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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Action, #John McTiernan, #Die Hard
Piège de Cristal (Die hard - John McTiernan, 1988)

Si vous êtes inquiets en avion, méfiez-vous des tuyaux que peuvent vous refiler vos compagnons de voyage. Car à moins d’être fakir, marcher sur des morceaux de verre pieds nus peut provoquer quelques inconvénients très désagréables surtout quand on vous tire dessus à la mitraillette.…

 

C’est ce qui est arrivé à John McClane (Bruce Willis, avec des cheveux) : pour Noël, ce gentil policier a décidé de traverser les Etats-Unis pour célébrer cette fête incontournable avec sa femme Holly (Bonnie Bedelia) et ses enfants.

Et avant la fête familiale, il faut passer par la réception professionnelle offerte par Joseph Y. Takagi (James Shigeta), PDG de Nakatomi Industry.

Mais c’est aussi le soir qu’a choisi Hans Gruber (Alan Rickman) pour s’attaquer à cette entreprise : prise d’otage avec feux de toutes sortes et interventions très musclées.

Le tout filmé par l’équipe de Richard « Dick » Thornberg (William Atherton), journaliste peu scrupuleux qui mérite son surnom (1).

 

Une chose est sure avec John McTiernan, c’est qu’il va y avoir du spectacle. Et croyez-moi (si vous n’avez pas encore vu ce film), on en a pour son argent !

C’est un film dans la lignée de certains films-catastrophes des années 1970s : on ne peut pas s’empêcher de penser à La Tour infernale, du fait de la localisation de l’intrigue (un gratte-ciel, un tantinet plus petit tout de même) et des diverses séquences pyrotechniques proposées (2).

 

Nous avons donc une belle bande de méchants, Hans Gruber en tête, prêts à tout pour faire aboutir leurs noirs desseins, la mort d’un innocent n’étant pas un souci pour eux. Il faut dire que leur patron est un sacré coco : ancien membre d’un groupuscule d’extrême gauche (ce n’est pas la RAF, mais ça y ressemble tout de même beaucoup), il est habitué à mener de telles expéditions. C’est un type froid et très calculateur, un méchant comme on les aime au cinéma, et comme en plus c’est le regretté Alan Rickman qui l’interprète, nous sommes gâtés : c’était d’ailleurs son premier grand rôle au cinéma !

 

En face de ce super méchant, on trouve un pauv’ flic de New York, et dans l’histoire qui nous intéresse : un cowboy solitaire loin de son foyer (3).  Mais c’est avant tout un flic : le boulot avant tout, quitte à ne pas voir le monde changer autour de lui, et en l’occurrence sa femme partir à l’autre bout du pays pour travailler.

Mais heureusement que Gruber est là : cette aventure va lui permettre de changer et, comme toujours dans ces cas-là, gagner sa rédemption… (4)

Mais il ne sera pas le seul dans ce cas : son contact extérieur, le sergent Powell (Reginald VelJohnson) aura la sienne : en période de Noël, les miracles arrivent.

 

Trente ans déjà que le film est sorti. Si l’intrigue est toujours aussi solidement menée, et les effets spéciaux à couper le souffle, il y a un élément qui nous fait regarder le film avec un autre œil : quand un corps tombe du gratte-ciel, comment ne pas penser au 11 septembre 2001 ? En effet, 17 ans après, et pour un spectateur qui a assisté à cet événement funeste (au moins à la télévision) il y a une résonance prémonitoire assez étonnante dans ce film.

 

Pour le reste, c’est un film très américain, et pas seulement parce qu’il y a Bruce Willis. On n’échappe pas à la sacro-sainte réception de Noël que donnent les entreprise à leurs employés (on peut en voir une dans Un Fauteuil pour deux, par exemple), ni à l’incontournable Let it snow, chanté par Vaughn Monroe mais auparavant chantonné par Powell. Il ne manque plus qu’un extrait de La Vie est belle.

Et si en plus, je vous dis que l’un des deux agents du FBI est un ancien du Vietnam…

 

Bref un film d’action impeccable et qui se bonifie à chaque visionnage.

 

 

  1. Allez vérifier vous-mêmes.
  2. A l’ancienne, bien entendu, c’était il y a 30 ans !
  3. Si vous voyez ce que je veux dire…
  4. No comment.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #Carl Theodor Dreyer
Vampyr (Carl Theodor Dreyer, 1932)

Une cloche sonne. C’est un paysan portant une faux qui la fait tinter. Il est de dos. Il n’en faut pas plus pour le jeune David Grey (Julian West (1) qui coproduit le film), féru de sciences occultes, et de vampires en particuliers, pour voir dans cet homme une figure mortuaire. Et si cet homme, en sonnant la cloche, ne fait qu’appeler le bac afin d’aller de l’autre côté de la rivière, le spectateur, à son tour, fait la corrélation avec Charon, le passeur d’âmes de la mythologie grecque.

 

Nous sommes à Courtempierre (nord-est du Loiret), où David Grey s’est un tantinet égaré. Il entre dans une auberge où un homme lui confie un paquet à ouvrir après sa mort. Et comme l’homme meurt, il l’ouvre.

