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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #Tod Browning, #Lionel Barrymore
La Marque du vampire (Mark of the Vampire - Tod Browning, 1935)

Quelque part en Europe centrale...

Sir Karell (Holmes Herbert) est mort. Assassiné. Comment ? Mystère...

On l'a retrouvé exsangue, avec des marques au cou.

Un an plus tard, c'est sa fille Irena (Elizabeth Allan) qui a été attaquée. Des marques similaires ont été retrouvées à son cou.

Un vampire rôderait...

 

Quatre ans après Dracula, Tod Browning nous propose une histoire similaire. Mais ce n'est plus le personnage de Bram Stoker qui est le centre de l'attention. Plutôt ce qu'on appellerait de nos jours un « copycat ».

Alors on a droit à un magnifique bestiaire : un hibou, des araignées (velues, bien sûr), des cafards (immondes, cela va de soi), et des chauves-souris. Plein de chauves souris. Dès que possible, il y en a une qui vole (la nuit) ou qui pend (le jour). Et puis des toiles d'araignées...

Oui, on se croirait revenu dans le film de 1931. Et pourtant. Seul Béla Lugosi était là dans le film précédent. Entre temps, Tod Browning est passé à la MGM, alors on y retrouve quelques figures qui ont souvent joué les seconds rôles pour la compagnie (Donald Meek, Lionel Atwill). Et le film, s'il traite des vampires est bien éloigné de l'histoire de Bram Stoker.

Le « vampire », c'est - bien entendu - Béla Lugosi. Là encore, très peu de musique (seuls quelques accords à l'orgue), le silence rendant l'atmosphère de terreur plus lourde.

Mora est accompagné de Luna (Carroll Borland),une étrange jeune femme au teint livide. Evidemment, ils vivent dans un château - celui désir Karell qu'ils ont loué. J'oubliais : le comte Mora (c'est le nom du vampire) a une plaie coagulée sur la tempe droite, de la taille d'un trou de révolver...

Mais si Dracula nous racontait les méfaits du comte (sans exactement les montrer), ici, encore une fois, ils sont seulement suggérés, sans être obligatoirement essentiels. Le comte Mora est un élémebnt du décor. Ce qui importe, c'est l'état de santé de la fille de Sir Karell.

Et pour l'aider à lutter contre ce fléau, elle a son van Helsing : le professeur Zelin (l'immense Lionel Barrymore), la véritable vedette du film. Tod Browning le retrouve six ans après West of Zanzibar.

Zelin est la caution scientifique de cette histoire. Il explique plus clairement la mythologie créée autour des vampires, élément qui manquait dans Dracula.

Mais ce qui manquait aussi dans Dracula, c'était l'humour. Ici, les seconds rôles ont des attitudes et des paroles qui ne manquent pas de saveur. Surtout Donald Meek, médecin - donc scientifique à l'esprit obligatoirement rationnel - qui a tout du pleutre, sous des apparences de sceptique.

Ici aussi, les visages sont importants. Mais le temps du muet est définitivement fini. Et si les expressions faciales ont un rôle à jouer, elles n'ont pas la force de l'opus précédent.
Et puis, de toute façon, la vérité est ailleurs.

Elle n'intervient que dans les dix dernières minutes. Ce sera aussi l'occasion d'entendre - enfin - la voix de Béla Lugosi à l'accent hongrois prononcé.

 

Donc, si vous voulez savoir cette vérité, vous savez ce qu'il vous reste à faire...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #Tod Browning, #Karl Freund
Dracula (Tod Browning, 1931)

Dans un château construit à même la montagne...

Une crypte immense.

Un cercueil sur le sol.

Le couvercle se soulève : une main en sort...

 

Du plan général au détail : comment créer une ambiance...

Et pour créer cette ambiance, l'un des maîtres de la caméra (un Allemand, cela va de soi...) : l'immense Karl Freund.

Sorti quelques mois avant Frankenstein, c'est - avec ce dernier - le film emblématique des studios Universal, celui qui donne la couleur horreur-fantastique qui va se développer dans ces années. C'est aussi un film qui va révéler celui qui jouait au théâtre le rôle éponyme: Béla Lugosi. Suivront vingt-cinq années de cinéma d'horreur pour ce dernier, ponctuées tout de même de rôles un peu différents (Mr Wong en 1934, Ninotchka en 1939...)

