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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Alfred Lot, #Michel Blanc, #Comédie, #Gilles Lellouche
Une petite Zone de turbulences (Alfred Lot, 2009)

 

C’est Jean-Paul Muret (Michel Blanc) qui traverse cette « petite zone de turbulences ».

Il faut dire qu’il y a de quoi.

Alors qu’il est jeune retraité, il s’aperçoit qu’il a une tache rouge dans le dos. Après une visite rassurante chez le médecin, il commence à gamberger et s’invente un cancer.

Jusque là, rien que de très normal (pour lui).

Mais s’ajoute à cela que sa fille Cathy (Mélanie Doutey) va se marier avec Philippe Faure (Gilles Lellouche), un patron d’une boîte de surveillance surnommé bac -6 par son futur beau-frère Mathieu (Cyril Descours), lui-même homosexuel qui a un petit peu de mal à assumer.

Ajoutez à cela Anne Muret (Miou-Miou) qui a une aventure extraconjugale et vous obtenez une comédie un tantinet acide mais tout de même très généreuse.

 

Il faut dire que si Alfred Lot assure la réalisation, le scénario adapté du roman de Philippe Haddon (A Spot of matter), ainsi que les dialogues sont de Michel Blanc, alors on se sent en territoire connu. Et sur certains points, on retrouve dans Jean-Paul le côté hypocondriaque de Denis (Marche à l’Ombre), avec ses excès comiques, le statut de SDF en moins.

Mais surtout, on se rend compte rapidement que cette zone de turbulences concerne aussi les autres membres de sa famille : Cathy qui veut se marier n’est pas toujours bien claire avec Philippe ; Matthieu a du mal à assumer pleinement sa relation avec Olivier (Yannick Renier) ; et la personnalité de Philippe ne convient pas à tout le monde (sauf Cathy).

 

Cette petite zone tout compte fait, n’est pas si petite que ça puisqu’on atteint rapidement un sommet de turbulences qu’Alfred Lot va tranquillement faire redescendre pour arriver à la fin heureuse attendue.

Evidemment, c’est Jean-Paul qui est le centre de l’attention : il faut dire que ses idées fixes amènent des situations des plus extrêmes, amenant presque un bain de sang, son ablation personnelle de la hanche n’étant pas très concluante.
 

Car Jean-Paul est un personnage aux tendances dépressives, le titre devenant très vite lui aussi une litote.

Et l’affiche qui montre une brique sur le point de lui tomber sur la tête est une très bonne illustration de ce qu’il se passe. Mais cette brique ne reste pas longtemps en suspend, et surtout, elle va déclencher un mini cataclysme dans cette bonne famille bourgeoise des Yvelines (immatriculation de la voiture).

 

De plus, les situations trouvent de temps en temps un écho ultérieur : la phrase « sauf erreur grossière de ma part » qui amène une image qui elle-même se retrouvera un peu plus tard, accentuant le désespoir de Jean-Paul quant à sa santé. Une autre image se rappelle à son souvenir quand il est en train de remuer du ciment, mais je ne vous en dis pas plus.

 

Bref, c’est une accumulation de petits tracas à un moment déborde sur les autres et amène un point de rupture qui, heureusement n’est pas franchi.

Et c’est tout à fait normal : nous sommes dans une comédie. Pour que tout se termine bien, il faut que cela aille mal !

Alors on savoure cette histoire de rien du tout. On la savoure comme on le fait toujours avec les histoires de Michel Blanc : à partir de trois fois rien, il nous propose une intrigue solide avec des personnages légèrement outranciers (mais pourrait-il en être autrement ?), dans un schéma des plus classiques, servi par des interprètes qui s’amusent presque autant que les spectateurs. Alors on rit. On rit de cette histoire tout compte fait dérisoire, d’un homme qui est à un tournant de sa vie : la retraite.

 

Parce qu’en fin de compte, il n’a rien : tout juste un peu d’eczéma. Alors, un peu de cortisone et hop ! C’est passé…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #J. Lee Thompson, #Drame
Les Nerfs à vif (Cape Fear - J. Lee Thompson, 1962)

C’est un homme qui marche dans la ville. Il avance, malgré le trafic et pénètre dans le palais de justice pour y voir la fin d’une session. Ou plutôt un avocat dans cette session : Sam Bowden (Gregory Peck).

Cet homme au panama a été condamné à de la prison après le témoignage de Bowden. Cet homme a passé les huit dernières années de sa vie à ruminer sa vengeance. Et maintenant, il est prêt.

Il s’appelle Max Cady (Robert Mitchum).

 

Nous sommes sept ans après La Nuit du Chasseur et Robert Mitchum se retrouve à nouveau dans la peau d’un criminel des plus dangereux et surtout dérangé. Encore que. Max Cady est un homme violent avec les femmes, quel que soit leur âge. Et encore une fois, Mitchum est formidable.

On peut donc en conclure que Gregory Peck avait apprécié ce dernier dans le film de Laughton, puisque, en tant que directeur de la compagnie de production, il a fait de gros efforts pour l’avoir dans cette production.

Mais à nouveau, avoir Mitchum dans un tel rôle n’a pas beaucoup porté bonheur : le film fut un échec qui causa la fermeture de Melville Productions (1), la société de Peck.

 

C’est bien dommage que ce film fut un échec, parce qu’on y trouve une manière de filmer qui n’est pas sans rappeler celle d’Hitchcock, avec un suspense qui va grandissant jusqu’à l’affrontement final inévitable.

Outre des plans plutôt originaux pour Thompson, on retrouve la musique de Bernard Herrmann (Psycho, c’et deux ans plus tôt, et l’année suivante, ce sera The Birds), qui accentue la tension de plus en plus palpable.

