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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #William Wyler
Le Cavalier du désert (The Westerner - William Wyler, 1940)

Ce cavalier, c’est Cole Harden (Gary Cooper). Et le désert, c’est celui du Texas, qui entoure la ville de Langtry, menée d’une main de fer par le juge Roy Bean (Walter Brennan) : seul représentant – autoproclamé de la Loi à l’ouest du Pecos.

Comment Harden et Bean vont se rencontrer ? Harden a été capturé et emmené devant le juge pour un vol de cheval (crime très grave à cette époque). Harden a beau dire qu’on lui a vendu le cheval, le juge n’en démord pas, il doit le pendre (1).

Seulement voilà, il apparaît que Harden ait très bien connu « Jersey » Lily Langtry (Lillian Bond), la seule femme qui compte aux yeux du juge. Cela mérite un sursis. Surtout que le véritable voleur est découvert. Et donc pendu.

Mais Roy Bean est un juge partial et soutient sans réserve les éleveurs de bétail, au détriment des paysans. Une autre guerre a commencé.

Et Harden est de l’autre côté…

 

Et encore un Oscar pour Walter Brennan !

Il faut dire que son interprétation de cette légende de l’Ouest américain est absolument magnifique. Il est un juge gouailleur, truqueur et surtout très dangereux, comme l’était le modèle : il rend une justice sommaire dans une cour qui est avant tout un saloon et où l’alcool coule à flot quand le jury délibère (avec des cartes à jouer…).

Et il ne faut pas aller chercher bien loin le modèle du Juge de Morris & Goscinny (2) : on y retrouve le même genre d’humour ainsi que les mêmes relations entre le Juge et Lucky Luke qu’ici entre Harden et Bean.

 

Mais Wyler n’est pas dupe : Bean est un truand, et sous les apparence d’un homme bourru un tantinet débonnaire se cache un drôle de serviteur de la Loi. Dès sa première sentence, le ton est donné, et nous assistons dans la foulée à son exécution par un bourreau qui n’est autre que lui-même. Il en profite même pour plaisanter malgré la solennité (exigée) de l’événement.

Il y a une seconde pendaison prévue, une fois le véritable voleur de chevaux démasqué et mis hors d’état de nuire (!), mais on comprend vite le peu d’intérêt qu’elle représente, surtout qu’on y a déjà eu droit.

 

Face à Bean, Gary Cooper est à la hauteur de l’événement – et du personnage – et nous propose un justicier crédible malgré le peu d’engouement que lui procurait ce film. En effet, Wyler prend un peu le contre-pied du western classique, refusant les fusillades et il faudra des menaces de poursuites pour qu’il aille jusqu’au bout !

Pourtant, Wyler a mis tous les ingrédients indispensables dans son film : grands espaces (avec poursuite à cheval) ; un double microcosme avec d’un côté les éleveurs et de l’autre les paysans ; un square dance ; et même un entrepreneur des pompes funèbres qui est aussi barbier (Charles Halton) qui s’appelle Mort (3) ! Ce personnage annonce d’ailleurs les croque-morts du duo précédemment cité.

Sans oublier le duel final qui oppose les deux principaux protagonistes : ce n’est pas au soleil, mais l’issue reste la même…

 

Bien entendu, rien n’est vrai dans cette histoire, à part Roy Bean et Lily Langtry. Et bien entendu, à aucun moment le juge n’a rencontrée son idole. Mais que voulez-vous ? Nous sommes au cinéma, et donc tout est possible. Le juge rencontrera alors la belle Jersey Lily…

Et tant pis pour la vérité historique ! (4)

 

  1. Les procès de Bean ont tendance à tous se terminer par une pendaison…
  2. Lucky Luke, opus 26 (1959).
  3. Il s’agit plutôt du diminutif de Mortimer…
  4. Le film se termine en 1884, alors que Roy Bean est mort en 1903…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Bretaigne Windust, #Raoul Walsh
La Femme à abattre (The Enforcer - Bretaigne Windust & Raoul Walsh, 1951)

Joseph Rico (Ted de Corsia) doit témoigner contre son patron, Albert Mendoza (Everett Sloane). Malheureusement pour Martin Ferguson (Humphrey Bogart), il se tue dans la nuit précédant son audition. Plus de témoin direct, donc plus de procès et Mendoza va pouvoir sortir libre.

