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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Clarence Brown
Le Veilleur du rail (The signal Tower - Clarence Brown, 1924)

1924 : l’année du rail ?

Un mois avant Le Cheval de Fer, sort un autre film qui se passe dans le milieu ferroviaire. Et si le film de John Ford est un véritable chef-d’œuvre, celui-ci mérite largement notre attention.

 

Ca commence comme un film documentaire sur les chemins de fer. Ou plutôt sur les garants de la bonne circulation des trains : les aiguilleurs.

Mais rapidement, on quitte la grande ville et ses immenses réseaux pour un poste reculé – Noyo – dernier repère avant un sommet.

Nous trouvons ici Dave Taylor (Rockliffe Fellowes), le chef du poste d’aiguillage et son collègue le vieux Billy (James O. Barrows), qui se partagent le temps de veille.

Mais Billy part à la retraite et un nouvel aiguilleur est nommé : Joe Standish (Wallace Beery).

Standish, une fois pris ses fonctions, trouve très à son goût la femme de Dave, Sally (Virginia Valli), et tente de la séduire…

 

Grand, fort, élégant, les souliers vernis, la fine moustache du séducteur sous le nez, tel est la première vision que nous avons de Standish, à son arrivée au poste d’aiguillage (d’où le titre en vo*). Et si son premier contact est cordial, nous ne nous y trompons pas : c’est un méchant !

 

Et la suite de l’histoire nous le confirme : Wallace Beery interprète un personnage sournois, immoral et alcoolique (nous sommes en pleine Prohibition).

Dans un premier temps, la présence de la cousine Gertie (Dot Farley) éloigne Standish de sa véritable cible (Sally), mais quand la première repart chez elle, la second »e se retrouve en danger.

 

Rien d’extraordinaire dans cette intrigue, me direz-vous, et vous aurez raison, mais à cela, Clarence Brown ajoute une autre intrigue en rapport avec les activités de Dave et Joe : un train fou.

Ce train fou, combiné à la menace que représente Joe au couple Dave-Sally, nous donne une dernière partie de film haletante : alors que Dave doit éviter une collision meurtrière, c’est ce moment que choisit Joe pour mettre à exécution son plan crapuleux.


Et quel grand moment ! Clarence Brown, dans cette partie, nous montre toute l’étendue de son talent. Utilisant montages parallèles et prises de vues audacieuses, nous suivons avec délectation cette course contre la montre palpitante. D’un côté, c’est le train fou qui descend, filmé du wagon de tête dans un rythme accéléré, la voie se découvrant au fur et à mesure ; de l’autre c’est un plan latéral de la locomotive en mouvement qui illustre le train en montée, train conduit par Pete (le truculent J. Farrell MacDonald).

Au milieu, Dave, partagé entre cette catastrophe annoncée et le sort de sa femme, menacée par l’infâme Standish.

Magnifique !

 

Mais Brown ne s’arrête pas à cette prouesse. A deux autres reprises, il nous montre qu’il savait faire du cinéma :

  • la première tentative de Joe est montrée par une alternance de champs et contrechamps avec travelling avant (Joe qui avance) et arrière (Sally qui recule), véritables plans subjectifs de la scène ;
  • La résolution de l’intrigue principale est racontée avec un flashback, le spectateur étant resté sur l’imminence du danger pour Sally.

 

Du grand art !

 

 

 

* D’ailleurs, pourquoi, encore une fois, nous gratifier d’un titre français ronflant plutôt que la simplicité de ce titre original ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Christopher Nolan, #DC Comics, #Morgan Freeman, #Batman
The dark Knight : Le Chevalier noir (The dark Knight - Christopher Nolan, 2008)

Batman, deuxième partie.

 

Un changement tout d’abord : Katie Holmes a laissé sa place à Maggie Gyllenhaal (la sœur de Jake) pour jouer Rachel Dawes.

Pour le reste, on continue – presque – là où s’était terminé Batman begins.
Christian Bale est toujours Wayne/Batman, Michael Caine Alfred, Morgan Freeman Lucius et Gary « Sirius Black » Oldman reprend le rôle du policier Jim Gordon.

Et aux manettes, encore une fois, Christopher Nolan.

