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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille
L'Empreinte du passé (The Road to yesterday - Cecil B. DeMille, 1925)

Deux femmes. Trois hommes. Beaucoup de possibilités. Sauf ici.

Ici, chaque femme a un homme attitré.

Beth (Vera Reynolds) va avec Jack (William Boyd), Ken (Joseph Schildkraut) va avec Malena (Jetta Goudal).

Le troisième homme ? C'est Rady (Casson Ferguson). Il n'est pas très intéressant. C'est avant tout un personnage comique.

Mais le passé pèse sur ces personnes. Il s'est passé quelque chose autrefois qui les empêche d'être heureux aujourd'hui.

Alors que tous sont réunis dans un train pour San Francisco, un accident se produit, projetant Beth trois siècles dans le passé : elle emprunte « la route vers hier » (d'où le titre original).

 

Cette fois-ci, le titre français n'est pas trop mauvais. En effet, c'est dans le passé que se résout la crise présente (pour les personnages), où Beth est la seule qui connaît l'avenir. Il y a des éléments du passé et du présent qui se mêlent, expliquant certaines découvertes, et surtout le pourquoi de la situation : pourquoi la jeune mariée (Malena) a-t-elle peur de l'ombre de son mari ? Quel est donc ce couteau que Vera semble si bien connaître ? Pourquoi Rady tombe-t-il toujours ? (non, on ne répond pas à cette question. Mais si Rady a avant tout un rôle comique, il est aussi la source des ennuis des amoureux (Beth & Jack).

Cecil B. DeMille reprend le même schéma que pour les dix Commandements (1923) : une intrigue dans le présent (ici 1926) qui trouve son explication dans le passé. Chaque personnage important a son double dans le passé : son ancêtre (?).

Le passé d'ailleurs aide à résoudre la situation de crise du présent. Et en plus, c'est édifiant : Dieu étant le dernier personnage important du film. Présent, mais invisible... En effet, Cecil Blount a rencontré Dieu et ses œuvres en portent la marque.

Mais revenons à notre film. Il faut avouer que la partie en costume est la plus réussie. Cette partie est la plus longue (50 des 96 minutes que dure le film). On y trouve les ingrédients habituels du mélodrame, avec toutefois une résolution malheureuse. Il y a de l'action dont un beau duel à l'épée (rien à voir avec celui de Scaramouche), des amours contrariées, un méchant coureur de dot (Schildkraut) et une jolie Vera Reynolds. Dommage qu'il faille retourner dans le présent pour une résolution un tantinet religieuse, rendant cette fin heureuse, certes, mais un peu fade.

Quoi qu'il en soit, les acteurs sont convaincants et le film se laisse regarder avec plaisir, ce qui est avant tout ce que doit rechercher le spectateur. En 1926 comme en 2017.

 

[A noter la présence de Dick Sutherland, dans le rôle - son physique oblige - du bourreau, lui qui fit plusieurs fois le méchant avec Harold Lloyd.]

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Martin Scorsese
Shutter Island (Martin Scorsese, 2010)

1954.

Edward « Ted » Daniels (Leonardo diCaprio) arrive sur Shutter Island (au large de Boston) avec son partenaire Chuck Aule (Mark Ruffalo).

Sur Shutter Island, on garde les criminels très dangereux pour les soigner.

Mais une pensionnaire s'est échappée. Daniels et Aule sont là pour la retrouver.

Mais que se cache-t-il derrière cet établissement aussi particulier ? Traite-t-on réellement les patients pour leurs symptômes, ou essaie-t-on d'autres expériences, comme ont pu le faire - par exemple - les nazis dans les camps de concentration ?

 

Cette histoire se situe à la fin de la Peur Rouge : quand les Américains avaient peur d'une invasion communiste et qu'ils recherchaient au sein de leurs administrations et autres organismes d'éventuels espions, le tout chapeauté par l'ineffable MacCarthy...

Mais si cette pseudo-menace est évoquée, c'est avant tout une autre expérience traumatisante qui est présente dans l'esprit de Daniels : la libération du camp de concentration de Dachau, en avril 1945.

C'est cette expérience traumatisante qui donne la tonalité du film. Daniels rêve du camp, éveillé ou non. Il ne peut chasser de son esprit les cadavres dans la neige. Le film, prenant surtout le point de vue de Daniels, montre le complexe de santé comme un nouveau camp de concentration : l'arrivée dans une allée bordée de lampadaires noirs, l'entrée par une grille à double battant derrière laquelle se tient le bâtiment principal... Tout est là pour rappeler l'expérience traumatisante de Daniels. Cela va aussi nous donner une orientation pour l'histoire terrible que nous allons voir.

 

Cette évasion devient un prétexte pour Daniels : retrouver le dingue qui a tué sa femme en incendiant leur maison.

Mais les portes se ferment et les esprits aussi. Il n'y a pas de véritable collaboration. Finalement, les deux hommes doivent lutter seuls pour découvrir une vérité qu'on leur cache.

