Roberto La Rocca (Jean-Paul Belmondo) vient d’arriver à Marseille. Malgré son allure de jeune homme, c’est un dur : il a la gâchette facile, mais surtout rapide comme l’a constaté à ses dépens le caïd du lieu, Villanova (Nico). Bien qu’il reprenne les affaires de ce dernier, il n’est venu à Marseille qu’avec une seule intention : faire sortir son ami Xavier Adé (Pierre Vaneck) de prison.
Mais la présence de déserteurs américains qui tentent de monter une entreprise de racket, dans cette France d’après-guerre va compliquer les choses : La Rocca se retrouve à son tour incarcéré. Pour sortir, trois solutions :
- Attendre la fin de la peine ;
- S’évader ;
- Participer au déminage de la côte en vue d’une remise de peine.
C’est la troisième option que choisiront La Rocca et Adé.
Jean Becker (le fils de Jacques) signe ici son premier long métrage et il met un certain nombre d’atouts de son côté. Le premier, c’est la révélation de la nouvelle vague : Jean-Paul Belmondo. Le second, c’est un écrivain/ dialoguiste qui monte (sa troisième participation directe à un film) et qui passera plus tard derrière la caméra, José Giovanni.
Alors comme Giovanni est là, on peut s’attendre à une intrigue virile où ces hommes sont des gangsters, mais avec de l’honneur. Et ce nommé « La Rocca » est tout cela à la fois, interprété par un Belmondo qui le rend d’emblée sympathique.
Et comme c’est Jean Becker, nous sommes bien loin de l’incontournable Paris des truands. Mais rassurez-vous, ces derniers n’ont rien à leur envier, les pratiques criminelles étant toujours les mêmes : celui qui l’emporte est celui qui défouraille le mieux !
Et comme nous sommes avant 1968, la morale l’emporte : les truands n’en sortiront pas indemnes, physiquement comme moralement.
Outre l’aspect autobiographique – José Giovanni a vécu cette période (1) – c’est la distribution qui attire notre attention, et surtout ceux qui entourent Belmondo et Vaneck : on y reconnaît de nombreuses têtes qui vont émailler le cinéma français dans les trois décennies suivantes, à des degrés différents d’apparition, dont l’éternel Dominique Zardi, ici avec des cheveux !
Mais malgré tout, le film reste mineur. Et c’est très certainement dû à cette intrigue inspirée du roman (2) de Giovanni : trop de péripéties et personnages hauts en couleurs. Becker essaie de montrer un maximum de choses mais du fait du format (1 h 41), il ne va pas jusqu’au bout des différents épisodes ni ne donne assez d’épaisseurs à ces marginaux qui auraient alors pu se révéler pas si mauvais que ça.
Et cela nous laisse un goût d’inachevé jusque dans le plan final : il manque un épilogue à cette histoire malheureuse.
Par contre, Becker réussit pleinement la séquence du déminage, alternant (les plans d’ensemble et les très gros plans sur les visages angoissés de cette singulière « chair à canon » que sont ces démineurs occasionnels. La peur et la tension sont palpables, accentuées par les inévitables explosions.
Giovanni lui-même ne sera pas satisfait du résultat, réalisant à son tour sa propre adaptation de son roman : La Scoumoune (1972). Il s’entourera en particulier du même Belmondo et de celui qui interprète ici le chef des gangsters Américains, Michel Constantin.
Vous vous en doutez : ceci est (presque) une autre histoire…
- Il fut emprisonné et même condamné à mort, parce qu’il était lui-même un de ces truands dont il parle.
- L’Excommunié (1958)
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