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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

western

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #King Vidor, #Lillian Gish
Duel au Soleil (Duel in the Sun - King Vidor, 1946)

Crépusculaire.
C’est le mot qui vient tout de suite en tête quand on évoque ce film.

Non pas qu’il soit un ascendant des westerns des années 1960s, mais parce que le Technicolor utilisé nous inonde de rouge enflammés, rappelant sans équivoque Autant en emporte le Vent.

Non, crépusculaire ne qualifie pas ce western, car l’âge d’or vient de commencer, et de magnifiques chefs-d’œuvre vont arriver dans les années qui vont suivre.

 

Avec ce western, Vidor nous offre deux grandes retrouvailles : celle avec Lillian Gish (Mrs Laura Belle McCanles) qu’il avait fait tourner vingt ans plus tôt (La Bohême), et celle de cette même Miss Gish avec Lionel Barrymore (Mr McCanles), qu’elle connut du temps de ses débuts avec Griffith.

Autre rencontre insolite : celle de Lionel Barrymore (encore lui) avec Walter Huston (le père de John), alors que tous deux ont interprété un même personnage. C’était le révérend Davidson, un pasteur à moitié intégriste et qui cachait sa fascination pour la belle et sulfureuse Sadie Thompson, derrière un rigorisme qui tournait à l’obsession.

Et ici, le révérend – « Tueur de péchés » (1) – possède une foi encore une fois un tantinet excessive, la convoitise en moins tout de même.

 

Mais ce film est avant tout une histoire d’amour extraordinaire, qui se résout, comme toujours quand on a affaire à de l’amour fou, dans la mort, exprimée par le titre (2) : un duel au soleil.

Et cet amour s’exprime de différentes sortes, mais avec le même résultat tragique : un gâchis phénoménal, comme dans les grandes tragédies classiques.

Mais à cela s’ajoute la notion de rédemption – que la plupart gagneront – sauf bien sûr Lewt (Gregory Peck), qui est déjà damné quand il apparaît pour la première fois.

Et cette référence religieuse – outre la présence de Huston – est une des bases de l’intrigue : une opposition entre deux fils qui, tels Abel et Caïn, vont s’opposer plus ou moins directement, mais pas pour la préférence de Dieu, mais celle de Pearl (Jennifer Jones).

 

Parce que le moteur de l’intrigue, c’est la très belle Pearl, dont le statut métis est des plus compliqués. En effet, née de mère indienne et de père américain (entendez : « blanc »), elle n’est pas acceptée par le père McCanles, gentilhomme du Sud et donc peu enclin à l’égalité entre les différentes ethnies. A ce propos, on retrouve Butterfly McQueen, dans un rôle de servante – esclave ? – avec encore une fois une intelligence limitée et sa voix de petite fille.

 

Et comme nous sommes dans un western – un vrai – on y retrouve des immenses espaces – malheureusement, il fallut attendre un peu pour le CinemaScope (1953) et donc le format reste 4:3.

Outre les différentes personnages indispensables – le shérif (Charles Dingle), des convoyeurs de bêtes (3), le pasteur (voir plus haut) – on y rencontre avec plaisir Harry Carey (Lem Smoot), transfuge de chez Ford qui interprète un homme bien, même s’il n’est pas du même bord que McCanles Sr.

 

Et puis il y a, omniprésente, la mort. Elle est annoncée dès le début – par Orson Welles (narrateur) – et avant qu’elle frappe les hommes, l’embrasement du ciel au moment du coucher du soleil rappelle cette mort que les Indiens célébraient quand le fils du chef se mourait.

Et cette omniprésente du rouge – le soleil, le ciel, le sang – ne cesse de coller aux différents personnages, et surtout Pearl et Lewt : quand il la rencontre, Jesse (Joseph Cotten), l’autre fils McCanles, l’encourage à se vêtir de couleur. C’est ce qu’elle fera sauf quand elle ira danser, portant alors une robe blanche.

Mais les éclairages de la fête (et des projecteurs, bien évidemment) la pareront de différentes couleurs, avec l’inévitable rouge plus ou moins prémonitoire. Et quand ce n’est pas elle, c’est Lewt, arborant inlassablement son foulard rouge, là encore prémonitoire. J’aurais même pu aller jusqu’à considérer le rouge comme la perte de la virginité de Pearl, mais n’allons pas trop loin. Même si les références sexuelles sont bel et bien là !

 

Reste un western absolument flamboyant, dans la lignée de Gone with the Wind – normal, c’est David O. Selznick qui produit – mais avec une référence à la tragédie classique beaucoup plus marquée.

Et si Vidor a été viré sur la fin du tournage, on n’en assiste pas moins à la deuxième fois qu’il tue Lillian Gish : encore une fois, la maladie qui ressemble à celle de Mimi (voir plus haut), et le lit où elle s’éteint doucement.

Et la mort de Laura Belle annonce celle de Pearl, dont le déroulement aura une grande similitude : elle se hissera vers l’homme qu’elle a aimé pour mourir près de lui.

 

Et alors que cette première mort reste feutrée – elle se passe dans une chambre – celle de Pearl sera beaucoup plus sordide : dans le désert, diminuée par la blessure fatale, le sang et le sable et la terre se mêlant pour un final plutôt laid, loin de cette belle fleur de l’introduction, celle qui était censée symboliser Pearl, fille d’une Indienne et d’un blanc.

 

Superbe.

