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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Fritz Lang, #Karl Freund

GRANDIOSE

Un sommet du cinéma. Fritz Lang était un véritable génie.

Avec Metropolis, Fritz Lang nous dévoile la dernière page de son histoire allemande : l’Allemagne demain.

Mais ce demain est très proche du présent de l’auteur. En effet, Metropolis, la cité décrite, est survolée par des avions qui ne sont pas différents de ceux que l’on trouve au-dessus de Berlin en 1926, tout comme les voitures qui y circulent.

De plus, la vie dans les cabarets n’est pas sans rappeler la vie nocturne de Berlin telle quelle est montrée – entre autres – dans les tableaux de Otto Dix. Parce que Metropolis, c’est Berlin. Berlin futuriste, mâtinée de New York, mais Berlin tout de même.

 

Dans ce demain de Fritz Lang, nous sommes tout de même dans une vision du monde très dualiste : la parité est l’un des deux éléments numéraire du film.

On y trouve deux mondes, deux Maria, deux amoureux de Hel…

Deux mondes :

  • Au-dessus, le monde des dirigeants ;
  • En-dessous, le monde des ouvriers.

 

Le monde du dessus est le monde spirituel, le monde du beau du grand : il représente le cerveau. Mais c’est aussi un monde d’insouciance, de corruption et de débauche. Dès qu’un ouvrier s’échappe de son monde, il ne peut que répondre à l’appel du vice.

Le monde du dessous, c’est celui des ténèbres, du vil, du matériel : il représente la main. C’est aussi là que sont les machines et ceux qui vivent et meurent pour elles, les ouvriers. Ils n’ont aucun avenir que la machine. Ils sont résignés, la tête baissée, qu’ils viennent ou reviennent de la machine. Ce sont les machines qui permettent le fonctionnement du monde du dessus.

 

Et dans les ténèbres laborieuses : une lumière, Maria, qui annonce la venue d’un médiateur entre le haut et le bas. Et les ouvriers descendent encore plus profondément pour voir cette lumière.

Deux Maria :

  • La vraie (Brigitte Helm, fantastique), celle qui annonce la venue du médiateur, qui appelle à la réconciliation du cerveau et des mains.
  • L’autre, le robot. Une Maria corrompue, qui sévit à la surface comme dans les bas-fonds. Il s’agit du négatif de la vraie. Elle encourage encore plus la débauche et veut définitivement séparer le cerveau de la main.

Deux amoureux de Hel :

  • Joh Fredersen (Alfred Abel, dur, loin des personnages qu'il interpréta dans Le Docteur Mabuse ou dans Phantom de Murnau : le grand patron de Metropolis. Celui qui l’a créée, qui la dirige. Le père de Freder (Gustav Fröhlich), fils de Hel.
  • Rotwang (Rudolf Klein-Rogge, égal à lui-même), le savant fou : Prométhée moderne, avant le docteur Frankenstein de James Whale, il insuffle la vie dans un robot, dans un laboratoire fait de manettes, d’étincelles et d’incandescence.

Et quelle animation ! Ca s’illumine de partout. C’est une féérie de lumière et d’effets spéciaux. Il faut voir la créature s’animer au milieu des anneaux électriques : extraordinaire.

 

L’autre nombre de ce film est le trois :

  • Le film comporte trois parties : Commencement – Intermède – Furioso. Chaque partie s’enchaîne à la suivante comme dans un concerto, avec une tension qui augmente crescendo avec l’action. Lang va toujours plus loin dans son propos.
  • Les trois lettres de Hel, pas une de plus. Mais on pourrait gloser longtemps sur le nom de cette femme qui est morte en couches. Faut-il y comprendre « Elle », comme le pronom féminin qui suggérerait la féminité absolue de cette femme, ou plutôt y lire « Hell », comme l’enfer chez les Anglo-saxons, suggérant en cela que l’héritage de cette femme apportera le chaos à Joh Fredersen ?
  • Les trois organes de la société de Metropolis : le cerveau qui dirige, le bras qui travaille, tous les deux liés par le cœur.