A moins que…

A moins que Ferguson et son équipe aient laissé passer un élément, ce qui est le cas – heureusement, sinon il n’y aurait pas de film. Alors Ferguson et son collaborateur (Roy Robert) vont éplucher le dossier à la recherche du détail qui fera tomber ce chef d’assassins.

 

Bien entendu, Mendoza sera confondu et condamné, mais ce n’est pas ce qui nous intéresse vraiment ici, et de toute façon, le film se termine avant l’ouverture de l’audience. Non, le plus intéressant, c’est la manière dont Bretaigne Windust y parvient, usant à bon escient et surtout avec une grande pertinence de flashbacks qui nous permettent d’avoir une véritable vision de la situation. Il va même jusqu’à placer d’autres flashbacks dans certaines séquences qui se déroulent dans le passé de la narration (le récapitulatif de Ferguson). C’est absolument fabuleux et il faut alors souligner le travail magistral de Fred Allen, monteur de ce film.

Ce travail de montage, couplé à une mise en scène impeccable fait de ce film un des sommets de l’œuvre de Windust. Malheureusement pour lui, il n’a pu réaliser pleinement le film : il est tombé gravement malade. Heureusement (pour nous), Bogart a fait appel à son vieux complice Raoul Walsh qui a terminé le travail avec brio.

 

Et le résultat est là : nous avons une intrigue judiciaire qui n’en est pas vraiment une. En effet, au lieu de nous faire pénétrer dans le tribunal et de laisser avocats et témoins s’affronter, il les fait parler les uns après les autres (sauf les avocats, totalement absents du film), à leur rythme, avec leurs forces et leurs faiblesses : sans la pression administrative de la salle d’audience, les différents protagonistes s’expriment plus librement et peut-être même plus honnêtement.

Et presque toujours en face d’eux, nul accusateur : Ferguson est une espèce de confesseur qui va faire avouer tous ces truands, afin d’arriver à son but ultime. Eliminer (physiquement) Mendoza.

Parce qu’il existe une dimension spirituelle dans cette série d’aveux : chaque participant y gagnera une forme de salut, ou tout du moins une rémission. Certes, il y en a qui ne se relèveront pas, mais au final, le méchant devra être châtié, et c’est tout ce qui compte.

 

C’est d’ailleurs ce dernier point qui aurait tendance à me chiffonner. En effet, à longueur de film, quand l’occasion se présente, Ferguson exprime son véritable objectif : tuer Mendoza. N’oublions pas que nous sommes dans une société qui punit définitivement, et l’élimination physique de Mendoza est vue comme un service rendu à la société. Nous sommes bien loin de notre propre société qui a – heureusement – mis un frein à ce genre de pratique. Et j’avoue que voir (et entendre) Bogart répéter à tire-larigot qu’il va faire frire Mendoza est un tantinet dérangeant, cela égratigne un (tout) petit peu l’image humaniste qu’on peut avoir de lui (1).

 

Quoi qu’il en soit, cet Enforcer (2) se laisse regarder avec beaucoup d’intérêt et de plaisir, donnant une nouvelle fois un rôle sur mesure à Bogart, mais aussi à Everett Sloane (qu’on ne voit pas beaucoup, malheureusement), ou encore Zero Mostel (Big Babe Lazick), truand presque malgré lui, détonant complètement dans ce milieu de professionnels, du fait de sa stature.

A voir. Oui.

 

  1. Surtout avec le Maccarthysme qui s’est installé aux Etats-Unis à la même période et dont le même Bogart en est un opposant patenté.
  2. « Exécuteur, homme de main (etc.) », le titre original.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #François Ozon
L'Etranger (François Ozon, 2025)

Une pensée pour Mme Kerboul qui m’a obligé à lire le roman. Je l’en remercie.

 

Avant, il y avait Visconti (1967). Il y a maintenant Ozon.

Et en plus, ce dernier a la manière.

Comment peut-on adapter un roman aussi absurde (terme d’ailleurs repris dedans) avec autant de brio ? Je pense qu’il suffit de s’appeler François Ozon…

Si je n’ai pas toujours été un admirateur de ce cinéaste (comme quoi tout arrive), force m’est de reconnaître que cette adaptation est magnifique (n’ayons pas peur des mots !).

Mais reprenons.

 

Meursault (Benjamin Voisin) enterre sa mère (Mireille Perrier). N’ayant plus de contact avec elle depuis bien longtemps, inutile de dire que cette nouvelle ne lui fait ni chaud ni froid. C’est juste un moment à passer.

