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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

western

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Delmer Daves
La Flèche brisée (Broken arrow - Delmer Daves, 1950)

1870.
Tom Jeffords (James Stewart) est prospecteur en Arizona. Il rencontre un jeune apache blessé (Robert Foster Dover) qu’il va soigner. Cet acte miséricordieux va l’amener à rencontrer les Apaches et leur chef prestigieux Cochise (Jeff Chandler) avec qui il va développer une grande amitié, et qui va entraîner l’arrêt définitif de la guerre contre les Apaches.

Mais tout ceci ne se fera pas sans tragédie parce que tout le monde n’a pas envie de cette paix : certains Indiens, derrière Geronimo, ne veulent pas d’un traité à leur désavantage (sinon bafoué) ; et certains hommes blancs qui considèrent (toujours) qu’un bon Indien est un Indien mort.

 

Superbe.

Delmer Daves, avec ce film, entre de plain pied dans le cercle des grands réalisateurs de westerns, contribuant en outre à changer les esprits des spectateurs et surtout d’Hollywood : son western, pour une fois, n’est pas manichéen et donne une vision réaliste et surtout positive de la nation apache. Mieux, on ne peut que s’indigner devant le guet-apens organisé par les hommes blancs irréductibles et racistes.

De même, s’appuyant sur le roman d’Elliott Arnold (Blood Brother), il retrace cet épisode historique avec beaucoup de fidélité, donnant (enfin) le beau rôle à ces véritables Américains qui furent chassés par ces envahisseurs (1) qui n’avaient que deux arguments : la Bible et le fusil.

 

Qu’on ne se méprenne pas : ce n’est pas le premier film qui considère les Amérindiens comme, de véritables êtres humains, et non comme des sauvages : déjà, en 1916, Allan Dwan et Douglas Fairbanks prenaient le parti des Indiens dans le magnifique the Half-Breed.

Mais c’est celui qui ouvre la voie à ces grands films humanistes sur la nation indienne qui vont fleurir dans les décennies suivantes : de Cheyenne Autumn à Hostiles, en passant par Little big Man et A Man called Horse, sans oublier le superbe Dances with Wolves.

Le seul reproche qu’on peut faire à Daves tient dans la distribution : si les mentalités vont changer, cela va prendre du temps. En effet, outre Jay Silverheels (Geronimo), peu de véritables descendants d’Indiens ont des rôles proéminents dans ce film. Et encore, le rôle de Geronimo est tient dans son prestige que dans a durée : on en le voit que très peu à l’écran et ses répliques sont minimales.

 

Il n’empêche, les mentalités vont évoluer et il n’est donc pas étonnant de trouver à l’écriture de ce scénario humaniste un pestiféré d’Hollywood : Albert Matz, sous le pseudonyme de Michael Blankfort. Ce dernier étant sur la Liste Noire héritée du maccarthysme, pas besoin d’aller chercher bien loin une telle intrigue qui prône l’entente et l’acceptation.

Et l’autre atout de ce film, c’est bien sûr la présence de James Stewart dans le rôle de ce négociateur prépondérant. Stewart, en plus de sa notoriété, amène de la conviction dans son interprétation. En effet, c’est à nouveau un grand personnage positif qu’il incarne ici, et qui soutient admirablement la thèse humaniste du film.

 

Et comme toujours, c’est aussi parce que ceux qui jouent avec lui sont à sa hauteur que le film dégage cette grande force. De Jeff Chandler (dans son premier rôle de Cochise, il y reviendra) à la jeune Debra « Lilia » Paget (Sonseeahray) qui porte des lentilles (2), tous apportent leur contribution pour faire de ce film une grande date du Western.

 

  1. Dirait-on « migrants » aujourd’hui pour les désigner ?
  2. Ses yeux bleus ne convenaient pas vraiment pour une Apache…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #B. Reeves Eason
Cornered (B. Reeves Eason, 1932)

Voilà 10 ans que Tim Laramie (Tim McCoy) est shérif. Sauvé par Moody Pierson (Niles Welch) dans une procédure policière (1), il retrouve ce dernier accusé (et emprisonné) d’avoir tué – d’une balle dans le dos – Dan Herrick (William McCall), le père de sa fiancée, la belle Jane (Shirley Grey), qui ne voulait pas de leur union.

Bien sûr, McCoy n’y croit pas une seconde, mais après l’évasion de Moody, il est désavoué et doit quitter la ville. Il en profite alors pour faire son enquête à propos de cette mort troublante et surtout pour innocenter son ami. On parle d’un certain « Laughing » Red Slaven (Noah Beery, le frère de), qui serait chef d’une bande de hors-la-loi et qui ne s’entendait pas avec Herrick.

 

Tim McCoy fait partie de ces cow-boys d’Hollywood qui ont malheureusement été oubliés avec le temps. Pourtant, il a été en activité surtout entre 1925 et 1942 et on le retrouve même une dernière fois en 1965, soit 40 ans après ses débuts. S’il n’a pas la stature d’un John Wayne ou d’un Randolph Scott, il n’en demeure pas moins un archétype de shérif, dont le sens du devoir est la première des qualités. Il y a dans ce personnage une droiture et une efficacité qu’on retrouve – rien d’étonnant à cela – dans un personnage de bandes dessinées des plus célèbres : Lucky Luke.

Il est clair que Morris a été inspiré par les westerns hollywoodiens (2) de son enfance (et d’après) et le personnage interprété par McCoy rassemble beaucoup de ses qualités : le sens du devoir, l’honneur, la loyauté et la fidélité, avec une bonne rapidité à dégainer (3).

