Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Comédie, #Jean Girault, #Louis de Funès
Jo (Jean Girault, 1971)

Jo (voix de Roger Lumont) est un maître-chanteur de la pire espèce. Parmi ses clients se trouve Antoine Brisebard (Louis de Funès). Ce dernier a déjà payé et ne peut plus. Il ne lui reste alors qu’une solution : éliminer cet infâme.

Le soir, Jo se pointe chez Brisebard, à son invitation, et se fait tuer par ce dernier.

Sauf que l’inspecteur Ducros (Bernard Blier) apprend à ce même Brisebard que Jo a été éliminé par ses complices.

Qui a donc été tué par Brisebard, et se trouve enterré sous la gloriette (1) ?

 

1971 est une année cinématographique faste pour Louis de Funès : entre Sur un Arbre perché (Serge Korber) et La Folie des grandeurs (Gérard Oury), on trouve cette adaptation d’une pièce de théâtre (1) à l’intrigue policière déjà adaptée au cinéma en 1960 (2). Et bien que ce film soit réalisé par Jean Girault, on peut le considérer comme l’un des meilleurs de l’acteur. De Funès est encore une fois impérial, enchaînant mimiques et paroles inaudibles, situations improbables et visuelles comiques… Bref, du grand art.

Mais il faut dire qu’il a à ses côtés deux pointures : entre Claude Gensac (Sylvie) qui interprète à nouveau son épouse et Bernard Blier, nous sommes en très bonne compagnie. Sans oublier quelques têtes habituelles des films de la décennie et les familiers de Girault (Michel Galabru, Jacques Marin, Dominique Zardi…).

 

Bien entendu, tout le film repose sur de Funès et la proximité entre l’acteur et le réalisateur permet au premier de s’exprimer totalement. C’est un véritable raz-de-marée scénique, de Funès étant partout, courant de pièce en pièce, accumulant les situations périlleuses pour le plus grand plaisir du spectateur qui ne fut malheureusement pas toujours là à la sortie du film.

Et pourtant, il s’agit d’une de ses plus belles prestations, loin devant celles des sempiternels Gendarmes qui ont pourtant du succès.

Malheureusement, cette agitation permanente aura raison de lui : on comprend en voyant son jeu nerveux poussé à son paroxysme ; pourquoi il fit trois infarctus, le dernier se révélant fatal.

Bien entendu, Claude Gensac est toujours l’élément calme sur lequel ce personnage excité peut se reposer, même si l’intrigue ici a raison de la nonchalance habituelle de l’actrice.

Quant à Blier, encore une fois, il nous gratifie d’une performance impeccable, tenant tête à de Funès avec beaucoup de maîtrise.

 

Et le talent comique de de Funès s’exprime ici de nombreuses fois par son regard : s’il est la première personne que nous voyons au début du film, ce n’est pas lui qui prononce la première phrase. En effet, paralysé par le revolver qu’il tient, il est incapable de parler, et surtout de tirer ! Et l’aspect visuel de cette première séquence donne le ton pour le reste du film : tous les protagonistes vont jouer avec leur visage, passant du sourire au sérieux en un tournemain, et avec leurs regards exprimant magnifiquement l’indicible qui devient pourtant très compréhensible.

 

Et si Jo n’a pas eu le succès escompté, il participe tout de même au véritable retour en puissance – après quelques films de moindre facture – de l’acteur qui va enchaîner ensuite deux autres films de haut niveau : La Folie des grandeurs d’abord, et le phénoménal Rabbi Jacob ensuite.

Bien que Jean Girault ne soit pas considéré comme un grand cinéaste – ce qui se comprend tout de même un peu – on peut lui accorder un peu plus qu’un satisfecit pour cette comédie bien enlevée : à l’instar des grands qui se sont fourvoyés dans de sombres navets (3), on peut aussi trouver des petits cinéastes capables de grandes choses !

 

PS : Jacques Marin (Andrieux, un des policiers) était l’inspecteur Ducros lors de la création de la pièce de théâtre en 1964.

 

  1. Gloriette qui donne son titre à la pièce originale : The Gazebo (Alec & Myra Coppel, 1958).
  2. Un Mort récalcitrant (The Gazebo – George Marshall, 1959) avec Glenn Ford dans le rôle principal.
  3. Tobacco Road (John Ford, 1941), pour ne citer que celui-là…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
93, rue Lauriston (Denys Granier-Deferre, 2004)

De 1941 à 1944, au 93, rue Lauriston, on trouvait un lieu singulier appelé la « Carlingue ». Rien à voir avec les avions : il s’agissait du siège d’une des gestapos françaises, certainement la plus caractéristique.

Dirigée par Henri « Lafont » Chamberlin (Daniel Russo) dirige cette organisation à but lucratif, épaulé par un ancien policier révoqué, Pierre Bonny (Christian Charmelant) aux méthodes brutales.

Autour de ces deux personnages peu recommandables, ce sont les grands noms de la pègre d’alors et d’après-guerre qui vont y graviter (Pierre Loutrel, Georges Boucheseiches, Abel Danos…).

 

Quand commence le film, nous sommes à Bazoches-sur-le-Betz (45), et l’inspecteur Blot (Michel Blanc) procède à l’arrestation des deux chefs sus-cités.