Mais Dracula, c'est avant tout un film d'atmosphère. Et la présence de Karl Freund, formidable opérateur du cinéma allemand (Le Golem, Le dernier des Hommes, Metropolis, Tartuffe...) y est pour beaucoup : l'utilisation de l'ombre et de la lumière, les éclairages particuliers (le visage de Dracula, surtout) rappellent les origines de Freund. Browning, pour sa part, continue d'explorer l'anormalité des humains. Et l'association des deux nous offre un film de belle facture. Inférieur, certes, au Nosferatu de Murnau, mais tout de même d'une grande qualité. La véritable raison de (sur)vivre de Dracula est de mordre ses victimes pour leur sucer le sang. Or jamais on ne voit d'attaque sur ses victimes, ni de canines proéminentes. A chaque fois, la séquence se terrible avant l'attaque. Cette attaque devenant suggestion, l'effet n'en est que plus fort : l'imagination (qui fait le reste) est le seul vrai moteur de la peur !

Il s'agit de la première adaptation autorisée par la famille Stoker (rappelez-vous, Murnau a travaillé dans l'illégalité !), mais le film s'appuie surtout sur la pièce de théâtre tirée du roman. Et, n'en déplaise aux ayant-droits de Bram Stoker, il est évident que Browning a vu (et aimé) la version précédente : on retrouve çà et là des éléments déjà vus...

Quoi qu'il en soit, ce film fut un immense succès (mérité).

On sent, en plus de la présence de Freund et Browning, l'influence du cinéma muet, surtout dans le rôle de Dracula : c'est un homme de peu de mots, où les attitudes et les gestes suffisent. Il est d'ailleurs bien dommage que Lon Chaney soit mort peu de temps avant le tournage : il devait jouer Dracula. On imagine facilement ce qu'il aurait fait de ce personnage noir aux manières irréprochables, jouant de son visage avec son brio habituel Non que Lugosi soit mauvais. Mais il n'atteint pas le degré de virtuosité du grand Lon. Mais Lugosi a un atout que ne pouvait pas avoir Chaney : son élocution. En effet, il était né là où se passe le début du film (Transylvanie). Son accent hongrois est donc on ne peut plus authentique !

Avec Lugosi, un autre acteur donne une magnifique prestation : Dwight Frye. Il est un Renfield inoubliable. D'une folie incroyable. Son regard, son élocution en font un personnage fascinant, mais inquiétant... Pas étonnant qu'il ait été choisi pour jouer Fritz dans Frankenstein.

Par contre, David Manners nous gratifie d'un Harker assez insipide...

 

Et après ?

Après, Freund retrouvera Béla Lugosi dans Double Assassinat dans la rue Morgue avant de signer son premier film : La Momie.

Quant à Browning, après être allé au-delà de la nature humaine avec cette histoire surnaturelle, il va se lancer dans son chef-d'œuvre (incompris, mal aimé...) avec une intrigue vraiment naturelle, où les « monstres » le sont réellement : Freaks.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Jean Grémillon, #Jean Gabin
Remorques (Jean Grémillon, 1941)

Deux silhouettes noires sur une plage de sable blanc.
Deux amoureux qui se promènent sur la grève : André (Jean Gabin) et Catherine (Michèle Morgan).

Lui, c’est un marin, un vrai : un capitaine. Son bateau, c’est le Cyclone, un navire de sauvetage en mer. Un navire qui envoie des remorques (d’où le titre) aux autres qui sont en détresse. Lui, il est marié. A Yvonne (Madeleine Renaud).

Elle aussi est mariée. A un incapable qui l’étouffe. Alors quand l’occasion se présente, elle s’enfuit, elle le quitte…

 

C’est dans la foulée du Quai des Brumes que Grémillon tourne cette histoire terrible en reprenant le couple vedette de ce film : Gabin et Morgan. Avec une différence par rapport au film de Carné : Gabin et Morgan sont maintenant ensemble aussi dans la vie. C’est un film sur mesure pour le couple tragique du film de Carné.