 

Bien entendu, Slaven est le méchant qui a abattu le père de Jane, et Noah Beery campe une nouvelle fois un méchant fort acceptable, dont le rire puissant contribue à faire de lui un personnage antipathique : il est arrogant et sûr de lui (l’un va rarement sans l’autre), sans pitié ni compassion pour ses ennemis et même ses « amis » (4). Un affreux, quoi.

 

Pour le reste, c’est un western qu’on qualifiera de classique, où le manichéisme fonctionne à fond avec ces deux archétypes (Laramie & Slaven). On a tous les ingrédients nécessaires pour un beau western : paysages naturels, poursuite à cheval, duel final…

Et pour ajouter à l’analogie luckylukienne, on notera une fin qui inspirera Morris (et ses scénaristes) : une fois les problèmes réglés, Laramie s’en va vers d’autres aventures, laissant ceux qu’il a aidés dans leur nouvelle vie. Certes, le soleil ne se couche pas, mais l’impression reste la même.

 

Dernier détail emprunté par Morris : le cheval de Tim Laramie ressemble beaucoup à Jolly Jumper, la parole en moins, évidemment (voir ci-dessous)…

 

  1. Poursuite et arrestation de desperados.
  2. Pléonasme, non ? Les westerns n’étaient pas vraiment l’apanage des autres productions cinématographiques mondiales…
  3. Non, Tim Laramie ne tire pas plus vite que son ombre. Tirer plus vite que ses ennemis est suffisant.
  4. Moody, en fuite, s’est rallié à sa bande.
Cornered (B. Reeves Eason, 1932)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Anthony Mann
Winchester '73 (Anthony Mann, 1950)

La Winchester ’73 est ce qui se fait de mieux dans l’Ouest, en cette période troublée qui a vu très récemment la défaite (méritée) de Custer à Little Bighorn. On dit même qu’un Indien vendrait son âme pour l’avoir (1). Et de temps e temps, la firme Winchester en fabrique une particulière, qui est encore mieux que les autres : « une sur mille ». C’est cette dernière qui est l’enjeu d’un concours de tir à Dodge City, sous l’œil bienveillant – mais vigilant – du légendaire Wyatt Earp (Will Gear). Parmi les participants, on trouve Lin McAdam (James Stewart) qui est à la poursuite de celui qui a abattu son père (d’une balle dans le dos) : « Dutch » Henry Brown (Stephen McNally), alias Matthew McAdam, son propre frère.

 

Vous me pardonnerez la révélation finale, mais si vous ouvrez n’importe quel site de cinéma, on vous précisera qu les deux ennemis sont bel et bien deux frères, dont l’un a (très) mal tourné. Nous avons donc une situation Abel Vs Caïn, mais à la différence de la Bible, c’est le gentil (Abel) qui l’emporte. Parce qu’en 1950, il n’est pas question de faire la part belle au méchant. Et Mann nous indique tout de suite cet élément : la rencontre entre les deux frères avorte : le marshal de Dodge City ne veut pas d’arme dans sa ville. Par contre, une fois le concours remporté par Lin (étonnant, non ? Non.), La première chose que fait Dutch, c’est de lui voler la récompense. Mais c’est ce vol qui est la base du film.

En effet, le titre l’annonce : c’est avant tout la carabine qui est le centre du film. Et par un superbe concours de circonstances, elle va passer de main en main, avec à chaque fois une mort violente pour celui qui l’a acquise (2). Et les tribulations de l’arme sont l’occasion pour Anthony Mann de nous montrer son Ouest qui, sil rappelle ceux des autres réalisateurs de son temps, n’en demeure pas moins le sien : si les personnages possèdent des éléments truculents, on n’est loin de l’univers familial de John Ford : la preuve, c’est que nous avons deux frères qui veulent s’entretuer, inconcevable chez le grand Jack. L’univers de Mann est plus sérieux, et peut-être plus réaliste.

 

Les personnages sont à chaque fois très caractérisés et portent en eux une part sombre.  Joe Lamont (John McIntire), qui traite (commercialement) avec les Indiens, est un tricheur aux cartes et a tendance à arnaquer ses clients ; Jack Riker (John Alexander) tient un saloon hôtel tranquille au milieu du désert mais n’hésite pas à user de la gâchette pour conserver sa tranquillité ; jusqu’à la belle Lola Manners (Shelley Winter) qui nous apparaît alors qu’elle est expulsée de Dodge City par Earp. Sans oublier ceux qui sont du côté obscur : outre Dutch, on fait la connaissance de « Waco » Johnnie Dean (Dan Duryea), dont la réputation de plus rapide tireur du Texas n’a rien d’usurpée, et Steve Miller (Charles Drake) qui n’est pas étouffé par le courage.

Et de la même façon, Lin, en tuant son frère, acquiert sa part d’ombre…

 

Les seuls personnages qui ne sont pas véritablement caractérisés sont les Indiens. Seul Young Bull (Rock Hudson) se distingue des autres : c’est le chef et c’est lui qui devient propriétaire (temporaire) du fusil.

Les Indiens d’ailleurs, ne sont pas à la fête : outre les pertes importantes qu’ils essuient lors des assauts contre les visages pâles, ils se débandent (très) facilement une fois leur chef éliminé. Bref, on ne passe pas à côté des préjugés tenaces de l’époque qui voulaient, avant

 Tout, qu’un bon Indien était un Indien mort. Heureusement, les choses vont changer dans les décennies suivantes.

 

Et dans ce film, la violence est plus crue que chez Ford (ou Walsh, ou Hawks…), comme on peut le voir à chaque nouvelle occasion. Certes, les hors-la-loi ont la gâchette très facile, mais c’est dans le rendu visuel que Mann se distingue de ses contemporains. Le sang apparaît plus clairement, sortant de la bouche d’un tué, accentuant l’effet désiré. Mais surtout, Mann ne ménage pas ses effets, donnant à la mort son aspect tragique intrinsèque et surtout accentuant l’aspect réaliste du western.

