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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Dessin animé, #David Hand, #Walt Disney
Blanche-Neige et les sept Nains (Snow White and the seven Dwarfs - David Hand, 1937)

Je commencerai par une précision :

Non, Blanche Neige n’est plus celle du conte des frères Grimm. Toute la symbolique sexuelle entourant sa naissance (1) a été évacuée, d’autant plus que le Code Hays était assez clair sur ces questions-là.

Alors c’est vrai que l’histoire de Blanche Neige sans les symboles peut paraître bien terne.

Mais il était temps aussi de rendre cette histoire attirante pour les petits et les grands.

Alors ne boudons pas notre plaisir. Pour les acharnés qui veulent absolument la vraie histoire, je les renvoie au livre originel.

On commence donc avec la méchante reine [Lucille La Verne (2)]  jalouse de sa belle-fille (Adriana Caselotti).

Ceci étant dit, on peut passer aux choses sérieuses. Avant tout, cassons le mythe qui dit que ce film est le premier long métrage d’animation. C’’est archi-faux allez consulter n’importe quelle encyclopédie du cinéma digne de ce nom. Il ne s’agit pas non plus de la première adaptation de Blanche Neige puisqu’on trouve, par exemple, un muet de J. Searle Dawley en 1916 avec Marguerite Clark dans le rôle titre (film qui a d'ailleurs très certainement inspiré Disney).

 

Non, ce qui change tout avec la sortie de Blanche Neige, c’est une nouvelle façon de concevoir l’animation dans un long métrage.

L’histoire, assez riche malgré les éléments ôtés, se prête magnifiquement à une exploitation longue, et surtout la qualité de cette animation combinée à la musique originale nous donne un film extraordinaire.

En effet, l’équipe, sous les ordres de David Hand, a œuvré pendant quelques années afin de proposer ce magnifique film. Alors bien évidemment, ce fut un succès immédiat et qui est toujours d’actualité quatre-vingts ans plus tard. Il fut même difficile à une période de se procurer le DVD de ce film qui s’échangeait (presque) à prix d’or !

Quoi qu’on peut en dire, ce film est toujours apprécié par les plus jeunes qui le découvrent tout comme les plus grands qui se laissent (presque) toujours avoir à le regarder en entier…

 

Il faut dire que l’intrigue rassemble tout ce qu’il faut pour faire un grand film : une jeune fille pure et très belle (3) ; une méchante reine jalouse et cruelle (3) ; une forêt inquiétante et accueillante ; sept nains rigolos et un tantinet enfantins ; de la magie (noire aussi) et un beau prince charmant (4).

Et tout ça avec des dessins et une fluidité dans les mouvements qui accentue encore plus (comme s’il y en avait besoin) la magie inhérente à l’histoire.

 

Parce que c’est bien la beauté des images qui fait donne à ce film un rang de Premier. Si on retrouve le style des précédents courts des productions Disney, on peut aussi y voir un certain style commun aux autres maisons de productions de dessins animés : par exemple, le visage de la vieille femme rappelle celui d’un des protagonistes de Ain’t  we got fun (Fred « Tex » Avery, 1937). Parce que malgré le côté intemporel de l’histoire, les personnages, eux, rappellent très bien l’époque à laquelle ils ont été dessinés (3 – encore une fois).

 

Et c’est le cocktail des ingrédients susnommés, mis en vie par une kyrielle de dessinateurs de talent, qui nous emporte dans un lieu et une histoire éternelle : Blanche-Neige sera toujours Blanche-Neige, avec ses sept nains, sa méchante reine et son prince.

Mais c’est surtout le contexte qui inscrit cette vie dans une réalité époustouflante. La fuite de B-N dans la forêt puis celle de la vieille sorcière est haletante et l’adversité de cette même forêt est tout simplement sublime. C’est le mont qu’escalade la méchante reine, trempée par la pluie d’orage est d’un réalisme magnifique et les différentes manifestations de la mort sont tout aussi superbes.

On ne voit pas B-N s’effondrer après avoir goûté à la pomme fatale. Seulement sa voix qui décline alors qu’elle se sent de plus en plus mal, pendant que le visage de l’infâme mégère prend vie. Et cette scène se termine par la mort (clinique ?) de B-N, dont on n’aperçoit seulement la main, dans la tradition des morts hollywoodiennes : un simple détail qui raconte énormément de choses.

Autre manifestation de la mort : les vautours extrêmement menaçants, aux regards cruels, se réjouissent d’un futur trépas et vont prendre leur tribut une fois le personnage éliminé, quel qu’il soit. Normal, nous sommes tous égaux devant la mort, personne n’y échappe…

 

Un mot enfin sur la musique d’accompagnement. Comme dans n’importe quel court métrage animé américain de cette époque, la musique souligne l’action, mais ici, il n’y a pas de recours systématique à des airs connus mais une musique originale (Leigh Harline & Paul J. Smith) ponctuée de chants (Larry Morey & Frank Churchill) qui sont devenus de véritables œuvres de références et seront repris par divers formations ou musiciens (Dave Brubeck, Miles Davis…).

 

Jamais l’appellation de « Classique Disney » n’aura été aussi pertinente.

Un chef-d’œuvre absolu, sublime, absolument sublime, sublimement absolu…

 

PS : Lançons une polémique. Ce n'est pas Dopey (Simplet) le préféré de Blanche-Neige...