C’est un livre sur les vampires dont un extrait se passe exactement où il se situe. Le sort s’acharne décidément sur ce village puisque Léone (Sybille Schmitz), une jeune femme, a été mordue par un vampire. Il s’agirait de la vieille Chopin (Henriette Gérard), une femme maudite qui fut enterrée sans les sacrements.

 

Alors que Browning sort son Dracula, Dreyer reprend à son tour une histoire de vampire où le rêve et la réalité se mêlent étroitement. De ce fait, Dreyer nous promène dans une histoire qui nous fait (presque) toujours douter de sa véracité : se passe-t-il réellement ce que nous voyons ? Ou est-ce le fruit de l’imagination de Grey ?

A moins que ce ne soient un peu des deux…

 

Il règne sur ce film une atmosphère de mystère permanent. Certes, le fait qu’un incident technique ait altéré l’image involontairement y fait pour beaucoup (2) mais ce sont surtout les différentes pistes qui s’ouvrent à David Grey et donc au spectateur (qui se retrouve à la place de ce dernier par l’utilisation d’une caméra subjective) qui accentuent le côté mystérieux.

Ce sont des événements épars mais inexplicables qui donnent le ton : des ombres autonomes qui rejoignent leurs propriétaires ou se baladent tranquillement dans la nature ; des portes qui s’ouvrent et se ferment toutes seules ; des crânes dont l’un se tourne vers nous…

 

Avec ce film tout en atmosphère, Dreyer passe – doucement – au parlant. Certains sons sont amplifiés, quelques paroles sont échangées, mais on a toujours recours aux intertitres pour expliquer certaines parties. Cette utilisation parcimonieuse du son rappelle par certains points Extase, où la parole n’est pas importante. Ici, elle l’est un peu plus, donnant un aspect plus terrifiant aux événements qui se succèdent.

 

Mais c’est avant tout l’utilisation de l’éclairage qui fait de ce film une œuvre inoubliable. Outre les ombres autonomes (voir ci-dessus), les passages de l’ombre à la lumière (et inversement) créent cette atmosphère propice à l’épouvante. Et en cela, on retrouve certains effets du Nosferatu de Murnau. Mais si Murnau utilisait un vampire qui agissait (tout comme Browning), ici nous ne voyons que les effets du vampire, jamais la morsure fatale.

Et tout comme Dracula avait son Renfield, le vampire ici a son aide : le docteur (Jan Hieronimko), qui comme son maître, sera châtié, bien entendu. Et alors que la mort est toujours symbolisée par la couleur noire, celle du docteur est blanche (3).

 

En plus de l’intrigue, Dreyer maîtrise sa technique, alternant des plans d’ensemble et une caméra vivante (travellings, panoramiques, caméra subjective) qui favorise l’identification du spectateur en David Grey : la seconde scène de rêve (la plus longue) est une suite de champs (caméra subjective) et contre-champs (le visage de Grey) de toute beauté. Et l’utilisation des surimpressions donnent une valeur prémonitoire à ce rêve, où Grey n’est que l’ombre de lui-même, ce qui ne l’empêche pas d’agir sur les éléments alentour. Un grand moment.

 

 

  1. De son vrai nom : Baron Nicolas Louis Alexandre de Gunzburg (1904-1981)
  2. A l’origine, ce n’était pas fait exprès. Mais il ne faut jamais oublier la part de chance dans le talent. A moins que ce soit surnaturel…
  3. Je n’en dis pas plus, je vous laisse découvrir

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Rob Reiner, #Morgan Freeman, #Comédie
Un Eté magique (The Magic of Belle Isle - Rob Reiner, 2012)

Ce que j’aime chez Rob Reiner, c’est que quand un film se finit, on repart avec un sourire aux lèvres. Il y a toujours une empathie qui se crée entre ses personnages et le spectateur.

Et cet Eté magique ne déroge pas à la règle.

Il faut dire que les quelques semaines que Monte Wildhorn (Morgan Freeman) passe à Bell Isle ont de quoi réjouir.

 

Monte est un romancier de western qui ne chevauche plus que les bouteilles de whisky. Alors évidemment, sa production s’en fait sentir. D’ailleurs, il n’y a plus de production du tout.

Mais un jour, son neveu Henry l’installe dans la maison d’un de ses amis. Juste à côté vit « une superbe femme sur un toit » : Charlotte O’Neil (Virginia Madsen). Et Charlotte a trois filles : Willow (Madeline Carroll), Finn (Emma Fuhrmann) et Flora (Jessica Hecht).

Lentement, la présence de ces quatre personnes va le faire évoluer et lui redonner l’envie d’écrire.

 

Bien sûr, l’intrigue est cousue de fil blanc : on sait qu’il va se remettre à écrire, mais c’est justement la façon dont ça lui revient qui est intéressante. Et l’autre protagoniste principale de l’intrigue, c’est la jeune Finn. C’est son regard sur la vie, ou plus exactement son regard sur ce qu’il n’y a pas dans la vie qui va aider l’écrivain à se reprendre. Parce que c’est là qu’est le véritable pouvoir de l’écrivain : voir ce qu’il n’y a pas et l’arranger pour en faire quelque chose qui existe. Et la jeune Emma Fuhrmann – qui a le même âge que Finn – possède des yeux qui, en plus d’être beaux, sont très expressifs et conviennent très bien à ce personnage.