 

Avec ce film, Anthony entame une collaboration pour cinq westerns avec James Stewart qui sont devenus depuis de grands classiques

Alors savourons…

 

PS : on reconnaîtra un jeune acteur brun aux yeux bleus dans la séquence de siège des tuniques bleues : Tony « Danny Wilde » Curtis.

 

  1. « On », c’est l’intertitre de présentation du film.
  2. Sauf Lin, bien sûr, c’est le héros et aussi parce qu’il n’y aurait pas de film…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Delmer Daves
3 h 10 pour Yuma (3:10 to Yuma - Delmer Daves, 1957)

Yuma (Arizona) est une ville célèbre pour deux choses :

  1. C’est la ville la plus ensoleillée au monde (plus de 4000 heures de soleil par an) ;
  2. On y trouve un pénitencier modèle qui fut en activité entre 1876 et 1909, et qui sert ici de but ultime de l’intrigue.

Mais reprenons.

Ben Wade (Glenn Ford) et sa bande écument l’Arizona, dévalisant les diligences sans faire trop de détail. Un jour, près de Bisbee, ils attaquent la diligence de trop. Ils sont reconnus par Dan Evans (Van Heflin) qui menait son troupeau avec ses fils. Ben Wade est arrêté à Bisbee et doit être emmené à Contention pour prendre le train : celui de 3 h 10 pour Yuma (d’où le titre). Mais personne ne veut s’occuper d’un prisonnier aussi dangereux, surtout que sa bande est tout proche, attendant la moindre occasion pour délivrer son chef.

Acculé par la sécheresse qui fait rage, Dan Evans accepte de l’emmener contre récompense.

Si l’arrivée à Contention se passe sans encombre, l’attente va se révéler terrible, surtout que Charlie Prince (Richard Jaeckel) a retrouvé son chef et convoqué quelques-uns de ses complices.

 

Delmer Daves voulait tourner un western différent, changer de ton. Il y parvient avec brio, signant l’un de ses plus beaux films, servi par un duo de talent en la personne de Glenn Ford et Van Heflin. Les deux acteurs s’opposent avec beaucoup de subtilité, dans leurs personnages comme dans leurs physiques : on y retrouve une part du manichéisme traditionnel, accentué par la « belle gueule » de Glenn Ford en opposition avec le physique singulier de Van Heflin. Le « beau méchant » contre le gentil quelconque. Mais cette opposition physique n’est qu’une petite partie de l’affrontement qui est lui-même une sorte de huis clos élargi.

Huis clos parce que c’est dans la chambre d’hôtel que les deux protagonistes vont réellement s’affronter, mais que pendant ce temps, il se passe des choses en dehors et que ces mêmes choses vont tenter d’entrer : le frère (Sheridan Comerate) du conducteur de la diligence que Wade a tué, les complices de ce même Wade qui veulent abattre Evans, ou encore les incursions de Butterfield (Robert Emhardt), le propriétaire de la ligne de diligence et accessoirement celui qui offre la récompense.

Mais ce huis clos ne dure pas puisqu’il faut bien sortir de l’hôtel pour aller prendre le train. Et cette sortie finale correspond à l’affrontement incontournable – et lui aussi final – entre Evans et la bande de Wade.

 

Bien sûr, on retrouve des similitudes avec le formidable High Noon de Fred Zinnemann – un train qu’on attend, des soutiens qui lâchent le héros – mais la grande différence vient de l’opposition entre celui qui est estampillé comme le méchant et son opposant. Et ce méchant, à l’instar des principes hitchcockiens, est très réussi. Tout d’abord parce que c’est Glenn Ford, en contre emploi de ses rôles habituels. D’ailleurs Daves lui avait de prime abord proposé le rôle d’Evans qu’il avait décliné, préférant celui de Wade. Et ce choix est des plus judicieux, l’aura de Ford amenant une dimension ambiguë dans son personnage.

Parce qu’il ne faut pas s’y tromper : Wade est un bandit de grand chemin. Si l’attaque de la diligence ne concerne que la cargaison d’or qu’elle transporte, elle se solde tout de même par la mort de deux personnes, le conducteur de la diligence (Boyd Stockman) et un membre de la bande de Wade, les deux tués par ce même chef.

 

Mais malgré cet aspect dangereux, on ne peut, en tant que spectateur, haïr le personnage. Tout d’abord parce que c’est Ford, mais aussi parce qu’il présente certaines qualités évidentes : une certaine éducation couplée à un charme irrésistible. Et ce charme opère aussi sur les rares femmes du film : Alice Evans (Leora Dana) la femme de Dan, et Emmy (Felicia Farr), la serveuse du saloon de Bisbee. Cette dernière est d’ailleurs la raison pour laquelle Wade va se faire pincer : le charme de la jeune femme le fait s’attarder dans la ville, erreur fatale bien connue.

Et ces deux femmes sont elles aussi très différentes : d’un côté la femme fidèle qui endure les mêmes souffrances que son mari ; de l’autre la femme qu’on qualifierait de « facile », mais dont le passé tumultueux explique son attitude envers Wade. Et Daves va jusqu’au bout de la relation entre elle et Wade puisqu’une ellipse évidente nous montre qu’ils couchent ensemble, peu avant l’arrestation de Wade.

