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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Politique, #Albert Dupontel
Second Tour (Albert Dupontel, 2023)

Plus que neuf jours. Neuf jours pour que le candidat Pierre-Henry Mercier (Albert Dupontel) fasse la différence contre son adversaire de l’extrême-droite Pajout (Scali Delpeyrat). Nous sommes dans l’entre-deux tours de l’élection présidentielle. Election qui, semble-t-il, n’a pas passionné les foules.

Mercier, est une personnalité lisse, jouet d’intérêts supérieurs. Bref, il n’est pas à sa place.

Ailleurs (pas très loin non plus), la journaliste Nathalie Pove (Cécile de France) remarque certaines anomalies dans l’entourage de ce candidat falot. Mais comme elle a été reléguée aux sports, il n’y a pas lieu d’en faire un scoop. Sauf que la rédaction de la chaîne (France +) la remet en scène dans la politique. Elle va donc suivre cette fin de campagne avec son caméraman attitré, Gus (Nicolas Marié), le spécialiste du football !

 

Certes, nous sommes bien loin du sublime Au-Revoir là-haut, mais nous restons chez Dupontel, et rien que cela, c’est très appréciable. Et à nouveau, il ne déçoit pas, distillant son humour dans un sujet qui pourtant n’en relève pas de premier abord. Surtout qu’il y a des noms qu’on peut mettre derrière ce drôle de candidat !

Robert Kennedy (1925-1968), tout d’abord, lui aussi candidat à la présidence, abattu au sortir d’un meeting, comme le sera Mercier (flûte, je vends la mèche !). C’est d’ailleurs à lui que pensait Dupontel quand il a commencé son film.

Mais nous pensons aussi à un candidat beaucoup plus proche de nous qui lui, est allé jusqu’au bout. Comme lui, il est entouré de financiers qui influent sur sa politique (ou du moins celle qu’il veut mettre en place).

Est-il besoin de dire son nom ? Un indice alors : il découvre l’amour à l’école…

 

Avec ce film, Dupontel entre de plain pied dans la politique en réussissant à nous faire rire. Il faut dire que le duo formé par Cécile de France et Nicolas Marié est irrésistible : la relation entre les deux personnages est totalement improbable (encore que…) et c’est aussi cela qui nous réjouit. Avec en prime quelques interventions d’une rédactrice (Magali Bonnat)  qui tombent au bon moment pour nous, mais pas vraiment pour eux !

Et le seul (enfin l’un des seuls) qui ne nous fait pas spécialement rire, c’est Albert Dupontel. Il faut dire que son rôle ne s’y prête pas vraiment. Et c’est aussi pour cela que le comique ressort.

 

Bref, une comédie sérieuse – normal, l’humour, c’est toujours sérieux – et qui s’ouvre sur une pensée pour trois personnalités qui ont disparu depuis le dernier film (réalisé) de Dupontel : Tavernier, Belmondo et Deville. Trois grands noms, comme toujours avec ce réalisateur.

Et puis on peut presque parler de film familial puisqu’on retrouve, outre Nicolas Marié, des habitués : acteurs, techniciens (Christophe Pinel, Mimi Lempicka, etc.), production (Catherine Bozorgan)… Jusqu’au compositeur de la bande originale qui signe ici sa cinquième partition pour Dupontel.

 

Alors, à voir ?

Ben oui.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Epouvante, #William Castle
Le Désosseur de cadavres (The Tingler - William Castle, 1959)

Encore une fois, nous avons droit à un titre français on ne peut plus racoleur. Cadavre est sûr de faire vendre, quant à désosseur, c’est tout un programme. Mais en est-ce vraiment le cas ici ?

Si ce « tingler » désossait les cadavres, je serai le premier d’accord. Sauf que ce n’est absolument pas le cas. Ce « tingler »  est une espèce de crustacé cousin du homard (sans les pinces) dont la morsure est fatale, si on se tait. Et William Castle nous prévient en préambule ; si nous sommes victime de cette bête terrible, une seule chose peut nous sauver : crier. D’ailleurs, ce sont des visages hurlants qui ouvrent le film, histoire de rassurer ceux qui n’oseraient le faire par pudeur, fierté voire orgueil.

 

Warren Chapin (Vincent Price) est un médecin légiste. Avec David Morris (Darryl Hickman), ils étudient la peur. Physiquement. Ils manquent de matière pour démontrer que la peur aide à mourir : en effet, certains condamnés à mort meurent avec la colonne vertébrale brisée, ce qui n’est pas du ressort de la décharge électrique reçue.

En fait, il s’agit de ce tingler qui donne son titre (original) au film (voir plus haut) qui, quand on le laisse faire saisit le système vital jusqu’à la limite vitale : si on crie, il lâche sa prise.

Jusqu’ici, tout va bien. Sauf que Mrs. Higgins (Judith Evelyn) est sourde et muette. De quoui développer cette créature fatale…

 

Voilà plus de 35 ans que je n‘avais pas vu ce film, et ce que je peux dire c’est que l’intérêt n’a pas faibli. Il faut dire que l’intrigue est formidable : une espèce de créature qui s’attaque à la première créature vivante qu’elle croise et la serre jusqu’à la mort. Et Castle en use (et abuse).

En effet, il n’hésite pas à interrompre le film (écran noir) en plein émoi pour prévenir les spectateurs que ce même tingler n’est pas seulement un phantasme cinématographique mais une réalité : il faut crier !