 

Mais si Monte change (en très bien), il n’est pas le seul. Chacune des habitantes de la maison d’à côté va évoluer avec l’écrivain, qui va finalement prendre de plus en plus de place dans leur vie, sans pour autant les envahir. Il faut dire que  le handicap de Monte limite tout de même ses mouvements, même avec son siège électrique.

Et si Monte entre peu à peu dans la vie de Charlotte et ses filles, la réciproque est on ne peut plus vraie, car les filles sont beaucoup plus mobiles.

 

Mais cette rencontre, finalement, est surtout possible grâce à un personnage absent, mais dont on sent très souvent la présence : le père. Ce père n’est pas là, et chaque spectateur se retrouve dans le même cas que Finn qui doit décrire ce qu’elle ne voit pas : imaginer.

Nous imaginons alors cet homme qui compte tellement pour ses filles mais qui n’est jamais là, et qui comptait aussi pour leur mère. Mais comptait-il par sa présence ? Ou ne compte-t-il plus par son (ou ses) absence(s) ?

 

Alors évidemment, Morgan Freeman est impeccable, mais c’est toujours le cas, et en face de lui, on trouve une Virginia Madsen à la hauteur de ce monstre sacré. Elle y interprète une femme qui n’est plus toute jeune, mais qui assume très bien cet âge. Et l’histoire d’amour naissante entre elle et Monte est absolument vraisemblable. Si on accepte que des jeunes premiers sur le retour (je ne donnerai pas de nom, vous chercherez vous-même) ont des aventures avec des jeunettes de vingt-cinq ans (de moins qu’eux voire plus !), on peut alors tout à fait croire à cette belle histoire d’amour qui s’esquisse.

 

Et puis voir Morgan Freeman enfin jouer un homme amoureux (et aimé en retour) est un plaisir très rare*, surtout maintenant qu’il a passé la barre des 80…

 

 

* Il semble d’ailleurs qu’il n’ait jamais joué d’homme amoureux dans ses autres films.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jacques Deray, #Gangsters
Borsalino (Jacques Deray, 1970)

Des mitraillettes, des cheveux gominés, des professionnelles, Marseille, Alain Delon, Jean-Paul Belmondo, la musique inoubliable de Claude Bolling… C’est sûr : c’est Borsalino.

C’est un retour au film de gangster, et dans le temps. Ce sont les années 1930 dans la cité phocéenne où l’accent qui faisait le charme des pagnolades a été troqué pour un langage très terre à terre, surtout pour celui qui se faisait descendre.

 

Roch Siffredi (Alain Delon) sort de quatre mois de prison pour une peccadille (à son niveau) et trouve le milieu bien changé et sa fiancée Lola (Catherine Rouvel) aux bras d’un autre : François Capella (Jean-Paul Belmondo).

Après quelques échanges, ils deviennent amis et décident de prendre le contrôle de Marseille (rien que ça).

 

Bien que ce ne soit pas le premier film où apparaissent Delon et Belmondo ensemble, c’est tout de même la première fois qu’ils tiennent ensemble le haut de l’affiche. Il était temps pour le public qui ne rêvait que de cette rencontre qu’on peut aujourd’hui qualifier de mythique*.

Cette histoire de truands – inspirés de deux véritables caïds marseillais qui ont franchement mal tourné (si on le peut dans leur cas) – un tantinet glorifiés a pu faire grincer certains tenants de la morale. Mais il n’était pas question non plus de faire de Delon et Belmondo une paire de beaux salauds, il faut tout de même rester pragmatique et songer au box-office

 

On a donc une pègre de l’entre-deux guerres où les exactions des uns et des autres restent tout de même bien gentilles si on les compare avec un autre film de gangsters qui va sortir deux ans après : Le Parrain.

Mais on n’est pas déçu par cette intrigue musclée où la distribution est somme toute très prestigieuse, que cde soit les vedettes – Michel Bouquet, Nicole Calfan ou Julien Guiomar – ou les seconds rôles - Mario David, Lionel Vitrant (mon préféré) – on a de quoi être satisfait.

 

Alors on regarde ce film avec juste ce qu’il faut de nostalgie quand on voit les participants, mais on aurait peut-être pu attendre un peu plus de profondeur dans les personnages, même s’ils jouent avec justesse et qu’on sent tout de même une complicité entre les deux chouchous du public.

 

Mais, que voulez-vous, tout le monde n’est pas Coppola, ni servi par Mario Puzo...

 

 

* Ils ont tourné ensemble une (seule) autre fois, en 1998, pour le film de Patrice Leconte : Une Chance sur deux.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #Tony Scott, #Robert Redford
Spy Game (Tony Scott, 2001)

Vingt-quatre heures de la vie d’un homme.

Nathan Muir (Robert Redford) est un homme de l’ombre : il travaille à et pour la CIA. C’est un agent recruteur et superviseur d’opérations de terrain.

Mais aujourd’hui, c’est son dernier jour : il prend sa retraite le soir même.

Mais manque de chance, son protégé, Tom Bishop (Brad Pitt) vient de se faire arrêté en Chine. Lui aussi, il lui reste vingt-quatre heures : après, c’est une retraite définitive sans aucune indemnités de quelque sorte, sans même un enterrement de seconde classe.