Martin Scorsese nous livre un nouveau thriller assez déroutant. Mais c'est surtout parce qu'il se passe dans un institut psychiatrique pour criminels endurcis. Et plus Daniels avance dans son enquête (et nous avec), plus la situation s'embrouille. Mais il faut dire qu'il y a de quoi devenir fou. Et les deux pontes qui semblent diriger l'établissement - Ben Kingsley et Max von Sydow - sont inquiétants à souhait. Surtout von Sydow.

Et petit à petit, Scorsese place les indices nécessaires à la révélation finale (parce qu'il y en a une). Ce sont des détails, des histoires, des personnes : des clés permettant de trouver la solution de cette énigme.

 

Et cette révélation finale (qui ne devrait donc pas en être une) tombe sur Daniels comme la foudre pendant la tempête qui secoue l'île. Et sur nous aussi. Pourtant, si on est bien attentif...

La scène-clé est celle où Daniels rencontre George Noyce (Jackie Earle Haley), dans le pavillon des patients (encore) plus dangereux. Et comme Noyce n'est pas là par hasard, il est difficile de suivre le fil de cette histoire tellement décousue. Mais qui pourtant se tient admirablement.

Il faut aussi dire que la distribution est à la hauteur de l'intrigue : Leonardo diCaprio est extrêmement convaincant de ce rôle de policier déphasé. Après vingt ans avec Robert de Niro, Scorsese a trouvé son remplaçant : de Gangs of New York au Loup de Wall Street, Leonardo nous offre des personnages que de Niro ne pouvait plus jouer, l'âge étant un facteur irrémédiable...

 

Mais là encore, n'attendez pas de happy ending, c'est Scorsese. Au mieux, il retournera à son point de départ, au pire...

Mais là encore, cette « fin » peu glorieuse est totalement assumée par Daniels. Comme elle l'avait été par Henry Hill (les Affranchis) ou encore Sam Rothstein (Casino).

Un film à revoir.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Buster Keaton
Le Mécano de la General (The General - Buster Keaton & Clyde Bruckman, 1926)

La General, c’est une locomotive.

Elle est conduite par Johnnie Gray (Buster Keaton).

Johnnie Gray a deux passions dans la vie : sa machine, et sa fiancée, Annabelle Lee (Marion Mack). Mais bientôt, la Guerre Civile éclate et les hommes du Sud s’engagent.

Johnnie aussi, mais étant machiniste, on le juge plus utile aux commandes de sa machine qu’au front.

Devant ce non-engagement, sa fiancée le boude, le considérant comme un lâche.

Mais des Nordistes s’emparent de sa machine, ainsi que de sa fiancée qui avait l’intention de voyager. Johnnie n’hésite pas : il va la sauver, ainsi que sa machine !

 

Il s’agit ici d’un film à grand spectacle. Rarement un film muet aura eu autant de moyens à sa disposition : plusieurs locomotives (dont une détruite), un nombre impressionnant de figurants… Bref, la United Artists n’a pas lésiné et le résultat est tout bonnement formidable.

Basé sur une histoire réelle de vol de train pendant la guerre de Sécession, Keaton réussit à nous faire rire avec un sujet a priori sérieux. Onze ans après Naissance d’une Nation, voici un nouveau grand film qui traite de la guerre civile américaine, côté sudiste, avec le sérieux nécessaire pour faire un bon film comique. Et le racisme en moins...

Mais, sujet oblige, ce ne sont pas les coups de pied au derrière et autres tartes à la crème qui dominent dans ce film (juste un petit coup de pied lors de l’engagement…). Au contraire, le comique est plus subtile. Le changement opéré par Keaton en passant aux longs métrages se précise. Son humour est plus subtile, même s'il est basé sur une mise en scène réglée au millimètre près. Ici, les gags sont au service de l'histoire. Alors que longtemps, les situations étaient prétextes à des gags plus ou moins réussis, Keaton (comme Chaplin et les autres) nourrit son intrigue de gags magnifiques.

 

Alors on se laisse faire. On embarque à bord de la General et on assiste aux exploits (le terme le plus juste) de Johnnie, héros malgré lui... Quoi que...

Si les événements jouent en sa faveur, il ne faut pas oublier que c'est lui qui est à l'origine de ce périple en terres ennemies. Avec lui, on est déçu qu'il ne soit pas engagé, mais on se réjouit de la tournure des événements.

Et puis les scènes sur le train sont magiques : Keaton réussit à utiliser au maximum le décor à sa disposition : plateforme de la locomotive, chasse-bison (avant du train), wagons... Tout amène un gag savamment orchestré : une folie bien réglée qui utilise à chaque fois toutes les possibilités offertes.
Et comme ce n'est pas John Ford qui dirige, ce sont les Confédérés qui l'emportent. Il faut dire aussi que c'est le début du conflit, d'où cette victoire. Mais que nous importe le sort des armes. C'est Johnnie et sa fiancée qui nous intéressent. Et le voir traverser le conflit par amour ne peut avoir qu'une récompense à la mesure de sa bravoure (plus ou moins volontaire). Même si Marion Mack n'est pas employée à son maximum (du fait du scénario, avant tout), leurs scènes en commun sont drôles à souhait : il y a un tel décalage entre eux deux. Un exemple : alors qu'il manœuvre pour échapper à ses poursuivants, elle balaie la plateforme...

