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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Joseph L. Mankiewicz
On murmure en Ville (People will talk - Joseph L. Mankiewicz, 1951)

A défaut de murmurer, on dit que Mankiewicz et Grant considèrent ce film comme l’un de leurs meilleurs, sinon le meilleur. Et quand la fin s’annonce sur l’écran, on comprend pourquoi.

Et pourtant, ce n’était pas gagné : encore une fois, Cary Grant évolue dans ce qui est à l’origine une pièce de théâtre, genre pas toujours é vident à adapter au cinéma.

Mais comme c’est Mankiewicz, on peut y aller les yeux fermés. Pas trop tout de même, c’est mieux de voir pour pleinement apprécier…

 

Le docteur Elwell (Hume Cronyn), sommité d’université, est jaloux de son « collègue », le docteur Praetorius (Cary Grant, donc), gynécologue-obstétricien de renom, qui, en plus de donner des cours dirige une clinique pour les femmes. D’où lui vient cette jalousie ? Praetorius passe mieux avec tout le monde : les patientes et aussi les élèves qui sont prêts à écouter n’importe quoi pourvu que ce soit lui qui enseigne.

Il faut dire que Praetorius est un médecin particulier : outre la gynécologie, il peut soigner tous les maux, le plus souvent par des mots, passant alors de bobologue à psychologue, sans oublier la boucherie, qui n’a absolument rien à voir avec sa pratique de la chirurgie.

Et puis arrive la femme : Deborah Higgins (Jeanne Crain). Etudiante dans un premier temps, elle devient patiente du docteur, avant de tomber amoureuse de ce praticien bien singulier…

J’oubliais le personnage central de cette intrigue : « Mister » Shunderson (Finlay Currie, glabre), un homme mystérieux au passé trouble, ami de Praetorius.

 

Quand le film sort, à la fin de l’été 1951, nous sommes encore au début de ce fléau qui s’est abattu sur l’Amérique d’après-guerre : le maccarthysme. Et la délation va bon train dans ce pays (1) : Elwell ne fait qu’illustrer cet état de fait. Et si ce « petit » monsieur est un sycophante, entretenant un climat de suspicion, le film est avant tout une comédie. En effet, dès les premiers intertitres nous apprenons que malgré l’intrigue centrée sur les professionnels de la médecine, c’est avant tout aux patients que ce film est dédié !

De plus, la différence physique entre Elwell d’un côté et Praetorius et Shunderson (2) accentue la mesquinerie du premier, tout en soulignant la grandeur – morale – des deux autres.

Malheureusement pour Hollywood, il n’y a pas eu assez de Praetorius – à cette époque – et nombre d’artistes ont été blacklistés, certains dénoncés par des « collègues »…

 

Une fois ce pan politique exposé et (d’une certaine façon) écarté, on ne peut qu’apprécier cette comédie pas si légère que ça. Cary Grant est encore une fois phénoménal, et il faut aussi saluer ceux qui l’entourent qui, condition sine qua non pour le mettre en valeur, jouent « dans la même cour » et nous offrent un spectacle de haute volée. Et Mankiewicz, qui ne cesse de faire varier pertinemment le décor de son film, en fait autre chose que du théâtre filmé. Certes, beaucoup de dialogues nous ramènent à l’œuvre originelle (3), mais le jeu des différents interprètes, conjugué aux différents décors nous fait oublier l’aspect théâtral.

Et puisque nous parlons des interprètes, nous pouvons signaler quelques éléments réjouissants qui donnent à ce film les ingrédients incontournables à son succès.

 

Outre Cary Grant et Jeanne Crain qui incarnent un couple sympathique (même si Grant a vingt ans de plus que Crain…), on notera un autre couple qui assure son pendant indispensable : Elwell, bien sûr, mais aussi Miss Pickett, la vieille fille (évidemment) aigrie qui est interprétée par l’inévitable Margaret Hamilton, la célèbre « méchante sorcière de l’Ouest » ! Leur entretien (scène d’exposition) confirme la comédie annoncée, malgré le fiel qui va être déversé.

On notera aussi la présence de Walter Slezak (Pr. Barker) qui apporte beaucoup au comique du film ; mais c’est surtout Finlay Currie qui emporte tous mes suffrages : glabre, on a (presque) du mal à le reconnaître. En effet, nous avons été habitués à le voir dans des rôles de vieil homme barbu (Quo vadis, Ivanhoe, Ben Hur…), et souvent annexes par rapport à l’intrigue. Et ici, il est – comme annoncé plus haut – l’élément central l’intrigue et nous gratifie d’une dernière réplique qui pourrait s’adresser à l’infâme sénateur du Wisconsin.

 

  1. Hollywood n’a pas été épargné : cf. Naming Names (Les Délateurs – Victor Navasky, 1980)
  2. Hume Cronyn, 1,68 m ; Cary Grant 1,84 m ; Finlay Currie, 1,88 m.
  3. Dr Praetorius (Dr. med. Hiob Prätorius, Facharzt für Chirurgie und Frauenleiden – Curt Goetz, 1929), à moins que ce soit la version réécrite en 1934…

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Greta Gerwig
Barbie (Greta Gerwig, 2023)

Rien ne va plus au pays de Barbie (Barbie Land) : voilà que Barbie (Margot Robbie) s’est réveillée chiffonnée et avec mauvaise haleine ; que l’eau de la douche est froide ; que son lait quotidien est périmé ; que son pain grillé est brûlé ; et surtout, que ses talons touchent le sol !

