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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musical, #Drame, #Steven Spielberg
West Side Story (Steven Spielberg, 2021)

Soixante ans se sont écoulés, et l’histoire n’a pas pris une ride. C’était déjà le cas en 1961 d’ailleurs, quand Wise a sorti son propre film : le thème de Roméo & Juliette (publié en 1597 d’après une histoire encore plus ancienne…) reste indémodable : cet amour fou qui se termine (très) mal continue d’émouvoir les spectateurs, dont votre serviteur (1).

Donc, dans le New York de la fin des années1950, deux bandes rivales se disputent le territoire du West Side (2) : les Jets et les Sharks. La seule différence entre ces deux bandes rivales : la couleur de la peau. En effet, les Sharks ont le teint plus halé puisqu’ils viennent de Porto Rico. Les autres ont le teint plus clair, puisqu’ils descendent pour la plupart des colons européens : mais tous ont un véritable point en commun : ils ne sont pas les véritables indigènes de ce grand pays.

A côté de ces deux bandes de voyous qui passent leur temps à se chercher, se développe un amour entre une fille de Porto Rico – Maria (Rachel Zegler) – et un de ces descendants de colons blancs – Anton « Tony » (Ansel Egort).

Mais bien sûr, cet amour n’est pas possible.

 

La première question qui me vint à l’esprit quand le film est sorti fut la suivante : un tel film était-il nécessaire ? Même si c’est Spielberg… Bien sûr que non (3), mais on en va pas bouder son plaisir pour autant ! Parce que ce film, s’il n’est pas « nécessaire », reste tout de même un très beau moment de cinéma comme sait (toujours ou presque) le faire Steven Spielberg. Certes, on n’imagine pas une issue différentes de l’intrigue, et donc pour une fois, cela se termine mal (4), et puisque l’intrigue est rebattue, encore une fois, c’est la façon de faire qui prime. Et là, on est servi !

 

Suivant la pratique actuelle qui veut que tous les écrits viennent en fin de film, Spielberg entre tout de suite dans le sujet, évitant l’Ouverture initialement prévue, celle qui annonçait clairement les différents thèmes qu’on allait trouver tout au long de l’histoire. C’est un quartier désolé qui nous est montré, attaqué par les boules de chantier qui détruisent ce qui furent des taudis, en attendant l’expulsion totale des différents habitants afin de créer un nouveau West Side, plus conforme à l’air du temps. Alors les bisbilles entre les deux bandes rivales semblent tout à coup bien mesquines : si un des deux clans l’emporte, des toute façon, ils seront tous envoyés ailleurs…

 

Mais c’est cet aspect bien petit par rapport à cette immense ville en mutation qui va donner cette dimension grandiose à cet amour tragique : certes, ces deux jeunes gens ne pèsent pas bien lourd face à cette transformation, mais le seul fait qu’ils existent les rend uniques et de ce fait dignes d’attention.

Et Spielberg réussit là où Wise s’était arrêté : ses acteurs ont une apparence plus jeune, comme si Spielberg avait restauré cette histoire, lui redonnant toute la jeunesse des protagonistes (5), bien qu’Ansel Elgort soit plus âgé que Richard Beymer quand il a interprété Tony en 1961 ! Et cela peut s’expliquer par un élément « signe des temps » :les jeunes gens de 1960 étaient plus mûrs que ceux de 2020. Et puis n’oublions pas non plus les effets du maquillage conjugués à ceux du numérique.

 

Et au final, ce nouveau West Side Story est une très belle surprise :non seulement Spielberg nous confirme qu’il est un très grand réalisateur, mais surtout, il donne une teinte colorée et brillante qui rehausse cette intrigue sombre, donnant, malgré l’artificialité des pas de danse un certain réalisme qui s’exprime dans les différentes séquences de violence : il réussit la synthèse adéquate entre les ballets de Wise et ceux de Kubrick dans Orange Mécanique ! (Musique : la Pile voleuse).

Et tout cela avec une profusion de couleurs qui teintent chaque moment du film : entre les tenues des protagonistes, les tentures ou même les projections solaires des vitraux, tout donne un aspect plus chatoyant que dans le premier film. A cela s’ajoute un jeu de lumières pertinent où c’est la multiplication des sources lumineuses qui accentue le grandiose de cette petite histoire, illustrant avec beaucoup de subtilité les paroles de Tonight, la chanson de la scène du balcon :

      « Tonight, tonight, the world is full of light (Ce soir, ce soir, le monde est rempli de lumières)

         with suns and moons all over the place. » (avec partout des soleils et des lunes)

Même la séquence de combat qui voit Mercutio (Riff – Mike Faist) être tué par Thibault (Bernardo – David Alvarez), lui-même tué par Roméo (Tony) reste lumineuse, et ce malgré les lumière éteintes (pour faire plus discret).

 

Et bien sûr, l’interprétation est à la hauteur de l’enjeu. Les différents interprètes sont des artistes complets : ils jouent, ils dansent et ils chantent (6). Même Rita Moreno (Valentina) peut enfin faire entendre sa voix. Elle qui fut une inoubliable Anita nous démontre pourquoi on ne pouvait pas l’entendre chanter en 1961 : sa tessiture est trop haute !

Et puisqu’on parle d’Anita, elle est ici interprétée avec brio par Ariana de Bose, formidable en tout point dans ce rôle difficile parce que déjà interprété avec beaucoup de brio…

Et si Ansel Elgort est un Tony un peu plus dégourdi que ne l’était Beymer, on notera la très belle prestation (encore une) de Rachel Zegler encore plus Maria que ne l’était l’irrésistible Natalie Wood (c’est dire !).