Blot reçoit alors la mission d’identifier tous ceux qui ont pu avoir affaire à ces deux criminels. Ce sont alors trois ans d’entretiens qui vont nous être proposés, à travers les récits de quelques anciens éléments de la Carlingue : Jabinet (Samuel Le Bihan), gestapiste occasionnel, Norbert « Nestor » Boileau (Gérald Laroche), véritable cadre du lieu, ou encore Pelleux (Eric Prat), flic « infiltré ».

Mais l’état d’esprit de la Libération est loin de celui qui suit la guerre…

 

Vingt ans avant le formidable livre de David Alliot (1), Canal + nous proposait déjà une très bonne reconstitution de cette institution funeste qui si elle n’est pas aussi exhaustive n’en demeure pas moins très bien renseignée.

Mais à travers ces trois personnes qui nous livrent leur témoignage, c’est bel et bien trois exemples de collaboration active très caractéristique de cette époque.

 

Jabinet est un repenti, et on n’en attendait pas moins de Samuel Le Bihan : il était plutôt inimaginable de le voir camper un salaud absolu comme aurait pu le devenir ce personnage violent et un tantinet impulsif. De plus, Jabinet est un très bon exemple des contradictions de l’époque : gestapiste français, il est amoureux d’une juive. Et cela n’empêche pas Lafont de la faire libérer pour lui.

Boileau est un autre gibier : c’est un convaincu de son activité, et surtout un admirateur de celui qu’il appelle « Le Patron ». Il n’en va pas de même pour Bonny qu’il méprise : normal, c’est avant tout un flic. Parce que même si Boileau doit sa libération à l’ex-inspecteur, il est avant tout un bandit et tout ce qui relève de la police ne peut pas recueillir ses faveurs. Sans oublier le pire dans son histoire : après un (court) séjour en prison après la Libération, il va réintégrer la société et en devenir à nouveau un des rouages. (2)

Pour Pelleux, c’est un peu plus complexe. Mais surtout, on comprend que ce « bon Français » ne l’était pas tant que ça. Flic révoqué, il argue du fait qu’il avait été infiltré rue Lauriston et rendait des comptes à son supérieur. Ce supérieur qui, malheureusement pour lui – pour eux ? –, a été arrêté et déporté avant de mourir. Donc aucune trace de sa prétendue infiltration… De plus ce personnage est le seul qui contredit les autres témoignages, se réservant la part belle et chargeant les absents.

Pelleux est l’exemple type du (petit) collaborateur qu’on s’est empressé de réintégrer afin de préserver la continuité de l’Etat, réintégration qui sera accentuée quelques années plus tard avec une amnistie (bienvenue).

Et c’est le supérieur (Christian Bouillette) de Blot qui résume bien l’état d’esprit changé : il encourage Blot à ne pas faire de vague, expliquant qu’il était temps de tourner la page (etc.).

Et Michel Blanc, à travers son personnage et surtout son visage perplexe, exprime magnifiquement le dégoût que lui inspire ce changement de mentalité.

Dégoût facilement partagé par le spectateur…

 

  1. David Alliot – La Carlingue : La Gestapo française du 93, rue Lauriston, (Paris, Tallandier, 2024)

 

 

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Comédie, #Franck Dubosc
Un Ours dans le Jura (Franck Dubosc, 2024)

« Il n’y a pas d’ours dans le Jura. »

Ce précepte nous est exposé plusieurs fois : nous devons nous en convaincre.

Sauf que…

Sauf que des passeurs de drogue ont été poursuivis par un ours dans cette chaîne. Et surtout, ce même ours s’est retrouvé sur la route de Michel (Franck Dubosc), et que pour l’éviter, il est entré dans une voiture à l’arrêt dont la conductrice s’était arrêtée uriner.

Résultat : une morte. Enfin deux puisque un homme, paniqué par ce qu’il venait de voir, s’est empalé sur un arbre. Nous en sommes déjà à deux morts.

Avec en prime un sac qui contient deux millions d’euros…

Michel, et sa femme Cathy (Laure Calamy) ne sont pas au bout de leurs surprises… Tout comme Roland (Benoît Poolvorde), le major de gendarmerie locale, sur qui repose l'enquête…

 

Un film de Franck Dubosc.

Pour beaucoup, rien que le nom est rédhibitoire. Oui, j’en fais partie. Mais après la projection, mon jugement a évolué. Il faut dire que Dubosc nous entraîne dans une comédie grinçante et remplie d’humour noir, soutenue par une équipe d’acteurs à la hauteur de l’enjeu. Nous sommes bien lion de la comédie que d’aucuns qualifieront de « franchouillarde » Camping, et c’est avec beaucoup de plaisir que celle-ci s’apprécie. C’est une comédie d’accumulation – les morts s’empilent tout au long du film – et les principaux protagonistes, même s’ils reconnaissent leur culpabilité initiale, ont du mal à s’y retrouver et surtout à l’assumer.

Le tout pour le plus grand plaisir du spectateur qui s’amuse follement devant cette comédie où l’humour noir est omniprésent.

 

Bien entendu, Franck Dubosc est avant tout un acteur et son passage de l’autre côté de la caméra s’accompagne de l’indispensable : les interprètes ont la part belle. Dubosc est le premier bénéficiaire de cet état de fait, bien entendu, mais il adopte ici un rôle tout en retenue, laissant la place à Laure Calamy et bien sûr Benoît Poolvorde. Mais Dubosc maîtrise son sujet et ses interprètes. Pas de surjeu en vue et chacun reste dans son personnage. D’un autre côté, le scénario accumulant les éléments comiques n’offre que peu de place pour en rajouter.