 

Tout de même, une question subsiste : comment le Sud a-t-il pu perdre, avec une telle armée et surtout un machiniste pareil ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #Sydney Pollack, #Robert Redford
Les trois Jours du Condor (Three Days of the Condor - Sydney Pollack, 1975)

Joe Turner (Robert Redford) travaille à l'American Litterary Historical Society, à New York. Il passe sa journée à lire. Il lit tout ce qui paraît, partout dans le monde.

Turner travaille en fait pour la CIA. Nom de code Condor. Dans les livres il traque les messages pouvant menacer la sécurité des Etats-Unis.

Et un jour, il découvre le message de trop.

Alors qu'il va chercher à manger pour ses collègues, ces derniers sont abattus par un commando.

Turner est seul. Contre tous.

 

L'affaire du Watergate a laissé de profondes traces dans l'opinion américaine. S'ensuivit une période de défiance contre la CIA ainsi qu'une série de films dont fait partie celui-ci. Années 1970 obligent, on retrouve deux stars de cette époque : l'inusable Robert Redford et la belle Faye Dunaway. Ils forment tous les deux un équilibre possible par un jeu d'acteur sobre. Si Kathy Hale (Faye Dunaway) est « prisonnière » de Turner, elle n'en est pas pour autant hystérique. Mais leur rencontre est de toute façon éphémère, au vu des circonstances. En trois jours, ils se rencontrent, s'aiment et se quittent. C'est tout. Mais leur amour est intense, puisque limité dans le temps. Cela donne lieu à une belle scène d'amour (charnel, mais ne vous affolez pas, on ne voit rien) à l'intensité accentuée par des cadrages montés dans un rythme soutenu, alternant champ/contre-champ avec beaucoup d'adresse.

 

Ce qui marque dans  ce film, c'est l'ambiance. Nous suivons un homme traqué qui devient rapidement paranoïaque (on le deviendrait à moins). Et c'est son travail qui le sauve : avoir lu des tonnes de livres lui procure des idées et des stratagèmes pour s'en sortir.

Mais une question reste en suspend : pour combien de temps ?

Sydney Pollack nous livre un formidable film d'espionnage en prenant un tout autre point de vue. Alors que James Bond enchaîne les succès, l'histoire de ce pauvre type qui voit tout s'effondrer autour de lui est terrible et surtout réaliste. Pas de déluge d'effets spéciaux ni de conquêtes féminines multiples. Des gens. Normaux. Et c'est en ça que cette histoire est terrible : derrière Joe Turner, c 'est n'importe quel spectateur américain de 1975 qui peut se reconnaître (bien que tous ne travaillent pas pour une branche de la CIA). Parce que pour s'en sortir, le Condor doit avant tout compter sur lui-même sans artifice ni gadget : d'expédient en expédient.

 

Mais si on ne ressort pas en se disant que la CIA est complètement pourrie (la morale est en partie sauve), on ne peut que se poser des questions sur les agissements internationaux de cette agence de voyage... Pas étonnant que des théories complotistes aient surgi un peu partout aux Etats-Unis.

Non, le film n'est pas une incitation à crier au complot. Il montre les limites d'une organisation gouvernementale dont le fonctionnement est avant tout basé sur le secret. Et malgré tout, il reste d'actualité, avec un autre organisme dont on ne parlait pas encore, la NSA. Jusqu'où peut aller une organisation fondée sur le secret au nom des intérêts patriotiques ?

 

Et si l'opération dénoncée par Turner échoue, on ne peut que remarquer une certaine prémonition dans le choix géostratégique du scénario : la deuxième guerre du Golfe (2003-2011)...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Allan Dwan, #Douglas Fairbanks, #Robin des Bois
Robin des Bois (Robin Hood - Allan Dwan, 1922)

Ca saute, ça brette, ça tire à l'arc, ça jubile...

Bref, ça douglasfairbankse !

 

Il s'agit de la première adaptation notable - la troisième au cinéma - de la légende de Robert Huntingdon, comte de Locksley, appelé plus communément Robin des bois, le bien nommé.

Et ici, pour immortalisé ce (déjà immortel) héros, rien de moins que son altesse Douglas Fairbanks (d'où l'introduction !).

Pourtant, au début, ce n'est pas gagné. Si Robert est un chevalier courageux, il a tout de même un gros problème : les femmes. Il ne sait pas leur parler, ne sait plus où regarder quand elles lui parlent... Il préfère jouer à la bagarre (pour de rire) avec ses copains !

Mais Richard Cœur-de-Lion (Wallace Beery) va partir en croisade, et Locksley doit l'accompagner. Gisbourne (Paul Dickey) aussi, d'ailleurs, avec le dessein secret de se débarrasser de Robert et Richard pour permettre l'accession au trône de l'ignoble prince Jean (Sam de Grasse).

