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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

western

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Michael Curtiz
Les Conquérants (Dodge City - Michael Curtiz, 1939)

Dodge City, 1872.

Dodge City, nommée en l’honneur du colonel Dodge qui y a amené le chemin de fer est une ville tout sauf calme : entre les immenses troupeaux qui y viennent quotidiennement et les règlements de compte qui s’effectuent dans la rue et surtout à coup de pistolets, il ne fait vraiment bon vivre dans cet endroit. Il faut dire que Jeff Surrett (Bruce «  Jack Driscoll » Cabot) est un bandit notoire qui fait des affaires lui aussi à coups de pistolets, ayant mis la ville sous sa coupe.

Mais voilà qu’arrive Wade Hatton (Errol Flynn), convoyeur de troupeau qui va remettre de l’ordre dans cette ville.

 

De notre côté de l’atlantique, en 1939, Dodge City n’est pas une ville bien connue : il faudra attendre l’après guerre et surtout le magnifique My darling Clementine (John Ford, 1946) pour que cette ville entre dans l’imaginaire des spectateurs français : Wyatt Earp y fut un shérif efficace... Alors évidemment, Les Conquérants, c’est un titre plus accrocheur !

Et bien sûr, si Wade Hatton n’a pas existé, son personnage s’inspire beaucoup du héros de Tombstone, même si ici il utilise plus la loi que son six-coups pour ramener l’ordre.

Il n’empêche, Dodge City est une ville violente et Michael Curtiz nous en propose quelques images qui culminent avec la mort d’Harry Cole (Bobs Watson), un enfant qui est traîné par des chevaux rendus fous par les fusillades.

C’est d’ailleurs cet événement qui va décider Hatton à prendre l’étoile de shérif pour ramener la paix.

 

Il s’agit ici du premier western que tourne Curtiz avec le couple Errol Flynn – Olivia de Havilland, qui sont réunis pour la quatrième fois, et encore avec Curtiz. A leurs côtés, on retrouve Alan « Little John » Hale (Rusty) qui est à nouveau bras droit de Flynn, ainsi qu’une vieille connaissance dans le rôle de Tex : Guinn « Big Boy » Williams dans un rôle positif.

On retrouve dans le trio masculin la truculence de The Adventures of Robin Hood, avec Flynn en héros romantique flanqué de deux acolytes braillards, soiffards et bagarreurs.

Le film est aussi l’occasion d’une magnifique bagarre entre les hommes de Hatton et ceux de Surrett pour un motif on ne peut plus sérieux : la Guerre Civile. En effet, Hatton a servi dans l’armée de Stuart (Sud) pendant que Surrett et ses hommes défendaient le Nord.

La bagarre est épique et rappelle l’assaut final du même Robin Hood, les épées en moins.

 

Mais cette bagarre grandiose n’est rien à côté de la violence décrite tout au long du film : coups de feu (avec morts violentes, bien sûr) et pendaisons sont les éléments de la justice expéditive du lieu.

IL y a d’ailleurs une constante chez Curtiz : ses méchants. Ici Surrett et son bras droit Yancey (Victor Jory) sont des archétypes magnifiques, donnant raison à Hitchcock à propos du succès d’un film. Surrett fait exécuter sans vergogne ceux qui se trouvent sur son chemin, amenant une forme de dégoût chez le spectateur devant tant d’ignominie. On en vient rapidement à souhaiter la fin des activités de ces personnages si maléfiques.

Mais n’attendez pas pour ce faire un duel au soleil : la chose se fera – bien sûr – dans le feu (c’est le cas de le dire) de l’action, amenant enfin Dodge City sut la voie de la civilisation.

 

Et les femmes ?

On en trouve trois qui soient pertinentes dans l’intrigue : Mrs Cole (Gloria Holden), Ruby Gilman (Ann Sheridan) et bien sûr Abbie Irving (Olivia de Havilland). Si Mrs Cole amène la chute (tant attendue) de Surrett en amenant Hatton à enquêter contre ce dernier avec l’aide de Joe Clemens (Frank McHugh) le directeur du journal, Ruby Gilman a essentiellement un rôle décoratif : elle est chanteuse au saloon de Surrett et n’a aucune influence sur ce dernier.

Par contre, Abbie Irving va contribuer grandement à la fin de Surrett en participant activement au journal de Clemens. Mais malgré cela, ce troisième personnage féminin d’importance a un rôle tout de même bien effacé par rapport à celui de Hatton, voire de ses deux adjoints.

 

Au final un western de bonne facture où Errol Flynn est un nouveau Robin des Bois qui amène la justice dans le far west sauvage, entretenant l’image romantique du western américain qui allait se développer dans les deux décennies suivantes. On y retrouve les ingrédients indispensables : grands espaces, manichéisme, fusillades et bagarre. Il n’y manque que les Indiens auxquels Hatton fait référence à propos de Surrett, révélant un autre aspect de sa méchanceté.

 

PS : on notera la présence de deux acteurs de western qui vont bientôt passer chez Ford, Ward Bond (Taylor) et Russell Simpson (Orth), ainsi que la présence de Monte Blue qui fut l’évêque dans le célèbre Robin Hood. Nous sommes encore une fois en territoire connu.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Raoul Walsh
La Charge fantastique (They died with their Boots on - Raoul Walsh, 1941)

De West Point à Little Bighorn, voici la charge fantastique du titre français de George Armstrong Custer (Errol Flynn) : l’un des pires éléments de l’école prestigieuse militaire – pire que Grant (Joseph Crehan), c’est dire – qui s’illustra pendant la Guerre de Sécession avant de participer aux guerres indiennes qui suivirent le conflit. Et bien sûr, il devint l’un des plus grands héros de l’Ouest américain.

Blanc.

 

Autant le dire tout de suite, la vérité historique n’est pas toujours là. La première partie (jusqu’à la 74ème minute) est à peu près correcte, mais à partir de là, nous nageons dans un à peu près historique qui n’est pas pour déplaire à Raoul Walsh, grand conteur et surtout menteur invétéré du cinéma américain.

