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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Alan Hale, #Bessie Love, #Muet
Rubber Tires (Alan Hale, 1927)

Les Stack vivent à New York.

Enfin, il serait plus juste de dire « survivent » : le père (Erwin Connelly) qui passe son temps à se lamenter sur son fauteuil ; la mère (May Robson) qui essaie de faire tourner la maison avec de maigres ressources ; Charles, un petit garçon peu soigneux (Frank Coghlan Jr.) et Mary Ellen (Bessie Love), une grande fille qui, heureusement, travaille et fait bouillir la marmite.

Bref, ce n’est pas la grande joie.

Surtout quand Mary Ellen rentre et annonce qu’elle a été renvoyée…

Mais il reste un espoir : une maison en Californie. Il suffit juste de payer les dettes de cette maison et d’aller s’y installer…

 

Comme je le disais dans Le petit Frère, nous sommes en 1927 et la comédie américaine est à un tournant. Nous sommes à quelques mois de l’apparition du parlant, et au chant du cygne du burlesque. Et Alan Hale (Petit Jean dans Les aventures de Robin des Bois de Michael Curtiz) nous propose ici une intrigue où le slapstick n’apparaît presque pas (la séquence du réservoir).

Tout le comique s’appuie sur des situations impossibles voire improbables et des intertitres subtiles, annonçant les réparties drolatiques de la décennie à venir. Pas de coup de pied aux fesses, ni chute, ni tarte à la crème…

 

Et au milieu de tout ça, la belle Bessie Love, dans un rôle de jeune femme forte, la véritable maîtresse de la maison Stack.

A ses côtés, Bill (Harrison Ford, rien à voir avec l’autre), un jeune mécano débrouillard, ancienne connaissance de la famille. Après un accueil plutôt froid, Mary Ellen va rapidement tomber sous son charme.

Autre élément masculin : le bellâtre, Dudley Blake (John Patrick).

 

Si Hollywood – et d’autres studios dans d’autres pays – a su mettre en avant les ravissantes idiotes, ici, Alan Hale nous propose un ravissant idiot. C’est un jeune homme qui a remporté un concours de beauté et qui monte à Hollywood faire – comme curieux quand on sait ce qui va arriver l’année suivante – du cinéma « muet ». Il est empoté et sans cesse battu sur le fil par l’entreprenant et débrouillard Bill, pour notre plus grande joie. Même dans la bagarre – inévitable et due à sa bêtise – il est battu par Bill, ce dernier encouragé par Mary Ellen, qui n’a que faire de ce grand couillon.

 

Ajouter à cela une sous intrigue où il est question de voiture rare valant 10.000 dollars, et vous aurez une comédie plaisante, subtile et très bien interprétée.

 

Une friandise qui se déguste sans modération.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Christopher Nolan, #Morgan Freeman, #DC Comics, #Batman
Batman begins (Christopher Nolan, 2005)

On prend les mêmes et on recommence.

Seize ans après Tim Burton, Christopher Nolan reprend le super héros à son compte.

Bruce Wayne (Christian Bale) est en prison, quelque part en Chine. Il se souvient de comment on en est arrivé là : de la mort de ses parents, l’arrestation et le procès de l’agresseur, sa colère devant la relaxe, son départ vers l’Orient. Il s’évade.

Puis vient son initiation aux arts martiaux. Enfin, il est prêt.

Prêt à affronter le crime dans sa bonne vieille ville de Gotham City, pour laquelle les Wayne ont beaucoup fait. Se basant sur sa propre peur, il choisit d’être l’homme chauve-souris (en vo « batman »…) et d’enrayer le crime de Gotham.

Vaste programme, surtout quand un super méchant - Ra's al Ghul (Ken Watanabe ? Liam Neeson ?) – s’en mêle…

 

Avec cet trilogie qui commence (on ne le sait pas encore en 2005), Nolan revient aux sources du personnage : on y trouve son amie d’enfance Rachel Dawes (Katie Holmes) et Lucius Fox (Morgan Freeman), mais aussi, bien entendu, le serviteur Alfred (Michael Caine), le policier Jim Gordon (Gary Oldman) et bien d’autres. Les deux absents du film de Burton sont Harvey Dent et bien entendu, le Joker. Mais cette absence sera bientôt comblée…

En reprenant l’histoire au début et en utilisant les personnages initiaux, Nolan se donne une caution morale : attention, voici la véritable histoire du Batman.

Et de fait, il n’y a pas le côté délirant de Burton. Le maître mot du film est le réalisme (si tant est que le Batman est un personnage réaliste !).