 

Alors oui, précipitez-vous sur cette nouvelle version, pour toutes ces qualités visuelles, mais aussi pour la musique éternelle de Leonard Bernstein !

 

  1. Je n’arrive pas à ne pas verser une larme à la fin. C’est mon côté midinette…
  2. Ce n’est pas loin de chez Aloysius Pendergast.
  3. Poser la question, c’est déjà y répondre.
  4. Ca reste rare, chez Spielberg, une fin tragique.
  5. Roméo & Juliette sont des adolescents, ne l’oublions pas.
  6. Natalie Wood (Maria) et Richard Beymer étaient doublés (7).
  7. J’espère que vous ne vous lassez pas des notes de bas de page…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Kenneth Branagh
Mort dur le Nil (Death on the Nile - Kenneth Branagh, 2022)

Hercule Poirot (Kenneth Branagh) revient et il est bien dépité : son ami Bouc (Tim Bateman) a été tué alors qu’il allait révéler qui avait tué la servante Louise Bourget (Rose « Ygrid » Leslie), qui avait vu l’assassin de Linnet Doyle (Gale Gadot), jeune héritière qui a chipé à Jacqueline de Bellefort (Emma Mackey) Simon Doyle (Armie Hammer) son amoureux pour l’épouser.

Et tout cela lors d’une croisière sur cet extraordinaire fleuve qu’est le Nil (d’où le titre)…

 

Cette nouvelle version (1) du roman d’Agatha Christie était-elle nécessaire ?
Encore une fois, poser la question, c’est presque y répondre : non. Les deux versions précédentes se suffisaient, adaptant avec délicatesse cet incontournable de la littérature policière britannique. Mais, fort du succès (relatif) de son Crime de l’Orient Express, Kenneth Branagh a donc remis le couvert, interprétant à nouveau ce drôle de (petit) détective aux moustaches superlatives.

Mais si le film précédent gardait un côté agréable et malgré tout fidèle au personnage et à l’intrigue, on ne peut pas vraiment dire la même chose ici.

 

Esthétiquement, c’est très beau : les paysages égyptiens sont soignés et superbes, même si on ne passe pas à côté de l’aspect « carte postale » (le crocodile qui dévore un ibis). Mais on découvre aussi rapidement les limites de cette croisière qui est aussi temporelle : nous sommes en 1937 (c’est ce qui est annoncé au début) et le paysage « nilien » (nilesque ?) n’est plus le même d’où un recours (obligé) aux images de synthèse pour recréer ce qu’il devait être. Et l’aspect artificiel n’en est que trop évident, gâchant tout de même le plaisir du spectateur.

 

Mais cette artificialité a tout de même tendance à gangrener le film en entier. Outre les libertés prises par rapport à l’intrigue originale (2), on note l’influence du cinéma américain sur une intrigue très marquée : elle se passe dans les milieux riches britanniques où tout est feutré et resserré autour de ce microcosme où Poirot n’est accepté que de par son activité caractéristique. D’où l’incongruité des deux Otterbourn (Sophie Okonedo & Letitia Wright) : il est difficile d’imaginer que ces riches oisifs auraient laissé une telle place à deux femmes noires.

De la même façon, je ne vois pas l’apport de la relation homosexuelle entre Marie van Schuyler (Jennifer Saunders) et Mrs. Bowers (Dawn French), si ce n’est ajouter un élément « dans l’air du temps » : le seul plaisir qu’on éprouve (enfin pour moi), c’est de retrouver le duo French & Saunders, même si ce n’est qu’épisodiquement. Heureusement, Poirot est belge et donc ne condamne pas cette relation comme le faisaient les contemporains de 1937.

Et puisqu’on en était à une réécriture de l’intrigue initiale, pourquoi ne pas l’avoir déplacé dans le temps afin d’en faire une version « moderne » comme ce fut le cas avec la série Sherlock : la relation entre van Schuyler & Bowers, tout comme l’amitié entre Linnet et Rose n’aurait souffert d’aucune restriction. Sans toutefois influer sur l’intrigue.

 

Mais je crois que la plus grande faute de Branagh dans ce film fut de créer à Poirot un passé réécrit : non, Poirot n’a jamais participé à la Première Guerre Mondiale si ce n’est en tant que réfugié belge en Angleterre. Quant à la raison de l’apparition de ses moustaches, elle ne colle pas vraiment avec le personnage tel que nous le connaissons : égoïste, orgueilleux et imbu de lui-même.

Je répète assez qu’un film n’est pas un roman, même s’il s’en inspire. Mais un personnage tel que Poirot ne donne que très peu de marge de manœuvre, et là, je pense que Branagh est allé trop loin. Et de la même façon, Poirot perd en épaisseur de personnage ce qu’il a gagné en attribut capillaire : où sont passées ses petites cellule grises qui font (avec les poils susmentionnés) la réputation du détective ? Dans le film précédent, la séquence d’introduction nous faisait admirer le cheminement intellectuel du détective. Ici, on a beaucoup de mal à suivre son enquête, et si on ne connaît pas l’histoire, de quoi être surpris par ses conclusions.

 

Dommage.

 

RENDEZ-NOUS LE VRAI POIROT !

 

  1. La troisième en comptant le film de John Guillermin (1978) avec Peter Ustinov et celle pour ITV (2004) avec David Suchet.
  2. La notoriété du roman n’engage pas à sortir du cadre établi, même si nous sommes au cinéma et que tout est possible…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Denis Villeneuve
Dune (Denis Villeneuve, 2021)

Il aura donc fallu attendre trente-sept ans pour avoir enfin une adaptation de Dune digne de ce nom !