 

Un autre aspect du film est le côté religieux. Il est fait référence plusieurs fois à la Genèse avec l’histoire de la Tour de Babel, allégorie de la cité Metropolis. Dans la cathédrale, un bas relief représentant la mort et les sept péchés capitaux, péchés ravivés par la fausse Maria. Ces péchés, statufiés ne sont pas sans rappeler les nains qui (sup)portent le trésor des Nibelungen.

Mais c’est dans la trinité cerveau-cœur-main qu’il faut trouver le symbole religieux le plus fort. En effet, ces trois éléments représentent les trois religions monothéistes avec les symboles qui leur sont attribués. Mais là, je m’égare. Quoi que.

 

Et puis il y a Karl Freund et sa caméra. Il fallait que Lang et lui se rencontrent. Ce fut lors de Metropolis. La caméra vivante de Freund apporte beaucoup au style de Lang, rendant le film encore plus magnifique. Cela accentué part un montage dynamique, surtout quand l’histoire s’emballe.

Le film devient même frénétique grâce à l’utilisation de surimpression et de superposition d’images comme Lang aimait à le faire dans ses films précédents. Ce sont des visages, des yeux qui recouvrent l’écran accentuant l’impression de frénésie qui s’empare du film, frénésie qui atteindra son apogée lors de l’inondation de la ville basse.

 

Metropolis est un film inoubliable et que l’on revoit avec un œil toujours nouveau. A chaque projection, de nouveaux détails se révèlent.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Arthur Hopkins, #Lillian Gish, #Comédie

Il s’agit d’un film basé sur le quiproquo. Un homme qui est pris pour un autre meurt. Cet autre assiste impuissant à la supercherie.

Priam Farrel (Roland Young) est cet homme dépassé par les événements. Il assiste à ses propres obsèques, et bien entendu, y pleure.

Il a beau faire des pieds et des mains, personne ne le croit. Il n’est que le valet du défunt.

Heureusement, avec lui il y a Alice Chalice (Lillian Gish, toujours merveilleuse), femme seule qui l’accepte tel qu’il est et refuse qu’il trouve un nouvel engagement chez un nouveau maître (ce dont Priam Farrel serait bien incapable !).

Il est clair qu’on s’amuse de ce quiproquo. On voit la machine implacable qui se met en marche et élimine d’un trait la vie d’un homme. Ce qui pourrait être tragique – combien de fois avons-nous entendu de ces histoires où quelqu’un doit prouver qu’il est en vie – devient une comédie habile, servie par deux personnages complémentaires : d’un côté un artiste incapable de faire autre chose que peindre, de l’autre une femme qui a la tête sur les épaules et lui permet de s’adonner à son œuvre. Peu importe qui il est. L’important, c’est d’être bien ensemble.

Mais bien entendu, la société ne peut laisser cet homme tranquille. Les gens ont besoin de certitude, et notre homme, après avoir été déclaré mort, doit à son tour, prouver qu’il est vivant, afin qu’on le laisse tranquille.

Ce n’est bien sûr pas un chef d’œuvre, mais un film bien sympathique qui se laisse regarder avec d’autant plus de plaisir que nous avons affaire à Lillian Gish et Roland Young, deux acteurs attachants. Avec une mention spéciale pour Montagu Love, ridicule à souhait.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Fritz Lang

Deuxième volet de la légende allemande, l’histoire débute après la mort de Siegfried. Kriemhild veut châtier l’assassin de son mari, Hagen Tronje. Mais les Burgondes ne veulent pas le lui donner, lui, le fidèle d’entre les fidèles.

Alors Kriemhild s’en va, répondant favorablement à la demande de mariage de Attila (Rudolf Klein-Rogge, méconnaissable)

Mais c’est surtout en pensant qu’il sera facile d’utiliser Attila pour se venger de ses frères et de Hagen.

Plus tard, elle met au monde un fils et en profite pour faire inviter les Burgondes à célébrer le solstice avec Attila et elle.

Ces frères acceptent, et nous savons alors que ce solstice sera leur dernier.

Cette deuxième partie est placée sous le signe du combat. Il s’agit d’un film sombre, aussi sombre que l’âme de Kriemhild. Il n’y est question que d’honneur, mais cela entraîne un carnage démesuré.

