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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Victor Fleming, #Douglas Fairbanks, #Western
Une Poule mouillée (The Mollycoddle - Victor Fleming, 1920)

Attention, c’est du lourd* !

Douglas Fairbanks.

Wallace Beery.

Victor Fleming.

Voici un trio gagnant magnifique : Fairbanks bondit et se bat (sans épée !) ; Beery est une immonde crapule (encore une fois) ; Victor Fleming réalise son deuxième film.

 

Et pour ce deuxième film, Fleming nous raconte un western moderne où il est question de contrebande de diamants, de voyage en bateau et de véritables Indiens d’Amérique : les Hopi, une tribu de l’Arizona.

Et alors que Wallace Beery, cette même année, était à l’affiche pour Le dernier des Mohicans de Maurice Tourneur et (Clarence Brown), Fleming se paye le luxe de filmer avec de véritables autochtones américains. Ces derniers seront crédités au générique et remerciés dans un intertitre de présentation au début du film

 

Mais il ne faut pas oublier que c’est Douglas Fairbanks qui produit. Alors on a droit à des éléments comiques et surtout de l’action ! Après une rapide présentation des ancêtres de Richard  Marshall V – fils de Richard Marshall IV, lui-même fils de Richard Marshall III (etc.) au choix patriotes en 1776 et pionniers courageux après, toujours à chevaucher dans les vastes prairies américaines – on découvre alors ce dernier rejeton chevauchant lui aussi. Mais il fait ça dans un manège. Et ce sont des chevaux de bois…

Il est aux antipodes de ses ascendants. Mais heureusement, l’intrigue va l’emmener dans une histoire où le capitaine van Holkar (Wallace Beery) exploite malhonnêtement une mine de diamants en plein cœur du territoire des Hopi. Amené malgré lui dans ce trafic, il va retrouver la fougue et le courage de ses ancêtres dans un retour au pays qu’il avait quitté à l’âge de 4 ans.

 

La première partie du film nous montre un jeune homme très bien éduqué que les Américains prennent pour un Anglais. Parmi ces Américains un trio de joyeux lurons de pure souche américaine – Ole Olsen (George Stewart), Samuel Levinski (Paul Burns) et Patrick O’Flannigan (Morris Hughes), puisque je vous dis que ce sont de véritables Américains ! – décident de l’emmener avec eux pour lui faire son éducation. Et ce voyage sera, bien entendu, une réussite pour Marshall puisqu’il retrouvera la flamme qui inspirait ses glorieux ancêtres et en plus il séduira la belle Virginia Hale (Ruth Renick), que lorgnait l’infâme van Holkar.

 

Mais si Fleming fait appel  à de véritables Américains (les Hopi), c’est aussi pour se moquer de cette société à laquelle il appartient, qui se prétend civilisée. Et pas une seule fois les Indiens ne sont montrés sous un mauvais jour, mis à part certains renégats qui de toute façon seront châtiés. On peut donc assister à des démonstrations de danses « primitives » et à une séance de calumet avec Marshall, ce dernier montrant sa danse aux Indiens, leur payant à son tour une cigarette, pour se conformer aux coutumes locales.

Les Indiens ont donc un rôle très positif, ce qui est très rare dans le cinéma hollywoodien de cette période (et même après !).

 

Pour le reste Fairbanks bondit et se bat comme d’habitude, il douglasfairbankse à fond, quoi ! Et en face de lui, il a un méchant éprouvé en la présence de Wallace Beery, encore dans un rôle ignominieux (c’est aussi là qu’il était très bon), contrebandier rompu, n’hésitant pas à se débarrasser de ses obstacles par tous les moyens, le meurtre n’en étant qu’un exemple parmi d’autres.

 

Fleming nous propose un magnifique western, riche en péripéties et rebondissements, avec en prime une bagarre finale entre Marshall et van Holkar, et qui débute par un saut de Fairbanks dans l’arbre où s’était réfugié le criminel, avec un dégringolade progressive : du haut de l’arbre au bas d’une colline en passant par différentes strates – rochers, toits de maison, pentes terreuse... Jusqu’à arriver à un indispensable cours d’eau dans lequel le méchant armateur abandonne la lutte. Bref, du grand spectacle.

Et en plus, on a droit à une explosion suivie d’une magnifique avalanche qui détruit tout sur son passage, un magnifique spectacle qui mélange adroitement maquettes et décors à l’échelle dans un chaos absolu.

 

Pas mal, pour un deuxième film, non ?

 

 

PS : A noter enfin une séquence de dessins animés pour expliquer simplement et avec un petit peu d’humour le trafic que dirige van Holkar entre l’Arizona et Amsterdam.

 

PPS: le titre original (si vous voyez ce que je veux dire...) utilise le terme mollycoddle qui vient du verbe signifiant chouchouter, couver, dorloter.