En effet, après le pensum empesé de David Lynch, personne ne s’était risqué à reprendre le flambeau. Mais maintenant que les effets numériques sont là – et bien là – la donne a changé et comme c’est en plus Denis Villeneuve qui est aux commandes, il n’y a aucun »e raison d’avoir peur !

Certes, vous me direz qu’il y a Blade Runner 2049 (2017).

Oui. C’est un bon argument. Mais je vous réponds alors qu’il y a eu juste avant Arrival (2016) et là, le débat est clos.

 

Nous sommes donc de retour sur Arrakis et nous y retrouvons Paul Atreides (Timothée Chalamet qui semble plus dans l’âge de son personnage) et ses parents Leto (Oscar « Poe » Isaac) et Lady Jessica (Rebecca Ferguson), les méchants Harkonnen – Vladimir (Stellan Skarsgård) et Rabban (David « Drax » Bautista), et bien sûr les Fremens et leurs vers.

Et encore une fois, il est question d’épice, de guerre et d’un Messie qui ne dit pas son nom.

Mais à la différence de Lynch, Villeneuve prend son temps et en prenant vingt minutes de plus, il va beaucoup moins loin que son aîné, expliquant sans assommer le spectateur, évitant les personnages inutiles (1).

 

Mais Dune 2021, c’est avant tout une fantastique épopée menée tambour battant par un maître du cinéma. Dès les premières images, on pense à Lynch puisque c’est une voix féminine que nous entendons et qui nous introduit dans ce monde : il s’agit de Chani (Zendaya «MJ »), une Fremen mais qui aura elle, un rôle important dans ce film (et la suite). Certes, on y retrouve des épisodes communs avec la précédentes version, mais là s’arrête la comparaison. Villeneuve nous gratifie ici d’un chef-d’œuvre, et puis c’est tout. Enfin presque tout.

Parce qu’on ne peut pas passer à côté d’un tel moment de cinéma. C’est absolument magnifique. On reste cloué à son siège du début à la fin du film, savourant avec régal un immense moment de plaisir.

 

En effet, Denis Villeneuve nous montre qu’on peut lancer une épopée spatiale compliquée (2) avec clarté et maîtrise technique, tout en intégrant des scènes de bataille spectaculaire sans pour autant passer à 24 plans par seconde ni asséner les images au spectateur. Parce que ce qui marque, c’est le rythme du film qui n’est que très rarement soutenu : Villeneuve (grâce à Greig Fraser son chef-op’) prend le temps de soigner chaque plan, laissant le temps au spectateur d’apprécier ce qu’il se passe, sans pour autant tomber dans quelconque piège godardien qui nous aurait vite englués…

 

On retrouve dans ce Dune la façon de filmer d’Arrival, démontrant que l’on peut arriver à un résultat spectaculaire sans pour autant essayer d’entrer dans le Livre Guinness des records. La technique est au service de l’intrigue – et non le contraire une intrigue prétexte à des effets toujours plus époustouflants – et ce parti pris de prendre son temps permet avant tout au spectateur de bien intégrer ce qu’il voit, et surtout de l’apprécier à sa juste valeur. Depuis l’arrivée des effets numériques – et je l’ai déjà écrit ici – nous assistons à une surenchère constante dans tout ce qui est proposé, avec des résultats pus ou  moins satisfaisants (3). Alors que depuis que le cinéma existe, on a pu voir nombre de films extrêmement spectaculaires sans pour autant être enivré par un tourbillon d’images agressives.

 

L’autre grande différence d’avec le film de Lynch tient aussi au traitement de l’intrigue. A aucun moment Villeneuve ne tente de racoler le spectateur avec des images plus ou moins choc (le Baron Harkonnen n’a plus rien à voir avec le pantin pathétique interprété par Kenneth McMillan), et surtout, malgré la somme d’information qui passe tout au long du film, on n’y trouve nulle part cette impression de bavardage (plus ou moins intempestif) constant qui lasse.

Non, Villeneuve déroule son intrigue comme un conteur son histoire, les mots étant remplacés par les images : mais sans parasite, ni superflu voire gratuité. Il rejoint en ça une longue lignée de réalisateurs américains qui sav(ai)ent raconter des histoires (4).

Et ça, c’est franchement rassurant pour le cinéma !

 

Et quand le film se termine, on n’a qu’un envie : qu’il recommence, puisqu’il faut attendre (hélas) pour avoir la suite !

 

J’oubliais la grande surprise du film : Jason Momoa (Duncan Idaho) n’a plus de barbe !

 

  1. J’avais oublié de parler de la princesse Irulan (Virginia Madsen) qui servait de narratrice à Lynch mais dont le rôle n’avait alors aucune importance. Elle était très belle mais n’avait aucune influence sur l’intrigue. Une voix off aurait suffi.
  2. N’ayant – depuis l’article précédent sur le film Lynch – toujours pas lu le roman de Frank Herbert, je me fie à ce que j’ai pu entendre un peu partout…
  3. Heureusement, certains ont su maîtriser ces effets sans pour autant tomber dans ce piège.
  4. Certains d’ailleurs le prolongeant à propos de leur propre vie…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Denys de la Patellière
Retour de Manivelle (Denys de laPatellière, 1957)

Robert Montillon (Daniel Gélin), jeune homme « disponible » empêche l’homme d’affaire Eric Fréminger (Peter van Eyck), ivre, de se faire écraser. Entre eux deux se crée un lien : Eric propose à Robert d’être son « secrétaire ».

