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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #George Hill, #Clarence Brown
Les Cosaques (The Cossacks - George Hill, Clarence Brown - 1928)

A l’Ouest de la Russie (éternelle, bien sûr), vivent les Cosaques : fiers et farouches, toques en fourrure moustaches fournies et tombantes, le crâne plus ou moins rasé, leur bravoure n’a d’égale que leur cruauté.

Pendant que leurs femmes travaillent la terre, ils vont se battre pour la grandeur de la Russie.

Tous ? Non, Lukashka (John Gilbert), le fils de leur chef (Ernest Torrence), n’aime pas se battre. Il reste avec les femmes, se plongeant dans l’oisiveté, au grand dam de son père et de Maryana (Renée Adorée), sa promise.

Lassé d’être victime des brimades guerriers il se rebelle et se révèle tel qu’il est : un garçon courageux, prêt à partir en guerre contre les Turcs.

C’est pendant cette campagne que débarque Olinen (Nils Asther, aux yeux bleus et à la fine moustache : un magnifique séducteur !) – un prince moscovite – avec pour mission d’épouser une Cosaque.

Et bien entendu, c’est Maryana qu’il choisit…

 

Si le film est signé George Hill, il faut tout de même préciser que son travail ne fut pas apprécié par la MGM et Brown retourna de nombreuses scènes jusqu’à obtenir ce résultat.

On retrouve encore une fois – la troisième si on met de côté la Bohême où elle n’a pas le rôle principal – le couple vedette John Gilbert/Renée Adorée pour un film mêlant action et amour. Et avec, comme d’habitude, un peu d’humour.

 

Quoi qu’il en soit, ces Cosaques ont fière allure, leur chef en tête. Ernest Torrence, le crâne rasé est tout à fait dans son élément : sa stature imposante nous offre un Cosaque terrible, chef incontesté d’un peuple de cavaliers émérites et audacieux (les festivités du film nous permettent d’admirer des numéros de haute voltige dans le plus pur style cosaque).

Mais ces Cosaques ont tout de même leur côté moins glorieux :

  • ils ne savent ni lire, ni écrire (on assiste à une scène comique avec le prince moscovite) ;
  • quand la paix arrive, ils sont malheureux parce qu’ils ne savent plus quoi faire pour s’occuper.

 

Et puis il y a la raison d’être de ces Cosaques : le combat. Nous assistons à une lutte farouche entre les Turcs et les Cosaques, en plans rapprochés pour permettre au spectateur de vivre l’action (et aussi parce que ça évite d’avoir un nombre astronomique de figurants !) où tous s’en donnent à cœur joie, Lukashka le premier, prenant goût à l’odeur du sang. Du grand spectacle !

 

Enfin, il y a l’histoire d’amour. C’est plus le jeu du chat et de la souris : ils s’aiment mais sont fiers, alors il y a à chaque fois un décalage entre leurs sentiments et leurs actions. Mais ce décalage amène aussi l’intrigue avec le prince moscovite et ses fiançailles indéfectibles avec Maryana, au grand désespoir de Lukashka. [Rassurez-vous, ça se termine bien !]

Encore une fois, John Gilbert et Renée Adorée sont impeccables : lui avec son regard noir et son allure de séducteur à fine moustache ; elle avec ses grands yeux bleus et son air mutin.

 

Victor Tourjansky avait été pressenti pour ce film, mais cela ne se fit pas : certaines scènes, d’ailleurs, rappellent son Michel Strogoff, la couleur en moins.

Qu’importe, le souffle épique est là, on savoure avec beaucoup de plaisir cette histoire russe, élaborée par la grande Frances Marion, d’après le non moins grand Léon Tolstoï.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Dorothy Arzner, #Clara Bow
Il faut que tu m'épouses (Get your Man - Dorothy Arzner, 1927)

C’est un grand jour pour deux grandes familles françaises : ce sont les fiançailles de Robert (Charles Rogers), fils du duc d’Albin (Josef Swickard), avec mademoiselle Simone (Josephine Dunn), fille du marquis de Valens (Harvey Clark).

