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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

western

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #Allan Dwan, #Douglas Fairbanks, #Victor Fleming
Paria de la Vie (The good Bad-Man - Allan Dwan, 1916)

Passin’ Through (Douglas Fairbanks) est un bandit singulier.

Un jour il attaque un train d’or et repart avec la poinçonneuse du contrôleur ; un autre, il vole des victuailles dans une épicerie qu’il va ensuite offrir à un jeune garçon orphelin ; etc.

On pourrait continuer à raconter longtemps les exploits de Passin’ Through (1), s’il n’était pas recherché par le marshall Bob Evans (Pomeroy Canon) : voler des victuailles, même pour une raison noble reste un délit.

Un jour, il fait la connaissance de la jeune et jolie Sarah May (Bessie Love), qui vit près du repaire de l’infâme Bud «  The Wolf » Frazer. Ce dernier a l’intention d’épouser la jeune fille, et ne voit pas d’un bon œil le rapprochement entre ce bandit de passage et celle qu’il s’est promise.

 

Avec ce film, c’est un tandem qui se reforme et se retrouvera dans quelques autres films : Douglas Fairbanks et Allan Dwan. Fairbanks en est encore à ses débuts de star de cinéma, alors que Dwan n’est pas à son premier film, ayant commencé à réaliser cinq ans plus tôt, dont beaucoup de courts-métrages, ce qui fait une somme vu qu’à cet époque, les tournages étaient plutôt rapides.

Ce film est aussi la première incursion de Fairbanks dans l’écriture puisque l’intertitre de présentation nous apprend qu’il a conçu cette histoire.

On peut alors comprendre pourquoi le scénario est un tantinet bancale, passant d’une situation absurde – le bandit qui vole les commissions ou une poinçonneuse (et d’autres choses) – à une sombre histoire de vengeance.

On retrouve dans cette première partie ce qui fera le sel de son premier film en tant que réalisateur, l’inoubliable Mystery of the leaping Fish (qui sort à peine deux mois plus tard) dans lequel on retrouve la belle Bessie qui n’a encore que 17 ans (2).

 

J’aurais tendance à dire que ce film est un premier jet si on le compare avec la collaboration future entre Fairbanks et Dwan. Le scénario pêche, comme je l’ai dit, mais sa première partie est tout à fait dans le ton des futures comédies dans lequel Douglas F. va exceller. De plus, on y voit une volonté de chevauchée avec l’indispensable bond pour se mettre en selle comme on le verra souvent par la suite.

En outre, derrière la caméra se trouve un jeune homme qui va lui aussi aller loin (mais malheureusement pas assez longtemps) : Victor Fleming, qui a alors 25 ans. (3)

A ces prises de vue audacieuses (de jolis plans rapprochés voire gros), ajoutez un montage dynamique qui amène une tension indispensable au film et son intrigue, et vous avez un film qui n’est au final pas si mineur que ça.

 

Une de ces curiosités comme on en trouvait beaucoup dans ce cinéma américain des années 1910s où l’expérimentation était aussi importante que le reste, où chacun essayait de maîtriser ce qui allait véritablement devenir un art et qui va toujours se perfectionner jusqu’à l’arrivée du parlant, une dizaine d’années plus tard.

Mal(?)heureusement, il ne s’agit pas de la copie originale de 1916, amis d’une restauration d’après la version qui fut reprise, avec de nouveaux intertitres, dont une copie subsiste à la Cinémathèque française.

 

A voir, donc.

 

PS : on n’échappe malheureusement pas au « mauvais Indien » qui tente d’abuser de la jeune fille. Heureusement, elle est sauvée par notre héros.

Ce stéréotype raciste aura la vie dure, hélas ! Et ce malgré The Half-Breed qui sortira le 30 juillet de cette même année. 

 

  1. Littéralement : « qui passe à travers », un nom pertinent pour un bandit qui ne se fait jamais attraper.
  2. Elle aura 18 ans le 10 septembre.
  3. C’est Douglas Fairbanks l’aîné de tous ces jeunes gens, il va sur 33 ans et Dwan en a 31. A noter la présence du « vétéran » Sam de Grasse (40 ans) qui tournera lui aussi plusieurs fois avec Fairbanks et/ou Dwan.

 

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #John Ford
Sur la Piste des Mohawks (Drums along the Mohawk - John Ford, 1939)

Alors que la Guerre d’Indépendance vient de commencer, Gilbert « Gil » Martin (Henry Fonda) part s’installer avec sa jeune épouse Lana (Claudette Colbert) dans la vallée de la rivière Mohawk (1).

Passé le choc culturel lors de leur arrivée en territoire sauvage, Lana – citadine habituée à vivre richement – s’accommode de cette nouvelle vie sur la Frontière (voir plus bas), et rapidement une naissance s’annonce. Malheureusement, c’est la période choisie par les Anglais et leurs alliés Cherokees pour attaquer ces colons américains qui rêvent d’indépendance : leurs maison et récoltes sont détruites par le feu et Lana perd l’enfant.

Et la guerre continue.

 

Nous sommes à peine six mois après la sortie de Young Mister Lincoln où Henry Fonda tournait pour la première fois avec John Ford, et moins d’un an après celle de Stagecoach qui est sa première collaboration avec John Wayne. Autant dire que cette année 1939 est faste pour Ford qui signe alors trois films inoubliables qui apportent chacun leur contribution à la recréation de l’Ouest américain, celui qu’on appelle lointain (« far » West).

On ne peut parler de western original tant ce genre a été exploité – et l’est encore de nos jours – mais plutôt de western originel : en effet, Ford dispose son intrigue sur cet endroit qu’on appelle La Frontière.