 

 

* seul le trio est « lourd » du fait de la présence de ces trois stars. Le film, lui, est très subtil.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #William Beaudine, #Mary Pickford
Les Moineaux (Sparrows - William Beaudine, 1926)

Nous sommes dans les régions marécageuses du Sud des Etats-Unis. Dans cet univers putride s’élève un marais dont le propriétaire est l’infâme Mr Grimes (Gustav von Seyffertitz), qui a sous sa coupe une dizaine d’enfants (confiés, trouvés ou enlevés) qu’il traite de façon inhumaine. Chaque jour, ces enfants, emmenés par la grande Molly (Mary Pickford), demandent à Dieu de leur venir en aide, mais Il a d’autres affaires urgentes, s’occuper des moineaux (1), par exemple…

 

L’année suivant la sortie de La petite Annie, William Beaudine sort un autre film avec Mary Pickford. Il s’agit  cette fois-ci d’un drame de l’enfance, avec une description sordide de la ferme qui les accueille pour les exploiter, ou encore les tuer. Cette ferme est dirigée par Mr et Mrs Grimes, à côté desquels les Thénardier passeraient pour de gentils animateurs de centre de vacances.

Gustav von Seyffertitz est formidable en Grimes, cet être ignoble qui de surcroît est boiteux et paralysé du bras gauche, appartient au panthéon des tortionnaires d’enfants avec entre autres le couple précédemment nommé ou encore l’infâme Fagin dans Oliver Twist.

 

Au milieu de ce lieu abandonné de tous (et même de Dieu, donc), Molly (jeune fille de 15 ans environ) s’occupe comme une mère des autres enfants, les protégeant du marais mais surtout de l’infect Grimes, de sa femme (Charlotte Mineau) et de son fils Ambrose (Spec O’Donnell, qui retrouve sa partenaire du film précédent).

 

Et Mary Pickford campe une Molly encore plus subtile que ces précédents rôles de fillette. Oui, elle a 33 ans quand elle tourne le film, mais qu’importe : elle a le gabarit, le visage et surtout le talent pour interpréter ce personnage merveilleux.  Certes le tournage fut un enfer pour elle et Beaudine, amenant leur rupture définitive : Beaudine est carrément parti, laissant son assistant Tom McNamara finir le film !

 

Mais le jeu en valait la chandelle. Les péripéties dans le marais (créé pour l’occasion) sont haletantes car en plus de lises extrêmement dangereuses, on trouve une troupe d’alligators (2) qui se satisferait avec plaisir de cette chair fraîche leur rendant (inopinément) visite. Les plans avec les alligators ajoutent à l’atmosphère du film et rendent encore plus palpitante l’évasion des enfants.

 

Mais le vrai succès du film est surtout dû à un jeu d’acteur phénoménal, Pickford et Seyffertitz en tête, les deux représentants du Bien et du Mal, s’affrontant dans un enfer boueux gothique à souhait.

Mary Pickford donne à Molly une dimension mariale en totale contradiction avec le lieu où se déroule le film. Et les prises de vue et l’éclairage accentue cette teinte mystique : la séquence quand le bébé meurt est fortement émouvante, avec en prime une magnifique incrustation de l’arrière plan où un berger (Jésus, bien sûr : le Bon Pasteur) pénètre le grenier qui sert de dortoir aux enfants affamés, pour emmener le bébé qui vient d’expirer. Il ressort et le mur réapparaît sur cette partie qui s’était ouverte, amenant un soleil irréel dans la nuit  funèbre.

Autrement, Pickford joue une adolescente qui a déjà mûri et les gags habituels ne sont pas là, le sujet étant trop grave, mais toutes ses qualités habituelles sont accentuées par cette maturité précoce du fait des circonstances.

Un très grand rôle pour Mary Pickford, malgré la boue, les crocodiles et Beaudine !

 

Mais l’alchimie ne prend que parce qu’en fa ce on trouve un incroyable méchant. Gustav von Seyffertitz n’a pas joué que des vielles badernes prussiennes, la preuve. En plus d’être boiteux, il est bossu : un rôle que n’aurait pas (trop) renié le grand Lon Chaney, quoi qu’un peu trop primaire peut-être…

 

Un film absolument magnifique.

 

(1) Matthieu 6:26 : « Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n'amassent rien dans des greniers ; et votre Père céleste les nourrit. »

 

(2) Il semble tout de même que les alligators ne représentaient pas un danger immédiat, malgré toutes les histoires qui ont circulé autour du film.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Robert Zemeckis
Retour vers le Futur II (Back to the Future part II - Robert Zemeckis, 1989)

On retrouve les mêmes. Au même endroit (Hill Valley, Ca.). Au moment où on les avait laissés : le 26 octobre 1985.

Et comme annoncé à la fin de l’épisode précédent, on retourne dans le futur (d’où le titre) s’occuper des enfants de Marty (Michael J. Fox) et Jennifer (Elisabeth Shue, qui remplace Claudia Wells indisponible).

Mais, et autrement il n’y aurait pas de film, l’action entreprise dans ce futur (2015, notre passé) a des répercussions en 1955.