Et c’est tant mieux !

On s’amuse du début à la fin, avec cette histoire plus qu’improbable – normal, nous sommes au cinéma – sans jamais se demander jusqu’où  tout cela va nous mener.

Une fin heureuse, évidemment.

 

Et nous y courons avec beaucoup de plaisir, oubliant l’accumulation mortifère qui s’étend à mesure que le film avance : nous approchons de la dizaine quand la commissaire (Anne Le Ny) siffle la fin de la partie (mais pas celle du film), en ce qui concerne l’enquête policière, cela va de soi.

Et au final, nous avons quelques morts (un détail) et de l’argent intelligemment distribué, si l’on oublie la part de Jean-Pierre (Christophe Canard), le curé qui n’oublie pas certaines pratiques ancestrales de l’Eglise…

 

Bref, s’il n’existe pas d’ours dans le Jura, celui-ci, malgré tout, nous permet de passer un très bon moment !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Comédie, #Victor Fleming, #Douglas Fairbanks
Cauchemars & Superstition (When the Clouds roll by - Victor Fleming, 1919)

Le docteur Metz (Herbert Grimwood) est un scientifique bien singulier. En effet, il a décidé, au nom de la science, de faire mourir un homme en l'acculant au suicide. Cet homme, c'est Daniel Boone Brown (Douglas Fairbanks). Ce dernier n'est certes pas un homme irréprochable, mais il ne mérite tout de même pas de mourir. Surtout de désespoir. Mais rien n'y fait, les malheurs s'accumulent au-dessus de sa tête. Il faut dire qu'il est très superstitieux et que le docteur en use voire abuse !

Pourtant, au milieu des nuages noirs qui s'amoncellent, Daniel Brown est près de toucher au bonheur : il a même rencontré Lucette Bancroft (Kathleen Clifford), aussi superstitieuse que lui et surtout très attirée par ce jeune homme athlétique et séduisant.

Mais le docteur Metz veille au grain et organise tout pour nuire à son « patient ».

 

Avec ce film, Victor Fleming gravit l'ultime échelon de sa carrière: il devient cinéaste. En effet, il s'agit de son premier film en tant que réalisateur, et pour une première, c'(est une belle réussite. Il faut dire que la présence de Douglas Fairbanks y est pour quelque chose. En effet, l'acteur est ici aussi à l'origine du scénario de TJG (Thomas J. Geraghty), fournissant l'idée de l'intrigue. Intrigue sur mesure, cela va de soi.

Et Fairbanks fait ce pour quoi il excelle : il douglasfairbankse joyeusement (nous sommes dans une comédie). Il bondit et se livre à moult exploits acrobatiques et athlétiques pour notre plus grand plaisir, dont un exploit qui ne sera réédité que 32 ans plus tard par Fred Astaire (Royal Wedding, 1951) : il marche sur les quatre plans d’une pièce !

Certes, c’est un rêve, mais il passe tout de même du sol au mur, puis du mur au plafond, avant de rejoindre l’autre mur et de retourner sur le sol. C’est absolument époustouflant, et cela ajoute à la couleur farfelue du film. Les rêves sont aussi une occasion d’utiliser de nombreuses techniques d’effets spéciaux avec en prime la présence de Bull Montana et son physique lui aussi particulier.

 

Mais si le film fonctionne aussi bien, c’est avant tout parce que les différents personnages sont aussi bien interprétés que définis. Si Fairbanks se taille la part du lion (normal !) les autres interprètes campent des personnes très stéréotypés (la jeune femme vertueuse, l’oncle irascible…) mais indispensable au fonctionnement de l’intrigue.

Et surtout, Fleming – grâce au travail de TJG – utilise trois types de méchant patentés :

-          Curtis Brown (Ralph Lewis), l’oncle irascible qui traite son neveu comme un moins que rien (il faut dire aussi que l’attitude de ce même neveu – toujours en retard – n’est pas spécialement susceptible de le rassurer) ;

-          Ulrich Metz : ce docteur particulier est on ne peut plus dangereux pour Daniel, mais heureusement pour ce dernier, une pirouette du scénario va l’éloigner de sa victime ;

-          Mark Drake (Frank Campeau) est celui qu’on peut considérer comme le véritable méchant de l’intrigue : fourbe et retors, dénué de scrupule et opportuniste, il possède toutes les qualités requises pour endosser le rôle de l’ignoble, chose qu’il réussit à merveille.

Bref, tous les ingrédients sont là pour nous faire apprécier le film, avec en prime une catastrophe (presque) naturelle : un barrage qui rompt, entraînant des scènes tragiques attendues, bien que tout de suite traitées sur le ton de la comédie, dédramatisant complètement la situation.

Sans oublier la fin heureuse, indispensable.

 

A trente ans, Victor Fleming fait une entrée remarquée dans le monde de la réalisation. Malheureusement, cela ne durera que trente ans...

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Science-Fiction, #Alien, #Ridley Scott
Alien: Romulus (Fede Álvarez, 2024)

Retour aux fondamentaux :

  • Un vaisseau spatial ;
  • Un équipage de cinq personnes plus un androïde ;
  • Un autre vaisseau abandonné ;
  • Des créatures polypodes agressives ;
  • Et bien entendu des xénomorphes !

Voici Alien tel que nous le connaissons – et que nous aimons (enfin, moi, oui) – est de retour, et toujours pas besoin de crier : dans l’espace, on ne vous entend pas.