 

Tony Scott est, à la différence de son frère Ridley, un cinéaste efficace. Son montage est très (trop ?) dynamique et on enchaîne dans un rythme effréné des situations plus périlleuses les unes que les autres.

Pendant ces vingt-quatre à son poste, avant sa retraite, une sorte de mort professionnelle, il revoit toute sa vie avec son poulain : de leur rencontre à leur séparation. Leur vie commune se déroule devant le regard attentif des pontes de la CIA qui ne rêvent que d’une chose : se débarrasser de ce trublion (Bishop) qui risque de faire tache dans le cadre d’un voyage prochain du Président en Chine.

 

Oui, c’est très efficace. Un peu trop à mon goût car les péripéties prennent le pas sur le jeu d’acteurs et au final, Redford et Pitt n’ont pas eu beaucoup à faire montre de leur talent.

Tout juste peut-on penser à un passage de témoin entre deux sex-symbols : Redford dans les années 1970 et un peu après ; Pitt dans les années 1990s et après.

Pour le reste, pas grand-chose à dire.

 

C’est essentiellement la façon de filmer cette intrigue (intéressante tout de même) qu’on retient une fois le film terminé. En effet, cette explosion de plans multiples sur un temps très court nous fait ressortir étourdi de la séance. On tituberait presque, comme Bishop à la fin, mais pour une autre raison.


Finalement, seul Robert Redford tire (un peu) son épingle du jeu dans ce rôle de ce directeur d’opération matois, brodant des histoires à partir de détails glanés au fur et à mesure que l’échéance s’approche, prêchant alors le faux pour savoir le vrai.

Et le jour de la sortie coïncidant avec les attentats du 11 septembre, le film fut remonté et retardé afin de laisser au spectateurs le temps de se remettre, l’actualité rattrapant, hélas, l’intrigue du film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Spike Lee
Old Boy (Spike Lee, 2013)

Joe Doucett (Josh Brolin) est un sale con. Et alcoolique, en plus.

Il a une ex-femme et une petite fille : Mia.

Un matin, il se réveille dans une chambre d’hôtel, seul.

Il va y rester vingt ans, pendant que sa fille, ailleurs, grandit et devient une femme.

Libéré, Joe n’a qu’une idée : la retrouver.

 

C’est une histoire terrible que nous propose Spike Lee. Et avec la manière : nous sommes comme Joe, nous avançons dans le noir. Et nous voyons les choses se préciser en même temps que lui, comme une résurgence de la mémoire : un voile qui se déchire et qui fait revivre le passé.

Parce que la réponse est dans le passé. Et comme Joe a toujours été un sale con, il lui est difficile de répondre aux questions qui se posent quant à son aventure.

 

Spike Lee a délaissé pour un temps les histoires identitaires pour se concentrer sur une histoire pourtant très noire (sans jeu de mots !). Son héros (si on peut l’appeler ainsi n’est pas un type reluisant et son enfermement, pour injuste qu’il soit, est tout de même une bonne chose pour lui.

Et on retrouve alors le thème de la rédemption dans cet homme, coincé dans une pièce – comme Phil Connors l’est dans une journée (sans fin !) – avec comme seul contact extérieur la télévision qui lui permet de mesurer le temps qui passe. Mais cet enfermement salutaire lui permet de rompre avec son passé peu glorieux. Et quand il sort, vingt ans plus tard (un peu après la réélection d’Obama), c’est un homme neuf, plus sain, mais avec vingt ans de plus. Son ventre arrondi par les excès a laissé place à un corps athlétique et résistant.

 

Mais pourtant, cette rédemption n’est que passagère : il ne pourra être complètement transformé que quand il aura retrouvé sa fille. S’ensuit alors un déchaînement de violence comme Lee sait en proposer, ne cachant rien au spectateur quant aux effets macabres voire gore. Joe est peut-être un homme nouveau, mais c’est toujours un tueur. Avant, c’était un tueur en affaires, maintenant, c’est un tueur tout court, avec un paquet de victimes à son actif.

 

Mais parallèlement à ces épisodes brutaux, Lee nous propose de magnifiques flashbacks où ses personnages revivent des souvenirs, devenant alors observateurs de ce qu’il s’est passé dans les lieux visités. On passe alors doucement d’une époque à l’autre sans rupture de narration. C’est magique.

Mais cela n’atténue pas pour autant les images fortes proposées.

 

Si Josh Brolin interprète un Joe plutôt crédible, malgré le manque de marques du temps sur le personnage (il aurait une petite cinquantaine d’années quand il est libéré), Sharlto Copley est un terrible Adrian Pryce. Un homme d’une grande faculté de nuisance. Et son aspect d’homme riche et raffiné n’est pas pour rassurer.

 

Sans rien révéler, j’ajouterai que même la fin est surprenante et, pour une fois pas spécialement heureuse. Mais sachez tout de même que Joe atteindra cette chère rédemption, même si ça doit arriver après la fin du film.

 

Une histoire forte pour un film encore plus fort. Et même parfois insoutenable.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Policier, #David Zucker, #Jerry Zucker, #Jim Abrahams
Y a-t-il un Flic pour sauver la Reine ? (The naked Gun - ZAZ, 1988)

 

Six ans après Police Squad, le trio ZAZ adapte les aventures du policier Frank Drebin (Leslie Nielsen), l’un des pires éléments de
la Force de Los Angeles.