 

Car si le titre original mentionne la rivière sur laquelle se passe la séquence finale, le titre français lui décrit clairement la situation dans laquelle se trouve la famille Bowden face à cet homme insaisissable et ô combien dangereux.

Et si les Bowden ont les nerfs à vif, les dernières vingt minutes permettent aux spectateurs d’expérimenter cette même sensation tant la séquence est incertaine, et surtout Cady malfaisant.

 

Car Cady va beaucoup plus loin dans la malfaisance. On assiste alors à des contacts entre Cady et ses deux victimes féminines – Peggy Bowden (Polly Bergen) et sa fille Nancy (Lori Martin) – qui ne sont pas des plus subtiles ni très recommandés par le code Hays qui était encore en vigueur. D’ailleurs, quelques minutes avaient été retirées par la censure, qui voyait Cady avoir une attitude ambiguë envers Nancy, la seule véritable victime du psychopathe.

 

De plus, le format noir et blanc ajoute de la tension, et les éclairages, tout comme les points de vue, apportent une plus forte de dose de menaces. Avec quelques fausses pistes pour nous tromper, la première se situant au tout début du film : Cady est habillé d’une tenue très claire alors que Bowden, lui, est toujours habillé en sombre. Le rapport manichéen semble inversé, mais rapidement, le spectateur se fait une idée claire de ce drôle de paroissien.

 

Ce film est aussi une occasion pour les spectateurs actuels de retrouver Telly Savalas (Charles Sievers, le détective privé) dans un de ses tout premiers rôles : non seulement il n’a pas un rôle de méchant et/ou de tordu comme ce sera le cas un peu plus tard (The dirty Dozen, On Her Majesty's Secret Service), mais en plus, il a encore ses cheveux. Et on se rend compte alors que s’il les a rasés plus tard, ce n’était pas uniquement pour se faire une image de marque tout comme Yul Brynner, mais aussi parce qu’il commençait déjà à bien se dégarnir…

 

Presque 30 ans plus tard, Martin Scorsese adaptera à nouveau  cette même histoire, avec les mêmes personnages, la même musique ainsi que les mêmes acteurs – Mitchum, Peck & Balsam (Mark Dutton le policier ami de Bowden) – mais dans des rôles un tantinet plus subalternes, l’âge ne jouant plus vraiment en leur faveur…

Vous vous doutez bien qu’encore une fois, ceci est une autre histoire…

 

 

PS : le public actuel peut trouver une résonnance de sa propre actualité à propos de la condition des femmes. Le personnage de Diane Taylor (Barrie Chase) est une femme qui a été abusée et surtout frappée par Cady. Mais sa seule réaction est de partir loin de tout ça, alors que le privé l’encourage à porter plainte. On retrouve ce même thème quand il s’agit de la famille de Bowden, montrant – déjà – qu’il n’est pas facile pour une femme de vivre après une telle expérience. Même si Diane Taylor n’est pas ce qu’on peut appeler une lady, et qu’elle ne veut pas témoigner, on doit comprendre que c’est encore plus difficile pour une femme qu’on peut qualifier de plus classique.

 

(1) Eh oui, Gregory Peck a joué Achab dans le Moby Dick de John Huston…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Edward Sutherland, #Comédie
Un Conte d'apothicaire (It's the old army Game - A. Edward Sutherland, 1926)

Elmer Prettywillie (W.C. Fields) est apothicaire (d’où le titre français), mais pas comme on l’entend en France. Aux Etats-Unis, le propriétaire d’un drug-store délivre bien sûr potions et remèdes, mais il sert aussi des milkshakes, vend des timbres et même des cigares : nous sommes en 1926, c’est- tout à fait légal.

Elmer est assisté d’une charmante serveuse, la belle Mildred (Louise Brooks), mais est surtout poursuivie par sa tante (Blanche Ring) qui n’a certainement pas le même âge, ni surtout le même charme.

Terminons enfin par sa famille : sa sœur Sarah (Mary Foy) et son neveu Mickey (Mickey Bennett).

 

Après un court-métrage où sa participation au scénario est occultée (1), Fields nous propose ici un scénario de long-métrage (son premier donc), aidé de quelques habitués mais surtout dirigé par Edward Sutherland, qui en est alors à ses débuts de réalisateur.

Et que Fields ait écrit le scénario se ressent énormément.

En effet, Fields prendra son essor et gagnera le haut de l’affiche à l’arrivée du parlant. Et cela se comprend quand on voit comment est traitée l’intrigue un tantinet légère qui nous est proposée.

 

Les meilleurs moments de son personnage sont hélas visibles sur les intertitres : Fields joue le plus souvent sur les mots, et le voir articuler ses répliques n’a pas le même effet que de les entendre en même temps…

Quoi qu’il en soit, ses futures victimes du parlant sont déjà là : la famille (sa sœur) et surtout les enfants (ici son neveu : un chiard braillard et insupportable).

Avec ce dernier, Elmer alterne les situations : il ne le supporte pas quand il veut dormir, mais s’associe avec lui contre les deux femmes susmentionnées (bien sûr, je ne parle pas de la belle Mildred).

 

Mais cela ne suffit pas pour un faire un bon film. Avec les réparties qui tombent un peu à plat, les divers gags visuels qui nous sont proposés sont sinon tirés par les cheveux, du moins systématiques, voire téléphonés.

Alors que dans le même temps, les grands noms du comique américain – Chaplin, Keaton & Lloyd (2) – sont en pleine évolution, recherchant une nouvelle subtilité, Fields lui est en retard. Le seul moment qui m’a vraiment fait rire, c’est la (presque) dernière séquence qui le voit revenir dans sa ville, dépité et surtout résigné à finir ses jours en prison (voir ci-dessous). Mais même cette séquence se termine platement.