Film hommage aux sauveteurs en mer, c’est aussi une très belle histoire d’amour fou, fini ou non. D’un côté l’amour sûr, entre Yvonne et André : il est officiel, établi, routinier. De l’autre, c’est la passion, l’amour fou : entre André et Catherine, pas de lendemain, pas de projets, de l’amour et c’est tout.

 

Dès le début, on sait que cet amour intense ne durera pas : André, malgré tout, est marié à la mer. Il ne peut pas lui échapper. Même Catherine ne peut pas lutter. Mais Catherine le sait depuis plus longtemps qu’André. Il y a une tristesse et un fatalisme plus grand chez Catherine que chez Nelly du Quai des Brumes. Mais qu’importe, nous, spectateurs vivrons avec eux cet amour tragique. Et mêmes les amours tragiques d’André : aucune ne restera avec lui. Alors il lui reste sa véritable compagne : la mer. C’est avec elle qu’il reste, en attendant qu’elle l’emporte pour de bon.

 

Cet hommage aux sauveteurs est aussi une occasion de remettre dans leur contexte ces héros. « Le devoir avant tout. » Tel est leur devise. Alors qu’on célèbre le mariage de l’une d’entre eux, une alerte arrive : c’est la fin de la fête. Et il en va de même pour n’importe quel événement de la vie. Et c’est Yvonne qui l’exprime le mieux à longueur de film, malgré les protestations d’André.

Alors dans le Brest d’avant-guerre, cher à la Barbara de Prévert, on voit évoluer ces hommes normaux à qui il arrive toute sorte de choses normales, et qui se transforment en sauveteurs quand l’alerte est donnée. C’est aussi l’occasion de retrouver quelques seconds rôles du cinéma français des années 1930 : Charles Blavette (Tanguy, le cocu), Fernand Ledoux (Kerlo, le Bosco), Jean Dasté (Le radio du Cyclone), Marcel Duhamel (Poubennec)…


Et puis dans ce film tout empreint de réalisme poétique, on savoure – encore une fois – les dialogues du grand Jacques Prévert :

« Il peut pas faire vilain tous les jours : ce serait trop beau ! »

« Quand on est bien, quand quelque chose d’heureux vous arrive, eh bien on se dit "j’oublierai jamais cette chose-là", parce qu’on sait bien que ça ne va pas durer longtemps » (Laurent)

« En mer comme ailleurs, et même sur un bateau : les salauds, c’est toujours les salauds. » (André)

« Quand on se tait, c’est qu’on a beaucoup de choses à se dire. » (Catherine)

 « Chut. Taisez-vous. Embrassez-moi. » (Catherine)

« Il est pas bizarre, il s’emmerde. […] Y a rien à faire quand on s’emmerde, vous entendez, rien à faire. Moi j’ai tout essayé… » (Kerlo)

 « Ceux qui sont malheureux devraient se reconnaître entre eux. Ou alors… Ce serait malheureux. » (Kerlo)

« Heureusement, les mots qu’on dit quand on souffre ou quand on est en colère, ça compte pas. » (Yvonne)

 

[Sorti en 1941, en pleine Occupation, ce film à la gloire des sauveteurs en mer laisse, avec le recul une petite pointe ironique : alors que l’armée française a été défaite et que les films français doivent éviter de la glorifier, on pourrait presque croire qu’avec ce film Grémillon, Cayatte et Prévert rendent tout de même hommage à des soldats : ceux du devoir. Mais j’extrapole…]

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Greta Garbo, #Monta Bell, #Muet, #Drame
Le Torrent (The Torrent - Monta Bell, 1926)

Elle est jeune et belle. Elle est amoureuse. Elle s’appelle Leonora (Greta Garbo).

Il est jeune et beau. Il est amoureux. Il s’appelle Rafael (Ricardo Cortez).

Entre eux deux – parce que ce n’est pas un amour heureux – Doña Bernarda Brull (Martha Mattox), la mère de Rafael.