Dans le même temps, il développe une relation avec la belle Marie (Rebecca Marder), qui lui ^permet de sortir de cette ambiance un tantinet mortifère.

Et puis il y a Raymond (Pierre Lottin). Celui, comme on dit, par qui « le scandale arrive ». Menacé par des autochtones (il est un brin souteneur), il s’en sort avec (seulement) quelques égratignures. Pour sa part,  Meursault retourne rencontrer Moussa (Abderrahmane Dehkani), et à cause d’un rayon de soleil sur une lame de couteau, il le tue.

 

François Ozon réussit le pari (pas gagné d’avance) d’adapter avec beaucoup de talent un roman des plus absurdes, donc, par essence, difficilement adaptable. Bien entendu, la phrase d’introduction (1), n’ouvre pas son film : trop facile ! Mais l’atmosphère du roman est pleinement illustrée, servie aussi par un Benjamin Voisin à la hauteur de l’événement : il est un Meursault des plus détachés de cette intrigue qui va peu à peu l’éliminer. Mais qu’importe : Meursault est avant tout un mort en sursis, voyant les gens autour de lui disparaître plus (sa mère) ou moins (Moussa) naturellement.

Il y a chez ce personnage une forme d’opportunisme primaire : loin d’être guidé par un intérêt exacerbé, Meursault prend la vie et les occasions qu’elle offre comme elles viennent : un bol de café au lait et une cigarette pendant la veillée funèbre ; la relation avec Marie ; l’amitié (-malsaine) de Raymond…

 

Tout n’est qu’occasion, plus ou moins avantageuse, que Meursault saisit sans discernement. Alors, bien évidemment, la rencontre fatale avec Moussa est la dernière qui s’offre à lui, et il la prend, comme les autres, sans hésiter, avançant irrémédiablement vers sa fin, qu’on peut (presque ?) qualifier de volontaire : Meursault sera condamné à mort (et exécuté) essentiellement parce qu’il ne l’empêchera pas. Alors que tout accusé de tels faits va faire l’impossible pour s’en tirer, Meursault, lui, « laisse la Justice suivre son cours », sans regret, ni même de remords.

Il n’est qu’un homme qui passe, comme des millions (milliards) d’autres.

 

Et c’est cette idée que François Ozon a réussi à imprimer sur pellicule (2), donnant à cette intrigue on ne peut plus complexe à mettre en scène (3) sa dimension exacte. Benjamin est un incontournable Meursault, étranger à sa vie et aux autres – même Marie – alors que tout pourrait lui réussir : travail, amour…

Et l’utilisation du noir et blanc renforce cette idée de l’étranger : à l’instar de la pensée de Meursault, le format noir et blanc ne met rien en relief. Seuls les éclairages ont de l’importance. Mais nous savons tous que si le format est « noir et blanc » alors tout est gris !

Gris comme la vie de Meursault, que rien ne fait réagir.

Gris comme son sort fatal qu’il accepte tout naturellement : s’il était heureux, sa vie ne serait pas aussi grise, et peut-être qu’il se battrait pour elle, au lieu de l’accepter froidement…

 

  1. Aujourd’hui, Maman est morte. »
  2. oui, je sais, on n’utilise plus de pellicule !
  3. Ce n’est spécialement l’intrigue qui est complexe, mais surtout le propos derrière !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame historique, #Ridley Scott
Kingdom of Heaven (Ridley Scott, 2005)

France, 1184.

Balian (Orlando « Legolas » Bloom), enterre sa femme et reçoit dans la foulée des chevaliers qui viennent de terre Sainte. Parmi eux, Godefroi d’Ibelin (Liam « Schindler » Neeson), qui se révèle être son père.

Après quelques formalités, il les rejoint et part avec eux vers Jerusalem. Las, Godefroi meurt, le reconnaissant comme chevalier, fils et héritier.

Balian va devoir, par la force des choses, défendre le Royaume de Jerusalem, surtout après la mort de Baudoin IV (Edward Norton) et de son héritier, fils de Sybille (Eva « Vesper » Green).

 

Après l’Antiquité (Gladiator), Ridley Scott se tourne une première fois vers le moyen-âge, adaptant sa version des Royaumes d’Orient. Bien entendu, comme nous sommes dans un film, il ne faut pas attendre laz Vérité – heureusement, d’ailleurs – surtout avec Scott !