Encore.

 

Il s’agit, à mon avis du meilleur épisode. On reprend les mêmes situations mais on les adapte à une mise en abîme : le futur détracte le présent alors on est obligé de retourner dans le passé pour réparer tout ça.

En voilà du paradoxe temporel !

Heureusement, Doc (Christopher Lloyd), dans le présent déformé, nous explique tout ça, et c’est (presque ?) clair.

 

La grande habileté de Robert Zemeckis, on la doit avant tout au scénario de Bob Gale : comment refaire la même histoire sans pour autant tourner le même film. Car c’est avant tout la narration qui prédomine et nous embarque dans une aventure jouissive. Non seulement on retourne dans le passé (1955) mais en plus il faut faire avec ce qui a déjà été raconté lors du premier voyage, sans toutefois altérer ce présent (1985) en préparation… Rien que de l’écrire, je commence à avoir mal à la tête. Imaginez alors le choc de Marty !

 

Mais le pire, c’est que ça marche…

On est bluffé par cette superposition des deux 1955, même si Michael J. Fox a dû refaire la séquence Johnny B. Goode pour pouvoir raccorder le tout.

Bref, c’est un festival de situations plus extrêmes les unes que les autres, amenant forcément une troisième partie, tournée en même temps... A mon avis, la machine de Doc aurait bien arrangé Zemeckis…

 

 Ce qui aide aussi au succès du film, c’est la réaction naturelle de Marty dans le futur : qui, à sa place, n’aurait pas eu envie de voyager dans le temps pour connaître à l’avance les résultats de la loterie ou des paris sportifs (1) ?

Mais plus que cette histoire (absolue) de voyage dans le temps, c’est la vision du futur qui peut prêter à sourire aujourd’hui. Ce n’est pas le décalage (obligatoire) le plus important. Zemeckis et Gale ne pouvaient pas prédire exactement ce qui allait se passer. C’est plutôt l’acharnement de certains à vouloir proposer quelques uns des gadgets imaginés : chaussures & hoverboard. Mais nous sortons du film.


Ce film est aussi jouissif pour l’utilisation de surimpression lors des croisements des personnages (2) dans l’épisode 1955 : les acteurs se rencontrent plus ou moins, donnant une importance à l’arrière-plan, quand la scène ne fut pas créée pour l’occasion (Doc 85 rencontre Doc 55 et interagit même avec lui, grâce à un réverbère judicieusement placé…

 

Enfin, le film se termine sur une bande annonce du troisième et (espéré) dernier volet. On sait que ça va se passer dans l’Ouest (3) américain. Devinez où ?

Mais tous les ingrédients de résolution du troisième opus sont déjà là. Les avez-vous repérés ?

 

 

 

PS : aviez-vous remarqué d’emblée que l’un des acolytes de Biff est joué par Billy Zane, l’infâme Cal dans le Titanic de Cameron ?

 

PPS : Je ne vous parlerai pas de Biff Tannen (Thomas F. Wilson) car je n'ai pas envie de faire de la publicité pour un président américain...

  1. A ce sujet, lire la magnifique trilogie de Fred et Alexis : Timoléon - ils voyagent dans le temps pour de l’argent (Ed. Dargaud, 1974).
  1. Une mention particulière pour l’interprétation de Michael J. Fox qui cumule 4 rôles : Marty jeune et vieux, son fils Marty Jr. et sa fille Marlene.
  1. Zemeckis et Gale furent un tantinet décontenancé quand Michael J. Fox suggéra cette période. On les comprend…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #William Beaudine, #Mary Pickford
La petite Annie (Little Annie Rooney - William Beaudine, 1925)

Deux gangs s’affrontent dans les bas-fonds de la ville.

Le premier, c’est celui de Mickey Kelly (Joe Butterworth), le second, celui d’Annie Rooney (Mary Pickford).

Mais comme ce sont des enfants, ce n’est pas bien dangereux, même s’il faut garder son cheval hors de portée de ces galopins.
Mais il y a un autre gang autrement plus dangereux, celui de Joe Kelly (William Haines) que fréquentent outre Tim, le frère d’Annie, Tony (Carlo Schipa) et Spider (Hugh Fay), des individus franchement louches et surtout éminemment dangereux.

Un soir de bal, la situation dégénère et le père d’Annie (Walter James), policier de son état, est abattu.

 

Mary Pickford, 33 ans quand le film sort, est au sommet de son art. Elle entreprend ce premier film avec William Beaudine, suivi l’année suivante du magnifique Sparrows.

 

Il s’agit d’une comédie où les deux gangs présentés dans le premier intertitre ne peuvent pas être bien sérieux : l’ironie de cette présentation se base sur une guerre des gangs infantile à coup de pierres, ustensiles de cuisines, seaux et autres projectiles disponibles, dans le style des comédies de la série Our Gang de Hal Roach, à laquelle d’ailleurs certains protagonistes du film participent.

