C’est un homme – Jean Valjean (Grégory Gadebois) – qui marche seul, dans la campagne méridionale de la France, de village en village, sans autre but que de trouver un toit pour s’abriter et une assiette pour manger. Et rien de tout cela ne lui est possible : il porte avec lui le formulaire jaune des anciens bagnards, qu’il doit présenter aux gendarmes (gens d’armes ?) à chaque halte dans un bourg, annonçant alors son statut de paria.
Nous sommes au XIXe siècle et la société ne veut pas de ces (ses ?) rebuts.
Alors il continue d’avancer, jusqu’au moment où une vieille femme l’encourage à frapper à la porte de Mgr Myriel (Bernard Campan).
Enfin, une porte lui est ouverte…
Eric Besnard a donc choisi de développer l’événement marquant de la vie de son héros, celui par lequel il va complètement changer et remonter la pente qu’on disait « fatale » du crime. Cette rencontre déterminante et indispensable à l’intrigue originelle est aussi l’occasion de s’arrêter sur ces deux protagonistes principaux, leur donnant un passé conséquent et dès lors une plus grande épaisseur.
C’est une véritable opposition qu’on nous montre ici, entre deux personnages des plus dissemblables : d’un côté l’ex-bagnard, éternel paria en mouvement constant ; de l’autre un homme d’église appliquant ses préceptes, ce qui n’est pas une constant pour un personnage aussi élevé dans la hiérarchie ecclésiastique.
Et cette opposition a deux témoins, Mme Magloire (Alexandra Lamy) et Baptistine (Isabelle Carré), la sœur de l’évêque.
Et ces deux personnes vont d’une certaine manière elles aussi s’affronter : ce sont deux visions de la société qui sont face à face et qui s’opposent, sans toutefois que les deux femmes s’affrontent physiquement. Chacune va exposer son point de vue à l’évêque par rapport à l’arrivée de cet étranger au passé on ne peut plus douteux.
Et ce passé va être évoqué quand Valjean se couche pour la première fois depuis longtemps dans un lit aux draps blancs : sa vie d’avant avec sa sœur (Camille Bochaton) est ses nièces, le vol qui lui valut le bagne, sa vie là-bas avec toute sa violence ; ses tentatives infructueuses d’évasion, et sa résignation.
Il est d’ailleurs étonnant de constater que le bagne se situe dans une carrière blanche (calcaire ?) de type architectural antique, que les forçats découpent en pierres parallélépipédiques et transportent à la manière des Egyptiens élevant les pyramides. Le bagne, cet endroit des plus sombres est ici très éclairé, amenant encore une fois une opposition.
Parce que ce film est un festival d’oppositions : personnages, personnalités, mentalités… Eric Besnard développe cette idée duelle jusque dans celui qui est le centre de cette intrigue : Myriel. Parce que Myriel n’a pas toujours été « Monseigneur Bienvenu » : il fut un évêque comme les autres, avec la morgue que cela impliquait alors.
Et en cela, Besnard ne fait qu’illustrer le tout début du livre qui voit la transformation de Myriel après la rencontre du conventionnel (Patrick Pineau).
Et ce revirement du prélat annonce celui de Valjean, qui viendra plus tard, et ce malgré une rechute – la pièce de 40 sous de Petit Gervais (Ernest Mourier). Ce dernier épisode est une ultime opposition à la recommandation (injonctive) de l’évêque : devenir un honnête homme. Et cette ultime mauvaise action aura aussi ses conséquences néfastes lors du procès de Champmathieu qu’on identifie à tort comme Jean Valjean.
Tous les éléments sont là : la rédemption de Valjean va pouvoir se mettre en place, et cette histoire magnifique se dérouler.
Je terminerai sur l’interprétation en disant que Grégory Gadebois est un Valjean magnifique, dans la lignée de Harry Baur ou encore Lino Ventura (1) : une face de brute qui semble tout à fait sortir du bagne, absolument pas réformé comme le voudrait (hypocritement) la société.
Les deux femmes sont à la hauteur de l’événement avec une mention spéciale pour le maquillage d’Alexandra Lamy : Mme Magloire possède un visage ingrat fort étranger à l’actrice : j’ai eu du mal à la reconnaître.
Bernard Campan est un Myriel convaincant, jouant avec de son visage et son regard pour interpréter les deux faces de son personnage, ayant en plus à peu de chose près l’âge de son personnage.
Quant à Isabelle Carré, son visage angélique accentue son personnage qui, au vu des mœurs de l’époque, ne l’était pas spécialement…
Enfin une bonne intention qui fait un bon film !
- Rappelez-vous : Gabin est beaucoup trop beau pour interpréter Jean Valjean, Même s’il l’interprète avec beaucoup de justesse.
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