 

Ridley Scott a passé le relais à Fede Álvarez, et on peut dire qu’on ne perd pas au change. Nous nous retrouvons dans un univers connu où, à nouveau l’infâme « Compagnie » veut à tout prix élever des Aliens, afin d’améliorer la race humaine. Et à nouveau, c’est une femme qui va réussir à se sauver et faire disparaître cette sale engeance.

Elle est jeune et se nomme Rain (Cailee Spaeny) et elle est accompagnée par l’androïde de l’épisode : Any (David Johnson). Enfin, l’un des androïdes puisque nous avons la surprise (?) de retrouver le capitaine Rook (Ian Holm & Daniel Betts) qui, lui, connaît bien l’affaire et va à nouveau jouer le rôle du méchant (1), comme avec Ripley (Sigourney Weaver) la première fois.

 

Mais, heureusement, Álvarez ne propose pas un remake du premier opus. Tout d’abord, parce que nous sommes quelques temps après ce premier épisode, et aussi parce que la moyenne d’âge des différents protagonistes a prodigieusement baissé. Tellement qu’on se retrouve avec une situation qui correspond plus à un autre genre : l’horreur. Il faut dire que les agissements de l’Alien ont tendance à se rapporter un peu plus sur ce domaine. Alors une bande de jeune qui se retrouve isolée et à la merci d’une créature hostile, si ça ne vous rappelle pas The evil Dead, je ne peux pas faire plus…

Et Álvarez fait d’une pierre deux coups : il relance Alien et renouvelle le film d’horreur.

 

Mais ce n’est pas ce dernier domaine qui retient notre attention. C’est, encore une fois, le rapport entre les humains et la Bête, , et surtout entre les humains et les machines. Et cette dernière opposition est plus développée, surtout avec le rapport entre Rain et Andy qui, même s’il est une machine, obéit à la première loi d’Asimov : « Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger. »

Bien entendu, nous qui connaissons la série de films – enfin au moins moi, vous, je ne sais pas où vous en êtes – connaissons l’esprit retors de Rook et anticipons sur son effet néfaste à l’encontre d’un gentil robot comme Andy. Et le scénario joue habilement sur l’ambiguïté de cette machine quant à sa loyauté : La Compagnie ou Rain ?

 

Bref, c’est une très bonne suite à ce que nous avons déjà connu, même si on peut espérer qu’il n’y aura pas de suite. Parce que, d’abord, Rook n’est plus là et aussi parce qu’on va vraiment arriver à des redites, voire des remakes.

Par contre, on peut s’amuser à retrouver certaines analogies dans la structures du film, ainsi que certains éléments antérieurs qui, malgré une volonté de coller au décor – surtout informatique – du premier film, donnent quelques précisions un tantinet plus réalistes : quand Tyler (Archie Renaux) fume une cigarette (2), c’est autre chose que ses aînés de 1979…

De même on peut retrouver quelques petits détails qui n’échappent pas toujours au regard : l’espèce d’oiseau balancier qui plonge dans un verre, quand Rain prend son petit déjeuner par exemple…

 

Mais, parce qu’il y a toujours un (autre) mais, on remarque que la saga prend le tournant actuel qui veut que les personnages principaux soient jeunes et se débrouillent tout seuls. On avait une Rey jeune et néophyte (Starwars VII), ou encore Vesper dans le film éponyme, et bien d’autres…

Et là non plus, on n’y coupe pas : les adulescents ont pris le pouvoir chez les (super) héros !

 

Mais qu’est-ce que ça peut faire, puisque nous avons droit à presque deux heures de plaisir visuel (du cinéma, quoi), avec en prime la magnifique musique de John Williams dons certains passages ne sont pas sans rappeler quelques éléments un tantinet ligetiens

Alors oui : j’aime !

 

  1. NB : Les xénomorphes sont des super méchants !
  2. Eh oui, on fume dans les vaisseaux spatiaux (je sais, c’est très mal !).

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Biopic, #Mehdi Idir, #Grand Corps Malade
Monsieur Aznavour (Grand Corps Malade & Mehdi Idir, 2024)

C’est vrai qu’il y a peu de rimes intéressantes avec « Aznavourian ». Tandis qu’avec « Aznavour »…

Comme quoi, il suffit parfois de pas grand-chose.

Et pas grand-chose, à ses débuts, c’est ce qu’on pense de Charles A. (Tahar Rahim) : un mètre soixante-quatre, voix voilée, voire éraillée…

Mais « quand on voit d’où on vient et où on est arrivé »…

De ses tous débuts sur une scène, enfant, où il prend l’accent africain (1) à la gloire américaine – le même cachet que Sinatra (Rupert Wynne-James) – ce sont environ cinquante années de sa vie qui nous sont présentées, sans fard ni strass ni paillettes. Une vie (pas toujours) simple d’un homme hors du commun : il avait tout pour ne pas réussir.

 

Après deux films réalistes, Mehdi Idir et Grand Corps Malade s’attaquent à un autre genre, le biopic. Sortant du quotidien de la jeunesse plus ou moins actuelle, c’est celle d’un immense artiste qu’ils exposent, ou plutôt son ascension irrésistible et phénoménale jusqu’au « haut de l’affiche » !