Mais peu nous importe cette vérité : nous sommes au cinéma, et c’est avant tout le spectacle qui nous intéresse.

Et du spectacle, ici, il y en a !

 

Cinq ans plus tôt, Custer avait déjà été la vedette (secondaire) d’un western qui traitait de la même période : The Plainsman. Mais ici, il passe au premier plan, et comme en plus il est interprété par le grand (et beau) Errol Flynn, on aurait tort de bouder son plaisir !

Et en plus, on retrouve à ses côtés une de ses partenaires mythiques : la belle (et talentueuse) Olivia de Havilland (Libby Bacon Custer) qui vient de fêter ses 104 ans (!) le 1er juillet dernier. C’est d’ailleurs leur dernier film ensemble – le huitième (1).

Et comme nous sommes chez Walsh, on ne peut pas passer à côté de l’humour, qui s’exprime essentiellement pendant la séquence à West Point où Custer y fait une entrée remarquée et est pris en grippe par deux personnages qui auront leur importance dans son destin (cinématographique) : Ned Sharp (Arthur Kennedy) et Romulus Taipe (Stanley Ridges).

 

La première partie (73 minutes environ) voit la montée en puissance d’un personnage hors du commun (en ferait-on un film s’il en était autrement ?) et qui va se révéler dans le point culminant : la Guerre Civile. On découvre déjà une forme d’obstination chez ce général malgré lui (et surtout malgré Taipe !) quand on le voit emmener les différents bataillons du Michigan à l’assaut de l’armée de Stuart jusqu’à ce que cela paye : on ne donne pas le nombre de morts que ces assauts ont engendrés. On retrouvera cette même obstination quand Custer décidera d’affronter les Indiens à Little Bighorn, mais pas dans ce film.

Les différentes scènes de bataille de la Guerre de Sécession ne sont d’ailleurs pas sans rappeler les débuts de Walsh en tant que réalisateur : il fut l’assistant de Griffith sur Naissance d’une Nation qui voit déjà une très belle séquence de bataille militaire : celle de Gettysburg (1863).

 

Au bout de 73 minutes, donc, apparaissent les premiers Indiens. Custer a été envoyé dans le Dakota du Sud, à Fort Lincoln, en bordure des Collines Noires.

C’est donc là que la fiction prend le dessus de l’Histoire, puisqu’on y découvre un Custer fort humain voire humaniste. On peut croire ce qui concerne la remise en état du célèbre 7ème de Cavalerie pour en faire un bataillon d’élite, ainsi que son hymne : Garryowen. Vous savez cet air entraînant qui retranscrit très bien le rythme d’une galopade (vous pouvez l’écouter ici à partir de 1 min 17).

Par contre, pour ce qui est des relations avec les Indiens, on a le droit d’être très circonspect. Avec en point d’orgue la réplique de « Queen’s Own » Butler (G.P. Huntley) : « les vrais Américains sont derrière les collines et portent des plumes ». Il fait ici référence aux Indiens de Crazy Horse (Anthony Quinn).

 

Et tout comme dans le film de DeMille, nous assistons à la fin héroïque de notre héros. Mais cette fois-ci, ce n’est pas seulement une évocation : Walsh met les petits plats dans les grands et nous offre un dernier souffle épique ainsi qu’un massacre en règle.

Certes, il conserve le point de vue de Custer et Flynn est aussi fantastique que le titre français, mais on assiste tout de même à une boucherie terrible : Comme on dit chez nous : « ça tombe comme à Gravelotte. » Quant à l’assaut final – à pied – il est d’une rare violence pour un film de cette époque. Ca trucide et ça frappe à tout va : heureusement que le film est en noir et blanc et que le sang ne coule pas autant qu’à notre époque parce qu’on aurait un sol bien rouge.

Il n’empêche, ce final est absolument magnifique : pour une fois que les Indiens gagnent !

 

Si la vérité n’est pas vraiment respectée, on ne peut négliger la situation (géo)politique des Etats-Unis en novembre 1941 : la guerre approche (16 jours plus tard aura lieu l’attaque japonaise à Pearl Harbour).

On y retrouve dans les films de cette année de nombreuses références ainsi qu’un encouragement latent à l’intervention contre les nazis (The long Voyage home, Foreign Correspondent).

Et on peut voir dans le travail de Custer pour créer un bataillon d’élite un encouragement national à l’unité dans le conflit à venir. Les valeurs exaltées dans son discours à son état-major  (avec l’adoption de Garryowen) vont dans ce sens. Et derrière Custer et ses hommes qui partent rencontrer leur destin (fatal), c’est l’Amérique (du Nord, entre le Canada et le Mexique) qui se prépare à entrer en guerre pour combattre les ennemis de la liberté.

Hélas, ce sont les Indiens qui en font les frais.

 

(1) Je sais, ils jouent aussi tous les deux dans Thank your lucky Star (1943). Mais ils n’y sont pas réunis comme dans les autres.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Cecil B. DeMille
Une Aventure de Buffalo Bill (The Plainsman - Cecil B. DeMille, 1936)

Wild Bill Hickok (Gary Cooper), Calamity Jane (Jean Arthur) et Buffalo Bill (James Ellison) sur une même affiche! Il n’y a qu’à Hollywood qu’on peut voir ça.

Et en plus, c’est le grand Cecil B. DeMille qui est aux commandes, alors il n’y a plus qu’à se laisser faire…

 

Certes, DeMille, épaulé par Waldemar Young, Harold Lamb et Lynn Riggs au scénario, eux-mêmes chapeautés par la fidèle Jeanie Macpherson, a pris quelques libertés avec la vérité historique, mais que voulez-vous : nous sommes au cinéma !

Nous avons donc cet « homme de la plaine » (1), légende de l’Ouest qui côtoie d’autres légendes du même acabit dans une période alors troublée par la mort de Lincoln (2) et le retour de guerres indiennes, ranimées par un trafic d’armes à répétition que va combattre Bill Hickok et surtout son patron : l’infâme John Lattimer (Charles Bickford).