Mais Charles doit avoir sept ans (David Durand, qui interprète le garçon a eu sept ans cette année là), alors que Simone est un bébé !

Dix-sept ans plus tard, cet engagement est toujours d’actualité. Sauf que les goûts des deux jeunes gens ont évolué, et surtout, Robert a rencontré une jeune Américaine, Nancy Wothington (Clara Bow) avec qui le courant passe vraiment très bien…

Mais le mariage doit avoir lieu très, très bientôt…

 

Six mois (environ) après, on retrouve le couple vedette de Les Ailes (william Wellman), dans une nouvelle comédie où, là encore, Charles « Buddy » Rogers est mal apparié, et Clara Bow essaie de le conquérir. Mais cette fois-ci, ce n’est pas le jeune homme qu’elle doit convaincre. De plus, Rogers n’est pas le jeune naïf qu’était Jack Powell.

 

Le titre original, Get your Man (« Attrape ton bonhomme »), est non seulement mal traduit* (encore une fois) mais en plus résume très bien l’intrigue : oui, il est question de mariage, mais c’est plutôt comment on y arrive qui est le plus intéressant. Et surtout, c’est une des répliques de Nancy à Simone, l’encourageant à choisir son véritable amour.

Parce que tout le sel de la comédie réside dans la volonté d’annuler ce mariage arrangé, afin que les deux jeunes gens puissent épouser l’élu(e) de leur cœur.

 

Bien entendu, il s’agit d’un rôle sur mesure pour Clara Bow : elle y est espiègle, mutine et séduisante, le tout rehaussé d’une pointe d’hypocrisie. Mais c’est bien connu : « à l’amour comme à la guerre, tous les coups sont permis ».
Il faut dire qu’elle est tout le contraire de Simone : brune alors que l’autre est blonde, exubérante quand l’autre est réservée, et surtout habillée court quand Simone ne laisse dépasser que le strict minimum autorisé (la différence est flagrante dans la scène de nuit où Nancy porte un négligé quand Simone a revêtu une chemise de nuit austère et couvrante).

 

Mais si Clara est toujours aussi belle, Nancy n’est pas seulement un objet de désir. Elle sait se montrer « à la hauteur », comme on dit, batifolant avec Valens père afin de faire capoter ce mariage arrangé. C’est aussi une bouffée d’air frais dans un microcosme guindé et strict ; non seulement elle casse l’étiquette, mais en plus, tout le monde lui en sait gré. D’une certaine façon, elle représente cette jeune Amérique amenant un souffle de modernité sur le vieux Continent.

 

Et tout ceci ponctué de gags subtiles (on est en 1927 !) où Clara Bow étale son talent : les rencontres successives, le marivaudage avec le marquis, et surtout le moment où elle joue son futur rôle de belle-mère de Robert. Un régal.

 

Malheureusement, il s’agit d’une version où la pellicule est fort abîmée, voire tronquée : on passe du musée de cire au château de Valens sans raison apparente, les rencontres répétées de Robert et Nancy étant escamotées ; certains moments du film sont dans un tel mauvais état qu’on ne voit plus rien, seulement un écran noir.

 

 

* D’un autre côté, la pièce originale (de Louis Verneuil) dont est tiré le film, s’intitule Tu m’épouseras ! Elle fut créée en février de cette année-là à Paris…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Maurice Tourneur, #Mary Pickford
Une pauvre petite Fille riche (The Poor little rich Girl - Maurice Tourneur, 1917)

Le titre – bien traduit cette fois-ci, précisons-le – résume bien l’intrigue du film : Gwendolyn (Mary Pickford) est une petite fille riche seule. Ses parents n’ont pas de temps pour elle : le père (Charles Wellesley) est homme d’affaire à Wall Street, la mère (Madlaine Traverse) engluée dans des réceptions mondaines. Bref, rien que de très sérieux : ils n’ont pas de temps à accorder à cette petite jeune fille qui aura onze ans demain !