Toujours est-il que la vision du cinéaste a amené la citation du docteur Hamish Dabashi : « On n'attend pas d'une œuvre d'art qu'elle nous enseigne l'histoire. Un artiste se sert du savoir qu'il possède et le place dans une œuvre d'art pour démontrer à l'humanité la vanité et la bêtise des actes de violence. ».

Parce que Kingdom of Heaven est un film violent qui, de mon point de vue, est de la pire espèce : on s’y bat pour un concept non démontré. On ne s’y bat pas pour des richesses sonnantes et trébuchantes comme d’habitude, mais pour un Dieu dont on a aucune certitude physique (c’est le propre de la foi).

 

Et c’est déjà le point de vue de Scott, à travers son personnage principal. Balian ne cesse de douter, malgré les exhortations qui l’entourent, voire certaines justifications quant à son action. Cette position on ne peut plus sceptique annonce d’une certaine façon Exodus: Gods & Kings, dont l’aspect merveilleux – et mythique – cède le pas sur le pragmatisme scientifique.

A aucun moment, Balian ne se tourne vers le soutien de la religion, ayant même tendance à la dénigrer, surtout face au patriarche de la cité (Jon Finch dont c’est le dernier film). IL faut dire que ce dernier est, en plus de son fanatisme, un soutien indéfectible (ou presque) de l’infâme Guy de Lusignan (Marton Csokas).


Quoi qu’il en soit, c’est à un incroyable – et magnifique – spectacle que Ridley Scott nous convie, soutenu par une kyrielle de célébrités qui mettent leur talent à son service : outre les noms déjà cités, on notera la présence de Jeremy Irons (Tiberias, régent de Jerusalem), ou encore David « Lupin » Thewlis (l’Hospitalier), pour ne citer qu’eux.

Bien entendu, comme il ne faut pas prêter trop d’attention à la vérité historique, on ne se froissera pas trop de voir les Templiers considérés comme des ennemis de Jerusalem. Il faut dire qu’ils sont dirigés par l’autre infâme : Renaud de Châtillon (Brendan « Moody Mad Eye » Gleeson), qui subira le même sort que son modèle historique.

 

Bref, un grand film d’un Ridley Scott en pleine forme, même si je ne saurai que trop vous conseiller la version Director’s cut qui, si elle dure cinquante minutes de plus, les vaut largement.

 

A (re-) voir absolument !

 

PS : A l’instar de Gang of New York, Liam Neeson disparaît rapidement…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Eric Besnard
Jean Valjean (Eric Besnard, 2025)

C’est un homme – Jean Valjean (Grégory Gadebois) – qui marche seul, dans la campagne méridionale de la France, de village en village, sans autre but que de trouver un toit pour s’abriter et une assiette pour manger. Et rien de tout cela ne lui est possible : il porte avec lui le formulaire jaune des anciens bagnards, qu’il doit présenter aux gendarmes (gens d’armes ?) à chaque halte dans un bourg, annonçant alors son statut de paria.

Nous sommes au XIXe  siècle et la société ne veut pas de ces (ses ?) rebuts.

Alors il continue d’avancer, jusqu’au moment où une vieille femme l’encourage à frapper à la porte de Mgr Myriel (Bernard Campan).

Enfin, une porte lui est ouverte…

 

Eric Besnard a donc choisi de développer l’événement marquant de la vie de son héros, celui par lequel il va complètement changer et remonter la pente qu’on disait « fatale » du crime. Cette rencontre déterminante et indispensable à l’intrigue originelle est aussi l’occasion de s’arrêter sur ces deux protagonistes principaux, leur donnant un passé conséquent et dès lors une plus grande épaisseur.

C’est une véritable opposition qu’on nous montre ici, entre deux personnages des plus dissemblables : d’un côté l’ex-bagnard, éternel paria en mouvement constant ; de l’autre un homme d’église appliquant ses préceptes, ce qui n’est pas une constant pour un personnage aussi élevé dans la hiérarchie ecclésiastique.

Et cette opposition a deux témoins, Mme Magloire (Alexandra Lamy) et Baptistine (Isabelle Carré), la sœur de l’évêque.

 

Et ces deux personnes vont d’une certaine manière elles aussi s’affronter : ce sont deux visions de la société qui sont face à face et qui s’opposent, sans toutefois que les deux femmes s’affrontent physiquement. Chacune va exposer son point de vue à l’évêque par rapport à l’arrivée de cet étranger au passé on ne peut plus douteux.