Quant à la morale finale, signée par le bon Elmer, elle rejoint ce que j’écrivais plus haut (et plus tôt).

 

Alors on se dit que malgré tout, il y a la belle Louise Brooks. Mais son rôle est tout de même bien réduit et son rôle peu déterminant dans l’intrigue. Sa seule interaction notable : elle suggère à Elmer de laisser de la place à George Parker (William Gaxton) dans sa pharmacie.

Autrement, elle est la jeune beauté dont ce même Parker tombe amoureux. Un rôle à peine utilitaire donc, et qui nous permet de l’admirer en tenue de bain.

Bref, pas de quoi s’extasier sur sa prestation (3), puisqu’on pourrait presque retirer son personnage de l’intrigue sans la transformer…

 

Vous le comprenez, je ne suis pas emballé par ce film. J’ai déjà beaucoup de mal avec Fields dans ses films parlants, alors vous imaginez bien que ce rôle muet n’est pas spécialement à mon goût, son visage, qui est le vecteur privilégié du cinéma muet est peu expressif, son regard ne transmettant pas grand-chose.

Vous le direz que Keaton n’avait pas un visage expressif non plus. Mais je vous répondrai alors que les films de Buster sont construits sur cette apparente placidité. Apparente bien sûr, parce que les émotions sont quand même là.

 

 

PS : une moustache était-elle indispensable ?

PPS : 104 minutes, c’est tout de même bien long…

 

  1. Pool Sharks (Edwin Middleton, 1915)
  2. Ceci est un classement alphabétique, pas un ordre de qualité.
  3. Je ne remets pas en cause ses qualités esthétiques et plastiques : je l’ai toujours aimée…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille, #Gloria Swanson, #Drame
L'Amour a-t-il un maître ? (Something to think about - Cecil B. DeMille, 1920)

Ruth (Gloria Swanson) a deux prétendants : Jim (Monte Blue) qui est beau est fort, et David (Elliott Dexter) qui est moins beau et surtout invalide.

Alors évidemment, c’est avec Jim qu’elle s’enfuit, se marie et file le parfait amour à la grande ville.

Malheureusement, Jim meurt dans un accident de mine. Ruth s’en retourne donc chez Luke son père (Theodore Roberts), affronter le reproche, avec le fruit de ses amours...

 

Cecil B. DeMille, Jeanie McPherson, Gloria Swanson, Theodore Roberts : pas de doute, nous sommes en territoire connu.

Mais ce qui diffère des autres films, c’est un ton d’une noirceur inhabituelle chez ces gens-là. Tout d’abord, Roberts et Swanson ne sont pas des membres de la haute bourgeoisie comme on a coutume de les voir chez DeMille.

Et si Swanson reste Swanson, il n’en va pas de même pour Roberts : loin de l’homme d’affaires plus ou moins scrupuleux, nous le retrouvons dans un rôle de forgeron avec une barbe aussi spectaculaire qu’improbable. D’ailleurs, on a parfois du mal à le reconnaître sous cet attribut pileux.

 

Si on retrouve les thèmes habituels du duo DeMille/McPherson, on est surpris de la tournure des événements. Que la belle Ruth s’enfuie avec le beau Jim, rien de bien surprenant. Par contre, c’est le sort qui attend ce même Jim qui amène l’élément perturbateur qui amène l’indispensable quête de rédemption que chacun va effectuer à sa manière.

Ruth par une forme d’humiliation en étant recueillie par David, pour sauver les apparences (et pas autre chose) ; David en évoluant dans sa pensée (1), accueillant l’Amour puisqu’il refuse Dieu (il n’y a d’ailleurs aucune différence entre les deux, si on en croit le discours un tantinet lénifiant mais surtout édifiant de la femme de ménage de David (Claire McDowell).

 

C’est d’ailleurs cet aspect religieux qui a tendance à alourdir le film, même si on retrouve dans le même temps quelques références dans l’intrigue.
Tout d’abord le prénom Ruth qui n’est pas anodin : en effet, il s’agit de celle dont la lignée va engendrer le roi David et si on en croit les Evangiles, Jésus comme expliqué dans les premiers versets de Matthieu (I:1-17), ce qui nous amène évidemment à David pour les même raisons.

Autre résonnance religieuse : le retour de Ruth qui est rejetée par son père et pour la deuxième fois des envies suicidaires. C’est dans ce qu’i ressemble à une étable que la corde pend tranquille, transformant alors e lieu de naissance en lieu de mort. Mais heureusement, David (encore lui) la sauve (voir plus haut).

 

Mais malgré cette issue salvatrice annoncée (on chez DeMille, tout de même), le propos du film n’en demeure pas moins très sombre.

Outre la mort de Jim, qui se sacrifie pour les autres, Ruth a dans l’idée de se supprimer une première fois, sauvée par un mendiant qui lui a tout de même volé son porte-monnaie. Vide peut-être, mais c’est l’intention qui compte (2).

Autre élément du destin qui n’amène pas l’optimisme : Luke qui frappe mal sur un fer-à-cheval chauffé à blanc dont les escarbilles l’aveuglent, l’amenant lui aussi à une déchéance qui l’envoie dans un hospice pour nécessiteux.

 

Mais malgré tout, la    fin est heureuse : il fallait tout de même que le propos religieux porte ses fruits. C’est d’ailleurs ce côté rédempteur qui a tendance à alourdir le film, mais que voulez-vous, en 1920, la morale a certaines exigences.

Cette morale qui a tendance à compliquer la vie des jeunes gens : le veuvage de Ruth est alors montré comme une « double peine » : d’un côté elle perd l’homme qu’elle aime ; de l’autre, elle est déconsidérée par son père et celui qui fut son prétendant voire son promis avant qu’elle ne fuie.