 

Mais cette comédie se teinte de tragédie quand le père d’Annie est tué. On assiste alors à une magnifique scène jouée par Mary Pickford. Elle attend son père pour lui souhaiter son anniversaire. Mais c’est un autre policier qui vient annoncer la nouvelle. Annie s’est cachée sous ola table après l’avoir fait patienter sur le palier. Puis, enfin prête, elle le fait entrer, un immense sourire aux lèvres en pensant à la surprise qu’elle lui a faite. D’un plan d’ensemble, on passe à un plan rapproché subjectif où on peut voir le bas des jambes du policier puis la caméra remonte progressivement et Annie s’aperçoit alors que ce n’est pas son père. Son visage se transforme progressivement – à un rythme extrêmement pertinent – pour exprimer une tristesse qu’elle ne fait que deviner, espérant encore que ce n’est pas grand-chose, et son sourire revient un petit peu. Mais elle pose la question fatidique : « c’est Tim ou c’est Papa ? » à laquelle le policier, les larmes aux yeux* ne peut que répondre que c’est son papa... Le visage d’Annie se déforme encore plus, laissant place à son chagrin et transmettant son émotion aux spectateurs.

MAGNIFIQUE !

 

Certes, on me répondra qu’il est plus facile de faire pleurer que de faire rire. Oui, mais dans le cas de Mary Pickford, elle savait faire les deux avec maestria. Et Beaudine va jusqu’au bout de ce personnage de petite fille qui mûrit du fait des circonstances tragiques.

La première partie (la plus longue), insiste sur son côté enfantin et espiègle avec des bagarres mémorables (elle est Irlandaise, que voulez-vous) et d’autres éléments très comiques qui relèvent à la fois du burlesque (coups de pieds aux fesses) ou plus subtiles comme le moment où la bande d’Annie est grondée par son père policier (en uniforme, sinon, ça ne compte pas !).

 

Cette scène est l’occasion de rappeler ce qui fait le ciment de la société américaine : on trouve parmi les gamins de nombreuses nationalités : outre les Irlandais (Mickey & Annie), on trouve le petit acteur noir Hamidor (Eugene « Pineapple » Jackson), mais aussi Abie Levy (Spec O’Donnel) qui comme son nom l’indique est Juif, ce qui amène un autre épisode comique qu’on peut juger de mauvais goût aujourd’hui (ainsi que l’association stéréotypée du chiffonnier comme dans Fiddlesticks). Mickey, en plus a sa mère qui est Grecque, tout comme le personnage de Tony et un autre enfant est d’origine chinoise (c’est celui qui aide à démasquer le tueur du policier). Bref on a un échantillon du brassage culturel qu’on pouvait trouver (et qu’on trouve aujourd’hui) dans les grandes villes américaines.

 

La deuxième partie enfin, nous offre un jeu plus sobre où Annie est plus sérieuse même si on peut trouver ça et là quelques piques comiques.

J’en terminerai en disant que le rétablissement de Joe Haines est tout à fait invraisemblable, mais que voulez-vous : c’est du cinéma !

 

 

* Il est bien rare de voir un policier les larmes aux yeux au cinéma. Et en plus, c’est en gros plan.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Maurice Tourneur, #Mary Pickford
Fille d'Ecosse (The Pride of the clan - Maurice Tourneur, 1917)

Ile de Killean, Ecosse.

Ce sont les McTavish qui dirigent le clan. Mais le chef vient de mourir en mer et c’est sa fille Marget (Mary Pickford) qui doit prendre sa suite dans cette contrée de mécréants.

Marget est amoureuse de Jaimie Campbell (Matt Moore), qui le lui rend bien, et ils se fiancent à la fête rituelle de St Collun.

Mais Jaimie apprend qu’il n’est pas celui qu’il croit. Sa vraie mère (Kathryn Browne-Decker) vient le chercher. Il doit quitter Killean, Marget doit l’oublier…

 

Il s’agit du premier fil de Mary Pickford, cette année-là, ainsi que le premier qu’elle tourne avec Maurice Tourneur. C’est un petit mélo tout à fait honnête mais tout de même bien prévisible et qui aurait mérité un peu plus de panache. Mais nous sommes en 1917, et Tourneur n’a pas encore pris convenablement la mesure de la star qu’il a en face de lui. Rassurez-vous, ce sera le cas pour le film suivant.

 

Nous avons donc une Mary Pickford qui n’est ni une femme, ni une petite fille. Une jeune adulescente, si vous me permettez l’expression. La première vision qu’on a d’elle est celle d’une jeune fille insouciante, mais cette image est vite balayée par le naufrage du bateau de son père. Elle va donc mûrir d’un coup.

On retrouve tout de même son côté comique dans quelques scènes, dont celle où elle a décidé de ramener tous les mécréants de l’île à l’église, utilisant comme stimulant le fouet traditionnel des McTavish.