Bref, rien n’allait.

Heureusement, Barbie (Kate McKinnon) est là pour lui indiquer la marche à suivre : il faut aller dans le vrai monde et trouver les gens de MATTEL® pour régler ce petit problème.

Sauf qu’elle emmène Ken (Ryan Gosling) qui se rend compte que dans ce monde réel, ce sont les hommes qui dirigent tout.

Ce dernier va alors amener à Barbie Land un nouveau concept : le patriarcat. Les Ken vont donc pouvoir prendre le pouvoir.

Bien entendu, ils n’y arriveront pas (complètement) et force reviendra à Barbie.

 

Il est difficile de saisir – et donc apprécier – pleinement un tel film. Ce n’est pas le navet qu’on a(urait) pu nous annoncer, mais ce n’est pas non plus le film du siècle (1). J’aurais tendance à dire que ce film tombe dans le piège du cinéma américain qui, à force de vouloir passer – ou montrer – une idée, a tendance à nous en éloigner. Et la dernière partie ramenant – presque – à l’équilibre initial aurait tendance à m’exaspérer. UN peu comme la dernière minute de Titanic. Et là encore, la dernière séquence est – semblerait-t-il – optionnelle. Mais cela doit tenir dans le fait que je ne suis pas une femme.

 

Bien sûr, Greta Gerwig attaque les stéréotypes et autres clichés autour de la poupée mannequin la plus célèbre au monde, mais au final, à part peut-être donner une forme de bonne conscience à la firme originelle, je ne vois pas vraiment l’intérêt d’un tel film.

Mais puisque intérêt il y a, c’est avant tout dans ce monde idéalisé qu’on va le trouver : toutes les (jolies jeunes) femmes s’appellent Barbie, et tous les hommes – ou presque – s’appellent Ken, sans que cela ne gêne quiconque. Sauf Allan (Michael Cera).

C’est certainement le personnage le plus intéressant dans cette intrigue pleinement improbable : avec son haut rappelant l’arc-en-ciel, pas besoin d’être grand druide pour comprendre qu’il est un Ken homosexuel ! (2)

Parce que, comme dans notre propre monde, il est ostracisé. Pire : il n’y en a qu’un ! SI Barbie a différentes couleurs de peau, son orientation sexuelle reste taboue dans ce monde idyllique.

 

Mais ce choix assumé est on ne peut plus normal : Barbie® est avant tout un jouet qui s’adresse à des petites filles, voire des garçons – largement – pré-pubères pour qui le genre n’est pas obligatoirement une priorité.

Et la première partie du film, qui la voit évoluer dans son monde est une magnifique réussite. Greta Gerwig – qui y a certainement joué quand elle était petite – nous plonge pleinement dedans, avec les caractéristiques du genre : le mélange du vrai – des objets (essentiellement vestimentaires – et du faux (décors peints) rappelle à s’y méprendre à ce qui est (était) à disposition des enfants (2).

Et à l’instar des jeux d’enfants où on fait semblant (« on dirait que… »), tout est magique : Barbie se douche sans qu’aucune eau ne coule, elle vole pour passer de sa terrasse au rez-de-chaussée. Et surtout, surtout, elle adopte – tout comme Ken – les positions (inévitables parce que rigides) des poupées réelles, jusqu’à la forme des mains !

 

De plus, Margot Robbie et Ryan Gosling sont absolument épatants, donnant à ces deux personnages initialement falots, une certaine épaisseur. Mais pas trop non plus : Barbie et Ken restent – bien entendu – eux-mêmes !

 

Malgré tout, en tant que garçon, je trouve qu’il manque un élément indissociable (indispensable ?) à la Barbie® telle que je l’ai connue : certes, nue, elle ne possède pas de vagin, mais elle a tout de même de très beaux seins, sans toutefois une quelconque aréole…

 

  1. Normal, nous en terminons seulement le premier quart !
  2. Donc pas si impensable dans ce monde aussi normé voire binaire.
  3. Je le sais : mes sœurs en ont eu toutes les deux…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Chronique, #Jeff Nichols
The Bikeriders (Jeff Nichols, 2023)

Alors qu’il regarde L’Equipée sauvage, Johnny (Tom « Venom » Hardy) a une idée : créer un club de motards. Pour parler moto, rouler en moto… Etre moto. Bientôt, il dirigera les Vandals de Chicago. Autour de lui, on trouve des types dans son genre : Brucie (Damon Harriman), Cockroach (Emory Cohen), Zipco (Michael Shannon), etc. Et Benny (Austin « Elvis » Butler).

Et si l’intrigue raconte l’histoire de ce club pendant moins d’une dizaine d’années, c’est aucun de tous ceux-là qui la narre : c’est Kathy (Jodie Comer), petite amie puis femme du charismatique Benny, répondant à Danny Lyon (Mike Faist), photoreporter qui va peut-être en faire un livre…

 

Dès l’introduction, nous savons que ce livre a été publié, et nous aurons même le droit d’en voir quelques photos à la fin, quand tout sera dit. IL est clair que si les motos vous laissent de marbre, vous pouvez passer votre chemin. Mais malgré tout, vous rateriez peut-être quelque chose.