La vie de Robert vient de basculer.

Très peu de temps après, Eric annonce à son épouse Hélène (Michèle Morgan) qu’il va se suicider et qu’elle va toucher le gros lot de l’assurance-vie. Sauf que cette même assurance-vie a une clause rédhibitoire : le suicide est exclus pour toucher le jackpot.

Il va falloir maquiller cela en meurtre.

 

Pendant que la Nouvelle Vague (hum !) s’installe (1), le « cinéma de papa » continue de bien se porter, mettant en vedettes des valeurs sûres (Morgan, Gélin, Blier) dans une intrigue empruntée à James Hadley Chase qui ne manque ni de subtilité ni de piquant. On retient bien sûr l’aspect amoral du challenge que doivent relever Hélène et Robert : faire passer un suicide pour un meurtre n’est pas une mince affaire, surtout quand on se fait prendre.

Parce que bien sûr, ça ne peut pas marcher : nous sommes encore dans les années 1950 et il n’est certainement pas question de faire réussir un tel projet.

 

Et c’est aussi là tout l’intérêt du film : comment vont-ils se faire prendre ? J’espère ne rien révéler d’important en l’écrivant, le titre me semblait tout à fait éloquent : si l’appât du gain – les 300.000.000 de Francs (toujours plus impressionnant en chiffres !) de l’assurance-vie – est somme toute naturel, il y aura obligatoirement un prix à payer qui se traduit par ce « retour de manivelle ». Et croyez-moi, il est à la hauteur des espérances du spectateur.

Et à l’instar du Taxi pour Tobrouk qu’il réalisera quatre ans plus tard, Denys de la Patellière émaille son film à tendance sérieuse d’un humour de bon aloi, accentué par le « retour de manivelle » (encore lui), basculement final qui scelle définitivement les différents destins (2).

 

Avec ce film, Denys de la Patellière commence véritablement à se faire un nom dans le cinéma français : son film est un succès (mérité), interprété par un duo de qualité. Michèle Morgan se retrouve dans un rôle un tantinet décalé par rapport à ce qu’on a connu auparavant, bien loin de la jeune Nelly du Quai des Brumes qui l’avait révélée. Rassurez-vous, elle possède toujours, vingt ans après, le même pouvoir de séduction, mais elle possède une autre dimension qu’on ne devinait pas alors. Normal, elle a mûri. Daniel Gélin, de son côté, est le héros chasien par excellence : il interprète avec beaucoup de justesse ce personnage sans le sou qui se retrouve mêlé à une histoire de cadavre sans l’avoir cherché.

Et puis il y a Blier : il est le commissaire important qui va résoudre l’affaire. Enfin, c’est sa version : le spectateur sait lui, ce qu’il s’est vraiment passé et se moque bien des déductions de ce policier somme toute ridicule, pour qui les évidences sont des preuves.

 

Bref, on s’amuse, on a plaisir à suivre cette intrigue – improbable, nous sommes au cinéma que diable ! – menée de main de maître avec un souci du détail que ne renierait pas Hitchcock (la prise de courant), jouant aussi avec l’éclairage de façon pertinente.

Bref, du cinéma comme je l’aime.

Et quand le film se termine, une question me vient tout naturellement : les gesticulations de quelques critiques de cinéma plus ou moins frustrés étaient-elles vraiment nécessaires ? (3)

 

J’allais oublier : ce sont les débuts de Michèle « Angélique » Mercier (Jeanne). Et d’ailleurs Michel Audiard la gâte :

Robert : vous êtes jeune et jolie, je ne suis sûrement pas le premier à vous le dire.

Jeanne : On me le dit à chaque coup.
Robert : Ah !

Jeanne : Je veux dire à chaque fois.

 

  1. Le film sort en août et Françoise Giroud parlera de ce mouvement en octobre.
  2. Ne comptez pas sur moi pour vous révéler quoi que ce soit.
  3. Oui, j’ai beaucoup de mal avec la Nouvelle Vague qui est au cinéma ce que la Nouvelle Cuisine est à cet autre art : c’est peut-être beau et fin, mais à l’arrivée, on retourne vers des valeurs sûres et plus consistantes.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Navets, #David Lynch
Dune (David Lynch, 1984)

Une planète de sable.

Un jeune homme doué qui apporte un nouvel espoir.

Un empereur galactique qui compte bien le rester.
Une guilde toute puissante.

Et l’espace infini (enfin presque) comme décor.

Non, ce n’est pas une resucée de Starwars mais bien l’adaptation d’une œuvre plus ancienne : le roman de Frank Herbert (1965). Et comme je ne l’ai pas lu, je ne vous dirai certainement pas ce que je pense de cette adaptation en tant que telle, mais plutôt du film lui-même, ce qui me semble beaucoup moins périlleux.

Encore que.

 

Arrakis, qu’on appelle aussi Dune est donc la planète centrale de cet univers : on y trouve – et donc extrait – une substance précieuse : l’Epice. Cette Epice est une sorte de drogue aux vertus multiples dont la longévité pour celui qui en prend, ainsi qu’un élargissement de la conscience (1). L’empereur Padishah Shaddam IV (Jose Ferrer) va alors intriguer en montant deux peuples l’un contre l’autre (sans beaucoup les pousser, rassurez-vous) afin de contrôler encore plus la substance précieuse.