 

Et ce qui est remarquable, c’est que pour la première fois, un cinéaste nous montre une drogue qui aura son importance à la fin de la décennie suivante : le LSD. Et En plus de montrer les effets possibles de ce psychotrope, il en use pour nous guider sur une fausse piste : si Chapin a été capable d’essayer cette drogue sur lui-même, comment n’aurait-il pas pu le faire sur une de ses patientes (Mrs. Higgins) afin de corroborer ses conclusions. ?

Surtout que Price/Chapin nous a déjà menés en bateau (brillamment) avec son épouse (Patricia Cutts).

Mais cette fois-ci, c’est autrement dangereux parce que les victimes collatérales n’ont absolument rien à voir avec cette chose (2).

Et en plus, Castle avait mis en place un système pour électrifier les sièges : tout était là pour le succès du film. Alors quand il s’interrompt pour prévenir les spectateurs, encore une fois, on se dit que c’est vraiment bien joué.

 

Bref, nous sommes dans un de ces films d’épouvante de série B qui mérite (à mon avis) un A, avec un Vincent Price au top (sommet de son art, si vous préférez…).

Un film qui se laisse revoir avec toujours autant de plaisir.

 

 

  1. Acide Lysergique Diéthylamide, ce qui a aidé à la chute de Syd Barrett.
  2. Et en plus elles sont venues voir un film muet : Tol’able David (Henry King, 1921). Que des gens bien, quoi.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Georges Lautner, #Michel Audiard
Le Professionnel (Georges Lautner, 1981)

[A nouveau, de véritables morceaux de résolution d’intrigue se sont glissés dans ce qui suit…]

 

Après l’épisode comique du Guignolo, Lautner tourne une troisième fois de suite avec Belmondo. Et cette fois-ci, le sujet est un tantinet plus sérieux.

Jocelyn « Joss » Beaumont (Belmondo, donc) est un agent secret d’élite français abandonné par ses supérieurs alors qu’il devait assassiner le président N’Djala (Pierre Saintons). Condamné au travail forcé, il s’évade et revient en France.

Il revient en France au moment où ce même N’Djala y est en visite officielle. Il entend bien terminer sa mission.

Evidemment, les services secrets sont sur la brèche : comment retrouver un agent rompu à tous les exercices ?

On ne peut pas, c’est un véritable professionnel. D’où le titre.

 

L’affiche est claire : Belmondo tient un revolver et met en joue quelqu’un. On ne rigole plus. Ca va flinguer ! Et d’ailleurs, ça flingue. Dans le village africain tout d’abord. A la fin, bien sûr, quand on règle les comptes. Et entre les deux ? Une chasse à l’homme. Celle de N’Djala pour Beaumont, celle de Beaumont pour les autres. Avec bien sûr issue fatale pour l’un ou pour l’autre, voire les deux. Et là encore l’affiche est claire : un cadavre sous le titre. Celui d’un homme blanc. Beaumont ? Peut-être.

Et si Belmondo tient grandement le haut de l’affiche, Georges Lautner et Michel Audiard sont tous les deux sur le même plan : les dialogues sont donc aussi importants que la mise en scène. Pourrait-il en être autrement avec ces deux-là ?

 

Et question dialogues, nous sommes servis, avec même une double citation (dans la même séquence) des Tontons flingueurs : Beaumont frappe à une porte qui est ouverte par un certain Volfoni (Pierre Vernier)… Je,’y peux rien, ça me fait toujours rire.

La rencontre avec Doris Frederiksen (Marie-Christine Descouard) est tout aussi savoureuse, encore une fois grâce à l’écriture (ciselée) d’Audiard.

Autre élément marquant de ce film : la musique d’Ennio Morricone. Chi Mai est le tube du film : pas une journée sans qu’on l’entende plusieurs fois à la radio (à l’époque), prenant même la première place du Hit-Parade de Jean-Loup Lafont (sur Europe). Et puisqu’on parle de Morricone, on peut parler de Leone : la rencontre ultime entre Beaumont et Rosen (Robert Hossein) n’est pas sans rappeler les westerns du maître…

Bref, un film qui s’écoute aussi (1).

 

Et puis il y a Belmondo.

Pas de cascade cette fois-ci, mais un jeu sérieux avec quelques pointes d’humour (merci Audiard, donc) et un gros flingue. Il est Le Professionnel dans tous les sens du terme, attirant tout l’intérêt du spectateur du début à la fin, quand il s’en va prendre l’hélicoptère.

D’ailleurs, à part pour effet final, je ne comprends pas bien la pertinence de l’envol de cet engin : personne ne monte dedans !

Quoi qu’il en soit, cette fin – tragique – donne toute sa signification au titre : il sait que son sort se décide et qu’il est funeste. Sa recommandation à la même Doris l’atteste. Et si certains spectateurs – j’en ai connus à l’époque – ont été frustrés de voir leur idole succomber (2) au tir de Farges (Bernard-Pierre Donnadieu), cette fin est tout de même logique : que lui restait-il après tout ça ?

 

PS : Pourquoi avoir ajouté un cigarillo dans la bouche de Belmondo sur certaines affiches étrangères ?

 

  1. On m’avait offert le 33 tours !
  2. Ce n’était pas arrivé depuis Borsalino (1970)… Belmondo meurt moins souvent que Delon !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Gilles Lellouche
L'Amour ouf (Gilles Lellouche, 2024)

Un soir (une nuit ?) de 1999 (2000 ? Après ?), une bande de jeunes part en virée en Mercedes. Chacun a son arme. C’est du sérieux. Les voitures sortent de la ville. Le téléphone sonne.