On suit alors l’évolution du personnage : élaboration du costume, mise en place des gadgets, et bien entendu, la Batmobile ! Et puis la mise en situation réelle, avec ses petites erreurs qui pourraient être lourdes de conséquence. Mais heureusement, il s’en sort et corrige. D’un autre côté, on n’imagine pas Batman se faire flinguer à la sauvette dans une rue sombre, et le mot « fin » apparaître…

C’est pendant cette période que se développe une intrigue mineur mais qui se rattache à la principale : celle mettant en scène le Dr. Crane (Cillian  Murphy).

Bref, tout se met en place, en attendant l’arrivée du premier grand méchant : Ra's al Ghul.

 

C’est du grand spectacle. Ca bouge de partout, ça flingue à tout va, il y a des poursuites en voiture. Bref, de l’action à volonté. Mais, comme nous ne sommes pas dix ans plus tard, le flot des images est supportable. Même dans les moments les plus rapides, Nolan prend le temps de montrer ce qui se passe.

Mais si le film fonctionne bien, c’est aussi grâce à l’entourage de Bruce Wayne : Rachel, Lucius et l’incontournable Alfred. Et les acteurs choisis pour les interpréter sont à la hauteur, Michael Caine, bien évidemment, en tête. Ils représentent un véritable pendant à Wayne-Batman, personnage plutôt uniforme et lisse. En effet, Wayne, de par sa double identité ne peut pas être trop complexe : il doit pouvoir passer d’un personnage à l’autre sans difficulté.

 

Enfin, une fois les intrigues résolues, l’ouverture vers un volet inévitable : l’introduction du Joker à travers – seulement – sa carte de visite…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Harold Lloyd
Le petit Frère (The kid Brother - Ted Wilde*, 1927)

Le petit frère, c’est Harold Hickory (Harold Lloyd).

C’est le plus jeune, mais aussi le plus faible.

Il faut dire que les Hickory sont de sacrés gaillards : le père (Walter James), shérif de Hickoryville (tiens, tiens) est une montagne, et ses deux premiers fils (Leo Willis & Olin Francis), s’ils n’ont pas inventé la poudre sont aussi imposants que leur père.

Alors évidemment, Harold paraît bien frêle à côté d’eux…

Alors pendant que ses frères travaillent dur à la ferme, il assure l’intendance.

Arrive un spectacle ambulant. Il y a Mary (Jobyna Ralston), une jolie danseuse, flanquée de deux personnages troubles : Flash (Eddie Boland) – un  charlatan qui vend un remède miracle qui redonne la santé et permet d’encaustiquer les meubles – et Sandoni (Constantine Romanoff), un colosse.

 

Nous sommes ici dans une intrigue qui rappelle David l’Endurant d’Henry King (1921), mais d’un point de vue comique. Il faut dire qu’Harold Lloyd est extraordinaire : il a toujours son aspect un tantinet niais et peu sûr de lui, mais à l’instar de Grandma’s Boy, il sait puiser du courage et se sort des situations. Mais cette fois-ci, pas besoin de talisman plus ou moins magique : l’amour et la confiance de Mary sont sa motivation.

Et surtout, les gags sont nombreux et très élaborés. Il y a un crescendo dans le rire. On part d’une situation très slapstick (chute, coups…) pour aller vers des gags de plus en plus subtiles, même dans les échanges de coups : la scène où les frères s’en prennent à leur père est magnifique.

 

Il y a d’ailleurs beaucoup de violence dans ce film où on se bat continuellement : Harold contre son voisin (et ennemi) Hank Hooper (Ralph Yearsley) ; Harold contre ses frères ; ses frères contre son père… Le paroxysme étant la lutte contre Sandoni dans l’épave, où sous prétexte qu’il ne s’est pas nager, Harold va entraîner la brute dans l’eau. Un malaise commence à s’installer – on n’est pas habitué à ce genre de combat : on pourrait presque penser qu’il a l’intention de le noyer !

Autre moment grave du film : les habitants qui veulent lyncher le shérif.

Heureusement, c’est une comédie. Pourtant, on n’est pas passé loin.

 

Le cinéma muet burlesque est à son apogée. Les chefs-d’œuvre comiques s’enchaînent avec toujours plus de subtilité dans les gags visuels. Malheureusement (?), le parlant va mettre ce genre au rancard, développant un humour parlé : la screwball comedy.

Qu’on soit bien clair, ce nouveau genre a produit de magnifiques films, très drôles, mais il est dommage que le burlesque ait été mis de côté : il suffit, pour s’en convaincre, de voir les films de Chaplin – qui a continué jusqu’à la limite – et ceux de Tati, après la deuxième guerre mondiale, pour voir que le comique visuel avait toujours sa place.

 

Quoi qu’il en soit, Harold Lloyd nous offre un spectacle incroyable avec cascades et morceaux de bravoure, le tout filmé par Walter Lundin, avec une caméra vivante qui suit beaucoup de ses déplacements : qu’ils soient horizontaux ou verticaux (l’escalade de l’arbre).