 

La Frontière, c’est la limite occidentale qu’ont atteint les colons venus de Nouvelle Angleterre, à la recherche d’une terre accueillante et suffisamment riche pour s’y installer et prospérer. Autant dire que cette Frontière est la limite de la civilisation – dans le sens chrétien du terme : les Indiens, malgré leur occupation antérieure de ce grand pays, y sont considérés comme des païens, et le seul qui trouve grâce aux yeux de ces colons, c’est Blue Back (Chief Big Tree, habitué des productions fordienne) parce qu’il est chrétien (2).

Mais surtout cette frontière est l’occasion pour John  Ford d’installer son microcosme aux personnages pittoresques, élément indispensable de son cinéma.

 

Outre nos deux jeunes mariés, on y trouve des femmes fortes qui ne se laissent pas abattre, ainsi que quelques protagonistes hauts en couleur, dont le propre frère de John, Francis Ford (Joe Boleo), dans un rôle qui ressemble à un trappeur – parmi les plus grands artisans de la progression de la Frontière – ne parle pas beaucoup mais boit sans spécialement avoir soif. Il n’est d’ailleurs pas le seul, et cela malgré les regards un tantinet réprobateurs du pasteur local, le révérend Rosenkrantz (Arthur Shields, autre habitué du maître). Ce pasteur lui-même n’est pas sans caractère, mélangeant allègrement les Ecritures et la vie quotidienne de la communauté.

 

C’est d’ailleurs cette communauté qui est la véritable héroïne de ce film tant nous assistons à une communion et une solidarité fortes entre ces hommes et ces femmes qui se battent contre les éléments (la tempête, le froid…) autant que contre les ennemis de ce qui va devenir leur pays : quand le film se termine et que la guerre est finie, on hisse au plus haut le drapeau de ce nouveau pays pour lequel ils ont combattu et pour lequel certains d’entre eux sont morts.

Et comme toujours chez Ford, nous avons droit à une séquence de danse, dont le prétexte ici est un mariage, mais que nous n’apprenons qu’une fois les festivités commencées : encore une fois, le mariage n’est pas le centre de l’histoire, ni ne signifie la fin du film.

D’ailleurs, le premier mariage qui ouvre le film est vite expédié, les amoureux s’en allant directement de la cérémonie à leur nouvelle habitation, plus loin dans l’Ouest.

 

Bien sûr, la place des femmes est toujours primordiale, comme on pourra le vérifier dans les autres films de Ford : si Lana, fraîchement arrivée de la ville est découragée et fortement déçue par cette nouvelle vie, cela ne dure pas et c’est quand Gil sera à son tour découragé et désespéré qu’elle se révèlera une femme fordienne à part entière : une femme forte et résolue, qui ne s’en laisse pas compter par les hommes, aussi forts et résolus qu’ils soient.

Evidemment, la femme la plus forte dans le film est la veuve Mc Klennar (Edna May Oliver) qui annonce certains rôles que tiendra Mildred Natwick dans les films à venir de Ford. Edna May Oliver n’était pas à son coup d’essai dans ce genre de rôle : on se souvient de sa prestation dans le rôle de la Tante March dans Les quatre Filles du Dr. March six ans plus tôt. Il paraît évident qu’un jour Lana sera de la même trempe que son aînée qui en fera, bien évidemment son héritière, l’ayant toujours considérée comme la fille qu’elle n’a pas eue.

Et d’une manière générale, ce sont tous ces « petits » rôles (petits dans leur dimension parlée, mais indispensables au film) qui font tout le sel de cette communauté. Il n’est alors pas étonnant d’y trouver beaucoup d’acteurs fidèles au maître : Russell Simpson, Mae Marsh et l’indispensable Jack Pennick.

 

Bref, un film jalon dans la carrière de John Ford, et qui a tendance à être oublié et rabaissé par rapport aux deux autres qui sont sortis cette même année, mais qui marque le début de ce pays qui n’a pas seulement accueilli les personnages qu’il a pu faire évoluer dans ses films, mais lui aussi, fils d’émigrants irlandais installés sur la côte Est.

Ce film, d’une certaine façon donne une origine à ce que nous connaissons sous le nom de Western : nous y trouvons les éternels grands espaces peu hospitaliers, peuplé des ces Indiens qui ne seront pas toujours des ennemis, et qui verront se développer nombre de ces communautés de migrants venus chercher un monde meilleur, cette nouvelle « Terre Promise ».

C’est le film qui annonce le reste de l’œuvre de Ford dans l’Ouest jusqu’à L’Homme qui tua Liberty Valance (1962), film jalon final, marquant le triomphe de la civilisation sur l’Ouest sauvage et donc la fin de cette Frontière.

 

  1. Encore une fois, nous avons un bel exemple de traduction (très) approximative : alors que le titre original parle de « tambours le long de la rivière Mohawk », nos amis traducteurs ont pluralisé le nom. Est-ce dû à une ignorance en rapport avec cette rivière ? Très certainement, si vous voulez mon avis. Quand ce film est enfin sorti sur les écrans français, la guerre n’était pas encore terminée et la traduction d’un titre n’était pas à proprement parler une priorité.
  2. Cet Indien est tout de même un drôle de paroissien comme en atteste ses différentes interventions dans ce qui sert d’église.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #Allan Dwan, #Douglas Fairbanks
Le Métis (The Half-Breed - Allan Dwan, 1916)

Lo Dorman (Douglas Fairbanks) est un parai : né d’une mère indienne et d’un père blanc (1), il est rejeté de tous pour son appartenance à l’ethnie ennemie dans chaque camp.

A la mort de son bienfaiteur, chassé de ce qui fut son foyer, il arrive en ville où il est à nouveau rejeté, surtout que la belle Nellie n’est pas insensible à son charme.

Mais le père de cette dernière, le révérend Wynn (Frank Brownlee), ne voit pas d’un si bon œil cette relation inintéressante.

