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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Animation, #Andrew Adamson, #Vicky Jenson
Shrek (Andrew Adamson & Vicky Jenson, 2001)

 

Shrek (voix de Mike « Austin Powers » Myers) vit tranquille dans son marais éloigné de toute civilisation. Jusqu’au jour où Lord Farquaad (John Lithgow) décide de chasser tous les personnages merveilleux de son domaine : ils trouvent alors refuge dans celui de Shrek, qui ne l’entend pas de cette oreille (ridicule). Ce dernier s’en va trouver Farquaad qui lui propose de vider son marais s’il lui rapporte la princesse Fiona (voix de Cameron Diaz) pour l’épouser (et devenir roi par la même occasion).

Shrek accepte, et c’est flanqué d’un compagnon improbable – Donkey (voix d’Eddie Murphy) un âne qui parle (1) – qu’il s’en va affronter les périls et surtout le dragon qui garde la princesse dans la plus haute tour de son château.

 

Un vent frais (1) souffle sur le dessin animé alors que commence le vingt et unième siècle. Après une soixantaine d’années d’hégémonie disneyenne, le cinéma découvre qu’on peut aussi adapter les contes de fées d’une autre façon. Shrek se situe à mi-chemin entre le dessin animé pour enfant et celui pour adulte : c’est là sa véritable force.

En effet, le film de film d’Andrew Adamson & Vicky Jenson (une réalisation paritaire…) se regarde avec beaucoup de plaisir, s’amusant avec les contes traditionnels (et les passant à la moulinette) et surtout en donnant la part belle à celui qui est toujours considéré comme l’un des plus grands méchants du genre : l’ogre.

Rappelez-vous : la première fois qu’on a entendu parler d’un ogre, c’est avec Le petit Poucet. Et en une histoire, il réussit à se faire une réputation de mangeur d’enfants et comme si ce n’était pas assez, il tue ses petites filles en croyant s’occuper de Poucet et ses frères. Bref, un personnage d’une haute malfaisance.

 

Quant à Shrek, s’il n’a pas la beauté, il a tout de la Bête de Madame de Beaumont : certes, il n’en a pas les manières mais il en a le cœur, comme il l’explique à son compagnon d’infortune. Et d’une manière générale, le film, sous des dehors pas toujours très reluisants (ça rote, ça pète…) est aussi un plaidoyer pour la différence : Shrek est affreux, mais on ne peut qu’apprécier sa compagnie. C’est le cas de Donkey, mais c’est surtout parce qu’il est seul, et aussi de Fiona qui découvre progressivement qui est ce curieux personnage à la fois repoussant et attirant.

 

Mais le film fonctionne aussi parce que le méchant est réussi : Farquaad a tout contre lui. Premièrement, c’est un nabot au visage un tantinet trop carré et dont le menton porte les reflets ombrés d’une personne qui ne se rase pas tous les jours, mais surtout dont les desseins sont tout sauf honorables : s’il veut épouser Fiona, c’est pour devenir roi, sans quelque sous-entendu amoureux que ce soit. Mais surtout, il ajoute à son immense ambition une lâcheté qui l’empêche d’aller lui-même chercher la princesse. Bref, un personnage hautement antipathique, comme on les aime détester.

 

Bien entendu, la structure reste celle du conte et si tout se termine bien, en faisant bien attention, on remarque que quand le livre de l’intrigue se referme, on n’y lit pas le célèbre « they lived happily ever after » (4) qui conclut habituellement les histoire des frères Grimm et autre Perrault : je vous laisse trouver le mot de substitution…

Bref, on s’amuse, pas toujours finement, mais Adamson et Jenson ont réussi leur pari : rendre plus humains ces personnages féériques (ou maléfiques).

Après, on peut (largement) préférer le dessin d’autres studios (Pixar, par exemple), mais il n’empêche : on s’amuse beaucoup des pérégrinations de ce gentil monstre vert, et les musiques utilisées sont bien éloignées de celles qu’on aurait pu attendre (chez Disney, par exemple). D’ailleurs, la seule fois où la princesse se conduit comme une de ses consoeurs disneyennes, le résultat est fort peu réjouissant. Encore que… C’est une question de point de vue.

 

Oui, c’est vraiment une question de point de vue, et d’ailleurs quand le film est sorti, deux camps se sont dressés (sans s’affronter, heureusement) : ceux qui adoraient et ceux qui détestaient.

Vous avez deviné dans quel camp je me suis retrouvé…

 

  1. « donkey » signifie « âne ».
  2. Peut on parler de vent frais quand on parle de ceux de Shrek ?
  3. Je n’ai rien contre les nains personnes de petite taille, rassurez-vous…
  4. « Ils vécurent heureux longtemps. »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Josef von Sternberg, #Howard Hughes, #Nicholas Ray
Le Paradis des mauvais garçons (Macao - Josef von Sternberg, 1952)

Macao, enclave portugaise de l’Extrême-Orient.

Outre le jeu, le trafic est omniprésent, amenant toute sorte de personnes (d’où le titre français). Et bien sûr les policiers qui veulent limiter toutes ces exactions. L’un d’entre eux est d’ailleurs tué, et on en envoie alors un autre. Mais celui-ci est immédiatement repéré à son arrivée : Nick Cochran (Robert Mitchum), qui a toutes les allures d’un dur.