C’est l’effervescence à L.A. car
la Reine (Jeannette Charles, assez ressemblante) vient en visite officielle. Et bien entendu, c’est Frank Drebin et ses collègues qui doivent assurer sa sécurité.

Dans le même temps, l’inspecteur Nordberg (O.J. Simpson) à mis à jour un trafic de drogue dirigé par celui qui a organisé la venue de la Reine : l’infâme Vincent Ludwig (Ricardo Montalban).

Ajoutez à cela que la secrétaire de Ludwig, la belle Jane (Priscilla Presley, ex-femme de qui vous savez) tombe amoureuse de Frank et vous aurez une comédie complètement déjantée où, comme à leur habitude, les trois compères (Jim Abrahams, David & Jerry Zucker) enchaînent les gags à un rythme effréné, et vous aurez une dernière collaboration en apothéose, dont le feu d’artifice (involontaire) tiré grâce aux bons soins de Drebin, est un très bon exemple.


Oui, l’humour du trio ZAZ est parfois douteux. Mais on retrouve tout de même la même verve qu’on a pu apprécier dans Airplane ou Top Secret. IL y a d’ailleurs une montée en puissance du rythme des gags : de plus en plus fort pour certains, de pire en pire pour d’autres.

Je fais partie de la première catégorie et trente ans après, les facéties du lieutenant Drebin me font toujours rire.

 

On retrouve bien entendu les bases de la série de 1982 : Ed, le supérieur de Drebin est toujours là, mais c’est George Kennedy (qui regrettait de n’avoir pas pu jouer dans Airplane) qui prend la place d’Alan North parce que la production voulait une star reconnue ; Al (Tiny Ron – 2,13m), le policier immense dont on ne voit jamais la tête, Nordberg, donc ; et des gags à la pelle…

 

Comme dans Top Secret, il faut parfois se concentrer sur ce qu’il se passe dans l’arrière plan – tout en suivant ce qui se dit au premier plan – parce qu’il se passe toujours de drôles de choses, voire des choses drôles.

Le mot d’ordre est simple : de l’humour, encore de l’humour, toujours de l’humour.

Chaque scène étant prétexte à rire, il est difficile de rester indifférent à l’histoire qui se déroule sous nos yeux. En plus des gags visuels et autres jeux de mots (littéraux), le film est bourré de références à d’autres films : L’Inspecteur Harry, Un Espion de trop…

 

Bref, un festival qui se poursuit jusqu’au générique de fin où certains participants ne sont référencés que par la phrase qu’ils prononcent.

Alors oui, on aime ou on déteste ce festival d’absurdités qui ont aussi inspiré les Nuls (avec bien sûr les Monty Python). Mais il faut reconnaître que les ZAZ ont réussi à faire de Leslie Nielsen, un acteur de seconde zone (dont le premier grand rôle – mais seulement second – fut dans Planète interdite, 1956), un vieux « jeune premier » (il a 68 ans quand le film sort) tout à fait crédible par sa prestation très visuelle et très dynamique.

 

Je peux comprendre très facilement que l’on éprouve une certaine lassitude à un moment, mais en tout cas, moi, j’aime !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Drame historique, #Guerre, #Stanley Kubrick
Barry Lyndon (Stanley Kubrick, 1975)

Angleterre, XVIIIème siècle.

Grandeur et décadence de Redmond Barry, jeune Irlandais opportuniste, à travers une Europe en guerre.

 

Il y a chez Kubrick une faculté au renouvellement assez extraordinaire. EN effet, après s’être essayé aux films de gangsters, péplum, de guerre ou d’anticipation, il nous propose ici un film en costume d’une grande maîtrise technique et esthétique. Bref, c’est du Kubrick.

Mais ce qui marque le plus dans ce film, c’est  la recréation de ce dix-huitième siècle pictural qu’on peut admirer dans les œuvres de Constable, Gainsborough ou encore Hogarth : on y retrouve des éclairages similaires et comme chez ce dernier des tableaux à l’intérieur de ses toiles. Et c’est surtout dans la seconde partie qu’on peut faire ce parallèle : la première partie se passe la plupart du temps en extérieur alors que la seconde a tendance à enfermer les personnages, physiquement et moralement.

D’une manière générale, on retrouve une dualité tout au long du film, divisé en deux parties nous montrant deux facettes d’un même homme.

 

Dans la première partie donc, on découvre le jeune Redmond Barry (Ryan O’Neal), naïf et passionné, et qui se retrouve à parcourir les routes suite à un duel remporté sur un personnage influent qui voulait épouser sa cousine : le capitaine John Quin (Leonard Rossiter).

Ce sont d’ailleurs deux duels qui vont marquer les limites de la vie cinématographique de Barry : le premier l’envoie vers son destin, et le second le ramène à ce qu’il a toujours été, un homme de rien.

Ce n’est pas une révélation que de le dire : le narrateur (Michael Ordern) rappelant régulièrement la fin tragique et inéluctable de Barry. Et ce qui intéresse Kubrick c’est tout ce qui se passe entre ces deux coups de feu qui bordent la vie de son (anti ?) héros : comme une longue parenthèse dans sa vie de rien.