 

La dernière fois (en 2005), on posait des jalons, on plantait le décor. Et, bien entendu, on avait droit à un appel pour un deuxième épisode : la carte du Joker.

Alors, le Joker est là. C’est (le regretté) Heath Ledger, méconnaissable (normal, il est maquillé) qui interprète là certainement l’un des pires méchants du cinéma du XXIème siècle. Il est dingue, calculateur, froid et inquiétant. Comme Batman est un super héros, il lui fallait un super méchant. Pas étonnant que Ledger ait obtenu l’Oscar : ses gestes, sa diction et son attitudes contribuent à créer l’un des plus grands dangers de Batman. Même Jared Leto, dans Suicide Squad n’arrive pas à égaler cette performance. C’est un personnage qui vient de nulle part : pas de passé, ou alors des versions différentes pour expliquer ses cicatrices. C’est avant tout un dément, avec donc une logique imparable. Et pour souligner le dérangement de l’esprit du Joker, Nolan utilise une caméra en mouvement circulaire, dont l’impression de tourbillon gagne le spectateur.

 

L’autre nouveau personnage, c’est Harvey « Double Face » Dent (Aaron Eckhart). Là encore, c’est son côté double (« Two-Face » en vo) est souligné par un objet : la pièce à double face, élément récurrent du procureur, qui se noircit en même temps qu’une partie de son visage. Un beau rendu.

 

Pour le reste, c’est solide et efficace, avec un casse (du siècle ou presque) pour commencer, et un combat de titans (ou presque, là encore). Et entre les deux ? Un super héros qui doute, dans une intrigue aussi noire que l’âme du Joker. Doit-il continuer ? Doit-il faire tomber le masque ?

Un regret tout de même : une utilisation de Michael Caine et Morgan Freeman un peu moindre. Il fallait choisir entre les adjuvants (Alfred, Lucius) et l’opposant, ce fut ce dernier qui l’emporta, pour une création assez époustouflante.


Le tout, dans le sérieux habituel de DC Comics, mis à part quelques réflexions d’Alfred et des explosifs qui ne se déclenchent pas au bon moment. En effet, dans l’histoire, mais surtout dans le tournage de la scène, les explosifs ne se sont pas déclenchés tout de suite, amenant  une petite improvisation de Heath Ledger, qui, au final, sera véritablement surpris par l’explosion !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Benjamin Christensen
La Sorcellerie à travers les âges (Häxan - Benjamin Christensen, 1922)

Häxan, le titre original, ça veut avant tout dire « la sorcière ».

Le titre français s’expliquerait donc dans un souci – toujours le même – de faire venir les spectateurs.

Parce que le film de Benjamin Christensen, c’est avant tout le portrait de la sorcière en tant que personne. Il n’est pas question d’expliquer les sortilèges et autres mauvais sorts. Seul compte le statut de cette femme et son propre sort… « A travers les âges » précise le titre, est un tantinet trompeur : on a des exemples médiévaux et une comparaison avec le XXème siècle. A travers deux âges, donc.

 

Ce film est un exposé. Christensen va traiter du thème des sorcières (et non pas de la sorcellerie qui concerne les femmes ET les hommes) en sept parties (nombre symbolique s’il en est). La première partie est toute théorique, illustrée de gravures anciennes présentant le propos du film.

Dès la seconde partie, Christensen illustre ce qu’il vient d’exposer. Cette exposition passe par des utilisations récurrentes du pronom « je » du conférencier qui s’adresse à son public.

 

Mais c’est avec la troisième partie que l’action est lancée. Une vieille femme aux manières frustes est dénoncée auprès de l’Inquisition pour fait de sorcellerie. Elle est arrêtée et « questionnée ». A partir de là, c’est une escalade : dans l’histoire elle-même et dans la frénésie des images. C’est une description formidable du sabbat, avec en surimpressions des sorcières chevauchant leur balai : magnifique.

 

Mais à travers cette histoire malheureuse – un délit de sale gueule dirions-nous aujourd’hui – c’est à l’arbitraire de la situation que s’attaque Christensen. Et aussi au sort des femmes, coupable tout désigné par l’Eglise depuis Eve et le péché originel.