  1. La reine qui souhaite une fille, se pique avec une aiguille et son sang coule sur le sol neigeux immaculé… On ne peut pas faire plus clair !
  2. Il s’agit bien évidemment des voix originales.
  3. Personnellement, j’ai tout de même un faible pour la méchante reine, ayant toujours été amoureux des belles actrices américaines des années 1930s…
  4. Assez quelconque d’ailleurs, il n’évolue pas dans le film entre la première rencontre et la dernière rencontre avec B-N. Un peu comme Norman Kerry dans le cinéma des années 1920s : il est beau, il séduit, mais il est tout de même bien monolithique…
  5. Chez Disney, les animaux sont toujours dotés d’émotions, qu’elles soient positives ou négatives

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Martin Scorsese
The Aviator (Martin Scorsese, 2004)

Un ballet d’avions dans le ciel alors que résonnent les accords de Toccata et fugue en ré mineur de J-S Bach, voilà le summum du bonheur pour cet « aviateur », le tycoon Howard Hughes (Leonardo di Caprio) : homme d’affaire, cinéaste, producteur et bien sûr pilote de renom.

 

Deux heures cinquante pour nous raconter vingt ans de la vie de ce magnat atypique, finalement, ce n’est pas si long que ça. Surtout qu’on n’a pas le temps de s’ennuyer. Le rythme du film est à l’image de son personnage : sans cesse en mouvement, toujours en quête d’absolu, toujours regardant vers l’avant.

 

Mais si vingt ans passent sous nos yeux, ce n’est pas de manière linéaire. On suit la genèse de Hell’s Angels jusqu’à sa sortie (1927-1930), puis on fait un bond en avant sur le tournage de Sylvia Scarlett (1935) où Howard rencontre l’une des femmes de sa vie* : Katharine Hepburn (Cate Blanchett).

Puis nous faisons un nouveau bond et nous nous retrouvons pendant la deuxième guerre mondiale, et un dernier saut qui nous emmène en 1947 avec la tentative de décollage d’un titan des airs, le Hercules, véritable aboutissement de Hughes dans l’aviation.

A chaque fois, si in sous-titre ne nous prévient pas, ce sont les dialogues qui nous indiquent le temps passé, rappelant des succès précédents au cinéma (Hell’s Angels, Scarface) ou encore la situation internationale.

 

Mais à chaque période, la reconstitution est absolument merveilleuse, jusque dans le choix des personnages réels utilisés. En effet, il était toujours possible de trouver un sosie mais que ce sosie sache tourner pour le cinéma, c’est souvent une autre affaire. Ici, Scorsese assume totalement la vague ressemblance entre les personnages réels et leurs interprètes. C’est avant tout leur action dans la vie de Hughes qui est le plous important.

Si Jean Harlow n’est reconnaissable qu’à sa coiffure de blonde platinée, ses postures ne font aucun doute : c’est bien elle qu’on retrouve aux bras de Hughes pour la première de Hell’s Angels.

Et c’est pareil pour Ava Gardner. Avant tout il faut savoir une chose : il n’y a eu il n’ya aura qu’une Av a Gardner ! Mais le charme et la classe de Kate Beckinsale nous font (presque) oublier ce postulat. Mais il en va tout autrement pour Katharine Hepburn. Cate Blanchett est la grande Katharine. En quelques répliques elle nous fait oublier qui elle est vraiment et fait revivre la rande actrice. Elle a la diction élaborée et particulière de son modèle et le port altier qu’on lui retrouve dans ses plus grands films. On retrouive ce mélange de distinction et de folie qu’avait Katharine. C’est un véritable enchantement. Et cet épisode toruve son point culminant quia nd Howard est invité dans sa famille : on se croirait chez les Sycamore de You can’t take it with you !

 

Et puis il y a Howard Hughes. Martin Scorsese ne pouvait que s’approprier un tel personnage. Car le Hughes du film n’est pas très différent des personnages scorsesiens habituels. EN effet, on assiste à une ascension irrésistible à laquelle succède une décadence atout aussi irrésistible, et une fois le film terminé, ce personnage n’est pas plus avancé qu’au début, même s’il entrevoit une possible amélioration.

Il faut dire que le personnage réel est absolument incroyable. On en arriverait presque à douter qu’un tel homme ait existé tant ce qu’on nous montre paraît invraisemblable. Hughes est un grand malade rongé et ravagé par un TOC (trouble obsessionnel du comportement), qui semblerait remonter à son enfance où sa mère (Amy Sloan) voulait le protéger contre les agressions physiques microbiennes. La séquence d’ouverture est d’ailleurs extrêmement pertinente et amène les comportements de Hughes par la suite. On y découvre un savon neuf, sec que cette femme utilise pour laver son fils (Jacob Davich), et l’image du savon dans sa boîte en fer reviendra à plusieurs reprises.


Ensuite, il y a le jeu de Leonardo di Caprio. C’est sa deuxième collaboration avec Martin Scorsese et il nous donne à voir toute l’étendue de son talent. Il y a chez di Caprio le même sens du jeu que pouvait avoir Robert de Niro dans des rôles similaires quelques années auparavant. On retrouve cet engagement intense dans un personnage qui en devient hors du commun, s’élevant pour mieux retomber. Là encore, il ne fait pas que jouer, il est Howard Hughes. Il y a un accent mis sur son TOC qui amène un dérèglement de la personnalité incroyable. Di Caprio est époustouflant de justesse à chaque fois qu’il « part en vrille », répétant inlassablement une même phrase jusqu’à ce qu’on l’évacue pour l’aider à retrouver ses esprits. De plus, l’utilisation d’une lumière blanche saturant progressivement l’écran de sa blancheur aveuglante rajoute dans la tension qu’éprouve Hughes.