Parce que cette vie singulière est véritablement phénoménale : né dans l’entre-deux guerre, il fréquente les grands noms de la chanson française et en particulier Edith Piaf (Marie-Julie Baup) et bien sûr, l’incontournable Charles Trenet (Dimitri Michelsen), ainsi que d’autres personnages plus sérieux, dont Missak Manouchian, autre Arménien notoire, ami de la famille Aznavourian.

 

Bien entendu, il y a de l’admiration pour le chanteur de la part de GCM et Idir, et le premier sait ce qu’il lui doit, mais l’admiration ne suffit pas : comme je le dis et répète, de bonnes intentions ne font pas obligatoirement un bon film.

Mais, heureusement pour nous, les deux complices ont réussi à éviter cet écueil. En effet, forts de leurs deux premiers films, ils réalisent à nouveau l’exploit de nous raconter l’histoire de quelqu’un pour qui la vie n’est pas facile et qui doit se surpasser pour vivre, voire survivre : c’était le cas de Benjamin (Patients) qui devait se battre contre le handicap pour essayer de retrouver une vie (presque) normale ; tout comme Samia (La Vie scolaire) qui devait survivre dans un milieu hostile, un collège de REP et les personnes qui gravitent autour.

 

Avec Aznavour (la personne comme le film), c’est (encore ?) la même chose : la lutte d’un fils d’immigré arménien avec une voix « particulière » comme on dit de nos jours. Bien entendu, à cette particularité vocale se sont ajoutées les méchancetés habituelles aux forts relents nauséabonds : « métèque », « nabot », et même « sale Juif ». Bref, de ce côté-là, les mentalités n’ont pas évolué. Par contre, Aznavour, si ! Et on le voit bien quand La Bohème nous est présentée, montée comme le Tralala de Suzy Delair (Quai des Orfèvres) : des accords de la chanson naissante, un matin, à ses différentes interprétations en langues étrangères pour se conclure au Carnegie Hall !

Aznavour avait compris que l’adaptation étrangère était indispensable à l’évolution de sa carrière, voire à la notoriété internationale de ses œuvres. Et à part La Vie en rose (eh oui, encore Edith…) et Comme d’habitude, il y a peu de chansons qui ont été adaptées dans ce sens (2)… De même, sa rencontre avec Johnny (Victor Meutelet) n’a rien d’imaginaire puisqu’il a écrit pour lui Retiens la Nuit, présentée ici en duo.

 

Bref, c’est un très bel hommage rendu au « petit Arménien », dont les chansons ont aussi marqué les Français : Comme ils disent, remise dans son contexte, est un beau moment d’émotion.

Mais ce qui frappe le plus et donne un aspect authentique au film, c’est le travail effectué par Tahar Rahim qui ne se contente pas seulement d’interpréter le petit (!) Charles (3) : il est Aznavour, du début à la fin, avec ses gestes et attitudes, sans jamais tomber dans la caricature, avec ses doutes et ses erreurs, ses joies et ses peines : un homme, avant tout.

A ses côtés, difficile de rivaliser, et pourtant les différents interprètes tiennent leur rang, palliant l’inévitable manque de ressemblance totale (4) par un jeu et un travail vocal époustouflant.

 

Alors, pour Monsieur Aznavour, Merci Monsieur Idir et Monsieur Marsaud !

 

  1. O tempora, o mores !
  2. Avant de recevoir une flopée de remarques plus ou moins désobligeantes, je précise qu’il y a en a d’autres (Jacques Brel : Le Port d’Amsterdam, Le Moribond… pour ne citer que lui)
  3. Le grand portait un képi avec des étoiles !
  4. Seul Aznavour était Aznavour !

 

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Drame, #Alfred Hitchcock
La Loi du silence (I confess - Alfred Hitchcock, 1953)

Cette « loi du silence », c’est le secret de la confession : ce qu’entend un prêtre dans ce cadre reste entre lui et le pécheur. Rien ne peut être révélé, quoi qu’il en soit, et surtout quoi qu’il en coûte.

C’est le cas pour le père Michael Logan (Montgomery « Monty » Clift), qui reçoit son serviteur, Otto Keller (O. E. Hasse), en confession : ce dernier a tué l’infâme Vilette (Ovila Légaré) pour le voler. Ensuite, il a quitté les lieux vêtu d’une soutane, pour détourner les soupçons.

Très vite, ces mêmes soupçons se portent sur le prêtre : Vilette faisait chanter celle qu’il a aimée avant la guerre, Ruth Grandfort (Anne « Eve » Baxter).

Pour l’inspecteur Larrue (Karl Malden), cela ne fait aucun doute : Logan est le meurtrier.

 

Comme (presque) toujours chez Hitchcock, nous savons qui a fait le coup : normal, il n’est pas intéressé par cet aspect de la vérité. Il va, encore une fois, développé l’erreur judiciaire jusqu’au paroxysme, afin de mieux sortir son héros de son enfer. Et comme en plus, son héros est un prêtre, nous ne pouvons que mieux savourer cette situation paradoxale.

Nous sommes dans ce qui est pour moi (et d’autres) dans l’un des films les plus personnels du maître. En effet, on y retrouve tout ce qui constitue son monde, au cinéma comme dans la réalité.

Hitchcock, malgré qu’il fût anglais, était catholique, et cette histoire de secret de la confession l’a beaucoup marqué, comme il l’expliquait à François Truffaut dans son livre indispensable, même s’il y enrobe beaucoup les choses (1).