C’est le point de basculement du film.

Déjà ? Oui.

 

« L’amour ouf » du film, c’est celui de Jacqueline « Jackie » (Mallory Wanecque puis Adèle Exarchopoulos) et Clotaire (Malik Frikah puis François « D’Artagnan » Civil). Deux ados que rien ne réunissait : si Jackie a été virée d’un bahut catho pour insolence, elle n’en est pas moins très scolaire ; Clotaire, lui, à l’instar de celui du Petit Nicolas, est un mauvais élève et s’est déscolarisé pour ne pas aller en CPPN (1).

Mais ça passe. Ils sont attirés l’un vers l’autre. Et Jacqueline est moins scolaire, Clotaire plus civilisé. Ils sont amoureux. Mais Clotaire tombe irrémédiablement dans la délinquance, avec la case prison inévitable. Jackie n’étudie plus.

10 ans passent et ces dix années ont été perdues pour tous les deux.

Vont-ils se retrouver et s’aimer ?

 

Je ne répondrai pas à la question (directement), mais si vous voulez une réponse immédiate, allez sur wikipédia, il y a toute l’intrigue. Et ça va être difficile de ne pas en dévoiler quelques pans… Voilà, vous êtes prévenu(e)s.

 

Lellouche (Gilles, pas Pierre, heureusement) nous revient derrière la caméra, avec à nouveau une histoire un tantinet intimiste, mais bien loin de sa comédie précédente. On y retrouve tout de même quelques similitudes, avec la relation entre un père (Alain Chabat, formidable) et sa fille, et surtout la place prépondérante de la musique dans l’intrigue, devenant presque un personnage à part entière. Et tout y passe, des années 1970 (Deep Purple) aux années 1990 (Daft Punk), avec bien entendu Forest de Cure qui reste « leur chanson », comme disent les Anglo-saxons.

 

Mais surtout Gilles Lellouche surprend. Après la comédie douce-amère du Grand Bain, il s’agit cette fois-ci d’une tragédie annoncée puisque dès les cinq premières minutes, le personnage principal meurt. Violemment. Et le point de rupture annoncé ci-dessus amène un traitement de l’image un tantinet déstabilisant. En effet, le flashback qui suit commence par un plan qu’on pourrait juger anormal : ce n’est pas un cadrage classique puisque c’est un Clotaire de huit ans (Louis Raison) qui embête son grand frère (Lenny Castelein) vu à l’envers. Et le fait de tourner (retourner) l’image va se répéter plusieurs fois, comme s’il voulait bien nous signifier que ce qu’il se passe n’est pas normal. En effet, n’oublions pas que Clotaire est mort ou sur le point de l’être.

 

Pourquoi sur le point ? Parce que, et c’est le Lionel vieux (Jean-Pascal Zadi) qui l’exprime le mieux, en mourant, Clotaire voit défiler sa vie. Sa vie de délinquance de plus en plus marquée jusqu’au coup de téléphone fatidique susmentionné. A partir de ce moment – revu, donc – le fil de l’histoire se rompt et nous entrons dans une intrigue parallèle (2) qui voit ce qui ressemble à une fin heureuse. Mais, parce qu’il y a toujours un mais, le générique de fin contredit cette fausse fin : sur fond noir (de mort) se déroule la liste attendue écrite en rouge (sang). Il n’y a plus de doute possible : cet amour est irréversiblement mort avec Clotaire, dans ce qui ressemble à un entrepôt, d’une balle dans la tête. Inévitablement.

Et c’est peut-être parce que Lellouche est un spécialiste de la comédie qu’il voudrait nous faire croire à cette fausse fin…

 

Si François Civil et Adèle Exarchopoulos sont très bons tous les deux, ce sont, pour ma part, les deux ados que j’ai le plus appréciés. Ils interprètent avec beaucoup de justesse ces premières amours adolescentes complètement « ouf » (oufs ?). Et leur réapparition dans le cadre de la seconde éclipse de soleil (11 août 1999 ?) renforce ces amours perdues.

 

PS : j’aime beaucoup le traitement qui est fait de la mère de Jackie (Mélissandre Fortumeau). On ne la voit que très peu et pendant une brève séquence, celle de sa mort. Tout d’abord elle a la tête coupée (par le cadrage !), puis son visage se devine à travers la vitre de la voiture ainsi qu’à travers le pare-brise, flouté. Comme pour montrer que tout ça s’est passé il y a longtemps et que Jackie commence à oublier son visage avec le temps qui passe.

Habile.

 

PPS : Avez-vous remarqué le clin d’œil à West Side Story ? Et celui à Audiard (Faut pas prendre les Enfants du bon Dieu pour des canards sauvages) ?

 

  1. Classe Pré-Professionnelle de Niveau : on dirait (peut-être) SEGPA aujourd’hui. Tu peux me confirmer ça, Sophie ?
  2. Rappelez-vous ce qu’explique Doc à Marty dans Retour vers le Futur II : à partir du moment où un événement du passé est modifié, nous sommes sur une nouvelle ligne de vie, parallèle à la première.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Robert Mulligan, #Robert Duvall
Du Silence et des ombres (To kill a Mockingbird - Robert Mulligan, 1962)

 

Maycomb, Alabama, début des années 1930 (1932 ?)