Mais si DeMille (and C°) a pris des libertés par rapport à la vérité historique, n’en demeurent pas moins quelques éléments véridiques comme son amitié avec Buffalo Bill et Calamity Jane, sa mort d’une balle ans le dos par Jack McCall (Porter Hall) et la dernière « main » qu’il a jouée : « Dead man’s hand ». (3) Là encore, le scénario prend des libertés ave la mort de notre héros, ais je vous renvoie à la troisième ligne du deuxième paragraphe.

 

Je suppose que les spectateurs français (et surtout les plus jeunes) ont eu un sentiment de frustration quand ce film est sorti (le 7 mai de l’année suivante) : en effet, le titre nous annonce une aventure de la superstar de l’Ouest américain, qui avait même fait quelques apparitions à Paris  en 1905, alors que l’intrigue est plus resserrée autour de son compagnon Wild Bill. Certes, « L’homme de la Plaine » aurait été un titre des plus appropriés, mais peu vendeur, Hickok étant fort inconnu – même aujourd’hui des spectateurs français (4). Et en plus, il n’est pas question de tuer des bisons ! J’ajouterai même que le chef Yellow Hand (Paul Harvey) reproche aux hommes blancs de tuer ces mêmes bisons, leur source de nourriture.

D’ailleurs, le film ne s’appesantit pas sur le rôle joué par les deux cowboys vedettes dans les guerres indiennes, la légende y aurait pris une belle écorne.

 

Autre légende présente dans le film : le général Custer (John Miljan). Mais ne vous attendez pas à y voir le vrai, l’acharné qui mourut à Little Bighorn avec ses hommes, mais plutôt un homme assez bon – pas trop tout de même, il est général – et qui déplore cette nouvelle guerre indienne qui arrive du fait du trafic.

Nous avons même droit à la bataille de Little Bighorn, racontée par un jeune acteur d’origine mexicaine : Antonio Rodolfo Quinn Oaxaca, qu’on connaît mieux sous le nom d’Anthony Quinn. Nous assistons essentiellement à la fin de Custer, aussi héroïque que le voulait la légende à l’époque et qui ne sera pas démentie par Raoul Walsh cinq ans plus tard (They died with their Boots on). Là encore, il faudra attendre Little big Man pour avoir une autre vision de ce héros si décrit et décrié…

 

Alors ce film ?

Et bien nous avons ici un western tout à fait classique avec duel final – mais pas au soleil couchant – dans un décor traditionnel, alternant les grands espaces (indispensables, surtout quand il s’agit de parler d’un « homme de la plaine ») et les intérieurs rustiques (chez Cody) ainsi que l’incontournable saloon qui est tenu ici par Calamity Jane.

L’interprétation est à la hauteur de l’événement (autant de légendes d’un coup ne pouvait supporter une distribution mièvre) et si Gary Cooper est toujours impeccable, on notera qu’il s’agit d’un des rares films où il meurt à la fin.

Mais si Cooper est magnifique (pourrait-il en être autrement ?), c’est le personnage de Calamity Jane qui retient l’attention : Jean Arthur est formidable dans le rôle de cette femme masculine qui répond avec un fouet à ceux qui regrette qu’elle en soit une !

Ses rapports avec Wild Bill sont parfois prétextes à quelques situations comiques mais aussi à une belle histoire d’amour, contrariée, cela va de soi.

L’arrivée de Jane dans le film est inoubliable : Jean Arthur fait tout pour la faire ressembler à un homme –avec la gouaille et l’accent qui vont avec ! – mais fond tout de même devant la garde-robe de Mme Cody (Helen Burgess).

 

Bref, un western comme on les aime où si les Indiens sont tués sans vergogne, ils ne sont pas pour autant montrés comme des bêtes sanguinaires mais plutôt comme les victimes de agissements des « colons » blancs. Les mentalités vont mettre du temps à évoluer et changer pour cesser de penser qu’« un bon Indien est un Indien mort. »

 

PS : on notera la présence de quelques habitués u western dans la distribution (pas toujours créditée) dont le célèbre Francis Ford, frère de John. Et on remarque à nouveau qu’il sait parler. En effet, dans les films e son frère, il se cantonne à des rôles quasiment muets : il est là, mais on ne l’entend pas beaucoup, voire pas du tout.

 

  1. Le titre original.
  2. Le film commence le 14 avril 1865, juste avant que le président américain se rende au théâtre Ford où il sera abattu.
  3. « Main de l’homme mort » : une paire d’as et une paire de huit noirs.
  4. Sauf ceux qui ont vu Little big Man.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Western, #Roscoe Arbuckle, #Buster Keaton
Fatty Bistro (Out West - Roscoe Arbuckle, 1918)

Fatty (Roscoe Arbuckle) est passager dans un train vers l’Ouest américain.

Chassé, il est poursuivi par des Indiens un tantinet cannibale et se retrouve dans un hameau perdu de e même Ouest un brin sauvage. Il y fait la connaissance de Bill Bullhorn (Buster Keaton), propriétaire du Saloon de la dernière Chance (1), ainsi qu’une belle jeune femme de l’Armée du Salut (Alice Lake). A ce trio s’ajoute l’infâme Wild Bill Hiccup (Al St John), bandit notoire qui tente de régenter cette ville champignon.

 

Nous sommes ici en territoire conquis : on retrouve Roscoe Arbuckle et ses collaborateurs habituels (Keaton et son neveu St John) ainsi qu’Alice Lake dans le rôle de la jeune première. Et bien sûr, c’est Arbuckle qui a le rôle du jeune premier, ce qui contraste avec les canons habituels. Mais il en va toujours ainsi chez le grand Roscoe.

Avec Out West, c’est à un monument du cinéma que s’attaque le trio comique : le western.

Et je dois avouer que nous ne sommes pas déçus.

En effet, on y retrouve quelques stéréotypes indispensables – grands espaces, personnages rudes, Indiens et coups de pistolets – ainsi que les codes habituels de l’humour de nos trois vedettes : chutes et cascades, débrouillardise et en guise de tarte à la crème (difficile à justifier dans ce monde hostile) des bouteilles que Fatty casse sur la tête de Hiccup (2).