 

Un classique à (re)découvrir.

 

 

 

 

 

* et J. A. Howe, Harold Lloyd et même Lewis Milestone !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Marshall Neilan, #Mary Pickford
Papa Longues-Jambes (Daddy-Long-Legs - Marshall Neilan, 1919)

L’orphelinat John Grier, où les pensionnaires sont traités comme au pénitencier.

Parmi eux, Jerusha « Judy » Abbott (Mary Pickford), une enfant abandonnée à la naissance dans une poubelle, pendant que d’autres enfants s’épanouissent au milieu d’une famille.

Parfois, un des bienfaiteurs s’intéresse au cas d’un ou d’une pensionnaire.

C’est un jour le cas de Judy.

 

Le film commence par une séquence édifiante : on annonce l’arrivée à la vie d’enfants, certains dans des familles, d’autres ailleurs. C’est lénifiant à souhait, pire que les admonestations de certains films de Griffith. Mais ce n’est qu’une illusion : il n’est pas question de démontrer quoi que ce soit. C’est l’histoire de Judy Abbott, et c’est tout.

Mais tout ça n’est pas toujours bien sérieux !

 

C’est vrai, Judy passe une bonne partie de sa vie dans un orphelinat strict (un petit peu plus la moitié du film), et la description qui en est faite n’est pas reluisante, mais le seul destin qui nous intéresse est celui de Judy.

Il y a d’ailleurs un changement radical dans la narration quand Judy affronte la « vraie » vie : ce n’est plus un univers clos aux règles sévères (et pas toujours justes), mais un monde ouvert où les gens sont libres.

 

Le ton aussi change avec l’environnement.

La vie à l’orphelinat est tout d’abord décrite à l’aide de parallèles forts : l’activité des orphelins ressemble à du travail forcé, les dirigeants sont des plantes pas toujours ornementales, voire agréables… Le tout dans des tentatives – balbutiantes, on est en 1919 – de fondus enchaînés du plus bel effet.

Mais cette vie terrible est aussi le moment le plus comique du film : les facéties (plus ou moins volontaires) de Judy sont irrésistibles. Mary Pickford retrouve un rôle de fillette qui grandit avec son savoir faire habituel. On a parfois du mal à croire qu’elle a déjà  27 ans quand sort le film !

La séquence d’ivresse avec un autre orphelin (Wesley Barry) est d’ailleurs très drôle. Mais même dans cette partie à dominante comique, la tragédie pointe : une petite fille qui veut sa maman va la rejoindre – définitivement – dans son sommeil pendant que Judy la berce.

 

Alors quand un nouveau bienfaiteur arrive et va sortir Judy de cet enfer, c’est une tout autre jeune fille qu’on retrouve. Elle a grandi et même la blouse de rigueur à l’orphelinat ne cache plus ses formes féminines. Ce bienfaiteur, c’est « Papa Longues-Jambes », appelé ainsi car Judy n’aperçoit qu’une ombre de lui magnifiée sur un mur, lui donnant l’air d’avoir des jambes infinies.

 

Avec la vraie vie, Judy va bien entendu connaître l’amour.

C’est d’ailleurs une autre séquence décalée qui va nous l’introduire : Cupidon, directeur général, et ses collaborateurs (eux aussi des bébés costumés) décident de s’occuper du cas de Judy.

C’est un des premiers longs métrages où les (tout) petits enfants ont un rôle aussi important : dans le comique (Bosco et le fil), comme dans le tragique (voir plus haut).

 

Mais malgré tout, c’est Mary Pickford qui irradie le film de sa présence. Elle est bezlle et nous montre l’étendue de son talent : jouant tour à tour la fillette puis la jeune fille voire la femme. Elle fait rire et émeut.

Et en plus, les plans mettent en valeur sa beauté.

 

Deux ans avant Le Kid, « un film avec un sourire, et peut-être une larme. »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Allan Dwan, #Gloria Swanson
Zaza (Allan Dwan, 1923)

C’est la grande vedette de l’Odéon de St-Esmé : Zaza l’incomparable (Gloria Swanson).

Tous les soirs, Bernard Dufresnes (H. B. Warner) vient l’admirer dans son numéro de l’escarpolette : assise sur unes balançoire, elle chante, lançant au public des fleurs et ses pantoufles, celui qui les attrape pouvant ensuite – insigne honneur – lui rapporter…

Mais comme toutes les grandes vedettes, elle est extrêmement capricieuse. C’est une véritable tornade. Quand quelque chose ne se passe pas à  sa convenance, c’est un véritable déferlement à côté duquel les dix plaies d’Egypte n’étaient qu’une promenade de santé.

