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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Wes Craven, #Horreur
L'Eté de la peur (Summer of Fear - Wes Craven, 1978)

Tout commence par une voiture qui roule (trop) vite sur une route escarpée.

Bien évidemment, elle finit dans le décor, tuant les trois passagers sur le coup. En surimpression, le visage d’une jeune femme aux yeux trop clairs.

Les Bryant sont une famille sans histoire : les parents Tom (Jeremy Slate) et Leslie (Carol Lawrence) et leurs enfants Peter (Jeff East), Bobby (James Jarnigan) et Rachel (Linda Blair) vivent en harmonie dans une ville de la côte ouest des Etats-Unis.

Jusqu’au jour où la sœur de Leslie, son mari et leur servante sont tués dans l’accident : Julia (Lee Purcell), orpheline, est recueillie par les Bryant le temps que l’été passe.

Et cet été passe bien lentement selon Rachel qui semble être la seule à s’apercevoir de la malfaisance de cette étrange cousine.

 

L’année précédente, Wes Craven avait réalisé l’un de ses plus grands films – The Hills have eyes – et il repart pour une autre histoire d’horreur avec en vedette rien moins que Linda Blair qui fut la jeune Regan McNeil dans The Exorcist. La présence de la jeune femme est bien entendu un atout commercial non négligeable. La fillette a grandi et c’est maintenant presque une femme (1) qui tient tête seule à un personnage maléfique.

Il faut dire que la cousine Julia est une personne très charismatique. Rapidement, (presque) tout le monde va tomber sus soin charme (2) de cette jeune et jolie femme, brisée par la mort de ses parents.

Bien sûr, c’est Rachel qui a raison et les autres qui sont envoutés et ce n’est qu’à la toute fin que son rôle sera reconnu.

 

Nous sommes dans une intrigue très simple, avec des gens ordinaires dans une situation tout à fait ordinaire. Il suffit d’une personne étrangère pour que tout bascule dans le cauchemar. Et encore, pas pour tout le monde (tout de suite).

On a droit aux récriminations de Rachel qui sont battues en brèche par ses parents : comme Julia lui a soufflé son petit ami Mike (Jeff McCracken), on met cela sur le compte de la  jalousie.

De plus, Rachel trouve un allié en son voisin spécialiste des sciences occultes qui voit très clair dans le jeu de l’étrange Julia. Mais comme nous sommes dans une intrigue classique, ce dernier est éloigné (infarctus : direct à l’hôpital).

Dès lors, tout s’enchaîne : Rachel est seul et voit les ravages provoqués par l’étrangère et décide de s’enfuir, mais comme toujours, la méchante ne la laisse pas partir comme ça, etc.

 

Il est clair qu’à part la présence de Linda Blair, on peut s’ennuyer – ce fut mon cas – devant ce film pas si horrifique que ça et surtout une intrigue un tantinet convenue. Reste l’ambiance créée par le réalisateur ainsi que l’indispensable musique qui aurait certainement mérité d’être un petit peu plus travaillée, amenant de véritables moments d’angoisse comme on aurait pu en trouver. Et surtout comme on en trouvera dans les œuvres futures de Wes Craven qui aboutiront, à mon avis encore une fois, au formidable Scream.

 

Mais, n’oublions pas qu’à l’époque, le film avait été programmé à la télévision avant d’être exploité en salles : le succès d’audience amena cette exploitation tardive, le titre original, Stranger in our House (3), fut renommé Summer of Fear.

Mais Craven avait encore du chemin à faire avant d’être reconnu comme un vrai cinéaste : Freddy n’était pas encore né et il fallait attendre 1984 pour la sortie du maintenant classique A Nightmare on Elm Street.

 

Et une fois de plus, ceci est une autre histoire…

  1. En vrai elle avait 29 ans quand le film est sorti en salles, mais sa petite taille lui permet encore de jouer les ados.
  2. Le terme n’est pas usurpé du tout.
  3. « Une Etrangère dans notre maison »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Sam Wood
Excuse my Dust (Sam Wood, 1920)

Un an après The roaring Road, Toodles (Wallace Reid) est de retour !

Sauf qu’il vient de se faire prendre pour excès de vitesse et que le juge lu a donné six mois sans conduire.

Si cette décision judiciaire satisfait pleinement son épouse Dorothy Walden (Ann Little) et son beau-père J.D. (Theodore Roberts), c’est une catastrophe pour Walden : surtout qu’une nouvelle course pour rallier Los Angeles et San Francisco est prévue et que la compagnie de JD (Darco) doit y présenter un nouveau prototype.

 

Sam Wood a remplacé James Cruze et a gardé une bonne partie du casting de l’épisode précédent dont l’incontournable Wallace Reid qui avance toujours plus loin dans son addiction à la morphine qui le tuera deux ans plus tard. On retrouve donc Roberts en patron au cigare vissé à sa bouche, cette fois-ci un peu plus engagé dans la course attendue.

Mais c’est en face qu’on trouve d’autres personnages intéressants.

La firme Fargot, concurrente directe des ateliers Darco est dirigée par un individu des plus louches et franchement malhonnête : Muchler, interprété par un habitué de ces rôles-ci, Tully Marshall. Mais cette fois, il est dépassé par son pilote principal, Ritz, interprété lui par un autre habitué des rôles de méchants, Walter Long.