Alors nous allons suivre des femmes, plus ou moins âgées, plus ou moins habillées (mais de dos, ne vous excitez pas !), mais toutes accusées de sorcellerie.

Et qui les accuse ? Des hommes. D’église. Sous des prétextes fallacieux (pléonasme ?) avec des arguments aussi terribles que péremptoires contre lesquels aucune défense ne peut tenir.

 

Parce qu’il ne faut pas oublier que les vrais accusateurs de sorcellerie sont avant tout les religieux, ceux qui étaient menacés par un savoir qui allait au-delà de leur foi, d’où leur crainte. Mais ici, c’est avant tout l’arbitraire qui est exposé.

Cela n’empêche pas d’illustrer la superstition ambiante, avec force diables dévêtus au système pileux développé, de toute taille et de toute forme, avec le bestiaire - merveilleux s’il n’était diabolique – qui va avec.

 

Et puis le docteur Freud arrive – on ne le voit pas, ni ne le suggère – et ce mal qui possédait certaines femmes a une explication rationnelle et même un nom : l’hystérie. Voilà la cause de cette déviance féminine.

Mouais. Pourquoi pas. Cela sert son propos, mais n’explique pas la majorité des exécutions de femmes comme sorcières.

Et c’est là que mon ami le professeur Allen John  intervient : « qu’est-ce que ça peut faire ? N’oublions pas que c’est du cinéma. »


Alors profitons que c’est du cinéma, parce que nous assistons à un magnifique film tout en suggestions (sauf la flagellation de l’inquisiteur), avec des éclairages et des gros plans pertinents. Du très grand art.

 

A voir (et revoir) un soir, quand la nuit est sans lune, bien entendu…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille, #Gloria Swanson
Le Cœur nous trompe (The Affairs of Anatol - Cecil B. DeMille, 1921)

Anatol (Wallace Reid, déjà sous l'emprise de la drogue, hélas...) est un homme grand, beau et fort.

C’est un homme brave et noble, toujours prêt à sauver une jeune femme en détresse.

Mais il est naïf. Très.

Bref, Anatol est ce qu’on peut appeler un grand couillon.

Anatol est marié à Vivian (Gloria Swanson), qui commence à en avoir assez de ses facéties.

 

Vous ai-je déjà écrit que j’avais du mal avec les traductions françaises des titres ?

Ici, le titre original, c’est The Affairs of Anatol. On pourrait le traduire par « Les Liaisons d’Anatol » ce qui serait plus en rapport avec l’intrigue.

Parce que ce cher Anatol collection ne les femmes. Mais pas dans le sens où on l’entend. A chaque fois, il se fait avoir par elles.

 

Le film comporte trois parties ainsi qu’un épilogue. Une pour chaque femme, la dernière concernant sa légitime.

La première femme, c’est Emilie Dixon (Wanda Hawley), une amie d’enfance devenue courtisane (litote).

Anatol n’a qu’une envie, la sortir de cet univers malsain.

La deuxième femme, c’est Annie Elliott (Agnes Ayres), la femme du pasteur (Monte Blue). Prise à voler dans la caisse de la paroisse, elle est chassée par son mari. Désespérée, elle se jette à l’eau. C’est le moment que choisissent Anatol et sa femme pour passer en barque.

Evidemment, Anatol n’a qu’une réaction : il s’empresse de la secourir.

La troisième femme, enfin, est une actrice célèbre au nom prédestiné : Satan Synne (Bebe Daniels), ce qui, phonétiquement, se traduit par « Péché du Diable ». Tout un programme…

 

Cecil B. DeMille retrouve ici quelques uns de ses interprètes, dont le couple vedette Gloria Swanson & Wallace Reid. Mais c’est avant tout Reid qui reste le personnage principal, Swanson ne faisant que quelques apparitions dans chaque épisode. Sa naïveté, qui confine tout de même à la bêtise, est malgré tout touchante. Il n’y a que lui qui ne voit rien. Et sa chevalerie met même son couple en danger : normal, me direz-vous, mais de son point de vue, il ne voit pas anguille sous roche. Il veut aider, tout simplement.