Halloran (Brad Dexter), qui a fait tuer le policier précédent va tout mettre en œuvre pour le maîtriser, à défaut de l’éliminer définitivement.

Sauf que ce n’est pas lui le policier…

 

On a connu Josef von Sternberg plus inspiré. Il faut dire – à sa décharge – qu’il n’est pas à l’origine de ce film (loin de là) : c’est Howard Hughes qui produit et donc installe ses gens : Jane Russell (Julie Benton) et Robert Mitchum. Pis que cela : il va carrément remplacer Sternberg par Nicholas Ray. Si cela n’a pas influé sur le devenir du film (un échec), cela a au moins permis à l’équipe de respirer un peu mieux : Sternberg n’était pas un réalisateur très facile de prime abord, alors quand en plus on lui dit ce qu’il doit faire…

Pourtant, il y avait de quoi faire quelque chose.

 

Si la séquence d’introduction – le meurtre du policier – nous appâte, il va tout de même falloir attendre un bon moment avant que l’action – indispensable dans une histoire de trafic – s’invite et que le film s’emballe : le reste du temps, ce sont essentiellement des dialogues plus ou moins inspirés, avec tout de même quelques plans qui nous rappellent que Sternberg était aux commandes. Mais cela ne suffit pas.

Si Jane Russell est toujours aussi belle, son personnage n’a pas grande épaisseur et on se dit que si elle n’avait pas été là, il n’y aurait pas eu beaucoup de changement dans l’intrigue (1) : elle chante avec une belle voix chaude, et presque 10 ans après Le Banni, elle n’a rien perdu de son sex-appeal. Mais cela ne suffit pas. Et on peut trouver l’explication de ce rôle un tantinet diaphane dans l’opposition de Sternberg à son encontre : « qu’allons-nous faire de cette ravissante idiote ? » (2) lui aurait-il même dit…

 

Au final : un réalisateur obligé de tourner un film qu’il ne maîtrise pas avec des acteurs qu’il ne sent pas (pour cette même raison) ; un tournage chaotique du fait de cette absence de maîtrise sur le sujet (il n’a pas participé au scénario comme il en avait l’habitude) ; un remplacement (presque) de dernière minute pour finir le film ; une palanquée d’écrivains pour élaborer un scénario pas toujours convainquant… (Je vais en rester là…)

Alors évidemment, le film fut un four, et encore une fois, cela est bien dommage parce que la rencontre Mitchum/Russell avait un potentiel intéressant.

Même Brad Dexter – impeccable dans le rôle du méchant – ne réussit pas à tirer son épingle du jeu : lui aussi souffre de la minceur de son personnage qui aurait pu avoir un aspect beaucoup plus inquiétant et surtout dangereux.

Mais non. Dommage.

 

PS : même si j’apprécie Vladimir Sokoloff (Kwan Sum Tang, le mendiant aveugle), je pense tout de même qu’on aurait pu engager un véritable acteur d’origine asiatique pour interpréter son rôle. Ce n’était pas ça qui manquait à Hollywood… Cela aurait en plus évité un maquillage un brin outrancier (tout le monde n’est pas Lon Chaney…). 

 

  1. On n’aurait pas la même réplique finale…
  2. “What are we going to do with this beautiful stupid girl?”

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Pierre Schoeller, #Michel Blanc
L'Exercice de l'Etat (Pierre Schoeller, 2011)

Une organisation secrète qui semble sortie tout droit des Cigares du Pharaon, avec cagoules sombres sur la tête. Une femme nue qui prend des poses lascives avant de s’engouffrer dans la gueule d’un crocodile… Mais ce n’est qu’un rêve, celui de Bertrand Saint-Jean (Olivier « Cyrano » Gourmet), ministre des transports dans un gouvernement de droite (1), mais encore attaché à l’idée de service public.

Saint-Jean est appelé de nuit : un autocar a versé dans le ravin et on déplore de (trop) nombreuses victimes, dont des adolescents. Saint-Jean est en première ligne. Puis, c’est le problème de la privatisation des gares SNCF qui va le préoccuper, avant de partir dans un autre ministère continuer à servir l’Etat.

 

« Une plongée palpitante dans les arcanes du pouvoir ».

Jamais accroche n’aura été aussi mensongère. Si la séquence d’ouverture (ce rêve érotique) est prometteuse et que l’accident initial annonce les palpitations promises, tout retombe rapidement à plat. Et ce film « politique » n’a jamais aussi bien porté cette appellation. Tout n’est que politique, mais d’arrière-cuisine, l où on met les mains dans le cambouis. Alors oui, c’est bien fait, mais on aura la même satisfaction avec un reportage d’Elise Lucet, et surtout, il n’y aura pas besoin de chercher loin le réalisme.


EN clair : nous sommes à des années-lumière du film politique tel qu’on le concevait dans les années 1960-70, dénonçant quelque scandale ou/et affaire du même acabit. Ici rien que ce qui est annoncé : dans le titre : l’exercice de l’Etat. On voit des hommes effectuer leur travail à différents niveaux de pouvoir, dirigeant un pays en crise.

Certes, les différents interprètes sont impeccables, et en particulier Olivier Gourmet et Michel Blanc (le dircab), cela ne dissimule pas l’indigence du scénario : à part le rêve initial et les deux accidents, il ne se passe pas grand-chose, cinématographiquement parlant.