 

Et c’est là que se justifie le titre. Gwendolyn a tout ce qu’elle pourrait désirer. Tout, sauf l’essentiel : l’amour. Pas étonnant alors que Gwendolyn fassent tout pour attirer leur attention.

Mais l’amour ne s’achète pas, en 1917 pas plus qu’aujourd’hui, cent ans après.

Combien de parents pensent acheter la paix à la maison en achetant leur enfant ? Mais nous sortons du cadre cinématographique (encore une fois !).

 

Encore un film où Mary Pickford joue le rôle d’une gamine, me direz-vous. Oui. Que répondre d’autre ? Il faut dire que le gabarit de l’actrice permettait ce jeu sur l’âge (elle va avoir 25 ans quand sort le film aux Etats-Unis) : à chaque plan, les adultes la dominent largement, accentuant son statut de petite fille.

 

Malgré tout, elle nous gratifie d’un jeu de petite fille assez juste – malgré parfois des plans rappelant qu’elle est tout de même femme – et avec beaucoup d’humour. Il faut dire que le scénario de Frances Marion lui fait la part belle, multipliant les situations drôles, où la petite riche prisonnière se sent pauvre et libre. Ce sont bêtises sur bêtises contre des adultes qui s’ils ne sont pas absents (les parents), sont hostiles : la gouvernante (Marcia Harris) – la vipère – et Jane (Gladys Fairbanks) la femme de chambre à la personnalité double (donc fausse).

 

Cette hostilité va loin puisque, pour avoir la paix, Jane lui fait avaler un calmant à forte dose, mettant en péril sa vie.

On assiste alors à une belle dernière partie plus onirique, due au délire de Gwendolyn sous l’effet de la drogue. Elle va vivre un long voyage qui l’amènera aux limites de sa vie, rencontrant même la mort, donnant alors un tour grave au film, heureusement rapidement abandonné pour le côté joyeux de la vie.

 

Il y a un aspect initiatique à ce long délire enfantin : elle vient d’avoir onze ans et se considère comme une grande personne, et ce périple qu’elle accomplit, accompagné de deux figures amies – le jouer d’orgue de barbarie (Emile Lacroix) et le plombier (Frank McGlynn Sr.) -  lui permet d’affronter et vaincre ses opposants (la vipère et la femme double).

 

C’est donc aussi la séquence de résolution de l’intrigue : devant l’imminence du danger, les parents vont prendre conscience de leur rôle et changer.

 

Tout est donc bien qui finit bien, mais on s’en doutait un peu dès le début !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Archie Mayo, #John Barrymore
Svengali (Archie Mayo, 1931)

Depuis le roman Trilby de George du Maurier (grand-père de Daphne), Svengali est passé dans le langage courant anglais pour désigner un individu manipulateur aux intentions mauvaises.

Et ici, Archie Mayo nous propose un archétype formidable de ce genre d’individu, campé par un John Barrymore au sommet de son art : grand, brun une longue barbe et un long nez, et surtout des yeux… Des yeux qui lui donnent un regard inquiétant. Un rôle à contre-emploi pour ce grand séducteur.


Svengali est un musicien : un orchestrateur, un professeur de chant et surtout un pianiste virtuose. Régulièrement, il passe chez ses voisins peintres pour leur jouer un morceau, espérant récupérer quelque argent en retour…
Un jour, il rencontre chez eux Trilby (Marian Marsh), une jeune femme qui pose pour les artistes. En plus d’être belle, elle a une magnifique voix.