Hagen y est encore une fois méprisable – il tue l’enfant de Kriemhild et Attila – et les Burgondes s’obstinent dans la protection du félon.

Finalement, de la légender grandiose commencée avec Siegfried, ne reste que le côté noir : la mort est omniprésente. Tout se règle par la violence. Plus rien n’est noble, depuis le lâche assassinat de Siegfried. C’est le côté obscur qui l’a emporté. Et au milieu de tout ça : Attila. Il n’est que le jouet de Kriemhild. Il lui obéit car il a juré, mais il n’est pas d’accord.

Et quand tout est terminé, qu’a-t-il gagné ? Rien. Au contraire : la plupart de ses guerriers sont morts, son palais est détruit, et sa femme – qui n’a jamais aimé que Siegfried – est morte.

Le rythme de cet épisode est un peu plus soutenu du fait des scènes de bataille. Mais la grandeur initiale est toujours là. Il est aussi intéressant de comparer les Burgondes et les Huns. Les Burgondes habitent un grand château austère alors que les Huns vivent dans ce qui ressemble à des huttes. Les Burgondes portent armures et grandes robes alors que les Huns sont vêtus de peau de bête. Tout les oppose, s’il n’y avait Kriemhild. Les Huns, qui sont plutôt primitifs ont finalement déteint sur Kriemhild. Elle renonce à la grandeur burgonde pour devenir à son tour une barbare assoiffée de sang.

Il est clair que le film repose sur les épaules de Margarete Schön, qui campe une Kriemhild aux yeux bleus et froids à la poursuite exclusive de sa vengeance. Mais à quel prix…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Fritz Lang, #Fantastique

On prend les mêmes, et on recommence.

Pour ce film, Fritz Lang a utilisé les mêmes que pour Le Docteur Mabuse : Carl Hoffmann derrière la caméra, Otto Hunte pour les décors, ainsi que les acteurs Paul Richter, Bernhardt Goetzke, Hans Adalbert Schlettow et Georg John. Seul Rudolf Klein-Rogge n’est pas là, il apparaîtra dans le deuxième épisode.

Après avoir illustré l’Allemagne éternelle dans Les trois Lumières, l’Allemagne contemporaine dans Docteur Mabuse, le Joueur, Fritz Long continue son œuvre avec l’Allemagne légendaire, mythologique.

Avant lui, Wagner avait mis en musique cette saga norroise. Depuis, cette histoire est intimement liée à ce film exceptionnel.

Lang, avec ce film, réussit à montrer la grandeur des opéras wagnériens. Cette histoire n’est pas une historiette. Nous sommes dans le mythe fondateur, celui de la grandeur allemande. Il faut dire que les décors de Otto Hunte y sont pour beaucoup. Ces décors épurés inspireront Marcel Carné dans Les Visiteurs du soir, mais sans y apporter le souffle épique qui baigne le film de Lang. Pour une fois, on peut regretter que ce film ne fût pas en couleur, tant les motifs sont nombreux et semblent chamarrés voire chatoyants. Mais qu’importe, ils soulignent la grandeur de cette saga. Que de portes, d’arches et de fenêtres, amenant des symétries accentuant cette grandeur. Ces décors sont grandioses, gigantesques, et montrent aussi que l’homme, aussi valeureux soit-il est petit et rien d’autre qu’un jouet dans les mains du Destin.

Parce que le Destin est omniprésent. En tuant le roi Nibelung, Siegfried s’empare de son trésor, mais aussi s’attire sa malédiction. A partir de ce moment, quoi qu’il fasse, nous savons qu’il périra.

Et puis, il y a les femmes. Elles sont toujours essentielles chez Lang. Ici, elles sont toutes les deux fières et farouches. D’un côté Krimhild, épouse de Siegfried, de l’autre, Brunhild, épouse du roi Günther. Ce soint elles qui précipitent la mort de Siegfried. Leur orgueil mal placé amenant le geste fatal de Hagen, fidèle d’entre les fidèles de Günther. Ce geste amenant une soif de vengeance chez Krimhild, qui s’épanouira dans le deuxième opus de cette saga.