Ce sont des flashes qui crépitent alors qu’il marche sur les ampoules usagées de ces mêmes flashes, ou encore des éclairages qui accompagnent des prises de vue qui ajoutent à cette confusion mentale un effet irréel.

Et surtout, cette saturation est accentuée par la teinte de la pellicule.

En effet, l’image qui nous est proposée rappelle le Technicolor avec ses couleurs criardes et surtout le rouge qui ressort fortement : le drapeau du green, la robe d’Ava…

On retrouve dans ces images la teinte des films de cette période, avec en plus l’ajout d’images d’actualités qui se fondent naturellement dans le film.

 

Magnifique.

 

 

* Bien entendu, il y en aura d’autres, Ava Gardner (Kate Beckinsale), pour ne citer qu’elle.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille, #Oscar Apfel
Le Mari de l'Indienne (The squaw Man - Cecil B. DeMille / Oscar Apfel, 1914)

L’Indienne (1), c’est Nat-U-Ritch (Red Wing*), la fille de Tabywana (Joseph Singleton), le chef des Utes.

Son mari donc, c’est James Wynnegate (Dustin Farnum), un aristocrate anglais accusé (faussement) de détournement de fonds et qui est parti faire fortune aux Etats-Unis pour échapper à la justice.

Mais même dans l’Ouest américain (encore sauvage), on côtoie aussi des hors-la-loi. Ici, c’est Cash Hawkins (William Elmer), que finalement Nat-U-Ritch tuera, amenant la tragédie finale.

 

Il s’agit du premier film officiel tourné par Cecil B. DeMille, en partenariat avec Oscar Apfel, déjà un vétéran du cinéma (en trois ans, il a tourné presque 50 films), qui souhaita réaliser ce film avec ce novice.

Il s’agit aussi du premier** long métrage tourné à Hollywood où, loin de la côte ouest, l’influence de la Motion Picture Patents Company se fait moins sentir.

Et comme nous en sommes aux premières, il s’agit aussi de son premier western, la plus grande partie de l’intrigue se situant dans l’Ouest.

 

Si le film a un côté naïf, il faut avant tout le porter au compte de DeMille qui fait ses premiers pas dans la réalisation, bien guidé par son aîné (qui n’a que trois ans de plus que lui).

On y trouve déjà la teinte morale voire moralisatrice qui perdurera dans tous ses films.

Quant à l’aspect western, on n’en est qu’aux balbutiements ici, loin de l’image romantique que pourront lui donner John Ford ou Howard Hawks pour ne citer qu’eux.

 

Malgré le rôle important de l’Indienne dans l’intrigue, on ne passe pas à côté des stéréotypes aux relents racistes qui mettront beaucoup de tempos avant de disparaître des écrans.

En effet, les Utes sont avant tout dépeints comme des êtres peu évolués, superstitieux et naïfs, prêts à tout pour de l’eau-de-feu (voir la scène entre Cash Hawkins et Tabywana).

Et la présentation de James Wynnegate – qui se fait maintenant appeler Jim Carston – aux Indiens tient plus  de la caricature que d’autre chose : les Indiens dansent en rond (et un peu n’importe comment) autour de lui, affublés de coiffures qui, si elles sont indiennes n’ont pas vraiment de signification.

De même quand Jim est malade, l’homme-médecine vient… Exécuter quelques pas de danse afin d’invoquer les esprits.

C’est plutôt pitoyable.


Revenons sur l'intrigue.

Il y a (encore) quelque chose de gênant dans cette histoire : le mariage de Jim et Nat-U-Ritch.

En effet, Jim vit avec Nat-U-Ritch une union libre, et ce n’est que quand il s’aperçoit qu’elle attend un enfant de lui qu’il se décide à l’épouser.

Cette séquence nous permet d’ailleurs de voir l’état d’esprit des hommes de l’ouest quant aux relations interculturelles. Le juge de paix (J.G. Harper)  que Jim va chercher refuse dans un premier temps d’unir les deux amants. Ce n’est que menacé par le canon d’un pistolet qu’il accepte d’officier.

Nous arrivons alors au cœur du problème. Si Nat-U-Ritch n’avait pas été enceinte, il y a tout de même peu de chances que Jim eût voulu l’épouser : il serait donc normal d’avoir une relation avec une Indienne en dehors du mariage ? Est-ce vraiment de l’amour qui unit Jim et Nat-U-Ritch ?

 

Un dernier mot enfin sur l’issue*** du film : la mort de Nat-U-Ritch laisse tout de même un peu d’amertume au spectateur actuel. La mort de l’Indienne est tout de même bien providentielle.

 

 

* de son vrai nom Lillian St Cyr, avait des origines indiennes

** Message au professeur Allen John : je sais, ce n’est pas vrai ! Mais les légendes sont tenaces !

*** tragique, je l’ai déjà dit

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille
Le Rachat Suprême (The whispering Chorus - Cecil B. DeMille, 1918)

John Tremble (Raymond Hatton) est comptable chez Mr. Clumbley (Tully Marshall). Mais son salaire l’empêche de vivre confortablement avec sa femme Jane (Kathlyn Williams) et sa vieille mère (Edythe Chapman).

Un jour, il succombe à la tentation et détourne de l’argent.

C’est le début d’une descente qui le mènera tout droit à la chaise électrique.

 

C’est un film noir. Très noir.