 

Et au vu des critiques élogieuses de l’époque, je me rends compte du décalage qu’il existe entre un film politique français et un autre américain (par exemple) : d’un côté (de l’Atlantique) on dénonce quelque scandale, de l’autre, on fait un film purement politique : on y voit des hommes politiques qui font de la politique, avec quelques éléments pour (essayer de) pimenter l’intrigue (accidents), mais aucune résolution : un schéma narratif simpliste et rebutant pour ceux qui ne s’intéressent pas à la chose publique (2).

 

Et tout ça pour montrer quoi ? Rien d’autre que ce qu’on trouve tous les mercredis matin dans (l’indispensable) Le Canard enchaîné.

 

Alors de là à en faire un film…

PS : Oui, la photo qui annonce cet article est un leurre. Mais ce n'est pas moi qui ai commencé !

  1. Nous sommes au temps du sarkozysme.
  2. Au vu des derniers résultats de l’abstention, ce film ferait un four monumental s’il sortait aujourd’hui.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Thriller, #M. Night Shyamalan
Old (M. Night Shyamalan, 2021)

Quelle chance quand même !

Les Cappa vont passer des vacances de rêve : Prisca (Vicky Krieps) leur a trouvé un séjour dans un lieu idéal en bord de mer (1), où on prend soin continuellement des vacanciers. Et comme cette famille a tapé dans l’œil du directeur du lieu (Gustaf Hammarsten), ce dernier leur propose une excursion dans un endroit encore plus merveilleux.

C’est vrai que cet endroit reculé est magnifique. Mais comme toujours dans ces cas-là, c’est trop beau pour être vrai. Le rêve tourne alors au cauchemar : dans ce lieu paradisiaque, le temps s’écoule plus vite.

Beaucoup plus vite…

 

Si l’intrigue – tirée d’une BD – est intéressante, on peut émettre quelques réserves quant à son traitement. Si Shyamalan signe ici un film bien léché techniquement, on peut relever certaines incohérences autant visuelles que scénaristiques : à part les enfants qui deviennent adultes, les autres personnages ne vieillissent pas beaucoup physiquement (2). Et ce malgré des déficiences tout aussi physiques liées à la progression de leur âge : myopie pour le père Cappa (Gael Garcia Bernal) ou surdité partielle pour la mère. Pour le reste, on cherche désespérément des rides inévitables qui si elles arrivent sont tout de même bien légères. A se demander si ils n’ont pas emmené avec eux une cargaison de produit anti-âge !

Même les cheveux qui devraient tout de même un tantinet blanchir gardent leur couleur originale, et ce sans ajout de quelque teinture… (3)

 

Et puis il y a le cas de Mid-Size Sedan (Aaron Pierre). La seule affection qu’on lui connaît, c’est un saignement de nez presque constant (4). Par contre, on se demande pourquoi il est là. En effet, le film s’ouvre avec un couple sur une plage : la jeune femme (Alejandra Useche ?) se déshabille et va se baigner. Puis, nous entrons dans le vif du sujet avec l’arrivée des Cappa à leur lieu de villégiature. Sachant que les nouveaux venus ne vont aller sur la plage maudite que le lendemain, et que les enfants Cappa, à la fin du film ont pris quasiment 50 ans en moins d’une journée, comment le rappeur peut-il être aussi fringant (et absolument pas marqué par l’âge malgré tout) après une journée passée sur place avant l’arrivée des autres ? (5)

 

Alors oui, c’est beau et certains plans sont très pertinents, mais cela ne suffit pas à faire un grand film. Et le problème avec les approximations voire les incohérences (voir plus haut), c’est qu’une fois qu’on les a vues (perçues ?), on ne peut plus s’en défaire et elles nous inclinent à décrocher du film lui-même : on n’y croit plus.

Dommage.

 

PS : Quant à la résolution finale de l’intrigue, je vous laisse seuls juges. Pour ma part, je ne suis pas vraiment convaincu. J’aurais préféré une ouverture vers autre chose, voire une sorte de basculement…

 

  1. Avec piscine aussi…
  2. L’affiche du film prend alors une allure trompeuse.
  3. Qui apporte de la teinture pour cheveux dans une excursion à la journée ?
  4. Mais qui ne le tuera pas.
  5. Et quel est l’âge du capitaine ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Henri Verneuil
Le Casse (Henri Verneuil, 1971)

Le casse, c’est celui de la villa de Tasco (Jose Luis de Vilallonga). Quatre individus pénètrent (sans effraction), ouvrent le coffre et repartent avec un attaché-case rempli d’émeraudes.

Ensuite, il suffit de prendre le bateau qui attend au port (Le Pirée) et le tour est joué. Seulement voilà, le bateau connaît des avaries et notre quatuor se retrouve bloqué à Athènes, avec un policier opiniâtre (Omar Sharif) à ses trousses.

Azad (Jean-Paul Belmondo) doit donc temporiser. Et aussi prendre des risques. Mais à aucun prix, il n’est question de céder le butin à ce policier ambigu qui se retrouve gagnant quoi qu’il arrive : soit il récupère les diamants pour lui, soit il met la main sur le voleur. Il est moins riche, mais il en ressort grandi.