Si Jeff Nichols situe son film à cheval sur deux décennies, c’est surtout entre le film de Laszlo Benedek susmentionné et Easy Rider de Dennis Hopper que les spectateurs comme moi vont le placer. Non pas du point de vue temporel, mais plutôt spirituel.

 

En effet, ces deux films sont les deux seuls explicitement mentionnés et d’une certaine façon vont délimiter le temps de la narration du film. Je m’explique.

L’Equipée sauvage est mentionnée pour la création du club un peu après le début, alors que Easy Rider apparaît un peu avant la fin, répondant presque en miroir à son aîné.

Et la période pendant laquelle se déroule l’intrigue permet à Nichols de montrer comment on est passé d’une mentalité à une autre, avec en année charnière 1969.

1969, en plus d’être une année chantée par Serge Gainsbourg, est surtout l’apogée de ce changement sociétal mondial – pas seulement aux Etats-Unis – basé sur une utopie magnifique d’amour universel et qui culminera à Woodstock (15-18 août). Avant de se terminer dans la violence (et la mort) à Altamont (6 décembre).

 

Dans le film, on sent que le club de Johnny en suit le même chemin. C’est une belle idée au démarrage. Une belle idée qui va fleurir (1) et se faner alors que la société elle aussi évolue : quand le film se fini, nous sommes en 1973, à l’aube d’une autre changement  - beaucoup plus durable : le choc pétrolier.

Et comme pour le mouvement hippie, c’est la mort qui va entraîner la fin, voire la corruption. Ici, c’est celle, accidentelle, de Brucie. Une voiture qui sort de son allée sans regarder si quelqu’un arrive. C’est bête. Comme tous les accidents (1). Mais avec la mort de Brucie, personnage plutôt terne comparé à Benny ou Johnny, c’est le début de la fin. Comme à Altamont, les motards ne sont plus ceux d’avant : la violence s’est fortement insinuée, et surtout durablement. Mais que l’on ne s’y trompe pas : Johnny et sa bande ne sont pas des enfants de chœur : s’il faut se battre, tout le monde est là. De même, à l’instar de Marlon Brando chez Benedek, Johnny a compris la peur qu’inspirait sa propre équipée.

 

Au final cela nous donne un film bien ficelé, porté par des interprètes au diapason, qui nous ramène à cette époque devenue mythique (voire culte) où tout semblait possible.

Semblait, bien sûr, parce que nous savons bien ce qu’il est advenu…

 

  1. Est-ce la Flower power ?
  2. Si c’était intelligent, on ne parlerait pas d’accident.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Patrick Bouchitey
Lune froide (Patrick Bouchitey, 1991)

Ca commence par une redondance : « Lune froide ». La lune étant l’astre de la nuit, c’est à tout sauf à la chaleur qu’elle nous fait penser.

Ensuite, c’est un nouveau voyage au bout de la nuit qui nous est proposé, l’errance de deux personnages singuliers, Dédé (Patrick Bouchitey) et Simon (Jean-François Stévenin), quelque part entre ciel et mer.

Mais si c’est un voyage, ce n’en est pas pour autant un road movie : si Dédé et Simon se déplace, ce n’est pas beaucoup, mais surtout, entre le début et la fin, il n’y a pas d’évolution.

Paumés ils ont commencé, paumés ils resteront.

 

Scandaleux à sa sortie, culte auprès des aficionados de Bukowski, Lune froide est un film qui ne laisse pas indifférent. C’est, d’une certaine façon, une claque (1) que le spectateur reçoit. Et comme toute claque, elle a un impact, positif ou négatif. Certes, Bouchitey et Jackie Berroyer (le curé) ne font pas dans la dentelle quand ils adaptent le court-métrage du premier pour en faire un long. On pourrait dire que tout est évoqué : la vie, la mort, les femmes, le sexe, le handicap, la famille, la religion… « Name it, we’ve got it ! » disait une enseigne britannique.

Mais pour chacun des éléments, les deux scénaristes ont tendance à les exploiter jusqu’au bout, ou tout du moins, jusqu’à l’insupportable. Ou presque !

On comprend facilement que certains spectateurs venus voir le film du « père Aubergé » aient été décontenancés par cette errance qui flirte (et plus si affinités) avec le sacrilège : entre la dégustation du vin de messe (2) sur place dans le calice consacré et le vol de cadavre et ce qu’il s’en suit, on peut comprendre que certain€s furent choqué(e)s.

 

Quoi qu’il en soit, Patrick Bouchitey s’en tire avec les honneurs : son film, servi par un très beau noir et blanc, justifie pleinement son titre.

Même si le soleil brille et chauffe, et que le bois brûle facilement, à aucun moment on ne ressent de la chaleur. Tout est à l’image de cette lune qui prend son essor : blafard et froid.

La seule chaleur qui pourrait se dégager, c’est celle de l’amitié entre ces deux hommes aussi paumés l’un que l’autre, avec un très léger avantage pour Dédé.

Ce sont deux pauvres types qui se sont rencontrés et qui ne se quitteront jamais. Un vieux couple qui n’est pas marié et qui se dispute, sans que cela remette en question leur relation.