Surtout que le shérif Dunn (Sam De Grasse) et le jeune Brace (George Beranger) ont des vues sur la jeune fille ;

Ajoute2 à cela que Dunn est le père biologique de Lo, et vous avez un western fort particulier,

 

Avant toute chose, il nous faut remercier la Cinémathèque française et le Festival du film muet de San Francisco qui ont permis la restauration de ce film qui fut longtemps incomplet. Si quelques fragments sont malheureusement irrémédiablement abimés, la copie présentée est de toute beauté et l’image très nette.

Bref, une petite perle comme Hollywood savait en faire, et surtout un duo gagnant Fairbanks-Dwan pour notre plus grand plaisir.

 

Alors qu’on connaît Fairbanks pour ses comédies menées à bâton rompu où ses aptitudes athlétiques sont mises en valeur, ce film est d’un tout autre genre, mêlant à ce qui aurait pu être une comédie endiablée une touche d’amertume due essentiellement au statut bancale de notre métis.

La toute première séquence donne tout de même le ton : la jeune squaw abusée par l’homme blanc confie son fils à un botaniste ermite avant de se suicider du fait de son exclusion du monde des hommes.

 

On retrouve dans cette intrigue un élément des plus importants de la culture américaine : le statut incommode de métis. En effet, la société américaine a tendance à mettre ses citoyens dans des classes plutôt définies, qu’elles soient physiques ou morales (religieuses surtout), tenant les métis dans un espace en marge de cette société, étant incapable de le ranger dans une de ces classes du fait de son identité physiologique.

Et dans le cinéma muet, on retrouve souvent les métis dans des rôles sournois ou/et mauvais, rappelant d’une certaine façon qu’il n’est qu’un bâtard, avec toute la morgue que cela comporte.

 

Le fait qu’on trouve Fairbanks dans ce rôle atypique est assez courageux de sa part ainsi que de celle d’Allan Dwan (sur un scénario de la grande Anita Loos). En effet, avec ce film, ils nous montrent l’injustice faite à tous ces métis qui ont de tout temps été rejetés du fait de leur naissance (2).
Et en plus de cette injustice, on retrouve une certaine hypocrisie de cette même société à travers le révérend Wynn, qui prêche la tolérance envers ceux qui sont différents sans pour autant accepter que sa fille puisse avoir une relation amoureuse avec cet Indien-là !

 

Il n’est donc pas étonnant que Lo soit montré comme un personnage des plus sympathiques, considéré par de nombreuses personnes comme un homme (de) bien, loin des clichés de l’époque (3), mais sans pour autant amener ce métis à être accepté par la bonne société de la ville d’Excelsior, à l’écart de laquelle notre métis vit, dans le renfoncement d’un de ces séquoias qu’on peut admirer en Californie.

Parce que de toute façon il ne sera jamais accepté, le film se termine sur une touche plutôt amère, Lo Dorman (4) se retrouvant forcé à l’exil, toujours en mouvement tant qu’il n’aura pas trouvé un lieu assez accueillant pour s’y installer.

Pas étonnant non plus qu’il trouve une alliée dans le personnage de Teresa (la belle Alma Rubens), qu’on imagine d’origine mexicaine, et par là-même ostracisée elle aussi.

 

Il est étonnant par contre, après avoir vu ce film tout compte fait fort humaniste, de retrouver l’année suivante Douglas Fairbanks dans Wild and Woolly : les Indiens y étant décrits de façon peu flatteuse.

 

  1. Non, ce n’est pas un missionnaire !
  2. Il est clair qu’on ne choisit pas la famille dans laquelle on arrive, encore plus quand il s’agit d’une relation considérée pour l’époque comme honteuse.
  3. J’en ai déjà parlé dans Wolfblood (1925).
  4. De son vrai nom « L’Eau Dormante » (« Sleeping Water » est-il appelé dans le film) : la prononciation française étant fort compliquée pour les anglophones, donne ce patronyme étrange.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #John Emerson, #Douglas Fairbanks
Wild and woolly (John Emerson, 1917)

De grands espaces, des Indiens belliqueux, un méchant à moustaches, l’attaque d’un train, un square dance, l’enlèvement d’une belle et un héros sans peur bondissant comme Douglas Fairbanks (1) : pas de doute possible, nous sommes dans un western !

Sauf…

Sauf que ce n’est pas un vrai western (2) puisque tout est arrangé.

 

Je m’explique.

Jeff Hillington (Douglas Fairbanks) est le fils d’un roi du chemin de fer et se dirige vers sa succession le temps venu. Mais il y a un petit problème à cela : Jeff est passionné par le Far-West et cette période mythique qui a accompagné l’histoire de son pays. Il est habillé comme un cow-boy, chique comme un cow-boy et parcourt les rues de New York (le dimanche) à cheval dans son costume adéquat, le faisant tout de même passer pour un fou.

Et quand son père l’envoie pour affaire à Bitter Creek (Arizona), c’est le suprême bonheur : il va enfin vivre cette vie de l’Ouest qu’il a tant parcouru dans ses nombreuses lectures.

Mais voilà quelques décennies que l’Arizona ne vit plus au rythme des six-coups et autres attaques de desperados.

Qu’importe, les habitants de Bitter Creek vont le recevoir en lui permettant de vivre son rêve.

Mais bien sûr, il y a un vrai méchant qui va en profiter…

 

Bien sûr, il s’agit d’un western, et les éléments énoncés ci-dessus sont tout à fait valables. Mais sans pour autant se prendre au sérieux : on rit de bon cœur de ce jeune Don Quichotte au Far-West, vivant son rêve, aveugle aux ricanements sous cape de ses hôtes, et attiré par Nell (Eileen Percy) la fille de l’homme d’affaires (Calvert Carter) qu’il est venu voir.