 

Et le tour de force de Daves dans ce film, c’est l’attente qui fait monter crescendo la tension, jusqu’à l’explication finale, avec une formidable opposition entre ces deux hommes. Avec en prime une distinction pertinente d’avec le film de Zinnemann : alors que Will Kane (Gary Cooper) qui attend dans High Noon a de bonnes raisons d’attendre le train parce que représentant de la loi et un passé commun avec celui qu’il attend, Evans n’a aucune inimitié envers Wade. On sent même une certaine attirance vers cet homme si différent de lui pour qui la vie semble si facile et surtout très riche (financièrement mais pas seulement). Et les différentes insinuations de Wade pour amener Evans à le laisser partir complètent l’aspect particulier de ce personnage « pas si méchant que ça », donnant l’impression qu’Evans lui aussi tombe peu à peu sous le charme de Wade.

 

Je ne me prononcerai pas sur la résolution de l’intrigue – pour laisser ceux qui n’ont pas vu le film la découvrir – mais sachez tout de même que la morale est sauve malgré tout, Glenn Ford ne pouvant interpréter un salaud absolu, sans oublier une happy end inévitable.

En conclusion je me contenterai de citer Les Sept Mercenaires en disant tout simplement : « seuls les paysans gagnent ».

 

 

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #Reginald Barker, #William S. Hart
Le Serment de Rio Jim (The Bargain - Reginald Barker, 1914)

Il est clair que le titre français est plus vendeur et nous replace dans l’Ouest mythique américain. Il n’empêche : le titre original – Le Marché – est plus proche de l’intrigue de ce western du grand Reginald Barker.

Le marché dont il est question, c’est celui que passe Jim « the two gun man (1) » Stokes (William S. Hart avec le shérif Bud Walsh (J. Frank Burke). Quel marché ?

Reprenons.


Jim est un bandit de grand chemin qui attaque, malgré l’avertissement, la diligence qui transporte u chargement d’or. Poursuivi, il réussit à s’échapper, blessé, et trouve refuge chez le prospecteur Phil Brent (J. Barney Sherry) et sa fille Nell (Clara Williams).

Et comme c’est souvent le cas, Jim tombe amoureux de Nell et ils se marient. Sauf que le forfait de Jim doit trouver une résolution légale.

Il est alors arrêté par le shérif qui n’a rien de mieux à faire que de perdre l’argent du hold-up au jeu.

Le marché est alors simple : Jim lui fera récupérer son argent contre sa liberté.

 

Reginald, que les cinéphiles ont vite oublié (2), était un grand réalisateur et qui était à l’aise partout, capable de réaliser l’inoubliable l’Italien comme ce western, superbement servi par le non moins grand William S. Hart. On retrouve d’ailleurs dans le personnage de Jim Stokes l’archétype des personnages Hartiens : un bandit au grand cœur et un homme d’honneur. La preuve : le serment dont parle le titre français, ou plutôt le marché qu’il va proposer à Walsh, et surtout qu’il va tenir.

 

Mais comme nous sommes en 1914, l’Ouest qui nous est proposé est bien loin de ceux plus romantiques qui nous seront exposés dans les décennies suivantes, avec ces héros tout aussi honorables mais autrement plus distingués. Non pas que Jim est un barbare. Loin de là, mais les personnages qui l’entourent possèdent une touche autrement plus réaliste que celle qu’on trouvera chez Walsh et consorts une quinzaine d’années plus tard.

 

On retrouve dans ces « véritables » cowboys l’aspect dont Harvey Kurtzman et Jack Davis se sont moqués dans MAD (Cowboy! – 1955) : grosses moustaches tombantes avec (peut-être) des restes de haricots rouges à la sauce chili, à moins que ce soient des barbes fournies…

Seul Jim échappe à cet aspect rudimentaire : toujours impeccable, les cheveux bien coiffés avec une belle raie bien droite sur le côté gauche.

Bref, il n’est pas un héros ordinaire et ouvre la voie à tous ceux qui vont lui ressembler dans les années qui suivent, en particulier Ringo Kid (John Wayne) vingt-cinq ans plus tard (3) : un autre méchant qui se réforme.

 

Au final, Reginald Barker nous livre ici un très beau western – sous le patronage de l’incontournable Thomas Ince à la production – où Hart rayonne encore une fois dans ce rôle sur mesure. Un seul (petit) regret toutefois : nous n’avons pas droit à la séquence de soleil couchant comme c’est souvent le cas chez Barker.

Entre nous, ce n’est pas bien grave !

 

  1. « L’homme aux deux flingues ». Ce qui n’est pas exact : « l’homme aux 5 flingues » eût été plus approprié.
  2. Sauf les acharnés du muet tels le professeur Allen John ou moi-même.
  3. Stagecoach (John Ford, 1939)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Guerre, #William Wyler
The stolen Ranch (William Wyler, 1926)

Tout commence bien loin des Etats-Unis, en 1918. Et pour cause : c’est la Première Guerre Mondiale. Breezy Hart (John Humes) et Frank Wilcox (Ralph McCullough) sont frères d’armes dans les plaines de Flandre.

Breezy est un soldat courageux, qui ne sait pas pourquoi il se bat mais le fait de bon cœur. De son côté, Wilcox craque : le tumulte sonore des bombardements a raison de sa santé, et seule l’intervention de son compagnon le sauve d’une mort certaine.

Démobilisés, ils s’en retournent au ranch de l’oncle de Frank. Mais l’oncle est mort et aurait légué le ranch à son homme de main, l’ignoble (1) Sam Hardy (William Bailey), grâce à un faux testament.

Mais le vrai existe toujours, et Breezy va à nouveau sauver la vie de son frère d’armes.

 

Ca chevauche beaucoup dans ce film du débutant William Wyler (2), et c’est d’ailleurs comme cela que Breezy va être engagé par Hardy sur le ranch… Comme aide-cuisinier ! Mais qu’on ne s’y fie pas : si Breezy n’a pas réussi son premier test (dompter un cheval sauvage sans avoir jamais fait d’équitation), il apprend vite et se montre un cavalier hors pair.