 

Logan se trouve dans une situation qui annonce celle de Manny Balestrero (Henry Fonda) dans Le faux Coupable (1956) : il n’a pas tué. Mais à cela s’ajoute le cas de conscience qui fait basculer la vie du prêtre : il sait qui a frappé. Et il va porter sa croix jusqu’au bout – le procès – comme l’illustre Hitch en insérant un plan du Chemin de Croix pendant que Logan se déplace.

Et la référence religieuse est prégnante, entourant sans cesse le prêtre, jusque dans le prétoire où, interrogé, Robert Burks (le chef-op’) le cadre avec un crucifix qui le regarde ( le cadre avec un crucifix qui le regarde (surveille ?). Et ce plan ne concerne qu’un seul point : savoir ce qu’il s’est véritablement passé. Et bien entendu, il ne peut pas répondre, même pour sauver sa vie.

Outre la religion, Hitchcock vit avec un souvenir fort de son enfance : il fut enfermé, sur demande de son père, dans une cellule d’un poste de police. Cette expérience traumatisante – elle le serait à moins – va hanter ses films où ses personnages vont être accusés régulièrement à tort, voire enfermés malgré leur innocence.

Et ce qui arrive à Logan est un véritable condensé des angoisses du grand Alfred.

 

Bien entendu, on ne peut pas non plus ignorer les différentes références au sexe qui émaillent le film : entre le négligé d’Anne Baxter, et la mine un tantinet concupiscente quand on annonce au procureur Robertson (Brian Aherne) qu’il va recevoir des « filles » : hélas pour lui, ce sont deux enfants…

Bref, Hitchcock, en plus de nous faire part de sa réflexion quant à la religion, s’amuse tout autant avec les spectateurs et ses personnages. Mais cela ne dure pas : le sujet est sérieux.

De même, à l’instar de Psychose, son apparition est vite expédiée (dès la première minute, quand nous entrons dans Québec : le film lui tenait à cœur et il voulait que les spectateurs évitent de le chercher et ainsi survoler le cœur de l’intrigue.

 

Et puisque nous sommes au Québec, nous allons faire un petit arrêt sur l’aspect authentique du film. En effet, malgré le fait que nous sommes dans la partie francophone du Canada, peu de paroles sont échangées en français, et quand elles le sont, on ne retrouve pas cet accent que nous trouvons charmant de ce côté de l’Atlantique (2). Mais comme nous sommes au cinéma, tout est possible ; de plus, il n’y a aucune pertinence dans cette absence.

Par contre, le couple Keller est interprété par deux véritables allemands : Hasse & Dolly Haas. Cela donne plus de force à leurs personnages qui se sont réfugiés au Québec depuis un peu plus de cinq ans.

D’ailleurs, on pourrait se demander comment et pourquoi ils ont émigré : nous apprenons que cinq ans plus tôt, Logan a été libéré de ses obligations militaires, à la fin de la dernière guerre.

Qui étaient ces deux immigrés avant d’arriver ? Des Juifs qui ont fui l’Allemagne après la guerre ? Peut-être. Etait-il soldat dans l’armée du Reich, ou pire ? On ne le saura pas, mais on pourrait le croire : Vilette est tué de plusieurs coups de matraque jusqu’à la fracture du crâne. Ca me rappelle malheureusement des choses…

 

Quoi qu’il en soit, Hitchcock réussit magnifiquement son film, soutenu par une interprétation impeccable : Monty est merveilleux et beaucoup de choses passent dans son regard si doux. Et Karl Malden, interprète un véritable policier hitchcockien : il fait son travail même s’il a tendance à devenir lourd…

 

A revoir !

 

PS : J’oubliais, Anne Baxter, de passage chez Hitchcock, est blonde ! Encore une !

 

  1. Le Cinéma selon Hitchcock (1966) réédité Hitchcock/Truffaut (1985)
  2. De l’autre côté, ce sont les Québécois qui trouvent que nous en avons un…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Biopic, #Drame historique, #Elia Kazan, #Marlon Brando
Viva Zapata! (Elia Kazan, 1952)

Emiliano Zapata (Marlon Brando) fait partie d’une délégation venue voir le président Porfirio Diaz (Fay Roop), à propos de terres arables confisquées par de riches propriétaires. La réponse du président ne lui convenant pas, il lui réponde : Diaz entoure son nom.

A partir de ce jour, Zapata va s’opposer à un pouvoir qui se dit démocratique mais qui ne représente véritablement personne, favorisant le statu quo en défaveur des paysans.

A un moment donné, il va falloir l’abattre.

 

Kazan, Steinbeck & Brando : l’affiche est alléchante et, heureusement pour nous, tient largement ses promesses. Brando est un Zapata qu’on a envie de suivre, et Steinbeck nous sert un scénario aux petits oignons. Par contre, Kazan, s’il réalise avec brio ce biopic, il n’en va pas de même pour les conditions de tournage : persuadé que la rivalité entre Emiliano et son frère Eufemio (Anthony Quinn, lui aussi formidable !) est un des ressorts du film, il est allé jusqu’à entretenir une rivalité entre les deux acteurs pendant toute la période du tournage, sans pour autant révéler ses intentions aux deux intéressés une fois que tout était terminé ! Non, Kazan, malgré son talent, n’était pas toujours une personne recommandable…

 

Quoi qu’il en soit, nous suivons avec beaucoup d’intérêt l’ascension de ce petit paysan analphabète dont la seule ambition est de récupérer sa terre, la faire fructifier et avoir des enfants avec la belle Josefa (Jean Peters). Et on retrouve la fibre sociale de Steinbeck dans ce personnage qui est un autre Tom Joad. C’est avant tout une justice sociale qui l’habite et même quand il parvient au fait du pouvoir, il ne songe qu’à une chose : rendre la terre à ceux à qui elle appartient et qui sont les mieux à même de la faire fructifier.

