueblo Jim qui est le méchant Indien (il en faut un, quand même !). Et comme tous les méchants, il aura droit à son juste châtiment.

 

Bref, Ce Réprouvé est une très belle surprise de la fin du cinéma muet (voilà presque un an et demi qu’est sorti The Jazz Singer), et dans cette surprise, on en a une autre : Tully Marshall a un rôle positif, voire comique, surtout avec son revolver – vintage pour 1928 (1) qui fonctionne une fois sur deux les meilleurs jours…

 

PS : la séquence finale donne toute sa dimension au titre original.

 

  1. 1928 est la seule date qui apparaît dans ce film : sur la coupe remportée à la course par Wing Foot.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Western, #George W. Hill, #Marion Davies
L'Amazone (Zander the Great - George W. Hill, 1925)

Non, Marion Davies ne s’est pas coupé un sein pour tourner ce film : si on l’appelle l’Amazone, c’est avant tout parce que le traducteur officiel pour la MGM France a trouvé que c’était plus vendeur !

Il faut dire que le titre original est un leurre volontaire puisque le Grand Zander n’est rien d’autre qu’un petit garçon de cinq ans environ (1). Mais malgré tout, ce petit « Grand Zander » est le centre de l’intrigue, amenant les coups de pouce du Destin, comme on dit.

 

Mamie Smith (Marion Davies,donc) est une orpheline un tantinet délurée et après un passage à tabac un peu trop appuyé par l’intendante de l’orphelinat (Emily Fitzroy), elle est confiée aux bons soins de Mme Caldwell (Hedda Hopper) dont le mari est parti au Mexique, l’abandonnant avec son enfant nouveau-né.

Malheureusement, cette dernière décède et Mamie, pour éviter qu’il finisse au même orphelinat qu’elle, va l’emmener retrouver son père qui est maintenant en Arizona.

Mais une fois arrivé là-bas, elle se rend compte que » ce père est un bandit qui pratique la contrebande d’alcool (Volstead Act oblige…).

 

Voici ce qu’on peut appeler un western moderne. Enfin moderne pour l’époque, cela va de soi puisque la présence de Ford T (enfin je crois que c’en est une) nous ramène obligatoirement au XXème siècle (2). Associé à la contrebande d’alcool, nous pouvons en conclure que le temps de la narration n’est pas bien éloigné de celui des spectateurs. Mais un western quand même, avec ses grands espaces, ses bandits et ses règlements de compte à coups de révolvers. Pas de duel final certes, mais comme il y a attaque d’une hacienda, cela revient au même, surtout que le méchant va recevoir son compte, ce qui est la moindre des choses.

 

Bien sûr, on pense à John Ford et ses Three bad Men quand on découvre Murchison (Harrison Ford, l'autre), Good News (Harry Watson Jr.) et Texas (Harry « Millionnaire excentrique » Myers) dans leur repaire, et on peut se poser la question de l’influence de cette situation dans le film de Ford qui ne sortira que l’année suivante. Mais nous ne sommes certainement pas chez le maître, loin s’en faut.

Néanmoins on a plaisir à voir ces trois hommes, censés irrécupérables se faire dorloter par Mamie, avec en point d’orgue la séquence de coiffure. Toutefois, nous sommes dans un film très américain avec rédemption à la clé et la résolution de l’intrigue se devine alors très rapidement. Et ce malgré un faux coup de théâtre (une annonce, quoi).

 

Et Marion Davies là-dedans ? On l’a connue plus virevoltante mais ce n’était pas avec Hill et c’est peut-être pour ça que l’on reste sur sa faim quant à son implication. Certes, c’est du sur mesure pour elle (3), et elle nous montre ses talents, mais une de ses facettes n’est pas exploitée (ou si peu qu’on peut ne pas le mentionner) : son côté comique. La séquence de l’orphelinat pouvait nous laisser croire qu’elle serait plus comique, mais non. Hill semble s’être laissé emporter par l’aspect mélodramatique et en a oublié qu’il avait à portée demain une grande actrice comique : on aurait aimé le voir dans la fameuse séquence de coiffure…

 

Toujours est-il qu’on passe un moment agréable et comme dit plus haut, il manque quelque chose pour en faire un grand film.

Mais il y a Marion Davies, et c’est déjà beaucoup !