Et puis bien sûr, il y a les éléments féminins. Elles sont deux – une chacun – et vont, à leur façon, aider nos deux héros dans leur entreprise : Mary Jane (Louise Lorraine) et June Marston (Nita Cavalier). Qu’ils se marient avec elles à la fin, c’est plus que probable mais le film s’arrête avant.

 

William Wyler nous propose ici un western moderne : nous sommes en 1919 pour la plus grande partie du film, ce qui est moins de dix ans avant la sortie du film. Et le souvenir de la guerre reste fortement ancré dans les esprits : on a pu déjà voir de superbes films traitant de cette période, et d’autres vont venir. Mais comme nous sommes dans un ranch, que les occupants ont de grands chapeaux et sont de véritables cowboys – ils chevauchent sans répit, le six-coups dans son holster, sur le côté – et que les paysages sont vastes et grandioses (3), nous sommes complètement dans le domaine du western.

Donc, nous avons droit à quelques bagarres inévitables autant que pertinentes : celle qui voit Breezy se débarrasser d’un importun qui « veut du bien » à Mary Jane ; celle pour récupérer le vrai testament ; et bien évidemment, la lutte finale (4) à laquelle même Wilcox participe.

 

Si Wyler n’a pas encore atteint la plénitude de son art – ce qui ne tardera pas – on peut tout de même lui reconnaître une maîtrise certaine sur ce film, soutenue par un montage impeccable de Ray Curtiss, avec en point d’orgue la montée de la tension amenant l’explication (presque) finale, et surtout le sauvetage de Wilcox qui devient – enfin – acteur de sa vie.

Bref, une curiosité à (re)découvrir, par celui qui deviendra l’un des plus grands réalisateurs américains de sa génération.

 

  1. Le méchant à fines moustaches de l’intrigue.
  2. C’est alors son neuvième film et seulement son deuxième (plus) long métrage (56 minutes).
  3. Tellement grandioses qu’une jeune peintre est là pour les immortaliser
  4. Où tout le monde ou presque se regroupe…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Western, #Clint Eastwood
Honkytonk Man (Clint Eastwood, 1982)

Le Honky Tonk, c’est une forme de la musique country qu’on trouve dans certains bars américains appelés eux aussi honky tonk. Et dans le cas qui nous intéresse, ce Honkytonk Man c’est l’oncle Bubba (Clint Eastwood), de son nom de scène Red Stovall, musicien  (guitariste) et chanteur de ce style musical et qui emmène son neveu Whit « Hoss » (Kyle Eastwood). Leur destination ? Nashville où Red doit passer une audition pour participer au Grand Ole Opry.

Mais la route est longue de l’Oklahoma à Nashville, et surtout, elle coûte cher.

 

Ca commence comme un western : des paysans qui travaillent la terre quand le vent se lève : on s’attend à une horde qui attaquerait, mais pas de bruit de cavalcade, juste celui du vent qui devient menaçant. Nous sommes en Oklahoma, en plein Dust Bowl, en 1938, et les Wagoner viennent de subir leur dernière attaque de ce vent chargé de poussière et qui assèche tout. Ils doivent partir. En Californie, par exemple, à l’instar des Joad. Mais comme l’oncle Bubba est arrivé, le départ est reporté.

C’est l’arrivée de Red qui nous indique que nous ne sommes plus au temps du Far-West, puisqu’il débarque dans le film en voiture. Mais cet élément moderne ne suffit pas à sortir du genre. Nous restons d’une certaine façon dans le Western, et ce malgré une intrigue moderne.

 

Le western parce que ce sont d’immenses espaces qui s’offrent à notre vue ; parce que la voiture remplace avantageusement les chevaux ; parce que la présence de John McIntyre (Grandpa Wagoner) est là pour renforcer cette idée. Sans oublier l’apparition de John Russell (Jack Wade) dans le premier bar où on peut entendre (et voir) Red chanter.

Mais avant d'être un western, c’est avant tout un formidable road movie, une errance de plusieurs milliers de kilomètres qui vont faire de Kyle – la narration suit essentiellement son point de vue – un homme, malgré son jeune âge : la voiture, l’alcool, les filles, la petite délinquance et la drogue vont jalonner son parcours vers une fin tragique (surtout pour son oncle), prévisible puisque nous nous apercevons rapidement que Red est malade de la tuberculose, mais ne veut pas se soigner.

 

C’est un très bel hommage à la musique de cette époque qui est rendu ici par Clint Eastwood qui troque un temps son habit de dur pour endosser celui de Red Stovall, qui n’est certes pas un enfant de chœur mais ne possède pas pour autant la force de ses rôles antérieurs. Il est clair qu’on n’imaginait mal Eastwood dans un film musical, surtout avec un personnage aussi singulier. Pourtant, Red n’est pas loin des autres interprétés par l’acteur, traînant, malgré la présence de Whit, une solitude inéluctable.

Mais c’est quand la musique s’en mêle que le film gagne un côté magique : Eastwood ne chante pas trop mal, même si ce n’est pas son rayon, dit-il. Et puis il y a les autres, les vrais chanteurs qui font une apparition ou plus telle la formidable Linda Hopkins (Flossie) qui chante magnifiquement le blues, ou Marty Robbins (Smoky) qui interprète avec Eastwood/Red la chanson qui donne son titre au film. C’est d’ailleurs l’une des plus belles séquences du film – ma préférée en tout cas – qui voit Red aller jusqu’au bout de lui-même, se sachant irrémédiablement condamné, et malheureusement incapable de terminer.

 

Je terminerai en revenant sur John McIntire, dont c’est l’une des dernières apparitions sur grand écran (1) : il raconte l’ouverture du territoire cherokee à la colonisation en 1893. C’est un autre moment intense en émotion, et on pense à Cimarron (1960) qui raconte l’ouverture à la colonisation du territoire de ce même Oklahoma qu’il doit quitter, quatre ans plus tôt (1889).