 

Mais, en dépit de ces quelques éléments comiques, le film est un drame : elle ne peut plus se marier avec celui qu’elle aime, alors elle décide de dériver avec son bateau/logis, voguant rapidement vers, une mort assurée : l’embarcation prend presque immédiatement l’eau.

Mais depuis que D.W. Griffith est passé au long métrage (et même avant, d’ailleurs), nous aurons droit à un sauvetage (en mer, évidemment) de dernière minute. Je ne vous dis pas qui va la sauver, mais si vous réfléchissez un tout petit peu, ce sera rapidement clair dans votre esprit.

 

Reste un petit film du grand Tourneur. Un peu prévisible, mais surtout en dessous du niveau de Mary Pickford et Maurice Tourneur, mais servi tout de même par un bon montage de Clarence Brown, qui a en plus dirigé la deuxième équipe. Avec en prime un montage parallèle entre l’eau qui envahit de plus en plus le bateau alors que la pauvre Marget essaie vainement de sortir de la cale où elle s’était réfugiée.

 

Je rejoins enfin mon grand ami le professeur Allen John en ce qui concerne la mise en place du contexte qui n’a rien de folklorique, mais est avant tout rythmé par le ressac inlassable. De plus, on notera une utilisation des silhouettes très subtile :

On peut y voir un promontoire rocheux d’où se détachent trois silhouettes légèrement écartées (à gauche) et le reste des personnes un peu plus à droite, la tête penchée vers les trois autres.

Peut-on y voir un écho du Calvaire ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Howard Hawks
L'impossible Monsieur Bébé (Bringing up Baby - Howard Hawks, 1938)

David Huxley (Cary Grant) a une vie (très) bien rangée. Il est paléontologue et travaille actuellement sur le squelette d’un brontosaure avec son assistante Alice Swallow (Virginia Walker), qu’il doit en outre épouser très vite. Mais le musée qui l’emploie a besoin d’argent. Et en allant démarcher un généreux mécène, il rencontre Susan Vance (Katharine Hepburn).

Et là, sa vie bascule… Au sens propre comme au sens figuré !

 

Depuis l’arrivée du parlant, la comédie américaine vit un deuxième âge d’or. Après le burlesque (« slapstick » comme ils disent), voici les comédies loufoques (« screwball »), pour reprendre un terme très en vogue quand le film est sorti*.

Et ici, nous avons un exemple de la quintessence de ce genre de comédie. Il faut dire que le duo Hepburn-Grant y fait pour beaucoup. C’est la deuxième fois qu’ils tournent ensemble, et cette fois-ci, pas de scandale** en vue. Malgré tout, Katharine Hepburn prend sa revanche sur un Cary Grant déphasé, le menant adroitement là où elle le veut. Et même où elle ne le veut pas.

 

Il y a dans cette comédie une volonté d’amener une situation presque ordinaire à un degré de loufoquerie absolu. A chaque séquence son détail supplémentaire pour arriver à un point culminant (très) improbable, mais tout de même plausible au vu de ce que nous connaissons, nous spectateurs.

Nous arrivons à un tel degré de maestria comique qu’on s’en demande (presque) si c’est bien le même cinéaste qui a tourné Scarface quelques années plus tôt.

La réponse est oui, sans hésitation. Howard Hawks maîtrise son sujet d’un bout à l’autre, épaulé par le duo (d’enfer) Hepburn-Grant en très grande forme.

 

Et Cary Grant nous montre qu’il n’est pas cantonné dans des rôles où il maîtrise tout, et surtout sa partenaire féminine. Il est ici la principale cible du film : un de ces savants frustrés bien stéréotypés du genre « crâne d’œuf ».
En face de lui, nous avons une Katharine Hepburn dans un rôle que je qualifierai « sur-mesure », une femme séduisante mais un tantinet excentrique, et surtout extrêmement forte. Il n’est absolument pas possible de lui résister.

 

En rencontrant Susan, David a réellement la vie qui bascule : il est dans un univers qui lui échappe totalement, absolument imprévisible et dirigé par une femme comme il n’en a jamais connu. Il faut dire que celle qui lui était promise appartient à la même caste que lui : c’est une « crâne d’œuf ». Leur union à venir n’est qu’un prolongement de leur profession/passion, sans aucune place pour ce qui fait le sel de la vie : les sentiments, et surtout l’amour.

 

Alors Susan va l’éveiller aux sentiments. L’aventure qu’ils vont vivre sera incroyable, improbable (etc. Tous les adjectifs en in- ou im- me semblent correspondre) mais arrivera au bout du compte à l’effet recherché : il terminera avec elle.

Mais alors, quelle comédie ! Cela demande beaucoup de ressources pour arriver à un tel résultat : ça tombe bien, Hawks et Hepburn n’en manquent pas. Et la belle Katharine nous étale l’étendue de sa palette d’artiste. Elle est tour à tour ingénue, femme fatale, femme « affranchie », le tout avec chaque fois un accent différent dans la voix (d’où l’intérêt de la VO !). Cette voix modulable fera le bonheur des artistes de dessins animés de la Warner Bros, utilisant cette voix qui se révèle d’une haute sensualité (voir Cinderella meets Fella de Fred Tex Avery, entre autres).