Bien entendu, c’est le voleur qui l’emporte et l’infâme policier – un tantinet corrompu, comme ça on n’a pas de remords de le voir perdre la partie – est le vaincu, seule hypothèse qu’il n’avait pas envisagée.

Entre le casse à proprement parler et la fin heureuse, des péripéties belmondiennes qui augurent d’une décennie riche en rebondissements cinématographiques pour l’acteur qui abandonne définitivement le cinéma d’auteur pour entrer dans une période commerciale, avec ses bons et ses mauvais côtés…

 

Il y a chez Verneuil une fascination pour le cinéma américain, et en particulier les gangsters de tout poil, comme on a pu le voir précédemment dans le très beau Mélodie en Sous-sol. Mais ici, si certains codes sont encore en vigueur, il s’agit avant tout de mettre Belmondo en vedette, entouré de quelques noms prestigieux (Omar Sharif n’est pas le premier venu !) et des séquences toujours plus spectaculaires effectuées plus ou moins totalement par la vedette. On notera deux grands moments de bravoure : une poursuite en voiture dans les rues d’Athènes avec descente d’escaliers comprise, et une autre où Bébel se retrouve accroché à un trolley en mouvement avant de se hisser sur un bus tout aussi mobile.

Bref, c’est spectaculaire et on en a pour son argent.

 

Encore que. Si la poursuite en voiture est impressionnante, elle ne l’est certainement pas autant que celle de « Popeye » Doyle dans The French Connection qui sort trois semaines plus tôt (aux Etats-Unis, et trois mois plus tard en France), et elle est surtout un brin longuette (1), n’amenant pas vraiment de coup d’éclat : elle se termine par un contrôle de routine plutôt badin. On a connu Rémi Julienne plus en forme.

Et d’une manière générale, le film manque d’envergure. Les rares moments de tension sont perdus dans certaines séquences pas franchement utiles : on notera l’aspect racoleur de la boîte de strip-tease (2) ou encore la bagarre – inutile – avec le play-boy qui courtise Hélène (Nicole Calfan), la petite amie d’Azad.

 

Et ce manque d’envergure ne résiste pas au temps, chaque scène devenant de plus en plus marquée à mesure que les années s’enchaînent. Outre les coiffures et les voitures, c’est la technologie qui souffre : la mallette sophistiquée qui permet – magnifiquement – d’ouvrir le coffre-fort nous paraît aujourd’hui bien obsolète. Alors que l’année passée, Melville réussissait un autre casse autrement plus impressionnant (Le Cercle rouge) sans pour autant le faire souffrir des outrages du temps : le coup de feu d’Yves Montand pour neutraliser le système d’alarme est tout aussi efficace et peut-être même plus spectaculaire.

 

Alors que retenir ? Un Belmondo en pleine forme qui s’apprête à conquérir la décennie et va s’enfoncer progressivement dans des films toujours plus spectaculaires mais – contrepartie oblige – avec des personnages de moins en moins épais.

Des navets, quoi (3)…

 

  1. Sans parler des raccords qui ne dissimulent pas l’usage de plusieurs véhicules…
  2. Le cinéma pornographique débarquait en France mais Verneuil joue plus sur la suggestion, aidé par les mimiques de son acteur vedette.
  3. Pas tous, certes, mais je pourrai en citer quelques uns !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Gangsters, #Pablo Trapero
El Clan (Pablo  Trapero, 2015)

Argentine, 1985.

Voilà près de deux ans que le pays est redevenu une démocratie quand la police déboule dans la maison des Puccio, à la recherche d’une femme (âgée) enlevée. Le fils, Alejandro (Peter Lanzani) est arrêté, ainsi que ses sœurs et sa mère. Alejandro, c’est une star en Argentine : joueur de rugby doué, il fait partie de la sélection nationale (les Pumas), et est célébré à chaque apparition publique.

Seulement voilà : son père, c’est Arquímedes Puccio (Guillermo Francella), qui fut membre des services de renseignements de la junte, et accessoirement un truand de grande envergure, couvert par cette même junte. Et Alejandro a longtemps participé aux exactions de son père. Et l’enlèvement de la vieille femme, c’est celui de trop : le pays a changé et Arquímedes n’a pas voulu le croire.
Lui qui a toujours tout fait pour sa famille va donc achever son œuvre en la détruisant complètement.

 

Nous sommes trente ans après les faits (1), et Pablo Trapero nous livre ici un tableau sans concession des dernières années de la junte de Galtieri & consorts, à travers un personnage redoutable : Arquímedes Puccio. Sous couvert d’activités gouvernementales, il n’est rien d’autre qu’un parrain qu’on qualifierait de mafieux s’il était sicilien, se conduisant peu différemment de Don Corleone : seule sa participation effective lors de chaque enlèvement n’en fait pas seulement un PDG du crime organisé. Mais c’est d’ailleurs cette participation active qui amènera sa perte, puisqu’il sera (facilement) identifié par les services de police du nouveau gouvernement.

