Depuis 1997, Azar Nafisi (Golshifteh Farahani) habite aux Etats-Unis. Elle a fui son pays, l’Iran, qu’elle avait retrouvé avec la révolution islamique de 1979.
Malheureusement, l’espoir suscité par cette révolution s’est rapidement éteint, surtout pour les femmes : port du hidjab obligatoire, moralité, invisibilisation des femmes…
C’est cette période qui va de son retour à son deuxième départ qui nous est raconté ici, à travers elle et aussi d’autres femmes avec qui elle partage une passion commune : la littérature occidentale. Avec, bien entendu, des personnages féminins emblématiques.
Superbe.
Une intrigue qui mêle subtilement la grande et la petite histoires, des images bien léchées, un rythme lent qui permet de s’approprier ces images… Vraiment, c’est un très beau film que nous propose Eran Riklis, soutenu par une distribution impeccable, dont une bonne partie d’interprètes partie prenante d’un tel sujet : beaucoup d’actrices et acteurs viennent d’Iran et sont, pour la plupart interdits là-bas pour avoir tourné avec l’ennemi.
Et on ressent dans le jeu de ces différentes personnes l’implication dans un tel sujet.
Parce que Eran Riklis montre, sans pour autant être spectaculaire, la lente déshumanisation des femmes au début de la « révolution », passant progressivement au statut de citoyenne de deuxième zone. Avec, comme le dit l’introduction, des signes avant coureur qui auraient (peut-être) pu – dû ? – être remarqués : l’arrivée à la douane de l’aéroport pose cette base dans le rapport entre Azar et le douanier.
Ensuite, c’est l’enchaînement inévitable qui amène le hidjab, avec au passage quelques victimes civiles, forcément injustes. Et c’est intéressant de voir que cette professeur maintient son cours – manifestement incorrect – dans cette société qui se radicalise, devenant alors une sorte de contre pouvoir illustré par la condition féminine.
Et les différents ouvrages cités ne sont pas anodins, comme elle l’explique auprès de ses élèves. Ces mêmes élèves qui vont accentuer la différenciation de genre déjà en place : les hommes – déjà séparés des femmes en classe (un côté pour chaque sexe) vont devenir les tenants de cette révolution et affirmer leur pouvoir ascendant sur les femmes.
Pas étonnant donc que des femmes, sous la direction d’Azar, continuent leur éducation « féministe » hors de l’université, voire clandestinement.
Il est clair que le film, comme nous prévient un intertitre d’ouverture, montre crûment la violence faite aux femmes, même s’il ne va pas jusqu’au bout de l’horreur, utilisant la suggestion, beaucoup plus forte (cris de femme). Et cette oppression faite aux femmes se ressent dans la façon de tourner, avec beaucoup de séquences d’intérieur et de plans rapprochés. Mais, heureusement, Riklis nous accorde quelques pauses qui aèrent salutairement son film, ramenant un soupçon d’optimisme dans le cœur des ces protagonistes.
On retiendra en particulier deux moments forts :
- la séquence qui voit Azar et le Magicien (Shabbaz Noshir) assis sur un banc, se remémorer le Téhéran d’avant ; c’est absolument étranger à ce qu’est devenue la capitale qu’on en vient à douter qu’une telle période ait pu exister ;
- l’autre, c’est quand les jeunes femmes appréhendent Jane Austen et tentent d’exécuter une danse codifiée tout en se parlant. Le résultat n’est pas concluant, mais elles en sortent en interprétant une de leur danse traditionnelle, chantant pour rythmer leurs pas. Là encore, nous sommes à des années-lumière de ce qu’il se passe hors les murs de l’appartement d’Azar.
Cette dernière séquence, combinée avec le thème général du film (la littérature anglo-saxonne) exprime très bien le contre pouvoir que peut représenter la culture. En lisant, en dansant, ces femmes sortent de leur condition – misérable – et vivent autrement. Pas étonnant qu’elles aient alors des idées que le régime considère comme « impures ».
Pas étonnant surtout, parce que dans toute dictature, on commence par attaquer la culture et l’interdire.
Alors lire Lolita, à Téhéran, c’est faire preuve de résistance face à un système inique.
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