C’est l’été pour Scout (Mary Badham) et Jem (Phillip Alford) et leur petit voisin Dill (John Megna), et la maison des Radley, un peu plus loin est leur centre d’intérêt. Il faut dire que le fils de la maison, Arthur, est un personnage intriguant. On dit – enfin surtout cette commère de Stephanie (Alice Ghostley) – qu’il aurait poignardé son père pavec des ciseaux et que s’il n’était pas à l’asile, c’est que ce même père (Richard Hale) refuse d’envoyer un Radley chez les fous.

Et puis il y a Tom Robinson (Brock Peters). C’est un jeune homme noir qui est accusé de viol avec violence sur une jeune femme blanche. Pour le défendre, parce qu’il faut bien que quelqu’un s’en charge, le juge (Paul Fix) désigne Atticus Finch (Gregory Peck), le père de Scout & Jem.

Et le procès arrive…

 

Bien entendu, c’est avant tout un extraordinaire roman, celui de Harper Lee, où elle raconte à moitié son enfance, avec ce voisin qui n’est autre que Truman Capote, et le Sud ségrégationniste. Et là encore, Robert Mulligan et surtout Horton Foot (le scénariste) ont dû faire des choix pour cette adaptation. Même si nous parlons ici avant tout d’un film, on ne peut que reconnaître qu’il s’agit d’une très bonne adaptation de ce roman devenu (rapidement) un classique de la littérature américaine.

Tout comme dans le livre, l’intrigue est racontée à hauteur d’enfant, essentiellement du point de vue de Scout (Jean Louise,en vrai), avec ses excès, bien sûr,mais aussi ses interrogations et ses incompréhensions. Mais à chaque fois, ou presque, Atticus est là pour les rassurer, voire pour rendre la vie un (tout) petit peu plus facile.

 

Non seulement Robert Mulligan a réalisé une belle adaptation, mais les deux enfants – dont c’est la première apparition – jouent avec la justesse qu’il faut, animant ces deux personnages de papier avec beaucoup de brio. Là encore, nous avons véritablement un film d’enfants, comme chez Spielberg, ou Yves Robert (La Guerre des boutons). Des enfants libres, mais qui ont tout de même une ligne de conduite inspirée et surtout dirigée par Atticus, père veuf dont la femme est partie beaucoup trop tôt.

Mais surtout Mulligan décrit avec beaucoup de justesse cet état (& Etat) ségrégationniste, où les Blancs restent entre Blancs et les noirs entre Noirs, mais hors de la ville (1).

Les charges retenues contre Tom Robinson sont encore une fois celles de viol (et violence) d’un Noir sur une Blanche. C’est souvent le cas dans ce genre de film judiciaire qui traite de cela. Et cette fois-ci, Tom Robinson a la chance d’avoir un procès : dans They won’t forget (Mervyn LeRoy, 1937), Tump Redwine n’aura pas cette même chance.

Ce procès est une autre occasion de voir un élément de cette ségrégation sudiste : les Blancs sont tous dans le prétoire alors que les Noirs sont remisés en haut. Et de la même façon, ils sont les derniers à sortir. Certes, ils attendent qu’Atticus s’en aillent, mais cela permet d’éviter le mélange.

 

Si les enfants sont le centre de ce film, Gregory Peck exécute ici une de ses plus belles performances, incarnant l’un des personnages les plus humains du cinéma. Et d’une certaine façon, il y a une dimension christique chez cet homme : comme Jésus, en défendant Tom, il prend le péché de la petite ville, et c’est Maudie (Rosemary Murphy) qui l’exprime le mieux, devant la déception de Jem.

De plus, il est la véritable lumière qui luit dans les ténèbres (arriérées) ce cette petite ville du Sud, foncièrement raciste. Et Mulligan ne s’y trompe pas en le filmant dans la lumière alors que les partisans de la loi de Lynch viennent régler son sort à Tom Robinson : tous ces excités viennent des ténèbres et y retournent, quand ils ont compris l’inanité de leur démarche.

Il y a même tellement d’humanité chez Atticus que même ses enfants sont à peine gourmandés par lui : Calpurnia, bien que seulement domestique, exerce une autorité plus forte et plus physique sur les deux enfants. Alors oui, Les deux petit Finch sortent en cachette le soir, et font des bêtises. Mais ce n’est jamais dans de grandes proportions. Voire, leur sortie nocturne peut avoir de bons côtés…

Sauf quand il s’agit d’aller épier chez les Radley !

 

Bref, il s’agit – et pas seulement à mon avis – d’un film indispensable, dirigé avec beaucoup de talent et une interprétation à la hauteur de l’enjeu : n’oublions pas qu’en 1962, le combat pour les Droits Civiques prend de plus en plus d’importance (le pasteur King n’exprimera son rêve que l’année suivante) et qu’il faudra attendre encore deux ans avant que le Civil Rights Act soit (enfin) promulgué (2 juillet 1964).

Et la plaidoirie d’Atticus est un très grand moment de cinéma, et bien sûr d’émotion.