 

Mais cette police pose tout de même question : à l’instar du vieux gangster, il semble que beaucoup de personnes sont restées aux mêmes postes lors de la transition démocratique. Le « commodore » (Miguel Ángel Lembo) qui a couvert si longtemps les exactions est toujours là, même si son influence a beaucoup diminué. Et l’entrevue d’Arquímedes avec un autre profiteur/criminel de la junte qui a été arrêté montre bien l’état d’esprit de ces profiteurs : ils sont convaincus que ce n’est qu’une passade et que tout redeviendra comme avant (c'est-à-dire une nouvelle junte). Trente ans plus tard, on ne peut que se réjouir qu’ils avaient tort.

 

On ne peut que louer le travail de Pablo Trapero qui revient sur une période (très) sombre de l’histoire de son pays. Et c’est un film qui lui a tenu à cœur : outre la réalisation et la production, il a participé au scénario et au montage. Et le résultat est là : le public argentin ne s’y est pas trompé et lui a fait un triomphe. Mérité de mon point de vue. Outre la description de ce criminel faussement politique – malgré ses appuis haut placés, Puccio n’est rien d’autre qu’une crapule – c’est aussi la réalité de ce pays prisonnier d’un système répressif où les enlèvements étaient monnaie courante : pour des raisons politiques au début (opposants), puis pour des raisons financières ensuite (quand il n’y a plus d’opposition, on cherche une nouvelle cible).

Et le système bien huilé de Puccio en est l’illustration parfaite : la Guerre des Malouines est l’événement qui fait basculer Puccio dans ce qu’on appelle le banditisme. Mais s’il se met à son compte, il utilise une technique bien rôdée et qui a fait ses preuves : celle qu’il a mise au point pendant les premières années de la junte. Et les alibis politiques qu’il donne aux familles de ses victimes passent d’autant plus facilement qu’ils sont certainement identiques à ceux qu’il utilisait quand il était partie prenante du système.

 

Si Trapero conduit son film de main de maître, il s’appuie sur une distribution solide, et en particulier sur le jeu de Guillermo Francella, acteur plutôt spécialisé dans la comédie. Son regard clair et froid donne plus de poids à son personnage : à chacun des plans rapprochés on ne voit que ses yeux qui lui donnent un aspect encore plus inquiétant. Et à ses côtés, Peter Lanzani interprète lui aussi avec beaucoup de justesse son fils, un être complètement construit par son père, tiraillé entre son rester de morale et son amour filial. Parce que la place de la famille reste centrale dans cette histoire, et c’est certainement ce qui a amené Pedro Almodovar (et son frère Agustín) à la production du film.

Les exactions du père sont connues de tous et créent une tension qui augmente avec le temps. Deux solutions sont offertes aux différents membres : collaborer (activement en participant ou passivement en se taisant) ou fuir. C’est ce deuxième choix que vont faire le benjamin Guillermo (Franco Masini) et le fils cadet Maguila (Gastón Cocchiarale). Si le premier réussit à s’en sortir, le second cède et revient dans le giron familial, avec ce que cela implique.

 

  1. Cette histoire terrible est malheureusement vraie.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Baz Luhrman, #Tom Hanks
Elvis (Baz Luhrmann, 2022)

Epoustouflant.

A nouveau, les Américains nous démontrent qu’ils ont toujours l’un des meilleurs cinémas du monde. Et pour cela, ils nous gratifient d’un nouveau biopic de toute beauté, reprenant – encore une fois – la vie de l’un des artistes les plus emblématiques, le King soi-même, Elvis Presley (Austin Butler).

Nous sommes en 1997 quand commence le film, et le « colonel » Tom Parker (Tom Hanks) est à Las Vegas, pour les derniers instants de sa vie. Va s’ensuivre la vie d’Elvis, raconté par ce personnage trouble mais d’une certaine façon génial, celui qui fut son agent même après sa mort.

Ce sont donc une vingtaine d’années qui nous sont présentées, de l’éclosion du phénomène jusqu’à l’issue fatale annoncée, et surtout les rapports entre les deux hommes qui vont évoluer d’une symbiose prometteuse à une décadence annoncée elle aussi.

 

Bien sûr, on trouve une portée didactique dans l’intrigue, mais ce n’est certainement pas là que se situe le véritable intérêt du film. Et malgré la narration de Parker, c’est toujours le King le centre de l’attention. Et Austin Butler est incroyable.

Evidemment, il ne ressemble pas physiquement à Elvis (1), mais son allure, sa voix et surtout son déhanché ne trompent personne : il est Elvis. Parce que c’est là le talent de ce jeune acteur : réussir à être son personnage sans lui ressembler (2).

Les différentes prestations en concert d’Elvis sont alors de fabuleux moments où on retrouve l’époque qui a vu les grandes étapes de sa vie : sa découverte, son retour (en 1969) et Las Vegas, dernier lieu de représentation de la Légende. Et à chaque fois, c’est formidable. Ca fonctionne parfaitement : on s’y croirait, comme on dit ! Les premières prestations sont surtout l’occasion d’une belle reconstitution. Des décors/costumes/ coiffures, bien sûr, mais ça, c’est inévitable, mais aussi des mentalités, accentuées par les commentaires de Parker (« on ne sait pas si on a le droit d’aimer ») : toutes les femmes sont subjuguées par le déhanchement – lascif – du chanteur. Cette séquence eut nous paraître quelconque, près de 70 ans après, mais il faut absolument se replacer dans le contexte. Nous sommes en plein cœur des années 1950 dans le Sud des Etats-Unis, une région au moins aussi prude, voire pudibonde que le reste du pays. Les références sexuelles sont taboues quand elles ne désignent pas une certaine partie de la population : les Noirs. N’oublions pas que la ségrégation est encore de rigueur et de façon assez autoritaire. Et pour la population blanche (qui dirige), les gesticulations lascives du jeune homme sont une atteinte aux bonnes mœurs, ravalées au rang bestial et même pire : noir. Pire insulte de la part de gens qui sont extrêmement racistes comme le montrent les interventions d’un sénateur à un meeting en même temps que le concert de charité que donnait le « nouvel Elvis ».