 

PS : Deux ans plus tard William Dieterle – qui a travaillé sur la fin du film – reprendra un trio de ce film, Jennifer Jones, Joseph Cotten et Lillian Gish dans le magnifique Portrait of Jenny.

 

  1. « Sinkiller »
  2. Pour une fois que le titre d’un western est bien traduit…
  3. Des cowboys, quoi !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Dean Alioto
Retour à Legend City (Shadowheart - Dean Alioto, 2009)

Pour revenir à Legend, il faut d’abord en partir. C’est ce que la vie réserve au jeune James Conners (Devin Brochu) : son père Tom Connors (William Sadler) qui est le pasteur de la ville, est assassiné par Will Tunney (Angus Macfadyen), riche propriétaire qui ne s’embête pas avec la loi.

Alors quand quelques années plus tard John Conners (Justin Ament) revient, on peut s’attendre à un règlement de compte meurtrier.

 

Encore un western : décidément, le genre n’est pas près de disparaître. Mais n’est pas John Ford qui veut, et si on retrouve presque tous les ingrédients du genre, c’est bien le « presque » qui est gênant. Pas de grands espaces, et un mélange de thèmes pas toujours pertinent.

En effet, on y trouve un tueur à gage (Dean Alioto soi-même), quelques Indiens, un homme riche extrêmement suffisant mais surtout très méchant, et bien sûr la vengeance, véritable moteur de l’intrigue.

 

Mais il manque un petit quelque chose qui aurait pu faire de ce western un classique. Et c’est bien dommage que Dean Alioto n’arrive pas à recréer l’atmosphère qui faisait le charme de ses aînés (Ford, Hawks, Walsh…). Il manque cruellement de ces détails qui donnent vraiment du corps à un western. Seule la vengeance est importante dans ce film, alors qu’il y avait matière à développer certains personnages plus ou moins pittoresques et donner une véritable atmosphère de western.

 

Mais non. Les personnages sont lisses, à part Tunney, véritable salaud, même si on aurait aimé voir un peu plus de sa rouerie. D’une manière générale, les personnages n’ont pas été traités comme il faut. Ce sont des personnes monolithiques, avec comme seul antécédent  la première séquence qui voit la mort de Conners père (1).

Dommage.

 

PS : C’est certainement pour toutes ces raisons que le film n’est sorti qu’en vidéo…

 

(1) Pour une fois, William Sadler est du bon côté, mais pour ce que cela lui apporte…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Antoine Fuqua
Les sept Mercenaires (The magnificent Seven - Antoine Fuqua, 2016)

Ce film était-il nécessaire ?

Poser la question c’est déjà y répondre. Et Antoine Fuqua s’est attaqué à un gros morceau en nous proposant ce remake du remake des 7 Samouraïs.

Un trop gros morceau ? Peut-être bien.

 

Tout d’abord, il déplace l’intrigue : ce n’est plus un petit village mexicain, c’est une ville minière de Californie, à trois jours de Sacramento.

Ensuite, ce n’est pas Calvera et sa bande de voleurs, mais un gros propriétaire minier qui veut récupérer l’intégralité des terres de la ville pour s’enrichir encore plus.

Et pour remplacer Calvera, un bandit pittoresque autant que déterminé, un homme d’affaires sans scrupule, aux manières calmes et à la gâchette facile : Bartholomew Bogue (Peter Sarsgaard).

 

En face, on retrouve sept hommes aussi déterminés que Bogue, un mélange de ce que furent les mercenaires de John Sturges. Grand amateur du maintenant classique de 1960, j’ai pu faire le parallèle entre ces nouveaux mercenaires et les anciens.

Question distribution, on est bien servi, malgré le fait qu’on ne peut ignorer le fait qu’elle a dû passer par les critères du cinéma américain moderne qui, se basant sur le Principe de Tolérance (1) : nous avons le noir Denzel Washington (Chisolm) qui reprend plus ou moins le rôle de Chris (Yul Brynner) ; l’asiatique Lee Byung-Hun (Billy Rocks) qui rappelle Britt (James Coburn) ; le Mexicain Manuel Garcia-Rulfo (Vasquez) en Hispano ; Martin Sensmeier (Red Harvest = « Moisson Rouge ») puis les autres de type caucasien…

A cette joyeuse bande s’ajoute une jeune femme qui demande justice ainsi que vengeance après la mort de son mari : la belle Haley Bennett (Emma Cullen).

 

Et pour le reste, on dévie progressivement de la version précédente, vers un carnage magnifiquement orchestré et filmé où,  encore une fois, seuls trois des sept resteront debout une fois les comptes réglés.

Mais c’est peut-être là qu’est le problème : on ne fait qu’assister à des morts violentes. Déjà, Chisolm n’est pas un vrai mercenaire : c’est une gâchette très habile mais qui s’en sert pour la justice dans les différents états qu’il parcourt. Ensuite, ses motivations ne sont pas aussi financières que l’étaient celles de Chris.

Quant au recrutement, qui était un moment-clé du film de Sturges, il est réduit au minimum, les impératifs temporels étant importants : l’arrivée de ces sept hommes va précipiter les choses et faire revenir l’infâme Bogue (2) deux semaines plus tôt que prévu.

 

Nous avons alors droit à une première explication entre nos héros et les hommes de Bogue qui sont restés sur place et je dois avouer que ça tombe comme à Gravelotte, deux personnes seulement réussissant à sortir indemne.

Alors évidemment, après un premier échange aussi spectaculaire, on devait avoir un combat final extraordinaire, une apothéose meurtrière.