Heureusement, Dufresne est là, le seul capable de calmer ses ardeurs.

Seulement voilà : Dufresnes est marié, et a une petite fille…

 

Après Adrien Caillard en 1913, Edwin S. Porter en 1915, c’est Allan Dwan qui adapte cette pièce de théâtre de Pierre Berton et Charles Simon. Avec ce film commence une collaboration avec la star sur six films jusqu’à 1930.
Dès ce film, Dwan a pris la mesure de son actrice : il la fait jouer sur différents registres, de la comédie à la tragédie avec beaucoup de brio.

Zaza est une jeune femme inoubliable : sa beauté, sa voix (le film est muet, certes, mais Zaza est tout de même chanteuse) et ses colères font d’elle un personnage riche. Comique, dans ses colères, elle sait aussi être touchante dans son histoire d’amour malheureuse. Le moment fort étant la rencontre avec la fille de Dufresnes, Lucille (Helen Mack), où Zaza prend pleinement conscience de la situation : elle montre une dignité qui n’a d’égale que son emportement précédent, quand elle arrive en furie dans la maison de Dufresnes.

Mais nous sommes dans une histoire à la limite de l’immoralité : Dufresnes est éperdument amoureux de Zaza alors qu’il a un poste à responsabilité, une femme et une fille qu’il néglige. Quant à l’issue – heureuse, tout de même – il ne faut pas trop y réfléchir, sinon, on pourrait trouver à y redire (je vous laisse découvrir cette fin…) : nous ne sommes qu’au début de XXème siècle, tout de même !

En face de Gloria Swanson, les actrices et acteurs sont à la hauteur (il le fallait pour un tel rôle), Mary Thurman (Florianne) et Lucille La Verne (la tante Rosa) en tête.

La première, rivale jalouse (pléonasme ?) de Zaza, gagnera tout de même sa rédemption après avoir essayé de se débarrasser de la vedette. La seconde – qu’on avait déjà vu en Frochard, l’affreuse mégère dans Les deux Orphelines – véritable pocharde, essayant de diriger Zaza vers un mariage d’intérêt avec le Duc de Brissac (Ferdinand Gottschalke), mais terminant inlassablement un verre à la main.

 

Une première encourageante donc pour le duo Dwan-Swanson.

 

 

PS : quand le film se termine, malgré les versions précédentes et à venir (trois autres jusqu’à 1956), on ne pense qu’une chose : Gloria Swanson EST Zaza.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Lloyd, #Lon Chaney
Oliver Twist (Frank Lloyd, 1922)

Une femme qui meurt en couches.

Un petit garçon placé dans un orphelinat.

Bref, la vie commence mal pour Oliver Twist (Jackie Coogan).

Et encore, ce n’est que le début.

 

Il s’agit bien sûr de l’adaptation de l’un des romans les plus noirs qui existent, écrit par Charles Dickens et publié à partir de 1837. On y trouve une certaine lie de l’humanité. Il s’agit d’une histoire terrible où le destin semble s’acharner sur un petit garçon. On y rencontre voleurs, receleurs et prostituées. Bref, des gens fort peu recommandables.

Mais si les méchants sont légion, il ne faut pas oublier certains personnages bénéfiques, qui contrebalancent la tendance et aideront Oliver à se réaliser.

Le cinéma, évidemment, se devait d’adapter une telle histoire.

 

Quand Frank Lloyd s’y attaque, c’est déjà la quatrième version, et il va nous proposer une histoire très mélodramatique avec une distribution formidable. Et pourtant, on a bien failli ne jamais le revoir, une copie ayant été retrouvée dans les années 1970.

 

Outre Jackie Coogan – qui a triomphé dans The Kid l’année précédente – on retrouve quelques grands noms du cinéma muet, Lon Chaney (rien de moins) en tête, dans le rôle de Fagin. Chaney est méconnaissable dans le rôle de ce vieux juif receleur – héritage antisémite courant à cette époque – tout en ayant le bon goût de ne pas l’affubler d’un nez crochu caractéristique. Malgré tout, il ne fait aucun doute quant à ses origines, ni sa fourberie.

A ses côtés, l’autre grand méchant de l’histoire : Bill Sikes (George Siegmann). Là encore, nous avons un habitué des rôles antipathiques : George Siegmann est déjà l’infâme Sylas Lynch dans Naissance d’une Nation (1915), plus tard Simon Legree dans La Case de l’Oncle Tom (1927). Bref, un méchant, un vrai. Encore un…

 

Mais ce n’est que la version de 74 minutes… Et même si l’intrigue se tient, on regrette tout de même les quelques vingt minutes irrémédiablement perdues.