Doña Bernarda, c’est l’archétype de la duègne : sèche et mauvaise. Son ambition : faire de son fils un député comme l’était son père.
Alors pour ça, il faut écarter Leonora…

 

« La vie ne vaut d’être vécue sans amour, et c’est vous qui l’avez voulu, mon amour. » Ce vers de Gainsbourg s’applique très bien à ce film de Monta Bell. Car nous assistons à un incroyable gâchis, dû au manque d’amour.
Leonora et Rafael auraient dû s’aimer. Ils étaient faits l’un pour l’autre. Mais la vieille Doña Bernarda veillait et va tout faire pour s’opposer cet amour « honorable », comme le qualifie Rafael. L’honorabilité est d’ailleurs le seul moteur de la famille Brull. Et C’est en son nom que Rafael va renoncer à son bonheur.

Il faut ajouter que Doña Bernarda est conseillée par l’infâme Don Andrés (Tully Marshall), abject à souhait. C’est à chaque fois lui qui tue l’amour dans l’œuf, à chaque renaissance.

Reste un amour contrarié avec une Greta Garbo qui tournait là son premier film aux Etats-Unis. Belle, toujours belle, mais triste, comme souvent. Cette femme sublime qui souffre pour celui qu’elle aime : coiffée d’un châle noir, et filmée par William H. Daniels, elle est magnifique (Ce dernier tournera encore beaucoup avec Garbo, pour notre plus grand plaisir).

Quant au torrent dont il est question, il fait des siennes et nous permet de vivre une belle séquence de catastrophe, quand il déborde et engloutit tout sur son passage.

Le mythe Garbo va naître : elle est déjà (très) belle (je crois que je l’ai déjà dit), et joue un rôle de femme fatale à la moralité douteuse. Cette moralité douteuse qui ne devrait pas l’être sera – déjà – sa perte, ou plutôt celle des amants.

Il est dommage que ce ne soit que Ricardo Cortez qui partage la vedette avec elle (il est d’ailleurs en tête d’affiche. Mais la MGM n’a pas voulu prendre trop de risque avec cette jeune Suédoise qui débarquait à Hollywood. Dommage. Un latin lover comme Ramon Novarro (ou mieux encore, Rudolph Valentino) aurait pu donner un peu plus d’épaisseur à cet homme faible, dirigé par sa mère.

 

Mais rassurons-nous : les deux films suivants de Garbo seront à la hauteur et créeront le mythe !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Fred Zinnemann
Tant qu'il y aura des Hommes (From here to Eternity - Fred ZinnemannFred z, 1953)

Hawaï, 1941.

Le soldat Prewitt (Montgomery Clift) vient d'être affecté à Schofield (8 miles de Pearl Harbour). C'est avant tout un joueur de clairon. Mais par le passé, il a été boxeur. Suite à un accident, il a raccroché les gants. Mais Holmes (Philip Ober), le commandant de la base, ne l'entend pas de cette oreille. Il veut que Prewitt remonte sur le ring.

Comme Prewitt refuse, il met en place le « Traitement », pour le faire craquer.

 

1953. Un nouveau film de guerre. Mais cette fois-ci, pas de guerre. Ou si peu. On se concentre alors sur la vie d'une garnison en temps de paix. Mais la menace est malgré tout présente. Plusieurs fois, le journal de Warden (Burt Lancaster) annonce des développements en Europe.

Mais soldats américains s'ennuient à répéter leurs exercices. Alors ils font des rencontres inter-corps. De la boxe, par exemple.

 

Ce n'est pas un film sur l'entraînement des soldats comme on aurait pu l'imaginer, mais bien le dernier moment de répit avant le conflit. On sent d'ailleurs que ce conflit est inéluctable. Mais aussi salvateur pour ces hommes malgré tout oisifs. Leurs seuls frissons, c'est la cuite qu'ils prendront lors de leur prochaine sortie. Il est temps que ces hommes retrouvent le chemin des champs de bataille.

Cette oisiveté les fait se monter les uns contre les autres : les boxeurs contre Prewitt, Fatso Rudson (Ernest Borgnine) contre Maggio (Frank Sinatra)...

Mais c'est cette suite d'antagonismes fait le sel du film. Il faut voir Prewitt en baver et Maggio s'attaquer à Rudson pour prendre toute la mesure de cette violence contenue par ces hommes. Violence qui va bientôt pouvoir s'extérioriser dans cette guerre qui arrive : ce sont avant tout des soldats.

Parallèlement, on assiste à deux histoires d'amour. La première entre le Warden, l'homme de confiance de  Holmes, et Karen, la femme de ce dernier (la belle Deborah Kerr). La seconde entre Prewitt et Lorene (Donna Reed), une entraineuse.

