[Encore une fois, des éléments de résolution de l’intrigue se sont glissés dans ce que vous allez (peut-être) lire : continuez à vos risques et périls si vous n’avez pas encore vu ce formidable film !]
1939.
Pendant que l’Europe prépare sa Deuxième Guerre Mondiale, Stanton Carlisle (Bradley Cooper) incinère son père qui vient de mourir. Puis, il prend le bus et en descend au terminus, au milieu de nulle part. Enfin pas exactement puisqu’on y trouve une foire avec tous les phénomènes qui font recette, de l’homme-animal (Paul Anderson) à Molly (Rooney Mara) la femme électrocutée, en passant par Bruno (Ron « Hellboy » Perlman) l’hercule et la Zeena (Toni Collette) devineresse.
1941.
Alors que l’Amérique se prépare à entrer en guerre, Stanton triomphe dans un numéro de mentaliste, secondé par Molly – ex-femme électrocutée -. Il fait alors la rencontre de Lilith Ritter, psychanalyste trouble, et va prendre une décision – fâcheuse, évidemment – qui va précipiter sa chute pourtant annoncée par Zeena.
Vous prenez le savoir faire de Guillermo del Toro, vous lui ajoutez une pléiade de noms prestigieux et vous obtenez un film d’ambiance (encore une fois) de très grande facture, où le surnaturel a encore une fois sa place, mais cette fois-ci sans l’aspect fantastico-merveilleux auquel nous étions habitués.
En effet, si le paranormal est au centre de l’intrigue, c’est surtout parce que Stanton Carlisle n’est rien d’autre qu’un charlatan qui ne fait illusion qu’auprès des crédules : des gens brisés par la perte d’un proche et que ce faux mage ferait revivre bien opportunément.
Mais, encore une fois chez del Toro, la mort rattrape ce singulier héros avec des conséquences hautement graves.
Bien sûr, Bradley Cooper est épatant dans ce rôle ambigu d’arriviste et son interprétation est à ce point convaincante qu’on en vient à se poser des questions sur sa clairvoyance : où commence la manipulation et où s’arrête-t-elle (si elle s’arrête) ? Et ce malgré les explications que nous avons eues au préalable quand Pete (David Straithairn) et Zeena lui ont expliqué les ficelles du spectacle.
A ses côtés, on a plaisir à retrouver la formidable Rooney Mara, manipulée elle aussi par cet homme au passé trouble (on aura toutes les explications nécessaires, rassurez-vous), ainsi que le formidable Ron Perlman, et on s’étonnepresque de l’absence de Doug Jones parmi ces personnages hautement atypiques.
De même, alors que Guillermo del Toro a cité une liste de films qui l’ont inspiré pour celui-ci, on s’étonne de ne pas trouver Freaks : était-ce trop évident pour ne pas le mentionner ? Toujours est-il qu’outre le milieu du spectacle des monstres et autres curiosités, on y retrouve deux personnages échappés du monde de Browning : une des deux sœurs Pinhead (Tête d’épingle) au début, ainsi que Kookoo dans les derniers plans. Autre personnage inspiré par le monde particulier et qu’on retrouve chez Browning, une femme araignée qui rappelle celle de The Show.
Bref, Guillermo del Toro, encore une fois, nous offre un superbe spectacle, dirigeant avec maestria des interprètes à la hauteur de l’événement et ce malgré les contingences sanitaires (une interruption due à la pandémie de COVID-19, comme c’est étonnant…) pas spécialement arrangeante quand on sait la somme impressionnante de travail et de personnels nécessaires pour un tel film, sans parler de la post-production.
Pour la reconstitution de la période concernée, les teintes utilisées (plutôt sombres) sont en parfaite adéquation : on y retrouve une atmosphère sordide de pauvreté, de bas-fond et de cauchemar que l’on associe naturellement à cette période de crise économique sur la fin. En effet, la crise de 1929 s’achèvera véritablement avec l’entrée en guerre : rien de tel qu’une bonne guerre pour relancer l’économie ! Hum. Passons.
Quant au dernier plan, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à celui de City Lights, le rire de Stanton Carlisle évoquant pour moi le sourire du vagabond, rempli du même désespoir de quelqu’un qui sait que, de toute façon, une fin heureuse n’est pas possible.
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