On peut aussi regretter que Jackie Coogan n’ait pas été aussi bien employé que dans The Kid, n’atteignant pas les sommets d’émotion de ce film. Certes Coogan est toujours impeccable, mais il manque un petit quelque chose qui aurait pu faire de ce film un véritable chef-d’œuvre. Peut-être aussi les prises de vues. A de trop rares moments, la caméra se rapproche des personnages – surtout à l’orphelinat-atelier – les plans d’ensemble se succédant inexorablement.

Et quelques gros plans sur Sikes ou Fagin auraient certainement ajouté de la tension dramatique voire émotionnelle.

 

Dommage.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #King Vidor
Bardelys le Magnifique (Bardelys the Magnificent - King Vidor, 1926)

Un pari.
Un pari et une vie bascule.

La vie de Bardelys, celui qu’on appelle Le Magnifique.

Bardelys est beau (« [il] ne séduit pas, [il] envoûte »).

Bardelys est fort.

Bardelys est un homme d’honneur.

Bardelys, c’est John Gilbert. On pourrait même dire que John Gilbert est Bardelys, tellement le rôle lui sied.

 

Avec ce film,  King Vidor retrouve son grand ami Gilbert (après La grande Parade) pour un grand spectacle de cape et d’épées, prouvant qu’il n’existait pas que Douglas Fairbanks dans ce genre de rôle.

En effet, quand Bardelys-Gilbert essaie de sauver sa vie, c’est un festival d’acrobaties et de cabriole que n’aurait pas renié le grand Douglas. Avec en plus des plans à couper le souffle des spectateurs : une caméra, juchée en haut du rideau qui se balance et transporte Bardelys d’un bout à l’autre de la place est tout bonnement formidable.
La photographie joue d’ailleurs un rôle majeur tout au long du film. Dès a première séquence, nous assistons à un panoramique décrivant la propagation d’un sujet de cours, d’une personne à l’autre. Et- de quoi parlent-ils ? De Bardelys, bien entendu.

Il faut dire que sa réputation de magnifique n’est pas usurpée. Son prestige ne s’arrête pas à son physique. Il possède de grandes qualités humaines qui lui permettent même de tenir tête au roi Louis XIII (Arthur Lubin). Et il faut le voir assumer son destin et se diriger vers l’échafaud pour comprendre à quel point c’est un grand homme.

 

Mais, comme toujours dans ce genre de film, on trouve son négatif. Il s’agit ici de Châtellerault (Roy D’Arcy). D’Arcy, spécialiste dans ce genre de rôle, est merveilleux. Il est fourbe à souhait, et surtout un autre séducteur, moins chanceux. C’est de lui que vient le pari qui chamboule tout : Bardelys doit épouser Melle de Levedan (la belle Eleanor Boardman) sous peine de perdre tous ses biens. Ignoble, non ?

 

Mais heureusement (pour nous) nous sommes dans une comédie et il ne peut pas y arriver. Toutefois, cet être fourbe saura, le moment venu, faire preuve d’un minimum d’honneur.

Quoi qu’il en soit, son duel (final) avec Bardelys est magnifique. Châtellerault – méchant identifié et patenté – n’a aucun scrupule dans cet affrontement : il utilise chaque élément e décor contre son adversaire, alors que Bardelys – toujours aussi magnifique – lui permet de reprendre son épée quand elle tombe, montrant (s’il était vraiment besoin de le souligner) sa grandeur.

 

Ce film situé entre La Bohême et La Foule, est une bouffée d’air frais entre deux sujets plutôt grave. On s’amuse beaucoup des aventures de Bardelys, et des quelques personnages comiques qu’on y rencontre (indispensables dans ce genre-là) : que ce soit Saint-Eustache (George K. Arthur) ou Lafosse (John T. Murray), on n’est pas déçu.

Et puis il y a Eleanor Boardman (madame Vidor à la ville), tout en subtilité, et qui ne succombe pas tout de suite au charme de Bardelys (après avoir éconduit Châtellerault). Un beau personnage pour une belle actrice. La scène d’amour lord de la promenade en barque est magnifique, utilisant avec justesse les branches de saule qui pendent. Superbe.

 

Et puis, en regardant (très) bien, on peut apercevoir un jeune débutant : Marion Morrison, plus connu sous le nom de John Wayne…

 

Hélas, il manque quelques séquences...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Peplum, #Cecil B. DeMille
Le Roi des rois (The King of Kings - Cecil B. DeMille, 1927)

Quatre ans après les dix Commandements, Cecil B. DeMille tourne un nouveau film religieux. Mais quel film : la vie de Jésus.

Certes, il y a une part de prosélytisme dans sa démarche, mais ce n’est pas ce qui nous intéresse ici.

Pendant la première partie du film, DeMille nous propose un résumé des grands épisodes de la vie de Jésus : une espèce de best of tiré des quatre Evangiles.
La deuxième partie traite de la Passion : de la Cène à la Résurrection.