 

L’ascension de Barry voit le jeune homme passer d’une vie en extérieur, marquée par la Guerre de 7 ans (1756-1763). Barry y voit de suite une façon d’échapper à la justice suite au duel, et il s’engage donc dans les troupes de George III. Mais cette situation est tout de même périlleuse, les combats y étant fort meurtriers. La seconde opportunité qui s’offre à lui, la désertion, ne va réussir qu’à le faire changer de camp rejoignant donc les troupes prussiennes. Mais c’est ce revirement qui va amener toute la suite de l’intrigue, scellant définitivement son destin. De soldat il devient agent secret, espionnant un compatriote, le chevalier de Balibari (Patrick Magee, qui jouait déjà dans le film précédent de Kubrick). Et autre exemple de la dualité du film, de même que par opportunisme, il est agent double, trouvant ainsi une autre manière de quitter cette situation.

 

De retour en Angleterre avec Balibari, ils écument toutes les tables de jeu. C’est ainsi qu’il fera la rencontre la plus capitale de sa vie : la comtesse de Lyndon (la belle Marisa Berenson), qui semble échappée d’un tableau de Gainsborough.

Cette rencontre, qui se soldera par un mariage coïncide avec l’époque la plus heureuse de sa vie et terminera la première partie du film. Barry a atteint son apogée, et quand le film reprend, un titre nous annonce sa chute. Et elle est d’autant plus spectaculaire que Barry est monté haut dans la société anglaise.

C’est après la naissance de son fils que les choses se précipitent. En effet, parvenu à son objectif, il n’a plus rien à attendre de sa femme, et mène donc une double vie faite de jouissance et de plaisir. Mais cette deuxième vie va aussi stigmatiser la relation qu’il a avec son beau-fils, Lord Bullingdon  (Dominic Savage, puis Leon Vitali, qui deviendra un proche de Kubrick).

 

Cette relation faite de rancœur et d’hostilité amènera le deuxième duel, mettant ainsi un terme aux prétentions de Redmond.

Ce duel, en outre se situe dans une grange – alors que le premier était en plein air – signe ultime de l’enfermement de Barry : prisonnier de ce destin qu’il a lui-même créé et qui le renvoie à sa condition primaire.

 

En plus d’une reconstitution magnifique de l’Angleterre du XVIIIème siècle, Kubrick adopte un rythme lent. Même dans les scènes de batailles, il prend le temps : les fusillades possèdent aussi ce rythme lent du fait du temps nécessaire aux soldats pour recharger leurs armes, et de l’avancée des armées qui se fait dans l’ordre et le calme. Cette lenteur accentue le caractère inéluctable du destin de Barry. En effet, c’est une force incontrôlable qui le mène vers sa chute. Et la lenteur, faite de petits éléments mis bout à bout, cache à Redmond sa chute prochaine, jusqu’à l’intervention de trop contre son beau-fils, qui en plus se fait en public.

Dès lors, la chute s’accélère jusqu’au duel final.

 

Et c’est paradoxalement ce duel final qui va donner à Barry ce qui lui a manqué dans son ascension et aurait dû faire de lui un homme comblé : de la grandeur d’âme. Mais cette grandeur tardive scelle aussi définitivement sa déchéance, le jeune Lord Bullingdon le renvoyant à sa condition initiale, tant physique que morale.

Quoi qu’il eût pu tenter, il ne pouvait pas réussir.

 

La parenthèse se referme. L’ordre immuable de la société anglaise est respecté.
Et si la toute dernière séquence nous annonce que nous sommes en 1789, il ne faut rien y voir d’extraordinaire : c’est en France que l’ordre immuable fut bouleversé.

La déchéance de Barry - Marriage-A-la-Mode #2 (W. Hogarth, 1745)

La déchéance de Barry - Marriage-A-la-Mode #2 (W. Hogarth, 1745)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Peter Webber
Crimes de Guerre (Emperor - Peter Webber, 2012)

Un avion dans le ciel.

Au bout du ciel : le Fuji-Yama.

Nous sommes le 30 août 1945, et le général Douglas MacArthur (Tommy Lee Jones) débarque à Tokyo. Avec lui, entre autres, le général Bonner Fellers (Matthew Fox).

Ce dernier reçoit pour mission par le premier d’exonérer l’empereur Hiro-Hito (Takatarô Kataoka) des charges de crimes de guerre (d’où le titre français) afin de pouvoir sereinement et efficacement reconstruire le Japon.

 

Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, on a créé – et jugé – des « crimes de guerre ». Si beaucoup – dont je fais partie – considèrent que cette expression est un tantinet pléonastique, il faut reconnaître que sa réalité fut une avancée pour la civilisation humaine.
Et depuis lors, on peut voir de temps en temps un film traitant ce sujet : Jugement à Nuremberg en est un très bon exemple, sans parler du film Un Spécialiste, qui collait à la réalité en disséquant le procès d’Eichmann.

 

Si pour nous Européens, les crimes de guerre qui sont essentiellement évoqués se passent sur notre continent, il ne faut pas oublier que la seconde Guerre Mondiale a aussi eu lieu très loin de chez nous – Asie du Sud-est majoritairement – et amené son lot de crimes de guerre, essentiellement perpétrés par le Japon, alors belligérant allié des Nazis et des fascistes italiens.