Ces deux relations amoureuses elles aussi sont teintées de violence : tout n'est pas serein. Il faut dire aussi que les protagonistes de ces romances sont des accidentés de la vie, surtout Prewitt et Karen .


Et puis il y a ces hommes dont parle titre français. A l'origine, ils ne sont pas mauvais. Mais le désœuvrement les rend méchants, cherchant parmi eux leur ennemi, puisque la guerre se fait alors sans eux. Et Monty Clift et Frank Sinatra jouent de magnifiques parties. Monty par sa capacité à encaisser, Sinatra par sa témérité qui frôle l'inconscience. C'est certainement l'un de ses plus beaux rôles (avec l'Homme au bras d'or). Maggio est à la fois avenant et prévenant mais sait se transformer en bête violente si l'occasion se présente. Et Borgnine, son ennemi ici, est un adversaire de choix : un magnifique salaud.

Alors on attend. On attend le 7 décembre (jour de l'attaque), et surtout, on attend la scène archiconnue du baiser sur la plage avec la vague qui les submerge !


Et enfin... Enfin on pense à Harvey Kurtzman et Bernie Krigstein qui ont signé une magnifique satire de ce film pour MAD, un peu après sa sortie.

A voir autant que le film !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Rob Reiner
Stand by me (Rob Reiner, 1986)

Ray Brower a disparu.

Ray Brower, c'est un jeune garçon de Castle Rock, Oregon.

Alors tout le monde a envie de le retrouver. Ceux qui y arriveront seront des héros, ou du moins c'est ce que pensent Gordie (Wil Wheaton), Chris (River Phœnix), Teddy (Corey Feldman) et Vern (Jerry O'Connell) - quatre amis à la vie à la mort - de 12 ans.

Mais ils ne sont pas les seuls sur le coup : les grands frères ont eu la même idée...

 

Une nouvelle de Stephen King.

Une bande de gamins : un dur, un binoclard, un petit gros et un écrivain. Ca vous rappelle quelque chose ? Sauf que c'était avant Ca. Mais nous avons malgré tout les mêmes éléments. Le surnaturel en moins.

Parce que cette histoire - semi-biographique - est tout à fait normale.  Pas d'intervention extérieure paranormale, pas de ressort extra-ordinaire pour nous faire peur. D'ailleurs, il n'est pas question d'effrayer qui que ce soit. Rob Reiner nous raconte une chronique de fin de l'enfance.

Ces quatre copains vont vivre une expérience qui les transformera, comme dans tout bon conte : à la fin, les héros ne peuvent plus être comme ils étaient. Un changement doit avoir lieu.

Et c'est la découverte de Ray Bower qui sera le déclencheur de cette transformation. Ces quatre enfants ne verront plus la vie de la même façon, même si leur vie ne va pas changer tant que ça. « La ville semblait plus petite » déclare Gordie quand ils rentrent chez eux après cette expérience.

Ce n'est pas la ville qui a rétréci. Ce sont eux qui ont grandi. Ils viennent de quitter l'enfance, et entrent dans l'adolescence.

Nous sommes à la période charnière entre le monde de l'enfance et l'irruption des filles dans la vie des garçons. D'ailleurs, il n'y a aucun rôle féminin d'envergure (mis à part la mère de Gordie, mais c'est tout de même anecdotique). Et Reiner reste à hauteur de vision de cet enfant de 12 ans (Gordie). Même la bande des grands frères (Kiefer Sutherland en tête) est une bande masculine. Les filles n'intéressent pas encore Gordie et ses copains, alors il doit en être de même pour les plus âgés.

Ce passage vers l'adolescence est un véritable parcours initiatique. Le fait d'avoir menti afin de pouvoir entreprendre les recherches en secret est la première étape : ils se retirent du monde connu pour accomplir un exploit. Ensuite, se pose le problème de la survie alimentaire. Ils doivent se nourrir pour survivre à cette expérience (heureusement, ils ont assez pour se payer de quoi manger un peu). Puis vient la nuit. C'est le moment véritable de l'initiation. Tels des écuyers en passe de devenir chevaliers, ils doivent veiller - à tour de rôle - afin de sécuriser leur campement. C'est aussi pendant ce moment de veille que leurs démons ressurgissent : le frère mort (John Cusack) de Gordie, l'épisode de l'argent volé pour Chris.