Il tombe, évidemment, amoureux d’elle, mais elle est attirée – normal – par le plus jeune artiste, Billie (Bramwell Fletcher).
Alors Svengali use de son pouvoir : il hypnotise la jeune femme qui devient alors sa créature…

 

Nous sommes à l’aube des années 1930, quand le cinéma s’est lancé dans une grande vague de film d’épouvante, qui a commencé l’année précédente avec le Frankenstein de James Whale. La Warner Bros se devait de produire de ces films. Et c’est Archie Mayo qui adapte le roman de George du Maurier. Mais c’est avant tout John Barrymore qui soutient le film de bout en bout. Il est extraordinaire. Son Svengali, malgré son apparence sémite, est un personnage fascinant. Créé à la fin du XIXème siècle, Svengali est un personnage qui possède certains attributs de l’antisémitisme ambiant en Europe : il est sale, a un long nez et une longue barbe fourchue. De plus, son recours à l’hypnose rappelle la mainmise supposée des Juifs sur le monde. Bref, un personnage trouble, dans un roman aux idées aussi troubles…

 

Mais il y a John Barrymore. Il est un Svengali de prime abord enjoué, et la première séquence avec les peintres pourrait nous faire croire que ce film sera gai. Mais ce serait oublier la scène d’ouverture, où une femme, qui a tout abandonné pour lui, part se jeter à la Seine devant l’indifférence du maestro pour sa condition. Oui, Svengali est un sale type, et dangereux.

 

Et c’est dans l’utilisation de l’hypnose que le film prend tout son sel : le regard intense de Barrymore fait place à des yeux blancs. Et quand il va entrer en contact avec Trilby, la caméra nous fait vivre le cheminement de cet esprit sur la ville, de chez Svengali à chez Trilby: travelling arrière, panoramique, puis travelling avant jusqu’au beau visage de Marianne Marsh. Grandiose !

 

Le tout se concluant sur une fin inhabituelle. Alors que tout est en place pour une fin heureuse, on bascule dans une autre dimension. Svengali en devient presque touchant : cet homme, usé par sa pratique de l’hypnose, vieilli prématurément par les efforts qu’il doit fournir pour dominer sa créature – et Barrymore est encore une fois formidable dans ce jeu-là – meurt (normal, on attendait tous ça depuis un moment), mais surtout, il meurt apaisé.

 

Pourquoi ? Allez voir vous-même.

 

 

 

PS : Et l’espace d’une scène, on voit la mère de Trilby, Rose Dione, qui sera bientôt Madame Tetrallini…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #David Hartford, #Lon Chaney
Nomads of the North (David Hartford, 1920)

Territoires du Nord-Ouest, à 1500 Miles de Montréal…

Les McDougall, père (Melbourne McDowell) et fils (Francis McDonald) dirigent Fort O’God. C’est là qu’habite Nanette (Betty Blythe) avec son père (Spottiswoode Aitken).

Tout le monde aime Nanette : le fils McDougall, mais aussi O’Connor (Lewis Stone), le Mountie (police montée canadienne). Mais le cœur de Nanette appartient à un trappeur, Raoul Challoner (Lon Chaney).

Mais Raoul ne revient pas… tout de suite.

 

Un bien curieux film que celui que nous propose David Hartford : oscillant entre le film documentaire, le film animalier et le film catastrophe. 

Documentaire car on y découvre la rude vie dans ces territoires, la nature sauvage voire hostile et des paysages grandioses.

Animalier parce qu’on suit à plusieurs reprises les aventures de deux animaux : Brimstone (un chien) et Neewa (un ours), compagnons de solitude de Raoul. Ces intermèdes au premier abord incongrus se justifient par le rôle joué par ces mêmes animaux dans les conflits humains – surtout entre McDougall et Raoul.

Catastrophe enfin parce que les protagonistes doivent affronter un feu de forêt dantesque, avec mort au bout. Bref, du grand spectacle.

 

C’est cet aspect du film le plus surprenant. On s’attend à un film petit budget (la tempête se déclarant sur le hameau peut paraître risible tellement la maquette est identifiable), avec peu de spectacle et on est presque bluffé par le tour spectaculaire que prend la fin du film.