Et là encore, on n’est pas  déçu. Encore que, toute cette débauche meurtrière éloigne les différents mercenaires de l’humanité qui faisait le sel des deux premiers films.

En effet, les relations aux villageois sont très sommaires, et plus une occasion pour nos héros de briller que d’aider ceux qu’ils sont venus protéger.

 

Au final, nous avons ce qu’on appelle un western efficace. Ca tire de partout, ça explose, ça tombe dans tous les coins.

Mais cette débauche de violence éloigne le côté humain de plus en plus, à mesure que l’intrigue progresse et que les morts s’accumulent.

Et en fin de compte, qui sort vainqueur (3) ?

 

 

PS : de plus, Antoine Fuqua nous fait une fin à la façon de Titanic. Une narratrice (Emma) qui conclut inutilement le film, tout comme la dernière minute du film de James Cameron.

 

  1. En France, ça ne marche pas, on a des maisons pour ça…
  2. En anglais, bog signifie « marais »
  3. Conclusion identique des deux précédents films.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Anthony Mann
Les Affameurs (Bend of the River - Anthony Mann, 1952)

C’est une caravane qui arrive à Portland, guidée par Glyn McLyntock (James Stewart). En chemin, Glyn a sauvé Emerson Cole (Arthur Kennedy) qui allait être pendu pour un vol de chevaux.

Ils se séparent à Portland, Glyn poursuivant son voyage pendant que Cole reste à Portland.

Mais alors que l’automne est arrivé, les vivres promis de Portland n’arrivent pas. Glyn décide d’aller voir ce qu’il se passe : la fièvre de l’or a bouleversé la ville et les marchandises sont restées à quai.

Et les gens de Portland n’ont pas l’intention de les laisser partir avec.

 

Nous sommes en plein âge d’or du western et Anthony Mann nous propose ici une grande fresque – malgré la durée relativement courte du film (1) – illustrant le thème mis à l’honneur par James Cruze dans son magnifique The covered Wagon. Mais alors que Cruze mettait beaucoup en avance les colons, ici c’est Glyn le guide qui nous intéresse. On comprend tous les aspects de son travail et surtout ce pourquoi il a été engagé : protéger ces voyageurs dont la plupart ne sait pas se servir d’une arme (2).

Et la rencontre avec Cole est déterminante pour la suite : ce dernier connaît Glyn de réputation, la même que la sienne.

 

En  effet, Cole et Glyn sont d’anciens desperados qui ont sévi dans le Missouri et le Kansas.

Mais alors que Glyn s’est amendé (3), Cole lorgne toujours vers son ancien emploi où  il était facile de se faire beaucoup d’argent, si on sait se servir d’un pistolet.

La relation duelle entre Glyn et Cole est le nœud de l’intrigue et un véritable combat entre le Bien (Glyn, bien sûr) et le Mal (4). Mais pas seulement : d’une certaine manière, Cole et Glyn sont les deux faces d’une même personne : Glyn lui-même.

 

S’il n’y avait le nombre impressionnant de morts par balles, on pourrait presque se demander si Cole existe réellement : la lutte entre les deux hommes ressemble beaucoup à un combat intérieur entre deux forces contraires d’une même personne.

Cette dualité rappelle sur certains points la paire Jekyll & Hyde tant ces deux hommes qui à un moment étaient semblables sont devenus très différents.

En effet, alors que Glyn est en quête d’une vie normale et respectable, Cole a toujours les mêmes manières de soudard qu’a pu avoir Glyn autrefois.

 

L’un des révélateurs est bien sûr la femme – Laura (la belle Julie Adams qui nous a quittés en février dernier) – dont les deux hommes sont amoureux. Avant toute chose, Cole a la délicatesse de demander à Glyn s’il est avec elle. Et comme la voie est libre, il va la séduire, allant même jusqu’à proposer de l’épouser… Plus tard !

C’est certainement ce qu’aurait fait Glyn avant, mais comme il a changé, il n’ose plus, de peur de décevoir. Mais aussi parce que son passé terrible a tendance à le rattraper : Cole sait qui il est et a tendance lui rappeler que les fermiers qu’il convoie ne seraient pas obligatoirement heureux de découvrir ses frasques.

Mal à l’aise par rapport à ça, on retrouve le James Stewart de chez Capra 15 ans plus tôt, un tantinet mal à l’aise avec les jeunes femmes.

 

Là encore, nous assisterons à une résolution – attendue certes, mais la morale l’exigeait – qui va se faire dans la douleur. On pourrait presque parler – avec Hugo – d’une « tempête sous un crâne » tant l’affrontement physique entre Cole et Glyn est violent.

Sin on se place du côté de l’intrigue, nous avons la lutte entre le bon et le méchant avec le méchant qui est défait et le bon qui s’en va vers un avenir heureux. Mais si on repense au combat intérieur, la résolution n’en devient que plus passionnante.

En effet, la lutte se termine dans la rivière avec la disparition du corps de Cole qui coule – alourdi par ses péchés ? – alors que ses nouveaux amis le sortent de l’eau et le ramène vers eux. La métaphore est explicite : Glyn s’est débarrassé de son côté sombre et a été sauvé grâce à sa nouvelle vie et ses choix réformateurs.

 

Si c’est pas de la rédemption, çà !