Et si la responsabilité de Hitler ou Mussolini ne fait aucun doute pour nous, et que seules leurs morts prématurées ont pu leur éviter d’être jugés, il n’en va pas de même pour Hirohito*.

 

Le film de Peter Webber nous raconte justement comment MacArthur – par l’entremise de Bonner Fellers – a évité au dirigeant nippon un châtiment que d’aucuns trouvaient mérité outre Pacifique.

Nous avons donc droit aux différentes visites qu’effectua ce dernier afin de démontrer les responsabilités de chacun, et surtout les preuves concernant Hirohito : a-t-il oui ou non ordonné et déclenché la guerre ?

Pour ce faire, Webber s’appuie sur le livre de Shiro Okamoto : His Majesty's Salvation. Nous allons donc suivre les dix jours qui étaient accordés à Fellers, passant d’un protagoniste à l’autre, retraçant la conduite de l’empereur à partir de la déclaration de guerre.

 

Mais, à côté de la grande Histoire, Webber raconte celle de Fellers, amoureux d’une Japonaise – Aya Shimada (la belle Eriko Hatsune) – alors qu’ils faisaient leurs études à la même université et qu’il était allé retrouver au Japon quelques mois avant Pearl Harbour. Il va sans dire que cette petite histoire est totalement fictive, mais elle permet à Fellers (et donc au spectateur) de mieux comprendre la civilisation bimillénaire japonaise.

Cette histoire d’amour, insérée dans les recherches de Fellers amènent des pauses dans la narration principale et tranchent beaucoup avec le Japon en ruine de 1945 très bien reconstitué tout au long du film.

 

Ce n’est pas une découverte de dire qu’à la fin Hirohito est épargné, n’importe quel livre d’histoire vous le dira. Mais ici, Webber donne beaucoup de crédit à la version qu’a pu établir Fellers, sous couvert de MacArthur. Mais cela n’enlève pas – pour moi – la grande part de responsabilité qu’a eue Hirohito. Et la conclusion heureuse (pour ce dernier) laisse place à un léger sentiment de malaise, que beaucoup d’Américains ont pu ressentir plus fortement.

Mais c’est tout de même Sekiya (Isao Natsuyagi), premier ministre avant ola guerre, qui fait la remarque la plus juste quant aux responsabilités des belligérants : si Hirohito peut être tenu pour responsable de crimes de guerre, en quoi les dirigeants américains, anglais, français (etc.) ne seraient-ils pas poursuivis pour la même raison ?

D’autant plus que les deux bombes atomiques lancées sur Hiroshima et Nagasaki (séquence d’introduction du film) ne parlent pas en faveur du président Truman.

 

Au final, c’est un beau film où se mêlent de belles images du Japon éternel quand Fellers songe à Aya avant guerre, mais qui sont rapidement balayées par celles de destruction et de misère de Tokyo fin août-début septembre 1945.

Et Tommy Lee Jones, la pipe jaune au bec est un bon MacArthur : il a beau être roublard et calculateur (les élections de 1948 l’attiraient),  il quand même beaucoup contribué à la reconstruction le Japon...

 

Mais je continue tout de même à penser, 73 ans après, que Hiro-Hito était le véritable responsable, et qu’il aurait dû être jugé. Mais on ne va pas refaire l’Histoire..

 

 

* A l’instar des généraux qui envoient sans sourciller des soldats à la mort, à 87 ans, l’empereur mourut de sa belle mort en 1989…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Scott Cooper, #Road Movie
Hostiles (Scott Cooper, 2018)

1892, Nouveau Mexique.

Les Commanches font des raids contre les fermes isolées.
C’est ce qui arrive à Rosalie Quaid (Magnifique Rosamund Pike), qui perd sous ses yeux ses enfants et son mari.

Un peu pus loin, un capitaine de l’armée de l’Union, Joseph Blocker (Christian Bale) doit escorter Yellow Hawk (Wes Studi, lui-même d’ascendance cherokee), un chef indien mourant, vers les terrains de chasse de ses aïeux dans le Montana. Le seul problème, c’est que ce chef a tué beaucoup d’amis de Blocker, pendant les guerres indiennes.

Alors quand le convoi arrive à la ferme Quaid, les choses se compliquent.

 

Régulièrement, Hollywood nous annonce le grand retour du western, genre aussi vieux que le cinéma lui-même, ou presque. Cette fois, on nous annonce un produit hybride né de la rencontre de John Ford et de Clint Eastwood.

Oui, pourquoi pas. J’aurai plutôt parlé de Michael Cimino plutôt qu’Eastwood. En effet, on retrouve brièvement la violence de La Porte du paradis et surtout la quête de Sunchaser.

Quant à John Ford, on retrouve bien sûr un des thèmes de La Prisonnière du désert (1) – même si nous ne sommes pas dans Monument Valley – Blocker rappelant, d’une certaine manière mais pas totalement (j’y viendrai plus tard), le personnage interprété par John Wayne : Ethan Edwards.

 

Mais Blocker n’est pas Edwards, avant tout parce que Blocker est un soldat. Et son rapport avec les Indiens est avant tout un rapport professionnel. Il n’est qu’n exécutant d’ordres qu’il n’a pas à remettre en cause. Son explication avec son frère d’armes Thomas Metz (Rory Cochrane) est la clé de l’attitude de Blocker vis-à-vis de son prisonnier cheyenne.