 

Mais le film est remarquable surtout par son trio de vedettes.

Lewis Stone, toujours impeccable, raide comme la Justice – il représente la Loi – et homme de devoir avant tout : il est donc un Mountie plus vrai que nature. Mais s’il est un homme de devoir, il est aussi, et avant tout un homme, qui sait où se termine son devoir et quand il doit fermer les yeux.

Cela nous donne une fin – convenue, certes – mais qui a dû amener quelques larmes aux spectatrices de 1920…

Betty Blythe – encore une actrice aux grands yeux bleus – femme a priori faible, mais dans ces contrées rudes, une femme ne peut pas l’être, alors on a une Nanette qui sait se défendre quand sa sécurité et celle de son enfant (un très beau bébé, même le Mountie fond…) sont menacés (par l’infâme McDougall fils !).

Lon Chaney, enfin, dans un rôle étonnamment normal : pas de maquillage, pas de handicap ni de mutilation.

Pourtant, quand il chavire dans les rapides, on a pu se demander si on n’y viendrait pas : il a mal aux jambes et doit se traîner sur la berge pour se remettre de ses émotions. Mais c’était une fausse alerte. Alors on le voit dans un rôle (presque) normal, poursuivi par la Justice, certes, mais souriant et heureux : il faut en profiter, on n’en a pas toujours l’occasion !


Finalement, un (pas si) petit film (que ça) sans prétention, où la Justice, malgré les apparences, est rendue : le méchant est châtié, et de quelle façon* !

 

 

 

* Voyez-le, vous comprendrez !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #George Melford, #Rudolph Valentino
Morane le Marin (Moran of the Lady Letty - George Melford, 1922)

Morane le marin est, comme le titre français ne l’indique pas, une femme (Dorothy Dalton). En plus d’être un marin (une marine ?), elle est la fille d’un capitaine norvégien au long cours (Charles Brinley), navigant sur le Fru Letty (Lady Letty du titre original).

De l’autre côté de l’Atlantique (et même de l’autre côté des Etats-Unis), on trouve Ramon Laredo (Rudolph Valentino), jeune dandy blasé de la haute société. Un jour de croisière en yacht, ce dernier arrive en retard. Il est alors enrôle de force sur le Heart of China (Cœur de la Chine), bateau louche au capitaine qui l’est autant, Kitchell (Walter Long). Rapidement, ce capitaine et son équipage de pirates modernes apprennent un nouveau métier à Ramon…

 

Comme le pronostique l’intertitre d’introduction du film, Morane (sans « e » en VO*) et Ramon doivent se rencontrer. C’est leur destin.

Alors, puisqu’il en est ainsi, ils se rencontrent : la Fru Letty connaît une grave avarie à laquelle seule Morane survit et est embarquée par les pirates. Rapidement elle et Ramon sympathisent (normal, sinon, pas de film !).

 

Fort du succès du Scheik l’année précédente, George Melford reprend son acteur vedette et nous propose une intrigue qu’on pourrait presque qualifier des 7 mers. Valentino y joue un jeune homme riche et blasé (pléonasme ?) alors que Walter Long a encore le rôle du méchant, pour notre plus grand plaisir : allure de brute, fine moustache tombante (attribut de méchant dans le film)...

 

Et malgré tous ces ingrédients, c’est la femme qui tient le haut de l’affiche. Mais reconnaissons-le, c’est bien Valentino la vedette. Mais alors que dans ses films précédents, il interprète des personnages bien campés, voire altiers, ici, il est un jeune blanc-bec qui n’a pas vécu grand-chose : un riche oisif, quoi ! Et les autres marins ne s’y trompent pas : il est tout de suite surnommé « Lillee of the Vallee » (Muguet).

Mais il reste malgré tout un homme, un vrai (!), capable de jouer des poings si nécessaire.