 

 

PS : La présence d’un vieux marin d’eau douce le capitaine Mello (Chubby Johnson) et de son ami et complice Red (Jack Lambert) n’est pas sans rappeler le duo Ned & Sam qui manœuvre le Daisy Bell dans En remontant le Mississipi (Morris & Goscinny, 1959). Surtout que Mello ne cesse de répéter qu’il n’aurait jamais dû quitter ce fleuve…

 

PPS : par contre, le spectateur de 1952 n’a pas l’air d’être dérangé qu’on tue aussi facilement des Indiens (5 en tout)…

 

  1. 91 minutes.
  2. Pour tuer quelqu’un.
  3. D’une façon radicale comme on l’apprend à la fin…
  4. Toujours ce manichéisme indispensable (pour l’époque).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Henry Hathaway, #John Wayne
Les quatre Fils de Katie Elder (The Sons of Katie Elder - Henry Hathaway, 1965)

Katie Elder est morte.

Le village de Clearwater lui fait de belles obsèques car elle était aussi connue qu’appréciée. elle qui eut quatre fils qui ne l’ont pas considérée comme on aurait pu le croire : John (John Wayne) est un pistolero ; Tom (Dean Martin) est un joueur invétéré ; Matt (Earl Holliman), on ne sait pas trop ce qu’il fait ; et Bud (Michael Anderson Jr.  est parti étudier.

A part John, tous ses fils sont là pour l’enterrement. Mais une fois les formalités accomplies, restent deux questions : pourquoi ne vivait-elle pas dans la maison familiale ? Qui a tué le père Elder d’un coup dans le dos ?

 

Henry Hathaway garde le cap pendant que le Western évolue : il nous propose ici un film du genre on ne peut plus classique avec en prime John Wayne et Dean Martin – qui avaient participé à l’immense Rio Bravo – ainsi qu’un autre habitué des films de John Ford, John Qualen (Charlie Biller). Ce dernier était déjà là lors du célèbre Grand Sam (1960), avec le même Duke.

C’est un western dans la lignée de ceux des années 1950, totalement différent de la nouvelle vague Leonienne (1964-1966 et après).

 

Il s’agit ici d’une histoire de vengeance – encore une fois, mais y a-t-il mieux comme prétexte dans ce domaine ? – avec ce qu’il faut de famille : les fils de Katie Elder sont ce qu’ils sont, mais on ne peut les taxer de malhonnêteté.

Par contre, on a en face d’eux un méchant – Morgan Hastings (James Gregory) – qui mérite d’entrer dans les annales : menteur, tricheur, lâche et manipulateur, peut-on trouver mieux ?

On trouve aussi un personnage important autant que funeste : Curley (George Kennedy), qui a été engagé par l’infâme Hastings pour se débarrasser de cette fratrie encombrante.

 

Encore une fois, Hathaway nous montre son talent avec un scénario de W.H. Wright, A. Weiss & H. Essex et sur une musique du grand Elmer Bernstein qui vous suit même une fois le film terminé.

Il est clair que la présence de John Wayne était un gage de réussite, mais Dean Martin et le reste de la distribution assure le spectacle et on ne regrette en rien d’avoir passé un aussi bon moment.

 

Comme de bien entendu, le méchant (Morgan Hastings) possède ses lettres de noblesse, allant jusqu’à tuer ceux qui se trouveraient sur son chemin, et même son fils Dave (Dennis Hopper, encore une fois du mauvais côté).

Bref, on na un western comme on les aime, et c’est tant mieux.

Bien sûr, il y a la femme : c’est Miss Gordon (Martha Hyer) qui était une amie de Katie, mais a du mal à considérer ses fils comme des gens bien, et surtout John.

Qu’on se rassure, John ne finit pas avec elle, et d’ailleurs comment le pourrait-il : son père (Bass Elder) est mort à l’âge de 64 ans (ce que dit la pierre tombale), environ 6 mois avant la mort de Katie, alors que John Wayne a 58 ans quand le film sort…

 

Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un western on ne peut plus appréciable avec un intrigue assez complexe pour permettre au spectateur de s’insurger contre le sort qui est réservé aux « fils de Katie Elder » (le titre original).

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Ralph Nelson
La Bataille de la Vallée du Diable (Duel at Diablo - Ralph Nelson, 1966)

Jess Remsberg (James Garner) se rend à Fort Creel (Utah) quand il rencontre une jeune femme au cheval épuisé : Ellen Grange (Bibi Anderson). Il, la recueille et l’emmène avec lui, contre son consentement. Il faut dire qu’elle avait fui son mari Willard (Dennis Weaver) qui ne lui a pas pardonné d’avoir été enlevée par les Apaches et surtout d’avoir apprécié son séjour.

A destination, il est embauché par le lieutenant Scott McAllister (Bill Travers) pour escorter un chargement de munitions.

Bien entendu, le chargement est attaqué par les Indiens, les mêmes que ceux qui avaient enlevé la jeune femme…

 

Alors que Sergio Leone met la touche finale à la conclusion de la trilogie du Dollar, le cinéma américain n’en finit pas de mourir (1)…

Ralph Nelson nous propose ici un western où la vengeance que recherche Remsberg (on a tué sa femme) n’est pas le centre du film.

En effet, avec l’évolution de la société américaine et la lutte pour les Droits Civiques, les critères du genre évoluent.