Le « whispering chorus » dont parle le titre original (1), c’est la petite voix intérieure qui nous conseille plus ou moins bien, et que l’on voit représentée habituellement par un petit démon pour une mauvaise action ou un ange quand elle est bonne : cette conscience bonne ou non qui nous fait souvent choisir la voie de la facilité qui n’est pas toujours le meilleur des choix (2)…

Ici, cette conscience est symbolisée par deux visages en surimpression : celui de Gustav von Seyffertitz (c’est encore lui qui a le mauvais rôle) ou celui de Walter Lynch pour les mauvais encouragements et celui de la douce Edma Mae Cooper pour les choix judicieux (qui ne sont pas toujours suivis, sinon ce serait trop facile).

 

Cecil B. DeMille nous raconte une histoire très sombre où la malhonnêteté ne paie pas. Il y a toujours chez lui un fond de morale qui transparaît dans ses films. Mais, cette fois, ses personnages n’appartiennent pas à la haute bourgeoisie. John et Jane sont des Américains ordinaires, qui joignent les deux bouts comme ils peuvent, s’accordant parfois un extra : ici c’est à Noël que se situe l’histoire. Mais dès les premières séquences, le fond mauvais de John s’installe et va prévaloir presque pendant tout le film. Un intertitre résume très bien cela : « L’enfer est pavé de bonnes intentions. » En effet, John qui devait acheter une robe pour sa femme va jouer (et perdre) l’argent.

L’argent est d’ailleurs le vrai responsable (3) de la déchéance de John. Mais le détournement n’est qu’un début dans cette descente en enfer : toujours conseillé par cette mauvaise conscience intérieure, il décide de disparaître en se faisant passer pour mort.

 

Mais heureusement, Cecil B. DeMille veille et la morale sera sauve. En effet, comme le dit Matthieu (2), le chemin de la facilité qu’ »a choisi John va se révéler beaucoup plus difficile et surtout périlleux. En effet, tout se retourne contre lui, ce qui, en fin de compte est bien mérité.
Mais n’oublions pas que ce film est avant tout américain et qu’il laisse la part belle à la Rédemption. John, malgré ses méfaits – c’est plus sa malhonnêteté que sa méchanceté qui est punie – parviendra à cette Rédemption, sans toutefois sauver sa vie (voir plus haut).

 

DeMille, alors que nous ne sommes « qu’en » 1918 nous propose un film magnifique avec force surimpressions mettant en scène les voix intérieures ainsi que d’autres éléments plus ou moins surnaturels : la prémonition de Maman Tremble qui relit inlassablement le même passage des Evangiles (4) ou encore l’arrivée d’un heureux événement (il y en a quand même), et bien entendu l’âme de John dans la séquence finale.

Avec en prime un magnifique montage parallèle entre d’un côté Jane qui épouse le gouverneur Coggeswell (Elliott Dexter) pendant que John consomme son union (5) avec une jeune Chinoise de Shanghaï.

 

Mais c’est aussi le jeu des acteurs – Raymond Hatton surtout, mais aussi Kathlyn Williams – qui donne à cette histoire édifiante la tonalité » noire voulue par DeMille. Hatton est splendide dans ce rôle d’homme qui ne cesse de se métamorphoser – physiquement autant que moralement – pendant que celle qui fut sa femme est rongée par la culpabilité face à sa belle-mère qui est persuadée que son fils n’est pas mort.

 

Un film magistral, encore une fois.

 

 

(1) Dois-je encore vous dire ce que je pense de sa traduction ? Elle colle tout de même à l’intrigue…

(2) cf. Matthieu 7 : 13-14

(3) cf. Matthieu 6 : 24

(4) cf. Luc 15 : 32

(5) Libre, bien sûr : quand on dévale la pente fatale, c’est complètement !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille, #Gloria Swanson
Pour le Meilleur et pour le pire (For Better, for worse - Cecil B. DeMille, 1919)

Une histoire d’amour dans une famille aisée avec Gloria Swanson : ça ne peut être que de Cecil B. DeMille. Il s’agit d’ailleurs de leur deuxième collaboration et, à mon avis, de l’une des meilleures.

Si l’intrigue se situe dans la haute société, ce n’est pourtant pas la fortune qui est le thème principal, mais plutôt la BONNE fortune.

 

Nous sommes en 1916 et les jeunes Américains sont appelés à combattre les « Huns (1) » en France. Parmi eux, deux amis : Edward « Ned » Meadle (Elliott Dexter) et Richard « Dick » Burton (Tom Forman). Mais si Dick part le cœur léger, il n’en va pas de même pour Ned, que son chef de service (Theodore Roberts, vieux complice de DeMille) – il travaille dans une clinique pour enfants) rappelle à son premier devoir : sauver les enfants d’abord. C’est le cœur serré que Ned va rester, d’autant plus que sa fiancée Sylvia (Gloria Swanson, donc) se détourne de lui. Pis que cela : elle épouse Dick, au grand dam de Betty (Sylvia Ashton), perdue d’amour pour le beau Dick.

Mais alors la guerre rapproche Sylvia et Ned, tandis que Dick, défiguré et manchot se fait passer pour mort.

 

Bien entendu, il va revenir réclamer son dû (sa femme qui en aime un autre, son meilleur copain !) : le nœud de l’intrigue.

Mais ce cas de conscience n’arrive qu’à la fin du film et n’a que très peu d’enjeu. Nous savons pertinemment que le film se terminera bien, DeMille n’étant pas un habitué des fins tristes.