C’est bien sûr un festival de gags menés tambour battant par Arbuckle et ses compères, sans toutefois éviter de tomber dans certains travers au goût très douteux comme on en trouve à foison dans le cinéma américain de cette époque.

 

En effet, on ne passe pas à côté de références racistes ordinaires (pour ce milieu) qui s’expriment contre les Amérindiens et un jeune homme noir.

Les Indiens sont tout d’abord présentés comme cannibales puisqu’ils comparent Fatty à un grand stock de nourriture pour l’hiver, et seront abattus sans problème par leur cible quelques temps plus tard.

De son côté, le jeune homme noir est harcelé par les cowboys qui le font « danser » dans le saloon : ils tirent par terre et le jeune homme sursaute pour éviter les balles.

Parmi ces tireurs, on retrouve notre Fatty et Bullhorn, qui avait défendu un joueur contre un tricheur auparavant, ne trouve rien à redire contre cette pratique des plus humiliantes.

Il faudra l’intervention de la jeune femme pour que cet « amusement » cesse.

 

Et puisqu’on en est à parler pistolets, on remarque que la violence est très présente dans ce film. En effet, Bullhorn/Keaton n’hésite pas à abattre de sang-froid un tricheur de poker dans le dos, l’évacuant dans le sous-sol de façon malgré tout comique comme il le fera pour d’autres importuns.

D’une manière générale, cet Ouest est hostile et il faut avoir le cœur – et l’estomac – bien accroché pour y survivre. Et même si c’est le cas…

Bref, un petit western (une vingtaine de minutes) qui n’a rien à envier au grand, où le trio vedette s’en donne à cœur joie pour le plus grand plaisir des spectateurs, même si on peut reprocher quelques débordements racistes qui nous paraissent aujourd’hui des plus incongrus et déplacés, surtout avec les événements que nous venons de connaître (3).

 

PS : Encore une fois, quelle traduction du titre...

  1. Last Chance Saloon
  2. Le nom Wild Bill Hiccup fait référence à Wild Bill Hickok, véritable cowboy et tueur de bisons pendant les guerres indiennes. « Hiccup » signifie hoquet.
  3. La mort de George Floyd, tué par la police américaine parce qu’il était noir.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Comédie, #Clint Eastwood
Bronco Billy (Clint Eastwood, 1980)

D’un côté, vous avez  Bronco Billy McCoy (Clint Eastwood) qui dirige le prestigieux Bronco Billy Wild West Show, allant de ville en ville montrer un spectacle fabuleux où s’enchaînent des numéros prestigieux de lasso, danse indienne du serpent  et autres tirs de précisions.

De l’autre, vous avez la jeune (et belle) héritière Antoinette Lily (Sondra Locke) qui se marie en Idaho avec le veule John Arlington (Geoffrey Lewis) pour jouir – enfin – de la fortune de son père : le lendemain de la « nuit de noces », Arlington s’enfuit avec les possessions de sa femme, la laissant seule et désemparée au milieu de nulle part (1).

C’est exactement là que se produit le Wild West Show qui vient de prendre une nouvelle assistante : Antoinette va alors être embauchée temporairement par ce cirque ambulant, jusqu’à la prochaine grande ville.

 

Il y a dans le cinéma de Clint Eastwood une grande proportion de personnages solitaires, voire marginalisés qui se rencontrent et font même un bout de chemin ensemble. Et Bronco Billy n’échappe pas à cette règle, les deux rôles vedettes en étant une très belle illustration.

On retrouve d’ailleurs le même duo en tête d’affiche que dans son film précédent (The Gauntlet) ainsi que Bill McKinney dans le rôle de « Lefty » (2) LeBow, ou encore William Prince (Edgar Lipton, avocat peu scrupuleux) Dan Vadis (Chief Big Eagle) et d’autres habitués des tournages avec Eastwood, qu’il soit derrière ou devant la caméra…

 

Et à nouveau cette solitude implique un manque de réussite, voire un aspect un tantinet minable des personnages. Certes, le personnage de Sondra Locke est beaucoup plus honorable que celui de Gus Mally (The Gauntlet), mais il n’est pas empreint d’échec : ce n’est plus une jeune fille et malgré ses différents appas (physiques et financiers) elle est toujours seule. De plus son mariage est mort-né ce qui n’améliore pas vraiment sa solitude.

De son côté, Bronco Billy n’est pas aussi formidable que le personnage qu’il interprète pendant son show, véritable idole des enfants petits et grands. Mais il possède malgré tout une générosité et un charisme qui ne peuvent que le faire aimer : malgré la situation financière désastreuse du show, ses compagnons continuent de le suivre à travers cet Amérique profonde où les grandes villes ne sont pas légion.

 

Il faut dire que ces compagnons somme toute truculents sont eux aussi des solitaires, recueillis par ce cowboy de foire : en rupture de ban pour la plupart, il ne leur restait pas beaucoup de choix d’activité, les (ex-)criminels n’étant pas souvent bien acceptés dans la société, qu’elle soit américaine ou d’ailleurs.

Et c’est dans ce show que tous ces personnages se révèlent et donnent le meilleur d’eux-mêmes, ce meilleur se bonifiant avec le temps : comme le dit Running Water (Sierra Pecheur), dans le show, on est ce qu’on désire. (3)

 

Bref, un film à la croisée du western – à cause du show – et de la comédie douce-amère où pendant un moment, des solitudes s’associent et apportent un petit bout de rêve à des spectateurs qui n’attendent que cela. Un dernier répit avant de plonger dans la société des années 1980 avec ses deux mandats présidentiels d’un autre ancien cowboy, où des gens comme Bronco Billy n’auront certainement pas leur place.

 

  1. Je n’ai aucune acrimonie contre les habitants de l’Idaho, il se trouve que l’endroit où se déroule la séquence est franchement perdu.
  2. Il est « le gaucher », sa main droite étant remplacé par un crochet.
  3. Je vous laisse découvrir qui était réellement Bronco Billy avant…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Raoul Walsh
Les Aventures du capitaine Wyatt (Distant Drums - Raoul Walsh, 1951)

Le capitaine Wyatt (Gary Cooper) est un drôle d’homme. Certes c’est un soldat, mais ses manières ne sont pas celles qu’on attend d’un militaire. Tout d’abord, il ne vit pas en garnison, mai sur une île, à l’écart des autres. De plus, il a épousé une Indienne avec qui il a eu un fils. Malheureusement, son épouse a été tuée par d’autres soldats, jeunes et ivres.