 

Au final, on passe un agréable moment dans cette histoire marine (très) convenue, mettant en valeur le beau Rudolph, mais faisant la part belle à une actrice méconnue, brune avec de magnifiques yeux bleus (même si le film est en noir et blanc, on ne peut pas se méprendre sur la couleur de ses yeux !), Dorothy Dalton.

 

Et puisque le titre français est ce qu’il est, reconnaissons tout de même qu’il s’agit avant tout d’une histoire… D’hommes !

 

 

* A noter que Moran et Ramon sont deux magnifiques anagrammes.

Coïncidence ? Ca m'étonnerait...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Chrsity Cabanne, #Douglas Fairbanks
Flirting with Fate (Christy Cabanne, 1916)

August Holliday (Douglas Fairbanks) est un jeune artiste. Mais comme son nom l’indique (et l’intertitre le présentant), il n’est pas très courageux.

Un jour, il rencontre Gladys (Jewel Carmen), une jeune femme dont il tombe éperdument amoureux.

Mais il n’a pas d’argent, et la tante de cette dernière n’est pas prête à laisser partir sa nièce avec un improductif.

Délaissé par sa belle et sans le sou, August n’a plus qu’une solution : se suicider.

Il décide de donner ses derniers dollars à Automatic Joe (George Beranger), tueur à gage de son état.

Mais la roue tourne : son ami Harry Hansum (W. E. Lawrence) – lui, comme son nom l’indique, est très bien mis – lui envoie de l’argent, sa belle-mère décède en lui laissant un million de dollars et Gladys veut le voir à tout prix.

Mais le contrat d’Automatic Joe court toujours…

 

Ca vous rappelle quelque chose ? Oui : J’ai engagé un Tueur d’Aki Kaurismaki, d’après une « idée [plus si] originale* que ça de Peter von Bagh…

En effet, nous sommes ici en 1916 ! Bien sûr, ce n’est pas un chef-d’œuvre intemporel comme Intolérance ou Jeanne d’Arc (sortis tous les deux cette même année). Mais il vaut tout de même le déplacement.

 

Tout d’abord parce qu’il y a Douglas Fairbanks. Après un début relativement calme, on se dit que Fairbanks va se comporter normalement, et on n’attend rien de bien spectaculaire. Mais vous connaissez Fairbanks (si ce n’est le cas, voyez Les trois Mousquetaires ou Robin des Bois), vous savez qu’il ne peut pas échapper aux éléments qui font sa marque de fabrique. Alors ça court, ça saute, ça escalade avec virtuosité et humour. Même dans une histoire « normale », il ne peut s’empêcher de faire du Douglas Fairbanks ! Mais c’est aussi pour ça qu’on l’aime.

 

Mais revenons sur l’intrigue.

C’est l’apparition d’Automatic Joe qui fait basculer le film dans la grande comédie. En effet, le contrat va conditionner tout le reste. Et quand les bonnes nouvelles arrivent, l’attitude attentiste et résolue d’August se transforme en terreur à chaque nouveau visiteur. De plus, chaque moment est prétexte à une tentative d’assassinat, et pour ça, Christy Cabanne insère pour chaque situation une saynète reprenant les mêmes éléments mais avec Automatic Joe faisant ce pourquoi il est payé : lettre piégée, pasteur armé, valise-bombe… Et en plus, August ne rencontre que des personnages moustachus (précision : Automatic Joe a de magnifiques bacchantes !).

Et puisqu’on en est aux pilosités, il y a toute une séquence de poursuite avec postiches d’une grande drôlerie.

 

Une autre curiosité qui vaut vraiment le coup de s’y attarder.

 

 

* Dixit Wikipedia. Autre élément : pour sa première tentative de suicide, August choisit le gaz. Mais il n’a plus d’argent pour l’appareil qui le lui fournit, alors il pense à autre chose…

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Peplum, #Cecil B. DeMille, #Charles Laughton
Le Signe de la Croix (The Sign of the Cross - Cecil B. DeMille, 1932)

Néron (Charles Laughton, au nez retouché) déclame devant Rome en flamme pour la troisième journée consécutive.