 

Non, le plus important, c’est l’actualité du film. En effet, quand il sort en avril 1919, la guerre n’est pas officiellement terminée (2). Et si les combats sont terminés et que les Américains ont commencé à revenir, les spectateurs qui voient le film à sa sortie se retrouvent, pour certains, dans cette histoire : même si les Etats-Unis sont entrés tardivement dans la guerre, cette dernière leur a tout de même apporté sont lot de victimes, sans parler des veuves et des orphelins. D’ailleurs, Ned va en adopter une : celle (Mae Giraci) que la voiture de Sylvia a écrasée et qui finalement va les réunir.

 

De plus, le sort de Dick rappelle cruellement celui des « gueules cassées », ces soldats qui revinrent du front après avoir eu une partie du visage arrachée. Mais si le visage de Dick a été bien réparé, c’est avant tout afin de ne pas trop effrayer les spectateurs, et aussi (surtout ?) pour qu’il soit tout de même reconnaissable sur l’écran.

 

L’actualité du sujet est encore une fois la possibilité pour DeMille de rendre hommage à ceux qui sont partis se battre « pour la civilisation », lui qui fut obligé de rester à Hollywood (il était un petit peu trop vieux) mais qui y organisa tout de même la défense passive (3). Mais si Jeanne d’Arc mettait en avant ceux qui étaient au front, ici, c’est l’arrière qui l’intéresse. En effet, nous avons droit à peu d’images de guerre : la tour où est réfugié Dick qui s’effondre, amenant ses mutilations.

Non, ce sont ceux qui aidaient passivement à l’effort de guerre, ceux qui restaient pour faire fonctionner le pays, en l’occurrence Ned qui est le dernier chirurgien que Sylvia trouve pour sauver les jambes de la petite fille.

 

Alors bien entendu, on ne retrouve pas l’humour habituel des films du maître, et Theodore Roberts a, cette fois-ci, un rôle honorable sans aucune jeune fille alentour comme ce fut souvent le cas. DeMille garde un ton sérieux sans toutefois tomber dans le poncif.

C’est un magnifique film avec un montage dynamique parsemés de gros plans superbes et pertinents, traitant presque exclusivement des membres (inférieurs et supérieurs) véritables enjeux d’un film de guerre très particuliers.

Un film subtil, servi par une très belle distribution.

 

 

PS : bien entendu, on a droit à des petites reconstitutions… On est chez DeMille, ne l’oubliez pas !

 

 

  1. C’est ce qu’annonce un article de journal.
  2. Le Traité de Versailles entérinant la paix sera signé le 28 juin, soit deux mois après.
  3. Voir Hollywood: the Pioneers, Episode 7 : Autocrats (Kevin Brownlow & David Gill, 1980)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Joe Dante
Panic sur Florida Beach (Matinee - Joe Dante, 1993)

Dick Miller, Kevin McCarthy, une histoire absolument improbable (quoi que…) avec de superbes effets spéciaux… Pas de doute, nous sommes chez Joe Dante !

 

Cette fois-ci, Dante revient dans la réalité et nous propose même un pan de l’histoire moderne américaine : la Crise des missiles de Cuba.

On a alors droit aux archives montrant l’escalade qui a mené à cette crise, avec l’intervention de JFK annonçant un nouveau pas de franchi dans la crise.

Dante nous montre aussi une certaine réalité qui a eu lieu, et pas seulement aux Etats-Unis. Ce sont les supermarchés prix d’assaut par des clients qui ne sont plus partageurs, et une paranoïa grandissante avec repli dans un abri antiatomique.

Nous sommes cette fois-ci donc dans la réalité.

Mais si tel était vraiment le cas, nous ne serions plus chez Joe Dante.


A cette réalité fort bien reconstituée s’ajoute un élément très important amenant une très belle mise en abime : le cinéma. Et surtout le dernier film du producteur-réalisateur Lawrence Woolsey (John Goodman - est-il besoin de préciser qu’il est formidable ?), un compromis entre William Castle, réalisateur de série B et des lettres suivantes, et Orson Welles pour la présentation du film et surtout son immense cigare. C’est d’ailleurs ce cigare qui le fait reconnaître par un jeune pompiste à son grand dam (1)…

 

Nous allons donc assister à un film dans le film le tout dans un décor pré-apocalyptique dû à cette fameuse crise de Cuba. Et comme si ça ne suffisait pas, on a droit, à un moment, à un film dans le film du film. Vous me suivez (1) ?

Par contre, les personnages principaux sont avant tout des enfants (15-16 ans, l’âge qu’avait Joe Dante à cette même époque…). C’est leur point de vue qui mène l’intrigue, malgré les interventions de Woolsey (John Goodman est en tête du générique, ne l’oublions pas). Et surtout, c’est une histoire d’amour. On trouve de l’amour chez les adultes, mais surtout chez ces enfants qui vivent peut-être leurs derniers instants. Il faut dire que le procédé de Woolsey joue un très grand rôle dans l’intrigue : ce procédé permet aux spectateurs de ressentir les mêmes sensations (physiques) que les protagonistes du film qu’ils sont venus voir, avec en prime un complice déguisé en Mant (l’homme-fourmi, titre du film) qui intervient dans la salle aux moments opportuns (1).

Car c’est l’adéquation entre le film projeté et la situation réellement vécue par les spectateurs qui fait tout le sel du film, avec de très jeunes acteurs qui jouent avec beaucoup de justesse : Simon Fenton (Gene), Lisa Jakub (Sandra), Kellie Martin (Sherry) et bien sûr Omri Katz (Stan).

 

Il est bien dommage que ce film sortît à la fin du mois de juillet en France. EN effet, cette date n’est pas très propice aux succès : les gens sont en vacances et vont beaucoup moins au cinéma. Ce film méritait une sortie plus « médiatique », et il suffit de voir comment il est perçu de nos jours, ce qui n’est finalement que justice.