Seulement voilà : Lady Jessica Atreides (Francesca Annis) a mis au monde (contre toute attente) un fils aux pouvoirs spéciaux : Paul (Kyle McLachlan).

Et si ce dernier était le Messie attendu par les Fremen, les véritables maîtres d’Arrakis ?

 

Il s’agit ici d’un pur produit des années 1980. En effet, outre la musique (électro) qui le baigne, on y retrouve une façon de filmer très répandue à cette époque. Et David Lynch est tombé dans le piège de cette adaptation. Certes, il a rassemblé autour de lui une distribution impressionnante, mêlant quelques vieilles gloires (La Mangano, José Ferrer) et des jeunes talents du moment (Sting, Sean « Rachel » Young, Kyle McLachlan…) et même Freddie Jones qui se trouvait déjà là sur son film précédent.

 

Et c’est quand on mentionne ce film précédent qu’on a l’impression d’appuyer où ça fait mal. Après l’extraordinaire Elephant Man, n’être capable de réaliser que ça !

On sait tous que David Lynch n’est pas un réalisateur prolixe et qu’un film lui demande du temps. Celui-ci, bien sûr en a demandé beaucoup pour la post-production, mais pour le reste, on a de quoi être déçu.

 

Les décors sont certainement les éléments les plus réussis du film, essayant justement de se distinguer de l’influence Starwars (le troisième épisode concluant la trilogie originale est sorti l’année passée) : les intérieurs sont magnifiques, rappelant par certains aspects les péplums d’antan (années 1950). Ce sont d’ailleurs les premiers intertitres de présentation qui induisent cet effet : le lettrage rappelle celui des 10 Commandements (Cecil B. DeMille, 1956)… Et la première séquence qui voit l’empereur recevoir un membre de la guilde n’est pas sans rappeler Ramsès (Yul Brynner) dans une situation similaire de réception.

Et d’une certaine mesure, l’impression générale du film est celle d’un péplum steam punk, où Paul serait le Moïse des Fremens, luttant contre l’infâme pharaon Padishah Shaddam IV, avant d’être exilé dans le désert d’où il reviendra semer la justice – et ici la violence en prime.

 

Mais voilà, ça ne fonctionne pas aussi bien, et surtout, le film a pris un sérieux coup de vieux depuis l’avènement du numérique. On peut encore une fois souligner le très bon travail de Matt Whitlock, mais cela ne suffit pas. La déferlante numérique a tout balayé sur son passage, et Dune en est une victime toute désignée.

Ce fut un échec à sa sortie.

Normal.

 

  1. Peut-on dire qu’elle ouvre les « portes de la perceptions » ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #James Mangold
Walk the Line (James Mangold, 2005)

Tout commence à Represa (Californie), 1968.

Johnny R. Cash (Joaquin Phoenix) va entrer en scène. Avant cela, il se remémore comment il en est arrivé là. De son enfance à sa déchéance due à la drogue (des cachets qui ne rapportent que des ennuis), en passant par ses débuts avec d’autres jeunes gens comme lui : Jerry Lee Lewis (Waylon Payne), Roy Orbison (Johnathan Rice), et bien sûr l’incontournable Elvis (Tyler Hilton).

Mais c’est avant tout sa relation – compliquée – avec celle qui sera son grand amour qui est au centre de cette vie qui a failli être ratée : June Carter (Reese Witherspoon).

J’oubliais : le public enthousiaste est constitué dans sa presque totalité de prisonniers… Normal, Represa, c’est la fameuse prison de Folsom.

 

Géant.

Encore une fois, James Mangold nous a gâtés. Quinze ans avant Baz Luhrmann et son formidable Elvis, il dresse un portrait magnifique d’un des précurseurs du rock blanc américain : l’immense J.R. Cash. Et permettez-moi ce (mauvais) jeu de mots : il est cash !

Pas de fioriture ni de délire ou d’éléments pathétiques. Un homme – quel homme ! – tout simplement, avec ses qualités et ses défauts, marqué par un père injuste ( Robert « T-1000 » Patrick) et surtout la mort trop tôt d’un frère aimé et considéré comme meilleur que lui (surtout par ce même père).

Mais c’est avant tout sa musique qui fait tout le sel de cette intrigue prévisible – on sait qu’il meurt à la fin (le 12-9-2003) – mêlant avec bonheur la country et le rock. Mais surtout son intérêt pour la Prison en tant qu’institution, qu’il transcrira avec beaucoup de talent à travers Folsom Prison Blues bien sûr, mais aussi I got Stripes (1).

Certes, Johnny Cash n’a pas eu le même succès  qu’Elvis, mais il a déjà duré plus longtemps. Mais c’est sans doute son aspect country qui ne lui a pas permis d’avoir la même notoriété mondiale que le King : c’est un genre très américain qui ne fait pas toujours l’unanimité (2). Et Cash fut une grande star outre atlantique, ce qui n’est que justice : ses chansons – à texte ! – et sabelle voix grave ont beaucoup fait pour son succès.

Et James Mangold fait de ce film un superbe hommage à cette grande star, choisissant un duo tout aussi superbe pour interpréter ces deux amis-amants-mais-pas-trop.

 

Encore une fois, Joaquin Phoenix est époustouflant. Lui aussi n’est pas Johnny Cash, mais c’est tout de même ce dernier qu’on voit évoluer avec plus ou moins de bonheur sur ces différentes scènes, pas toujours sobre non plus. Il cerne très bien le personnage, sa façon de chanter (les deux acteurs ne sont pas doublés), et sa tenue particulière de guitare (horizontale). Bref, finalement, il est Johnny Cash (3). Décidément, cet acteur sait vraiment tout faire. Tant mieux.