Lang, avec ce film, joue la carte du fantastique et s’en tire très bien, grâce aussi aux surimpressions qui lui sont chères et déjà utilisées dans ses films précédents. Et puis le dragon que combat Siegfried n’a rien à envier au King Kong de Cooper & Schoedsack.

Lang, en réalisant cette fresque, s’inscrit totalement dans son époque. Suite à la défaite de 1918, l’Allemagne souffre du complexe du vaincu. C’est un pays qui doit se reconstruire. En plus, l’année précédente, le pays a subi une récession sans précédent – le Docteur Mabuse n’y fut pour rien – entraînant une flambée des prix astronomique (une miche de pain valait des milliards de Deutsch Marks). Nous trouvons donc dans cette histoire ce désir (conscient ou non) de retour à la grandeur de l’Allemagne, qu’il soit social ou moral. Lang l’exprime de cette façon. Hitler – qui a raté son putsch l’année précédente – aura d’autres arguments.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Fritz Lang

Le Docteur Mabuse (Rudolf Klein-Rogge), c’est l’incarnation du Mal. A l’instar de Fantômas, il est un véritable génie du crime. Son activité est sans limite : vol, meurtre, enlèvement, fausse monnaie…

Après l’Allemagne éternelle (Les trois Lumières), Fritz Lang revient avec un film plus contemporain. Nous sommes donc dans l’Allemagne d’après guerre 14-18. Les œuvres d’art exposées sont expressionnistes – avec en prime une prédilection pour les sculptures africaines.

Plusieurs fois, il est fait référence à l’année de tournage : 1922. C’est un an avant une récession sans précédent : c’est l’opulence, les night-clubs fleurissent, ainsi que les cercles de jeux y attenant. Mabuse est un criminel moderne. Sa couverture : psychanalyste de renom.

 

Il a recours aux techniques criminelles habituelles, bien entendu, mais il est aussi capable d’affoler la bourse. Et de ses yeux bleus et froids, il hypnotise ses victimes, les faisant jouer inconsidérément et dilapider leur fortune.

Ses victimes : les gens riches. Edgar Hull (Paul Richter) sera assassiné, le Comte Told (Alfred Abel), déshonoré puis poussé au suicide.

Ses sbires sont sans foi ni loi : Hawash (Charles Puffy) qui s’occupe aussi de la fausse monnaie ; Spoerri (Robert Forster-Larrinaga) un cocaïnomane qui l’aide à se grimer ; Georg, le chauffeur et assassin ; et Pesch (Georg John) le chimiste. Ses hommes le craignent et lui obéissent sans hésiter, jusqu’à la mort.

 

Contre lui : le procureur von Wenk (Bernhardt Goetzke), qui use des mêmes artifices pour le confondre et arriver à son arrestation, mais toujours sans réussir.

Et puis il y a les femmes :

  • Cara Carozza (Aud Egede Nissen), la femme qui l’aime.
  • Dusy, comtesse Told (Gertrude Welcker), la femme qu’il aime.

Ce sont elles qui sont les catalyseurs de l’alchimie mabusienne.

 

Cara – l’ancienne maîtresse – est le jouet de Mabuse contre Edgar Hull. Elle l’aime absolument. Même emprisonnée, elle mourra plutôt que de le trahir.

Dusy, c’est celle qui l’a – malgré elle – envouté. Il désire cette femme et va même faire se déshonorer le comte pour pouvoir l’enlever. Mais cette femme – qu’il pensait dominer – va lui échapper. On peut même avancer que c’est le désir pour cette femme qui va précipiter sa chute.

 

Lang nous montre les différentes techniques utilisées par Mabuse pour réaliser ses néfastes desseins. Des la séquence d’introduction, nous savons que Mabuse use d’artifice : c’est un jeu de photos qui nous montre l’étendue de ses personnalités. C’est un homme dangereux, parce qu’avec ses déguisements, il passe inaperçu. De plus, sa technique hypnotique lui permet d’abuser des gens à leur insu, les poussant vers la mort sans scrupule.