 

Encore une fois, le traducteur nous a un peu floués, le titre original – Matinee (2)se  référant complètement à l’intrigue dans le cinéma, alors que Panic (pourquoi en anglais ?) sur Florida Beach est beaucoup plus vague et finalement un tantinet racoleur, non ?

 

 

PS : Parmi ceux que j’ai oubliés, Robert Picardo, toujours fidèle au poste depuis L’Aventure intérieure, et une petite nouvelle qui va bientôt s’épanouir : la belle Naomi Watts.

 

 

(1) Voyez-le : vous comprendrez.

(2) malgré son vocable, il s’agit d’une séance de spectacle en après-midi.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Bryan Singer
The usual Suspects (Bryan Singer, 1995)

Décidément, 1995 fut une grande année pour le cinéma. Comme si le centenaire de ce septième art inspira les réalisateurs.

Avec The Usual Suspects, c’est un nouveau grand film qui s’ajoute à la liste. Et pourtant, ce n’est que le deuxième long métrage de son auteur, Bryan Singer (1).

 

C’est une échauffourée sur un navire qui déclenche tout : quatre truands connus l’ont attaqué, trois d’entre eux sont morts, le quatrième – Roger « Verbal (le bavard)» Kint (Kevin Spacey) – est disposé à raconter à la police (un accord a été trouvé) ce qui s’est passé.

On remonte dans le passé six semaines et faisons alors la connaissance de cinq truands, a priori travaillant dans la même branche, interrogés pour un larcin quelconque, mais ressortant – libres – avec un nouvel avenir : ils ont un coup en tête, puis un autre…

 

En ce qui concerne l’intrigue de base, rien de nouveau. Des truands qui sont mis en présence et qui se découvrent des affinités amenant des expéditions, on connaît ça depuis un moment au cinéma.

Mais ce qui change, c’est le grand méchant de l’histoire (2), un affreux qui relève presque du mythe : Kayser Söze (3). Söze, c’est le nouveau croque-mitaine, celui qui fait peur aux enfants et aux plus grands. Il faut dire que ce que raconte Kint aux flics n’est pas piqué des hannetons : c’est le genre de personnage dont on évite la rencontre.

Non seulement il est terrible (dans le premier sens du terme), mais en plus on ne le voit jamais. Sauf au début : il allume une cigarette avec son beau briquet en or. Mais à la différence des films habituels, on ne voit pas la combustion de la cigarette. On ne peut que l’imaginer (4). Quand je vous disais que le film était différent….

Le seul lien tangible, c’est son avocat : Kobayashi (Pete Postlethwaite). C’est un avocat tout ce qu’il y a de normal, sauf quand il annonce les conditions de son client. Elles sont d’ailleurs aussi terribles que Kobayashi reste impassible en les énonçant. Pete Postlethwaite était vraiment un grand.

 

Mais il faut attendre tout de même la dernière demi-heure du film pour que nous ayons la clé de l’énigme : comment nous en sommes arrivés à la situation chaotique qui ouvrait le film.

Mais même quand nous voyons ce qui s’est passé, il faut attendre le tout dernier moment du film pour enfin comprendre ce qui s’est réellement passé. Jusqu’au bout, Singer nous fait mitonner, ainsi que les policiers, à écouter les explications de Kint, le handicapé qu’on laisse à la traîne, parce que ses capacités physiques (bien sûr) et intellectuelles sont avant tout un frein dans l’opération.

 

Mais comme d’autres films (5). Avant celui-ci, il ne prend sa saveur que quand on l’a déjà vu une première fois. Une fois la surprise de la première vision passée, on n’en savoure que mieux les mécaniques. C’est une véritable arnaque pour les quatre protagonistes (voire cinq) autant que pour les spectateurs.

 

Mais il n’y a rien de plus jouissif que de se faire avoir avec panache. Car le film de Bryan Singer est tout simplement merveilleux, réglé au détail près et servi par une distribution prestigieuse : outre Kevin Spacey et Pete Postlethwaite, on trouve, chez les truands, Gabriel Byrne (Keaton), Benicio del Toro (Fenster), Stephen Baldwin (McManus), Kevin Pollak (Hockney) et dans la police Dan Hedaya (encore une fois un tantinet limité) et surtout Chazz Palminteri, véritable tête pensante de la police.

Sans oublier Suzy Amis qui sera bientôt la petite-fille de Rose Dawson-Calvert dans le Titanic de James Cameron…

 

Et comme d’habitude dans ce genre de film, plus on le voit et plus on aime la façon dont on s’est fait avoir la première fois…

 

 

(1) Comme quoi, « la valeur n’attend pas le nombre des années », hein ?

(2) Pas de grande histoire sans grand méchant, vous savez bien !

(3) Vous ne croyez quand même pas que je vais vous dire qui c’est !

(4) Puisque je vous dis qu’on ne le voit pas.

(5) Les Diaboliques, Psychose

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Pierre-François Martin-Laval
Gaston Lagaffe (Pierre-François Martin-Laval, 2018)

Trente-sept ans après Fais gaffe à la Gaffe, Gaston revient au cinéma, mais cette fois-ci, c’est officiel. On retrouve donc le héros sans emploi (Théo Fernandez), entouré de l’irascible Prunelle (Pierre-François Martin-Laval, qui réalise), de Lebrac (Franc Bruneau), de l’éternel De Mesmaeker (Jérôme Commandeur), et la belle Moizelle Jeanne (Alison Wheeler). Sans oublier Sonia (Charlotte Gabris) qui a perdu ses lunettes et l’opiniâtre Longtarin (Arnaud Ducret). Et bien sûr le chat dingue et la mouette rieuse, ainsi que Bubulle le poisson.