 

Alors on peut se laisser à regarder cet énième film du duo DeMille-McPherson, mais on peut aussi lui préférer d’autres films on ne peut plus intéressants (celui qui est évoqué plus bas, par exemple).

 

PS : à noter la présence d’une autre actrice demillienne, la belle Julia Faye dans un rôle qui ressemble plus à du copinage qu’autre chose… Ainsi que dans le rôle du jeune Bobby, le fils de Ruth et Jim, Michael D. Moore, qui fera une carrière d’assistant-réalisateur qui l'amènera à travailler sur les trois premiers épisodes d’Indiana Jones. Pas mal, non ?

 

  1. David est un philosophe dont le mot d’ordre est qu’il n’y a aucune différence entre les différents dieux adorés : en clair, c’est un athée. D’une certaine manière, il annonce le personnage de Judy Craig (The Godless Girl) presque dix ans plus tard.
  2. C’est d’ailleurs le seul moment qui nous tire un sourire, McPherson ayant évité toutes les occasions comiques qu’on a l’habitude de trouver chez DeMille.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Yves Boisset, #Drame
Cran d'Arrêt (Yves Boisset, 1970)

Le « cran d’arrêt », c’est l’endroit le plus bas qu’on puisse atteindre, celui à partir duquel on ne peut que repartir, le fond qu’on touche et qui permet d’un coup de pied de refaire surface.

Ici, c’est le jeune David Auseri (Renaud Verley) qui a touché le fond : déprimé, il s’enivre d’alcool et de vitesse.

Il faut dire qu’un an auparavant, il a rencontré une jeune femme – Alberta Radelli (Rafaella Carrà) qu’il a abandonnée sur le bord de la route, et que le lendemain, il a lu dans le journal qu’elle s’était suicidée.

Alors évidemment, il se sent coupable.

Voilà pourquoi son père a demandé à un médecin (radié de l’ordre pour euthanasie) – Duca Lamberti (Bruno Crémer) – de le reprendre en main et de le sortir de sa dépression.

 

Il s’agit ici du deuxième long métrage d’Yves Boisset, et on peut déjà reconnaître sa patte, dans cette histoire policière, mâtinée d’un soupçon de voyeurisme. En effet, la première séquence nous fait suivre une jeune femme (Alberta) qui se rend chez un photographe qui réalise des clichés « artistiques. En clair, elle va poser nue pour un obsédé (Mario Adorf) qui réalise des photographies un tantinet sado-maso. Avec des chaînes.

 

Boisset réalise ici un film assez sobre, dû surtout à la durée resserrée (87 minutes). L’intrigue ne s’embarrasse alors pas de détails superflus, ni de bavardages oiseux. L’action prime sur tout, même sur la dimension voyeuriste.

Il faut dire que les deux séquences de nu ont une certaine pertinence dans cette intrigue de retour à la vie. La première nous est ce qu’on appelle au théâtre une scène d’exposition, donnant le contexte dans lequel va évoluer l’ex-docteur. La seconde permet de serrer le voyeur qui à nouveau s’est adonné à son violon d’Ingres SM. Avec des chaînes (1).

 

Un bémol tout de même : l’ellipse qui escamote une année depuis la première séquence n’est pas bien claire pour le spectateur, ca  r il faut attendre la première résolution : celle qui nous explique comment David en est arrivé là.

Le rythme de l’intrigue s’accélère et là encore, Boisset enchaîne les différentes péripéties sur un rythme soutenu sans être trop rapide, donnant une dimension américaine à son film.

Avec en prime une poursuite en voiture qui, si elle n’est pas du niveau de celle de French Connection (sorti l’année suivante), n’en demeure pas moins intéressante, voire haletante.

 

Au final, nous avons un film des plus honnêtes où Boisset ne s’embarrasse pas trop de détails superflus, concentrant son attention sur les épisodes de mouvements, montrant que le cinéma français de la fin des années 1960s n’est pas toujours statique ni bavard (2).

Ses interprètes ont le ton juste même si on ne peut ignorer le doublage partiel dû aux différentes nationalités des interprètes.

De plus, il saupoudre son film de quelques éléments comiques, surtout quand Livia (Marianne Comtell) sert d’appât pour dénicher l’homme aux cheveux blonds.

 

PS : un petit détail, histoire d’étaler sa culture : Bruno Crémer et Renaud Verley se retrouveront dans un épisode de Maigret près de 30 ans plus tard.

 

  1. Ceux qui ont lu Astérix chez les Helvètes comprendront l’allusion…
  2. Je vous laisse chercher de qui je peux parler…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #Sean S. Cunningham
Vendredi 13 (Friday the 13th - Sean S. Cunningham, 1980)

Depuis le novembre 1307, il est considéré que le vendredi 13 est un jour qui porte malheur.

En effet, ce jour de cette même année, le roi de France Philippe IV « Le Bell » a ordonné l’arrestation de tous les chevaliers du Temple, avec le but inavoué de récupérer leur trésor.

Mais tout ça n’est que superstition, ce jour étant un jour absolument normal, sauf pour Sean S. Cunningham et son équipe qui profitent de cette même superstition pour réaliser un film plutôt curieux mais dont le succès financier (1) a engendré une série de suites dans la même verve. En tout ça, c’est ce qu’on dit, je ne les ai pas (encore ?) vues.

 

Bien sûr, si vous n’êtes pas fan de ce genre de film – d’horreur – vous pouvez passer votre chemin et revenir demain, mais notons tout de même quelques éléments.

 

On a ici la mise en place d’une structure qui sera maintes fois reprises : un tueur/une tueuse psychopathe qui s’en prend à une bande de jeunes la nuit.