 

Bref, on est en terrain conquis et Sam Wood n’a plus qu’à dérouler, le film s’enclenche tout seul. C’est peut-être pour ça qu’on a un goût d’inaccompli dans la bouche quand le film se termine. Rien de bien sensationnel, l’intrigue est des plus banales et surtout très convenue. La seule bonne idée qui aurait gagné& à être exploitée, c’est au début quand Toodles Jr. (Wallace Reid Jr. le véritable fils de) reçoit pour cadeau une voiture à pédale. Celle-ci est aussitôt utilisée par son père pour lui donner un avant-goût de la vitesse. Quand Dorothy apporte le biberon du bébé, elle en profite pour embrasser son mari qui relâche alors son attention, laissant la petite voiture commencer à dévaler l’allée vers la route.

Mais Toodles s’en aperçoit et rattrape le bébé à temps…

 

Je ne dis pas qu’il fallait amener une teinte tragique à cette histoire, mais une séquence comique aurait très certainement pu se développer et amener au même résultat : la suspension du permis de Walden.

Le film reste tout de même distrayant et le personnage le plus intéressant est peut-être JD, qui nous permet de voir Roberts autrement qu’en costume de business man comme on en a l’habitude. Le voir en combinaison maculée de cambouis amène tout de même le sourire, tout comme ses attitudes gâtifiantes (1) envers son petit fils.

 

Mais on aurait pu attendre tout de même plus d’une telle distribution.

Encore une fois (2).

 

 

  1. Serai-je en train de néologiser ?
  2. Si vous avez vu Beyond the Rocks (1922)…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Spierig
Predestination (Michael & Peter Spierig, 2014)

C’est tout d’abord un homme qui entre dans le hall d’un grand bâtiment, transportant un étui à violon et une petite valise. Il se dirige vers le sous-sol où une bombe a été placée par un terroriste. Une lutte les oppose et notre homme réussit à empêcher l’explosion mais son visage est alors ravagé par les flammes.

Il se réveille plus tard, avec un visage neuf, une voix cassée et une nouvelle fois la mission à exécuter…

 

Je l’ai déjà dit ici, le cinéma exploite le thème du double avec gourmandise. Tout comme le thème du voyage dans le temps. Ces deux thèmes se rejoignent donc et amènent des situations qui peuvent être comiques – Retour vers le futur – ou plus inquiétantes comme ce film que nous proposent les frères Spierig (qui produisent aussi ce film, et Peter en assure la musique), d’après une nouvelle étonnante de Robert A. Heinlen (1) : La Mère célibataire (All you Zombies).

 

Nous sommes ici à un point culminant du paradoxe temporel au cinéma. Jamais on n’était allé aussi loin dans une situation inextricable. On  connaît la base : un homme retourne dans le passé, tue son père et épouse sa mère (merci Freud). Mais ici, le paradoxe est des plus incroyable et donc difficilement racontable sans donner des éléments de la résolution de l’intrigue.

Alors encore une fois, si vous ne l’avez pas vu, rendez-vous demain ou un autre jour parce que ce qui va suivre risque de donner quelques indications expliquant en quoi la situation est incroyable. Je vais tout de même essayer de ne pas trop « spoiler » (comme on dit de nos jours) l’intrigue… Mais n’attendez pas des miracles.

 

Une fois la séquence ci-dessus terminée, nous reprenons une narration à peu près normale : à peu près puisqu’on découvre les deux principaux protagonistes de cette histoire, John (Sarah Snook) et un barman (Ethan Hawke). John va alors raconter sa vie étonnante (d’où rupture temporelle pour l’illustrer) qui le vit naître fille, grandir femme, accoucher puis devenir un homme. On fait difficilement plus incroyable, mais comme le dit le barman : la vérité est parfois plus incroyable que la fiction.

Et c’est une fois cette histoire terminée que l’intrigue principale commence avec ce même barman qui propose à John de changer son passé.

 

S’ensuit alors une série d’événements qui nous renvoie à l’histoire racontée par John d’un autre point de vue et avec pour effet de ne rien changer du tout. Vraiment ? Eh bien je n’irai pas plus loin parce que nous entrons alors dans le domaine de la spéculation et du ressentir. Toujours est-il qu’à mon avis nous entrons dans une boucle temporelle et qu’il est difficile d’en sortir sans rien altérer. Quant à en ressortir, il n’est même pas sûr que nos héros en sortent tant les connexions sont complexes du point de vue de l’intrigue. Et c’est là qu’est tout le sel du film.

Alors que nous progressons dans cet espace-temps (fatalement) distordu ou près de l’être, nous ressentons de plus en plus une inéluctabilité illustrée par le titre.

 

Toujours est-il que le jeu des acteurs est la clé de film et que Sarah Snook en particulier est extraordinaire dans ce rôle ô combien double. Si je regrettais dernièrement la pauvre exploitation du double dans The sixth Day (2004), je ne peux que me réjouir de celle-ci.

On retrouve les mêmes réflexions qu’à la fin de L’Armée des 12 Singes (1995) : quel est le moment réellement présent : celui où se termine le film, ou celui où il a commencé ? Et le voyage dans le temps a-t-il altéré le futur comme prévu ?