 

D’ailleurs, c’est la seule forme d’amour qui nous est proposée, que cette relation platonique entre les deux hommes. Il ne sont rien l’un sans l’autre comme le démontre leur (très courte) rupture. Le premier signe de cette relation un tantinet fusionnelle, c’est quand Simon débauche et qu’il retrouve Dédé endormi sur un chariot de transport. Bien sûr, suite à la visite chez la tante de Simon (Marie Mergey), nous assistons à une vraie scène de ménage qui va nous confirmer la force du lien qui unit les deux hommes. Et la réconciliation est d’autant plus forte qu’elle n’est pas démonstrative : comme s’il ne s’était rien passé pendant quelques heures…

 

Bref, un film atypique comme on en trouve beaucoup chez les acteurs qui passent de l’autre côté du miroir (ou de la caméra). C’est fort, c’est sobre, c’est sordide, c’est drôle… C’est tout ce que vous voulez et tout le reste à la fois : la vie.

 

Parce que le cinéma, c’est aussi la vie.

 

  1. Elément récurrent du film
  2. « Du rouge ou du blanc ? » (Dédé)

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Sport, #Jean-Jacques Annaud, #Francis Veber
Coup de Tête (Jean-Jacques Annaud, 1979)

François Perrin (Patrick Dewaere) est en prison pour viol : il aurait, de nuit, agressé une jeune femme (France Dougnac) et a été formellement reconnu par deux témoins : Brochard (Michel Aumont) & Lozerand (Paul Le Person). Déjà qu’il avait été viré du club de football pour un contact avec Berthier (Patrick Floersheim)… Et comme le club appartient au patron de l’usine de la ville, Sivardière (Jean Bouise), il s’est en plus retrouvé au chômage. Alors si en plus on lui colle un viol sur le dos, qui ira se plaindre ?

Seulement voilà, lors d’un déplacement, plusieurs joueurs sont blessés et ne peuvent pas jouer. La mort dans l’âme, Sivardière s’arrange pour faire jouer Perrin. Pas de chance : il marque les deux buts de la victoire.

En attendant le match retour, pendant six jours, Perrin est « le patron de la ville ».

 

C’est à nouveau une comédie (très) grinçante que nous propose Annaud pour son deuxième long-métrage. Après la (drôle de) guerre, c’est le milieu du football amateur qui est pris pour cible. Et surtout ses dirigeants, en la personne d’une bande de notables dont la mesquinerie n’est pas sans rappeler celle des colons dans son film précédent. Et parmi eux, la palme revient au président du club, interprété par un Jean Bouise magnifique. Sa mèche qui recouvre impeccablement son front donne le ton : on devine une calvitie naissante non assumée par cet entrepreneur cynique.

Autour de lui, les autres gens importants qui constituent les possédants de cette ville n’ont rien à lui envier. Entre Brochard et Lozerand qui n’hésitent pas à faire un faux témoignage pour accabler Perrin, et Berri (Maurice Barrier) qui vire ce dernier comme un malpropre, nous avons toute une gamme de « petits bourgeois » méprisables.

 

Et au milieu de ce microcosme malsain, François Perrin (1). Patrick Dewaere campe un buteur (très) occasionnel avec beaucoup de force et de conviction – même s’il était un très piètre joueur – donnant à son personnage la dimension adéquate : Perrin est avant tout un pauvre type, qui est toujours là au bon moment mais pas obligatoirement au bon endroit. Et ces deux buts providentiels pour le club le deviennent automatiquement pour lui : voilà vingt-sept ans qu’il galère dans cette ville qui le traite comme un moins que rien, alors il est temps qu’il prenne sa revanche sur tous ces mesquins.

 

Parce que le sel de l’intrigue, ce n’est pas comment on en arrive là (la première partie du film), mais bel et bien ce que sa nouvelle position lui apporte. Outre les avantages en nature – gazinière moderne (four à double épaisseur) et autre voiture de démonstration (« de clown ») – il devient un intouchable en attendant la deuxième manche au football. Et il va en profiter à sa manière, prévenant ceux qui le méprisaient que les choses vont changer, au cours d’un repas – à ses frais – mémorable. Surtout pour les autres… Quoique.

Et cette revanche va tourner à la vengeance, mais à la manière d’une bombe à retardement : à aucun moment il n’exécutera ce qui est attendu de lui, plongeant alors ses différentes victimes dans un état de frustration qu’on peut qualifier de jouissif. Jouissif pour nous spectateurs, mais très certainement aussi pour ce personnage non-conformiste qui, malgré le titre, ne fait rien sur un « coup de tête » !

 

Et si je vous dis qu’on plus, la fine fleur des seconds rôles (2) est là, vous ne pouvez que vous précipiter sur ce formidable film d’un réalisateur qui a préféré consolider sa place dans le cinéma français avant de s’attaquer à l’international.

A voir (et revoir) de toute urgence !

 

  1. Encore un : le scénario étant de Francis Veber, pas besoin de chercher l’origine du nom…
  2. Sauf Jean-François Zardi !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musical, #Drame
Une Etoile est née (A Star is born (William Wellman, 1937)

Esther Blodgett (Janet Gaynor) est une jeune fille du Dakota qui a un rêve : devenir actrice. Mais dans une famille rurale, ça a du mal à passer. Heureusement, sa grand-mère (May « Annie » Robson) est là qui lui fournit les moyens (financiers) de commencer à réaliser son rêve.