Poppée (Claudette Colbert) se baigne dans un bain de lait d’ânesse.

Les Romains massacrent les chrétiens.

 

Ces trois images sont les moments les plus marquants du film.

C’est sur Néron déclamant que s’ouvre le film, et sur les chrétiens montant au supplice qu’il se termine. Entre les deux, une histoire qui rappelle Quo Vadis, mais qui est tout de même différente. Parce que si Quo Vadis se termine bien, ici, nous assistons à une tragédie.

 

Comme Vinicius (Robert Taylor) en 1951, le héros s’appelle Marcus (Fredric March), et comme lui, il tombe amoureux d’une chrétienne, Mercia (Elissa Landi).

Alors que Mervyn LeRoy mettait en scène des figures du christianisme naissant, ici, Cecil B. DeMille nous montre des anonymes, des croyants parmi tant d’autres. Nul apôtre, seul Tigellin (Ian Keith) – en plus de Néron et Poppée – a réellement existé.

Et si Néron est un jouisseur patenté, il n’a pas le ridicule qu’aura Peter Ustinov vingt ans plus tard.

 

Surtout, le Signe de la Croix, c’est la suite – 30 ans après – du Roi des rois (1927). Le message de Jésus a atteint Rome et les chrétiens, considérés comme une menace, sont pourchassés et impitoyablement tués.

Nous allons alors assister au massacre de ces derniers dans l’arène devant une foule hystérique.

 

En plus de cet épisode religieux édifiant, le film possède un aspect sulfureux totalement en décalage avec le message. Nous retrouvons la sensualité propre aux films de DeMille. En plus de Claudette Colbert se baignant nue dans le lait, on remarque que ses suivantes sont fort peu vêtues, et que d’autres sont pratiquement nues : dans l’arène, deux jeunes femmes ne sont couvertes que de guirlandes de fleurs…

[Sans parler de la scène d’orgie (soft, tout de même) qui rappelle un peu Manslaughter]
Et puis il reste la suggestion :

  • Dacia (Vivian Tobin) se dévêt pour rejoindre Poppée dans le bain, mais nous ne voyons que le bas de ses jambes, jusqu’à la libération de son pied ;
  • Une convive de Marcus qui enfouit la main dans ses cheveux alors qu’un homme l’embrasse…

 

Mais le message est tout de même le plus important, et la dernière demi-heure du film est grandiose : on y tue et massacre à tour de bras.

D’abord, ce sont les gladiateurs, par paires, qui s’entretuent pour le plus grand plaisir d’une foule exaltée. Mais parmi ces spectateurs aux envies sanguinaires, se trouvent quelques femmes qui pleurent les morts brutales de ces combattants.

Puis ce sont des combattantes qui se battent contre des Pygmées – des nains grimés parmi lesquels on peut retrouver ceux de Freaks ou Tarzan l'Homme-singe (deux autres films de 1932), dont l’incontournable Angelo Rossitto – rivalisant de sauvagerie et de cruauté avec les précédents gladiateurs.

Rarement avant on a montré autant de violence à l’écran. Après le passage des gladiateurs, le sol est jonché de cadavres que des hommes mettent dans une charrette. Abominable.

Il faudra attendre Gladiator pour retrouver un tel bain de sang dans l’arène.

 

Et enfin, vient le tour des chrétiens. Alors que DeMille ne nous épargne aucun détail de la mort des gladiateurs, il reste très sobre quant à leur mort : un lion agrippe l’un d’eux, un éléphant va en piétiner un autre. Ce sont plus les supplices en tant que suggestion qui priment : la jeune femme (nue, rappelez-vous) attachée vers qui s’approche un gorille ; l’autre jeune femme (toujours nue) sur qui on lâche des crocodiles ; des éléphants transportant des corps sans vie…

 

Parce que ce qui intéresse plus le metteur en scène, c’est ce qui se passe avant, et qui n’apparaîtra pas chez LeRoy : comment ces gens se préparent à mourir et montent au supplice, tels Jésus montant au Golgotha. Parce que l’analogie est pertinente : comme Jésus (H. B. Warner) montant sous les imprécations de la foule, les chrétiens, ici, montent vers un public en délire, se repaissant des morts violentes.