De son côté, la belle Reese Witherspoon est une June Carter fort appréciable (euphémisme), jouant dans le même registre que son partenaire (notez la performance !) et interprétant celle qui fut plus qu’une muse pour le chanteur. Elle s’impose dans le film autant que son personnage dans la vie de Cash. Et les récompenses qu’elle en tira ne furent certainement pas imméritées.

 

Bref, un biopic comme on les aime – enfin comme moi je les aime – avec une bande originale qui vous les poils au garde-à-vous, et pas besoin de connaître le répertoire ce grand artiste pour apprécier ses diverses création : l’émotion est là.

Du cinéma, quoi !

 

PS : Si Johnny Cash et June Carter sont morts tous les deux en 2003, on oublie de dire que Sam Philips (Dallas Roberts dans le film) est lui aussi mort cette année-là, le 30 juillet : c’est lui qui a enregistré – entre autres – le premier disque de Cash.

 

  1. « J’ai des rayures » : celles de l’uniforme de prisonnier.
  2. J’aime bien, mais sans en abuser non plus…
  3. D’un autre côté, c’est ce qu’on demande à un acteur…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Monta Bell, #Marion Davies
Lights of Old Broadway (Monta Bell, 1925)

Décidément, Marion Davies était une très grande actrice ! Ce n’est pas la première fois que je le dis, mais tout de même, il y a chez elle un jeu qui, même s’il se rapproche de Mary Pickford, lui reste malgré tout très personnel. Alors que Mary interprétait des très jeunes filles, les personnages de Marion paraissent un tantinet plus âgés, presque comme si l’une interprétait l’autre plus tard. D’ailleurs, Marion étant arrivée après Mary, c’est un peu cela qu’il s’est passé… Alors si on ne peut que reconnaître le talent de Pickford, ne négligeons pas celui de Davies qui s’exprime différemment, mais avec autant de force.

Mais revenons.

 

Anne De Rhonde (Marion Davies) est une jeune femme de bonne famille : fille d’un banquier de l’aristocratie new-yorkaise, elle passe des journées paisibles et oisives, à l’abri du besoin, en attendant d’épouser un fils d’une autre bonne famille.

Fely O’Tandy (Marion Davies), est une jeune fille rugueuse des bas-fonds new-yorkais, vivant au croisement entre la 5ème rue et la 59ème. A Broadway donc, avant que ce quartier devienne prestigieux.

Adulte, elle est danseuse chez Pastor (George Bunny) et fait la rencontre du jeune (et séduisant) Dirk De Rhonde (Conrad Nagel), le frère d’Anne. Mais pour De Rhonde père (Frank Currier), il n’est pas question d’une telle mésalliance. Et en plus, les O’Tandy occupent illégalement le terrain des De Rhonde.

L’affrontement est donc inévitable.

J’oubliais : si les deux jeunes femmes se ressemblent autant (et pour cause !), c’est avant tout parce qu’elles étaient sœurs jumelles et que les deux familles les ont adoptées à la mort de leurs parents pendant la traversée qui les mena en Amérique.

 

Bien sûr, l’affrontement n’est pas le véritable enjeu du film : c’est avant tout l’histoire d’amour entre Anne et Dirk. Même la sororité entre Anne et Fely n’est pas exploitée autant qu’elle aurait pu : elle ne constitue pas un véritable enjeu dans l’intrigue et Monta Bell ne l’exploite que très peu, préférant suivre la truculente Fely plutôt que la mièvre Anne. Cela ne l’empêche pas de faire se rencontrer deux fois les deux jeunes femmes, mais sans pour autant en faire des séquences de prouesse technique : tout est dans le montage puisqu’on ne voit jamais les deux visages en même temps, l’utilisation des champ/contrechamp est suffisante.

Non, la prouesse est ailleurs : Monta Bell réussit à réaliser une belle comédie avec un sujet somme toute assez tragique.

 

En effet, outre l’expulsion des Irlandais de leur taudis, nous assistons à des scènes de violence – une émeute dirigée contre les « aristocracks » comme dit O’Tandy père (Charles McHugh) une tentative d’assassinat et un crack boursier qui va plonger les De Rhonde dans la pauvreté – sans pour autant perdre le sourire né de la première apparition de Marion Davies.

Parce que Monta Bell traite ces différentes étapes du scénario avec la rigueur nécessaire pour en tirer pleinement les effets comiques (1). De plus, les différents interprètes utilisent pleinement leur potentiel comique pour faire de ce film une réussite. Outre Marion Davies qui est irrésistible (dans la joie ou la tristesse), on savoure la prestation de Charles McHugh dans le rôle de cet Irlandais vindicatif, grand consommateur de briques, surtout celles qui rebondissent sur le nez des riches. Devenu riche lui-même, sa nouvelle apparence n’a pas grand-chose à voir avec celle de son ennemi juré : il ressemble plutôt à un leprechaun, surtout avec son chapeau à ruban.

 

Bien  sûr, l’affrontement aura lieu, mais il sera, comme dans une autre bagarre célèbre (2) entre deux autres Irlandais – Sean Thornton (John Wayne & Red Will Danaer (Victor McLaglen) dans L’Homme tranquille – l’occasion d’une solide amitié qui en plus sert l’intrigue amoureuse parfaitement.