 

Je vous laisse donc sur ces questions…

 

 

(1) Né le 7-7-(190)7, ça ne s’invente pas…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Nicholas Hytner, #Comédie dramatique
The Lady in the van (Nicholas Hytner, 2015)

Au début on entend le bruit d’un accident.

Ensuite, c’est un van qui roule vite, (pour)suivi par un véhicule de police.

Sur le pare-brise, au côté gauche, un impact et une tache de sang.

Alan Bennett (Alex Jennings) vient d’emménager à Camden Town (Nord de Londres), dans une rue où tout le monde se connaît et se fréquente.

Au milieu de ce « village », une vieille dame vit dans un van. Ce van porte le même impact sur le côté droit du pare-brise.

Bien sûr il s’agit de la même personne qui vit dans son van avec la peur que la police la retrouve : l’accident qu’elle a causé a tué un jeune homme.

 

Dès le début du film, ce qui était annoncé comme presque vrai (« mostly true ») est mis en place : Alan Bennett se dédouble. D’un côté l’écrivain qui ne quitte jamais son lieu de travail ; de l’autre Alan Bennett, l’auteur et voisin du microcosme camdenien.

Mais la dichotomie ne s’arrête pas là et on retrouve une dualité qui affecte la vie d’Alan : d’un côté sa mère (Gwen Taylor) qui commence à yoyoter ; de l’autre Mary Shepherd (Maggie Smith) autre vieille dame peu équilibrée et qui vit de la charité publique, installant son van devant une maison différente tous les trois mois.

 

Mais cette femme n’est pas une SDF (c’est comme ça qu’on dit de nos jours) ordinaire : il y a une part de passé enfoui qu’Alan va essayer de déterrer progressivement, fasciné par cette vieille femme qui parle français et a appris le piano, comme elle le lui annonce. Mais Mary possède un autre côté (elle aussi, comme Alan) où elle est une femme dévote – voire bigote – fervente catholique et ancienne novice, fréquentant l’église locale où elle ne cesse de rechercher la miséricorde divine, au grand désarroi du prêtre (Dermot Crowley) qui ne cesse de l’absoudre du même péché.

 

D’une manière générale le film oscille vers ces différentes dichotomies, vers une confusion : en quoi Mary n’est-elle pas une partie de sa mère qui vient s’installer chez lui, dans son allée (1) ? Ce qu’il souhaite pour Mary arrive à sa mère et d’une certaine façon, il va chercher dans cette vieille femme ce qu’il ne peut plus faire pour sa mère, devenue un légume : allongée, les yeux ouverts, catatonique.

Et la dernière vision qu’on a du fils et de sa mère n’est pas sans rappeler la dernière entrevue entre Alan et Mary, cette première et ultime poignée de main de cette femme originale et malgré tout artisane de son malheur.

 

Evidemment, on ne peut que relever les performances de Maggie Smith et Alex Jennings.  Maggie Smith est absolument magnifique dans ce rôle de vieille femme acariâtre (encore une fois) incapable tout le long du film de remercier ou d’avoir un geste aimable envers son entourage. Elle alterne avec brio des phases positives et négatives de son personnage, jouant de sa vieillesse comme d’un arme pour apitoyer – elle est très malade, probablement mourante – mais dans l’instant suivant elle rejette tout misérabilisme.

Et puis il y a des moments heureux,  ils sont rares mais donne une aura formidable à cette femme dont les rares plaisirs sont simples : repeindre son van en jaune ; descendre la rue en pente sur son fauteuil roulant.

Quant à Alex Jennings, ce double rôle amène une touche d’humour (2) formidable, ce double disparaissant après Mary, remplacé par un véritable partenaire (Geoffrey Streatfeild).

 

Ultime dichotomie : la présence d’Alan Bennett (le vrai) dans la dernière séquence, venu assister – à vélo bien sûr – à l’inauguration de la plaque commémorative de la « Femme dans le van »…

 

  1. Pour trois mois mais reste jusqu’à sa mort, presque 15 ans.
  2. Britannique, bien sûr, tout comme le film : c’est une communauté on ne peut plus anglaise qui est ici décrite, avec cette retenue qui la caractérise, moitié pudeur, moitié timidité.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Michael Mann, #Gangsters
Collateral (Michael Mann, 2004)

Deux visages dans la foule : un homme aux cheveux gris et lunettes noirs (Tom Cruise) ; un homme chauve à l’accent britannique (Jason Statham). Bousculade, sacs qui tombent, échange de ces deux sacs, les deux hommes repartent.

Max Durocher (Jamie Foxx) est chauffeur de taxi intérim depuis maintenant 12 ans. Il conduit une jeune (et jolie) procureure – Annie (Jada Pinkett Smith) – et sympathise. On peut même dire qu’il a un ticket avec elle puisqu’elle lui laisse sa carte…

Mais la vie continue et le travail aussi. Après avoir déposé la jeune femme, il prend en charge Vincent, l’homme aux cheveux gris du début. Il va alors le conduire dans différents endroits de la ville afin qu’il y rencontre des « amis ».