Et tout se passerait bien s’il n’y avait ce véritable méchant qui profite des Indiens pour s’enrichir : Steve Shelby (Sam De Grasse), agent des affaires indiennes.

 

Et bien sûr, l’Ouest qui est offert à Jeff est bourré de stéréotypes et de préjugés dont la maxime (hélas) archiconnue « un bon Indien est un Indien mort » est bel et bien présente.

Et fait exprès, les Indiens ici sont hostiles aux Blancs, excités par Shelby et le whisky qu’il leur fournit. Il n’empêche : les Indiens sont – encore une fois – montrés sous un triste jour, comme c’était de coutume à l’époque.

Autre personnage mauvais : Pedro (Charles Stevens). C’est un Mexicain complice de Shelby, montrant par là une certaine discrimination qui était faite au cinéma de cette époque (3). Et pourtant Stevens avait des origines mexicaines (sa maman était mexicaine).

Fort heureusement, ces conceptions n’ont plus cours à Hollywood depuis un moment déjà, même si on peut en douter quand on voit qui dirige ce même pays (3).

 

Dès l’introduction, Emerson donne le ton : ce qui va suivre n’est pas sérieux et pas seulement dans les images. Nous assistons à une comparaison des lieux et habitudes, mais sans pour autant que soit annoncé que « c’était mieux avant ». L’intrigue prend tout de suite ses distances et promet de nous montrer que l’âme de l’Ouest n’est pas encore morte.

Il faut dire qu’avec Douglas Fairbanks, cela devenait plus facile d’illustrer cette idée.

Comme toujours, il bondit et brave le danger, que ce soit à cheval ou à travers un plafond (mais de bas en haut !), on sent que le grand Douglas est dans son élément et il nous partage facilement et rapidement cet engouement. De plus il nous apporte une certaine jubilation quand on le voit tourmenter son majordome ou un de ses clercs, deux personnages qui évoluent avec une certaine dignité.

 

Mais bien sûr, Emerson et Anita Loos (au scénario, sur une idée de Horace B. Carpenter) ne pouvaient passer à côté d’une intrigue où le western allait l’emporter. En effet, alors que le spectateur se demande comment Jeff va redescendre sur terre, l’intrigue se charge de le ramener dans la réalité mais sans pour autant revenir à une intrigue plus moderne : d’accord, nous sommes en 1917, mais puisque on a sorti les effets western, autant aller jusqu’au bout.

La résolution – heureuse, cela va sans dire – se fera avec les moyens du Western.

Et si le film ne se termine pas dans le soleil couchant, peu importe, nous avons eu un film qui jongle avec beaucoup de bonheur entre le rêve (que vit Jeff) et la réalité de l’intrigue (les méfaits réels de Shelby).

 

Et tout le monde s’amuse, le spectateur y compris !

 

  1. Normal : c’est lui !
  2. Enfin si, quand même.
  3. Il faut croire que certaine(s) personne(s) n’ont pas dépassé cette notion archaïque et un tantinet raciste, considérant toujours, cent ans après, les Mexicains comme nuisibles.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Robert Aldrich
Bronco Apache (Apache - Robert Aldrich, 1954)

Alors que Geronimo (Monte « Danton » Blue) se rend, mettant fin aux guerres indiennes qui réduisirent comme peau de chagrin les effectifs amérindiens, Massai (Burt Lancaster), fier et farouche guerrier apache continue la lutte contre l’homme blanc.

Sa rencontre avec un Cherokee lui fait entrevoir un autre futur où les Indiens et les hommes blancs pourraient cohabiter en paix, le guerrier se muant en fermier.

Cette éventualité ne semble toutefois pas à son goût, et il veut à tout prix continuer la lutte pour mourir en homme libre, de la façon qu’il aura choisi.

 

Il y a souvent dans le cinéma de Robert Aldrich une singularité qui le distingue des autres réalisateur, que ce soit dans les intrigues et/ou leurs traitements : l’antagonisme entre les deux sœurs Hudson, ou la bande de criminels qui sont envoyés en mission commando…

Ici, c’est un western où le point de vue est celui d’un Indien fier jusqu’à l’orgueil, seul contre tous. Bien sûr, et c’est là qu’est la singularité, nous développons une sympathie pour ce brave parmi les braves qui se battra jusqu’au bout. Le fait qu’il soir interprété par Burt Lancaster fait aussi beaucoup pour le rendre si sympathique.

Encore que son attitude obstinée le dessert à différentes étapes de sa fuite en avant : c’est un Indien, et dans le paysage cinématographique hollywoodien des années 1950s, ce n’est pas une garantie de survie bien longue. Comme le dit alors le dicton : « un bon Indien est un Indien mort ».

 

Et Aldrich va nous montrer qu’il n’en est rien, que les « bons Indiens » sont aussi vivants que le reste de la population américaine. C’est le Cherokee qui aide Massai dans sa fuite, lui préconisant la sédentarité à travers la culture.

Et c’est surtout Nalinle (Jean Peters) qui va le dompter et d’une certaine façon le civiliser.

Mais la rupture d’avec les westerns habituels vient surtout des hommes blancs, et en particulier de Sieber (John McIntire).

 

Si nous connaissons le général Custer et William Cody comme opposants aux Indiens, la position de Sieber n’est pas aussi extrémiste. Au contraire, Sieber est un chef qui refrène les hommes qui sont avec lui, évitant de faire couler un sang inutile.

La dernière séquence qui marque définitivement la fin des guerres indiennes est d’ailleurs tout à son honneur, le laissant même prononcer la dernière réplique du film.