Et ce passé va être évoqué quand Valjean se couche pour la première fois depuis longtemps dans un lit aux draps blancs : sa vie d’avant avec sa sœur (Camille Bochaton) est ses nièces, le vol qui lui valut le bagne, sa vie là-bas avec toute sa violence ; ses tentatives infructueuses d’évasion, et sa résignation.

Il est d’ailleurs étonnant de constater que le bagne se situe dans une carrière blanche (calcaire ?) de type architectural antique, que les forçats découpent en pierres parallélépipédiques et transportent à la manière des Egyptiens élevant les pyramides. Le bagne, cet endroit des plus sombres est ici très éclairé, amenant encore une fois une opposition.

 

Parce que ce film est un festival d’oppositions : personnages, personnalités, mentalités… Eric Besnard développe cette idée duelle jusque dans celui qui est le centre de cette intrigue : Myriel. Parce que Myriel n’a pas toujours été « Monseigneur Bienvenu » : il fut un évêque comme les autres, avec la morgue que cela impliquait alors.

Et en cela, Besnard ne fait qu’illustrer le tout début du livre qui voit la transformation de Myriel après la rencontre du conventionnel (Patrick Pineau).

Et ce revirement du prélat annonce celui de Valjean, qui viendra plus tard, et ce malgré une rechute – la pièce de 40 sous de Petit Gervais (Ernest Mourier). Ce dernier épisode est une ultime opposition à la recommandation (injonctive) de l’évêque : devenir un honnête homme. Et cette ultime mauvaise action aura aussi ses conséquences néfastes lors du procès de Champmathieu qu’on identifie à tort comme Jean Valjean.

 

Tous les éléments sont là : la rédemption de Valjean va pouvoir se mettre en place, et cette histoire magnifique se dérouler.

Je terminerai sur l’interprétation en disant que Grégory Gadebois est un Valjean magnifique, dans la lignée de Harry Baur ou encore Lino Ventura (1) : une face de brute qui semble tout à fait sortir du bagne, absolument pas réformé comme le voudrait (hypocritement) la société.

Les deux femmes sont à la hauteur de l’événement avec une mention spéciale pour le maquillage d’Alexandra Lamy : Mme Magloire possède un visage ingrat fort étranger à l’actrice : j’ai eu du mal à la reconnaître.

Bernard Campan est un Myriel convaincant, jouant avec de son visage et son regard pour interpréter les deux faces de son personnage, ayant en plus à peu de chose près l’âge de son personnage.

Quant à Isabelle Carré, son visage angélique accentue son personnage qui, au vu des mœurs de l’époque, ne l’était pas spécialement…

 

Enfin une bonne intention qui fait un bon film !

 

  1. Rappelez-vous : Gabin est beaucoup trop beau  pour interpréter Jean Valjean, Même s’il l’interprète avec beaucoup de justesse.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Philippe Labro
Sans Mobile apparent (Philippe Labro, 1971)

Quatre jours.

Quatre morts.

Tous par balle.

Tous avec la même arme : une carabine de précision (un fusil à lunette, quoi !).

Seulement voilà, comme l’annonce le titre, il n’y a pas de mobile apparent.

Et cela ennuie bien Stéphane Carella (Jean-Louis Trintignant), l’inspecteur en charge de l’affaire.

Une seule possibilité : chercher dans le passé de ces personnes un détail commun.

 

Oui, j’ai toujours trouvé qu’il y avait une parenté avec La Mariée était en noir, sorti trois ans plus tôt. Mais Labro n’est pas Truffaut (heureusement ?), et surtout le point de vue développé est celui de l’enquêteur plutôt que du tueur. C’est donc une quête niçoise teintée d’une patine sociale : nous sommes à l’aube des années 1970 et Labro dresse une sorte de tableau de la société et plus particulièrement des médias et de la police.

En effet, on y trouve plusieurs interventions des médias et en particuliers : des extraits radiophoniques avec la voix caractéristique d’André Arnaud (1) sur une station qui se revendiquait numéro un ; la presse écrite qui étale ses titres qui étale ses titres plus ou moins sensationnels ; et la télévision avec ses inévitables jeux, dont celui qui nous concerne est présenté par Julien Sabirnou (Sacha Distel). Sans oublier la ruée des journalistes vers le cœur de l’info !

Question police, nous avons le fonctionnement habituel (comme nous le trouvons ailleurs à la même époque) avec surtout le déploiement des forces de l’ordre, autre signe d’une époque. On y trouve aussi les éternels ennemis de la police en ligne de mire : les « gauchistes » fustigés par un sous-préfet à la recherche de solutions rapides.

