Les frères Bondurant – Howard (Jason Clarke), Forrest (Tom Hardy) et Jack (Shia LaBeouf) qui est le narrateur – ont une petite affaire qui marche très bien dans leur comté de Virginie : ils distillent de l’alcool qu’ils revendent à la ville et à ceux qui en ont besoin.
Et ce n’est pas parce que l’Amérique est en pleine Prohibition que les choses changent : on arrose la police – c’est doublement le cas de le dire – et tout va pour le mieux (pour tous) dans le meilleur des mondes (possibles).
Mais leurs affaires font des jaloux : le nouveau DA (1) veut « en croquer » et dépêche sur place son envoyé, l’agent spécial Rakes (Guy Pearce) qui a la ferme intention de mettre ce comté au pas.
Si la plupart des bootleggers rentrent dans le rang, ce n’est pas le cas des trois frères : ils n’ont pas l’intention de changer d’un iota leurs pratiques. De toute façon, tout le comté sait qu’ils sont indestructibles…
Pour quelqu’un comme moi qui suis né à la fin des années 1960s, la première illustration de la prohibition qui nous fut offerte était la série Les Incorruptibles (The Untouchables).
Alors le film de John Hillcoat est bien éloigné de cet univers où les gentils étaient les hommes d’Elliott Ness (Robert Stack), et les règlements de comptes plutôt édulcorés même si on pouvait compter quelques cadavres.
Puis ce fut (pour moi) la découverte du cinéma américain des années 1930s et son cocktail de mauvais garçons (Rico Bandello, Rom Powers et bien sûr Tony Camonte pour ne citer que ceux-là), dont les frasques restent dans les mémoires des cinéphiles.
Là encore, la violence est présente et le sang coule. Mais, époque oblige, les films étaient en noir et blanc, et l’absence de couleur permettait encore une certaine distanciation : le sang était noir.
Alors pour revenir au film de John Hillcoat, il n’est pas question de gangsters citadins comme ces aînés. Les frères Bondurant ne sont rien d’autre que des paysans qui distillent de grandes quantités de gnôle (une sorte de whisky qui permet der faire démarrer les moteurs…) parce que nous avons tous que le Volstead Act n’a en rien freiner la consommation d’alcool en 1919 et 1933 : au contraire, on n’a jamais autant bu !
Mais surtout, ici les gentils sont les trafiquants ! Ceux que la police devrait pourchasser au lieu de s’arranger avec.
Certes, avec l’arrivée de Wardell (Tim Tolin), le nouveau DA, on pouvait penser que les choses changeraient : au contraire, la situation empire surtout grâce à la présence de Rakes. Encore une fois, Guy Pearce est un salaud magnifique, reléguant le personnage de Forrest – certainement le plus dangereux des trois frères parce que toujours gardant son sang-froid, ce qui n’est pas souvent le cas d’Howard, le plus fort des trois – à celui de victime et ce malgré les échantillons de violence qu’il a pu nous montrer.
Nous assistons donc à une situation classique pour un film en pleine Prohibition, mais avec un cadre peu exploité : la campagne profonde.
Si les Bondurant sont les hommes sans loi du titre, il ne faut surtout pas oublier de leur associer les autres, Rakes en tête de liste.
Et si nous avons droit à un règlement de compte en pleine rue avec mitraillette (apparition de Gary Oldman en gangster désinvolte), le reste se règle essentiellement à coups de poings ou d’objets contondants.
Et surtout, il y a le basculement. Oh, ce n’est pas un retournement de situation ou un deus ex machina qui apparaît tout d’un coup. Le basculement se fait autrement : d’un film de gangsters, on passe à un western !
Dans ce western, on a un étranger qui vient semer le désordre et surtout la mort, accumulant les méfaits sans vergogne, menaçant les petits producteurs s’ils ne rentrent pas dans leur organisation.
Et c’est là que la Bondurant, à l’instar des Earp à Tombstone (Arizona) vont ramener l’ordre dans le comté de Franklin, lors d’un règlement de compte final qui ne se passe pas comme prévu mais ramène tout de même l’ordre, qui de toute façon serait tout de même revenu : la Prohibition prenant fin en 1933…
La fin de la Prohibition amène l’inutilité des affaires des Bondurant, et par là même l’acceptation de la Loi. La Civilisation a encore gagné.
Et les femmes dans tout ça ? Elles sont deux : Maggie Beauford (Jessica Chastain) et Bertha Minnix (Mia Wasikowska). Elles sont toutes les deux très dissemblables, voire opposées dans leur personnalité. Alors que Maggie est une ancienne effeuilleuse lassée de la vie citadine et ses excès, Bertha est une jeune fille de pasteur au sermon facile et aux allures qui ne sont pas sans rappeler les Amishs (par l’apparence vestimentaire), l’époque « moderne » étant assumée ici.
Pourtant, elles vont trouver leur place dans cette maisonnée rude où violence et alcool sont les deux composantes, majeures et ce malgré l’illégalité des activités des trois frères.
Alors, les Bondurant sont-ils indestructibles ? Réponse dans le film, qui vaut tout de même le coup d’œil…
PS : les frères Bondurant ont réellement existé et l’histoire racontée ici se base sur des faits – hélas – véridiques, racontés dans le livre The wettest County in the world, écrit par Matt Bondurant, le petit-fils de Jack…
- District Attorney : sorte de procureur de la république aux Etats-Unis.