Puis c'est l'épreuve : celle qui fera d'eux définitivement des hommes. Elle se présente sous la forme d'une étendue d'eau qu'il faut traverser. Sans embarcation.

Cela semble facile à première vue. trop facile, même. Alors on introduit un véritable péril : les sangsues. Et pour que ce soit encore plus une épreuve, il suffit de voir ce qui arrive à Gordie (voyez le film, vous comprendrez)...

Alors quand ils retrouvent Ray, c'est un peu comme s'ils avaient découvert le Graal. Leurs yeux s'ouvrent (surtout pour Gordie, le véritable héros de l'histoire), et on comprend aisément pourquoi le temps de l'enfance - et donc de l'innocence - est terminé.

Ils sont prêts à affronter la vraie vie.

Et donc prêts à mourir...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fritz Lang, #Drame
Liliom (Fritz Lang, 1934)

Liliom, c'est un baratineur de foire. Toute la journée, il fait le boniment pour le carrousel de madame Moscat (Florelle).Il a la gouaille, il est beau et il chante magnifiquement. Bref, toutes les femmes sont un peu amoureuses de lui. Et en plus, c'est Charles Boyer !

Et parmi toutes ces jeunes femmes, il y en a une. Elle est différente. Ca ne s'explique pas. Elle s'appelle Julie (Madeleine Ozeray).

Et Liliom tombe amoureux d'elle.

Mais Liliom est un orgueilleux...

 

Quatre ans après Frank Borzage, Fritz Lang s'attaque à la pièce de théâtre de Ferenc Molnár. A cette époque, il est en transit. Il part pour l'Amérique - l'atmosphère en Allemagne étant un tantinet viciée (surtout pour les Juifs comme lui), même s'il avait de bonnes relations avec Goebbels. Le voilà donc de passage à Paris. C'est d'ailleurs là qu'il situe l'action du film (Borzage avait gardé Budapest comme cadre).

Alors il reprend le même schéma. Il allonge certaines scènes, et finalement, le film est petit peu plus long (118 minutes pour 94 chez Borzage), mais la structure reste la même, les proportions sont gardées. La mort de Liliom intervient aussi au deux tiers du film.

Mais c'est la façon de traiter l'histoire qui change totalement. Il n'y a pas les jeux d'ombres chers à Borzage. Mais un traitement un petit peu plus léger de l'intrigue. Et puis surtout, Charles Boyer est impérial dans ce rôle de drôle de mauvais garçon (pas si mauvais que ça, d'ailleurs). Il a la carrure (il fait moins dégingandé que Charles Farrell) et le ton qui va avec. Alors que Farrell campait un Liliom un tantinet gauche, Boyer, lui, est déterminé. Et beaucoup plus viril. Il est fort et n'hésite pas à se battre si nécessaire. Mais malgré tout, il ne vaut pas mieux. C'est toujours une espèce de fainéant bon à rien, comme le dit sa logeuse Mme Menoux (Maximilienne, la « vraie jeune fille » de l'Assassin habite au 21)

Mais alors que Borzage développait l'aspect ferroviaire de la vie après la mort, Lang réduit cet état à un examen policier. Il replace par la même occasion l'acteur qui joue le rôle du commissaire dans la vraie vie (Henri Richard), avec les mêmes soucis inhérents à sa fonction.

Le traitement de l'espace surnaturel - incluant le paradis possible - est le seul élément traité de façon irréaliste, alors que le reste du film est situé dans des décors vraisemblables. Chez Borzage, tout était faux, mais cela faisait partie de la façon d'appréhender l'histoire. Ici, Lang s'amuse à nous montrer des policiers ailés (zélés ?) assistés d'anges pas vraiment séraphiques. Ils ont plutôt des allures d'entrepreneurs... De pompes funèbres !

Et puisque c'est un film de Lang, les scènes se répondent : « 1, 2, 3... » compte Liliom. Et le 3, c'est le numéro de la porte où il est convoqué à la police...