 

Allan Dwan nous offre ici sa version de Robin des Bois. Il s'agit d'une version qu'on peut aisément qualifier de « truculente ». Dès les premiers plans nous montrant Robin, on voit qu'il s'agit d'un personnage haut en couleur - malgré son appréhension envers les femmes. Mais heureusement, sa rencontre avec Lady Marianne (Enid Bennett) le décoince totalement, lui amenant le grand amour par la même occasion.

L'autre personnage truculent de cette œuvre, c'est le roi Richard. Et avoir confié ce rôle à Wallace Beery accentue le côté bon vivant et ripailleur du roi saxon, toujours prêt à s'amuser, mais roi quand même et capable d'exercer son autorité à bon escient.

 

Mais le souci de Dwan est surtout de donner un contexte historique réaliste à cette aventure légendaire. C'est pourquoi la première partie du film s'étend sur le départ pour la Croisade de Richard, avec - bien entendu - moult réjouissances : tournoi et festin. C'est pendant le tournoi d'ailleurs qu'on découvre la véritable nature - ignoble, bien sûr - de Gisbourne, inféodé à l'autre immonde, Jean. A ce propos, Paul Dickey et Sam de Grasse sont deux méchants particulièrement photogéniques. Si Dickey n'a pas la méchanceté raffinée d'un Basil Rathbone, il a tout de même un physique qui joue en sa faveur (de méchant) : il est laid, traître et fourbe. Une réussite, je vous dis.

 

Quant au prince Jean, il a une magnifique tête de faux-jeton, avec ses manières (de façade) élégantes et sa barbe taillée finement. Mais c'est un sacré mauvais, lui aussi. Il fait penser à Guillaume, dans l'album de Peyo, Le Châtiment de Basenhau, le conseiller de ce dernier. Moralement et physiquement.

Et puis il y a Douglas Fairbanks et sa bande de joyeux compagnons. Jamais ces compagnons ne seront aussi joyeux : ça bondit, ça saute, ça sautille, ça danse presque !

 

Et Douglas Fairbanks nous donne ce que nous voulons : des acrobaties spectaculaires. Il descend le long d'un rideau, escalade un pont-levis en mouvement ascendant, grimpe le long d'une vigne vierge... Formidable.

Mais, il n'y a pas de tournoi d'archer. Et Robin ne rencontre pas Petit John au bâton pour passer le gué...

Qu'importe, le plaisir reste entier...

... En attendant la version Curtiz qui va donner ses lettres de noblesse à ce personnage haut en couleur !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Tod Browning, #Lionel Barrymore, #John Gilbert
La Morsure (The Show - Tod Browning, 1927)

Cock Robin (John Gilbert) est un baratineur de foire. Tous les jours, il vante les mérites de son spectacle à une foule rapidement conquise, surtout les femmes ! Il présente un spectacle en deux parties : des femmes-monstres et une reconstitution des derniers instants de Jean le Baptiste, avec décollation en direct.

Bien entendu, tout n'est qu'illusion, les monstres comme l'exécution, mais le spectacle continue...

 

La Morsure. Le titre original, c'est Le Spectacle. D'accord, il y a une morsure, mais ce n'est pas le plus important ! Mais arrêtons de se battre avec les traducteurs du cinéma, sinon, on n'en finirait pas.

Tod Browning, qui a fait (une partie de) ses classes chez Barnum, a toujours été fasciné par le spectacle. Nombre de ses films y font référence, tout comme celui-ci, quelques mois avant L'Inconnu, qui mettra en scène un personnage - Alonso (Lon Chaney - qui n'est pas celui qu'il prétend. Là encore le spectacle est prétexte à mystification pour le spectateur (dans le film). Et Browning révèle le truc à celui du cinéma, afin de le prendre comme complice dans cette même mystification.

Mais, oh surprise, Lon Chaney n'apparaît pas au générique. Pourtant, Robin est un personnage qui aurait tout à fait convenu à ce grand acteur. Le seul problème, c'est que Robin, de par son rôle d'aguicheur, devait être tenu par un jeune premier. D'où la présence de John Gilbert. Ce dernier retrouve d'ailleurs Renée Adorée avec qui il avait joué deux ans plus tôt (La grande Parade).

Robin est un personnage dans la lignée de Liliom : il parle bien, présente bien, et les femmes se pâment à sa vue (ou presque). Comme Liliom, il n'hésite pas, quand les circonstances le lui permettent, de gifler une femme (et comme Liliom, il a un magnifique sweater à rayures : ça doit être l'uniforme des bonimenteurs de foire...). Bref, ce n'est pas un personnage très fréquentable.

Mais il est irrésistible...

En face de lui, un méchant comme on les aime : le Grec (Lionel Barrymore). Un méchant au regard clair et aux scrupules absolument absents. Une réussite !

Et puis il y a le vieil homme aveugle (Edward Connelly). Son fils est en prison, mais Salomé (Renée adorée) lui fait  croire qu'il est soldat couvert de gloire et qu'il va revenir. Là encore, tout n'est qu'illusion : ce vieil homme croira jusqu'au bout que son fils va revenir. Alors quand il le retrouve, l'émotion est forte. Trop. Connelly, qui a joué dans nombres de grands films muets, signe ici encore une belle interprétation de père désespéré.