Mabuse est une menace. Pour les riches, mais aussi pour la société : la manipulation boursière et son atelier de fausse monnaie sont là pour en témoigner.

 

Mais Mabuse est un extrémiste : il ne se rendra pas – la liberté ou la mort, pourrait-on dire, si cet homme n’était pas ce qu’il est. Mais la mort ne viendra pas pour lui. C’est la folie qu’il trouvera, exprimée par ses victimes venant le tourmenter, grâce à des surimpressions récurrentes (c’était déjà le cas avant la mort de Told).

Mabuse est peut-être le personnage le plus prémonitoire du cinéma allemand, car il opère à l’échelon de la société. Il hypnotise ses victimes, les forçant ainsi à accomplir des actions contre leur gré. Ses hommes lui sont dévoués corps et âmes. Ils n’ont pas vraiment de libre arbitre. Seul le Docteur compte.

 

L’analogie avec Hitler et le régime nazi – que l’on peut trouver dans les films allemands de cette époque – n’a jamais été aussi claire. En effet, après la guerre, nombre d’Allemands ont déclaré avoir été comme hypnotisés par le nazisme. L’avis de Mabuse sur l’art (l’Expressionnisme) est des plus méprisants, tout comme celui des nazis qui qualifieront cet art de « dégénéré ».

 

Le film est sorti en 1922.

Hitler sera élu en 1933.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Fritz Lang, #Fantastique

En allemand : der müde Tod. La Mort lasse, fatiguée. Cette Mort, c’est Bernhard Goetzke qui la personnifie. Et cette mort est fatiguée de voir les hommes mourir. Fatiguée d’être conspuée de faire son (sale) travail.

Alors quand une jeune femme (la toujours belle Lil Dagover), qui vient de perdre son amant (Walter Janssen), lui demande des comptes, il accepte un défi : elle devra le vaincre au moins une fois et sauver l’une des trois vies qu’il lui propose.

Après ses escapades exotiques, Fritz Lang revient à une tradition allemande. Il revisite à sa façon les contes du patrimoine. Mais aucun nom, sauf dans les histoires annexes.

L’intrigue principale se situe dans un village allemand, sans plus de précision : ni date, ni lieu. C’est l’Allemagne éternelle. Dans ce village la vie suit son cours, jusqu’à l’arrivée d’un étranger qui achète le terrain attenant au cimetière. Aussitôt, il fait entourer sa parcelle d’un haut mur sans porte. Seuls les trépassés pourront y pénétrer.

Lang s’est inspiré de La Mort pour marraine : les frères Grimm y ont raconté l’histoire de la mort qui veille sur les bougies représentant la vie des hommes. Des bougies longues pour ceux qui viennent de naître, des bougies courtes pour ceux qui vont mourir.

Ici, trois bougies moyennes (trois lumières) : trois vies qui ne tiennent qu’à un fil.

A chaque fois, un homme est sur le point de mourir. A chaque fois, cet homme est personnifié par l’amant de cette femme. A chaque fois, elle va se démener pour essayer de le sauver.

Mais à chaque fois, aussi, la Mort est là, personnifiant celui qui frappera l’être aimé.

Quoi qu’elle fasse, elle est prédestinée.

Mais malgré tout, Lang reste dans le domaine exotique : chaque vie à sauver est située dans un lieu lointain.

  • En Perse, pendant le ramadan, tout d’abord : il s’agit de sauver un jeune homme « franc », un roumi. C’est un derviche qui le confondra et permettra son arrestation : Rudolf Klein-Rogge.
  • A Venise, pendant le carnaval, ensuite : le jeune homme est condamné par le conseil des 14. Il doit être exécuté sur ordre de Girolamo : encore Rudolf Klein-Rogge.
  • En Chine enfin, pour l’anniversaire de l’empereur. Ici, c’est une Chine de pacotille, celle des mandarins et des empereurs aux ongles démesurés, et des supplices plus ou moins raffinés.

Seule la séquence finale se situe en Allemagne. Elle est aussi l’occasion de la révélation pour la jeune femme.

En regardant le film, on a envie de croire à la victoire de la jeune femme sur la Mort, même si on sait pertinemment que c’est illusoire : la Mort gagne toujours à la fin.