A la police, où il attend, et on voit les heures tourner sur la pendules du commissariat. C'est d'ailleurs avec ce même mouvement tournant d'ouverture d'un nouveau plan que l'attente se termine, et que Liliom peut rencontrer celui qui l'a convoqué.

Et puis, au détour d'une scène, Antonin Artaud, égal à lui-même...

Alors, faut-il choisir entre le Liliom de Borzage et celui de Lang ? Non. Celui de Lang, même s'il reprend les mêmes épisodes que celui de 1930, est un autre film. Le point de vue est différent. Il n'a pas l'esthétique magnifique de celui de Borzage, mais il gagne en intensité humaine. Les acteurs jouent plus juste, et décidément, Charles Boyer est un magnifique Liliom !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Frank Borzage, #Drame
Liliom (Frank Borzage, 1930)

Julie (Rose Hobart)

Une jeune femme, servante dans la haute société.

Son rayon de soleil : Liliom (Charles Farrell), le bonimenteur du carrousel.

Mais Liliom est un paresseux, un bon à rien...

Pourtant, Julie l'aime.

 

Il s'agit de la deuxième adaptation de la pièce de Ferenc Molnár La première parlante. Pourtant, c'est celle de Fritz Lang qu'on connaît plus. Alors que...
Alors que Frank Borzage nous propose une très belle version. Il reprend son acteur fétiche du muet, Charles Farrell pour jouer un Liliom dans la lignée de ses personnages antérieurs. C'est un grand échalas, maladroit dans ses gestes, et surtout avec Julie, l'amour de sa vie. Il a toujours ce regard intense, mais il n'a pas ne sait pas exprimer son amour. Pourtant Julie ne s'en formalise pas. Elle sait qu'il l'aime.
Là encore, l'esthétisme de Borzage est merveilleux. Le rapport entre l'ombre et la lumière est toujours aussi présent et beau. La scène de la mort de Liliom (ah oui, il meurt, c'est le déclencheur vers la rédemption) est à ce propos sublime. Une bougie au second plan - lumière ou présence divine ? - amène cette touche d'espoir dans une histoire malgré tout très triste. Et quand Julie se penche sur le corps de son amour, la bougie devient un halo, une auréole pour une femme qui devient madone. Parce que l'image de la Vierge est là encore présente. Rappelez-vous Janet Gaynor dans Street Angel (par exemple). Cette fois encore, cette madone est triste. Les yeux de Rose Hobart (trop grands pour ne pas être bleus...) sont formels. Il y a une mélancolie terrible. Ce n'est pas le désespoir de ne pas être aimé. Non, c'est la tristesse de voir Liliom encore plus triste qu'elle. Une sorte de cercle vicieux où chacun devient plus triste à son tour de voir l'autre se morfondre.
Pourtant, Liliom a un bon fond. Elle le sait, nous aussi. Il faut le voir annoncer la future naissance de son bébé pour s'en convaincre. C'est certainement le jour le plus beau de sa vie. Mais là encore, il ne sait pas le dire à Julie...
Borzage signe ici son deuxième film parlant. Mais cette fois, Borzage refait un « vrai » film, sans prétexte musical. Et quand la musique intervient dans l'intrigue, c'est quand Liliom et Julie se rencontrent. Pour le reste, elle ne tient qu'à l'ambiance du lieu ou de l'histoire, seulement un accompagnement. Mais malgré l'essor du parlant, les vieux réflexes du cinéma muet perdurent : des intertitres émaillent l'intrigue.
Quant à l'utilisation du parlant, elle laisse parfois à désirer : la scène d'introduction manque cruellement de vie, les deux interprètes (Rose Hobart et surtout Mildred van Dorn) ayant plus tendance à réciter leur texte qu'à le jouer. Mais rapidement, cela s'améliore. Par contre, Charles Farrell n'a pas la voix qui va avec son physique : beaucoup trop haut perchée. J'avais rêvé à une voix un tantinet plus grave (plus virile ?).
Et puis pour les habitués du cinéma américain des années 1925-30, il y a le plaisir de retrouver Bert Roach (The Crowd...), ou Guinn Williams (Lucky Star...), avec un plaisir certain.

Une version à découvrir sans tarder !
Pour les autres, à revoir avec beaucoup de plaisir...

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