C'est cet homme qui fait basculer l'intrigue. Il amène Robin à la rédemption, poursuivant une chimère qu'il pense avoir attrapée. Au contact de cet homme, les illusions de Robin tombent : il voit le monde tel qu'il est et décide de s'amender. Mais il y a toujours le Grec, qui a bien l'intention d'en finir avec lui...

 

Alors oui, Gilbert n'a pas la plastique faciale, ni la prestance du grand Lon, mais sa prestation reste honorable. Mais c'est Renée adorée qui illumine l'écran à chaque fois que la caméra se rapproche d'elle : son regard clair brouillé de larmes est magnifique.

Mais Browning reste Browning, continuant à proposer des personnages doubles qui ne sont pas qui ils prétendent être, qu'ils le veuillent (Lon Chaney) ou non (John Gilbert).

 

[Petit détail : un intertitre prémonitoire « vous avez été engagées pour être des monstres... pas des vampires » ("You're hired as freaks... not vampires")]

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #John Ford, #John Wayne
La Chevauchée fantastique (Stagecoach - John Ford, 1939)

Ca aurait pu s'appeler plus simplement : la Diligence. Mais il faut toujours que les traducteurs fassent dans le sensationnel.

Pourtant, il faut reconnaître une chose : la chevauchée dont on parle est tout bonnement fantastique. Rarement une poursuite aussi intense a eu lieu dans un western.

D'un côté une diligence noire, remplie de citoyens pas tous très fréquentables, de l'autre une bande d'Apaches assoiffés de sang.

Le tout dans le décor somptueux de monument Valley.

Parce que c'est un film de John Ford. Il s'agit même du premier avec John Wayne en vedette. Ce film va en plus révéler ce dernier qui, depuis la Piste des géants était un peu sous employé.

 

Alors on retrouve les éléments fordiens : un microcosme de personnages pittoresques qui ne sont pas toujours bien assortis. Mais c'est de ces différences que naissent de belles histoires. Malgré le cadre extraordinaire de Monument Valley, nous assistons à ce qui ressemble à un huis clos pendant les trois quarts du film, l'intrigue s'ouvrant légèrement une fois les protagonistes arrivés au bout du voyage.

Huis clos parce que, où qu'ils se trouvent, ils sont toujours ensemble dans le même lieu, et si par hasard quelqu'un leur tient compagnie, rapidement cette personne s'efface voire s'enfuit.

Et ce huis clos est intéressant de par la diversité des personnages.

 

Deux camps s'affrontent :

- les bons citoyens Mrs Mallory (Louise Platt), Mr Hatfield (John Carradine) et Mr Gatewood (Berton Churchill). Ce sont les tenants de la bonne société. Ils ne se mélangent pas avec n'importe qui et le montrent bien.

- Au milieu, le shérif Curley (George Bancroft), Buck (Andy Devine), le conducteur de la diligence et Mr Peacock (Donald Meek).

- les mauvais sujets : Dallas (Claire Trevor), Dr Boone (Thomas Mitchell) et Ringo (John Wayne). Entre Dallas, qui est chassée de la ville parce que prostituée, le docteur Boone qui est un alcoolique notoire et Ringo qui sort de prison, pas étonnant que les autres les regardent de travers. Pourtant, ce sont bien eux les plus attachants. Dallas a beau être ce qu'elle est, elle n'en demeure pas une femme que Ringo - jeune et naïf, certes, malgré ses frasques passées - respecte. C'est d'ailleurs cette naïveté qui redonne sa fierté à Dallas, se sentant à nouveau une femme comme les autres.

 

Et Ford nous amène à aimer ces trois « paumés » : des criminels ou assimilés comme tels. On est loin du manichéisme dominant dans les westerns. Il est rare de vibrer pour une ex-prostituée, un repris de justice et un alcoolique... Mais ce sont eux les vrais vivants du film. Et Mrs Mallory le comprendra finalement, alors que Hatfield n'aura pas le temps, et Gatewood d'autres préoccupations.

Mais l'art de Ford, c'est de recréer cette période légendaire des Etats-Unis, après la guerre de Sécession - les blessures ne sont pas encore guéries - où les autres personnages gravitant autour du groupe vedette donnent un cachet de réalisme et d'humanité formidables. Les barmen, par exemple sont omniprésents : le premier, c'est Jack Pennick, qui est bien content de se débarrasser d'un client comme le docteur Boone ; le second, c'est Francis Ford - frère de l'autre -  alter ego de Boone qui voit avec beaucoup de bonheur arriver un tel compagnon de boisson ; le troisième, à Lordsburg, ne parle pas, il agit et met vite à l'abri son miroir, sentant que la discussion entre Ringo et les frères Plummer risque de faire des dégâts. Mais il sait être reconnaissant envers Boone de lui avoir sauvé les meubles...