 

C’est, bien entendu, un film complètement enraciné dans son époque (comme toujours, je vous le rappelle) et qui se laisse regarder avec beaucoup de plaisir.

Labro filme tranquillement son intrigue, servi par une distribution à la hauteur de son événement. On y retrouve quelques seconds rôles qui vont émailler la décennie et en prime l’énaurme Jean-Claude Rémoleux dans le rôle – furtif – d’un candidat au jeu-télé. Candidat malheureux, cela va de soi.

Sans oublier la très belle Dominique Sanda (Sandra Forest) qui participe ici à (seulement) son deuxième film français.

Et bien sûr le formidable Jean-Louis Trintignant, inspecteur dubitatif obnubilé par le lavage de ses mains.

 

Au final, un film policier bien ficelé où Labro, dont c’est le deuxième long métrage, prend son temps, suivant en outre les conseils de Melville. J’espère toutefois qu’il n’était pas aussi autoritaire que le maître…

Le scénario est signé Lanzmann (Jacques) et annonce une collaboration pour ses trois suivants.

Nous sommes donc en très bonne compagnie, alors nous savourons…

 

  1. Je vous parle d’un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas (beaucoup) connaître…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Edmund Goulding, #Marilyn Monroe
Cinq Mariages à l'essai (We're not married! - Edmund Goulding, 1952)

Gretna Green, la ville des mariages.

C’est ainsi qu’est présentée cette petite ville des Etats-Unis. Et son juge de paix, l’honorable Melvin Bush (Victor Moore) célèbre des mariages sans discontinuer en cette fin d’année.

Seulement voilà : il aurait dû attendre le 1er janvier pour s’y mettre : pendant cette dernière semaine de l’année, aucun des mariages n’est valable !

Alors, si le couple qui s’en est aperçu (une demande de divorce) n’a aucun souci à se faire, il n’en va pas de même pour tous : que faire ?  D’autant plus que l’une des parties en cause, le soldat Fisher (Eddie Bracken) doit partir à la guerre : s’il ne revient pas, son fils attendu ne sera rien d’autre qu’un enfant illégitime ! Et en 1952, c’est une situation des plus scandaleuses…

Ce sont donc cinq situations « à risque » que nous allons suivre, dirigées de main de maître par Edmund Goulding, amenant avant tout des situations comiques. Et heureusement, l’aspect scandaleux évident étant de fait éliminé. Encore que ces différentes situations n’ont pas toutes un élément comique, surtout celle qui voit les Melrose en instance de divorce : c’est d’ailleurs la seule occasion qui voit cette annulation arriver à point nommé. Toutes les autres amèneront une régularisation, ramenant un statu quo salutaire : nous sommes en 1952, que diable !

 

C’est une de ces friandises dont le cinéma américain a le secret, prenant appui sur une intrigue un tantinet improbable, En effet, il n’y a que là-bas qu’on peut rencontrer une telle situation : le manque de temps entre l’autorisation de se marier (une « licence », ou un « permis ») et l’acte en lui-même peut amener un tel imbroglio. Et c’est ce manque de temps – cette précipitation ? – qui amène tout le sel comique des différentes situations.

Mais c’est tout de même le cas des « époux » Melrose qui retient toute notre attention : c’est d’ailleurs le seul qui ne sera pas repris dans la fin – convenue certes – qui voit les couples   reformuler les promesses initiales, certains avec des enjeux sociaux voire sociétaux.

 

En effet, si le mariage n’a pas eu lieu, comment expliquer « socialement » l’enfant qu’ont eu ceux qui se croyaient les époux Norris (Marilyn Monroe & David Wayne) ? Et je ne reviens pas sur le cas des Fisher (voir plus haut).

Et Goulding, sur un scénario subtile de Nunnally Johnson & Dwight Taylor, s’amuse de ces différentes situations, envisageant un panorama objectif des différentes possibilités d’un tel cas de figure. Avec en fil rouge le juge de paix Bush, l’homme par qui le scandale peut arriver !

Mais comme nous sommes  à une époque où le scandale ne peut qu’être envisagé – et certainement pas montré – le scénario nous assure une fin « comme il faut » où malgré tout les méchants – Eve Melrose (Zsa Zsa Gábor) – sont châtiés !