Le seul (petit ?) problème : ces « amis » sont des cibles pour Vincent qui est un tueur à gage…

 

C’est un film très intelligent que nous propose ici Michael Mann, sur un scénario très subtil de Stuart Beattle. Il s’agit de raconter l’histoire de deux personnes qui font leur boulot de manière très professionnelle, avec une habileté aussi grande de chaque côté : Max est un conducteur hors pair, connaissant sur le bout des doigts (sur le volant) les itinéraires et meilleures trajectoires pour perdre un minimum de temps ; Vincent est un tueur de sang-froid impressionnant, improvisant sans jamais se laisser dépasser par les événements.

Mais cette rencontre de ces deux professionnels va amener un changement total de pratiques, amenant l’un et l’autre à des fautes professionnelles impardonnables.

 

En effet, chacun va faire un choix qui amènera une situation irréversible : Vincent, après avoir choisi le taxi de Max s’éloigne puisque ce dernier n’est pas à ce qu’il fait ; Max se reprend et rappelle ce client – première faute de Max. Vincent revient et pénètre dans la voiture de Max – première faute de Vincent.

Dès lors, c’est toute une série de petits faits qui va amener ces deux protagonistes à une issue fatale pour l’un ou/et pour l’autre (1).

Dès lors, c’est presque un road movie qui nous est présenté, alors qu’on ne quitte pas un seul instant Los Angeles. Mais comme toujours dans ces cas-là, les deux personnages embarqués dans cette odyssée vont être transformés, en bien comme en mal.

 

Mais ce qui marque le plus dans ce film, c’est l’attitude tranquille de Vincent par rapport aux différents contrats qu’il honore. De son côté, Max devient de plus en plus stressé par cette accumulation de cadavres (2), craignant de plus en plus pour sa propre vie. Mais la menace de Vincent (et surtout de son revolver) le contraint à obéir à cet assassin on ne peut plus relaxé, voire normal. Vincent maîtrise tous les éléments presque tout le temps (c’est aussi dans le presque que se loge l’intérêt du film), et agit de manière tout à fait normal : c’est son boulot, après tout. Et c’est l’argument qu’il donne à Max quand ce dernier regimbe et tente de sortir de l’emprise de ce tueur particulier. La séquence dans le club de Jazz est d’ailleurs le meilleur exemple des normes de Vincent : c’est un club de Jazz huppé où Vincent apprécie – et le spectateur aussi, d’ailleurs – l’ambiance et le jeu des différents musiciens. Il y a une osmose entre Vincent et le lieu qui n’est gâchée que par le métier de ce dernier : le boulot doit être fait !

 

C’est là qu’intervient la collatéralité du titre.

Les dommages causés par Vincent vont alors avoir des répercussions sur la vie de Max, tout comme les différentes décisions de Max vont affecter d’autres personnes plus ou moins impliquées dans la vie de ces deux hommes (3).

Et surtout, l’attitude de Max va beaucoup évoluer pendant cette unique nuit que dure cette drôle d’expédition. D’une certaine façon, Max va gagner en personnalité et en ressources à fréquenter Vincent pendant ce court temps de leur vie. Et qu’il le veuille au non, à plusieurs reprises Vincent va sauver Max, ce qui ne sera par contre pas réciproque.

Ce sont aussi les fautes qui vont causer des dégâts collatéraux, accélérant d’une certaine façon la résolution inéluctable : les options, avec le temps, devenant de plus en plus rares, nous assistons impuissants à l’arrivée de cette conclusion.

 

  1. Vous ne pensiez tout de même pas que j’allais vous dire comment tout ça se termine…
  2. Je pense que nous serions pareils si un cadavre dégringolait sur le pare-brise de notre auto…
  3. Ex : les deux loubards que Max fait venir alors qu’il est attaché au volant.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Etienne Perruchon
Le septième Continent (Etienne Perruchon, 2017)

Hier, Etienne Perruchon est mort. Il avait 60 ans.

C’était un compositeur généreux, dans sa musique comme en dehors. En tout cas, c’est comme ça que je l’ai ressenti, et je ne suis très certainement pas le seul.

La première fois que je l’ai rencontré, c’était à une des nombreuses répétitions du septième Continent, qu’il avait écrit avec Jeanne (1), son épouse, pour les élèves des classes musicales de Saint-Nazaire : il a eu une réaction formidable pour nous tous qui déchiffrions l’un des numéros phares de l’œuvre, le Chant d’Ulysse (2). Il nous remerciait de mettre en vie ce qu’il avait écrit, nous lui donnions corps.

 

Il faut dire que Le septième Continent fut un pari (presque) insensé, né d’une rencontre : celle d’Etienne et de Saint-Nazaire et en particulier certains de ses musiciens.

Il était alors question de créer un opéra (chose peu courante au 21ème siècle) ; sur une scène nationale (Le Théâtre de Saint-Nazaire) ; avec de jeunes élèves (ceux du collège Jean Moulin) dans la même ville.

A cela s’ajoutèrent un chœur mixte adulte, un orchestre symphonique et un bagad !

 

Bien sûr, ce fut un triomphe. Mérité.

