1924 : l’année du rail ?
Un mois avant Le Cheval de Fer, sort un autre film qui se passe dans le milieu ferroviaire. Et si le film de John Ford est un véritable chef-d’œuvre, celui-ci mérite largement notre attention.
Ca commence comme un film documentaire sur les chemins de fer. Ou plutôt sur les garants de la bonne circulation des trains : les aiguilleurs.
Mais rapidement, on quitte la grande ville et ses immenses réseaux pour un poste reculé – Noyo – dernier repère avant un sommet.
Nous trouvons ici Dave Taylor (Rockliffe Fellowes), le chef du poste d’aiguillage et son collègue le vieux Billy (James O. Barrows), qui se partagent le temps de veille.
Mais Billy part à la retraite et un nouvel aiguilleur est nommé : Joe Standish (Wallace Beery).
Standish, une fois pris ses fonctions, trouve très à son goût la femme de Dave, Sally (Virginia Valli), et tente de la séduire…
Grand, fort, élégant, les souliers vernis, la fine moustache du séducteur sous le nez, tel est la première vision que nous avons de Standish, à son arrivée au poste d’aiguillage (d’où le titre en vo*). Et si son premier contact est cordial, nous ne nous y trompons pas : c’est un méchant !
Et la suite de l’histoire nous le confirme : Wallace Beery interprète un personnage sournois, immoral et alcoolique (nous sommes en pleine Prohibition).
Dans un premier temps, la présence de la cousine Gertie (Dot Farley) éloigne Standish de sa véritable cible (Sally), mais quand la première repart chez elle, la second »e se retrouve en danger.
Rien d’extraordinaire dans cette intrigue, me direz-vous, et vous aurez raison, mais à cela, Clarence Brown ajoute une autre intrigue en rapport avec les activités de Dave et Joe : un train fou.
Ce train fou, combiné à la menace que représente Joe au couple Dave-Sally, nous donne une dernière partie de film haletante : alors que Dave doit éviter une collision meurtrière, c’est ce moment que choisit Joe pour mettre à exécution son plan crapuleux.
Et quel grand moment ! Clarence Brown, dans cette partie, nous montre toute l’étendue de son talent. Utilisant montages parallèles et prises de vues audacieuses, nous suivons avec délectation cette course contre la montre palpitante. D’un côté, c’est le train fou qui descend, filmé du wagon de tête dans un rythme accéléré, la voie se découvrant au fur et à mesure ; de l’autre c’est un plan latéral de la locomotive en mouvement qui illustre le train en montée, train conduit par Pete (le truculent J. Farrell MacDonald).
Au milieu, Dave, partagé entre cette catastrophe annoncée et le sort de sa femme, menacée par l’infâme Standish.
Magnifique !
Mais Brown ne s’arrête pas à cette prouesse. A deux autres reprises, il nous montre qu’il savait faire du cinéma :
- la première tentative de Joe est montrée par une alternance de champs et contrechamps avec travelling avant (Joe qui avance) et arrière (Sally qui recule), véritables plans subjectifs de la scène ;
- La résolution de l’intrigue principale est racontée avec un flashback, le spectateur étant resté sur l’imminence du danger pour Sally.
Du grand art !
* D’ailleurs, pourquoi, encore une fois, nous gratifier d’un titre français ronflant plutôt que la simplicité de ce titre original ?
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