 

Et puis il y a Satan Synne. C’est l’élément du destin : c’est son nom qui incite Anatol à se jeter dans ses bras. Mais c’est la seule femme honnête, voire sincère. Alors, évidemment, il ne se passera rien !

Et même, au contraire, c’est sa rencontre qui va le ramener chez lui.

 

DeMille nous gâte* avec cette histoire bourgeoise, où Wallace Reid est magnifique en grand niais, à l’opposé de ce qui fit sa réputation de séducteur. Il est un peu dommage que Gloria Swanson soit moins utilisée, cédant presque la vedette aux autres femmes, surtout Bebe Daniels.

Mais on s’amuse de ces liaisons improbables où un grand échalas se fait (presque) toujours avoir.

Une question subsiste tout de même : comme Anatol a-t-il fait pour séduire Vivian, et surtout l’amener à l’épouser ?

 

 

*Et en plus c'est en couleur 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Charles Chaplin
La Ruée vers l'or (The gold Rush - Charles Chaplin, 1925)

Une mine d’or.

Des prospecteurs.

Une tempête.

Une cabane.

Une ville champignon.

Un saloon.

Et la belle Georgia (Georgia Hale).

 

Que d’évolution en dix ans entre le premier court métrage de la Essanay (Charlot débute, 1915) et ce film ! Voilà enfin sa première comédie en format long, filmée magnifiquement par Rollie Totheroh.

Quelle comédie !

 

Avec ce film un peu à part, Chaplin casse ses codes.

En effet, le personnage du vagabond est bien là, mais pour une fois, il se comporte en être (presque) civilisé : si on excepte la ruse pour entrer chez Hank Curtis (Henry Bergman) et le vers glané sur un plateau, il n’essaie pas de tricher pour réussir. Il se conforme à la société, travaillant volontairement pour se faire de l’argent.

 

Mais le grand changement, c’est que le film se termine bien, et même très bien. Sans équivoque. D’habitude, la fin est souvent en demi-teinte : dans Une Vie de chien, par exemple, le vagabond et la jeune femme semblent s’en être sortis, mais si on regarde bien, on s’aperçoit que l’exploitation de lopin de terre ne va pas être très productive. Dans les films suivants, il en ira de même : le vagabond sera seul, voire accompagné (les Temps modernes), mais sur la route, sans cesse en mouvement.

Ici, tout est bien qui finit bien : il retrouve Georgia et ils vont se marier, à la grande joie des journalistes présents.

 

Mais ce bonheur final fut long à acquérir. Et surtout, sa relation avec Georgia n’était pas gagnée. Et même, la première fois qu’ils sont en présence l’un de l’autre, elle ne le voit pas.

Normal, c’est Jack Cameron (Malcolm Waite) qui a sa préférence : c’est un homme à femme, fort, drôle et séduisant. Et Georgia et lui sont très amoureux (Georgia le lui écrit même). Ils se chamaillent, mais se réconcilient à chaque fois. Mais dès que le vagabond paraît, cet état de fait est sujet à caution.

Et c’est même sur un malentendu que le vagabond repart avec Big Jim (Mack Swain). Et sur le bateau, Georgia n’agit pas comme une femme amoureuse : elle est surprise, contente de le revoir mais son premier réflexe, c’est de le cacher, le prenant pour un passager clandestin.

 

Dernier élément de changement, le vagabond – qui est maintenant un homme riche – finit par embrasser (sur la bouche !) celle qu’il aime, alors que jamais il n’embrassait Edna Purviance, ni il n’embrassera Virginia Cherrill (Les Lumières de la ville), ni Paulette Goddard (Les Temps modernes).

 

Malgré tout, il y a la même volonté de faire rire. Et la cabane, qui apparaît en miroir dans le film, est un lieu hautement comique. On y assiste, bien sûr, à la scène mythique du repas de chaussure. Mais les autres péripéties qui y surviennent y sont magnifiquement orchestrées : la bagarre entre Big Jim et Black Larsen (Tom Murray) pour le fusil est formidable, réglée au millimètre – Chaplin était un perfectionniste – et la séquence où la cabane est en équilibre en est un autre sommet.

 

Et puis il y a la danse des petits pains…

 

 

Il s’agissait bien entendu de la version entièrement muette de 1925. En 1942, Chaplin a proposé une nouvelle version de son film : coupée, partiellement sonorisée et avec un narrateur (lui-même ou Henri Virlojeux pour la version française).