Alors on n’est peut-être pas dans un western, mais ça y ressemble tout de même rudement…

 

(1) Il y apparaîtra encore deux fois.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Western, #John Ford
Vers sa Destinée (Young Mr. Lincoln - John Ford, 1939)

Près de 75 ans avant Spielberg (1) et son formidable Lincoln, ce même président apparaissait pour la seconde fois chez John Ford, cette fois-ci sous les traits d’Henry Fonda. On y trouvait déjà la silhouette longiligne et un tantinet dégingandée de ce président hors norme, mais dans une intrigue somme toute très fordienne, inspirée des débuts du grand homme. Inspirée – nous sommes au cinéma ne l’oublions pas – et non recréée, puisque cet épisode n’est jamais arrivé.

C’est la troisième fois que ce grand personnage historique s’invite dans les films du maître (2).

 

En marge de la Fête Nationale, et alors qu’on brûle les tonneaux goudronnés – la fin des réjouissances – deux hommes se battent : Matt Clay (Richard Cromwell), un jeune paysan, et Scrub White (Fred Kohler Jr.), un bon à rien qui traine du côté de Springfield (Illinois) avec son acolyte pas spécialement mieux que lui, J. Palmer Cass (Ward Bond). Lors de l’échauffourée, Scrub sort un revolver, amenant Adam Clay à intervenir. Le coup de feu part. Scrub reste allongé. Les deux frères sont alors incarcérés en attendant un procès équitable (3). Leur avocat est un jeune homme plein d’avenir : Abraham Lincoln.

 

L’histoire des Etats-Unis est un thème récurrent dans l’œuvre de John Ford, et spécialement l’histoire autour de la Guerre de Sécession. Et ce film n’échappe pas à la règle puisqu’on y trouve celui qui, indirectement, sera à l’origine de cette guerre : Abraham Lincoln. Et on trouve, malgré les arguments que le réalisateur a adressés à Fonda pour qu’il accepte le rôle, un grand respect pour cet homme exceptionnel qu’était Lincoln (4). Et le jeu subtil, voire discret de ce même Fonda, accentue ce respect, faisant de chacune de ses interventions un moment de solennité et parfois même d’émotion. La diction de Fonda s’accorde très bien avec son personnage, retenant l’attention de son auditoire, pendant le procès comme dans chacune de ses interventions. La meilleure illustration en étant celle qui le voit réfréner l’ardeur de ses concitoyens qui veulent lyncher les deux frères.

 

Et comme nous sommes chez John Ford, nous retrouvons le microcosme dans lequel baigne ses films, où la famille a un rôle important, et la fête, primordial. Le 4 juillet et ses festivités est l’occasion de retrouver la truculence habituelle des membres de la communauté fordienne – celle de Springfield ici – dans des situations où l’humour a sa place, Lincoln n’étant pas le dernier pour participer aux réjouissances.

Mais on retrouvera aussi cette même communauté un brin exubérante pendant le procès : les spectateurs vivent le procès, réagissant fortement à chaque nouveau coup de théâtre, sans oublier les hommes qui se désaltèrent, en plein prétoire, directement au goulot d’une jarre remplie d’un quelconque tord-boyaux.


Et bien entendu, on retrouvera parmi cette communauté quelques têtes connues : outre Ward Bond, on reconnaît Donald Meek (le procureur John Felder), Russell Simpson («  Brother » Woolridge), l’indéfectible Jack Pennick (Big Buck Troop), et bien sûr Francis, le frère de John Ford, dans un rôle encore une fois de (très) peu de mots.

N’oublions pas non plus la séquence de danse : elle n’est pas populaire cette fois-ci. C’est un square-dance très particulier qui nous est proposé puisque c’est lors d’une soirée donnée par un notable de la ville qu’il a lieu. C’est l’occasion pour le jeune avocat de danser avec une jeune femme qui va compter dans sa vie : Mary Todd (Marjorie Weaver).

 

Et comme toujours chez Ford, les femmes ont un rôle très important. Outre Mary Todd, qui deviendra madame Lincoln en 1842, on trouve les femmes de la famille Clay, avec en tête la mère Abigail (Alice Brady). C’est elle aussi une de ces femmes fortes qui jalonnent l’œuvre de Ford, déchirée par cette affaire de meurtre qui voit ses deux fils menacés de la corde. Et comme toutes les autres (avant et après ce film), elle fait front face à l’adversité, spécialement dans son affrontement avec le procureur Felder, un tantinet abject quant à lui.

A ses côtés, les deux autres femmes (Arleen Whelan et Dorris Bowdon) sont des soutiens de la même trempe pour Abigail autant que pour les deux hommes avec lesquels elles sont liées. Ce lien trouve son apogée dans la prison où les trois femmes sont venues réconforter les deux frères.

 

Et Lincoln ?

Henry Fonda est – encore une fois – magnifique dans un rôle à la mesure de son talent. Même s’il lui manquait quelques centimètres pour atteindre la taille de son modèle (il porte des bottes spéciales pour le rehausser), il interprète un Lincoln très convaincant, de par son jeu et surtout sa diction comme je l’ai dit plus tôt. Le choix de Fonda, préféré à Tyrone Power un moment envisagé, fut crucial dans le résultat : la séquence du procès en est la meilleure illustration de par ses déplacements et ses différentes interventions, alternant l’humour et le sérieux avec pertinence pour arriver à ses fins. Un grand moment.

On notera aussi la position de Fonda-Lincoln, assis dans la même pose que sa statue dans son Mémorial à Washington comme nous le confirme le dernier plan du film.