 

102 minutes de pur bonheur avec d’immenses stars. On peut difficilement rêver mieux…

 

 

PS : quant au titre francisé, « parlons d’autre chose, on pourrait se fâcher… »

 

* 1938 a vu naître en France l’Os à Moelle, « organe officiel des loufoques », dirigé par leur maître par excellence : l’immense Pierre Dac (1m63).

 

** Sylvia Scarlett (George Cukor, 1935) fut un échec total, malgré la présence des deux vedettes. Mais le sujet abordé n’était pas d’actualité dans une industrie du cinéma qui avait resserré les boulons l’année précédente avec l’entrée en vigueur du code Hays.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Science Fiction, #Robert Zemeckis
Retour vers le Futur (Back to the Future - Robert Zemeckis, 1985)

Visitez Hill Valley !

Son cadre agréable. Son maire de couleur en route pour une réélection. Sa mairie où trône une pendule arrêtée depuis 1955. Son savant fou qui a inventé une machine à voyager dans le temps.

 

Qui n’a pas rêvé de voyager dans le passé, histoire de changer un ou deux trucs, en espérant une meilleure vie après. H.G. Wells avait montré la voie avec son roman La Machine à explorer le temps, mais c’était plus une allégorie qu’un véritable voyage scientifique, comme le présente Doc.

D’autres adaptations sont venues et continuent encore d’arriver, surtout avec le cinéma et les progrès dans l’utilisation du numérique.

Mais en 1985, quand le film sort, le numérique sert essentiellement aux disques laser, et pour le reste, il faut bricoler les effets spéciaux à l’ancienne.

Mais qu’importe, on a toujours fait comme ça.

 

Et cette fois-ci, le vrai changement, c’est que ce voyage dans le temps est avant tout une occasion de s’amuser. Cela demande un minimum de cohérence narrative, mais Robert Zemeckis n’est plus un novice et son histoire tient (presque complètement*) la route.

Et sans éluder les bases du paradoxe temporel, il nous offre une comédie magnifique qui ne sera surpassée que par le deuxième opus. Mais revenons au film.

 

Le paradoxe temporel, c’est un avatar du complexe d’Œdipe : vous voyagez dans le passé ; vous tuez accidentellement votre père ; vous rencontrez une belle jeune fille qui tombe amoureux de vous et vous l’épousez. Sauf que cette belle jeune fille est votre future mère, ou celle qui aurait dû l’être… Bref, c’est bien compliqué tout ça.

Pourtant, quand Zemeckis nous raconte les aventures de Marty McFly (Michale J. Fox), l’histoire se déroule simplement. Les « pièges du paradoxe » – dans lesquels tombent Marty avant de s’en extirper – pimentant avantageusement le film.

[Il ne tue peut-être pas son père (Crispin Glover), mais il prend tout de même sa place dans le cœur de celle qui doit devenir sa mère (Lea Thompson…]

 

Heureusement, son ami de toujours, Doc Brown (Christopher Lloyd) – le savant fou – lui ramène les pieds sur terre et nous laisse espérer (à Marty comme à nous spectateurs) une fin heureuse.

Et ce paradoxe est une source de gags inépuisable. Entre ce que racontent ses parents sur leur vie pré-maritale et la réalité qu’il découvre, il y a un fossé bien compréhensible. Mais, et c’est au bout de plusieurs visionnages qu’on mesure mieux l’impact de la machine de Doc. Certes la vie de Marty va beaucoup s’améliorer, mais ce sont les détails parsemés par Zemeckis qui donnent toute la saveur au film : les deux pins, Goldie Wilson (Dan Fullilove) rêvant de devenir maire, l’alcoolisme de la mère…

 

Il y a pour chaque élément de la première séquence (avant le voyage à proprement parler) un détail qui va justifier la séquence de résolution, quand Marty rentrera dans son époque. Même la musique de son radio-réveil est en accord avec l’intrigue : Back in Time chanté par Huey Lewis & the News.

 

 

PS : dernier paradoxe : Michael J. Fox est plus âgé que ceux qui interprètent les parents de Marty…

 

* Oui, vous l’avez vu comme moi, quand Doc dépose Marty chez lui et s’en va, on aperçoit les flashes du processus beaucoup trop rapidement… Mais n’oubliez pas : c’est du cinéma !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Mary Pickford, #Marshall Neilan
Petit Démon (Rebecca of Sunnybrook Farm - Marshall Neilan, 1917)

Rebecca est l’aînée dune grande fratrie : sept enfants. Mais ses parents ne sont pas riches.

Heureusement, ses tantes Miranda (Josephine Crowell) et Jane (Mayme Kelso) décident de la prendre chez elle.