On est triste pour les amoureux, mais c’est la Mort qui attire toute l’attention. Alors que dans d’autres cultures, on représente la mort comme un spectre encapuchonné armé de sa faux, ici, la Mort est un homme, parce qu’en allemand, « Tod » est masculin. Mais c’est un homme las. Il n’a plus de sentiment, n’éprouve aucune émotion. Il fait son boulot, et puis c’est tout. Implacablement. Et Bernhard Goetzke exprime très bien cet état de fait par un visage marqué mais froid. Marqué par le temps et l’épreuve (même les bébés meurent dans ses bras), mais froid parce que tous doivent y passer, sans distinction, sans traitement de faveur.

Sa seule faiblesse permettra à la jeune femme une dernière tentative pour regagner son amant.

Malgré la froideur du propos, Lang utilise quelques effets spéciaux adéquats : la Mort apparaît en surimpression sur un personnage puis le remplace afin de souligner l’inéluctabilité ; ombres des trépassés… Le dernier épisode – où se produit un magicien – est encore plus prétexte à effets : tapis volant, transformations.

Mais la vraie magie, c’est celle qui nous transporte pendant toute la duré du film et nous fait vouloir la réussite de la jeune femme.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Fritz Lang, #Comédie dramatique

Les Araignées sont une organisation criminelle, à l’instar des Vampires de Louis Feuillade. Mais si les Vampires sévissent en France, les Araignées ont une dimension internationale, voire « cosmopolite ».

Quand Fritz Lang réalise la première partie, en 1919, l’Allemagne sort de cinq années de guerre avec en plus le statut de vaincue. Le moral des Allemands est au plus bas. L’industrie cinématographique est un tantinet en berne. Hollywood, du fait de la participation tardive des Etats-Unis dans la guerre, est en plein boom et inonde le marché européen de films grandioses.

La tendance est à l’exotisme afin de sortir du marasme. Alors Fritz Lang, suivant le modèle de Feuillade, entreprend un feuilleton cinématographique.

Ce seront les aventures de Kay Hoog (Carl de Vogt), millionnaire & aventurier, contre les Araignées, association de scélérats, dont l’un des personnages clés est Lio Sha (Ressel Orla), aventurière au caractère trempé.

Dans le premier épisode – le Lac d’or – il est question d’un trésor gardé jalousement par les Fils du Soleil. Hoog part à la recherche d’un savant, prisonnier des Incas, alors qu’en même temps, les Araignées désirent acquérir leur trésor.

Là il va rencontrer la prêtresse Naela (la belle Lil Dagover) et s’enfuira avec elle, faisant aussi échouer les araignées.

Si le premier épisode est un tantinet outrancier, il permet de jeter les bases du deuxième épisode – le Vaisseau en diamant – beaucoup plus réussi.

Hoog est toujours en lutte contre les Araignées, mais cette organisation semble plus structurée et plus internationale. Alors que dans le premier épisode, seul un Chinois mandarin annonçait une couleur cosmopolite, ici, nous découvrons des membres venant de Chine (bien sûr), des Indes et même un diamantaire que l’on suppose Juif du fit de son apparence : il ressemble aux caricatures répandues à la même époque.

L’intrigue aussi est internationale : on va des Etats-Unis à Londres, en Inde et même aux Iles Falkland.

Malgré le trésor (encore un) des pirates, cet épisode est plus vraisemblable. Pas de méchants indigènes pratiquant le sacrifice humain : des criminels plus réalistes.

Cette organisation, qui pratique entre autres l’enlèvement, n’est pas sans annoncer celle du Dr Mabuse, trois ans plus tard.

Et puis il y a le savoir faire de Lang : le téléphone est l’occasion de superposer plusieurs plans ; les gros plans sont pertinents…

Le grand Fritz Lang arrive. Soyez prêts !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Raoul Walsh, #Guerre, #Comédie

Un film d’hommes.

Ils sont deux : Flagg (Victor McLaglen) et Quirt (Edmund Lowe).