La première « surprise », c’est le personnage de Toller, interprété par l’immense Sidney Poitier. Bien entendu, Toller est noir mais à la différence des films habituels, il n’est pas caractérisé par sa couleur de peau. En effet, si Remsberg est prêt à le tuer, c’est avant tout à cause d’un malentendu. De même, le commandant de Fort Creel considère ce même Toller comme un ancien soldat à lui, très certainement pendant la Guerre de Sécession.

 

Ce que montre Nelson ici, ce sont les rapports entre les Blancs et les Indiens qui, rappelons-le, sont les premiers habitants de ce grand pays. Ici, nous assistons à une révolte indienne du chef apache Chata (James Hoyt) qui n’accepte pas d’avoir été cantonné dans une réserve, comme beaucoup de ses congénères.

Si les interventions de ses braves sont violentes et surtout meurtrières, on ne peut pas ignorer les véritables raisons de ce soulèvement. Et c’est ce que dit Remsberg quand on lui expose la situation : si Chata a pris les armes, c’est pour une bonne raison et entre le vol, l’humiliation, le meurtre (etc.), les arguments ne manquent pas. Et Remsberg sait d’autant mieux de quoi il parle puisqu’e sa femme – qui a été tuée – était comanche. 

 

Mais là où Nelson vise juste, c’est avec Ellen Grange qui fut enlevée par Chata mais qui y a tellement pris goût qu’elle a eu un enfant avec le fils de Chata.

Ce fils, bien sûr est une nouvelle clause de discorde avec son mari, qui est source de moquerie de ses concitoyens – racistes, cela va sans dire – et aussi un autre prétexte à l’intolérance : on conseillait même aux femmes qui avaient été « souillées » (2) devaient mettre fin à leurs jours.

Mais ce fils est malgré tout le vecteur d’espoir : même Grange s’investit pour ce bébé, empêchant qu’il soit capturé et/ou tué avec sa mère. De la même façon, cet enfant gagne les faveurs de tous : Toller montre son savoir-faire avec des petits enfants, et les jeunes recrues parmi les Tuniques Bleues craquent (comme on dit) pour lui.

 

Bien sûr, la révolte est matée et les Indiens renvoyés dans leur réserve.

Mais cela est montré d’une façon assez intéressante, tout en dignité. Chata capitule et jette son arme, mais son attitude est des plus nobles et surtout, on sent en lui l’humiliation d’avoir été défait, voire peut-être de ne pas avoir été tué.

 

Quant à sa dernière intervention avant de s’en aller, elle va vers son petit-fils (encore lui) : la guerre est finie mais cet enfant va vivre. Et surtout, cet enfant métisse est le lien entre les Indiens et les Blancs, dans une société américaine où, depuis toujours, le mélange est une réalité : alors que dans le même temps, les Noirs américains obtiennent de plus en plus les mêmes droits que les Blancs, le geste de Chata entérine ce mélange inéluctable, en faisant d’une certaine façon un geste rassembleur entre deux peuples qui se sont combattus bien (trop) longtemps.


Et ce qui n’était qu’un western de plus (3) devient alors une parabole de la société américaine où les Indiens, les Noirs et les Blancs peuvent (et doivent, à mon avis) vivre ensemble pacifiquement.

 

  1. Je plaisante : le western est à un tournant, il est en train d’évoluer vers plus de réalisme et d’humanité, abandonnant progressivement le manichéisme de mise.
  2. Oui, les mœurs étaient franchement barbares à cette époque… Mais elles le sont encore, malheureusement…
  3. C’est déjà quelque chose !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #John Sturges
Règlement de comptes à OK Corral (Gunfight at the OK Corral - John Sturges, 1957)

Dix ans après John Ford (1), c’est à John Sturges qu’il incombe de retracer un événement des plus célèbres de l’Ouest : l’affrontement à coups d’armes à feu de Tombstone (Arizona).

On y retrouve les trois frères Earp mais cette fois-ci sans les moustaches. Seul Doc Holliday (Kirk Douglas) est affublé de cet attribut pileux.

Pour le reste, on reprend la même intrigue et on y ajoute une pincée de couleurs.

 

Si le film de Ford mettait surtout en avant Wyatt Earp (Henry Fonda), ici, Earp (Burt Lancaster) partage l’affiche avec Holliday. On y retrouve la même amitié même si elle ne se traduit pas par les mêmes actions, et on laisse une grande place à la légende (2) et au whisky !

C’est fou ce que Doc Holliday peut ingurgiter. Mais pas seulement lui. Alors que l’explication finale a lieu dès le lever du soleil, Wyatt Earp a lui aussi déjà ingurgité au moins un verre d’alcool, qui n’est pas obligatoirement distillé de la manière écossaise officielle…

Autour d’eux, on retrouve deux femmes : Big Nose Kate (Jo van Fleet, magnifique) qui fait l’aller-retour entre Doc Holliday et Johnny Ringo (John Ireland) ; Laura Denbow (Rhonda Fleming), joueuse professionnelle qui tape dans l’œil du célèbre marshal.

 

Ces femmes ne sont pas seulement des figurantes, et si Kate a plus de poids que Laura, c’est avant tout du fait du caractère complexe de Doc Holliday. Kate est ici une femme torturée par son amour et le traitement qu’elle subit de la part de Doc. Ses escapades avec Ringo ne sont pas exceptionnelles : c’est déjà arrivé avant, et si elle va plus ou moins revenir vers Holliday, c’est avant tout parce que Ringo ne sera plus là pour la récupérer.