Cela ne l’empêche pas de continuer à mener un bataillon de braves pendant la guerre qui opposé le gouvernement américain aux Séminoles entre 1835 et 1842.

Nous le suivons ici dans une opération contre un fort tenu par des trafiquants d’armes et surtout la fuite devant les Indiens dans les Everglades, cette région marécageuse très dangereuse de Floride.

 

Walsh termine 1951 avec un nouveau western (le deuxième), et surtout l’immense (par la taille et le talent) Gary Cooper. Il s’agit aussi du premier film où on peut entendre le cri Wilhelm, poussé ici par Sheb Wooley (le soldat Jessup) alors qu’il est entraîné par un alligator (1). Mais il s’agit aussi d’un film sur les guerres indiennes, qui se déroule plus tôt que les westerns traditionnels avec duel au coucher du soleil ou autre règlement de compte à coup de fusil comme on en trouvait beaucoup à la même époque.

Ici, pas de microcosme des pionniers comme on en a l’habitude depuis The covered Wagon ou the big Trail, mais un univers naturel et sauvage, fatalement hostile où les alligators et autres reptiles sont à leur aise.

 

IL y a chez Wyatt une noblesse indissociable de Gary Cooper : c’est un homme ouvert – il a épousé une Indienne – et bon – il a pardonné aux meurtriers de sa femme – ainsi qu’un soldat très courageux et attentif à ses hommes (dans une certaine mesure). En effet, lors des différentes manœuvres de repli inévitable, il est toujours le dernier) partir, veillant à n’abandonner personne.

Mais comme nous sommes malgré tout chez Raoul Walsh, on retrouve quelques éléments récurrents, et en particulier un  partenaire pour Wyatt : Monk (Arthur Hunicutt). Certes, ce n’est pas Walter Brennan, mais on retrouve tout de même un côté rude chez ce trappeur, qui est avant tout un ami indéfectible de notre héros, amenant de par son attitude quelques éléments comiques dans un film qui n’en a pas tant que ça.

 

Il faut dire que le sujet de l’intrigue se base sut une période historique pas spécialement glorieuse des Etats-Unis : la seconde guerre séminole avait pour origine  la déportation des Amérindiens de Floride. Il y aura une troisième guerre qui ne laissera plus qu’une centaine d’Indiens encore en vie une quinzaine d’années plus tard (1855-1858).

Et si les Séminoles subissent ici de lourdes pertes, il en va un peu de même pour les « tuniques bleues », mais surtout Walsh insiste sur le fait que tous les Indiens ne sont pas les mêmes. Dès le début, alors que le lieutenant Richard Tufts (Richard Webb), le narrateur, rencontre un Indien, son réflexe est de sortir son sabre du fourreau. Il est rapidement stoppé dans son élan par Monk qui lui explique que l’homme qu’il voit est un ami.

De la même façon, Wyatt explique qu’il n’en veut pas aux Séminoles d’avoir tué sa femme puisque ce ne sont pas eux qui ont tué sa femme. Par contre, on ne sait pas trop pourquoi il leur en veut, si ce n’est la logique de la guerre qui perdure (L’intrigue se situe en 1840).

Nous n’en sommes tout de même pas encore au revirement qui s’amorcera bientôt et nous amènera quelques westerns humanistes, mais on sent que tout est prêt pour le changement de point de vue.

 

Et puis il y a LA femme. Elle est belle et ne manque pas d’appas et n’a surtout rien à envier à Jane Russell dans The Outlaw. Et bien sûr, elle va succomber au charme de Wyatt (normal, c’est Gary Cooper !), changeant d’état d’esprit à force de côtoyer cet homme. Mari Aldon (Judy Beckett) ici était une actrice américaine qui ne compta qu’une douzaine de films au cinéma, concentrant sa carrière à la télévision. On se souvient surtout de son rôle dans ce film grâce à la photo célèbre qui en fut tirée et utilisée pour sa promotion (voir ci-dessus).

 

Et les tambours (2) ?

On commence à les entendre quand Wyatt et son équipage pénètrent les marais. Ce sont des tambours d’avertissement tout d’abord, annonçant aux autres Indiens la situation. Rapidement, ils deviennent un accompagnement sonore permanent, qui ne sera interrompu que par l’issue de l’affrontement final (3). Ces tambours indiens seront alors remplacés par celui de l’armée américaine, beaucoup plus martial, et donc beaucoup moins mélodieux.

Mais ceci n’est qu’une question de goût…

 

  1. Un des habitants des Everglades.
  2. Le titre original pourrait se traduire par « Tambours dans le lointain ».
  3. Il y en a tout de même un, nous sommes dans un western !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Sam Peckinpah
Pat Garrett & Billy the Kid (Sam Peckinpah, 1973)

 

Alors que le western continue son lent crépuscule (1), Sam Peckinpah nous propose ici son dernier (le sixième), s’attaquant à l’une des plus grandes légendes de l’Ouest : Billy the Kid (Kris Kistofferson).

Peckinpah qui a vu la version de son aîné (de trois ans) Arthur Penn, reprend l’histoire de la fin de Billy the Kid un tout petit peu avant sa capture par Pat Garrett (James Coburn), après un court siège meurtrier de son repère.

Mais qu’on ne s’y trompe pas : c’est bien Pat Garrett qui nous intéresse ici, Billy devenant alors une espèce de chimère qu’il va poursuivre pendant tout le film jusqu’à l’affrontement final et définitif. Le film s’ouvre d’ailleurs par la mort de Garrett, exécuté par un de ses métayers (et ses amis), Peckinpah utilisant un montage parallèle pour nous replonger dans les derniers mois de la vie du Kid, faisant finalement basculer le temps du récit de 1909 (1) à 1881, quelques semaines avant le 14 juillet.