Ce sont des hommes, des vrais, durs-à-cuire et tatoués (enfin surtout Flagg). Ils sont courageux et répondent présents lors des conflits armés.

MAIS : ils ne peuvent pas se sentir. Dès que Flagg lève une fille, Quirt arrive et la lui souffle. A Pékin, aux Philippines, en France, c’est toujours la même chose : ils en viennent aux mots puis, évidemment, ça se termine en bagarre. Ca ne rate pas.

En France, justement, c’est la première guerre mondiale. Ils font la connaissance de Charmaine (délicieuse Dolorès del Rio), et vont – bien entendu – se battre pour elle.

Mais l’intérêt du film est ailleurs.

Raoul Walsh nous propose LE film de guerre. Tout est là :

  • La vie à l’arrière du front : les soldats sont cantonnés dans un village français. La vie s’organise autour d’un café (chez Cognac Pete). L’alcool y coule à flot, évidemment.
  • L’amitié virile : malgré l’antagonisme entre Quirt et Flagg, les soldats sont des frères d’arme. Il suffit de voir les soldats Kiper & Lipinsky, inséparables. De plus, le petit garçon à sa maman est protégé par les autres.
  • La gnôle : attribut indispensable du soldat. Elle est aussi source de gags.
  • La revue de détails : elle permet à Walsh de montrer les horizons différents d’où viennent les soldats.
  • Les filles à soldat : autre attribut du soldat. Deux sortes : la jeune fille pure et la fille à soldats. Flagg quitte l’une pour les autres en permission.
  • La jeune fille pure : amoureuse du héros, elle doit ici choisir entre Flagg et Quirt. Elle n’est pas pour autant insipide. Ici, Dolorès del Rio sait ce qu’elle veut (et surtout ce qu’elle ne veut pas). C’est aussi pour elle que les soldats vont se battre, histoire de prouver leur courage.
  • Le petit garçon à sa maman : celui qui n’est absolument pas adapté à la situation. On se demande pourquoi il est là. Comme le dit Flagg : « ce gosse a plus besoin de sa mère que la guerre a besoin de lui. » Malgré sa faiblesse (évidente) il est très apprécié.
  • L’insubordonné : soldat un peu revêche (ici, c’est Kiper), il se moque de ses supérieurs – surtout Flagg – en faisant des bruits incongrus avec sa bouche, source de comique.
  • La guerre : elle intervient dans ce film comme une pause dabns la vie quotidienne des soldats. Par contre, autant Walsh s’amuse avec ces soldats en garnison, autant la guerre est filmée avec un sérieux et un réalisme rare. Walsh ne fait pas dans la demi-mesure. Les combats sont violents. Les morts ne tombent pas en rythme comme dans La grande Parade. On retrouve cette violence et ce réalisme dans la scène de débarquement de Il faut sauver le Soldat Ryan.
  • Le découragement et la folie : c’est le lieutenant Moore qui en souffre. Il prend très à cœur cette guerre – alors que Flagg et Quirt font leur boulot – et désespère de voir les hommes tomber. A un moment, c’en est trop. Il pète un câble, comme on dit aujourd’hui. C’est lui qui pose la véritable question sur ce conflit : quel sera le prix de la gloire ?
  • La mort : la véritable ennemie des soldats. Ici, lors des conflits, elle est anonyme. Des hommes sont tués devant une caméra froide, objective. Par contre, quand un soldat est mourant, c’est celui qui n’aurait pas dû mourir (devinez qui !), et la scène est remplie d’émotion. Charmaine et même Flagg (ce n’est pas lui !) sont tristes.

Et la vie continue. Et malgré ce carnage, dès que retentit l’appel, nos deux lurons retournent sans hésiter, pour le malheur de Charmaine.

Avec ce film, Walsh nous montre une autre façon de filmer la guerre. Les héros le sont, mais ne sont pas irréprochables : ils se battent, abusent des filles et boivent comme des trous. Tout ce qu’ils ordonnent aux soldats de deuxièmes classe de ne pas faire.

Alors évidemment, ça n’a pas fait l’unanimité.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Buster Keaton, #Comédie

Seven chances ! Sept chances. Voici le film 7 (Et tout ça 70 ans avant David Fincher !)