 

Bref, une de ces comédies dont Hollywood avait le secret, servie par une kyrielle de star(lette)s : certaines sont confirmées – Ginger Rogers (Ramona Gladwyn) ou Fred Allen (Steve Gladwyn) et d’autres vont s’installer dans le paysage cinématographique américain – Marilyn Monroe, Lee Marvin (Pinky).

 

A (re-) découvrir…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Blake Edwards
Quand la Panthère rose s'emmêle (The pink Panther strikes back - Blake Edwards, 1976)

Aujourd’hui est un grand jour pour l’ex-commissaire Dreyfus (Herbert Lom) : après avoir été interné, une commission doit se réunir pour autoriser sa sortie. Il est guéri : l’inspecteur Clouseau (Peter Sellers) ne lui fait plus ni chaud ni froid !

D’ailleurs ce dernier est venu apporter son soutien à son ancien supérieur… Avec les désagrément inévitables : Dreyfus restera dans l’établissement psychiatrique.

Jusqu’à ce qu’il s’évade et menace le monde !

Mais le monde n’a rien à craindre : l’inspecteur Clouseau veille et va déjouer les plans machiavélique de ce nouveau maître du crime.

 

Et de quatre !

Quatrième aventure du célèbre inspecteur où la Panthère rose – le diamant du premier épisode – n’apparaît pas, mais où l’animal introduit à nouveau l’épisode, dans un générique hommage au cinéma très réjouissant.

Pour le reste, nous retrouvons Clouseau en pleine forme – ce qui n’était malheureusement pas le cas de Peter Sellers, affaibli par les infarctus – dans une aventure qui n’est pas sans rappeler celles de James Bond : super-organisation constituée de super-criminels, rayon fatal qui fait disparaître sa cible, base secrète high-tech (etc.)…

 

On s’amuse toujours autant (même si le tournage ne fut pas des plus joyeux : Sellers & Edwards communiquaient par personnes interposées, créant de fait un climat de malaise dans l’équipe), Clouseau est toujours aussi maladroit et idiot, enclin à enfiler des déguisements et bien entendu séducteur… Malgré lui ! C’est un nouveau festival de gags le plus souvent visuels, avec quelques éléments en rapport avec l’accent français inimitable de Peter Sellers… Inimitable, mais surtout incompréhensible pour les autres protagonistes.

Ces autres protagonistes parmi lesquels on peut retrouver Omar Sharif (un tueur, égyptien cela va de soi) ou encore Roy « oompa loompa » Deep (tueur italien habillé en Robin Hood), et la voix de Julie Andrews pour doubler Jarvis (Michael Robbins), qui interprète un rôle un tantinet prémonitoire pour elle…

 

Bref, nous sommes en bonne compagnie et même si certaines séquences ont été coupées (et seront réutilisées plus tard), on ne peut que se réjouir de cette nouvelle apparition du pire inspecteur de police du cinéma : Peter Sellers était absolument fabuleux et malgré les tensions avec Blake Edwards, on ne peut que se réjouir de cette collaboration entre deux spécialistes de la comédie.

La prochaine sera, malheureusement, la dernière.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Blake Edwards
Quand l'Inspecteur s'emmêle (A Shot in the dark - Blake Edwards, 1964)

L’inspecteur Jacques Clouseau (Peter Sellers) est libre : son incarcération après l’épisode précédent, comme annoncée, était une erreur. Il a donc réintégré la police française et sert sous les ordres du commissaire Dreyfus (Herbert Lom).

Mais il est toujours aussi maladroit et c’est par erreur qu’il se retrouve chargé d’une enquête criminelle chez le millionnaire Benjamin Ballon (George Sanders) : quatre personnes sont progressivement tuées, et la jeune Maria Gambrelli (Elke Sommer) semble la coupable.

Mais l’inspecteur s’en mêle et, bien entendu, s’emmêle…

 

Nous sommes donc dans le deuxième épisode des aventures du commissaire Clouseau, et il faut avouer que Blake Edwards s’en donne à cœur joie, dirigeant avec brio l’extraordinaire Peter Sellers, encore plus gaffeur que la fois précédente. Nous avons même droit à une réminiscence d’un gag précédent, quand Clouseau (qui d’autre ?) fait tourner un globe terrestre.

 

Pour le reste, c’est un véritable hommage au cinéma burlesque qui nous est offert, Edwards accumulant les gags sans parole, dont une longue introduction justifiant le titre original (1) : un chassé-croisé der personnages peu fidèles qui vont de chambre en chambre jusqu’à ce que l’un d’entre eux soit abattu de quatre coups de pistolet.