Quelle mauvaise idée.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Alan Crosland, #John Barrymore
The beloved Rogue (Alan Crosland, 1927)

1432

François de Montcorbier périt sur le bûcher, martyr de France, laissant une veuve (Lucy Beaumont) et un orphelin (Dickie Moore), le petit François.

1457

La Guerre de Cent Ans est terminée, mais un autre conflit déchire la France : l’ascension irrésistible de Charles de Bourgogne dit « Le Téméraire » (Lawson Butt) aux dépens du roi Louis XI (Conrad Veidt).

Le petit François est devenu grand, il est célèbre dans tout Paris pour ses poèmes : il est maintenant François Villon (John Barrymore).

Il est devenu aussi un voyou notoire, apprécié des pensionnaires de la Cour des Miracles, un peu voleur, un peu coureur, mais poète avant tout.

 

Alan Crosland adapte ici une pièce à succès, racontant, de façon très romancée, la vie de François Villon, qui de poète et brigand, devient poète et protégé du roi Louis XI.

Avec toutes les péripéties qui en découlent.

John Barrymore, séducteur éternel du cinéma, campe ici un personnage plutôt burlesque, toujours prêt à une mauvaise action, pourvu qu’elle profite aux autres. C’est une espèce de brigand bien-aimé, qui séduit les femmes et boit comme un trou.

Jusqu’à ce qu’il rencontre la protégée du roi, Charlotte de Vaucelles (Marceline Day), et en tombe amoureux. Bien entendu, elle n’est pas insensible à son charme (c’est tout de même Barrymore !), et une issue heureuse pour eux deux semble inéluctable.

Entre-temps, beaucoup d’événements vont empêcher cette union prévisible : enlèvements, trahison et facéties villonesques sont au programme, le tout entrecoupé de quatrains issus de l’inspiration fertile du poète.

 

Alors on s’amuse beaucoup : les spectateurs, mais aussi les acteurs dans cette fresque pseudo historique où l’Histoire cède le pas à l’histoire, cinéma oblige (Rappel : au cinéma, tout est possible !).

De plus, Alan Crosland profite d’une distribution prestigieuse (comme on dit). Outre le cadet des Barrymore, on retrouve quelques noms célèbres qui ont participé à d’autres films non moins célèbres : Mack Swain (La Ruée vers l’or de C. Chaplin) ; Nigel de Brulier (Les trois Mousquetaires de F. Niblo) ; Henry Victor et Rode Dione (Freaks de T. Browning) etc.

 

A noter enfin la présence d’un débutant dans un « petit » second rôle (environ 89 centimètres) : Angelo Rossito, qu’on retrouvera, bien sûr, dans Freaks, et qui verra sa carrière cinématographique s’étaler sur 60 ans !

 

Terminons sur celui qui partage la vedette avec John Barrymore : Conrad Veidt. C’est son premier film américain, et son rôle de Louis XI est assez marquant. C’est un roi craintif mais autoritaire, passionné d’astrologie, à l’humeur versatile. Son jeu est caractéristique de sa période muette, son visage aux yeux clairs aussi tordu que l’âme de son personnage.

Une réussite.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Alan Hale, #Bessie Love, #Muet
Rubber Tires (Alan Hale, 1927)

Les Stack vivent à New York.

Enfin, il serait plus juste de dire « survivent » : le père (Erwin Connelly) qui passe son temps à se lamenter sur son fauteuil ; la mère (May Robson) qui essaie de faire tourner la maison avec de maigres ressources ; Charles, un petit garçon peu soigneux (Frank Coghlan Jr.) et Mary Ellen (Bessie Love), une grande fille qui, heureusement, travaille et fait bouillir la marmite.

Bref, ce n’est pas la grande joie.

Surtout quand Mary Ellen rentre et annonce qu’elle a été renvoyée…

Mais il reste un espoir : une maison en Californie. Il suffit juste de payer les dettes de cette maison et d’aller s’y installer…

 

Comme je le disais dans Le petit Frère, nous sommes en 1927 et la comédie américaine est à un tournant. Nous sommes à quelques mois de l’apparition du parlant, et au chant du cygne du burlesque. Et Alan Hale (Petit Jean dans Les aventures de Robin des Bois de Michael Curtiz) nous propose ici une intrigue où le slapstick n’apparaît presque pas (la séquence du réservoir).