 

Bref, une très belle comédie qui voit réuni pour la première fois le duo Davies-Nagel (il y en aura deux autres), où Marion Davies est (encore une fois) magnifique. Il est tout de même bien réducteur de la comparer à la Susan Alexander (Dorothy Comingore) de Charles Foster Kane (Orson Welles), parce qu’elle eut une liaison avec Hearst qui a inspiré Citizen Kane.

Parce que si Susan Alexander n’avait aucun talent, Marion Davies en avait à revendre !

 

  1. La comédie, c’est sérieux !
  2. Robert Israel, qui signe ici une nouvelle partition pour le film, en reprend d’ailleurs un thème…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fanstatique, #Aleksandar Petrovic
Le Maître et Marguerite (Majstor i Margarita - Aleksandar Petrovic, 1972)

Le « Maître » Nikolaj Afanasijevic Maksudov (Ugo Tognazzi) fait répéter sa nouvelle pièce de théâtre : Ponce Pilate. Il aperçoit puis rencontre une jeune femme, Marguerite (Mimsy Farmer), de qui il tombe amoureux. Et c’est réciproque.

Mais nous sommes dans l’URSS de l’entre-deux guerres, et une pièce au contenu religieux est très mal vue des autorités qui vont tout faire pour la saboter.

Heureusement (?), le Maître à un ange gardien qui veille sur lui : le professeur Woland (Alain Cuny), spécialiste en Magie Noire. Sauf que c’est un ange déchu connu sous d’autres noms, Lucifer étant le plus emblématique (1).

 

C’est un film halluciné qui nous est ici proposé. Nous naviguons dans les eaux troubles du fantastique, mais malheureusement sans le savoir faire américain, ce qui se fait ressentir à différents moments. Du roman de Mikhaïl Boulgakov (écrit entre 1927 et 1939), l’intrigue en est (très) librement inspirée, mais le film reste malgré tout un pur produit de son époque : les années 1970.

Entre hallucinations et racolage, Aleksandar Petrović tente de mener à bien son film dont les effets spéciaux laissent tout de même à désirer.

 

On peut établir un parallèle entre ce film et Les Visiteurs de Soir de Marcel Carné. En effet, l’un des personnages centraux est là aussi le Diable, accompagné de deux acolytes singuliers : Azazello (Pavle Vuisic) et Korovjev (Velimir « Bata » Zivojinovic). Et, cerise sur le gâteau, c’est cette fois-ci Alain Cuny qui interprète le Diable, alors qu’il n’était qu’un démon de seconde zone trente ans plus tôt.

Mais à la différence du film de Carné, Cuny est ici beaucoup plus convaincant (2) : il possède le flegme et la retenue indispensable au rôle pour en faire un personnage fascinant.

 

Et d’une certaine manière, c’est l’interprétation qui sauve ce film pas toujours très bien fichu : comme je l’ai déjà écrit plus haut, les effets spéciaux ne sont pas convaincants (pas toujours très bien réalisés surtout), et le final dénudé (3) qui ajoute à la confusion de l’intrigue.

Outre Alain Cuny, on relèvera la très belle interprétation d’Ugo Tognazzi et on regrettera quand même la sous utilisation de Mimsy Farmer, dont le personnage qui partage le titre est beaucoup moins visible que son partenaire.

Mais on retiendra surtout les prestations des deux démons, avec, pour ma part, une préférence pour Pavle Vuisic, truculent à souhait (son allure joue beaucoup dans ce sens…).

 

Dernier point qui fait que ce film, malgré les réserves avancées plus haut, restera dans les mémoires : la musique d’Ennio Morricone. Encore une fois, le Maestro (4) nous gratifie d’une très belle musique. C’est d’ailleurs parce que je la connaissais que je me suis laissé tenter à regarder ce film…

 

  1. « Celui qui apporte la lumière. »
  2. D’un autre côté, l’être moins était difficile !
  3. Grande tendance des années 1970 depuis le renouveau du cinéma pornographique (1969) : il fallait du nu (d’où l’idée de racolage énoncée plus tôt)
  4. N’est-ce pas lui le véritable « Maître » du film ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Laurent Tuel
Jean-Philippe (Laurent Tuel, 2006)

Fabrice (Luchini) est un fan inconditionnel de Johnny (Hallyday) : il ne vit que par et pour son idole. Un soir, ivre, il sort du pub et chante (à tue-tête, évidemment) un tube de son idole (des jeunes). Et comme il est bien tard, un voisin (Christophe Rouzaud) descend lui expliquer qu’i est temps d’arrêter son tapage. Mais comme Fabrice enchaîne les chansons comme son idole les tubes, il prend le poing de ce voisin.

C’est alors le trou noir. Quand il se réveille, non seulement il ne sait pas ce qu’il lui est arrivé, mais en plus, personne autour de lui ne connaît Johnny.

Mais il reste un espoir : le patron du bowling où il emmène sa fille Marion/Laura (Elodie Bollée) n’est autre que Jean-Philippe Smet, qui n’a pas pu faire carrière dans la musique, ayant eu un grave accident alors qu’il devait faire ses débuts à la télévision…

Evidemment, Fabrice n’a qu’une seule envie : faire de ce Jean-Philippe le Johnny qu’il connaît.

 

13 ans avant Danny Boyle et son extraordinaire Yesterday, Laurent Tuel posait la question existentielle : peut-il y avoir un monde sans Johnny ? Pour ma part, j’aurais tendance à dire oui, mais je ne suis pas objectif : ce n’est pas mon chanteur préféré. Et de loin. Mais je dois tout de même avouer que Tuel mène très bien sa barque, réussissant presque à faire aimer ce monument de la chanson française. On s’amuse, comme c’est toujours le cas dans ce genre de scénario décalé, mais hélas, on n’atteint pas la maîtrise de Boyle. On s’amuse aussi des nombreux clins d’œil que le scénario accumule mêlant cet univers parallèle et celui que nous connaissons. Sans oublier la présence étonnante de Bernard Frédéric (le véritable sosie de Claude François).