Bref, tout l’univers de (non) travail de Gaston est là, jusqu’à sa boule de bowling.

 

Mais ça ne marche pas. Enfin pour moi, ça ne marche pas. Je comprends encore mieux pourquoi Franquin ne voulait pas que son héros soit adapté au cinéma. Théo Fernandez est Gaston, c’est (presque) sûr : il a le physique, l’allure et même l’âge.

Mais même avec les progrès de la technique, rien n’y fait. On passe un bon moment, certes, mais surtout si on n’a pas baigné dans l’œuvre de Franquin.

Le travail de Martin-Laval est honnête et rigoureux, mais je pense qu’adapter Gaston au cinéma n’était pas une bonne idée.


En effet, quand on va voir un film, on attend un schéma traditionnel début-milieu-fin. Or chez Gaston (la bande dessinée, bien sûr), s’il y a un début (son arrivée avec les pas bleus sur les pages du journal Spirou), il n’y a pas de fin. La BD s’est arrêtée à la mort de son créateur – une bien triste journée – mais son héros, prisonnier dans les pages et les éditions de Spirou n’a jamais connu de conclusion. Il n’y avait pas une fin pour Gaston comme ce fut le cas pour Blake et Mortimer après la mort de Jacobs*.

 

Les gags de la bande dessinée n’ont pas de progression dans la narration. Ce sont des idées – lumineuses – qui venaient à Franquin (ou soufflées, entre autres, par Delporte), avec parfois quelques gags récurrents (sèche-main, parcmètres…) ou des souffre-douleurs privilégiés (Longtarin, Prunelle et avant lui Fantasio), mais pas de ligne narrative directrice à long terme. En une page ou même une demie, le gag arrivait et c’était suffisant.

 

Alors oui, on retrouve ici une partie du monde de Franquin, mais il manque tout de même l’atmosphère particulière de la rédaction, plus vraie que nature quand le maître la dessinait. Certes, faire travailler Gaston dans une startup  qui recycle était presque une bonne idée. Il fallait rajeunir le cadre. Mais était-ce bien nécessaire ?

Quant à De Mesmaeker, ses éternels contrats non signés n’avaient aucun intitulé, c’était juste un prétexte à saboter la cérémonie des signatures. Or ici, le contenu des contrats a une (petite) incidence sur l’intrigue. Et, à chaque fois Gaston empêche la bonne tenue de l’opération, mais ce n’est pas pareil.

 

Malgré tout, j’ai entendu beaucoup de gens rire dans la salle, preuve que certaines idées marchaient toujours (n’oublions jamais que les spectateurs sont aussi là pour se détendre). Et puis peut-être suis-je trop vieux pour ce genre de film…

Car si le film n’est pas si mal que ça, il lui manque avant tout un élément indispensable et primordial : Franquin, dans plus de 900 gags** réussit à rendre son personnage universel. S’adressant indifféremment aux plus petits comme aux plus grands, l’instar d’un Goscinny ou d’un Hergé.

Ici, ce sont les plus jeunes qui semblent les cibles d'un produit. Dommage.

 

Une dernière chose : jamais Longtarin n’est triste de l’absence de Gaston !

 

 

* Dans les 3 Formules du Professeur Sato – deuxième partie – Mortimer contre Mortimer, Olrik et Sharkey meurent, concluant ainsi les aventures des deux héros. Olrik étant (presque) toujours la raison de ces aventures, qu’est-ce qui peut bien leur arriver une fois cet ennemi mort ?

** 910 numérotés sans compter les publicités (jus d’orange Piedbœuf ou piles Wonder) ou encore les idées pour le bal costumé.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Barry Sonnenfeld, #Gangsters, #Danny DeVito
Get Shorty (Barry Sonnenfeld, 1995)

Shorty, c’est Martin Weir (Danny DeVito).

Et s’il faut « avoir Shorty », c’est surtout dans un film.

Pourtant, ce n’est pas qu’une histoire de film à produire : avant tout, c'est une histoire de gangster, où le personnage principal, c’est Chili Palmer (John Travolta), un bailleur de fonds qui, lâché par son protecteur (crise cardiaque), doit récupérer une certaine somme d’argent d’un escroc à la petite semaine, Leo Devoe (David Paymer).

Mais ça, c’est l’intrigue initiale.

Parce que, bien entendu (1), ça ne se passe pas comme prévu.

 

John Travolta vient de terminer un film avec Tarantino quand il accepte un nouveau rôle de truand. Mais si Pulp Fiction reste dans une tendance sérieuse, il n’en va pas du tout de même ici.

Son rôle, aussi violent soit-il n’est jamais complètement sérieux. Et puis un truand cinéphile, ça ne court pas les rues…

Quoi qu’il en soit, on se régale avec cette comédie aux bases bien noires. Et la distribution y est pour beaucoup. Outre Travolta et DeVito, on peut croiser Gene Hackman, dans un rôle décalé par rapport aux personnages sérieux qu’il a l’habitude de jouer. Harry Zimm est un producteur souvent mal inspiré dont la production rappelle certains films de série B (voire plus loin dans l’alphabet) qui sentent bon les années 1950s… Mais qui sont tout de même contemporains de l’intrigue, la présence de Rene Russo dans ces films l’attestant.

D’une manière générale, Zimm est un abruti, pas toujours au bon endroit ni au bon moment.