Tout le comique s’appuie sur des situations impossibles voire improbables et des intertitres subtiles, annonçant les réparties drolatiques de la décennie à venir. Pas de coup de pied aux fesses, ni chute, ni tarte à la crème…

 

Et au milieu de tout ça, la belle Bessie Love, dans un rôle de jeune femme forte, la véritable maîtresse de la maison Stack.

A ses côtés, Bill (Harrison Ford, rien à voir avec l’autre), un jeune mécano débrouillard, ancienne connaissance de la famille. Après un accueil plutôt froid, Mary Ellen va rapidement tomber sous son charme.

Autre élément masculin : le bellâtre, Dudley Blake (John Patrick).

 

Si Hollywood – et d’autres studios dans d’autres pays – a su mettre en avant les ravissantes idiotes, ici, Alan Hale nous propose un ravissant idiot. C’est un jeune homme qui a remporté un concours de beauté et qui monte à Hollywood faire – comme curieux quand on sait ce qui va arriver l’année suivante – du cinéma « muet ». Il est empoté et sans cesse battu sur le fil par l’entreprenant et débrouillard Bill, pour notre plus grande joie. Même dans la bagarre – inévitable et due à sa bêtise – il est battu par Bill, ce dernier encouragé par Mary Ellen, qui n’a que faire de ce grand couillon.

 

Ajouter à cela une sous intrigue où il est question de voiture rare valant 10.000 dollars, et vous aurez une comédie plaisante, subtile et très bien interprétée.

 

Une friandise qui se déguste sans modération.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Christopher Nolan, #Morgan Freeman, #DC Comics, #Batman
Batman begins (Christopher Nolan, 2005)

On prend les mêmes et on recommence.

Seize ans après Tim Burton, Christopher Nolan reprend le super héros à son compte.

Bruce Wayne (Christian Bale) est en prison, quelque part en Chine. Il se souvient de comment on en est arrivé là : de la mort de ses parents, l’arrestation et le procès de l’agresseur, sa colère devant la relaxe, son départ vers l’Orient. Il s’évade.

Puis vient son initiation aux arts martiaux. Enfin, il est prêt.

Prêt à affronter le crime dans sa bonne vieille ville de Gotham City, pour laquelle les Wayne ont beaucoup fait. Se basant sur sa propre peur, il choisit d’être l’homme chauve-souris (en vo « batman »…) et d’enrayer le crime de Gotham.

Vaste programme, surtout quand un super méchant - Ra's al Ghul (Ken Watanabe ? Liam Neeson ?) – s’en mêle…

 

Avec cet trilogie qui commence (on ne le sait pas encore en 2005), Nolan revient aux sources du personnage : on y trouve son amie d’enfance Rachel Dawes (Katie Holmes) et Lucius Fox (Morgan Freeman), mais aussi, bien entendu, le serviteur Alfred (Michael Caine), le policier Jim Gordon (Gary Oldman) et bien d’autres. Les deux absents du film de Burton sont Harvey Dent et bien entendu, le Joker. Mais cette absence sera bientôt comblée…

En reprenant l’histoire au début et en utilisant les personnages initiaux, Nolan se donne une caution morale : attention, voici la véritable histoire du Batman.

Et de fait, il n’y a pas le côté délirant de Burton. Le maître mot du film est le réalisme (si tant est que le Batman est un personnage réaliste !).

On suit alors l’évolution du personnage : élaboration du costume, mise en place des gadgets, et bien entendu, la Batmobile ! Et puis la mise en situation réelle, avec ses petites erreurs qui pourraient être lourdes de conséquence. Mais heureusement, il s’en sort et corrige. D’un autre côté, on n’imagine pas Batman se faire flinguer à la sauvette dans une rue sombre, et le mot « fin » apparaître…

C’est pendant cette période que se développe une intrigue mineur mais qui se rattache à la principale : celle mettant en scène le Dr. Crane (Cillian  Murphy).