Quant au titre français, il pourrait n’illustrer que la dernière séquence qui voit Lincoln sortir du palais de justice, franchissant une porte ouverte (5) qui mène à la lumière. En la franchissant, il prend cette stature nationale qu’on lui connaît, l’aboutissement de tout le film. Et cette destinée prestigieuse est soulignée par le déclenchement d’un orage, prémonition évidente de celui qui va secouer le pays après son élection de 1860, la terrible Guerre Civile qui va enflammer les états pendant quatre ans.

 

Un très grand film, par un très grand réalisateur, pour un TRES grand personnage.

 

PS : il s’agit du dernier film d’Alice Brady, terrassée par un cancer le 28 octobre de cette même année. Elle avait 46 ans.

 

  1. 73 ans seulement, mais 75 ça marque plus !
  2. The iron Horse (1924) ; The Prisoner of Shark Island (1936) furent les deux précédentes. Lincoln apparaîtra une dernière fois dans le segment de How the West was won dirigé par Ford.
  3. C'est-à-dire : qui devrait se terminer par une pendaison légale.
  4. Fonda ne voulait pas interpréter Lincoln, le comparant au Christ. Mais Ford lui expliqua qu’il s’agissait du même homme, jeune et pas encore bien dégrossi : « C'est uniquement un sacré plouc d'avocat de Springfield ! »
  5. Ford se souviendra-t-il de cette porte ouverte pour le plan final de The Searchers ? Poser la question, c’est déjà y répondre, non ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western
Martyrs of the Alamo (Christy Cabanne, 1915)

23 février – 6 mars 1836 : siège de Fort Alamo.

La mission de San Antonio (Texas) devient le lieu d’une guerre sans merci entre les troupes régulières du général Santa Anna (Walter Long) du Mexique à une poignée d’insurgés américains menés par le colonel Travis (John T. Dillon) lui-même soutenu par deux légendes de l’Ouest américain : Davy Crockett (Allan Sears) et Jim Bowie (Alfred Paget).

Bien sûr, Santa Anna, avec ces milliers d’hommes va venir à bout de la résistance des 180 insurgés, mais quelques semaines plus tard (21 avril) la bataille de San Jacinto, sera remportée par le général Houston (Tom Wilson) et verra l’indépendance de l’état par rapport au Mexique, première étape avant son annexion par les Etats-Unis qui aura lieu neuf ans plus tard.

 

Depuis ses débuts, le cinéma est un vecteur didactique important. Nombreux sont les réalisateurs qui ont usé ce medium pour relater de grands épisodes de l’histoire (L’Exécution de Marie, Reine des Ecossais, 1895 ; L’Assassinat du Duc de Guise, 1908, ou encore Naissance d’une Nation, la même année que ce film), ceci afin de retracer ces grands événements et leur donner une réalité pour les spectateurs de l’époque.

Avec ces Martyrs d’Alamo, il en va de même : la narration est univoque là-dessus, il s’agit avant tout de célébrer la résistance et le sacrifice de cette poignée d’Américains qui ont contribué à la libération du Texas.

 

Bien sûr, Christy Cabanne n’a pas la maîtrise que pouvait avoir Griffith (1) à la même période, mais son épopée possède tout de même de beaux moments et une volonté réaliste claire. De la même façon, le format du film – 71 minutes – oblige Cabanne à resserrer son intrigue, résumant certains éléments ou utilisant des ellipses temporelles pour faire tout tenir dedans.

Mais dans l’ensemble, tout est là : la rivalité Bowie-Travis, la maladie du premier et la troupe de trappeurs qui accompagne ces hommes.

Parce que, à défaut de reprendre les gravures officielles qui nous montrent un Travis blond dans un uniforme impeccable, nous avons ici un petit homme portant lui aussi une toque en peau de castor. Et de la même façon, alors que Travis était le plus jeune – il a 26 ans contre 39 à Bowie – ici il semble être le plus âgé du trio de commandement. Tout comme Crockett qui a 49 ans quand débute le siège et qui est interprété par un Allan Sears qui est le plus jeune des trois acteurs.

 

On sent l’influence de Griffith (Birth of a Nation est sorti en février précédent) dans les différentes séquences de combat mais Cabanne a encore du chemin à faire pour rattraper le maître : les combats sont âpres mais il leur manque la vision d’ensemble griffithienne servie par la caméra de l’indéfectible Billy Bitzer.

On aura alors droit à quelques scènes un tantinet empesées qui vont marquer les événements de ce siège, avec tout de même l’utilisation de plans rapprochés – voire gros – sur certains personnages afin de dégager leur importance par rapport aux autres.

On n’évite pas non plus un certain surjeu dans quelques séquences, surtout celle avec Silent Smith (Sam de Grasse) qui espionne chez Santa Anna.

 

Santa Anna est d’ailleurs l’un des personnages les plus réussis – il est l’un de ceux qui sont les plus mis en avant – et l’interprétation de Walter Lang n’y est pas étrangère : encore une fois, il campe un personnage peu recommandable (2), un général d’opérette qui se prend pour Napoléon 1er mais a toutes les apparences de l’empereur Smith (3), le côté débonnaire en moins. La réussite du personnage indiquant là encore le succès du film, qui veut qu’un méchant soit réussi pour que le film le soit aussi.

Par contre, les « héros » d’Alamo sont moins réussis, la forme du film ne laissant pas la place, par exemple, d’exposer avec plus de détails les dissensions entre Bowie et Travis (4).

Et le grand perdant est Davy Crockett, légende absolue de l’Ouest américain qui passe après les deux autres. Cela est d’autant plus étonnant que Crockett aura même sa minisérie à la télévision quelques décennies plus tard (1954) !