 

PS : on notera l’apparition d’un jeune acteur (il a alors 32 ans) dans un rôle muet mais décisif : Robert Duvall. Sa rencontre avec Scout conclut avec beaucoup de bonheur ce film, et justifie à elle seule le titre original. (2)

 

  1. Atticus doit prendre sa voiture pour aller voir la femme de Tom, ou raccompagner Calpurnia (Estelle Evans).
  2. Passons sur le

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Catastrophe, #Jan de Bont, #Bill Paxton
Twister (Jan de Bont, 1996)

1996.
C'était le temps où les effets spéciaux numériques étaient encore balbutiants. Tellement que l'intrigue était mise de côté pour le spectacle (Indepedance Day, Deep Impact...). Mais heureusement, il restait des films spectaculaires qui avaient du sens, voire de l'humour (Mars Attacks!).
Et Twister fait partie de cette deuxième catégorie: des effets spéciaux à couper le souffle au service d'une intrigue intéressante, avec en prime quelques petites pointes d'humour. Bref, un film.

Bill Harding (Bill Paxton), spécialiste des tornades (en anglais twister), est en train de changer de vie: il va épouser une nouvelle femme, Melissa (Jami Gertz), et a décroché un contrat pour présenter la météo sur une grande chaîne de télévision. Mais il a besoin de réaliser une dernière petite formalité: récupérer les papiers du divorce - signés - auprès de sa future ex-femme, Jo (Helen Hunt), elle aussi spécialiste des ouragans et autres vents plus que forts.
Une fois sur place, il se rend compte qu'elle a fait avancer leur projet commun d'étude des tornades au-delà de ses espérances.
Et comme un tempête phénoménale approche...

Pour son deuxième film – sur un total de cinq – en tant que réalisateur, Jan de Bont nous gratifie à nouveau d'un film spectaculaire, utilisant à bon escient la technologie, abordant un autre genre du film catastrophe, la tempête. Nous sommes, bien sûr, très loin du Kansas de Dorothy (1), non pas pour la force de la tempête, mais bien pour les effets sur les humains et les objets, et surtout, nous ne trouvons pas les incohérences relevées dans Hurricane (Rob Cohen, 2018). Jan de Bont, réitère l’exploit de Speed (1994) et nous emmène au plus près de l’ouragan avec, encore une fois, un couple qui doit se éparer mais n’y arrive pas.

Non, je ne révèle pas la fin du film : si Jami Gertz est très séduisante, elle ne peut pas faire le poids face à Helen Hunt ! Surtout que le personnage qu’interprète HH, est autrement plus intéressant.

 

C’est d’ailleurs elle le personnage central de cette intrigue. Et Michael Crichton (au scénario) l’a gâtée : c’est elle qui est à l’origine de l’évolution de la recherche depuis que Bill est parti (2) et surtout de la présence des nouvelles machines.

Et encore une fois, Helen Hunt campe magnifiquement son personnage qui, à l’instar de Sandra Bullock dans le film précédent de Bont possède une grande force. Elle complète très bien le personnage de Bill Paxton, lui aussi impeccable.

Alors oui, Jami Gertz est un personnage plus lisse qui a tendance à s’effacer voire se retirer devant l’activité de son ex-futur mari : plus qu’un métier, c’est une passion dévorante – et dangereuse – qu’elle n’est pas prête à partager. Pas étonnant donc que Jo & Bill restent ensemble à la fin. Et là encore, ce n’est tout de même pas le plus important.

 

Le plus important, c’est bien sûr les tempêtes qui se suivent – et ne se ressemblent pas, bien entendu – qui sont chassées par Jo & Bill mais pas en tant qu’ennemies ou nuisibles. Il y a une admiration pour ces phénomènes climatiques extrêmes qu’on ne retrouve pas dans l’autre personnage (presque) important de cette histoire, Jonas (Car « Wesley » Elwes). Et ceci pour une très bonne raison : Jonas est le méchant de l’intrigue. C’est un ancien coéquipier des deux autres, mais on peut dire qu’il a mal tourné. Quoi qu’il en soit, c’est avant tout un concurrent dans l’étude des ouragans, plutôt qu’un affreux. D’ailleurs, on ne le suit ni ne le rencontre pas beaucoup. Et le film n’a pas vraiment besoin d’un méchant pour être réussi.

Alors attachez-vous bien à votre fauteuil, et si vous êtes perspicace, vous reconnaîtrez du premier coup Philip Seymour Hoffman : il ales cheveux longs !

 

  1. On y fait tout de même référence…
  2. Si c’était le contraire, Jo n’aurait pas la même équipe autour d’elle. De toute façon, e n’est pas très important.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Braquage, #Western, #Walter Hill
Extreme Prejudice (Walter Hill, 1987)

Vous prenez l’Agence-Tout-Risque (The A-Team, pour les puristes), vous y ajoutez une dose de Horde sauvage (The wild Bunch, pour les mêmes) et vous obtenez un film d’action spectaculaire… Mais pas que.

Nous sommes bien d’accord pour dire que les personnages de Walter Hill ne font pas dans la dentelle, mais on peut reconnaître une dimension – largement exploitée par Hollywood & les autres à propos de l’amitié entre un flic et un truand, mais à cela s’ajoute un trafic de drogue,  une situation frontalière et le commando d’ombres qui tiennent leurs promesses.

Mais reprenons.

 

Six hommes, emmenés par le commandant Hackett (Michael « Revok » Ironside), débarquent dans la petite ville (frontalière, donc) du shérif Hank Pearson (Rip « Z » Torn). Leur objectif : faire tomber le caïd de la drogue local, Cash Bailey (Powers Boothe). Un autre homme aimerait mettre un terme à ce trafic qui corrompt la petite ville : le Texas Ranger Jack Benteen (Nick Nolte), qui en plus considère le shérif comme son second père.