Tout un programme.

 

 

Le film s’ouvre sur une séquence en Technicolor : chez Marie Madeleine. Tout n’est que calme luxe et volupté, bien entendu. Du pur Cecil B. DeMille. On s’attend à tout moment à ce que des jeunes filles dévêtues fassent leur apparition, mais non. Parmi les invités, on peut aussi reconnaître Sojin Kamiyama*, qui était l’infâme prince mongol dans Le Voleur de Bagdad (Raoul Walsh, 1924).

Le Technicolor sera de nouveau utilisé lors de la séquence de résurrection, dans un festival de fleurs et de colombes.

Parce que ce film est rempli de colombes. Symbole de paix, elle est souvent utilisé dans la Bible (Noé qui l’envoie en reconnaissance, par exemple) et représente aussi l’Esprit –Saint, troisième élément de la Trinité, d’où cette profusion.

Si DeMille ne commence pas le film à la Nativité (comme le fit Niblo dans son Ben-Hur), il n’oublie par pour autant les grands épisodes. Il ne manque que les Noces de Cana et la multiplication des pains.

 

Mais c’est surtout dans la Passion que se révèle son talent. Si H. B. Warner est un Christ acceptable, l’attention se porte plus sur les deux grands disciples : Pierre (Ernest Torrence) et, bien sûr, Judas. (Joseph Schildkraut).

Torrence, qui était plutôt habitué aux rôles de brutes plus ou moins épaisses, nous donne un Pierre formidable : il a l’emportement de sa carrure (plus d’une fois on doit le réfréner), mais aussi, comme l’annonce l’intertitre, un cœur d’or. Il y a beaucoup d’émotion dans son jeu (nous ne sommes pas habitués !) quand il se cantonne au côté spirituel. On en devient presque bouleversé quand il se rend compte qu’il a trahi son Maître.

Joseph Schildkraut est un Judas intéressant : dans la première partie (et même jusqu’à la trahison), il ne comprend rien. Il est à côté de la plaque. Tout ce qu’il fait n’est pas en adéquation avec son Maître. Il a beau avoir les meilleures intentions du monde, rien ne marche. Pas étonnant alors qu’il trahisse. Mais c’est justement quand il a trahi qu’il ouvre – trop tard – les yeux. Son remord est sincère et magnifique : il souffre autant que Jésus.

 

Et il y a le méchant (« pour qu’un film soit réussi… »). Cette fois-ci, c’est Caïphe (Rudolph Schildkraut).

Et c’est là que le bât a tendance à blesser. Certes, Rudolph Schildkraut – père de Joseph qui joue Judas – est très juste. Mais c’est le contexte qui va moins. En effet, Caïphe représente la ligne hébraïque dure. Il est épaulé par Sam de Grasse et d’autres affreux. Mais leur dénominateur commun est une représentation du Juif plutôt équivoque.

Nous sommes en 1927, et les Juifs sont sujets à une considération abaissante, voire à des brimades, quand ce ne furent pas des pogroms. Et ce film n’échappe pas à l’antisémitisme latent qu’on pouvait rencontrer à cette époque (on en trouve aussi trace dans les romans d’Agatha Christie, allez voir). Ici, Caïphe et sa clique sont fourbes et ne vivent que pour (par ?) l’argent. Il y a de la fausseté dans les attitudes et dans les regards. On retrouvera d’ailleurs certaines similitudes d’apparences – hélas, bien que le propos ne soit pas le même – dans Le Juif Süss.

 

 

Mais ne taxons pas DeMille d’antisémite trop vite. Si Caïphe (& Cie) ont ce rôle, il faut avant tout ne pas oublier que le texte sur lequel se base le scénario est d'abord anti-sémite, rejetant la faute de la condamnation du Christ sur les Juifs plutôt que sur les Romains, malgré le lavage de mains de Pilate (Victor Varconi).

Et puis il reste la séquence extraordinaire (et je pèse mes mots) qui suit la Crucifixion. Alors que le ciel s’est assombri et que la tempête se lève, nous assistons à une véritable apocalypse, dans tous les sens du terme :

- la terre s’ouvre, les méchants sont engloutis (etc.) dans un chaos absolu, témoignage de la puissance et de la justice divines ;

- A l’issue de cette démonstration de force, le centurion qui a suivi toute l’affaire (Montagu Love) clame que « c’était bien le Fils de Dieu ».

Un grand moment, sinon LE grand moment du film.