Autre curiosité : pour interpréter cet homme blanc raisonnable, Aldrich a fait appel au grand John McIntire, qu’on connaît plus dans des rôles beaucoup moins sympathiques, voire carrément détestables ! (1)

 

Je terminerai en disant qu’il exista un Indien qui s’appelait Massai et qui vécut en partie ce que nous voyons à l’écran. Mais sa fin nous est inconnue.

De même, Sieber est un autre protagoniste réel de cette période meurtrière, même s’il n’a pas assisté lui-même à la reddition de Geronimo.

Dernier petit détail : on ne peut ignorer que dans les quelques plans de la ville un cireur de chaussures de petite taille n’est autre que John George, un nain figurant dans une quantité phénoménale de films muets et parlants, ayant tourné avec de nombreuses grandes stars hollywoodiennes, dont plusieurs fois avec l’immense Lon Chaney : The Unknown (1927), pour ne citer que celui-là.

 

PS : J’oubliais : si Burt Lancaster est très convaincant en Indien insoumis, la couleur de ses yeux – ainsi que ceux de Jean Peters – ne joue pas en sa faveur d’un point de vue réaliste. Le bleu n’étant pas une couleur répandue chez les Indiens avant les métissages plus ou moins consentis.

PPS : autre (dernière) chose. Sieber est aidé dans sa poursuite derrière Massai par un Indien appelé Hondo, interprété par un jeune (33 ans) acteur répondant au nom de Charles Buchinsky. Buchinsky qu’il abandonnera pour un nom de scène plus américain : Bronson.

 

 

(1) Environ trois semaines après la présentation de ce film va sortir The far Country (Anthony Mann), où il interprète le juge Gannon, peu porté pourtant sur la légalité quand elle ne l’avantage pas.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #Comédie, #Constance Talmadge, #Sidney A. Franklin
The primitive Lover (Sidney A. Franklin, 1922)

Un western comique ? Il n’y a pas que Keaton ou Lloyd pour en faire. La preuve : en 1922, Constance Talmadge nous amuse avec cette comédie amoureuse où une jeune femme se retrouve coincée entre deux hommes, chacun des deux amoureux d’elle (1).


Reprenons.

La belle Phyllis (Constance, donc) est mariée à Hector Tomley (Harrison Ford, celui d’avant), après que son fiancé Donald Wales (Kenneth Harlan) eut disparu pendant une expédition. Or c’était un coup publicitaire et Wales, écrivain à succès, revient réclamer son dû : la belle Phyllis.

Evidemment, cela pose certains problèmes moraux et physiques : Wales avait prévenu Hector de sa fausse disparition ; mais il semble que le brave Hector ait réellement cru à la disparition de son ami.

Quoi qu’il en soit, le divorce est prononcé et Donald emmène Phyllis au bout du monde pour y vivre un amour primitif, ce qui donne son nom au film.

Sauf que le bout du monde se trouve dans les Rocheuses, et que notre écrivain/aventurier n’est pas obligatoirement celui  qu’il prétendait…

 

Il n’y a pas à dire, les sœurs Talmadge ont beaucoup contribué à donner ses lettres d’or au cinéma. Après la superbe Norma, c’est Constance qui nous ravit à son tour, dans une nouvelle comédie où elle est capable d’alterner l’émotion (le plus facile) et la comédie (plus dur, déjà), pour notre plus grand plaisir.
A ses côtés, on retrouve Harrison Ford, jeune premier patenté dans un rôle un tantinet moins reluisant de prime abord, l’aventurier dur-à-cuire étant ici Kenneth Harlan, autre bellâtre de la période muette.

Et ça marche : on s’amuse beaucoup de ce trio amoureux improbable où chacun n’est pas obligatoirement celui – ou celle – qu’on croit.

 

Sidney Franklin est un habitué de la comédie et il nous le démontre à nouveau, dirigeant l’une des grandes stars américaines. Constance est toujours aussi formidable dans cette femme un tantinet tiraillée entre celui qu’elle a aimé – Donald – et celui qu’elle a épousé – Hector. Et si le retour de l’écrivain semble accabler Hector (le traître : il savait que la disparition de Donald était « un coup de com’ », comme on dit de nos jours), la pratique la fait revenir dans les bras de son compagnon légal (avec un petit coup de pouce du destin, toujours aussi farceur).

 

Si la deuxième partie tend vers le western, ne vous attendez pas tout de même à une ambiance fordienne, hawksienne voire leonienne : nous sommes plus dans le western ultra-traditionnel avec pour seul ennemi les éléments : la solitude de la maison de bois et la tempête qui fait rage, amenant de véritables cowboys (2) à se mêler à l’intrigue. Sans oublier l'Indien de service : John Bluebottle (l’immense et incontournable Chief John Big Tree !) Ce dernier a d’ailleurs une curieuse conception de la vie maritale, soit dit en passant…

Leur chef n’étant autre que Joe Roberts qu’on retrouvera l’année suivante chez Keaton dans Our Hospitality (3).

Mais rassurez-vous, si nous n’avons pas de duel final, nous avons tout de même un méchant identifié – Pedro (Charles Stevens) – qui est puni comme il se doit.

 

Alors suivez mon conseil : foncez et voyez ce film. Et si vous regardez bien, vous verrez que les intertitres sont estampillés CT. « CT » comme Constance Talmadge…

 

  1. Peut-on leur en vouloir ?
  2. Les fameux « garçons-vachers » de la traduction littérale.
  3.  « Big » Joe Roberts était un habitué des films de Keaton et décéda malheureusement peu après la sortie du film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #James Nielson
Le Survivant des monts lointains (Night Passage - James Neilson, 1957)

De grands espaces, de la danse, une belle bagarre menée par des femmes jalouses, des chants, des méchants et une résolution lors d’un affrontement final avec force coups de pistolets : les ingrédients du western sont là.