 

Et puis il y a les Indiens. Pendant la plus grande partie du film, ils ne sont que mentionnés. On aperçoit même des signaux de fumée ou des reflets métalliques, mais pas d'Indien. pourtant la menace est présente et va en s'intensifiant.

Ils n'apparaissent que dans les dernières vingt-cinq minutes, et de façon plutôt... Brutale ! S'ensuit alors la célèbre chevauchée dans laquelle on assiste à un grand moment de cinéma, avec en point d'orgue le célèbre plan en contre-plongée avec la diligence et les chevaux qui passent par dessus la caméra. Du grand cinéma !

 

[En 1968, Morris et Goscinny sortiront La Diligence, quarante-septième aventure de Lucky Luke avec des éléments de l'intrigue du film, utilisant des personnages pittoresques dont certains furent directement inspirés par le film : Mr Flimsy (pour Mr Peacock), Scat Thumbs (pour Hatfield), le révérend Rawler (pour Gatewood). Un autre régal]

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Francis Ford Coppola, #Gangsters
Cotton Club (The Cotton Club - Francis Ford Coppola, 1984)

Harlem, 1928.

Dixie Dwyer (Richard Gere) joue du cornet dans un club.

Dans ce même club, les frères Williams (le regretté Gregory Hines et son frère aîné Maurice) ont un duo de claquettes.

Parmi les clients, Vera Cicero (Diane Lane), et surtout Dutch Schultz (James Remar, fabuleux), un caïd vraiment mauvais.

Et le Cotton Club, plaque tournante de ce microcosme.

 

Le Cotton Club, c'est le club mythique de Harlem où les Blancs venaient voir et écouter les Noirs. C'est là que se sont produits Duke Ellington, Cab Calloway ou encore Joséphine Baker,(pour ne citer qu'eux).

Ici, c'est le centre de l'action. Tout le monde va au Cotton Club : pour y jouer (les frères Williams), pour voir (Dutch Schultz), pour être vu (Chaplin, Cagney, Swanson...), pour vivre (Owney Madden/Bob Hoskins)...

Mais derrière le strass et les paillettes du Club, des histoires moins belles se déroulent. pendant environ cinq ans, on assiste à lune évolution de la société : officielle avec au final l'acceptation des Noirs comme spectateurs (à l'écart, tout de même), et officieuse avec l'installation de la Mafia italienne.

On suit en parallèle l'ascension de Sandman et la déchéance du Dutch (d'où la séquence finale, voir plus bas). Et au milieu de tout ce petit monde : Dixie Dwyer. Découvert par le Dutch (= le Hollandais), il va peu à peu s'en éloigner et vivre sa vie dans ce monde en constante évolution, l'avènement du cinéma parlant et la crise de 1929.

 

Dix ans après Le Parrain 2, Coppola renoue avec les films de gangsters. Mais un peu avant l'avènement de la mafia. Ca pourrait presque être le lien qui manque entre les débuts de Vito Corleone (Robert de Niro) et le même en patriarche établi (Marlon Brando). D'ailleurs, le futur parrain, Charles Luciano (« Little » Joe Dallessandro) a un grain de beauté sur le visage (sur l'autre joue, mais qu'importe, le clin d'œil est là).

Et comme nous sommes chez Coppola, nous assistons aussi à la désagrégation d'une famille, les Dwyer : le père, déjà disparu ; la mère qui donne des cours de danse aux enfants du quartier ; Vince (Nicolas Cage) qui tourne gangster ; et Dixie qui voit sa famille se diluer avec le temps.

Et puis la violence est là, indispensable à ce sujet, souvent soutenue par des numéros musicaux du Club, en surimpression. N'oublions pas que Dutch Schultz est un mélomane !

La musique, d'ailleurs est omniprésente et rythme la vie des personnages. Evidemment, Duke Ellington se taille la part du lion (à tout seigneur, tout honneur), apparaissant même (Zane Mark) : ouverture du film avec The Mooche ; clôture avec, sur fond bleu évidemment, Mood Indigo... Mais il faut compter aussi avec Cab Calloway (Larry Marshall) - « monsieur Plus » comme l'appelait Cabu - qui nous fait un magnifique numéro avec son incontournable Minnie the Moocher. Un régal.

 

Enfin, Coppola nous offre, en point d'orgue une séquence en montage parallèle d'une grande virtuosité. Elle rappelle celle d'Apocalypse Now, quand le général est enfin tué, en même temps qu'un taureau. Mais ici, pas de bête menée à l'abattoir. Quoi que... D'un côté, le Dutch, de l'autre Dalbert Sandman Williams dans un numéro de claquette époustouflant. Sans musique, rien que lui, ces chaussures ferrées et une poursuite lumineuse. Et plus la danse gagne en intensité, plus l'issue - fatale, bien sûr - se rapproche pour le Dutch.
Mais on ne pouvait pas finir sur une note aussi dramatique alors Coppola nous offre un final musical sur High Life (Ellington) où la danse du Club se mêle au destin des personnages, dans un décor - bien entendu - de spectacle.

Parce que finalement, ce n'était qu'un spectacle.