Enfin pas si heureusement que ça : ses deux tantes sont de vieilles filles qui ont le cœur brisé pour l’une et  une pompe sanguine pour l’autre. Alors évidemment, à un moment, ça ne va plus du tout.

 

Il s’agit du cinquième et avant-dernier film de Mary Pickford qui sort cette année-là. Il s’agit du cinquième et avant-dernier film de Mary Pickford qui sort cette année-là. On retrouve Frances Marion pour une histoire sur mesure, comme d’habitude, et aux commandes cette fois-ci, Marshall Neilan.

Elle est encore une petite fille, enfin une petite jeune fille.

On a alors droit au jeu habituel où Rebecca (dans ce film) n’est pas une petite fille facile.

Dès son arrivée, elle se fait une ennemie mortelle, Minnie Smellie (Violet Wilkey) et une amie pour la vie, Emma Jane Perkins (Marjorie Daw).

De plus, elle nous montre l’étendue de son talent en chassant la première et en grimpant cueillir des cerises pour la seconde.

Bref, une gamine espiègle qui ne se laisse pas marcher sur les pieds (comme d’habitude, quoi…).

 

Encore une fois, je m’insurge contre la traduction française un rien simpliste. « Petit Démon » n’est pas à proprement parler adéquat pour Rebecca. Certes, elle est turbulente, mais être un démon impliquerait une dose de méchanceté qu’elle n’a pas. L’exemple le plus parlant est l’organisation d’une représentation de cirque auquel elle participe avec d’autres enfants de l’école. Il y a une envie de distraire les autres. Bref, elle a plutôt tendance à faire (un peu) son intéressante.

 

Mais vu le degré d’humour de ses tantes, il n’est pas étonnant qu’elles (seules) puissent la considérer comme un petit démon.

D’ailleurs, il n’y a pas de véritable méchant dans ce film. Et l’intérêt s’en trouve tout de même un peu émoussé. En effet, mise à part Minnie Smellie (rien que le nom n’engage pas), les personnages rencontrés sont plutôt bienveillants. Même les deux tantes ne sont pas si méchantes que ça, et de toute façon leurs interventions ne sont pas très fréquentes.

Mais s’il n’y a pas de méchant, il y a un (très) gentil : Adam Ladd  (Eugene O’Brien), que Rebecca, dans sa naïveté, appelle « Aladin ». C’est un gentil peu crédible (il revient de la Ville, riche et intact…), mais qu’importe, il est un instrument du destin dans la vie de Rebecca, qui finira inévitablement avec lui.

 

Ce premier film de Mary Pickford avec Marshall Neilan n’a pas la qualité du suivant, peut-être parce que les rôles ne sont pas assez clairs, mais il n’empêche pas tout de même une certaine émotion, amenant Mary Pickford a laisser son côté petite fille pour la femme qui est en elle. A deux moments, la tragédie semble s’installer, et à chaque fois Mary est toujours aussi formidable.
Quant à son retour du pensionnat, trois ans après, il est impressionnant. Elle est toujours la même (et pour cause) mais un je ne sais quoi s’est opéré pendant cette ellipse qui la fait paraître (presque) son âge, et donc prête à sa vie de femme avec qui vous savez.

 

Il suffit peu de chose, au cinéma, pour que la magie s’installe…

 

PS : Zasu Pitts fait une apparition dans le film. Serait-elle la fille qui reçoit du foin sur la tête pendant le spectacle ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Michael Powell, #Emeric PressBurger
A Canterbury Tale (Michael Powell - Emeric Pressburger, 1944)

Chillingbourne (Kent), vendredi soir, avant minuit.

Alison Smith (Sheila Sim), Peter Gibbs (Dennis Price) et Bob Johnson (John Sweet) se rencontrent sur le quai de la gare. Elle vient travailler dans une ferme, ils sont soldats.

C’est la guerre.

 

Le titre le laissait supposer, Powell et Pressburger l’ont fait : le film s’ouvre sur les pèlerins de Chaucer qui se rendent à Canterbury. Mais ils sont rapidement remplacés grâce à une magnifique ellipse par une autre sorte de pèlerins : les usagers du train qui s’y rendent. Ou plutôt qui voudraient s’y rendre, dans le cas de Bob Johnson qui n’a pas bien compris l’annonce du chef de gare.

Mais finalement, cette erreur est l’instrument du Destin. Car cette rencontre inopinée devient pour eux le début d’une aventure étrange qui les mènera malgré tout à Canterbury où ils se révèleront.

 

Il y a dans cette histoire, ce conte, une structure très classique où les trois personnages vont évoluer pour arriver à la transfiguration finale inévitable. Leur route est peuplée d’adjuvants (les enfants) comme d’opposants (Thomas Colpeper – Eric Portman dans un certain sens). Mais il y aura résolution heureuse.

Et finalement, le dernier protagoniste de cette histoire reste la cathédrale, lieu de rencontre où tous finissent et où les destins s’accomplissent.