Mais une fois à Hollywood, elle déchante : les jeunes filles comme elle sont innombrables. Jusqu’au jour où Danny McGuire (Andy Devine) lui trouve un extra en tant que serveuse pour la fête de fin d’un film : elle y rencontre la star masculine du moment – même s’il commence à décliner (alcool oblige) – Norman Maine (Fredric « Jekyll » March).

Il va lui permettre de pleinement réaliser ce rêve d’une vie : elle devient une star !

 

Il s’agit de l’œuvre originale – déjà retouchée quatre fois (dont une version Bollywood) – et cette histoire tragique est absolument phénoménale. Non seulement, il s’agit de l’une des plus belles mises en abyme du cinéma qui existe, mais aussi c’est un festival d’interprètes à la hauteur de l’événement. Outre le couple vedette, on peut y retrouver – voire apercevoir une kyrielle de grands noms : Adolphe Menjou (Oliver Niles, producteur), Lionel Stander (Libby), Guinn « Big Boy » Williams (que Gaynor retrouve), Francis Ford (un ivrogne…)…

Et Wellman, fort d’un sujet en or et d’une distribution prestigieuse, déroule pour notre plus grand plaisir. C’est magnifique, à tout point de vue.

 

L’intrigue est une très belle histoire d’amour entre une star montante et son pendant masculin déclinant, ce qui n’a pas échappé à Michel Hazanavicius. Un amour absolu entre deux personnes qui se sont trouvées mais, malheureusement se perdront irrémédiablement. Il faut dire que leur monde – Hollywood et l’industrie cinématographique en général – est impitoyable et qu’il suffit de peu de choses pour tomber dans la déchéance, voire l’oubli.

C’est une histoire on ne peut plus réaliste quand on se souvient de ce qu’il s’est passé dix ans plus tôt : la fin du muet et l’avènement du parlant. D’ailleurs, on retrouve cette idée chez Donen et Kelly qui restent dans la comédie, alors que Wellman, malgré quelques éléments comiques disséminés tout au long de son film, reste dans le drame.

 

Bien sûr, Maine est le seul responsable de sa déchéance, mais l’attitude- non dissimulée – de Libby est le véritable déclencheur de sa fin. Leur ultime rencontre est lourde de conséquences et marque la véritable fin de Maine : le scandale inévitable arrive et les spectateurs (involontaires) sont choqués quand ils comprennent de qui il s’agit.

Malgré l’aspect tragique de cette histoire d’amour, Wellman lui donne une dimension supérieure, faisant de Maine un personnage expiatoire voire christique.

En effet, il est le Rédempteur cher au cinéma américain. Il se sauve lui-même (1) puisqu’il met un terme – définitif – à ses problèmes, tout en permettant à celle qu’il aime de poursuivre son rêve. Bref, une fausse sad end (2)…

 

Bien évidemment, Gaynor & March sont encore une fois formidables. March est à nouveau un personnage tragique et marqué par le destin, donnant un Maine totalement dépassé par les événements et surtout le poids de sa notoriété (3). A ses côtés, non seulement Janet Gaynor est sensationnelle, mais en plus, il faut se rappeler qu’elle est la première actrice qui a reçu la statuette (4), huit ans plus tôt. Et lors de cette toute première cérémonie, c’est sa propre sœur qui, éméchée, a fait le spectacle !

Bref, Elle est ici en territoire connu.

Et on peut même imaginer aisément que le (tout) petit discours que prononce Esther n’est pas très éloigné de celui qu’elle a pu faire lors de sa récompense.

 

Alors précipitez-vous sur cette très belle version restaurée (image & son) de ce chef-d’œuvre qui, à force d’être repris, est devenu intemporel…

Et en plus, ils ne chantent pas !

 

  1. Ne voulant pas révéler toute l’intrigue, je pense tout de même que son acte n’est pas très bien vu des religieux…
  2. Le contraire de « happy end »…
  3. Le terme « has been » est d’ailleurs prononcé.
  4. C’est d’ailleurs la sienne qui est utilisée…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Drame, #Gangsters, #Biopic, #Jean-François Richet
L'Ennemi public n° 1 (Jean-François Richet, 2008)

« Alors, Mesrine d’un côté, Boulin de l’autre, un partout, la balle au centre ! » (Coluche)

Il faut dire que le matin du 2 novembre 1979, le suicide du second faisait la une en France. Mais pas pour longtemps... comme le prédit Broussard (Olivier « Coquelin » Gourmet).

Nous retrouvons donc Jacques Mesrine (Vincent Cassel, toujours) en 1973, à nouveau en prison et en attente de procès. Ce procès sera sa troisième occasion d’évasion, avant d’être repris par le commissaire Broussard dans une séquence – véridique – haute en couleur.

Et puis la fuite en avant se termine donc le 2 novembre, là où avait commencé la première partie.

 

C’est une suite du même calibre que le film précédent : Vincent Cassel va au-delà de l’interprétation, il est Mesrine. Il a même pris vingt kilogrammes pour avoir le même gabarit que son modèle au moment de sa fin. A ses côtés, quelques personnages plus ou moins pittoresques mais qui amènent tout de même la véritable réalité de Mesrine : il est seul et même dans la mort, Sylvia (Ludivine Sagnier) ne le suit pas.