Bref, tout se met en place, en attendant l’arrivée du premier grand méchant : Ra's al Ghul.

 

C’est du grand spectacle. Ca bouge de partout, ça flingue à tout va, il y a des poursuites en voiture. Bref, de l’action à volonté. Mais, comme nous ne sommes pas dix ans plus tard, le flot des images est supportable. Même dans les moments les plus rapides, Nolan prend le temps de montrer ce qui se passe.

Mais si le film fonctionne bien, c’est aussi grâce à l’entourage de Bruce Wayne : Rachel, Lucius et l’incontournable Alfred. Et les acteurs choisis pour les interpréter sont à la hauteur, Michael Caine, bien évidemment, en tête. Ils représentent un véritable pendant à Wayne-Batman, personnage plutôt uniforme et lisse. En effet, Wayne, de par sa double identité ne peut pas être trop complexe : il doit pouvoir passer d’un personnage à l’autre sans difficulté.

 

Enfin, une fois les intrigues résolues, l’ouverture vers un volet inévitable : l’introduction du Joker à travers – seulement – sa carte de visite…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Harold Lloyd
Le petit Frère (The kid Brother - Ted Wilde*, 1927)

Le petit frère, c’est Harold Hickory (Harold Lloyd).

C’est le plus jeune, mais aussi le plus faible.

Il faut dire que les Hickory sont de sacrés gaillards : le père (Walter James), shérif de Hickoryville (tiens, tiens) est une montagne, et ses deux premiers fils (Leo Willis & Olin Francis), s’ils n’ont pas inventé la poudre sont aussi imposants que leur père.

Alors évidemment, Harold paraît bien frêle à côté d’eux…

Alors pendant que ses frères travaillent dur à la ferme, il assure l’intendance.

Arrive un spectacle ambulant. Il y a Mary (Jobyna Ralston), une jolie danseuse, flanquée de deux personnages troubles : Flash (Eddie Boland) – un  charlatan qui vend un remède miracle qui redonne la santé et permet d’encaustiquer les meubles – et Sandoni (Constantine Romanoff), un colosse.

 

Nous sommes ici dans une intrigue qui rappelle David l’Endurant d’Henry King (1921), mais d’un point de vue comique. Il faut dire qu’Harold Lloyd est extraordinaire : il a toujours son aspect un tantinet niais et peu sûr de lui, mais à l’instar de Grandma’s Boy, il sait puiser du courage et se sort des situations. Mais cette fois-ci, pas besoin de talisman plus ou moins magique : l’amour et la confiance de Mary sont sa motivation.

Et surtout, les gags sont nombreux et très élaborés. Il y a un crescendo dans le rire. On part d’une situation très slapstick (chute, coups…) pour aller vers des gags de plus en plus subtiles, même dans les échanges de coups : la scène où les frères s’en prennent à leur père est magnifique.

 

Il y a d’ailleurs beaucoup de violence dans ce film où on se bat continuellement : Harold contre son voisin (et ennemi) Hank Hooper (Ralph Yearsley) ; Harold contre ses frères ; ses frères contre son père… Le paroxysme étant la lutte contre Sandoni dans l’épave, où sous prétexte qu’il ne s’est pas nager, Harold va entraîner la brute dans l’eau. Un malaise commence à s’installer – on n’est pas habitué à ce genre de combat : on pourrait presque penser qu’il a l’intention de le noyer !

Autre moment grave du film : les habitants qui veulent lyncher le shérif.

Heureusement, c’est une comédie. Pourtant, on n’est pas passé loin.

 

Le cinéma muet burlesque est à son apogée. Les chefs-d’œuvre comiques s’enchaînent avec toujours plus de subtilité dans les gags visuels. Malheureusement (?), le parlant va mettre ce genre au rancard, développant un humour parlé : la screwball comedy.

Qu’on soit bien clair, ce nouveau genre a produit de magnifiques films, très drôles, mais il est dommage que le burlesque ait été mis de côté : il suffit, pour s’en convaincre, de voir les films de Chaplin – qui a continué jusqu’à la limite – et ceux de Tati, après la deuxième guerre mondiale, pour voir que le comique visuel avait toujours sa place.