Le problème, pour Benteen), c’est que Cash Bailey est son ami de toujours, avec qui il a grandi et vécu ses premières expériences…

Avec en prime, une femme : Sarita (María Conchita Bustill). En plus d’être belle, elle fut la compagne de Cash avant d’être celle de Jack…

 

Walter Hill retrouve Nick Nolte, encore une fois policier, mais bien éloigné de celui de 48 heures : Jack est soigné, porte un chapeau qui semble vissé à sa tête, et a des remords quand il tue quelqu’un qui a mal tourné. Bref, nous sommes bien loin de l’autre Jack, Cates. Il rappelle un peu Guinn « Big Boy » Williams, autre acteur d’allure similaire.

Mais ce qui ressort de ce film, c’est un mélange heureux de plusieurs genres.

Le film policier bien évidemment, puisque l’intrigue tourne avant tout autour du trafic de Bailey et de son opposition avec la police.

A cela s’ajoute un aspect braquage de banque – avec la technologie un tantinet dépassée, bien entendu, de la fin des années 80 – orchestré par cette équipe de d’agents très spéciaux composée de gens décédés lors de conflits antérieurs (Vietnam, Honduras…). Leur présentation ouvre d’ailleurs le film, remettant en cause l’affiche du film : où est Nick Nolte ?

Et ces soldats de fortune, comme on pourrait les appeler n’ont pas les mêmes attributs que leurs cousins de l’Agence citée plus haut, ni, bien entendu, l’humour.

 

Troisième genre, et certainement pas le moindre à mon avis, le western.

L’allure de Benteen est, du fait de son statut, celle d’un cow-boy traditionnel pour qui la voiture a remplacé le cheval, mais l’arme – un pistolet avec plus que six balles dans le chargeur, il faut vivre avec son temps – à portée de main, sur le côté. EDE plus, nous retrouvons des paysages semi désertiques (Mexique & Texas) séparés par le mythique Rio Grande qui sont aussi le décor de fusillades nourries et très meurtrières.

Et bien sûr, le duel final entre les deux « frères ennemis » dont l’issue – inévitable – n’est pas si prévisible que ça : disons qu’on n’est plus chez Ford ou Hawks (etc.). De plus, le fait que ce règlement de comptes se situe au Mexique accentue la référence au film de Peckinpah (voir ci-dessus).

 

Alors avec tout ça, en plus d’une distribution fort honorable – il y a en plus Clancy « Kurgan » Brown (sergent McRose), mon préféré dans le commando – Hill réalise un film très honnête qui mérite franchement de s’y arrêter.

Et, bien sûr, d’y revenir !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Erich von Stroheim
La Loi des montagnes (Blind Husbands - Erich von Stroheim, 1919)

Le docteur Armstrong (Sam De Grasse) retourne avec son épouse (Francelia Billington) à Cortina, au pied du Pinacle (Dolomites) pur y retrouver son ami Sepp (Gibson Gowland), le guide qu’il avait sauvé lors d’une expédition précédente. Mais s’y rend aussi le lieutenant von Steuben (Erich von Stroheim), dont les seuls intérêts sont le vin, les chansons, et bien sûr les femmes !

Et comme le Dr. Armstrong est ^lus intéressé par le lieu que par sa femme, cela laisse les coudées franches au jeune lieutenant qui fait une cour insistante et sans vergogne auprès de la jolie madame Armstrong : baratin, petits cadeaux et lettre enflammée…

Et au contraire du guide taciturne, le docteur semble ne rien voir (1)…

 

Ca y est !

Erich (von) Stroheim est passé derrière la caméra ! Lui qui a été un petit figurant et conseiller technique (militaire) auprès de Griffith avant d’interpréter les « sales Boches » pendant deux ans (Hearts of Humanity…), a enfin l’occasion d’offrir au monde (rien de moins) sa vison cinématographique. « Uncle » Carl Laemmle, grand patron des studios Universal  lui a donné sa chance, pour notre plus grand bonheur ainsi que celui de son service financier.

Il faut dire qu’avec le maître, Stroheim a été à bonne école, et son film est magnifique d’un point de vue cinématographique. Certes, l’intrigue est un tantinet convenue, voire prévisible, mais elle nous permet d’apprécier à sa juste valeur le talent de ce grand personnage qu’était le réalisateur.

 

Bien entendu, son rôle de méchant lui reste collé à la peau et von Steuben n’est pas beaucoup plus évolué que les « sales Boches » qu’il a pu interpréter plus tôt. Mais comme nous sommes en temps de paix, Steuben a quelques manières guindées qui en font son charme… Somme toute limité : « chassez le naturel… »

Steuben déjà, est un militaire et on retrouve la silhouette stricte que nous connaissons et qui hantera les films dans lesquels il va apparaître après (La grande Illusion, bien sûr), avec ce qu’il faut de caricatural pour aider (un tout petit peu) à nous le faire détester (2) : cigarette (sur cigarette), monocle, raideur… Mais à cela s’ajoute un aspect de séducteur irrésistible (qu’il pense être).

Bref, tout est là : il est le méchant patenté de cette histoire.