 

Mais les véritables éléments comiques, il faut les chercher chez les truands, et pas seulement chez Chili Palmer.

En effet, outrez ce dernier, on rencontre un phénomène quand apparaît Ray « Bones »  Barboni (Dennis Farina). Dès la séquence d’ouverture, on a un échantillon de ce que va être le film, un chassé-croisé entre lui et Chili. Bones est un personnage aussi bête qu’inculte, incapable de prononcer une phrase sans y inclure le fameux « F-Word » (2). Sa rencontre avec Zimm est un sommet dans le genre.


Autres personnages réjouissants : Bo Catlett (Delroy Lindo) et Bear (James Gandolfini). Il n’en manque qu’un pour avoir les Pieds Nickelés, mais leur seule présence est suffisante pour déclencher le rire. Bo, sous ses dehors de caïd (et surtout sa carrure) est avant tout un truand minable (3), accompagné d’un ex-cascadeur peu efficace si on en croit ses deux premières rencontres avec Chili. Mais comme toujours avec ce genre de personnage, il faut se méfier.

 

Et puis il y a Shorty. Comme son nom l’indique, il n’est pas bien haut, mais son succès est inversement proportionnel à sa taille. C’est un acteur, un vrai, capable de tout faire, même s’il faut l’aiguiller longtemps. Sa performance lors de sa rencontre avec Chili est magnifique, égratignant au passage l’Actor’s Studio (4).

 

Barry Sonnenfeld, ici, nous offre un film réjouissant  et qui ne se prend jamais au sérieux, tout comme les acteurs (Travolta en tête) semblent éprouver du plaisir à cette parodie jouissive.

Avec en prime une magnifique transition finale avec une guest star inattendue bien que tout de même annoncée.

 

 

(1) Normal, c’est Barry Sonnenfeld !

(2) « Fuck » et toutes ses conjugaisons…

(3) Rendez-vous compte, sa salle de bain est rose !

(4) Gene Hackman y fut un élève.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #David Fincher, #Morgan Freeman
SE7EN (David Fincher, 1995)

Sept.

Sept jours de la semaine.

Sept péchés capitaux.

Un par jour.

Presque.

 

David Fincher, pour son deuxième long métrage, délaisse l’espace (Alien 3) pour l’atmosphère étouffante d’un film policier poisseux, où les sens sont aussi importants que les  crimes.

Sept crimes répertoriés, chacun en relation directe avec l’un des péchés capitaux : gourmandise, avarice, paresse, luxure, orgueil, envie et colère.

 

Sept crimes pour un seul criminel, calme, froid, réfléchi : John Doe (1). John Doe, c’est n’importe qui, un visage dans une foule. Mais ici, pas de foule, et le visage n’est révélé que quand il n’a plus d’importance.
De toute façon, ce visage n’est jamais le plus important. C’est la mise en œuvre qui nous intéresse.

 

Nous avons deux policiers, deux conceptions d’un même métier, deux conceptions de la vie. Entre eux, un gouffre qui va progressivement se combler jusqu’à les réunir. Ce n’est pas le schéma habituel avec le vieux flic qui est là pour former le jeune loup. Jamais. Ce sont deux hommes qui finalement ont le même sens du devoir, avec des différences dans leurs pratiques.

Mills (Brad Pitt) est le jeune flic qui travaille dans l’urgence, qui ne se repose qu’une fois l’affaire résolue. Alors que Somerset (Morgan Freeman, tout juste grisonnant), c’est la vieille méthode, celle qui prend le temps de bien réfléchir et de s’informer. Pendant que Somerset prend le temps d’aller consulter les ouvrages nécessaires, Mills se procure des œuvres condensées, arrivant finalement au même résultat.

 

Ce sont deux mondes qui s’opposent.

L’ancien, lent, qui requiert du calme (une bibliothèque publique) et à la limite un peu de musique classique (Suite no 3 in ré majeur, BWV 1068 de J.S. Bach), pour aider à la réflexion. Somerset est un rationnel.

Le nouveau, fait de vitesse et de bruit : celui de Mills qui réfléchit pendant que la télévision l’abreuve de basketball pendant qu’il déguste une bière, s’agitant tant que la clé ne se dévoile pas. Mills est un instinctif.

Somerset a rarement sorti son arme, et ne l’a jamais utilisée. Pas Mills.

 

Et cette différence de personnalité s’accentue quand il est question de performances physiques : Mills court derrière le tueur pendant que Somerset ne peut que compenser son absence de forme par une stratégie dans le déplacement.

Cette scène d’ailleurs est une magnifique poursuite, entièrement à pied, derrière un tueur sans visage et qui s’escamote à chaque fois que Mills a un angle de tir, ramenant ce dernier au niveau de son coéquipier : il a sorti son arme et n’a pas fait feu une seule fois.

C’est une formidable course où le caméraman est au cœur de l’action (comme presque tout le temps du film), caméra à l’épaule accentuant ainsi la tension générée par cette poursuite.

 

Et puis il y a la femme (2). Chacun des deux en a une ou en a eu une. Et Somerset se retrouve à chaque fois dans la même situation : faut-il garder l’enfant ? Si la première fois il a su répondre, il n’en va pas de même pour la seconde. Normal, cette fois, ce n’est pas lui le géniteur.

 

  1. Pas besoin de vous donner son nom : si vous avez vu le film, vous le connaissez, sinon, vous seriez aiguillé. La surprise est un des éléments du film.
  2. Gwyneth Paltrow, trop rarement – sur l’écran – magnifique.

 

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