Mais pour tous ceux qui y ont participé, c’est la rencontre de ce grand musicien qui fut décisive : enfin on allait interpréter une œuvre d’un compositeur connu, qui plus est vivant !

Cette rencontre fut belle et plaça sous le signe de l’émotion ce grand projet. Régulièrement, Etienne venait assister aux répétitions, donnant des conseils, modifiant certains passages – voire les enlevant, comme la fin initiale – ajoutant une transition pour laisser le temps aux décors de s’installer…

 

Et surtout, c’est l’émotion qui l’étreignit à plusieurs moments bien avant les représentations.

La première fois que nous avons enchaîné toutes les pièces de l’œuvre, dans une salle de spectacle où le chœur était côté public. Etienne n’a pas pu se contrôler et a pleuré alors que nous entonnions une dernière fois le chant d’Ulysse, avec tous ces interprètes qui n’avaient qu’un seul désir : celui d’arriver à rendre belle – musicalement – cette œuvre qui était travaillée depuis plus de 9 mois alors.

Mais ça, ce n’était rien, à côté de ce que nous attendait dans les mois suivants : il fallut mettre en scène l’œuvre et donner une vie physique à cet opéra.


Et le 20 mai 2017, après quatre représentations, se tenait la dernière : celle qui allait ensuite nous séparer, chacun reprenant sa vie normale, interrompue le temps d’un moment musical d’une très grande émotion.

Et sur le film (vidéo) qui fut tourné ce dernier soir, nous retrouvions intacte cette émotion qui nous avait étreints pendant ces mois de travail et les quatre représentations précédentes.

Le Chant d’Ulysse après le ras de marée, la Chanson de Lola (2) avec les enfants, le final renforcé par le bagad : tout était là pour partager ce moment d’émotion avec un public conquis mais surtout impressionné par la qualité du spectacle.

Ce fut aussi pour certains spectateurs de découvrir l’opéra pour la première fois : ses jeux de scènes ; son ouverture qui expose les différents thèmes musicaux et l’intrigue ; ses airs ; ses récitatifs souvent difficiles à chanter – celui de Tristan (2) ou les éléments comiques du maire (2) ; et bien sûr l’émotion inévitable (3).

 

Ce fut un spectacle inoubliable, nous faisions corps et interprétions avec beaucoup de fierté cette œuvre magnifique, malgré les difficultés que nous avons rencontrées pendant son élaboration, heureux d’offrir à Etienne cet immense moment de partage.

Si on va au bout du film, alors que les saluts s’enchaînent, on peut à nouveau voir Etienne s’essuyer les yeux après une dernière reprise du Chant d’Ulysse, alors que les spectateurs saluent tous ces gens heureux d’avoir participé à un tel événement.

 

Aujourd’hui, je suis triste que nous ayons perdu Etienne, mais comme beaucoup le disent : il nous reste sa musique, qui continuera d’être jouée, et ce film que je continuerai de revoir, ajoutant un zeste de nostalgie à cette œuvre sublime et émouvante.

 

Merci Etienne.

Adieu.


 

  1. J’ai une pensée pour Jeanne, son épouse, sa collaboratrice et surtout sa complice…
  2. Ulysse est interprété par Fabrice Maurin ; Lola par Ombeline Guetny ; Tristan par Martin Barigault ; le Maire par Marc Augé.
  3. Je sais, je me répète. Ce n’est pas de ma faute si cet opéra fut émouvant pour les spectateurs et les différents interprètes. Jusqu’à la dernière répétition j’ai vu des choristes essuyer une larme pendant La Découverte d’Ulysse, où ce dernier explique ce qu’est ce fameux « septième continent ».

 

Etienne Perruchon et votre serviteur après la dernière, le 20 mai 2017

Etienne Perruchon et votre serviteur après la dernière, le 20 mai 2017

PS: en prime, un acrostiche que j'avais réalisé à la suite de la dernière. (petits gâtés!). [Acrostiche en alexandrins autour de l'opéra]

 

                                        Le moment est venu de nous dire adieu,

                                        Et beaucoup d'entre nous ont les larmes aux yeux.

                                        Savoir que c'est fini, que la vie continue,
                                        Et que l'Alunéa ne se visite plus :
                                        Plus de chant de Lola, disparus les poissons,
                                        Tout le monde retourne à ses occupations.
                                        Il nous reste toujours ce fabuleux voyage
                                        Et ces moments vécus, cette suite d'images.
                                        Magnifique aventure, expérience magique,

                                        Ensemble, réunis, nous l'avons fait unique :
                                        Ce spectacle envoutant, cette intense passion,
                                        Où le chant et le jeu amènent l'émotion.
                                        Nous l'avons, tous les soirs, rejoué de bon cœur,
                                        Tous unis sur la scène : ensemble on a moins peur.
                                        Il est temps maintenant de refermer le livre :
                                        Nous devons malgré tout continuer de vivre
                                        En gravant dans nos cœurs ce souvenir passé,

                                        Nous avons, un instant, fait un rêve éveillé :
                                        Très grand merci à vous qui m'avez fait rêver.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Roger Spottiswoode
A l'Aube du sixième jour (The 6th Day - Roger Spottiswoode, 2000)

Ca commence par une citation de la Bible (1), et ça continue avec un des thèmes de prédilection du cinéma depuis bien longtemps : le double.