La période entre la capture et l’évasion de Billy est d’ailleurs assez similaire de par les personnages et les situations, et en particulier la mort de Howland (Jack Dodson) abattu par Billy d’un coup de carabine alors que ce dernier est à un balcon.

 

Mais à la différence du film de Penn, celui de Peckinpah jouit d’une liberté de ton et d’action, et surtout d’une exposition de violence fort spectaculaire.

A nouveau, Peckinpah nous gratifie de morts sanglantes au ralenti, une de ses marques de fabrique (2).

Certes, cela ajoute dans le spectaculaire, mais à la longue, c’est un tantinet lassant, cette technique devenant systématique à chaque mort, alors qu’une moindre fréquence aurait permis une gradation dans les différentes morts, selon l’importance du tué.

 

Quoi qu’il en soit, il s’agit d’une version on ne peut plus réaliste, par rapport à celles dont j’ai pu disserter ici, et la présence de James Coburn incarnant le shérif Garrett est un plus, quand on connaît les autres rôles que fit ce grand acteur dans d’autres westerns, dont surtout Britt dans The magnificent Seven.  Ce rôle lui conférant un recul qu’on va retrouver dans ces interprétations ultérieures qu’on va en partie retrouver ici.

Et cette fois-ci, Billy the Kid n’est pas présenté comme une victime des circonstances mais bel et bien pour ce qu’il est : un criminel.

Ce n’est pas un personnage qu’on peut aisément classer d’un côté des bons ou presque. La première fois qu’on le voit, il participe à un entraînement de tir au pistolet : atteindre des têtes de poulets vivants enterrés. Outre et exercice des plus cruels, son duel avec Alamosa Bill (Jack Elam, incontournable second rôle du western) ne brille pas par sa régularité, même si Bill non plus n’était pas un personnage franchement honnête.

 

Mais à la différence d’un western traditionnel, Pat Garrett n’est pas non plus le héros sans tache qu’on avait (un peu) l’habitude de voir (moins chez Penn que chez Hughes) : pas de costume blanc (Garrett/Denher) ni de costume noir (Billy/Newman). Pat Garrett est un ancien bandit et son élection de shérif est surtout due à Chisum (Barry Sullivan), le grand propriétaire qui embaucha Billy autrefois : il n’y a pas vraiment chez lui cette fibre légale qu’on pourrait retrouver même chez Wyatt Earp.

La traque devient alors question d’intérêt pour Chisum, ce que refuse Garrett malgré tout, faisant de tout cela une affaire personnelle.

Et Peckinpah donne une nouvelle raison pour laquelle Garrett ne toucha pas la récompense pour la mort de Billy the Kid, là aussi beaucoup plus réaliste que Hughes.

 

Notons pour finir que Peckinpah eut les mêmes ennuis que Penn une fois le film terminé : les studios Warner Bros sortant une version qui n’était pas vraiment celle voulue par le réalisateur. Il faudra attendre 15 ans (1988) pour que la version « standard » sorte en vidéo. La version 2005 (celle que je possède) reprend ce montage plus adéquat.

 

PS : La présence ET la musique de Bob Dylan (Alias) qui réalisé la BO, dont l’incontournable hit Knocking on Heaven’s Door. Les paroles d’ouverture de la chanson prennent tout leur sel quand elles s’entendent alors que le shérif Cullen Baker (Slim Pickens) s’écarte pour mourir sous les yeux tristes de sa compagne (Katy Jurado) :

« Mama, take this badge off of me / Maman enlève-moi ce badge

I can't use it anymore / Je ne peux plus le porter

It's getting dark, too dark to see / Il fait beaucoup trop noir pour voir

I'm feelin' like I'm knocking on Heaven's door / J’ai l’impression de frapper à la porte du Paradis. »

 

  1. 1908 serait plus juste, année de la mort de Garrett. Mais on ne peut pas toujours avoir raison…
  2. Je plaisante : western et cinéma sont si intimement liés, qu’on n’imagine plus l’un sans l’autre.
  3. Voir à ce propos Salad Days, un faux extrait de film de Peckinpah par les Monty Python. Un régal.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Arthur Penn
Le Gaucher (The left handed Gun - Arthur Penn, 1958)

14 juillet 1881.

Ce jour-là, Billy the Kid (Paul Newman) est abattu par Pat Garrett (John Dehner), alors shérif de Lincoln.

Avant, c’est l’histoire d’un jeune homme qui ne prit pas toujours les bonnes décisions, même si elles paraissaient tout de même fort judicieuses, tout du moins de son point de vue.

Tout commence dans l’Ouest sauvage, quand le jeune Billy rencontre le convoi de Mr Tunstall (Colin Keith-Johnston). Tout de suite, le courant passe très bien entre les deux hommes.

Alors quand Tunstall est tué par le shérif Brady et trois autres hommes, Billy n’a plus qu’une raison de vivre : venger cet homme bon, victime d’un assassinat.

 

Il s’agit ici de la sixième adaptation de la vie (et surtout la mort) de Billy the Kid. C’est aussi la troisième notable – après celle de Vidor et celle de Hughes – mais c’est surtout le premier film d’Arthur Penn en tant que réalisateur, et qui, malheureusement pour lui, devra patienter quatre ans de plus avant de pouvoir à nouveau réaliser un film.

Le Gaucher, c’est aussi le film qui fait entrer Paul Newman dans la légende (de l’Ouest et du cinéma), réalisant ici une belle performance dans ce rôle de hors-la-loi (à nouveau) malgré lui.

Mais à la différence du film de Hughes, ici Penn utilise de véritables éléments de la fin de la vie de Billy. Sans toutefois oublier d’enjoliver des éléments et d’en modifier pour les besoins du film.

 

Toujours est-il que Paul Newman donne une autre épaisseur à ce personnage fascinant qu’était le Kid, fascinant dans le crime du fait essentiellement de sa jeunesse (1). Nous sommes bien loin du Billy interprété par Jack Buetel, Newman donnant une impression de jeunesse et d’insouciance qui manquait à son prédécesseur.

De plus, cet aspect enfantin est accentué par les yeux clairs du grand Paul (2), qui en outre permettent un grand jeu de regards.