7 chances de gagner 7 millions de dollars en étant marié avant 7 heures !

En effet, James Shannon (Buster Keaton), s’il veut hériter, doit être marié le jour de son vingt-SEPTième anniversaire. Comme c’est aujourd’hui, il doit se presser.

Il commence donc par les femmes de son club qu’il connaît : elles sont 7, il a donc 7 chances d’en trouver une (d’où le titre original).

Mais elles refusent toutes. Il va alors chercher (désespérément) une femme, aidé de ses deux acolytes (T. Roy Barnes & Snitz Edwards). Ces deux derniers passeront une annonce donnant rendez-vous à celle qui veut hériter avec lui.

Et c’est là que le film devient intéressant. Parce que ce ne sont pas seulement quelques femmes qui viennent à l’église, mais une marée féminine. Un véritable tsunami.

Ca dépote. Et toutes leurs victimes sont – bien entendu – des hommes : les travailleurs sont balancés hors de la tranchée qu’ils creusaient ; le conducteur du tramway est éjecté de sa cabine ; le grutier aussi ; les cultures sont réduites à néant. Apocalyptique. Mais tellement réjouissant.

La poursuite finale est dans le plus pur style de Keaton. Ca court, ça bondit, ça dégringole…Avec en prime des rochers qui se mettent à rouler avec une précision d’horloger. Rochers qui permettent aussi de se débarrasser des furies.

Dans ce film, Keaton continue de s’éloigner du burlesque traditionnel : coups de pieds et tartes à la crème ont laissé la place à des situations comiques beaucoup plus subtiles.

Keaton maîtrise son art. Et comme toujours, il ne fait pas semblant. Il ne lésine pas. Ce sera encore mieux (pire ?) dans Le Mécano de la General.

A consommer sans modération.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Ferdinand Zecca
Histoire d'un Crime (Ferdinand Zecca, 1901)

A l’origine, c’est une commande. Mais d’autres ont fait de magnifiques films qui n’étaient que des commandes (Elephant Man, Fisher King…). Mais cette commande st avant tout une suite d’effets cinématographiques.

Zucca, pionnier du cinéma, nous montre l’histoire d’un homme, de son enfance à sa décapitation.

EN effet, c’est un criminel.

On commence tout de suite par le crime : crapuleux, sordide.

Puis cet homme est arrêté, confondu

Première technique :

L’ellipse.

Il se retrouve en cellule. Pas de procès. Nul besoin : on a compris. De toute façon, vu le métrage de pellicule alloué, il fallait aller à l’essentiel.

Deuxième technique :

Le flashback.

Alors qu’il se morfond dans sa cellule, sur un des murs, se déroule sa vie. On pense au dernier jour d’un condamné de Victor Hugo. Et on le voit. Enfant tout d’abord. Puis adolescent. Adulte enfin, dans un café où vient boire un receveur du trésor. Ce même receveur qu’il a assassiné au début du film.

Puis vient l’exécution. Des messieurs viennent le chercher, le préparer et le conduire à l’échafaud.

Troisième technique :

Champ.

On ouvre une porte à double battant et on aperçoit la guillotine qui attend notre homme. L’homme a un mouvement de peur et de recul.

Contrechamp.

Nous sommes près de la guillotine précédemment vue. L’homme est allongé sur la planche. Le couperet tombe. Le corps est basculé dans le panier d’osier. Fin.

Pas de commentaire. Pas de discours. Ni condamnation du geste, ni de la sentence.

C’est une fiction documentaire. Comme le dit mon ami Allen John, la peine de mort vient d’entrer dans le cinéma. Elle n’en sortira pas.

Mais ici, comme dans la ligne verte, elle n’est pas remise en cause. Elle est une suite logique de ce qui s’est passé auparavant.

Au-delà des images, il est intéressant de voir un même sujet 72 ans avant Deux Hommes dans la ville. La condamnation du crime d’état en moins. Mais en 1901, il n’est certainement pas question de remettre en cause la peine capitale. Il faudra attendre encore 80 ans.

 

Et tout ça en 5 minutes et 22 secondes.

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