Et cette séquence est certainement la plus forte du film, amenant l’opposition frontale entre les deux frères (voir plus haut) : il y a un choix cornélien qui se pose au leader agrariste entre son combat et son frère.

 

Bien entendu, Brando est phénoménal (quand ne l’est-il pas ?), mais la distribution autour de lui est à la hauteur de l’enjeu : Quinn est encore une fois merveilleux et on remarque aussi quelques visages qui vont faire parler d’eux. Je pense à Henry Silva (Hernandez), qui n’est pas encore passé du côté obscur (il n’a que 26 ans !), dont le personnage se retrouve dans la même situation face à Zapata que ce dernier face à Diaz (encore la séquence primordiale, voir ci-dessus).

Et je pense aussi à Joseph Wiseman (Fernando), qui a un rôle véritablement important et interprète ici une espèce de méchant (il y en a plusieurs dans le film : n’oublions pas la recommandation de Hitchcock !) assez subtile, puisqu’il scelle le destin de Zapata, après l’avoir soutenu et suivi. Dix ans plus tard, Wiseman interprètera l’un des méchants les plus emblématiques du cinéma : le redoutable Docteur No.

 

Alors laissez-vous emporter par cette fresque qui se situe (presque) exactement entre deux autres incontournables de la Révolution mexicaine : Viva Villa ! (1934) et Duck, you Sucker ! (1971). Tout y est et même si la moustache du beau Marlon n’est pas aussi fournie que celle de son modèle, on notera certaines ressemblances avec les véritables protagonistes de cette période, en particulier Frank Silvera qui est presque une copie conforme du général Huerta.

Et puis Brando est tellement magnifique…

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Drame historique, #Michel Hazanavicius
La plus précieuse des Marchandises (Michel Hazanavicius, 2024)

A l’instar de Spielberg (La Liste de Schindler), Polanski (Le Pianiste) ou Jon Avnet (1943, l’ultime Révolte), c’est au tour de Michel Hazanavicius de faire son film sur la Shoah, pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Et pour cela, il retourne à ses premières amours : le dessin. Dessin qu’il va animer, créant les personnages et adaptant le conte – émouvant – de Jean-Claude Grumberg. Nous connaissons le savoir-faire d’Hazanavicius dans la comédie, mais il nous a déjà montré que les sujets sérieux ne le rebutaient pas.

De plus, il a pu profiter une dernière fois de Jean-Louis Trintignant (le narrateur) avant sa mort.

Et le résultat est, encore une fois, à la hauteur des espérances (1).

 

C’est un conte, alors il était une fois, évidemment. Une pauvre bûcheronne (voix de Dominique Blanc) et un pauvre bûcheron (voix de Grégory Gadebois), perdus dans une chaumière de la forêt polonaise pendant la guerre. Un jour, les dieux des trains exaucent la femme : un enfant lui est offert, emmitouflé dans la neige, à l’intérieur d’un talith.

Parce que cet enfant est un Sans-Cœur, un bébé juif qu’on a jeté du train afin d’espérer lui offrir une autre vie. Le train, c’est celui qui allait à Auschwitz, avec sa cargaison de « marchandises », de celles qui disparaissaient en fumée une fois le train rendu à destination…

C’est une fille, et malgré ce que peut penser le pauvre bûcheron, elle a un cœur.

Ce sont les autres bûcherons, intoxiqués par les croyances et la propagande, qui n’en ont pas.

 

Certes, le rendu dessiné n’est pas aussi fluide qu’au temps de l’âge d’or disneyen, mais on l’oublie très vite tant ce film est émouvant et la composition est belle. De plus, la musique d’Alexandre Desplats complète magnifiquement le film, donnant un film fort à tout point de vue.

On sourit du bûcheron bourru, parce qu’on sait qu’il va craquer et finir par accepter cet enfant tombé du train – n’attendant rien du ciel… ON tremble avec la bûcheronne quand les bons citoyens veulent livrer cette même enfant aux autorités (nazies, bien entendu). Mais surtout, on apprécie grandement les véritables êtres humains que sont le couple sus cité, mais aussi la gueule cassée (voix de Denis Podalydès), ou encore le paysan qui ramasse le prisonnier décharné sur le bord de la voie et le conduit en ville, lui permettant alors de survivre.

 

Mais à chaque convoi, c’est la menace mortelle qui revient, emmenant son lot de cadavres en devenir, dont la lumière frontale déchire la fin de nuit du bûcheron qui part travailler. Ce train va rapidement obséder le vieil homme et nous donner le contexte de la petite « Marchandise ».

Et à un moment, l’évocation ne suffit plus : Hazanavicius nous emmène à vol d’oiseau au terminus du train aux wagons plombés : Auschwitz. Ce n’est jamais écrit qu’il s’agit de ce camp en particulier, mais entre les différentes voies et l’entrée – inoubliable – du camp, aucun doute ne subsiste.

 

Alors quand la guerre se termine et que le camp est libéré, Hazanavicius prend le temps de fixer ce décor lugubre et funeste, où on brûle les cadavres pour éviter la contagion. C’est aussi l’occasion d’une série de visages de suppliciés : de véritables morts hurlants. Des visages sans vie à la bouche ouverte dont le cri inaudible devient insupportable.