 

Mais malgré cette histoire de cornard annoncée, Stroheim nous prévient dès le début que si l’attitude du séducteur est répréhensible, celle du mari aveugle n’est pas à négliger : et Stroheim émaille la première partie de son film de petits détails (sa patte) pour étayer son propos : Mrs. Armstrong est délaissée et même la jeune mariée (Valérie Germonprez, future Mme Stroheim) demande à son tout nouveau conjoint (Jack Perrin) de ne jamais la traiter ainsi. Pire : Armstrong doit participer à une expédition de sauvetage et demande à Steuben de s’occuper de sa femme pendant ce temps !

 

Bien sûr, le mari va ouvrir les yeux, et il ne faut pas être devin pour imaginer l’issue fatale pour le vil séducteur. Mais là encore, Stroheim glisse quelques (petits) détails très pertinents pour nourrir son intrigue :

  • Le couteau avec lequel Steuben voulait poignarder Armstrong va servir à les désencorder. Et c’est le docteur qui va couper – physiquement – le lien qui les réunissait, abandonnant le lieutenant à son sort au sommet du Pinacle ;
  • L’ombre qui apparaît sporadiquement sur le sol de ce même sommet est celle d’un oiseau de proie – un charognard – qui attend en tournant l’issue probable (et inévitable).

Le tout tourné dans un vrai décor de montagne (en Italie), afin d’accentuer le réalisme de cette histoire.

 

Et même si Stroheim n’a pas été convié au montage – déjà écarté ! – son film n’en demeure pas moins d’une très grande qualité : un grand cinéaste est né !

Malheureusement, sa personnalité ne va pas l’aider à réaliser tout ce qu’il aurait pu entreprendre.

Mais ceci est une autre histoire.

 

PS : Outre la rupture déjà évoquée ci-dessus, la première rencontre entre Steuben et Sepp est assez remarquable. A chaque fois nous avons un effet de caméra subjective qui se déroule comme un aller-retour complet. En effet, Steuben – le plus petit des deux – regarde Sepp des pieds à la tête alors que Sepp le fait de la tête aux pieds. La caméra monte puis redescend, accentuant alors les sentiments que peuvent exprimer ces deux personnages l’un de l’autre, une certaine animosité inévitable : d’un côté le mépris pour cet homme de basse extraction doublé de crainte du fait de sa stature ; de l’autre un mépris inconscient pour un homme qu’il sent animé de desseins peu ragoûtants.

 

  1. D’où le titre original : « Maris aveugles ».
  2. « The man you loved to hate » (l’homme qu’on aimait haïr) était le slogan qu’on lui appliquait…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame historique, #Roger Spottiswoode, #Ed Harris
Under Fire (Roger Spottiswood, 1983)

 

Juillet 1979 : Anastasio Somoza Debayle (René Enriquez), qui dirige alors le Nicaragua, fuit avec les dépouilles de son père et son frère.

Et avant ?

Avant, c’est un régime corrompu dirigé par le personnage sus cité, et, bien tendu, soutenu par les Etats-Unis.

Mais si Somoza a quitté le pays, c’est avant tout parce que son régime a franchi la ligne rouge : la Guardia (milice d’état) a abattu froidement le journaliste Alex Grazier (Gene Hackman) sous les yeux – et l’objectif – de son ami Russell Price (Nick Nolte). Ses clichés sont arrivés à Washington et précipité la chute du dictateur : il n’était plus question de soutenir un tel régime…

 

Il s’agit ici seulement du troisième film de Roger Spottiswood, et ce que l’on peut dire sans hésitation : bravo ! C’est un film courageux comme (seuls ?) savent les faire les Américains, dénonçant en plus d’une situation injuste, une participation (ô combien controversée) de leur pays dans un conflit qui leur est théoriquement étranger. Mais nous sommes en 1979 pour l’intrigue et 1983 pour la sortie, et la Guerre Froide n’est pas encore terminée, comme ce sera mentionné dans le film. Les Américains, par l’intermédiaire du trouble Oates (Ed Harris), sont sur place et orchestrent la répression contre une rébellion juste et promise inexorablement à la victoire.

 

C’est donc dans ce contexte que Russell Price débarque, après avoir couvert les événements du Tchad – ce qui lui valut la couverture de Life (1). Et cette fois-ci, c’est un tantinet plus sérieux, puisque c’est une véritable situation de siège dont il est ici question.

Bien entendu, Price penche plutôt du côté des rebelles – naturellement – mais sa position de journaliste lui commande de rester neutre. Difficile dans un pays à feu et à sang gouverné par un dictateur sanguinaire. Qui en plus de la CIA, peut compter sur un personnage trouble : Marcel Jazy (Jean-Louis Trintignant). Ce quidam n’est jamais clair jusqu’à ce que Price découvre véritablement son rôle dans tous ces événements. C’est un jusqu’au-boutiste dangereux qu’une seule chose peut arrêter : une balle dans la tête.

 

Et Price, au milieu de tout ça se retrouve utilisé par les deux camps (et les Etats-Unis, ce qui en fait un troisième !) en fonction de la tendance du moment, mais surtout des enjeux politiques. Bref, une situation intenable pour un journaliste digne de ce nom.

Jusqu’à un certain point : quand il s’agit de sa propre survie, le choix devient tout d’un coup plus facile.

Et Nick Nolte campe avec brio et conviction ce photoreporter qui se retrouve à chaque occasion en première ligne, risquant continuellement sa vie : entre les balles perdues (pas pour tout le monde) et la milice du régime en place, cela ne laisse pas beaucoup de marge de manœuvre.