Mais ici, le film se raccroche à une actualité de l’époque : le clonage. En effet, comme annoncé en préambule, on fait référence à Dolly, la première brebis clonée (1997) et au décodage du génome humain, deux conditions sine qua non du clonage humain.

Mais si cette pratique est toujours interdite, elle n’empêche pas les réalisateurs d’anticiper une telle éventualité. Le spectateur est alors prévenu que l’histoire qui va suivre est dans le futur, mais pas si lointain que ça…

 

Adam Gibson (Arnold Schwarzenegger), qui dirige une entreprise de balades en hélicoptère, se réveille dans un taxi, un peu désorienté. Mais quand il rentre chez lui, il s’aperçoit qu’il y est déjà. Ou plutôt que quelqu’un qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau a pris sa place. Serait-ce un clone ? Pas possible, la loi est claire : si on peut cloner un animal pour le faire revivre, le clonage humain est interdit.

Mais l’homme est ce qu’il est : les interdits sont souvent faits pour être enfreints…

 

Nous sommes quatre ans environ après le savoureux Multiplicity d’Harold Ramis qui voyait Michael Keaton se multiplier afin de profiter pleinement de la vie. Ici, le principe est (presque) le même, sauf qu’il n’y a aucun humour dans la situation, et qu’un Arnold Schwarzenegger, ça va, plus ça devient un peu trop.

Encore une fois, nous retrouvons deux fois la star dans un même film (2), avec l’action inhérente à la plupart de ses films.

Il faut dire que Roger Spottiswoode lui non plus ne fait pas semblant question action : ça tire, ça explose (presque) de partout, sur un rythme très soutenu. Le tout avec une transition répétée qui sépare nettement les différentes parties.

 

Malheureusement, on a l’impression que ce même Spottiswoode n’arrive pas à se situer par rapport à l’intrigue (intéressante). Les quelques touches d’humour ne sont pas toujours subtiles et la rencontre entre les deux faces de la même personne aurait pu donner une scène un peu moins convenue (3). Mais surtout, elle intervient peut-être un peu tard. Mais le timing de l’aspect action du film ne permettait pas une digression. Et ce qui aurait pu être prétexte à un moment entre humour et réflexion tombe un peu à plat, même si le scénario amène quelques rebondissements en jouant sur cette multiplicité.

 

Finalement, pas grand-chose de nouveau pour les spectateurs depuis le film d’Harold Ramis, alors que les effets numériques auraient pu apporter un plus dans l’aspect duel du personnage : Schwarzy donne la réplique à Schwarzy mais sans aucune véritable chaleur humaine.

Par contre, les différents ressentir d’Adam sont très bien montrés par l’utilisation d’un dédoublement furtif de l’image, comme un écho visuel, donnant une impression d’incertitude qui annonce au spectateur la résolution du mini-conflit entre Adam et son double (4).

 

PS : aviez-vous remarqué que le prénom du personnage principal est le même que celui que Dieu a créé dans le Livre ci-dessus mentionné ?

 

 

  1. Genèse, I : 27 & I : 31
  2. La fois d’avant, c’était dans Last action Hero (1993).
  3. Je parle du moment où ils se parlent.
  4. Lequel des deux suivons-nous : l’original ou la copie ? Réponse dans le film, bien sûr.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #John Francis Dillon, #Mary Pickford, #Albert Austin
Rêve et Réalité (Suds - John Francis Dillon, 1920)

Londres dans la blanchisserie de Madame Didier (Rose Dione).

Amanda est une fille à tout faire dans cet établissement : laver le linge et le sol, livrer le linge, le ranger. Bref, elle est un tantinet exploitée par sa patronne française (1), pour la plus grande joie des lavandières.

Malgré cette dure vie, elle rêve de son prince charmant : Horace Greensmith (Albert Austin), qui amena un jour une chemise rayée et revient la chercher au bout de 8 mois et demi.

Devant les moqueries de ses collègues, Amanda imagine et leur raconte un passé aristocratique avec histoire d’amour contrarié.

 

Dès les premiers intertitres, le ton est donné : nous sommes dans une comédie. Nous allons donc suivre l’histoire d’une chemise (rayée), d’un cheval (âgé) et d’une jeune fille (rêveuse). Bien sûr, le scénario est du sur mesure pour Mary Pickford, mais encore une fois, elle nous montre l’étendue de son talent, avec un personnage un peu plus âgé que d’habitude : ce n’est pas une petite fille.

Et la (bonne) surprise, c’est aussi la présence d’Albert Austin – transfuge de chez Chaplin – dans un rôle sans attribut capillaire et presque de jeune premier.

 

Mais revenons sur le titre (2).

« Suds » en VO, signifie « mousse » ce qui se conçoit aisément au vu du lieu principal où se déroule le film, et cette mousse est aussi source de gags : quand Amanda verse de la poudre dans une lessive sans regarder ; ou l’incontournable lavandière qui tombe dans son baquet.