Et pourtant.

 

Grant McLaine (James Stewart) est un cowboy solitaire sans foyer, qui arrive à Cactus Junction après avoir été convoqué par le Ben Kimball (Jay C. Flippen, qui retrouve Stewart avec lequel il avait tourné plusieurs fois sous la direction de Mann) directeur du chemin de fer.

Ce dernier lui propose de convoyer la paie des travailleurs jusqu’au bout de la voie. Mais en route, le train est attaqué et Grant voit la paie s’envoler.

 

Aaron Rosenberg, le producteur du film, avait demandé à Anthony Mann de réaliser ce film, puisqu’il avait déjà dirigé James Stewart dans quelques westerns. Mais Mann refusa, ne croyant pas beaucoup à cette histoire de rédemption et d’accordéon.

En effet, Grant est accordéoniste et joue pour gagner sa vie depuis que ce même Kimball l’avait chassé parce que McLaine avait laissé partir Utica Kid (Audie Murphy), desperado célèbre dans le Colorado (1).

 

Mais si Utica Kid n’est pas le méchant de l’histoire – encore que – James Neilson nous sert une belle bande de pillards qui boivent sec et ont la gâchette facile : le gang de Whitey Harbin (Dan Dureya). On reconnaît d’ailleurs dans cette association de malfaiteurs deux méchants patentés du western : Jack Elam et son regard particulier et Robert J. Wilke (Concho), qui apparaîtra par ailleurs dans lLes 7 Mercenaires, défiant Britt (James Coburn) à un duel (2).

Et puisqu’on en est aux stars, notons aussi la présence de Brandon De Wilde (Joey), inoubliable dans le Shane de George Stevens dans lequel il porte déjà le prénom de Joey.

 

On ne peut donner tort à Anthony Mann de ne pas avoir cru à cette histoire hautement improbable. Il est clair que James Stewart était un meilleur cowboy qu’accordéoniste. De plus, la sous-intrigue autour de Joey  n’est pas tellement plus crédible, son antagonisme avec Concho eût pu être réglé plus vite, d’un coup de pistolet : le code Hays réprouvant les meurtres d’enfants.

Et puisqu’on parle du Code et donc de ses puritains qui firent la loi à Hollywood, la résolution heureuse a dû être fortement appréciée par ces tristes individus : Grant termine non seulement avec une femme (3), mais en plus avec un fils sans avoir eu besoin de procréer (quelle horreur !) avec cette même femme !

 

De même, la résolution de l’intrigue principale et surtout l’élimination définitive des méchants aurait mérité un traitement moins expéditif et surtout un tantinet plus individuel d’autant plus que la durée du film – 90 minutes – se prêtait à un léger allongement.

Au final, nous avons un western mineur malgré ses interprètes, avec une intrigue bâclée, sans pour autant laisser de côté l’indispensable rédemption chère au cinéma américain : je vous laisse deviner qui sera sauvé, bien que là encore, l’intrigue soit un peu trop prévisible.

 

Je terminerai sur le statut des méchants : s’ils sont rapidement identifiés et surtout interprétés par quelques habitués, leur traitement superficiel s’ajoute aux autres raisons de l’échec du film. Nielson, dont ce fut l’un des rares films au cinéma (13 : ayant beaucoup travaillé pour la télévision), ayant oublié que plus un méchant est réussi et plus le film a une chance d’être un succès.


Dommage.

 

  1. Cette initiative n’est pas criminelle, Grant a une très bonne raison de ne pas tuer ce jeune homme.
  2. Défier Britt : quel inconscient !
  3. Elles sont trois, Miss Vittles (Olive Carey, la femme de Harry et la mère de Junior), Verna Kimball (Elaine Stewart, rien à voir avec notre ami James) et Charlotte « Charlie » Drew (Dianne Foster, 91 ans le 31 octobre prochain…) : la première est un peu âgée et la seconde déjà mariée, alors pas besoin d’être grand druide pour savoir laquelle terminera avec lui.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Anthony Mann
Je suis un Aventurier (The far Country - Anthony Mann, 1954)

Rien à voir avec la chanson de Dutronc (qui lui est postérieure d’une quinzaine d’années), ce western d’Anthony Mann nous ramène dans un Ouest américain des plus sauvages : entre l’Alaska (Skagway) et le Yukon (Dawson City), là où la Loi et son représentant ne font qu’un, Washington étant bien loin pour aller vérifier…

Jeff Webster (James Stewart) et Ben Tatum (Walter Brennan) débarquent à Skagway avec leur troupeau et – crime impardonnable – perturbent une double pendaison commandée par le juge Gannon (John McIntire). Condamné puis relâché après avoir vu son troupeau confisqué, Jeff accepte la proposition de Ronda (Ruth Roman) de l’emmener à Dawson City. De nuit, il récupère son troupeau et va le vendre là-bas.

Mais Gannon et ses hommes l’ont suivi.

 

C’est déjà le sixième film que Mann et Stewart tournent ensemble (il y en aura encore deux), et on retrouve quelques éléments de Bend of the River (1952) où il est déjà question de gens ayant tout abandonné pour fonder autre chose plus loin.

Mais alors que James Stewart avait un rôle de gentil (1), ici, il est beaucoup plus nuancé (2), un peu misanthrope s’il n’y avait pas à ses côtés le vieux Ben, compagnon fidèle et inséparable. Et encore une fois, on retrouve Walter Brennan dans un rôle de papy un tantinet bourru, même s’il n’est pas aussi vindicatif que chez Hawks (Rio Bravo par exemple…).

Jeff n’est pas le seul personnage complexe de cette histoire : Ronda n’est pas ce qu’on peut appeler une femme très recommandable : partout où elle passe, elle ouvre un saloon qui profite de son implantation solitaire pour plumer les prospecteurs, n’ayant pas la possibilité de se fournir ailleurs. De plus, son association avec Gannon – à Skagway tout du moins – est des plus troubles.