En effet, l’échange qu’ils ont, avant de se mettre en route, est primordial pour comprendre les différentes positions que vont adopter ces deux soldats pendant leur dernière mission ensemble : Blocker retournera à la vie civile après, quoi qu’il arrive.

Mais cet échange nous montre aussi leur différence : bien qu’ils aient longtemps combattu les Indiens ensembles, ils ne voient pas leur(s) action(s) de la même façon. Pour Blocker, comme c’est dit plus haut, il n’a fait que son métier. Mais Metz lui, éprouve des remords d’avoir tué autant d’Indiens (2).

 

Et c’est là qu’intervient l’élément indispensable : la Rédemption (3). Parce que dès le moment où Blocker accepte la mission (4), nous - spectateurs - savons qu’il y aura au bout du voyage la rédemption. Et elle concerne ces deux soldats. Chacun la trouvera mais de différentes manières : si Metz fera tout pour la trouver, elle tombera sur Blocker malgré lui. En effet, si Metz a des remords – on dirait actuellement qu’il est un criminel de guerre, au vu des atrocités qu’il a pu perpétrer – Blocker a sa conscience tranquille : il faisait son travail. Cela passait par la perte de compagnons chers, mais c’était indispensable dans son métier. Et son hostilité (d’où le titre) envers Yellow Hawk n’est rien d’autre qu’un élément naturel des choses : ils ont été ennemis par le passé, et rien n’a changé pour lui. Il reste l’Ennemi. Et si cette mission a un sens pour lui, c’est avant tout de s’assurer qu’au bout du voyage, cet ennemi est bel et bien mort.

 

Parce qu’avant tout, c’est un voyage. On peut même parler de road movie, alors que les sentiers empruntés ne s’apparentent que très peu à des routes. Et cela nous donne l’occasion d’admirer de magnifiques paysages du Nouveau Mexique et du Colorado (Santa Fé pour l’un, Papagosa Springs pour l’autre, entre autres). Mais si les paysages sont grandioses, les hommes de l’expédition n’en restent pas moins seuls : un plan (très) large nous donne une idée de l’échelle : au milieu de ces collines on distingue à peine ce groupe qui s’y déplace. Mais surtout, ces hommes sont abandonnés de Dieu. Blocker l’annonce dès le début. Et ce voyage ne sera qu’une confirmation de ce fait. Même si Blocker lit les prières pour chaque homme qui tombe pendant le voyage, jamais Dieu ne se manifeste. Son livre de chevet, d’ailleurs, n’est pas comme on aurait pu le penser une bible (la forme lui ressemble) mais le récit de Jules César, dans la langue !

Dernier élément de la non-présence divine : le ciel nuageux (et sombre) qui cache un soleil qui devrait être éclatant. Alors que naturellement (5), on devrait apercevoir les rayons qui transperce cette couverture, ici, rien.

Ne restent que les coutumes indiennes, respectées scrupuleusement même par Blocker.

 

Parce que si Ethan Edwards (chez Ford) n’avait aucun respect pour les traditions indiennes et était ce qu’on pourrait appeler raciste, Blocker ne l’est pas. En effet, un autre de ses compagnons d’armes, Henry Woodsen (Jonathan Majors), est un caporal noir. Et c’est lui-même qui l’a choisi pour l’accompagner, ce que Woodsen apprécie énormément. Les adieux forcés (encore une fois) entre ces deux hommes sont déchirants pour Blocker qui reconnaît en lui un véritable frère.

Et d’une manière générale, comme expliqué plus haut, il n’en veut pas aux Indiens parce qu’ils sont Indiens, mais seulement parce qu’ils ont été un temps ennemis.

 

Mais ce temps est passé, et Blocker, avec cette mission va atteindre (avec la rédemption, bien sûr) une mort honorable, l’aboutissement d’une carrière de soldat. Quand cette mission se finit, non seulement il sera sauvé, mais il aura tourné une page de sa vie, laissant derrière lui, définitivement, le soldat qu’il fut, criminel ou non, ce n’est plus qu’une affaire entre lui et sa conscience.

 

Un dernier mot encore, qui nous ramène à John Ford. En 1962 sortait L’Homme qui tua Liberty Valance, où on assistait à l’avènement définitif de la civilisation dans l’Ouest américain. Avec ce film, Scott Cooper met un terme aux guerres indiennes qui ont ensanglanté ce même Ouest pendant le XIXème siècle. Quand le film se termine, la paix est (enfin) arrivée, et chacun va vivre avec l’autre : autrefois ennemis, ces deux peuples vont pouvoir vivre ensemble et faire de l’Amérique ce qu’elle a toujours été (6).

 

 

(1) Avec en prime ici un plan qui rappelle la fin avec John Wayne qui se détache dans l’encadrement de la porte…

(2) Blocker a arrêté de compter il y a bien longtemps.

(3) Je sais, on y revient toujours. Mais que voulez-vous, ce n’est pas moi qui ai fait ce film.

(4) Contraint, évidemment

(5) Et dans chaque film hollywoodien qui nous montre un tel ciel.

(6) Cf. citation de DH Lawrence en introduction du film.

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