 

Cotton Club est un film qui se déguste comme une friandise rare : avec délectation, mais surtout avec gourmandise.

A (re)voir donc, mais aussi à écouter...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Western, #John Wayne
La Prisonnière du désert (The Searchers - John Ford, 1956)

Monument Valley.

John Wayne, Ward Bond, John Qualen et même Jack Pennick.

Une jeune femme forte.

Un square dance.

Une bagarre.

 

Pas de doute, nous sommes dans un film de John Ford. Mais quel film. L'un des plus extraordinaires du maître. Plus qu'un film, c'est une quête. Une quête pour ses racines.

Ethan Edwards (John Wayne)est un aventurier. Il n'a pas d'attache. Juste une famille qu'il visite quand l'envie lui prend ou qu'il a le temps. Cette famille, c'est son frère Aaron (Walter Coy) et sa femme Martha (Dorothy Jordan) et leurs enfants dont la plus jeune, Debbie (Lana Wood). Malheureusement, la ferme de son frère est attaquée et seule Debbie survit. Elle survit mais est enlevée par le chef indien Scar (Henry Brandon).

Commencent alors un peu pus de cinq ans de recherche pour Ethan et Martin Pawley (Jeffrey Hunter), un jeune garçon qu'Ethan avait sauvé des Indiens quand il était petit.

Ethan est certes un aventurier, mais il a pourtant des convictions. C'est avant tout un homme du Sud. Pendant la Guerre Civile, il était du côté des Confédérés.

Ce positionnement peut aussi expliquer sa haine des Indiens. Cette haine, renforcée par ce qui arrive à sa famille est présente avant. Il a des raisons de leur en vouloir avant que tout commence. C'est un homme pour qui « un bon Indien est avant tout un Indien mort. »

Et pourtant.

Pourtant, dans sa quête, il croise nombre d'Indiens sans montrer une quelconque animosité. Paradoxalement, c'est de Martin qu'il se méfie : Martin a du sang indien, c'est tout ce qui fait la différence pour Ethan. Mais cette quête inclut aussi Martin, qui a été élevé avec les enfants Edwards. Cette différence de racines est source d'antagonisme entre deux hommes : Ethan représente la vieille génération alors que Martin est la jeune, celle qui a l'avenir. Celle qui fait dire à Ma Jorgensen (Olive Golden) que ce pays deviendra un jour civilisé...

Cet antagonisme rappelle celui d'un autre film dans lequel jouait John Wayne : La Rivière rouge (1948). Mais le propos est très différent et là s'arrête la comparaison. Et malgré tout, on sent poindre des changements dans l'attitude des deux hommes : Martin grandit au contact de ce père putatif alors qu'Ethan s'humanise à son contact.

Mais si transfiguration il y a, elle ne peut être spectaculaire : un vieux cowboy comme Ethan ne peut pas changer entièrement. C'est trop tard. Et puis de toute façon, son destin n'est pas de s'installer. il repartira, c'est sûr.

D'ailleurs, la séquence finale est un rappel de celle d'ouverture : une porte ouverte vers le désert, avec cette fois Ethan, la main gauche sur le bras droit, en hommage à un vieux complice de John Ford : Harry Carey, dont c'était l'un des gestes.

Et puis il y a tout ce qui fait de ce film un élément fordien : oui, ça danse, ça boit et ça se bat. Mais c'est avant tout une histoire de famille. Une histoire de racines. Pour Ethan, Martin n'est qu'un étranger. et Debbie, au contact des Indiens le devient pour lui. Mais c'est tout de même cet attachement familial qui le porte dans sa quête et lui fait faire la dernière expédition. Qu'il le veuille ou non, Debbie est avant tout l'avenir de sa famille, plus que Martin.

Et puis il y a le microcosme gravitant autour de l'intrigue principale : la petite histoire à côté de la grande, avec ses personnages hauts en couleur :

- Jorgensen (John Qualen), le Suédois devenu américain qui n'oublie pas de chausser ses lunettes pour écouter la lecture de sa fille.

- Clayton (Ward Bond), le révérend qui est aussi Texas Ranger et passe d'une fonction à l'autre sans beaucoup de difficulté. C'est aussi lui qui amène le premier la vie dans le film : son arrivée à la ferme Edwards est terriblement fordienne.

- Et les femmes. Surtout deux d'entre elles : Ma Jorgensen et sa fille Laurie (Vera Miles). Laurie est l'archétype de la femme fordienne : elle a une volonté très forte et une autorité naturelle qu'on retrouve chez nombres d'héroïnes du maître. Mais elle a beau montrer une fierté qui touche à l'orgueil, elle ne peut résister longtemps à celui qu'elle aime. Elle ressemble beaucoup à Mary Kate Danaer dans l'Homme tranquille.

 

Terminons sur Ethan (encore lui). John Wayne campe, avec beaucoup de talent, un personnage ambigu assez différent de ceux qu'il a déjà joués pour Ford. Son personnage n'est pas d'un bloc comme d'habitude. Alors que d'habitude on le catalogue rapidement dans les bons, ici, il a un rôle beaucoup plus subtile. Il n'est ni bon ni vraiment méchant : le monde n'est pas manichéen. Alors il passe d'un côté à l'autre de la balance sans toutefois se fixer.

