
Trois ans après Lawrence d’Arabie, Peter O’Toole retrouve un grand rôle humain. Cette fois-ci, c’est un personnage ambigu. Il n’y a pas de grandeur, ni de grandiose ou de grande destinée chez Jim. C’est un homme normal. Mais avec des yeux merveilleux.
Ca commence comme beaucoup de films de marins : on s’embarque. Mais rapidement, on comprend que Jim Burke n’est pas fait pour la mer. Pour quoi est-il fait ? Seule la fin nous le dira.
Parce qu’en mer, malgré un bon début, ça vire au cauchemar. Lui qui rêvait de grandes actions se retrouve à déserter son navire – le Patna – en pleine tempête. Que voulez-vous, la peur fait imaginer le pire, alors on fuit.
Et au lieu de disparaître, il se dénonce et endosse la responsabilité de ce méfait.
Alors il va essayer de disparaître. Mais où qu’il soit, il sera rattrapé par son lourd passé.
Quoi qu’il fasse, il n’est rien d’autre qu’un ancien officier de marine qui a peur.
Et puis vient la rencontre : celle de Stein (Paul Lukas), qui a besoin d’un second pour arranger ses affaires mal en point du fait d’un général rebelle (Eli Wallach), épaulé par un félon (Curd Jürgens).
Cette rencontre, c’est sa deuxième chance. Il avait renié sa parole lors de la tempête, cette fois-ci, il n’en est pas question.
On assiste alors à la renaissance de ce personnage. Sa peur ne l’a pas quitté, mais son sens du devoir et de l’honneur l’emporte.
Cette quête vers la rédemption aboutira comme prévu. Parce que la rédemption se paie au prix fort.
Et Jim Tuan – « Lord Jim » - est prêt à payer ce prix.
Mais cette fin tragique n’est pas si triste que ça. Comme dirait la fille (Daliah Lavi), pourquoi pleurer les morts ? Et c’est dans les couleurs et les flammes que Jim gagne son rachat.
Richard Brooks signe ici une belle épopée où finalement l’action n’est pas la chose la plus importante, même si elle fait progresser l’action.
Non, ce que nous retenons, c’est l’abnégation de Jim, malgré sa peur, pour des gens dont il n’aurait jamais soupçonné l’existence, sans son malheur.
Parce que Jim ira jusqu’au bout, c’est incrit : il finit à Patusan. « Si on enlève us (nous), il reste de quoi faire Patna » – le navire maudit – déclare-t-il à la fille, quand le destin se met encore en travers de sa route, alors qu’il a touché au bonheur.
La force du film, c’est aussi la distribution. O’Toole est formidable, mais en face de lui, deux méchants assez réussis l’aident :
- Eli Wallach, qui joue le rôle du général rebelle. Presque méconnaissable dans ce rôle d’oriental, il campe un méchant doté d’une certaine cruauté (voire une cruauté certaine), dont le seul moteur est l’or.
- James Mason – Gentleman Brown – qui n’a de gentleman que le titre (ironique), mais qui se révèle extrêmement retors, sans véritable foi, ni loi. Juste l’appât de l’or…
Akim Tamiroff, qui joue Schomberg, est aussi d’une grande justesse, tout comme Paul Lukas (Stein), propulsé père spirituel de Jim. Et puis Curd Jürgens en renégat lâche et alcoolique est superbe.
Dommage que ce film n’ait pas été un succès. Il possède tout ce qu’il faut pour cela. Un beau film humain. Et puis de belles images des environs d’Angkor…
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