 

Alors évidemment, quand Julien Duvivier, huit ans après, nous propose son Golgotha, on peut faire la fine bouche…

 

 

* A différentes reprises, le spectateur habitué aux films muets peut reconnaître quelques seconds rôles récurrents de cette époque (bénie, cela va de soi) : George Siegmann, Dale Fuller ou encore le petit John George, pour ne citer qu’eux.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #G.W. Pabst, #Louise Brooks
Le Journal d'une fille perdue (Das Tagebuch einer Verlorenen - Georg-Wilhelm Pabst, 1929)

Aujourd’hui, c’est jour de fête : c’est la Confirmation de Thymian (Louise Brooks, toujours merveilleuse).

Sa tante Frida (Vera Pawlowa) lui offre un journal intime (celui du titre).

Thymian est la fille de Karl Friedrich - et non Robert comme on le lit partout, le faire part de décès faisant foi - Henning (Joseph Rovensky), pharmacien.

Pharmacien et veuf, ce qui explique sa propension à courtiser les femmes de ménages.

A l’officine, il est secondé par Meinert (Fritz Rasp, toujours à l’aise dans ce genre de rôle), un grand échalas aux tendances concupiscentes : dans un tiroir, il conserve des clichés de femmes nues qu’il compulse entre deux clients…

Bref, ce n’est pas un entourage des plus propices pour une jeune fille.

En plus, ce même jour, Elizabeth (Sybille Schmitz) quitte son maître, remplacée illico par Meta (Franziska Kinz).

Sous prétexte de lui expliquer la situation Meinert abuse de Thymian : un enfant va naître.

L’enfant est placé chez une nourrice. Thymian est répudiée et envoyée dans une institution pour jeunes filles perdues.

Parce que Thymian est devenue l’une d’elles.

Mais son calvaire n’est pas terminée : elle va tomber encore plus bas…

 

Tourné dans la foulée de Loulou (sorti le 30 janvier 1929), ce Journal fait se retrouver Pabst et Louise Brooks pour une histoire beaucoup plus noire. C’est ce qu’on peut appeler une comédie : ça se termine (à peu près) bien, et le personnage de Louise Brooks ne meurt pas à la fin.

Il s’agit d’un film à l’intrigue actuelle (pour 1929) : les indications temporelles font référence à juin et août 1929. Là encore, nous avons une jeune fille et les préjugés sexuels d’une autre époque. Thymian est abusée. Qu’importe : la famille suit un code d’honneur obsolète qui amène l’éviction de cette jeune fille, sans autre forme de procès. Le père, malgré ses penchants ancillaires, est un être lâche qui abandonne sa fille, se pliant à l’avis général.

C’est la déchéance qui donne tout son sens au film. Nous suivons Thymian tomber de plus en plus bas jusqu’à finalement se redresser. Mais à quel prix ?

L’institution décrite par Pabst est une espèce de prison où les dirigeants sont de véritables sadiques. Tout y est interdit (« verboten » est le seul mot qu’on distingue du règlement) et les pensionnaires sévèrement punis par un grand homme chauve (Andrews Engelmann) au sourire aussi faux que celui de Fritz Rasp, et une femme mauvaise (Valeska Gert) que les gros plans rendent encore plus inquiétante.

Parce que ce film est truffé de gros plans. Le visage de Thymian, bien sûr, mais aussi de ses amis Erika (Edith Meinhard) ou le comte Osdorff (André Roanne). Mais surtout, les plans les plus marquants sont ceux des « ennemis » de Thymian : Meta, les dirigeants de l’institution…

D’une façon générale, la caméra est omniprésente dans ce film. Les prises de vues y sont toujours justes et pertinentes. Plusieurs fois, des mouvements – panoramiques et travellings – soulignent l’intensité dramatique du moment.

Remarquable.

 

Et le journal, dans tout ça ?

Il est un moyen pour Thymian de noter les choses importantes, d’écrire des lettres, mais ne renferme pas le récit de sa vie, comme on aurait pu le penser. Mais à partir du moment où Thymian remonte la pente fatale qu’elle avait empruntée, ce journal disparaît : le seul lien de cette vie « dissolue » n’a plus de raison d’être, Thymian a changé.

 

Et la fin heureuse ne l’est pas complètement. C’est une fin en demi-teinte : comment pourrait-il en être autrement ? Le passé de Thymian peut ressurgir à n’importe quel moment et remettre en cause ce nouveau bonheur. C’est d’ailleurs ce qui se passe, dans une séquence finale superbe, où Thymian retourne à l’institution.

Cette séquence amène aussi la véritable pensée du réalisateur quant à cette fille perdue, énoncée dans l’intertitre final par l’un des tenants de cette société si prompte à juger les « filles perdues ».

 

Un film magnifique.

 

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille
Jeanne d'Arc (Joan the Woman - Cecil B. DeMille, 1916)

Quand Cecil B. DeMille entreprend ce film, c’est déjà (au moins) la sixième adaptation de la vie de Jeanne au cinéma (de Jeanne d’Arc de George Hatot en 1898 jusqu’à Jeanne Captive de Ramos en 2011 avec Clémence Poésy dans le rôle titre ; parmi lesquelles, notons celle de Méliès en 1899).