La dichotomie du titre français ne s’explique que par la rupture dans la narration introduite par le passé que crée Amanda à la chemise d’Horace Greensmith. C’est une histoire rebattue d’amour malheureux montrant des personnages sortis tout droit d’une quelconque opérette avec bonnets à poils de rigueur. Albert Austin est alors le jeune premier amoureux de la « duchesse » Amanda dont le père archiduc (Darwin Karr) refuse l’idylle. Mais je vous laisse découvrir comment la chemise entre dans l’histoire.

 

Mary Pickford est en pleine forme et le fait qu’elle ne soit pas une petite fille rend son rôle plus intéressant. Nous lui connaissons trois tenues plutôt différentes : celle de la souillon ; celle de la duchesse et celle de la jeune fille en goguette. Si la duchesse porte une tenue avec bijoux et fanfreluches, on assiste à une belle transformation quand Amanda s’apprête à sortir avec Horace : elle rabat sa robe qu’elle avait relevée pour le travail ménager, montrant un jupon de rayures ; enfile une veste qu’elle attache avec une épingle de nourrice ; arrange ses cheveux et porte un chapeau de paille. En très peu de temps, elle est totalement métamorphosée et ressemble plus à la Mary Pickford publique, qui avait tout de même 28 ans quand le film est sorti…

 

C’est finalement un film très simple que nous propose Jack Dillon (3), mais dont le montage dynamique et la présence de Mary Pickford donne une très bonne impression. Mary Pickford s’amuse et amuse autant qu’elle attendrit, et la présence d’Albert Austin, habitué des comédies, amène le lien avec le slapstick, surtout dans la séquence en costumes. Et puis Charles Rosher est derrière la caméra (pas tout le temps, il partage la place avec L. William O'Connell qui est alors un débutant : ce n’est que son deuxième film) et on a alors droit à de très beaux portraits de Mary en gros plan. Ces gros plans montrent aussi un autre aspect de l’actrice : elle passe la plus grande partie du film la bouche close, sans sourire. Il faut dire que travailler pour la Didier, ce n’est pas une sinécure.

 

Au final un « petit » film mais la présence de Mary Pickford lui donne un petit peu plus de cachet, même s’il n’atteint pas les fabuleux films de William Beaudine avec la star (4).

 

PS : et le cheval me direz-vous ? Il s’appelle « Lavender » (comme la plante dicotylédone aux fleurs violettes qu’on trouve en Provence) et est une ancienne monture de polo recyclée dans la comédie avec bonheur.

  1. « French Hand Laundry » est écrit sur le mur : blanchisserie française. De plus Mme Didier nous gratifie d’un vocabulaire fleuri dans la langue (s’il vous plaît) pour qualifier sa souillon .
  2. Je sais, je fais une fixation. Mais je ne peux pas m’empêcher de constater les décalages voire les perles des traducteurs. Une déformation étudiante, à défaut d’être professionnelle…
  3. De son vrai nom John Francis Dillon (1884-1934), appelé Jack (le diminutif de John) dans les titres de présentation.
  4. Difficile de rivaliser en effet…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Guillermo del Toro
La Forme de l'eau (The Shape of water - Guillermo del Toro, 2017)

Ca commence comme un film de Jeunet et Caro et puis…

Et puis c’est un film de Guillermo del Toro, avec une créature étonnante.

Bien sûr, derrière la créature, on retrouve son vieux complice Doug Jones. Il faut dire qu’il rappelle étrangement Abe Sapien dans Hellboy.

 

Tout commence chez Eliza Esposito (Sally Hawkins) : comme tous les matins, elle accomplit (les mêmes gestes qui la conduisent à soin travail où elle arrive juste à temps pour ne pas être en retard – il faut dire que sa collègue et amie Zelda (Octavia Spencer) lui garde une place pour pointer à l’heure. Leur travail ? Nettoyer, les sols, les engins, les toilettes…

On a découvert une créature aquatique dans une sombre région d’Amérique du Sud. Elle est étudiée dans un des laboratoires militaires américains, dirigé par Strickland (Michael Shannon), un homme efficace et sans scrupule.

Eliza se sent attirée par cette créature, cette « forme dans l’eau »…

 

Comment ne peut-elle l’être ? En effet, elle, la différente qui ne s’exprime que par geste se sent irrémédiablement attirée par cette créature qui est « étudiée » par des militaires – avec ce que ça renferme de subtilité et de douceur. Tout comme elle, la créature ne peut faire entendre sa voix et communiquer comme tous les autres. Cette différence les rapproche et justifie alors tout ce que la jeune femme va entreprendre pour cet autre si différent mais pourtant si proche.

 

On est obligé de penser au premier film de Jeunet et Caro par l’ambiance que crée Del Toro, les différents filtres de couleur amenant un effet suranné qui nous ramène fin années 1950s – début 1960s. Mais alors que le duo nous contait une histoire post-apocalyptique, ici, nous sommes en pleine guerre froide, comme l’atteste la sous-intrigue entre le professeur Hofstetler (Michael Stuhlbarg) et Strickland. Cette créature n’est pas non plus sans nous rappeler l’histoire de l’extraterrestre de Roswell, et rajoute dans le folklore qui entoure cette période et certaines pratiques de la CIA.

Pas étonnant donc que Jean-Pierre Jeunet y ait relevé des similitudes (vous les chercherez vous-mêmes), même si le propos n’est absolument pas le même.