 

Gannon n’est pas un juge ordinaire comme on pouvait en trouver dans les grandes villes américaines à la fin du 19ème siècle : l’éloignement et la rudesse du climat décourageant très certainement quelque représentant d’aller voir comment la Loi est appliquée.

Surtout que Gannon est ce qu’on peut appeler un juge pittoresque : buvant sec et régissant son comté d’une main de fer, c’est donc pendant une pendaison que nous le découvrons.

Mais dès sa rencontre avec Jeff, le ton est donné : avoir perturbé la pendaison est un crime grave, plus que d’avoir tué quelqu’un !

On retrouve alors dans ce juge un héritier de Roy Bean, Officier de justice à l’Ouest du Pecos (3). Gannon arrange la Loi pour la faire sienne, condamnant ou acquittant selon ses intérêts.

 

Mais bien sûr, il n’est pas seul et parmi les nombreux hommes de mains (de gâchettes, plutôt), on trouve un magnifique méchant : Madden (Robert J. Wilke). Arrogant, impudent et rapide au pistolet, le spectateur n’a qu’une envie : celle de le voir mordre définitivement la poussière

(4).

Autre méchant singulier, Frank Newberry est interprété par l’un des plus singuliers seconds rôles du cinéma américain : Jack Elam. Reconnaissable à son regard, il a encore une fois un rôle du côté obscur, et lui non plus n’arrivera pas jusqu’à la fin du film.

 

Mais heureusement, il y a aussi les prospecteurs, ceux qui ne manient pas très bien les armes à feu et donnent une teinte colorée aux habitants de cette ville en devenir (Dawson City). On y retrouve un trio de chanteuses qui tient en même temps le premier saloon du coin, avant d’être supplantées par Ronda. Et puisqu’on en est aux personnalités, on retrouve parmi elles une grande dame des seconds rôles : Kathleen « Penguin » Freeman.

On trouve aussi (bien sûr) un poivrot qui avait promis d’arrêter de boire, Rube (Jay C. Flippen). Mais si ce rôle a un côté comique au début, avec la situation qui pourrit à Dawson, il en devient tragique et ne doit son salut qu’à Jeff.

 

Quoi qu’il en soit, Anthony Mann signe ici un magnifique western (encore un), donnant à son personnage principal une teinte particulière : alors que James Stewart est catalogué parmi les gentils du cinéma – et pas seulement dans les westerns – le rôle de Jeff le rend plus inquiétant, pour les gens qui le rencontrent tout comme pour le spectateur. C’est un rôle tout en nuance qui tranche un peu avec les codes manichéens habituels : d’un côté le héros (vertueux, bon, justicier) et de l’autre le(s) méchant(s).

Jeff reste du bon côté, mais son attitude égoïste le laisse longtemps à l’écart de ce qu’il se passe autour de lui. Et ce n’est que quand son propre intérêt sera menacé qu’il acceptera le rôle de justicier.

Et une question se pose : s’il n’avait pas été menacé par Gannon, aurait-il participé au nettoyage de la ville ? Je ne le pense pas, mais n’oublions pas qu’il s’agit de James Stewart, et qu’on ne pouvait pas laisser partir son personnage alors que les méchants triomphaient.

 

 

  1. Peut-il en être autrement ?
  2. Tiens, oui.
  3. Si Roy Bean fut un homme qui a réellement existé, je vous renvoie plutôt à l’album qu’en tirèrent Morris et Goscinny (1959), la violence en moins.
  4. Rassurez-vous, ça arrivera.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Buster Keaton, #Comédie, #Western
Ma Vache et moi (Go West - Buster Keaton, 1925)

C’est l’histoire d’un jeune homme (Buster Keaton) seul (« Sans Ami » annonce le générique) qui, lassé de la solitude et de l’inactivité quitte l’Indiana pour New York, où il est toujours désespérément seul malgré la marée humaine, toujours à contre-courant dans cette course effrénée en avant.

Il se souvient alors des paroles d’Horace P. Greeley (1) et prend le train vers Santa Fe, où il sera cowboy et aura à emmener un troupeau en Californie, à Los Angeles, bien sûr.

 

Il s’agit déjà du sixième film que Buster Keaton coréalise, situé entre Seven Chances et Battling Butler. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que nous assistons à une nouvelle histoire improbable où le personnage interprété par Keaton lui-même est un tantinet différent des autres. En effet, plus qu’à un autre moment, son personnage est inadapté. Inadapté dans son Indiana, à New York cela va de soi, mais encore plus dans un ranch.

Et pourtant, ça marche. L’intrigue se résout formidablement, et le jeune homme peut avoir celle qu’il désire…

 

Soyons clairs, ce film n’atteint pas le niveau du précédent. Mais on ne peut tout de même que se régaler de ce jeune homme au final pas si inadapté que ça. Et sa partenaire – la vache Brown Eyes (« yeux marron ») – forme avec lui un duo assez sympathique, au point d’éclipser la jeune première (Kathleen Myers, obscure actrice qui a disparu avec l’avènement du parlant), joli certes, mais insipide : tout le monde ne peut pas être Jobyna Ralston.

 

Mais si ce film est mineur au milieu de la carrière de Keaton, on y retrouve tout de même quelques éléments comiques subtils autour de son chapeau et des relations qu’il a avec tous les autres, qu’ils soient humains ou animaux.

Et parmi les gags du film, l’un d’eux prend une place prépondérante : alors qu’il tente de gagner aux cartes de quoi sauver Brown Eyes, un des joueurs surpris à tricher le menace d’une arme et lui ordonne de sourire ! Bien sûr, il ne le fera pas et se sortira de ce faux-pas comme seul Keaton sait le faire, sans pour autant relever les commissures de ses lèvres.