 

Et comme nous sommes avec Clouseau, ce sont des gags récurrents qui s’installent, grâce aussi à la présence de deux nouveaux personnages eux aussi récurrents, Dreyfus et le serviteur Kato (Burt Kwouk). Dreyfus pour sa haine viscérale de Clouseau (et son œil qui tressaute) et Kato pour ses attaques impromptues (et inopportunes) contre son maître.

 

Par contre, rapidement, nous perdons le très léger intérêt que nous pouvions avoir pour l’intrigue policière qui, si elle semble résolue in fine, ne résiste pas au rouleau compresseur que représente le petit policier : il casse, se cogne, plonge (malgré lui), échappe à une série d’attentats et doit même s’enfuir d’un camp de naturistes !

 

Bref, Edwards et Sellers sont en pleine forme, accumulant sans répit ni retenue des gags toujours plus farfelus, pour notre plus grand bonheur.

 

Un régal !

 

  1. Un coup de feu dans la nuit.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Gordon Douglas
Le Fauve en liberté (Kiss tomorrow Goodbye - Gordon Douglas, 1950)

Le fauve, c’est Ralph Cotter (James Cagney), évadé du bagne dans le sang, de retour aux affaires. Il est direct et surtout, ne fait pas spécialement dans la délicatesse, éliminant sans scrupule les gêneurs.

Depuis son évasion, il vit avec Holiday Carleton (Barbara Payton) qui a organisé l’évasion de son frère (Neville Brand) dont Ralph a profité, tuant au passage ce dernier…

 

Voilà bientôt un an qu’est sorti L’Enfer est à lui, et nous retrouvons James Cagney dans un rôle similaire, celui d’un truand implacable et surtout extrêmement dangereux. Mais cette fois-ci, Gordon Douglas, à travers le scénario de Harry Brown, lui laisse une porte de sortie, sa rédemption : c’est le personnage de Margaret Dobson (Helena Carter) qu’il trouve sur son chemin. C’est une héritière qui lui permettrait une vie aisée, et surtout légale !

Mais bien entendu, le Destin veille, et surtout nous sommes toujours à une époque où il n’est pas question qu’un tel personnage s’en sorte. Qu’il gagne son salut, d’accord, mais qu’il y reste en même temps !

 

A nouveau, le film commence par la fin : c’est le jugement des complices de Cotter qui ouvre le film, avec une évidence, Cotter n’est pas là. Le principal artisan des méfaits dont nous allons être les témoins est absent e »t nous apprendrons – dans l’une des dernières séquences – pourquoi.

Et Douglas fait défiler les différents protagonistes à la barre, recréant pour nous dans une série de flashbacks, toute l’affaire : de l’évasion jusqu’à la résolution – tragique, est-il besoin de le dire – de toute cette affaire.

 

Et à nouveau, James Cagney crève l’écran – en plus de quelques buffets par l’intermédiaire de son personnage – interprétant un truand magnifique, dont nous savons dès le début son destin tragique (nous sommes en 1950, rappelez-vous !).

Cagney nous renvoie près de vingt ans plus tôt quand il était chez Wellman et interprétait Tom Powers : un truand sûr de lui, agissant en toute impunité.

Mais Cotter n’est pas Powers, et la grande différence entre les deux personnages vient avant tout du temps qui a passé : Powers était un jeune chien fou alors que Cotter a vécu. Il a même fait de la prison, ce qui l’a tout de même bien calmé. Quoi qu’on puisse en douter puisqu’une fois sorti, il n’a qu’une idée en tête : reprendre sa vie d’avant, avec en ligne de mire l’envie d’amasser un maximum d’argent. Pour quoi faire ? On n’en sait toujours rien, comme d’habitude !

 

Mais si Cagney crève l’écran c’est aussi parce que le reste de la distribution est à la hauteur et en particulier un « méchant » qu’on n’attendait pas : Ward Bond. Si ce dernier s’est installé dans le microcosme fordien, il n’en demeure pas moins une pointure dans le second rôle hollywoodien et Gordon Douglas utilise merveilleusement ses capacité : Charles Webber est un flic pourri, piégé par Cotter. D’un autre côté, c’est un doux piège : il ne fallait pas beaucoup le pousser pour qu’il passe du côté obscur…

 

Bref, un film noir réalisé de main de maître par un réalisateur qu’on aurait tendance à qualifier de discret et dont on reparlera très certainement ici.

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