A ses côtés, ou en face, cela dépend du moment du film, on trouve John Denher dans le rôle de Pat Garrett. C’est un homme plus trouble que celui interprété par Thomas Mitchell, et aussi beaucoup plus dangereux (3). Denher campe un Garrett certainement plus proche de la réalité que ne le fut Mitchell.

Et on retrouve le lien qui l’unit à Billy, mais à nouveau d’une autre façon : Pat Garrett devient shérif une fois que Billy est allé trop loin. Avant ils se côtoient et s’apprécient, chacun s’occupant de ses propres affaires.

 

Bref, c’est une nouvelle adaptation beaucoup plus intéressante que celle de Hughes, avec des situations beaucoup plus réalistes et des éléments d’authenticité qui aident l’intrigue : malheureusement, ce fut un échec commercial. Echec qui peut s’expliquer par le fait que Gore Vidal était franchement déçu par le scénario que fit de sa pièce Leslie Stevens, mais surtout parce que Penn n’eut aucun accès au film à partir du moment où le tournage fut terminé : la fin qui nous est proposée n’est pas obligatoirement celle qu’il aurait voulue. De plus, Billy, s’il tue des hommes ici, n’est pas montré comme un criminel, mais plutôt comme une victime dans une quête pour la justice – la sienne, qui n’est pas obligatoirement une référence.

 

Il n’empêche, plus de soixante ans après, Paul Newman reste l’un des plus grands Billy the Kid du cinéma, réussissant de par son jeu à retrouver la jeunesse de Billy et jouant des contradictions de l’adolescence : son arrivée à Lincoln où il écoute de la musique en jouant avec un balai en est une très belle illustration. Une de ses colères va aussi dans le sens que Billy n’était pas toujours bien dans sa tête : mais comment peut-on l’être avec un tel pedigree ?

A voir, donc. Oh oui !

 

  1. Billy a 21 ans quand il est tué.
  2. Qui avait 33 ans quand le film est sorti, alors que Billy était supposé n’en avoir que 18. Quoi qu’il en soit, ça passe très bien !
  3. Cette impression tient aussi au passé d’acteur de Thomas Mitchell, qui eut aussi pas mal de rôles un tantinet plus léger.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Howard Hughes
Le Banni (The Outlaw - Howard Hughes, 1943)

Billy the Kid (Jack Buetel), Pat Garrett (Thomas Mitchell) & Doc Holliday (Walter Huston). L’affiche est prestigieuse, ce sont trois légendes de l’Ouest qui évoluent devant nous.

L’Ouest, c’est bien sûr cette région sauvage de la Frontière où la Loi n’est pas la même que dans le reste (civilisé) du pays, et où les choses se règlent à coup de pistolet.

 

Nous sommes en 1881 et Doc Holliday débarque à Lincoln où officie comme shérif son ami Pat Garrett.

Doc se déplace à diligence depuis qu’on lui a volé son cheval. Cheval qu’il retrouve avec son nouveau propriétaire – qui jure ses grands dieux qu’il ne l’a pas volé – qui répond au nom de William Bonney. Malgré cela, une amitié naît entre ces deux hommes, ce qui fait craindre le pire à Pat Garrett qui leur conseille de déguerpir.

Evidemment ils ne partent pas et un duel – inévitable – voit la mort de son responsable abattu par Billy.

Commence alors la traque de ce hors-la-loi (le titre original), lui-même épaulé par Doc Holliday contre Garrett.

Blessé, Billy est soigné par Rio McDonald (Jane Russell), petite amie – plus pour longtemps – de Doc Holliday.

 

A l’origine, c’était Howard Hawks qui devait réaliser (tout) le film. Mais en désaccord avec Hughes, c’est ce dernier qui va reprendre les rênes et compléter le film.

Seulement voilà : Howard Hughes avait beau être un producteur qui avait du nez – et surtout un homme d’affaire doué – il n’était pas vraiment réalisateur… Et si son premier (et avant-dernier) film fut un succès, c’est avant tout pour les spectaculaires scènes de combat aérien.

Et ici, que retient-on de ce western ? La plastique de Jane Russell.

Ce sont ses débuts au cinéma, elle a tout juste vingt ans quand le film est terminé (1) et il faut avouer que ses formes ne laissent pas de marbre… Surtout à une période où le Code Hays était tout puissant, autorisant ou non certaines images, expressions ou encore situations.

Cette bataille contre cette institution n’a rien d’étonnant quand on connaît le caractère de Hughes : jusqu’au bout il pensait qu’il pouvait tout régenter.

 

Evidemment, ce western est entré dans la légende, mais surtout pour la présence de Jane Russell sont les appas furent même un argument de vente : l’affiche du film ne laisse aucun doute là-dessus, tout comme les différentes photos qui servirent à sa promotion.

Parce que si on va voir du côté western, on risque d’être un tantinet déçu par cette débauche d’images. On y trouve tout ce qui constitue un western : grands espaces, duel au pistolet, poursuite, bagarre, Amérindiens (avec signaux de fumée), poker et diligence… Bref, le grand jeu !

Mais c’est aussi cette accumulation qui rend le film un brin lourd, Hughes ayant certainement voulu un western superlatif, mais c’est ce trop-plein qui altère sa qualité.

Et surtout, Hughes n’est pas Hawks.

Si le début du film, quand Holliday retrouve Garrett, nous décrit un Ouest traditionnel voire truculent – le cowboy ivre qui veut que le barman pose un verre de bière sur sa tête – l’apparition de Billy coupe court à ce ton narratif, le sérieux l’emportant (presque) définitivement. Pourtant, la présence de Thomas Mitchell avait de quoi permettre d’exploiter le filon comique, comme on peut le voir chez Ford à la même période.

 

Sans oublier l’intrigue qui se réclame comme une page d’histoire de l’Ouest.

Certes, la mort de Billy the Kid n’a jamais été prouvée par Pat Garrett, et c’est cette particularité qui sert de moteur au film, envisageant une fin – convenue – qui va à l’encontre de ce que nous avons appris de ce terrible personnage. Ce bandit notoire ne l’est plus, et la traque de Garrett ne serait qu’une forme de jalousie d’avoir perdu son ami Holliday.