Et Spottiswood film avec beaucoup d’à propos cette intrigue politique, suivant essentiellement Price, mais aussi Claire (Joanna Cassidy), ex-femme de Grazier maintenant avec son ami, qui essaient tant bien que mal de survivre, un brin écoeurés par le jeu – dangereux – que joue leur propre pays.

 

Bref, c’est un grand film que nous offre ici Roger Spottiswood, alliant maîtrise technique et dénonciation politique, à tel point qu’on en retrouvera un écho – plus tragique – dans le Salvador d’Oliver Stone trois ans plus tard : même année, et toujours cette Amérique Centrale dont l’enjeu stratégique (?) justifie les pires exactions – des locaux comme des Gringos – au nom de la protection contre le Communisme !

Non seulement on suit avec beaucoup d’intérêt cette fuite en avant – avec des objectifs différents en fonction des différents protagonistes – mais surtout on apprécie beaucoup la reconstitution de ce conflit, avec en prime un clin d’œil – plus qu’appuyé – à Ernesto « Che » Guevara…

 

  1. On notera avec amusement la présence d’éléphants d’Inde (aux petites oreilles)…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Stanley Kramer
Devine qui vient dîner (guess who's coming to dinner - Stanley Kramer, 1967)

San Francisco, Californie.

Joanna « Joey » Drayton (Katharine Houghton) revient de Hawaï. Elle y retrouve ses parents, pour leur annoncer une grande nouvelle : elle va se marier. Avec le docteur John Wade Prentice (Sidney Poitier).

Rien de bien extraordinaire là-dedans, me direz-vous. Alors première précision : John Prentice est noir. Et en 1967, quand le film est tourné, il existe encore 16 états pour lesquels un mariage mixte est illégal (1).

Alors évidemment, quand Christina (Katharine Hepburn) et Matt Drayton (Spencer Tracy) découvrent ce jeune homme, c’est le choc. C’est aussi le choc pour les parents de John, Mr. & Mrs. Prentice (Roy E. Glenn & Beah Richards).

Mais la plus choquée de touts, c’est Tillie (Isabel Sanford), la servante noire des Drayton (depuis 22 ans !).

 

Quand le film sort, voilà déjà quatre ans que Martin Luther King (cité dans le film) a raconté son Rêve, et trois ans qu’il a reçu son prix Nobel de la paix. Mais comme le montrent les réactions (premières) des quatre parents, rien n’est encore gagné. En effet, même si les Drayton sont des gens ouverts et engagés pour les Droits civiques, on sent bien que cette mixité « c’est pour les autres ». Et si Christina surmonte rapidement ce coup du sort, il n’en va pas de même pour Matt : il est déjà difficile pour un père de se séparer de sa fille (2), mais en plus, comme dirait Muriel Robin, il est noir !

Mais qu’on ne s’y trompe pas : les objections de Matt ne sont pas d’ordre racial, mais plutôt fondées sur les difficultés – réelles – engendrées par une telle union : regard des autres, discrimination, haine… Ce sont d’ailleurs les mêmes arguments, autrement exprimés, qui agitent le père de John.

 

Et comme nous sommes dans une comédie, il est important que tout se termine bien, et que l’Amour triomphe. C’est donc le cas ici, et cette fin heureuse est longue à arriver. Et ce sont les personnages les plus forts qui vont dénouer la situation : les deux amoureux tout d’abord, parce que c’est tout de même leur décision, mais aussi les deux mères qui vont, inconsciemment, unir leurs efforts pour aider les jeunes gens. Et cela de manière très différente :

  • Christina en privilégiant le bonheur de sa fille, allant jusqu’à menacer (implicitement) son mari ;
  • Beah en parlant avec ce même mari : elle avance les mêmes arguments mais autrement, devenant alors l’élément du Destin.

Et ce dernier élément est absolument pertinent dans cette intrigue ô combien classique : Kramer respecte pleinement la règle des trois unités :

  • Unité de lieu : tout se passe à San Francisco ;
  • Unité de temps : entre l’arrivée d’Hawaï et le début du dîner, quelques heures (moins d’une demi-journée) se sont écoulées ;
  • Unité d’action : tout tourne autour de ce mariage à venir : même la « sortie » au drive-in est motivée par ce qu’il s’est passé auparavant !

Alors cette intervention fatale (3), qui fait pencher l’intrigue vers une fin heureuse, a pleinement sa place ici : rappelez-vous les pièces Molière où un élément amenait irrémédiablement une issue heureuse.

 

Si aujourd’hui cette histoire ne choque plus beaucoup – il y a encore tout de même d’irréductibles racistes – tout du moins autant que lors de sa sortie, on peut se poser la question suivante : pour combien de temps ?

En effet, au vu de l’actualité (pas seulement américaine), et de la montée en puissance des extrêmes, les mariages mixtes sont-ils véritablement pérennes ?

Espérons que oui.La Cour Suprême des Etats-Unis a aboli cette interdiction le 12 juin de cette année-là : Spencer Tracy est mort le 10 (17 jours après la fin du tournage).

 

 

  1. On notera l’ironie du rôle de Spencer Tracy : c’est déjà lui qui, en 1950, est « le père de la mariée » dans le film éponyme, où son personnage se demande si l’homme que va épouser sa fille est le bon…
  2. Du latin fatum, i : destin, fatalité (cf. Dictionnaire Gaffiot, p. 656)

 

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