La dimension mystique du lieu tourne presque à l’obsession – celle de Colpeper qui croit aux miracles, par exemple – et dès que possible, la cathédrale est placée dans le champ de la caméra.

Lointaine tout d’abord, puis de plus en plus proche, elle est la quête à atteindre, cette quête redevenant symbolique pour ces personnages du XXème siècle – siècle de raison et de guerre – montrant à tous que les anciennes traditions ont finalement du bon : finalement, peut-être que Colpeper a raison de croire aux miracles.

 

Parce que dans le champ de la caméra et hors champ, il y a la guerre. Les soldats – l’un américain, l’autre anglais – sont alliés. Alliés dans le conflit et dans leur traque de ce drôle de criminel qui choisit des jeunes femmes pour leur réserver un méchant tour.

Cette guerre est omniprésente, même dans Chillingbourne, qui semble un havre de paix, loin de Londres. Pourtant, à quoi jouent les enfants ? A la guerre, évidemment. Et cette guerre, si elle n’est qu’un jeu pour eux, ne l’est finalement pas. La scène de bataille comporte des canons qui dégueulent leur explosif, des épées, des pistolets en bois, des fusils à baïonnette… Et même un enfant – le plus petit – qui pleure devant cette violence.

Mais la guerre qui semble si lointaine aux yeux des adultes donne toute sa mesure quand Alison déambule dans Canterbury : là où s’élevaient des maisons, on ne voit plus que des trous, des ruines et des pancartes indiquant où on peut trouver maintenant les commerces détruits*.

 

Mais malgré ces malheurs, le film donne un espoir aux spectateurs. Finalement, tout se terminera bien. Et pourtant, quand le film est montré pour la première fois (11 mai 1944), le second front n’est pas encore ouvert.

Powell et Pressburger nous propose bien un conte, et sa résolution est un beau message d’espoir pour les spectateurs, qui sera renforcé lors de la sortie le21 août : les Alliés seront aux portes de Paris.

 

 

* 135 raids aériens
 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Cape & Epées, #Comédie dramatique, #Pierre Gaspard-Huit
Le Capitaine Fracasse (Pierre Gaspard-Huit, 1961)

Retour à Sigognac. Le château est toujours en ruines, le baron (Jean Marais) toujours fauché et c’est toujours la même troupe de comédiens qu’il rencontre. Parmi eux, toujours la même ingénue, Isabelle (Geneviève Grad).

Et encore une fois, l’ignoble duc de Vallombreuse (Gérard Barray) veut la posséder (dans tous les ses du terme).

 

 

Quatrième adaptation française, cette fois-ci, elle est en couleur. Et plus de chanson, si ce n’est quelques refrains de corps de garde, plutôt anecdotiques.

On retrouve le rythme qui contribuait au charme de la version de Cavalcanti, et les dialogues n’ont ni la pompe ni l’ennui de ceux de la version Gance.

Bref, nous assistons à un divertissement honnête où les combats spectaculaires s’enchaînent, le tout dans un ton de comédie plus marqué : on tremble et on rit.

 

 

Jean Marais reprend à nouveau un rôle de cape et d’épée, et son adversaire – Gérard Barray – va bientôt prendre sa place dans les films d’André Hunebelle : ça pourrait presque être un passage de témoin.

Sauf que Vallombreuse est toujours du mauvais côté, essayant soit de ravir l’ingénue soit de trucider son amoureux.

 

A propos de l’ingénue, nous avons enfin une actrice qui convient parfaitement au rôle : Geneviève Grad, qui l’interprète, n’a même pas 17 ans quand le film sort !

On est bien loin d’Assia Noris qui, si elle était belle, avait tout de même 15 ans de plus quand elle a interprété cette partie.

 

 

Certes la version de Pierre Gaspard-Huit* n’atteint pas la virtuosité de Cavalcanti, mais son film se laisse regarder avec beaucoup de plaisir, surtout quand on y découvre à chaque coin de pellicule quelques noms  qui vont s’imposer dans les dix années suivantes : Philippe Noiret, Jean Rochefort, Guy Delorme (pas encore le méchant bretteur que Gérard Barray retrouvera sur sa route dans les films de cape et d’épée futurs), et la star montante de l’époque, Louis de Funès. Ce dernier possède déjà ses mimiques qui le rendront célèbre, et il compose avec Noiret un duo fort mal appareillé (ils ne « boxent » pas dans la même catégorie) mais tout de même comique car complémentaires.

 

Et puis les combats à l’épée retrouvent l’éclat de la première adaptation : ils sont plus naturels, plus spontanés… Un véritable ballet mais qui s’enchaîne avec fluidité. Il faut dire que Marais commence à être rompu à ce genre de personnage. Par contre, si le ton du film est très souvent comique, il n’en va pas de même pour lui, son rôle restant toujours sérieux.

 

 

D’un autre côté, les seconds rôles remplissent largement les fonctions comiques, alors ne boudons pas notre plaisir...

 

* qui nous a quittés l'an passé, il avait tout de même 99 ans !

 

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