La sous-intrigue qui lie ses trois personnages est traitée de façon beaucoup plus noire que ne l’avait fait Ford. On retrouve sur certains points le véritable Holliday, dont la légende se trouve alors un tantinet ternie. Les différentes mises en garde à son propos sont des plus pertinentes tant ce personnage était quelqu’un de peu fréquentable.

Et Kirk Douglas compose un visage des plus menaçants voire dangereux à l’occasion : une figure des plus tourmentées qu’on a pu voir dans d’autres films dans lesquels il a pu tourner.

 

Quant à Laura, elle est très loin de la pure Clementine Carter (Cathy Downs) pour laquelle Earp avait des sentiments. Tout comme Big Nose Kate, elle a un passé trouble : les joueurs qui gagnent tout le temps à cette époque avaient une tendance à mourir prématurément contre des perdants soupçonneux et surtout vexé&s d’avoir été ratissés, qui plus est par une femme.

A ces deux femmes s’ajoute la plus malheureuse des trois : Mother Clanton (Olive Carey, la femme d’Harry), qui après avoir perdu son mari dans un affrontement du même genre, va perdre ses fils lors de la bataille.

 

Et puis il y a l’explication finale : tout aussi meurtrière que chez Ford, elle prend elle aussi des libertés quant à la vérité historique. Mais peu nous importe, nous sommes dans cet âge d’or du western et le camp du Bien l’emporte sur les forces du Mal. Mais là où est la pertinence du titre français, c’est dans le pluriel des règlements de compte. Si les Earp s’expliquent avec les Clanton & associés, on assiste en même temps au solde de la relation entre Doc Holliday et Johnny Ringo. Les Earp et Clanton n’interviendront pas dans cette autre opposition, par forfait pour les Clanton (il n’en reste plus un seul debout), et parce que Doc a demandé aux autres de le lui laisser.

Le tout, bien sûr, au soleil !

 

On peut – comme moi – préférer la version Ford à celle de Sturges. Mais on ne peut pas douter de ses qualités. Si Earp est un personnage plus lisse chez Ford, c’est Doc Holliday qui bénéficie d’un traitement plus développé. Sa maladie (tuberculose ?) prend une plus grande place et nécessite la présence de Kate, ce qui rend encore plus important ses escapades avec Ringo. Et le choix de Jo van Fleet (41 ans pendant le tournage) ajoute dans le réalisme de l’intrigue : ce n’est pas une jeune pouliche farouche comme peut l’être la belle Chihuahua (Linda Darnell).

 

A noter enfin la présence de jeunes acteurs peu connus encore à l’époque : Jack Elam (Tom McLowery) et son regard caractéristique ; Lee van Cleef (Ed Bailey) qui n’est pas encore Liberty Valance, et encore moins Sentenza ; et le jeune Dennis Hopper (Billy Clanton), qui reprend le rôle qu’interprétait John Ireland dans la version de Ford.

 

PS : il s’agit de la troisième adaptation de cette bataille, John Sturges tournera une sorte de suite (3) reprenant l’histoire là où il la termine ici. Ce sera 10 ans plus tard, mais avec d’autres acteurs pour les rôles principaux.

 

  1. A peu près…
  2. A ce propos entre la réalité et la légende, je vous renvoie à L’Homme qui tua Liberty Valance (1962).
  3. Sept Secondes en enfer (Hour of the Gun, 1967).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #George Roy Hill, #Robert Redford
Butch Cassidy et le Kid (Butch Cassidy & the Sundance Kid - George Roy Hill, 1969)

Nous sommes deux ans après Bonnie & Clyde, et à nouveau nous assistons à une fuite en avant de dangereux bandits.

Mais premièrement, il s’agit d’un western ; et deuxièmement, à aucun moment le film n’est vraiment sérieux.

Pourtant, ce duo a lui aussi réellement existé et ses exactions n’étaient pas anodines.

 

D’un côté Butch Cassidy (Paul Newman) – de son vrai nom Robert Leroy Parker – et de l’autre the Sundance Kid (Robert Redford) – de son vrai nom Harry Alonzo Longabaugh.

L’un (Butch) est un cérébral (enfin ce qui y ressemble le plus), l’autre un pistolero (Kid).

Mais une chose les caractérise clairement dans ce film : ce sont deux bandits minables.

Pas une seule fois ils n’apparaissent comme deux grands desperados de la trempe des Jesse James ou autre Bob Dalton (etc.), mais plutôt comme deux gros nases incapables de réussir correctement quelque chose (1). Et au milieu de ce duo magique : Etta Place (Katharine Ross).

 

Le film se divise en deux parties inégales : la première traitant des dernières aventures des deux brigands aux Etats-Unis ; la seconde leur périple criminel en Bolivie. Le tout sur une musique de Burt Bacharach dont le célèbre Raindrops keep falling on my Head. Cette chanson intervient pendant une démonstration du véhicule de demain – le vélo – par Paul Newman.

Autre grand moment musical, le périple bolivien. Il s’agit là d’une musique vocale typique de la période de sortie du film et des années suivantes, où des voix féminines et masculines se répondent et se chevauchent essentiellement en disant « padapadapa ».

 

Si le film n’est absolument pas sérieux – malgré la fin tragique – on peut apprécier le côté début 20ème siècle qui est accentué par l’usage d’images rappelant les photos sépia de la période.

Le court-métrage qui accompagne le générique est dans la même teinte et voit le gang Hole in the wall (2) attaquer un train, tuant diverses personnes, ce qui ne sera pas le cas pendant le film en lui-même, les morts n’auront lieu que dans ola partie bolivienne.