Et la ségrégation va émailler le film, avec les différentes rencontres musicales d’Elvis – B.B. King (Kelvin Harrison Jr.), Little Richard (Alton Mason), Mahalia Jackson (Cle Morgan)… – ainsi que des événements tragiques qui n’en sont pas étranger – assassinats de Martin Luther King et Robert Kennedy – ramenant Elvis à son enfance dans les quartiers proches du ghetto noir de Memphis.

 

Encore une fois, Tom Hanks est magnifique dans ce rôle ambigu d’homme d’affaires « charitable » (3) qui n’était rien d’autre qu’un escroc. Génial peut-être, mais escroc avant tout. Comme le disait Hitchcock, pour qu’un film soit réussi, il faut (mais ne suffit pas) que le méchant soit réussi : c’est chose faite ici. Parker a un aspect salaud (quand Elvis a une attaque en 1973) qui ne dénature absolument pas son personnage. Bien entendu, les autres interprètes (très justes) sont un tantinet éclipsés par ce duo vedette, n’étant rappelés que par leur aspect anecdotique. N’empêche : Alton Mason est  vraiment impressionnant quand il interprète Tutti Frutti.

 

Autre élément important du film : sa construction. Baz Luhrmann démontre tout son savoir faire. Outre la réalisation, il participe au scénario et il participe à la production (on n’est jamais mieux servi que par soi-même). Sa construction du film – grandement aidée par le montage éclairé de Matt Villa et Jonathan Redmond – est très pertinente, que ce soit dans la narration de Parker – l’errance du vieil homme malade dans un casino désert – ou le mélange des images d’archives et tournées.

Parker erre, malade, poussant son goutte-à-goutte de morphine et nous raconte sa vérité : on dit que quand on meurt, toute sa vie défile devant ses yeux. Et c’est ce qu’il se passe ici : Parker est en train de mourir et tout lui revient, presque dans l’ordre, avec certaines incursions dans le passé (Elvis enfant dans la chapelle improvisée reviendra souvent). Quant aux images d’archives, les reconstitutions sont parfois bluffantes, surtout quand la dernière séquence nous montre le « vrai » King.

Et l’apothéose de ce mélange, c’est bien entendu la dernière chanson qui nous est proposée, lors de son dernier concert, Unchained Melody. C’est Austin Butler qui la commence, bouffi par les années de boulimie (encore un maquillage réussi), mais à un moment tout bascule, et c’est Elvis lui-même qui la termine, avec, même s’il est assis (il ne peut plus tenir debout), la même énergie que par le passé.

 

Un film phénoménal. Autant que le personnage dont il est question.

 

PS : Un petit bémol malgré tout, alors que le générique de fin se déroule, la voix d’Elvis (le vrai) entonne In the Ghetto (merveilleuse chanson !)… Et on se dit que ce (long) générique va être agréable à regarder. Et puis patatras, c’est une espèce de meddley elvissien à la sauce actuelle qui lui succède. Je veux bien (feindre de) croire que cela illustre l’un des derniers intertitres à propos de son influence, mais là, je ne peux pas. Je suis sorti.

 

  1. Le film n’est pas un concours de sosies
  2. On trouvera le même cas de figure dans le téléfilm Hitler: the Rise of Evil (Robert Duguay, 2003) où Robert Carlisle interprétera cet ignoble personnage avec, comme Austin Butler, beaucoup de brio.
  3. « Charité bien ordonnée commence par soi-même ».

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Frank Capra
Milliardaire pour un Jour (Pocketful of Miracles - Frank Capra, 1961)

Comment faire du neuf avec du vieux (et je ne parle pas de l’âge de Bette Davis) ? Vous prenez un film qui a bien réussi. Vous embauchez quelques valeurs sûres. Vous le tournez en couleurs et le tour est joué.

Enfin ce résumé est un tantinet sommaire : nous parlons ici de l’immense Frank Capra qui tire sa révérence au grand écran.

 

Nous sommes donc toujours pendant la grande Dépression (on assiste d’ailleurs à l’abolition du Volestead Act qui interdisait l’alcool), toujours à New York où Apple Annie (Bette Davis, donc) vend ses pommes à la sauvette, et en particulier à Dave the Dude (Glenn Ford) qui leur voit un signe de bonne fortune. Louise (Ann Margaret) doit toujours venir la visiter avant son mariage avec dom Carlos (Peter Mann), fils du comte Romero (Arthur O’Connell). Il est toujours aidé par Queenie Martin (Hope Lange) et son homme de main Joy Boy (Peter Falk) et le miracle annoncé dans le titre original a toujours lieu.