Quoi qu’il en soit, DeMille nous propose un magnifique biopic de l’un des personnages les plus portés à l’écran.


DeMille retrouve Géraldine Farrar qu’il avait fait tourner dans Carmen l’année précédente. Et le choix de cette interprète est duel : d’un côté, elle est une Jeanne exaltée que l’on suit aveuglément ; de l’autre elle est tout de même un peu âgée pour tenir ce rôle (Jeanne avait 19 ou 20 ans à sa mort) !

Mais qu’importe : DeMille ne recherche pas la vérité à tout prix. Il veut un personnage exaltant qu’il va plonger dans le présent. Nous sommes à une époque troublée marquée par la guerre en Europe. Les Etats-Unis devaient entrer en guerre, et ce film n’est qu’un reflet de l’état d’esprit de ce pays par rapport au conflit européen. En effet, quand DeMille commence le tournage, l’Amérique a encore en tête le torpillage du Lusitania (7 mai 1915) et penche de plus en plus vers une intervention. D’où la séquence d’introduction bien distincte de l’intrigue à proprement parler.

 

En effet, une fois Jeanne présentée, l’intrigue principale commence : c’est la guerre en France, et sur le front (du côté de Domrémy, bien sûr) une mission suicide doit être exécutée par un soldat britannique. Pendant le temps de réflexion avant d’accepter la mission, Eric Trent (Wallace Reid), un soldat, est visité par l’esprit de Jeanne d’Arc : par son sacrifice, il doit réparer l’injustice faite à Jeanne presque 600 ans plus tôt.

Nous voici donc spectateurs de l’ascension et la chute de Jeanne, et de sa relation avec un autre Eric Trent, double de celui de 1916.

Et question spectacle, on est servi. Tous les épisodes connus de la vie de Jeanne sont mis en scène : des voix entendues à la croix offerte sur le bûcher, en passant par la ruse de Charles VII, le siège d’Orléans (et la flèche reçue), le couronnement à Reims, l’infâme évêque Cauchon (Theodore Roberts), le procès en sorcellerie et l’exécution publique finale.

Malgré tout, DeMille reste très fidèle à ce qu’on enseigne à l’époque dans les écoles de la République. Mais si Jeanne possède une épée, jamais on ne la voit s’en servir. Elle passe ses batailles à exhorter ses soldats et brandir bien haut l’étendard (consacré). On assiste alors à une scène de batille de toute beauté, où les innombrables épées levées s’entrechoquent dans un silence assourdissant…

 

N’oublions pas tout de même que Jeanne d’Arc a été béatifiée en 1909 et qu’elle sera canonisée quatre ans plus tard (1920) : le film de DeMille s’inscrit pleinement dans cette reconnaissance religieuse du personnage historique. Le prologue, d’ailleurs, fait de Jeanne une figure christique sacrifiée sur l’autel de l’Etat. Sa position, les bras écartés (Jésus en croix) sur un fond de fleur de lys (symbole de la royauté) est on ne peut plus clair. Le ton est donné dès le début.

Et le film est religieux. La croix est omniprésente : des signes de croix récurrents aux différentes représentations de crucifix, il existe peu de plans n’y faisant pas référence.

Et le côté spirituel est renforcé par l’utilisation de l’éclairage. Ce ne sont qu’ouverture et fermeture à l’iris sur un élément d’ordre surnaturel (Jeanne, les yeux levés au ciel surtout) et éclairage circonscrit sur un élément plus ou moins théologique. Même le bourreau animant la flamme de son brasero fait varier l’intensité de l’éclairage.

Superbe.

N’oublions pas aussi l’influence d’un film italien sorti deux ans plus tôt : Cabiria. C’est une superbe fresque avec la même utilisation des surimpressions au service de l’intrigue : le cavalier noir annonçant le destin de Jeanne, ainsi que les interventions du glaive divin. Difficile de ne pas y penser.

Les personnages enfin : si Jeanne est magnifique, sa relation platonique avec Eric Trent peut prêter à sourire. Mais ce sont surtout les méchants à la solde des Anglais qui sont le plus réussi. Cauchon est abominable à souhait et son âme damnée, l’Oiseleur (Tully Marshall) est lui aussi formidable, même avec ses regrets tardifs.

Un magnifique spectacle.

 

Petite nouveauté pour terminer : l’utilisation du procédé de colorisation Handschiegl dans la scène du bûcher pour faire ressortir le rouge des flammes qui gagnent progressivement Jeanne jusqu’à la dévorer.

Un très bel effet.

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