 

On retrouvera des photos sépia pendant l’intermède new-yorkais : mélangées à de véritables photos de l’époque, on retrouve des images du trio Cassidy-Sundance-Etta dans des décors d’époque. Ces décors sont ceux de Hello Dolly qu’ils n’ont pu utiliser que pour les poses, d’où cet intermède musical qui annonce les morceaux choisis dans le prochain film Hill-Newman-Redford : l’Arnaque (1973).

 

Bien sûr, c’est le duo Newman-Redford qui fait tout l’intérêt du film, au-delà de l’intrigue à proprement parler. Cela fonctionne magnifiquement : d’un côté Newman qui joue le rôle du concepteur et Redford en exécutant, ce qui peut aussi s’expliquer par la différence d’âge entre les deux acteurs (11 ans). Il en sera de même pour leur prochaine collaboration (voir ci-dessus), Newman étant l’instigateur et Redford son bras droit.

 

J’exagère un peu quand je dis qu’ils ne font rien de bien. Il y a une chose qu’ils réussissent magnifiquement, c’est leur sortie. On y trouve tout le panache et la grandeur qui leur ont manqués pendant le reste du film.

 

  1. Qu’on ne s’y trompe pas : nous sommes au cinéma et les deux réels personnages étaient de redoutables bandits. Mais comme l’annonce le générique : « presque tout ce qui suit est vrai… »
  2. Le véritable nom de leur bande était The wild Bunch, mais quelques mois plus tôt, Sam Peckinpah avait utilisé cette même désignation pour un autre western, lui aussi mythique. Il fallut donc en changer.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Michael Cimino
La Porte du Paradis (Heaven's Gate - Michael Cimino, 1980)

Deux ans après The deer Hunter, Michael Cimino s’attaque à l’une des bases du cinéma américain : le western.

Et là encore, le film est sans concession. Tellement qu’il sera boudé par le public et éreinté par la critique.

Et pourtant…

 

Tout commence en fanfare – qui joue The battle Hymn of the Republic – le jour de clôture de l’année universitaire 1870 à Harvard. Parmi les diplômés, James « Jim » Averill (Kris Kristofferson) et William « Billy » Irvine (John Hurt).

Puis nous sautons dans le temps et nous retrouvons dans le Wyoming, à Sweetwater où Averill est marshal, et Irvine l’un des membres de l’association des éleveurs qui veut se débarrasser des immigrants de l’Est qui ne cessent d’arriver dans leur région.

 

 

La Porte du Paradis, c’est avant tout un lieu de loisir où les immigrants aiment à se retrouver pour danser et faire du patin à roulette, voire les deux en même temps. Mais c’est aussi là que se rassemblent ces mêmes gens pour organiser la résistance face aux éleveurs qui ont décidé de la mort de 125 d’entre eux avec la bénédiction du gouverneur de l’état et même du Président Benjamin Harrison.

Bref, nous sommes ici avec un film qui fait polémique : loin de la vieille tradition qui montrait les cow-boys tuer les Indiens, on est ici dans un cas de massacre entre blancs, ce qui n’a pas beaucoup fait pour assurer le succès de cette œuvre.

Et pourtant…

 

Cimino prend son temps pour arriver au massacre, et surtout, il ne donne pas la possibilité au public de choisir un camp bien clairement. Si les éleveurs sont menés par Frank Canton (Sam Waterston), on trouve tout de même parmi eux Irvine qui est un vieil ami de Jim Averill, qu’on peut identifier comme le bon de l’histoire.

Et si les immigrants sont les premiers touchés par cette opération meurtrière, leur riposte n’est pas des plus sportives puisque ces mêmes éleveurs ont exterminés à coup de dynamite !

Bref, on est dans un usage de la force qui n’a plus rien de raisonné et encore moins raisonnable : c’est une violence brute qui guide les différents camps dans ce massacre.

Et quand la cavalerie intervient – enfin ! – pour arrêter les hostilités, il ne reste plus grand monde debout.

 

Cette anecdote meurtrière est aussi un rappel au public de ce qu’était réellement l’Ouest américain à une période où la civilisation semblait l’avoir emporté sur l’ère des pistoleros.

Le début du film fait d’ailleurs penser à John Ford, avec ce microcosme qui se retrouve pour fêter l’anniversaire Ella – Isabelle Huppert – la tenancière du bordel de Sweetwater : en effet, son activité professionnelle n’est pas un frein aux réjouissances, bien au contraire.

Par contre, dès que les intérêts particuliers entrent dans la danse (1), le ton change brusquement et surtout l’Etat et ses représentants ne se comportent pas comme on aurait pu l’espérer.

En effet, l’Etat, garant de la Constitution devrait être du côté des opprimés – les Immigrants qui n’ont pour toute richesse que leur dignité et quelques vêtements – et non pas encourager leur élimination.

Encore une fois cet aspect peu glorieux n’a pas favorisé l’exploitation du film qui fut retiré des salles au bout d’une semaine.

 

Peut-on voir dans le rejet du public une influence politique ?

En effet, à la même époque (deux semaines avant la sortie) Reagan est élu à la présidence. Et d’une certaine façon, les éleveurs décrits dans le film ressemblent beaucoup à ces patrons-voyous eurent la belle vie pendant les deux mandats de l’ex-acteur.