C’est donc cette cavale sanglante que nous allons vivre dans cette seconde partie. Si le ton est le même, l’histoire a évolué. Mesrine s’est empâté, et surtout, il passe la plus claire partie de son temps en prison. Et comme nous ne sommes plus dans l’USC de Saint-Vincent-de-Paul, peu de choses à montrer. Sauf, bien sûr, la dernière évasion. Plus spectaculaire qu’au Québec, et toujours en pleine lumière !

 

Jean-François Richet termine, à nouveau de main de maître, l’histoire qu’il a commencée à nous proposer un mois plus tôt, restant au plus près de son personnage principal sans toutefois en faire un héros. Même son procès, dans lequel Mesrine veut se mettre le public dans la poche en plaisantant, n’a pas la force que pourra avoir celui de Goldman dans le film homonyme quinze ans plus tard. Pour deux raisons : tout d’abord l’aspect politique de Goldman, alors que Mesrine a tendance à mépriser les politiques, et aussi l’aspect occasionnel de Goldman en tant que truand, alors que « Monsieur Jacques » est un gangster qui s’assume.

Et Richet passe vite dessus, se concentrant plutôt sur ce qu’il va se passer après : la dernière évasion.

 

Attention, Richet nous prévient une deuxième fois en ouverture du film : ce n’est pas la vérité. Seulement une réalité (plausible) concernant son personnage. Parce que s’il a bénéficié de complicités – indispensables – pour pouvoir récupérer des armes dans la prison (c’est quand même la Santé !), il y a peu de chances que ce soit son avocate (Laure Marsac) qui les lui aient apportées…

Qu’importe donc, le spectacle doit continuer (1) et nous assistons donc à une nouvelle séquence d’anthologie (pour Mesrine).

 

Et puis tout se termine là où cela a commencé, avec la séquence d’ouverture plus fournie et surtout avec un seul point de vue à chaque fois : une seule caméra si vous préférez. Et s’il réutilise certains plans, il en ajoute d’autres, en rapport avec la véritable situation de la rue Belliard (où était planqué le truand) : les différentes planques de la police qui le suit pas à pas lors de son dernier jour.

Puis, vient l’exécution attendue. Sans pour autant excuser Mesrine pour « l’ensemble de son œuvre », Richet a tout de même tendance à privilégier l’aspect peine de mort étatique. En effet, alors que la fois précédente, nous en étions restés à la bâche qui se soulève et les mitrailleurs qui apparaissent, cette fois-ci, nous avons droit à la mise à mort brute voire brutale. Et ce qui fait pencher la balance du côté de la peine capitale (sans jugement), c’est le coup de grâce accompli par un policier qui ouvre la portière de Mesrine et lui tire dans la tête.

Là encore, nous sommes au cinéma. Par contre, nous avons tout de même droit à la version Broussard qui annonce qu’on a procédé à une sommation avant de l’abattre. Soit j’ai mal entendu, soit il n’y en a pas…

 

Un dernier mot enfin sur un regret exprimé plus tôt sur ce site (janvier 2022).

Quarante ans avant le film de Richet sortait un autre film de gangsters, sur un autre « ennemi public n° 1 » : La Bande à Bonnot de Philippe Fourastié. Au contraire de son aîné, Richet brosse avec beaucoup de justesse, de profondeur et surtout de pertinence cette époque et ce(s) personnage(s).

 

Magnifique.

 

PS : Un regret toutefois. On ne répond pas à ma question à propos du film précédent. La séquence qui voit Guido-Depardieu & Paul-Lellouche se faire tuer est superflue. C’est juste une sortie de scène, qui n’a plus rien à voir avec le personnage central. Un petit mot de Mesrine aurait peut-être été le bienvenu…

 

  1. "The show must go on", que voulez-vous (comme disent les British) !
2 novembre 1979, Porte de Clignancourt.

2 novembre 1979, Porte de Clignancourt.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Drame, #Gangsters, #Biopic, #Jean-François Richet, #Gilles Lellouche
L'Instinct de mort (Jean-François Richet, 2008)

2 novembre 1979.

Un homme et sa femme préparent leurs affaires et s’en vont en voiture. Malheureusement, il y a de la circulation et ils sont bloqués derrière un camion. La bâche du camion est levée : ce sont des policiers armés de mitraillettes.

Cet homme, c’est Jacques Mesrine (Vincent Cassel), et sa compagne, c’est Sylvia Jeanjacquot (Ludivine Sagnier).

C’est ce jour-là qu’il est abattu par la police.

Mais ce n’est pas le sujet de ce film : nous remontons vingt ans auparavant, en Algérie, quand le même Mesrine a devancé l’appel : torture, & exécution sont les maîtres mots de cette période. Libéré, il revient à Paris et commence une activité de truand avec son ami Paul (Gilles Lellouche) sous les ordre de Guido (Gérard Depardieu).