 

Au final, Cabanne nous livre ici un épisode important de l’histoire américaine, gommant la légende pour se concentrer sur les faits tels qu’ils étaient relatés par la Texas State Historical Association, cédant parfois au grandiloquent mais sans en abuser, insistant bien entendu sur la vaillance des Texans face à des Mexicains peu éduqués et veules, leur chef en tête.

On vibre avec ces colons assiégés face à cet ogre mexicain qui sera finalement vaincu et on termine impressionnés par les dernières scènes immobiles de la fin des combats, dont la mort de Bowie est peut-être l’image la plus marquante.

 

Bref, du cinéma !

 

  1. Il est arrivé à ola réalisation cinq ans après le Maître Griffith.
  2. Santa Anna, en outre, était un véritable incapable : son succès (relatif) à Alamo en est un exemple flagrant : réussir à mater 180 personnes avec 3000 soldats…
  3. L’Empereur Smith - Morris & Goscinny, 1976.
  4. Rassurez-vous, John Wayne s’en chargera 45 ans plus tard.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Western, #John Huston
Le Trésor de la Sierra Madre (The Treasure of the Sierra Madre - John Huston, 1948)

De l’or.

Une montagne d’or.

Voilà le trésor de cette Sierra Madre que trois aventuriers américains vont aller chercher, misant leur maigre fortune sur cette expédition formidable.

Mais l’or est capricieux, il monte rapidement à la tête, transformant les hommes, toujours plus cupides à mesure que le temps passe et que le capital s’amasse.

Et ces trois hommes ne font pas exception : l’or va progressivement les métamorphoser, surtout l’un d’eux – Fred C. Dobbs (Humphrey Bogart) – les amenant vers une fin tragique inévitable.

 

Troisième véritable film de John Huston (1), ce dernier s’entoure de deux valeurs sûres : Humphrey Bogart avec qui il avait tourné Le Faucon maltais, et son père Walter (Howard, le vieux prospecteur). Au jeu sobre (au moins au début) du premier, s’oppose la truculence du second, ces deux caractères étant modérés par le dernier membre du trio, Curtin (Tim Holt).

Nous sommes ici au croisement des films d’aventure, dramatiques et du western, même si ce dernier genre peut englober les deux autres.

Certes, ce n’est pas le western traditionnel qui arrive à son apogée dans ces années d’après-guerre, mais les différents éléments qui composent le film n’en sont pas très éloignés, voire en font partie : grands espaces plus ou moins sauvages, bandits de grand chemin, et bien sûr les échanges de coups e feu indispensables, surtout quand le trio, rejoint par un quatrième – Cody (Bruce Bennett) – est assiégé par un groupe de bandidos mexicains, sans oublier la soirée au coin du feu où Howard sort régulièrement son harmonica pour interpréter Swanee River (1851), qui nous ramène au temps des westerns, quand la Frontière n’était pas encore définitive.

 

Nous sommes donc ici devant un monument dans l’œuvre de John Huston. Son film est construit en partie comme un huis clos entre ces trois hommes qui, même s’ils sont en extérieur, sont prisonniers de leur soif de l’or et dont la mentalité va – malheureusement – mal évoluer, comme l’avait pourtant prédit Howard bien avant l’idée de partir en expédition.

Et le jeu des trois acteurs principaux va grandement participer à son succès – mérité.

Bogart est encore une fois éblouissant de justesse, interprétant cet esprit rongé par l’or et la cupidité, devenant toujours un peu plus fou à mesure que la richesse se précise, développant une paranoïa qui l’étonnerait s’il se souvenait de ses propos quand Howard parlait de ses expéditions passées et des dangers liés à l’or.

Et bien sûr, la performance de Walter Huston est phénoménale, interprétant un de ces personnages haut en couleur comme on en trouve dans les westerns plus classiques, ceux de John Ford en particulier : Howard semble tout droit sorti de cet univers fordien. Il fut récompensé par un Oscar, et même si je rejoins mon ami, le professeur Allen John à propos de ces récompenses, je ne peux m’empêcher de penser que cette récompense fût amplement méritée.

 

Et puis il y a le contexte de ce film. Nous sommes en 1925, soit quelques années seulement après la révolution mexicaine, du temps où les campagnes grouillaient encore de ces bandits, d’anciens soldats démobilisés qui attaquaient les prospecteurs isolés, américains de surcroît.

Mais ce sont surtout les trois hommes  en vedette qui retiennent notre attention : ils n’ont rien des canons habituels des héros hollywoodiens : sales, hirsutes, sans le sou, obligés de mendier pour survivre, ils font partie de ce qu’on appelait alors la lie de l’humanité. La rencontre de Dobbs et de l’homme riche américain (John Huston) est typique de la pensée – alors – en cours au pays : il serait temps qu’il se prenne en main plutôt que de mendier, lui dit (en gros) cet homme impeccable. Bien sûr, cette conception est toujours d’actualité.

Et Bogart est magnifiquement dirigé à contre-emploi, lui qui fut ce héros magnifique de la période de guerre (Casablanca, To have and have not…), est ici dans un rôle absolument pas glamour, sombrant peu à peu dans la folie. Inoubliable.

J’ai lu récemment qu’il s’agit d’un des films préférés de Stanley Kubrick. Pas étonnant alors d’y voir plus qu’une résonnance dans la fin de son propre film L’ultime Razzia (the Killing) huit ans plus tard.

Dernier clin d’œil (?) : l’une des dernières répliques de Howard à Curtin n’est pas sans faire écho à la participation de ce dernier dans le film de Michael Curtiz, La Bataille de l’or (Gold is where you find it).

 

  1. Après the Maltese Falcon (1941) et Is this our Life ? (1942), les deux autres sont des films qu’on peut qualifier de propagande, suite à l’entrée en guerre des Etats-Unis.

 

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