Je ne dis pas que Cimino critique cet aspect déplorable de l’économie de marché. Mais on peut tout de même trouver quelques similitudes entre cette caste issue de Harvard (Averill, Irvine) qui dirige les affaires du pays au moment des faits décrits par le film et ces hommes d’affaire de l’ère Reagan qui ont prospéré alors que dans le même temps les petits s’enfonçaient inexorablement dans la pauvreté.

 

Par contre, ce qui fait la grandeur du film, outre le talent évident de Cimino (2), c’est son actualité. En effet, les Immigrants de l’intrigue ne sont pas sans rappeler ceux qui ont continué d’affluer dans cette terre d’opportunité, ni ceux qui font l’actualité depuis quelques années : déjà, ces femmes et ces hommes sont pourchassés pour leurs différence géographique autant que langagière ou culturelle.

Et avec ce film, Cimino montre aussi que ce grand pays n’est pas toujours celui qu’on croit et surtout qui est écrit sur la statue de la Liberté :

« "Garde, vieux monde, tes fastes d'un autre âge !" crie-t-elle

Donne-moi tes pauvres, tes exténués,

Qui en rang pressés aspirent à vivre libres,

Le rebut de tes rivages surpeuplés,

Envoie-les moi, les déshérités que la tempête m'apporte

J'élève ma lumière et j'éclaire la porte d'or! » (3)

 

Un western flamboyant, réaliste et surtout indispensable dans l'évolution de ce genre qui reste - à mon avis - le pilier du cinéma américain, et l'un des médias les plus importants concernant l'histoire de ce pays. En particulier la deuxième moitié du XIXème siècle qui vit la République s'installer durablement, et le passage d'un Etat sauvage à une société civilisée.

 

     1. C'est le cas de le dire, non ?

 

  1. C’est le cas de le dire, non ?
  2. N’en déplaise aux critiques de l’époque !
  3. « "Keep, ancient lands, your storied pomp!" cries she,

    Give me your tired, your poor,

    Your huddled masses yearning to breathe free,

    The wretched refuse of your teeming shore,

    Send these, the homeless, the tempest-tossed to me,

    I lift my lamp beside the golden door! »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Henry Hathaway, #John Wayne
Le grand Sam (North to Alaska - Henry Hathaway, 1960)

 

Nome, Alaska (au nord, donc), 1900.

Sam McCord (John Wayne) et son partenaire George Pratt (Stewart Granger) ont découvert un filon : les voilà riches à millions.

Il ne reste plus alors à Sam qu’à aller chercher Jenny (Lilyan Chauvin), la fiancée de George qu’il a quittée voilà maintenant trois ans.

Sauf que depuis, Jenny s’est mariée.

Pour le consoler, Sam ramène Michelle « Angel » Bonnet (Capucine), une fille qu’il a rencontrée dans un saloon…

Bien sûr, avec la femme vont arriver les ennuis…

Que ce soit bien clair : ce n’est pas la belle Angel qui amène les ennuis. C’est plutôt une vieille connaissance de cette dernière – Frankie Canon (Ernie Kovacs) – qui est fraîchement arrivé à Nome, et qui se trouve être un galant escroc (comme on dit).

 

Alors que le western vit ses dernières heures de gloire (1) – avant de renaître (refrain connu) – Henry Hathaway nous en propose ici un bien singulier.

Tout d’abord, nous ne sommes pas dans l’Ouest sauvage traditionnel mais au pied des massifs d’Alaska, chez les prospecteurs de la ruée de 1898 (2). Et surtout, on est dans une intrigue qui ne se règle pas à coup de pistolets, avec une bonne dose d’humour.

Et de l’humour avec le Duke, ça se savoure !

 

Certes nous sommes dans une intrigue on ne peut plus classique avec méchant à fines moustaches, mais tout de même, nous rions de bon cœur.

Il faut dire que John Wayne incarne encore une fois un cow-boy misogyne, mais cette misogynie n’a d’égale que sa bonne éducation. Ses rapports avec Angel sont d’une drôlerie rare dans un film avec John Wayne : même son duo avec Angie Dickinson (Rio Bravo) n’atteint pas ce niveau de comique. La présence de Stewart Granger y est aussi pour beaucoup, cette association donnant d’autres éléments comiques dont des inévitables bagarres – trois – avec ou sans destruction.

 

La première séquence qui voit McCord et Pratt arroser leur (bonne) fortune donne le ton : c’est un festival de torgnoles avec destruction indispensable, avec en prime un limonaire qui réagit – lui aussi – aux coups.

La dernière est un festival qui n’est pas sans rappeler l’ère muette : ça s’étale dans la boue, ça voltige, ça atterrit la tête la première dans un tonneau… C’est absolument délirant, avec en prime un dormeur qui n’arrive pas à dormir et qui prie tous ces gens de faire moins de bruit, le tout sans une seule parole !

Mais surtout, le comique se mélange très bien avec une intrigue pas si drôle que ça : Angel est une fille de saloon, avec ce que cela implique de scabreux, surtout quand on sait qu’elle fut un temps acoquinée avec l’infâme Canon. Le traitement que lui réserve McCord est d’autant plus chevaleresque quand on connaît son passé.

 

Bref, nous sommes dans un western atypique, bien loin de celui qui est sorti deux mois plus tôt (1).

A (re)découvrir de toute urgence !

 

  1. La même année sort Les 7 Mercenaires
  2. Cela nous ramène à la trouée du Klondike après laquelle un prospecteur solitaire a trouvé l’or et l’amour : La Ruée vers l’or.

 

 

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