Cette activité criminelle l’emmènera en plus de la prison, au Canada où, là encore le travail honnête ne sera pas privilégié…

 

Jean-François Richet nous replonge dans la période Mesrine avec beaucoup de savoir faire. Mais il évite le piège – facile – de faire passer ce dernier pour un héros. Un homme libre, oui, mais pas un héros. Nous allons le suivre pendant (environ) treize années, d’un côté et de l’autre de l’Atlantique. Mais même si on se déplace beaucoup, ce n’est en rien un road-movie. C’est un film de gangsters plutôt réaliste, où les différentes péripéties ne peuvent pas vraiment être considérées comme des exploits. A part, bien sûr, l’évasion –spectaculaire – de l’USC (Unité Spéciale de Correction) de Saint-Vincent-de-Paul, près de Laval (au Québec !).

D’ailleurs, cette évasion permettra à la société canadienne de se rendre compte du (très) mauvais traitement infligé aux détenus, entraînant sa fermeture. Comme quoi, Mesrine aura tout de même été utile à la société…

 

Mais c’est son parcours – pas spécialement atypique – qui nous intéresse, inspiré de l’autobiographie qu’il avait fait paraître deux ans avant sa mort. C’est brutal, comme le fut la vie de cet homme qu’on peut qualifier d’ambigu. Ambigu pour l’admiration qu’ont encore beaucoup de gens pour lui, et la condamnation de son « exécution » (1) par l’Etat français. Parce que ne nous leurrons pas : Mesrine était un gangster extrêmement dangereux qui n’hésitait pas à tuer s’il le fallait.

Il n’empêche : Richet mène son film avec beaucoup de maîtrise et surtout Vincent Cassel interprète un Mesrine plus vrai que nature, n’épargnant pas les aspects plus sombres de sa personnalité, ceux qu’on a tendance à oublier quand on vante ce personnage.

Et encore une fois, Cécile de France nous montre toute l’étendue de son talent en interprétant Jeanne, complice d’alors du grand truand.

 

Et ce qui frappe le plus, c’est la très belle reconstitution de cette période : bien sûr, on revoit certaines voitures inévitables, mais c’est tout le reste qui est intéressant, les cigarettes fumées à longueur de journée – même à l’hôpital – ou encore la bière en bouteille de 25 cl qui émaille le film… Surtout, il y a certains plans où  Vincent Cassel ressemble fortement à son modèle original. Certes, le maquillage est là, mais il y a quelque chose en plus : des attitudes, des regards qui nous replongent dans cette période troublée où on imaginait croiser « l’ennemi public n° 1 » (2), n’importe où, même au bout de sa propre rue…

 

Et si l’histoire n’est pas finie quand le film l’est, une question reste en suspend pour le spectateur : pourquoi avoir fait exécuter Guido & Paul (une séquence insérée dans l’année 1969, sans aucune influence sur ce qu’on voit après) ?

Réponse dans la suite ?

 

NB : Normalement, on ne prononce pas le S dans Mesrine…

 

  1. C’est ainsi qu’on en parle encore dans certains milieux…
  2. C’est d’ailleurs le titre de la deuxième partie…

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Publié le par Djayesse
Le petit Monde deDon Camillo (Don Camillo - Julien Duviviers, 1952)

« Tes mains sont faites pour bénir, pas pour frapper.

- Les mains sont faites pour bénir…Mais les pieds ? »

 

C’est comme ça que Peppone (Gino Cervi) recevra un coup de pied dans le fondement de la part de Don Camillo (Fernandel), curé de Brescello (Emilie).

Il faut dire qu’entre Don Camillo, curé de la ville et Peppone, maire d’icelle, ce n’est pas spécialement l’entente cordiale. Certes, la guerre – et surtout la résistance – les a réunis, mais maintenant qu’elle est finie et que le Duce a été éliminé, chacun est retourné dans son camp.

Celui de la « réaction » pour Camillo, celui du Parti pour Peppone, élu pour le PCI (nous sommes en 1946).

Mais les communistes le sont surtout par opportunisme : chacun a été baptisé et tout le reste...

 

Au commencement était le livre de Giovannino Guareschi, sorti 4 ans plus tôt, reflétant malgré tout une réalité : l’opposition entre l’Eglise et l’Etat, et surtout les communistes représentés par Peppone. Mais cette opposition de fait n’empêche pas un certain respect réciproques, essentiellement né de l’expérience commune de la Guerre.

Quoi qu’il en soit, c’est une forme de Guerre Froide qui nous est proposée par Julien Duvivier, corroborant sa vison pessimiste du monde : aucun côté n’est meilleur que l’autre. Et réciproquement !

 

On s’amuse franchement des mesquineries qui opposent ces deux hommes qui, malgré tout, s’apprécient grandement. Parce que tout n’est que mesquinerie : rien de bien grave, en somme, même si Camillo commence le film après avoir reçu – physiquement – une volée de bois vert dont Peppone est à l’origine (1) ! Parce que, homme d’église ou pas, Camillo n’est pas mieux que son adversaire, oubliant (très) régulièrement l’habit dont il est paré, au grand dam de son évêque (Charles Vissières) qui propose pourtant à Peppone de le faire remplacer. Refus de l’intéressé : qui pourrait lui tenir tête ?