Parce que si les meurtres commencent dans la journée – mort d’Annie (Robbi Morgan), la cuisinière – c’est essentiellement alors qu’il fait noir que les différents moniteurs du camp de Crystal Lake.

 

Mais reprenons.

La séquence d’ouverture – ante générique – voit deux moniteurs du même camp se faire tuer alors qu’ils s’étaient éclipsés pour se livrer à une expérience anatomique très intime. Ca, c’était en 1958.

Ensuite, on apprend qu’un an auparavant, le petit Jason Voorhees s’est noyé le jour de son anniversaire : un vendredi 13.

Une vingtaine d’années plus tard (1979 ?), le camp va bientôt ouvrir, mais c’est ce jour que choisi un mystérieux assassin pour se débarrasser de tous ceux qui vont y travailler.

 

Autre élément d’importance – comme je le disais à propos de Flatliners – il s’agit des véritables débuts de Kevin Bacon (Jack), le seul qui ait réussir à faire une véritable carrière au cinéma. Et on peut saluer la performance puisqu’il disparaît avant la moitié du film…

Son élimination est très spectaculaire, ainsi que la plupart des autres morts, l’hémoglobine coulant à flot et surtout le maquillage de Tom Savini est des plus impressionnants.

Il faut dire que les meurtres étant des plus sordides, le maquillage prend toute son importance : outre la mort de Jack, celle de Marcie (Jeannine Taylor) sa petite amie est encore plus spectaculaire, Cunningham ne nous épargnant absolument rien dans sa quête de l’absolu horrifique.

 

Je terminerai en parlant de l’extraordinaire Scream de Wes Craven. Il est clair que ce dernier a beaucoup apprécié Vendredi 13 puisqu’il le cite dès la première séquence : le premier meurtre de Casey (Drew Barrymore) en est la conséquence indirecte.

Malheureusement pour moi (?) ou d’autres (!), la résolution de l’intrigue y est donnée, ce qui enlève tout de même une certaine partie du suspense (2).

 

Quoi qu’il en soit, la dernière séquence qui voit Alice (Adrienne King) à l’hôpital, laisse une petite ouverture à un scénariste pour une éventuelle suite.

Bien sûr, on va s’y engouffrer…

 

  1. Inutile de dire que la critique a éreinté ce film à sa sortie…
  2. Je considère que connaître la résolution de l’énigme d’un film  n’est pas toujours un handicap pour apprécier ce même film : le visionnage n’en devient que plus intéressant puisqu’on place une partie de son attention à y repérer les indices éventuels laissés par le réalisateur. Chacun son point de vue…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Joel Schumacher
L'Expérience interdite (Flatliners - Joel Schumacher, 1990)

Joel Schumacher n’est pas ce qu’on appelle un cinéaste très délicat. Il n’empêche que le film qui nous est ici proposé possède certaines qualités qui méritent de s’y attarder.

Tout d’abord, nous avons une distribution plutôt prestigieuse, même si à l’époque de sa sortie, plusieurs d’entre eux étaient encore peu connus : Julia Roberts venait d’être révélée par Pretty Woman, William Baldwin était à son deuxième film, et Kiefer Sutherland continuait son ascension (qui le mènera à la série 24).

Seul Kevin Bacon était déjà célèbre, essentiellement pour sa participation dans le fameux Vendredi 13.


Mais reprenons.

Le docteur Nelson Wright (Kiefer Sutherland, donc) suit les cours de médecine à l’université de Chicago. U n jour, il propose à quelques uns de ses amis de tenter une nouvelle expérience : explorer la mort clinique afin de savoir s’il y a quelque chose après.

Mais comme toujours dans ces cas-là, si l’expérience est prometteuse, ses effets secondaires ne sont pas du meilleur effet.

 

Il me paraît évident que Joel Schumacher a bien étudié le fil de Kubrick The Shining. En effet, nous nous retrouvons dans une situation où  la réalité n’est pas certaine, et surtout on retrouve une interaction entre la vie et la mort, le présent et le passé.

On retrouve d’ailleurs dans le premier travelling une teinte inquiétante qui n’est pas sans rappeler l’arrivée de Jack Torrance à l’hôtel Overlook en ouverture du film.

De plus, la référence à Little big Man (1), si elle dénote une pointe d’ironie, n’oublions pas que le célèbre hôtel a été construit sur un cimetière indien.

Là s’arrête la comparaison.

 

Avant de passer à « l’expérience interdite » proprement dite, Schumacher nous fait tout de même une mise à jour : Rachel Mannus (la belle Julia) synthétise les différentes expériences post-mortem telles qu’elles ont pu être racontées dans divers témoignages. Elle mène un petit groupe de discussions chez des patients qui ont tous vécu une situation similaire : on y retrouve bien sûr le tunnel avec la lumière au bout, des voix merveilleuses et toute cette sorte de choses.

Et Schumacher prend le contre-pied de ces histoires en montrant les différentes expériences sans montrer le véritable passage « d’un monde à l’autre », tout comme le retour reste inconnu puisqu’il s’intéresse plus à la façon dont ils sont ramenés à la vie. Par contre, pour chacun de ses personnages qui « vit » cette situation, les différentes images sont en parfaite adéquation avec leur personnalité et leurs centres d’intérêt : la montagne pour Labraccio (Kevin Bacon) ; les femmes pour Joe Hurley (William Baldwin) ou la maison pour Rachel.

 

Bien sûr, les enjeux ne sont pas que physiques : cet interdit (qu’on retrouve dans le titre français et qui est exprimé par les différents protagonistes dans la première partie, est on ne peut plus métaphysique voire théologique.

D’une certaine manière, comme l’a dit avant moi le Post, on assiste à l’inverse de Frankenstein : alors que le héros de Mary Shelley fait revenir à la vie un corps mort, ici il s’agit d’amener un corps à la mort.