 

D'un point de vue moral comme d'un point de vue physique, de toute façon, il ne se fixera jamais.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fantastique, #Comédie dramatique, #Terry Gilliam
The Fisher King (Terry Gilliam, 1991)

Il est bientôt cinq heures à Grand Central Station.

C'est la sortie des bureaux et tout le monde se rue afin de prendre son train vers la maison.

Et puis elle apparaît : Lydia (Amanda Plummer).

Alors le temps s'arrête. Ou plutôt, il s'écoule différemment. La lumière change, la musique s'intensifie : c'est une valse. Et les New Yorkais pressés se mettent en couple et dansent sur ce rythme ternaire alors que la pendule de la gare égrène les minutes, surmontée d'une boule à paillettes qui accentue la magie de l'instant.

Et puis le premier coup de cinq heure retentit. La musique s'arrête. Chacun repart vers sa destination.

Parry (Robin Williams) est heureux. Il attend demain avec impatience.

 

C'est - à mon avis - l'une des plus belles scènes du film. Terry Gilliam arrive à faire sortir la magie de n'importe quel lieu. il suffit de le laisser faire. C'est d'ailleurs l'une des rares choses qu'on l'a laissé faire, vu que ce film est une commande. Les Oulipiens disaient - avec justesse - que « la contrainte est libératrice. »

Encore une fois, ils ont raison. Il y a dans cette histoire plutôt convenue une émotion et une magie qu'on retrouve dans les films de Gilliam.

Jack Lucas (Jeff el Duderino Bridges) est un animateur de radio qui a eu une parole de trop. Résultat : un homme est entré dans un bar et a flingué à tout va avant de se tuer. Parmi les victimes, la femme du professeur Henry Sagan. Et Henry Sagan, c'est Parry.

Depuis, c'est la descente aux enfers, auprès d'Anne (Mercedes Ruehl), bien bonne d'avoir récupéré une telle épave.

Mais cette épave n'a pas encore touché le fond. et au moment où elle le fait, au moment où soit on coule définitivement, soit on prend appui pour remonter, intervient Parry et son armée de clochards.

Alors Jack va découvrir qui est Parry et malgré lui, l'aider. Vraiment.

 

Jack fait partie de ces héros égoïste, égocentrique, égotique... Bref, c'st tout de même un sale type. Mais heureusement, il rencontre le professeur Sagan. Va alors commencer une thérapie bilatérale. Chacun va se nourrir de l'autre, lui parler, l'écouter, essayer de le comprendre et de l'aider.

Mais cette thérapie ne suffit pas. Il y a un but suprême à cette rencontre : une quête. LA Quête : le Graal. Et comme toujours, la route vers le Graal est semée d'embûche, en l'occurrence le Chevalier Rouge, un ennemi redoutable.

Mais, seul Parry voit ce Chevalier Rouge...

Il n'intervient pas très souvent : à chaque fois que Parry est heureux ou en passe de l'être.

Il y a un parallèle évident entre Parry et Sam Lowry, le héros de Brazil :

- Lowry s'enfonce dans les ennuis, alors il s'endort et rêve. C'est sa seule façon d'échapper au cauchemar quotidien.

- Parry a une vie nulle, dans la rue. Mais à chaque fois que sa vie va s'éclairer, le rêve le prend éveillé pour l'empêcher d'accéder à ce bonheur promis.

Mais Jack est là. et Jack, en sauvant Parry ne cherche qu'une chose : se sauver lui-même. Je vous l'ai dit, c'est un égoïste. Mais alors qu'il pensait s'en tirer avec quelques billets lâchés à un pauvre clodo, il se retrouve impliquer dans une quête mystique et médiévale dont il ne pourra pas sortir indemne. Comme dans toute belle histoire, le héros finira transfiguré. Il n'est plus lui-même. Il est devenu quelqu'un d'autre, de meilleur : la fameuse rédemption chère aux Américains !

 

Toujours est-il que cette rédemption passe par New York. Une autre ville. Pas celle de Woody Allen ou Scorsese (et les autres). Non. C'est une ville pleine de mystère où chaque coin de rue recèle ses mystères dissimulés par des nappes de brume opportunes.

 

Et puis il y a les femmes. Que seraient les chevaliers errants sans une dulcinée à (re)conquérir ?

L'une, c'est Lydia est une femme insignifiante. Elle n'a pas des manières bien évoluées (il faut la voir au restaurant jouer avec la nourriture et Parry pour comprendre). Mais aux yeux de Parry, c'est la plus belle femme du monde. Il est prêt à tout pour elle.

L'autre, c'est Anne. Une femme forte. Mais qui se laisse entraîner dans cette quête de rédemption avec de plus en plus de plaisir... Jusqu' à ce que Jack redevienne Jack... Mercedes Ruehl est magnifique !


Bref. Un film magique.

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