 

Et puis il y a le rêve. Tout comme dans Le Labyrinthe de Pan, on passe d’un monde à un autre de manière tout à fait subtile, la muette Eliza trouvant une voix pour interpréter You’ll never know dans un décor noir et blanc qui rappelle la télévision quasiment omniprésente tout le long du film (1) – comme dans Delicatessen, tiens, tiens – puis retourne à la réalité alors que s’éteint cette même voix qu’elle avait retrouvée.

Cet univers onirique tranche complètement avec cette période de pragmatisme et de consommation que furent ces années, où on achète une voiture – Cadillac, bien sûr – comme on va chercher le pain.

 

Dès le début, et fort du titre, Del Toro nous propose l’appartement où vit Eliza inondé par les eaux (lesquelles ?), où nagent entre deux eaux des objets familiers, jusqu’au divan au-dessus duquel elle flotte elle aussi, endormie dans une couverture, un cache sur les yeux. Et quand le réveil sonne, les choses retrouvent leur place, et la journée peut commencer.

Cette transition est l’une des nombreuses qu’on trouve dans tout le film, de ces transitions dont on se dit « waouh ! », tant elles sont belles.

 

Je dois dire que le titre m’intriguait, appelant en moi des idées scientifiques autant que saugrenues (la mémoire de l’eau, par exemple), alors qu’il fallait y voir quelque chose de plus simple et qui est pourtant si étrange… Vous qui l’avez vu savez de quoi je veux parler.

Quant aux autres, allez de toute urgence voir ce magnifique film qui, s’il « emprunte » certains éléments n’en demeure pas moins très beau, très sensible voire très émouvant…

 

 

(1) Si ce ne sont pas des programmes de divertissements, ce sont les caméras de surveillance dans le bureau de Strickland.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #Lewis Gilbert, #James Bond
L'Espion qui m'aimait (The Spy who loved me - Lewis Gilbert, 1977)

Evidemment, le film ne pouvait pas être présenté un autre jour : le 7 juillet 977, soit 7-7-77 !

Cette abondance de 7 semble avoir porté chance à Lewis Gilbert et surtout Roger Moore, car on retrouve – enfin – dans cet épisode ce qui faisait le charme de la série et qui avait été carrément oublié dans l’épisode précédent, L’Homme au pistolet d’or.

 

Nous retrouvons donc Bond en proie à un psychopathe qui veut détruire le monde pour mieux le reconstruire (1) : Karl Stromberg (Curd Jürgens).

Encore une fois, ce méchant absolu est un homme raffiné qui aime la grande musique, les fonds marins et le Dom Pérignon 1952.

A l’instar du film qui rappelle en partie le tout premier épisode de James Bond (Dr. No), Stromberg possède une particularité proche du premier ennemi cinématographique de Bond.

En effet, le Dr No possédait des mains artificielles qui ne lui permettaient pas d’avoir de contact direct avec ses adversaires (et ses alliés, cela va de soi). Ici, Stromberg a des mains tout à fait valides mais on est prévenu qu’il ne sert jamais les mains de ses rencontres, comme s’en apercevra Bond qui avancera la sienne pour la retirer de suite (2).

Il est étonnant tout de même de constater que Stromberg n’appartient pas au SPECTRE (3) : ses cibles sont l’Est et l’Ouest sans distinction : son rêve de puissance allant au-delà du clivage qui avait cours avant 1991.

 

On assiste alors à une alliance inattendue entre les Soviétiques – représentés par Gogol (Walter Gotell) – et les Britanniques – représentés par Sir Frederick Grey, le ministre de la Défense (Geoffrey Keen) – contre l’infâme Stromberg et ses comparses.

Parmi eux, on découvre un personnage fort sympathique – Jaws – interprété par Richard Kiel qui gagnera une notoriété inattendue grâce à cet homme peu humain voire surhumain au sourire funeste.

L’alliance anglo-soviétique associera à James Bond ((Roger Moore, donc) la major Anya Amasova (Barbara Bach), aussi redoutable que belle. Et elle est très belle.

L’alliance fonctionne comme prévu (je ne vous apprends rien), mais une complication se pointe quand Anya se rend compte que son ami (et amant) a été tué en mission par notre cher 007…

 

Cette situation triangulaire particulière amène une question en rapport avec le titre « l’Espion qui m’aimait ». Si Anya semble exclue de la proposition française, la version originale la remet en selle : « spy » signifie aussi bien « espion » que « espionne ».

Alors qui est cet(te) espion(ne) ? Et qui est la personne aimée ?

Je vous laisse sur ces deux questions…

 

 

PS : Bond ne batifole toujours pas avec Miss Moneypenny (Lois Maxwell), et nous avons le plaisir d’apprendre deux éléments d’identité. M (Bernard Lee) a pour prénom Miles, et Q (Desmond Llewelyn) est appelé Commander Boothroyd par Anya.

 

PPS : deux références à David Lean se sont glissées dans le film, les avez-vous reconnues ?

  1. Il n’a pas du bien comprendre le concept « déconstruire pour reconstruire »…
  2. Il fallait bien qu’il essaie…
  3. Il semble que dans cette nouvelle série, le SPECTRE n’ait plus sa place.

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