Et au milieu de cet enfer terrestre, cet homme qui a survécu (voix de Antonin Maurel), celui qui, sur un coup de tête, a parié que son autre fille aurait peut-être une chance.

Mais, comme nous le rappelle le narrateur, rien de ceci n’est vrai : c’est un conte.

 

Pourtant, un conte, ça doit finir bien, non ?

 

  1. Je n’en ai jamais douté.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Comédie, #Frank Capra
La Blonde platine (Platinum Blond - Frank Capra, 1931)

Cette « Blonde platine », c’est bien sûr Jean Harlow (Ann Schuyler), révélée par Hell’s Angels, et qui nous montre qu’elle est aussi à l’aise dans le registre comique. Il faut dire que le réalisateur n’est pas n’importe qui, même si ses personnages ont toujours la tendance à faire un tantinet n’importe quoi !

 

Stewart « Stew » Smith (Robert Williams) est un journaliste pipole, et pour son métier, il pénètre chez les Schuyler, cible de ragots. Pire : de rumeurs ! Le fils (Don Dillaway) a eu une aventure avec « une de ces femmes » et cette dernière monnaye ses lettres d’amour.

Mais si Stew est à l’affût des scoops – croustillants, cela va de soi – il n’en demeure pas moins quelqu’un d’intègre et va subtiliser ces lettres pour les rendre à leur destinateur.

Mais en rencontrant cette famille de la haute, il remarque la fille de la maison, Ann : une magnifique jeune fille à la chevelure blonde platine, comme on en faisait à cette époque.

C’est le coup de foudre : ils se marient, au grand dam de Gallagher, collègue de Stew.

Petite précision : Gallagher est une autre très belle jeune femme, puisque c’est Loretta Young qui l’interprète…

 

C’est encore un film de presse que Capra réalise ici, mais selon un angle différent cde ce que nous avons l’habitude de voir : le journaliste que nous suivons se fait piéger par la jolie jeune femme fatale, devenant lui-même le sujet des colonnes qu’il avait l’habitude d’écrire. Quoi qu’il en soit, Capra s’en sort, encore une fois, à merveille et nous amuse avec une intrigue qui se situe en pleine dépression, comme il nous le rappelle quand Smith offre ses fixe-chaussettes à un clochard. Parce que ce film est, derrière la comédie, une satire de ces milieux riches qui ne font que dépenser pendant que d’autres gagnent peu – quand ils gagnent quelque chose.

Et les thèmes, outre le film de presse en lui-même, seront repris dans les films qui vont suivre, en particuliers dans cette décennie qui vient de commencer.

 

Stewart Smith a la dignité et la fierté de John Doe, matinées de l’humilité de Longfellow Deeds, mais a la tête sur les épaules et tel Son homonyme de 1939 (Jefferson), il va se rendre compte de la situation et inverser la tendance.

Certes, il a été enfermé dans une cage dorée, mais il a les moyens d’en sortir. Et ce qui va précipiter cette sortie, c’est évidemment quand le film va devenir complètement capraesque (1) et atteindre le degré nécessaire qui fait la marque de son auteur (2) : Stewart a invité Gallagher à venir boire un coup chez lui : elle vient accompagnée, comme prévu, mais son compagnon a invité quelqu’un qui en a invité un autre (etc.).

S’ensuit un magnifique chaos qui n’est pas sans rappeler la maison des Vanderhof quand elle doit déménager ou n’importe quand d’ailleurs…

Bien entendu, cette fête improvisée est absolument illégale puisque le Volstead Act est toujours en vigueur : on y boit plus que de raison, et en particulier Smythe (Halliwell Hobbes) qui, comme son nom l’indique, est un majordome anglais, que l’arrivée d’un personnage aussi peu conformiste que Stew dans cette maison (d’arrêt) va un brin dérider.

 

Bien entendu, on ne peut oublier Jean Harlow (20 ans !) et son allure moderne mais elle est tout de même – à mon humble avis – supplantée par Loretta Young, sa cadette de deux ans ! Il y a un aspect naturel dans la beauté de la Brune (Loretta) qui détone par rapport à l’allure guindée de la Blonde (Jean). De plus, les yeux clairs l’emportent définitivement chez Young.

N’oublions pas non plus le microcosme capraesque (3) qui s’exprime indifféremment selon les origines : si les amis de Stew ne sont pas tous très distingués, la famille Schuyler elle, l’es un peu trop, ce qui amène certaines situations comiques – souvent muettes, d’ailleurs – qui valent le détour.

Bref, Capra continue de monter en puissance maintenant que le parlant s’est définitivement installé et il pose les jalons de ses chefs-d’œuvre futurs.

Malheureusement pour nous, spectateurs, Robert Williams mourra une dizaine de jours après la présentation du film, comme Rudolf Valentino, d’une péritonite…

Quant à Jean Harlow…Mais ceci est une autre histoire, cela va de soi !

 

  1. Je sais, ce terme n’existe pas (encore), mais si nous sommes (très) nombreux à l’utiliser, il rentrera peut-être dans les lexiques. Vous pourrez alors me dire merci !*
  2. La Capra Touch, puisque la Lubitsch Touch existe bien !
  3. Vous ne pourrez pas dire que je ne fais pas d’effort !

 

 

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 200 > >>

Articles récents

Hébergé par Overblog