 

Mais je l’ai déjà dit ici, de bonnes intentions ne suffisent pas à faire un grand film. Loin de moi tout de même de vouer aux gémonies celui-ci, il manque une dimension universelle que Johnny, malgré son talent, n’avait pas : la barrière de la langue ne lui a pas permis cet aspect international, et même s’il fut reconnu (justement) par ses pairs anglophones, le public lui, fut moins au rendez-vous. Et ce qui va convenir à Yesterday un peu partout dans le monde sera plus circonscrit pour Jean-Philippe.

 

Restent tout de même 92 minutes de plaisir (coupable pour ma part, on a sa fierté !), formidable hommage pour cette bête de scène qu’était le chanteur. L’émotion demeure, même chez un Béotien comme moi.

De pus, Luchini est en pleine forme, bien dirigé, et on sent la complicité entre les deux acteurs. Et si Johnny était avant tout un chanteur et donc beaucoup moins un acteur, n’oublions pas que jouer son propre rôle est très certainement la chose la plus difficile qui soit (1), alors jouer son propre rôle qui est celui qu’on aurait pu être mais qui n’est pas et courir en même temps après celui qu’on est tout en l’étant pas (2), devient un véritable tour de force.

 

Quoi qu’il en soit, cinq ans après, je comprends que Johnny manque toujours à ses fans…

 

  1. On le fait tous, tous les matins, en sortant de chez soi.
  2. Ce n’est pas clair ? Ce n’est pas grave, je me comprends !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Joel & Ethan Coen, #George Clooney
O'Brother, where art thou? (Joel & Ethan Coen, 2000)

Mississipi, Grande Dépression.

Ulysses Everett McGill (George Clooney), Pete (John Turturro) & Delmar O’Donnell (Tim Blake Nelson) s’évadent du bagne afin de retrouver le trésor du premier, avant son engloutissement  prévu une semaine plus tard (1).

Les trois hommes vont déambuler pendant ces quelques jours, poursuivis par la police, s’insérant dans une élection (celle du gouverneur de l’état), rencontrant des personnalités plus ou moins recommandables – Pappy O’Daniel (Charles Durning), George « Baby Face » Nelson (Michael Badalucco) – et bien sûr Penny Wharvey/McGill (Holly Hunter), la femme légitime d’Ulysses (2).

 

A nouveau, c’est le début d’une nouvelle collaboration fructueuse : celle des frères Coen et d’un de leurs acteurs fétiches, George Clooney. Et dès ce premier film ensemble, le ton est donné : ne cherchez pas un personnage distingué aux manières élaborées et à l’intellect supérieur. Ulysses Everett McGill n’est rien d’autre qu’un abruti, aussi intelligent que ses deux comparses. Le seul atout de cet homme, c’est son bagout. Mais c’est aussi son défaut : il faut qu’il parle, quitte à ne faire que du vent, ce qui est tout de même souvent le cas.

Sans oublier l’autre aspect indispensable des personnages de Clooney pour les Coen : le ridicule. Ici, cela passe par l’usage continuel de brillantine (de la Dapper Dan, pas une autre !) pour être bien coiffé, ainsi qu’un filet pour protéger ses cheveux la nuit.

 

D’une manière générale, McGill n’est pas vraiment ce qu’il prétend, et ce sera un immense mensonge qui va se dérouler sous nos yeux, entrecoupé de moments de vérité : ils sont tout de même recherchés par la police parce que prisonniers en fuite. Ce long mensonge a aussi d’autres collaborateurs eux aussi hauts en couleurs : Big Dan Teague (John « Walter » Goodman), Homer Stookes (Wayne Duvall).

Mais si McGill est ainsi, c’est surtout parce qu’il est inspiré d’un personnage beaucoup plus célèbre et lui aussi beau parleur : Ulysse (3), celui d’Homère. Mais cette Odyssée est passée à la moulinette des frères Coen pour en devenir l’une des plus belles parodies. Et on va s’amuser à retrouver les éléments mythologiques dans cette comédie débridée (et absurde, cela va de soi) : les Lotophages, le Cyclope, les Sirènes (les plus faciles à identifier) ou encore le passage chez Circé (plus dur, déjà)…

 

Et on s’amuse d’un bout à l’autre, les Coen jouant sur tous les niveaux de comiques sans toutefois sortir de la période qui elle, n’encourageait pas vraiment la rigolade. Et à travers ces pérégrinations, on va retrouver les éléments du Sud traditionnel : les bayous, la musique noire, et le Klan ! C’est l’occasion d’une séquence un tantinet déjantée elle aussi avec chorégraphies inspirées de celles qu’on pouvait hélas voir quelques milliers de kilomètres plus à l’Est à la même époque (Le Triomphe de la volonté, 1935).

Et à l’arrivée, nous avons un road-movie inoubliable, avec en prime la Rédemption inévitable et donc le salut. Mais une question demeure tout de même : ont-ils vraiment changé entre leur départ précipité (et pour cause) et cette drôle de happy end ?

Pas sûr…

 

  1. Il est sur la zone inondable d’un barrage.
  2. Penny, pour Penelope, bien entendu.
  3. D’Où son premier prénom.

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