 

Alors que le film met un peu plus de temps que d’habitude pour trouver son rythme, à partir du moment où le train se met en branle et emmène les bêtes vers L.A. avec parmi elles notre héros, nous assistons à une fin endiablée et pas seulement du fait d’un rythme plus soutenu (2). Et d’une certaine façon le final qui voit Keaton emmener les bêtes aux entrepôts n’est pas sans rappeler la foule de femmes qui lui courait après dans le film précédent (3). Mais alors que les femmes lui couraient après pour l’épouser, il est ici un lièvre qui amène les bêtes à le suivre vers leurs destinations finale et fatale.

 

Cette séquence est à nouveau un grand élément de l’humour de Keaton, jouant sur l’opposition des bovins et des humains, amenant une situation gagnant en intensité d’un point de vue physique (de grands mouvements de foule) et moral (les rapports policiers).

L’invasion de la ville par le troupeau amène des situations toujours plus folles et absurdes, et quand on regarde bien, on ne peut manquer de reconnaître celui qui l’a découvert et lancé, qui fut son ami et mentor : Roscoe « Fatty » Arbuckle, grimé en femme dans le grand magasin.

 

Alors certes, on aurait pu attendre mieux de Keaton et sa clique, mais il est humain d’avoir parfois quelque(s) faiblesse(s). Et savourons ce film comme une petite confiserie qu’on s’octroie après un bon repas : ça n’a pas le faste de ce qu’on a dégusté avant, mais ça permet de terminer sur une note enjouée…

 

PS : A propos du titre français, no comment. Tant qu’on n’a pas Frigo (ou Malek) et Marguerite

 

  1. Pionnier de l’information aux Etats-Unis, une de ses citations était : « Go west, young man, go west » (« va vers l’Ouest, jeune homme »), d’où le titre original du film.
  2. Hé ! Hé ! Hé ! Allez-y voir !
  3. Loin de moi l’idée de comparer les bovins et les femmes, l’analogie ne concerne que le nombre de membres des deux groupes (je n’ai pas dit « meutes » !).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Don Siegel, #Clint Eastwood
Sierra torride (Two Mules for Sister Sara - Don Siegel, 1970)

Hogan (Clint Eastwood est un cow-boy solitaire (1) qui surprend trois hommes alors qu’ils s’apprêtent à faire subir les derniers outrages à une jeune femme. Ni une ni deux, ils s’occupent (définitivement) d’eux et laisse la jeune femme se rhabiller.

Mais le plus étonnant (pour lui comme pour nous) c’est que cette jeune femme est en réalité une nonne, et qui plus est impliquée dans la révolution juariste contre Maximilien – soutenu par les troupes de Napoléon III.

Cette nonne s’appelle Sara (Shirley McLaine).

 

Deux ans près Coogan’s Bluff, on Siegel retrouve Clint Eastwood pour un véritable western, situé au Mexique pendant l’indépendance de ce pays. Eastwood, révélé par la trilogie du Dollar retrouve un personnage assez proche de Joe, solitaire et motivé par l’argent, mais avec tout de même un tantinet plus de morale, ce qui lui vaut de prendre sous son aile cette bonne sœur bien solitaire dans ce pays en guerre (civile). Et pour souligner cet aspect leonien, Siegel a fait appel au complice du grand Sergio : Ennio Morricone.

 

Et ça fonctionne. Même très bien puisque Siegel et Eastwood vont se retrouver dans les années suivantes, dont un autre western : Les Proies.

Mais déjà Hogan annonce un peu Harry Callahan (deux ans plus tard) par ses moyens expéditifs pour sauver la jeune nonne.

Mais bien sûr, le film repose sur l’association improbable et antithétique de ces deux éléments : un homme sans beaucoup de principes et certainement athée, face à une nonne et toute la religion qu’elle porte avec elle, même si certaines de ses actions sont plutôt étonnantes pour une bonne sœur : elle boit sec le whisky (frelaté) et fume le cigare à l’occasion.

 

Et comme nous sommes dans western, Siegel, avec l’aide de son scénariste (Albert Maltz), aborde différents éléments propres au genre : grands espaces plus ou moins désertiques, Indiens peu amènes et résolution finale dans la violence. Il ne manque qu’un véritable méchant – un salaud patenté comme chez Leone – pour compléter le tableau, l’affrontement se faisant plus contre une entité – l’armée française – qu’une identité. Même Leone (encore lui), quand il tournera sa version d’une autre révolution mexicaine (Duck, you Sucker), aura un personnage dûment estampillé comme tel.

 

Il n’empêche que cet affrontement final est des plus spectaculaires : ça tire, ça mitraille, ça explose dans tous les coins, avec en prime quelques plans de coupe impressionnant – un soldat avec une machette dans le visage, un soldat qui perd un bras (…) – amenant un nombre incalculable de morts violentes.

 

Quant à la fin (prévisible ?), je vous laisse la (re)découvrir…

 

PS : un petit mot pour finir. Le titre français est bien loin de l’original mentionnant les « deux mules de sœur Sara ». Rapidement, le spectateur polyglotte comprend que Hogan est la deuxième – la première sert de moyen de transport pour Sara – puisqu’elle le qualifie ainsi peu après leur rencontre. Doit-on voir dans ce titre français (minable, vous vous en doutez) une forme de racolage, surtout en cette période de fin des années 1960s marquées par une libération sexuelle ? Parce que question sexe (ou érotisme, si vous préférez), mis à part Shirley McLaine protégeant son intimité avec sa robe, il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Et d’ailleurs, pourquoi fouetter un chat ?

 

(1) Loin de son foyer ?

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