 

Mais quel est donc l’intérêt de refaire le même film ? Justement, c’est de ne pas le refaire. Et Capra réussit son pari, modifiant un élément essentiel par rapport au modèle : le point de vue. Alors que le film de 1933 se concentrait sur Apple Annie, ici, c’est Dave the Dude qui est le centre de l’intrigue. Capra et ses complices (Hal Kanter & Harry Tugend) vont étoffer ce personnage trouble, truand sans arme mais tout aussi efficace que les autres. Avec ce resserrement sur Dave est créé un passé avec Queenie qui se trouve ici être la fille d’un ancien collaborateur et créancier du Dude. C’est même lui qui va l’embaucher pour qu’elle règle les dettes de son père, et bien sûr plus puisque affinités…

 

Bien sûr, on retrouve le microcosme cher à Capra qui entoure ses personnages principaux : les mendiants autour d’Annie (parmi eux, on reconnaît Angelo Rossito : normal, c’est un film MGM) ainsi que ses voisins qui apprécient la musique qu’elle fait jouer à son vieux gramophone pendant qu’elle écrit à sa fille ; les truands et filles légères autour de Dave, pas plus évolués 28 ans plus tard !

Parmi eux, on remarque (comment ne pas faire autrement ?) surtout Peter Falk qui a repris le rôle de Happy (Ned Sparks) et dont le nom n’est toujours pas en accord avec son visage (1).

 

Et Capra va donc refaire son film, accentuant certains passages et en abandonnant d’autres : les explications finales du Dude aux autorités sont abrégées (2) ; la transformation d’Annie en grande dame voit l’équipe chargée du « ravalement » sortir absolument épuisée…

Et puis il y a Bette Davis (3). Et c’est peut-être là le maillon faible du film : c’était (et on le voit ici aussi) une actrice phénoménale, et sa prestation en Annie est presque trop bien pour être vraie. Alors que May Robson était une Apple Annie initiale tout à fait crédible dans sa misère comme dans sa splendeur passagère, Bette Davis reste, du début à la fin, Bette Davis.

Attention, je ne dis pas qu’elle joue mal, certainement pas. Mais elle n’a pas la prestance de May Robson, dont le physique se prêtait plus à ce rôle de grande dame occasionnelle.

 

Mais qu’importe, le film reste un bel adieu au cinéma (4), où le charme et le miracle fonctionnent toujours de la même façon. Capra sera resté jusqu’au bout l’un des plus grands cinéastes de comédie de Hollywood. Et soixante ans après, il l’est toujours.

 

  1. « Joy Boy » : le Garçon de la Joie
  2. On part du principe que le spectateur connaît l’issue de l’intrigue.
  3. Je l’adore !
  4. Capra se tournera vers la télévision, malgré un dernier projet avorté.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #James Bond, #Cary Joji Fukunaga
Mourir peut attendre (No Time to die - Cary Joji Fukunaga, 2021)

Dernier avatar de Daniel Craig en James Bond, il l’est dans l’intrigue et dans les faits (1) : on n’a plus de nouvelle depuis…

Si l’arrivée de Daniel Craig a redonné un nouvel élan à la série, on remarquera aussi que ce dernier opus ne laisse aucun doute quant à ses adieux définitifs. On y retrouve tous les personnages emblématiques : Moneypenny (Naomie Harris) M (Ralph Fiennes), Q (Ben Wishaw), Felix Leiter (Jeffrey Wright) et bien sûr l’infâme Blofeld (Christoph Waltz), archétype du méchant de la série.

 

Cette (dernière) fois-ci, Bond doit sauver le monde d’une arme implacable et terrifiante : un virus artificiel qui ne tue que le possesseur d’une ADN particulière… Mais si Blofeld est bien là, ce n’est pas lui qui le fait : il est interné. Par contre, il se retrouve lui-même cible de cette curieuse arme de destruction (très) massive. Le super méchant, ici, c’est Lyutsifer Safin (Rami « Freddie » Malek), dont les consonances de son prénom ne sont pas inopinées : c’est un personnage franchement diabolique.

Mais heureusement, Bond va une dernière fois sauver le monde, avant de disparaître. Oui, Bond disparaît à la fin, mais pour une raison très honorable, ou « comment quitter la scène avec élégance ».

 

Et Cary Joji Fukunaga réussit cette sortie de scène de l’agent secret le plus célèbre du monde avec beaucoup de brio. Il faut dire qu’il a coécrit le scénario ce qui aide beaucoup dans la réalisation d’un film. Bien sûr, on a droit aux éléments du cahier des charges (humour british, poursuites en voiture, jolies femmes et armes à feu) mais avec parfois quelques variantes comme la réplique attendue « My name is Bond, James Bond » : comme dans la première interprétation de Daniel Craig (Casino Royal), c’est cette réplique qui conclut le film, histoire de bien faire comprendre qu’il en a terminé avec le MI6. Et en plus, ce n’est pas lui qui la dit : normal, il est mort (1).

 

Mais ce dernier film est aussi la fin d’une série et Fukunaga s’en amuse, truffant ses images et autres répliques d’emprunts aux autres films. Bien sûr, son rapport avec Madeleine (Léa Seydoux) n’est pas sans rappeler celui qu’il entretint avec Tracy (Diana Rigg dans Her Majesty’s secret Service) : outre la chanson finale (par Louis Armstrong), la réplique « We have all the time in the world » est mentionnée deux fois.