Quant à la présence de Doc Holliday, elle semble incongrue quand on sait le rôle qu’il joua auprès de Wyatt Earp à OK Corral.

 

Au final, un western moyen, malgré la présence de Thomas Mitchell et Walter Huston toujours impeccables, et même les poses langoureuses de Jane Russell n’empêchent pas la moindre qualité du film.

 

(1) Il sortira deux ans plus tard du fait des problèmes avec le Code, obligeant des coupes sérieuses dans le montage final.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #King Vidor
Billy the Kid (King Vidor, 1930)

 

Troisième film traitant de ce personnage, c’est aussi le premier western de King Vidor, cinéaste plutôt spécialisé dans le drame.

Il s’agit aussi du premier western parlant sur Billy the Kid, en cette année 1930 qui vit tout de même la sortie une quinzaine de jours plus tôt de The big Trail du grand Raoul Walsh. Et je dois avouer que le Billy the Kid de Vidor ne soutient pas longtemps la comparaison avec cet autre western…

 

John W. Tunston (Wyndham Standing) & Angus McSween (Russell Simpson) arrivent à Lincoln, petite localité du Nouveau-Mexique avec leur bétail et leurs possessions, décidés à s’installer dans ce coin de l’Ouest sauvage.

Mais cette bourgade est dirigée par le colonel William P. Donovan (James A. Marcus) qui cumule les fonctions de shérif et juge, ce qui est bien pratique pour diriger une communauté.

Rapidement, un affrontement se met en place, les nouveaux arrivants étant bien s^pur fort désavantagés par la situation.

C’est alors qu’intervient Billy the Kid (Johnny Mack Brown), qui prend la défense de ces paisibles éleveurs, ramenant un équilibre indispensable à la survie de ces derniers.

 

Il est très clair que cette nouvelle adaptation n’a elle non plus pas grand-chose à voir avec le vrai Billy the Kid, et c’est le gouverneur du Nouveau-Mexique de l’époque (1930) qui l’écrit dans une lettre qui est reproduite en introduction du film.

Mais ce gouverneur se garde bien de dresser un portrait réaliste de ce hors-la-loi devenu légendaire, insistant sur le côté justicier de ce personnage.

Que les choses soient bien claires : Billy the Kid n’était pas un personnage très fréquentable, et certainement pas un justicier.

 

Mais qu’importe, nous sommes au cinéma et tout est permis, même de faire passer un brigand pour un type bien (1). Mais ce qui gêne le plus, c’est que Billy s’en sort !

La vérité semble pencher pour le fait que Pat Garrett (ici Wallace Beery) ait tué Billy le 14 juillet 1881.

Ici, pas du tout : Billy s’en va vers une autre vie, comme il le fera chez Howard Hughes une dizaine d’années plus tard.

Puisque je vous dis que tout est possible !

 

Quoi qu’il en soit, ce qui frappe le plus dans ce film, c’est la violence des différentes situations.

Le Code Hays n’étant pas encore en vigueur (il faudra attendre encore quatre ans), nous sommes dans cette ère « pré-Code » où (presque) tout était encore possible d’être montré.

L’assassinat de Tunston est déjà terrible, mais le siège qui va suive le sera tout autant, avec sa résolution quand les assiégés vont être tirés comme des lapins pendant qu’ils essaieront de fuir.

Mais surtout, ce qui pouvait choquer le plus les spectateurs de 1930 (encore que…), c’est le fait que les représentants de la Loi soient les véritables méchants de l’intrigue, véritable retournement des valeurs sociales.

 

Il est bien clair que Vidor n’est pas vraiment à la fête avec ce nouveau genre pour lui qu’est le western. Surtout quand on compare avec les productions contemporaines ou antérieures à ce film : outre Raoul Walsh, John For nous avait déjà gratifié de quelques magnifiques productions (The iron Horse, Three bad Men…), sans oublier The covered Wagon de James Cruze.

Mais on trouve tout de même des éléments bien propres au genre comme les grands espaces et les incontournables échanges de coups de pistolet. Mais ces derniers ne possèdent pas encore ici la maîtrise qu’on retrouve chez les autres : Vidor fait ses armes (c’est le cas de le dire).

Outre les grands espaces, on trouve ici un microcosme intéressant avec des personnages pittoresques comme on peut en trouver chez les autres (Ford en particulier, mais chez Walsh aussi) :

  • nous avons droit à une collection de moustaches tombante auxquelles il ne manque que le jus de tabac où des haricots qui s’y seraient collés. C’est un trio pittoresque composé de Hatfield (Nelson McDowell) et Butterworth (John Beck) dont les conversations, suivies par le Danois Swenson (Karl Dane (2)), sont des plus absurdes, amenant un élément comique qui n’est pas toujours indispensable.
  • Mrs Hatfield (Aggie Herring), véritable femme-maîtresse qui dirige son monde et surtout son mari à la baguette. Le choix d’Aggie Herring dans ce rôle est très pertinent, sa gouaille et son aspect physique renforçant son personnage.

Je terminerai en signalant la présence de deux visage qu’on va être amené à voir dans les productions hollywoodiennes futures : Chris-Pin Martin (Santiago) au regard qui n’est pas sans rappeler celui e Jack Elam, et Roscoe Ates (Old Stuff), qui est déjà un ressort comique.

Mais si Old Stuff est amusant, il n’en demeure pas moins un personnage attachant et en même temps tragique du fait de son sacrifice.

King Vidor fera à nouveau appel à lui dans son film suivant, aux côtés du même Wallace Beery déjà présent ici.

 

  1. Ce ne sera pas la dernière fois…
  2. Karl Dane, du fait de ses origines danoises, ne passa pas le cap du parlant à cause son accent. Ici, il n’intervient que très peu, dans un rôle sur mesure. Dane, ignoré/oublié par les studios se suicidera quatre ans plus tard. [Dane retrouve ici Vidor pour lequel il avait déjà tourné dans le magistral The big Parade.]

 

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