 

Parce que cette opposition, en plus de nourrir l’intrigue, est une condition indispensable de la cohabitation entre les deux hommes. Certes, Camillo n’a pas toujours les attributs (spirituels) de l’homme d’église, démolissant à chaque occasion certains de ses opposants (des communistes, essentiellement). Mais Peppone l’explique très bien à ce même évêque : on ne peut pas frapper un curé « demi-portion » comme le propose l’éminence comme Camillo. Et si ce même évêque s’étonne de la volonté de frapper un homme de Dieu, c’est avant tout par méconnaissance de son personnel.

Camillo, est avant tout un bagarreur et ne rechigne pas à empoigner un fusil (mitrailleur ou non) l’occasion.

Bref, il est homme avant d’être « de Dieu ».

 

Et c’est pour cela que l’intrigue – tout comme le roman initial – fonctionne : ce curé un tantinet vindicatif est humain, avec sa force (physique) et ses faiblesses (spirituelles) : entre nous, on se demande bien quelles sont ses véritables faiblesses tant il mène son monde comme il l’entend, et Peppone le premier.

Mais il n’en demeure pas moins un personnage positif, malgré ses débordements, n’hésitant pas à redresser certains torts quand le besoin s’en fait sentir, passant, auprès des riches propriétaires terriens (2), pour un curé bolchevik :un comble !

 

Bref, un petit monde pittoresque et truculent, servi par des interprètes bien choisis – l’un des rôles-clés de Fernandel – mais que Camillo devra tout de même quitter : s’il peut se permettre d’assommer une quinzaine de personnes quand l’évêque (de Parme ?) n’est pas là, mais quand ce dernier est présent, il est inconcevable d’en assommer douze !

 

A suivre, donc…

 

  1. D’où le dialogue initial de l’article.
  2. Il s’agit avant tout d’un monde très rural.

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Publié le par Djayesse
La Mesías (Javier Ambrosi & Javier Calvo, 2023)

Enric (Bruno Núñez, Biel Rossell Pelfort puis Casamajor) est cadreur pour le cinéma. Irene est couturière. Noël approche et un groupe de chanteuses fait le buzz sur Youtube : les Stella Maris. Ce sont six jeunes filles qui chantent l’espoir chrétien d’un monde meilleur, sauvé.

L’une des filles, Aina (Sara Martinez puis Cristina Rueda) écrit la musique des chansons sur des paroles de Montserrat Baró (Ana Rujas, Lola Dueñas puis Carmen Machi), leur mère. Cette mère qui prétend parler avec Dieu depuis une vingtaine d’années…

Ces six jeunes filles sont les (demi-) sœurs d’Enric & Irene : elles sont recluses chez Montserrat et Pep (Albert Pia) leurs parents, depuis leur naissance, nourries de paroles divines et autres bondieuseries…

 

Etonnant. Inquiétant. Flippant.

Tels sont quelques qualificatifs qu’on peut donner à cette série espagnole récente, diffusée voilà quelques temps sur Arte (1).

On s’amuse, au début, des chansons un tantinet neu-neu des filles au début. Mais au fur et à mesure que l’intrigue avance, et que nous voyons ce que tous ces enfants ont vécu, le rire laisse la place à l’horreur. Cette « Messie »n’est rien d’autre <u’une gourou de secte. Une secte chrétienne (pléonasme ?), peut-être, mais une secte malgré tout, avec ses dérives et surtout les faiblesses de ses membres.

 

Parce que si Irene est véritablement le personnage fort de la série, Enric, malgré le fait qu’il soit un homme et donc réputé plus fort (2) ne l’aide pas : il est le faible entre les deux enfants originels. A chaque fois, sa mère le ramène dans son giron, ce qui n’est pas possible pour cette fille indocile qu’est Irene. C’est d’ailleurs (presque) incroyable que ce grand échalas se fasse avoir à chaque fois par cette mère on ne peut plus abusive.

Et le fait d’avoir donné le rôle de la mère à trois actrices – à trois moments de sa vie – est une très bonne idée. Non seulement, cela évite le surplus de maquillage ou l’utilisation de l’IA, mais surtout, cela nous montre une femme à différents stades de sa vie, tout en restant inébranlablement la même comme le confirment ses entretiens avec son fils.

 

Mais c’est surtout la vie dans cette famille singulière – et particulière – qui nous fait réagir. Il y a une dose incroyable de fanatisme chez ces gens qui vont au-delà de ce que demande la religion, créant – malgré eux ? – une nouvelle branche fanatique. Et les différentes actrices qui interprètent Montserrat sont à chaque fois à la hauteur de l’enjeu (3) : des femmes avant tout perdues, mais qui savent – à chaque fois – garder les pieds sur terre et devenir maîtresses de leur destin.

De plus, le fait qu’elle s’appelle Montserrat n’est certainement pas anodin : Montserrat est un lieu mystique, sujet à des disparitions inquiétantes, dans la culture populaire tout du moins (Dan Brown, Giacometti & Ravenne…)

 

Quoi qu’il en soit, on suit avec beaucoup d’intérêt cette histoire quasi mystique où le véritable personnage malfaisant est celui qui doit amener le salut : la mère.

Et malgré tout, une question subsiste une fois la série terminée : comment peut-on se construire, comme Enric & Irene, après une expérience aussi traumatisante ?

 

  1. Quelle chaîne !
  2. Préjugé ? Oui.
  3. Personnellement, j’ai une préférence pour Lola Dueñas…

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