Les conséquences, si elles ne sont absolument pas les mêmes ont tout de même un petit quelque chose de monstrueux.

Et pour ça, Nelson est l’héritier du savant fou (?).

 

Mais ses conséquences ont aussi un effet salutaire : n »’oublions pas qu’il s’agit d’un film américain, et le concept de Rédemption (tant de fois rebattu dans ce blog) est le point d’orgue de l’intrigue, se substituant au véritable objectif scientifique de cette expérience.

 

Comme je le disais plus haut, Schumacher n’est pas toujours très délicat. Il n’empêche que les différentes séquences qui découlent de la vie post-mortem sont vraiment réussies : la première apparition de Nelson joue très bien avec les éclairages, amenant une note d’angoisse supplémentaire.

Hélas, la résolution n’est pas spécialement à la hauteur de cette mise en condition paranormale. En effet, quoi qu’on ait fait auparavant, il s’agit à un moment d’avoir mis ses affaires en ordre avant de faire le grand saut. Et même Labraccio, athée militant, y souscrit, essayant de rattraper ses erreurs passées, en particulier ses « bêtises » d’enfant (2).

Cette conclusion – on ne peut plus normative et édifiante – gâchant un tantinet les promesses annoncées au début.

 

 

  1. « Today is a good day to die » (« aujourd’hui est une belle journée pour mourir »)
  2. On notera d’ailleurs que seul Joe n’a pas d’expérience traumatisante d’enfant : c’est un séducteur qui ne pense qu’à coucher avant de se ranger définitivement. Mais rassurez-vous, lui aussi sera rattrapé par son passé.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Paul Leni, #Drame
L'Homme qui rit (The Man who laughs - Paul Leni, 1928)

 

« L’Homme qui rit », c’est Gwynplaine (Conrad Veidt).

Il rit parce qu’enfant il fut défiguré par un « docteur » pour des vendeurs d’enfants (« comprachicos », néologisme hugolien), lui figeant un sourire à pleines dents.

Dans son malheur, il recueillit un bébé qui deviendra une belle jeune fille – Déa (Mary Philbin) – et va grandir grâce à Ursus (Cesare Gravina) qui les élèvera et créera un spectacle où bien sûr Gwynplaine aura la vedette : l’Homme qui rit.

 

Bien sûr, comme nous sommes chez Victor Hugo, l’intrigue, adaptée ici par J. Grubb Alexander, est plus compliquée puisqu’elle fait intervenir un roi – James II (Sam De Grasse) – une reine – Anne (Josephine Crowell) – un bouffon – Barkilphedro (Brandon Hurst) – et un chien-loup (Zimbo, crédité au générique).

Il s’agit de la première adaptation du roman de 1869 et d’autres suivront, la dernière est sortie en 2012.

 

Mais comme pour Notre-Dame de Paris, l’adaptation laisse parfois à désirer. Mais comme le dit toujours mon ami le professeur Allen John, on est au cinéma, alors on laisse la littérature de côté. Soit.

Ce qui frappe le spectateur de prime abord, c’est l’évolution du cinéma de Paul Leni. En effet, après avoir vu l’exercice de style que représentait Le Cabinet des figures de cire, on ne peut être qu’émerveillé par la maîtrise du cinéaste. Il mène son intrigue en alternant des séquences rapides et lentes, et dirige ses actrices et acteurs avec une grande justesse.

Mais surtout, il a pris grand soin de les faire évoluer dans des décors magnifiques.

 

Leni est à l’origine un décorateur qui a travaillé pour d’autres grands noms du cinéma allemand avant de passer à la réalisation. On comprend alors le soin qui fut mis ici pour le film, d’autant plus qu’il a pu profiter du financement de la compagnie Universal de Carl Laemmle, pour ce qui fut son troisième et malheureusement avant-dernier film (1) américain.

Le décor ne concerne pas seulement les différents lieux qui sont montrés tout le long du film : les scènes concernant la royauté voient les différents figurants (gardes, valets…) devenir eux-mêmes des éléments de ce décor somptueux.

Il en va de même pour les scènes de départ de bateaux – au tout début et à la toute fin (2) – qui sont de toute beauté (surtout la deuxième).

 

Bref, c’est un film fabuleux qui nous est proposé ici, où Leni retrouve Conrad Veidt qui était lui aussi invité par Hollywood à tourner dans la capitale du cinéma. On notera aussi la présence d’un troisième Allemand : Charles Puffy qu’on a pu remarquer surtout chez Fritz Lang (Der müde Tod et surtout Doktor Mabuse der Spieler).

Côté américain, on retrouve Mary Philbin qui avait déjà joué dans un film du même genre : Le Fantôme de l’Opéra. Elle y jouait avec le grand Lon Chaney, à qui on pense obligatoirement tant le rôle de Gwynplaine entre dans son registre (3).

 

Mais Conrad Veidt a dans sa filmographie le rôle emblématique de Cesare, et sa présence en Gwynplaine s’explique alors facilement. Il campe ce personnage défiguré avec talent, tant le personnage aux traits figés n’est pas un rôle simple. En effet, le sourire sempiternel ne lui laisse pas beaucoup de possibilités d’expression, mais son regard accentué par le contexte le rend tout de même très expressif.

 

Je terminerai en disant que la fin, bien sûr en partie différente du roman, est tout de même très bien amenée, et on comprend alors pourquoi le chien Zimbo a son nom au générique : il est un autre personnage important de l’intrigue (comme du roman, d’ailleurs).

Notons la présence de la grande Olga Baclanova dans un rôle de courtisane, dans tous les sens du terme... Sa présence nous emmène quatre ans plus tard dans Freaks alors qu’on peut voir différents phénomènes de foire à celle de Southwark, dont Delmo Fritz (4), l’avaleur de sabre qui joue lui aussi chez Browning.