 

Quoi qu’il en soit, Harold Lloyd nous offre un spectacle incroyable avec cascades et morceaux de bravoure, le tout filmé par Walter Lundin, avec une caméra vivante qui suit beaucoup de ses déplacements : qu’ils soient horizontaux ou verticaux (l’escalade de l’arbre).

 

Un classique à (re)découvrir.

 

 

 

 

 

* et J. A. Howe, Harold Lloyd et même Lewis Milestone !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Marshall Neilan, #Mary Pickford
Papa Longues-Jambes (Daddy-Long-Legs - Marshall Neilan, 1919)

L’orphelinat John Grier, où les pensionnaires sont traités comme au pénitencier.

Parmi eux, Jerusha « Judy » Abbott (Mary Pickford), une enfant abandonnée à la naissance dans une poubelle, pendant que d’autres enfants s’épanouissent au milieu d’une famille.

Parfois, un des bienfaiteurs s’intéresse au cas d’un ou d’une pensionnaire.

C’est un jour le cas de Judy.

 

Le film commence par une séquence édifiante : on annonce l’arrivée à la vie d’enfants, certains dans des familles, d’autres ailleurs. C’est lénifiant à souhait, pire que les admonestations de certains films de Griffith. Mais ce n’est qu’une illusion : il n’est pas question de démontrer quoi que ce soit. C’est l’histoire de Judy Abbott, et c’est tout.

Mais tout ça n’est pas toujours bien sérieux !

 

C’est vrai, Judy passe une bonne partie de sa vie dans un orphelinat strict (un petit peu plus la moitié du film), et la description qui en est faite n’est pas reluisante, mais le seul destin qui nous intéresse est celui de Judy.

Il y a d’ailleurs un changement radical dans la narration quand Judy affronte la « vraie » vie : ce n’est plus un univers clos aux règles sévères (et pas toujours justes), mais un monde ouvert où les gens sont libres.

 

Le ton aussi change avec l’environnement.

La vie à l’orphelinat est tout d’abord décrite à l’aide de parallèles forts : l’activité des orphelins ressemble à du travail forcé, les dirigeants sont des plantes pas toujours ornementales, voire agréables… Le tout dans des tentatives – balbutiantes, on est en 1919 – de fondus enchaînés du plus bel effet.

Mais cette vie terrible est aussi le moment le plus comique du film : les facéties (plus ou moins volontaires) de Judy sont irrésistibles. Mary Pickford retrouve un rôle de fillette qui grandit avec son savoir faire habituel. On a parfois du mal à croire qu’elle a déjà  27 ans quand sort le film !

La séquence d’ivresse avec un autre orphelin (Wesley Barry) est d’ailleurs très drôle. Mais même dans cette partie à dominante comique, la tragédie pointe : une petite fille qui veut sa maman va la rejoindre – définitivement – dans son sommeil pendant que Judy la berce.

 

Alors quand un nouveau bienfaiteur arrive et va sortir Judy de cet enfer, c’est une tout autre jeune fille qu’on retrouve. Elle a grandi et même la blouse de rigueur à l’orphelinat ne cache plus ses formes féminines. Ce bienfaiteur, c’est « Papa Longues-Jambes », appelé ainsi car Judy n’aperçoit qu’une ombre de lui magnifiée sur un mur, lui donnant l’air d’avoir des jambes infinies.

 

Avec la vraie vie, Judy va bien entendu connaître l’amour.

C’est d’ailleurs une autre séquence décalée qui va nous l’introduire : Cupidon, directeur général, et ses collaborateurs (eux aussi des bébés costumés) décident de s’occuper du cas de Judy.

C’est un des premiers longs métrages où les (tout) petits enfants ont un rôle aussi important : dans le comique (Bosco et le fil), comme dans le tragique (voir plus haut).

 

Mais malgré tout, c’est Mary Pickford qui irradie le film de sa présence. Elle est bezlle et nous montre l’étendue de son talent : jouant tour à tour la fillette puis la jeune fille voire la femme. Elle fait rire et émeut.

Et en plus, les plans mettent en valeur sa beauté.

 

Deux ans avant Le Kid, « un film avec un sourire, et peut-être une larme. »

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