Une pensée pour Mme Kerboul qui m’a obligé à lire le roman. Je l’en remercie.
Avant, il y avait Visconti (1967). Il y a maintenant Ozon.
Et en plus, ce dernier a la manière.
Comment peut-on adapter un roman aussi absurde (terme d’ailleurs repris dedans) avec autant de brio ? Je pense qu’il suffit de s’appeler François Ozon…
Si je n’ai pas toujours été un admirateur de ce cinéaste (comme quoi tout arrive), force m’est de reconnaître que cette adaptation est magnifique (n’ayons pas peur des mots !).
Mais reprenons.
Meursault (Benjamin Voisin) enterre sa mère (Mireille Perrier). N’ayant plus de contact avec elle depuis bien longtemps, inutile de dire que cette nouvelle ne lui fait ni chaud ni froid. C’est juste un moment à passer.
Dans le même temps, il développe une relation avec la belle Marie (Rebecca Marder), qui lui ^permet de sortir de cette ambiance un tantinet mortifère.
Et puis il y a Raymond (Pierre Lottin). Celui, comme on dit, par qui « le scandale arrive ». Menacé par des autochtones (il est un brin souteneur), il s’en sort avec (seulement) quelques égratignures. Pour sa part, Meursault retourne rencontrer Moussa (Abderrahmane Dehkani), et à cause d’un rayon de soleil sur une lame de couteau, il le tue.
François Ozon réussit le pari (pas gagné d’avance) d’adapter avec beaucoup de talent un roman des plus absurdes, donc, par essence, difficilement adaptable. Bien entendu, la phrase d’introduction (1), n’ouvre pas son film : trop facile ! Mais l’atmosphère du roman est pleinement illustrée, servie aussi par un Benjamin Voisin à la hauteur de l’événement : il est un Meursault des plus détachés de cette intrigue qui va peu à peu l’éliminer. Mais qu’importe : Meursault est avant tout un mort en sursis, voyant les gens autour de lui disparaître plus (sa mère) ou moins (Moussa) naturellement.
Il y a chez ce personnage une forme d’opportunisme primaire : loin d’être guidé par un intérêt exacerbé, Meursault prend la vie et les occasions qu’elle offre comme elles viennent : un bol de café au lait et une cigarette pendant la veillée funèbre ; la relation avec Marie ; l’amitié (-malsaine) de Raymond…
Tout n’est qu’occasion, plus ou moins avantageuse, que Meursault saisit sans discernement. Alors, bien évidemment, la rencontre fatale avec Moussa est la dernière qui s’offre à lui, et il la prend, comme les autres, sans hésiter, avançant irrémédiablement vers sa fin, qu’on peut (presque ?) qualifier de volontaire : Meursault sera condamné à mort (et exécuté) essentiellement parce qu’il ne l’empêchera pas. Alors que tout accusé de tels faits va faire l’impossible pour s’en tirer, Meursault, lui, « laisse la Justice suivre son cours », sans regret, ni même de remords.
Il n’est qu’un homme qui passe, comme des millions (milliards) d’autres.
Et c’est cette idée que François Ozon a réussi à imprimer sur pellicule (2), donnant à cette intrigue on ne peut plus complexe à mettre en scène (3) sa dimension exacte. Benjamin est un incontournable Meursault, étranger à sa vie et aux autres – même Marie – alors que tout pourrait lui réussir : travail, amour…
Et l’utilisation du noir et blanc renforce cette idée de l’étranger : à l’instar de la pensée de Meursault, le format noir et blanc ne met rien en relief. Seuls les éclairages ont de l’importance. Mais nous savons tous que si le format est « noir et blanc » alors tout est gris !
Gris comme la vie de Meursault, que rien ne fait réagir.
Gris comme son sort fatal qu’il accepte tout naturellement : s’il était heureux, sa vie ne serait pas aussi grise, et peut-être qu’il se battrait pour elle, au lieu de l’accepter froidement…
- Aujourd’hui, Maman est morte. »
- oui, je sais, on n’utilise plus de pellicule !
- Ce n’est spécialement l’intrigue qui est complexe, mais surtout le propos derrière !
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