Et bien sûr, dans les utilitaires, on remarque le petit John George (1,27 mètre)

 

 

  1. Il mourut peu de temps après avoir réalisé son dernier film, le 2 septembre 1929, d’une septicémie.
  2. Oui, on a une structure en miroir.
  3. Chaney était sous contrat à la MGM, donc il avait alors peu de chances de figurer à la Universal.
  4. J’ai un petit souci avec cette personne : il est connu pour avoir joué dans les deux films mais sa biographie mentionne qu’il est mort en 1925. Si vous avez la solution à ce mystère de mort-vivant, n’hésitez pas à me contacter…

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Samuel Fuller
Au-delà de la Gloire (The big red One - Samuel Fuller, 1980)

Ils sont cinq et ils appartiennent au 1er régiment d’infanterie américaine, le célèbre « Big Red one » (1) du titre original : sergent Possum (Lee Marvin), Griff (Mark « Skywalker » Hamill), Zab (Robert Carradine), Vinci (Bob di Cicco) et Johnson (Kelly Ward).

Ils vont vivre la seconde Guerre Mondiale sur le front ouest, du débarquement en Afrique du Nord jusqu’à la capitulation du 8 mai 1945.

Mais tout commence près de vingt-cinq ans plus tôt (et en noir et blanc), le 11 novembre 1918 quand Possum tue un Allemand qui annonçait la fin de la guerre : méfiant, il pensait que c’était un piège. Et bien sûr, ça ne l’était pas.

L’intrigue va ramener Possum sur ce même endroit, mais surtout va le voir confronté à la même situation quand Schroeder (Siegfried Rauch) – un soldat fanatique (plus que les autres) – annoncera à son tour la fin du conflit, un peu plus à l’Est, en Tchécoslovaquie.

 

Samuel Fuller nous raconte ici sa guerre, celle qu’il a livrée dans le même régiment, participant aux mêmes événements que ces cinq hommes. Le personnage de Zab, narrateur du film, est son double, reprenant quelques anecdotes le concernant, dont la publication de son livre The dark Page (the dark Deadline dans le film).

Et d’une manière générale, la guerre qui nous est montrée est une suite d’anecdotes, de petites histoires dans cette grande Histoire en marche, cette gigantesque opération de Libération du nazisme.

Samuel Fuller a eu la chance (2) de participer à ces grands événements, combattant jusqu’au dernier jour (8 mai) pour libérer le camp de concentration de Falkenau (3).

Et même si ce dernier événement l’a fortement parqué, il ne change pas le ton de son récit, restant au plus près de ses personnages.

 

Parce que à aucun moment il ne donne une vue d’ensemble du conflit et des différentes opérations auxquelles participent ses cinq héros. On retrouvera ce même point de vue dans Il faut sauver le Soldat Ryan, presque vint ans plus tard, tout comme dans la série Brothers in Arms, qui en découle.

Cette proximité a deux atouts : elle donne un cachet authentique aux différentes opérations, n’épargnant rien aux spectateurs des différents aspects violents et spectaculaires (pas dans le bon sens du terme), comme un soldat mort les tripes à l’air ; elle ne donne aucune prédominance d’un événement sur l’autre. Ainsi, on retrouve une séquence de Bangalore (sorte de torpille terrestre) sur la plage d’Omaha tout comme dans Le Jour le plus long. Mais alors que l’opération est montrée avec la distance accentuée par le noir et blanc dans le film de Zanuck, ici on assiste à la mort des différents hommes qui ont rendu possible la percée, amenant la même réplique à propos des deux sortes d’hommes sur la plage : « ceux qui sont morts, et ceux qui le seront bientôt ». La proximité de la caméra de Fuller illustre très bien ce précepte.

 

Nous avons ici un film de guerre assez original : en effet, Fuller suit ceux qui, comme lui, ont participé à de nombreuses opérations sur le front ouest. On peut se dire qu’il exagère, mais dans ce cas, que dire du film The young Lions (Edward Dmytryk, 1958) qui accumule différentes opérations à partir du Débarquement ?

Ceci : Dmytryk s’est appuyé sur un roman (celui d’Irwin Shaw), Fuller sur sa propre expérience.

Et cette retransmission de son expérience est servie par une très belle distribution – en tête Lee Marvin qui a lui-même participé à ce conflit, mais dans le Pacifique – utilisant un casting international (outre Siegfried Rauch) dont Guy Marchand, Stéphane Audran et Marthe Villalonga.

 

Un dernier point : les enfants.

Le personnage de Possum est un véritable aimant à bambins. En effet, dès le Débarquement en Afrique du Nord, c’est une fillette qui ne le quitte jamais  du regard et restant le plus près possible. Puis, c’est en Sicile qu’il rencontre Matteo (Matteo Soffoli) qui veut bien les aider s’ils l’aident en retour à enterrer sa mère. Ensuite, c’est une petite fille, toujours en Sicile qui lui rend son casque avec des fleurs prises dans le filet. Cette petite fille est la première enfant qu’on voit mourir, dans ses bras.

Vient ensuite le jeune hitlérien qui joue à la guerre, allant jusqu’à tuer un des Américains (un autre, pas un des cinq). C’est Possum qui va lui régler son compte, à la manière de John Wayne (4) dans The Horsemen.

Quant au dernier enfant, on le rencontre dans le camp de concentration. C'est l'enfant qui meurt.

Je vous laisse découvrir cette très belle séquence.