 

  1. Jack Huff a  tout juste six ans quand sort le film le 2 décembre 1925 : il est né le 28 novembre 1919.
  2. La Ford T fut construite entre 1908 et 1927.
  3. William Randolph Hearst est cité dès l’ouverture.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #William A. Wellman
Robin des Bois d'Eldorado (Robin Hood of El Dorado - William A. Wellman, 1936)

Depuis la cession complète de la Californie par le Mexique aux Etats-Unis, la vie des Mexicains qui sont restés n’est pas des plus roses. Entre les brimades et les injustices, la vie est vite devenue un enfer.

C’est le cas de Joaquin Murietta (Warner Baxter) qui vient de se marier à la belle Rosita (Margo). Mais leur mariage est de courte durée : elle est violée et tuée par des prospecteurs sans scrupule qui lorgnent la terre de Joaquin, véritable réserve d’or (1).

Murietta va donc se faire justice et éliminer les criminels. Mais cette attitude est mal vue par le nouveau gouvernement de l’état et les anciens propriétaires mexicains.

Sa tête est mise à prix et on organise des battues.

Bien entendu, l’issue ne peut être que fatale pour cet homme spolié.

 

Décidément, la question d’appartenance est une idée forte dans le cinéma américain. Et Wellman couple cet aspect avec l’un de ses thèmes de prédilections, l’injustice. Parce que ce qui arrive à Joaquin est absolument injuste et sa réaction, si elle peut nous sembler excessive aujourd’hui, ne fait que refléter les façons de faire de l’époque. Et surtout, Murietta agit comme cela fut toujours le cas auparavant, quand les gringos n’étaient pas chez eux. Et il est difficile de lui donner tort quand on voit s’accumuler les différentes injustices qui l’accablent : outre sa femme qui succombe au viol collectif, c’est son frère José (Carlos de Valdez) qui est pendu dans la plus pure tradition du lynchage. On retrouve d’ailleurs dans cette séquence ce qui fera le sel de l’Etrange Incident sept ans plus tard. Ici, pas de sentiment : le frère est pendu.

 

Il est clair que le western n’a pas encore conquis ses lettres de noblesse, malgré quelques chefs-d’œuvre antérieurs déjà évoqués ici. Mais le savoir faire de Wellman donne à ce film toute la mesure de son talent. Certes, - et cela est étonnant – on sent encore l’influence du cinéma muet avec le recours à des intertitres en surimpression, de même que le rôle de Rosita qui n’est que très peu parlant. Mais pour le reste, nous sommes bien chez Wellman, et on y retrouve ce qui fait la force de son cinéma : le réalisme. Malgré le code Hays qui est en vigueur depuis bientôt deux ans quand sort le film, Wellman « ne fait pas semblant ». Les morts s’enchaînent, ou s’accumulent comme dans la séquence de l’assaut du repaire de Murietta.

Cette séquence est très certainement la plus violente du film, même si on trouve quelques éléments pas toujours très raffinés : le couteau que Joaquin plante dans la main du shérif (Edgar Kennedy) en fait partie.

 

En tout cas, Warner Baxter, avec le rôle de Joaquin se retrouve encore une fois (cette même année) dans le rôle d’un homme victime de l’injustice des autres. Mais alors que le docteur Mudd (The Prisoner of Shark Island, de John Ford), acceptait malgré lui son sort (difficile de faire autrement, me direz-vous), Murietta ne veut pas et surtout ne va pas se laisser faire.

Mais cette révolte est dérisoire : la « civilisation » est en marche et la Frontière recule : Joaquin est un homme d’un autre temps. Celui d’avant les « Americanos ». Et on retrouve cette joie de vivre initiale (celle de la séquence d’ouverture, juste avant l’arrivée d’un premier Américain qui va déclencher tout : quand Murietta et ses hommes reviennent de leurs razzias, c’est tout de suite une fiesta qui s’organise avec des chansons. Et on se rend compte alors que ses terribles bandits n’ont qu’une envie : vivre heureux tranquilles, comme ils l’ont toujours fait.

Mais comme précisé plus haut, la civilisation arrive à marche forcée et le temps des Mexicains en Californie est révolu.

Joaquin Murietta va mourir. Il n’avait même pas 25 ans (1).

 

PS : après sa mort, la tête de Joaquin Murietta fut exhibée ainsi que la main de Jack « Trois-Doigts » (J. Carroll Naish), son acolyte.

 

  1. Oui, Warner Baxter est un tantinet plus âgé que son rôle, puisqu’il va sur 47 ans quand le film est présenté. Qu’importe, son enthousiasme gomme la différence et surtout, au cinéma, tout est (presque) permis !
Robin des Bois d'Eldorado (Robin Hood of El Dorado - William A. Wellman, 1936)

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