Autre clin d’œil à la série :, Bond est dans un tunnel de forme arrondie quand il se tourne vers nous et abat un homme… Comme dans le générique d’introduction !

 

Bref, ce dernier opus (en attendant le suivant) est un véritable régal pour les amateurs de la série (dont je suis), et Daniel Craig, même s’il est lui aussi rattrapé par son âge comme ses aînés avant lui, réussit sa sortie du rôle, mentionnant lui-même qu’il n’est plus un jeune premier.

Et même si Bond meurt, 007 survit : c’est Lashana Lynch qui l’interprète et son personnage – Nomi – a récupéré son matricule. Comme le lui dit James : « c’est juste un numéro. »

 

PS : J’oubliais, on a droit à des représentations peintes des M qui ont marqué la série avant Mallory… Bref, il ne manque que Desmond Llewellyn (Q) et Lois Maxwell (Miss Moneypenny historique) ! 

 

  1. Curieusement, La toute dernière annonce du film nous indique que James Bond va revenir !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Richard Brooks
Graine de Violence (Blackboard Jungle - Richard Brooks, 1955)

« 1, 2, 3 o’clock, 4 o’clock, rock ! »

 

Un tableau noir (1) où s’écrivent les éléments du générique pendant que Bill Haley (et ses Comets) chante ce qui est devenu l’un des plus grands standards du rock’n’roll. La raison de cette chanson ? C’est bien connu (en 1955), le rock est « une musique de sauvages, prétexte à tous les débordements, et ceux qui écoutent cette musique – si on peut qualifier ces éructations de musique – sont des voyous en devenir, s’ils n’en sont pas déjà. »

Et les intertitres de présentation nous ont prévenus : ce que nous allons voir concerne la délinquance juvénile.

Richard Dadier (Glenn Ford) vient d’être embauché dans un lycée de New York (North Manual High School) situé dans un quartier pauvre. Les élèves n’y sont pas intéressés par ce qu’on y enseigne et certains d’entre eux trouvent plus d’intérêt à monter des petits coups, lucratifs mais surtout illégaux. Ces véritables voyous sont menés par Artie West (Vic Morrow), qui va harceler son professeur, allant jusqu’à user de violence à son encontre.

 

C’est un film sans concession que nous propose ici Richard Brooks, traitant avec justesse et réalisme un problème de société, à mon avis insoluble. Et Brooks n’a pas de solution à nous donner, ce n’est pas son affaire. Par contre, il réussit à nous dresser le portrait d’une jeunesse à la dérive, née avant la guerre, livrée à elle-même. Parce que les grands absents de ce film, ce sont les parents. Il n’est quasiment pas fait référence à eux et même on n’en voit aucun. Et les rares fois où Brooks va sortir de l’école, c’est pour nous montrer des exactions où la violence est omniprésente. Mais cette violence ne se contente pas d’occuper la rue : elle est entrée dans l’école et la séquence finale monte en intensité jusqu’au basculement irréversible : un couteau à cran d’arrêt que West sort dans la classe.

 

Irréversible parce que West ne peut plus simuler : il entre officiellement dans l’illégalité. C’est aussi le moment du choix pour ses autres « camarades » de classe : le suivre ou suivre le professeur. Bien sûr, le choix va être favorable au professeur  il n’est pas question de noircir le tableau – qui l’est déjà assez, dans tous les sens du terme – et il faut tout de même laisser un peu d’espoir aux spectateurs. Mais malgré tout, un élève comme West est un échec pour le système éducatif. Et l’horizon qui s’ouvre (!) à lui (après la fin du film) va comporter beaucoup de barreaux…

 

Graine de Violence se situe dans une année marquée par l’adolescence au cinéma : quand le film est présenté, c’est dix jours après A l’Est d’Eden, et La Fureur de vivre va bientôt arriver sur les écrans. Même en France, Delannoy nous gratifie d’un Chiens perdus sans Collier dans la même verve. Mais Brooks va encore plus loin dans le traitement de la violence, omniprésente tout au long du film. Dans les faits, bien sûr, mais aussi dans les mots : issus d’origines géographiques très différentes, les élèves n’hésitent pas à s’invectiver en usant de termes péjoratifs relatif à cette origine. Bien qu’américains, c’est avant tout cela qui les définit.

 

Et on retrouve là l’idée du creuset (melting-pot) qui est l’une des bases de ce pays : c’est de la diversité (ethnique, géographique…) que naît la richesse et tous ces personnages se rassemblent autour d’un même drapeau. Et ce drapeau n’est pas seulement un élément de décor. Outre l’aspect emblématique évoqué ci-dessus, c’est ici un accessoire hautement symbolique : c’est avec lui que Santini (Jamie Farr) va clore définitivement l’affrontement final, tel un chevalier s’élançant dans un tournoi, lance en avant.

 

Oui, il reste de l’espoir quand le film se termine, mais au final, la violence est toujours présente dans les écoles (pas dans toutes, fort heureusement), aux Etats-Unis et ailleurs. Et en plus, maintenant, des élèves ont des armes à feu qu’ils n’hésitent pas à utiliser contre ceux qui furent leurs camarades.

 

  1. Le titre original : la Jungle du tableau noir.

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