 

Au final, un film de guerre plutôt atypique (en 1980), où  à aucun moment on ne quitte le niveau humain de la guerre. On suit au plus près ces hommes qui ne se considèrent pas spécialement comme des héros mais qui seront tout de même décorés pour actes de bravoures. En outre, la guerre n’empêche pas certaines séquences où l’émotion se pose et s’en va très calmement, surtout à la libération du camp de concentration, où Mark Hamill résume formidablement le ressentir qu’a pu éprouver Fuller lors de cette découverte des plus horribles.

 

  1. On a l’explication de ce surnom dans la séquence d’introduction.
  2. En est-ce vraiment une ?
  3. Pour ceux qui veulent aller plus loin, je vous renvoie au documentaire qu’il tourna lors de la libération du camp : comment ils ont inhumé les morts qui étaient empilés dans un réduit, les faisant vêtir et emmener à la fosse par les civils « qui ne savaient pas ». C’est un grand moment de cette « petite » Histoire, qui marque autant ceux qui l’ont vécue que la grande.
  4. Wayne avait d’ailleurs été pressenti pour interpréter le rôle de Possum mais Fuller s’y était opposé.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Josef von Sternberg, #Drame
Crépuscule de Gloire (The last Command - Josef von Sternberg, 1928)

Première collaboration de Sternberg et d’Emil Jannings, alors à Hollywood, il ‘agit d’une rencontre au sommet où les deux monstres sacrés expriment tout leur art.

Sternberg réalise ici un film historique sur un événement qui est alors récent et dont l’issue n’est pas encore absolument certaine : la Révolution russe de 1917 (1).

De plus, il vient de réaliser The Docks of New York qui a beaucoup fait pour sa notoriété, et peut réaliser ce film avec une marge de manœuvre suffisante.

Quant à Jannings, il interprète ici très certainement son plus beau rôle à Hollywood, ce général victime de cette même révolution.

 

Alors que le film est tourné courant 1927 (quelle année !), l’intrigue se situe en 1928, présent des spectateurs. On y voit un réalisateur (William Powell) qui veut tourner un film sur la Révolution russe. Il a besoin pour cela d’un acteur possédant une certaine envergure afin d’interpréter le général en chef des armées du tsar : il porte son choix sur un figurant correspondant en tout point à ce qu’il recherche. Normal : c’est le grand-duc Sergius Alexander lui-même, chassé par la révolution et qui survit en faisant de la figuration à Hollywood.

Alors qu’il se prépare pour son rôle, Alexander se rappelle comment la Révolution s’est installée, alors qu’il partait rejoindre le front pour combattre les Allemands.

 

La force du film de Sternberg c’est d’avoir réussi à reconstituer la Révolution russe sans jamais avancer une quelconque teinte politique chez les révolutionnaires. C’est le peuple exploité qui se révolte contre ses maîtres, et pas autre chose.

De plus, pour interpréter ces mêmes révolutionnaires, Sternberg a utilisé – encore une fois – des actrices et acteurs aux physiques particuliers, donnant à cette foule une note d’authenticité fort intéressante : encore une fois, à quelques exceptions près, on a droit à des mines patibulaires, dans des attitudes qui ne relèvent pas d’une très grande éducation : des affreux sales et méchants !

 

Bien sûr, Emil Jannings, Evelyn Brent (Natalie Dabrova) et William Powell ne rentrent pas dans ces critères physiques. Et ce distinguo peut aussi s’expliquer par la personnalité de leurs rôles. En effet, tous trois, malgré leurs différences sont des personnages positifs : et leur physique s’accorde à leur grandeur d’âme, tout comme celui des révolutionnaires qui sont essentiellement des braillards incultes et alcoolisés, tuant tout ceux qui passent à leur portée, pourvu qu’ils ne soient pas de leur bord.

 

Avec ce film, Sternberg s’amuse aussi à nous montrer l’envers du décor d’un tournage. Pour ceux qui ont lu ses mémoires (2), on retrouve ici quelques éléments de son livre, surtout la pique qu’il envoie aux « assistants du réalisateurs » : on voit William Powell mettre une cigarette à la bouche, donnant alors le signal à une horde de ces collaborateurs zélés pour lui offrir du feu (3). Plus sérieusement, on assiste à la mise en place de la scène dont le grand-duc Sergius doit être la vedette, les différentes étapes qui amènent au tournage à proprement parler : c’est aussi cette séquence qui donne son nom au titre original (le dernier commandement), Alexander se retrouvant alors replongé dans son passé avec une utilisation superbe de la surimpression, donnant alors à Jannings un final à sa mesure.

 

Mais Jannings n’est pas le seul à tirer son épingle du jeu : Evelyn Brent est elle aussi magnifique dans ce rôle on ne peut plus ambigu.

Mais bien sûr, elle ne peut pas vraiment rivaliser avec un tel monstre : Jannings recevra d’ailleurs le premier Oscar de meilleur acteur de l’histoire du cinéma, ce qui n’était pas immérité. En effet, Sternberg, dont la direction d’acteurs était des plus rigoureuse, ne lui laisse pas la possibilité de se laisser aller à un quelconque cabotinage, l’amenant là où il voulait, le tout en le faisant déjà mourir à la fin du film.

Quant à William Powell, son rôle est plus anecdotique – il prendre son véritable envol dans la décennie suivante, en particulier grâce à la série Thin Man, aux côtés de la (très) belle Myrna Loy – mais très pertinent, quand on connaît l’intégralité de l’intrigue (4).

 

Superbe.

 

  1. Quand le film sort, Staline ne contrôle pas encore l’intégralité de l’appareil d’état.
  2. Fun in a Chinese Laundry (1966)
  3. On retrouve ce même gag dans Daffy Duck in Hollywood (Fred Avery, 1938), avec Porky Pig dans le rôle du réalisateur.
  4. Je ne vous la livre toujours pas, allez-y voir par vous-même, vous ne le regretterez pas.

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