 

Malgré tout cela, quand le film se termine, on ne pense qu’à une personne : Poppée. Claudette Colbert interprète ici un rôle mythique pour elle, pas seulement dû à la scène du bain (même si elle y contribue très grandement).

Poppée est l’archétype de la femme prête à tout pour mettre un homme dans son lit. Elle annonce Néfertari (Anne Baxter) dans les 10 Commandements du même DeMille, une vingtaine d’années plus tard.

Ses tenues (extrêmement) sexy, ses attitudes provocantes en font une cible toute trouvée pour la commission présidée par Hays qui va bientôt faire la pluie et le beau temps sur Hollywood.

 

Mais il reste encore un peu moins de deux ans. DeMille aura le temps de faire Cléopâtre !

 

 

PS : N'y a-t-il que moi qui ai vu Ward Bond parmi les chrétiens ?

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Lloyd
La divine Lady (The divine Lady - Frank Lloyd, 1929)

Ca commence comme un conte de fée :

Emma Hart (Corinne Griffith) et sa mère (Marie Dressler) arrivent chez l’honorable Charles Greville (Ian Keith), pour se mettre à son service.

Mais Emma est une jeune fille sans manière qui irrite rapidement Greville. Heureusement, elle possède un physique qui ne laisse pas ce dernier de marbre et les fait accepter dans cette maison.

Rapidement, Greville tombe sous le charme de la (très) belle Emma…
Et puis arrive lord Hamilton (H. B. Warner), l’oncle de Greville, et l’histoire retombe dans la réalité.

Emma est envoyé chez Lord Hamilton à Naples, qu’elle finit par épouser.

Débarque alors un navire anglais commandé par Horatio Nelson (Victor Varconi), qui va rapidement tomber sous le charme d’Emma…

 

Malgré un début sur un ton plutôt comique, il s’agit d’une tragique histoire d’amour véridique : celle de Nelson et Lady Hamilton (ils en auront une fille). Le personnage d’Emma, quand il apparaît est sujet à la comédie : on s’amuse des situations dans lesquelles elle se fourre, au grand dam de Greville. Mais la petite histoire rejoint la grande : nous sommes à la fin du XVIIIème siècle et la Révolution française fait des ravages dans les autres pays européens, amenant la guerre (surtout avec l’Angleterre).

 

Nous allons alors suivre l’évolution de ce conflit à travers de belles grandes batailles navales (dans la lignée du Pirate noir) dont la première voit l’affrontement des impeccables marins anglais dans leurs magnifiques uniformes et des hirsutes pirates français habillés de loques.

 

Mais le, plus important reste tout de même l’histoire d’amour.

Frank Lloyd met beaucoup de délicatesse à raconter cette liaison, s’attardant sur des détails en gros plan – la main de Nelson qui lâche lentement celle d’Emma, le visage merveilleux d’Emma et ses yeux bleus (même en noir et blanc, on sait qu’elle a les yeux bleus !) – ou usant de travellings arrières lors des moments tragiques ou des séparations.


Un beau film avec un trio d’acteurs convaincants : H. B. Warner tout en sobriété (comme d’habitude), jetant un voile pudique sur cette relation extraconjugale ; Victor Varconi, Nelson fier, passionné mais conscient de son devoir (il retrouve par là même H. B. Warner avec qui il a joué dans Le Roi des rois, où il était lui-même Pilate) ; et Corinne Griffith, vraiment très belle, et glissant progressivement d’un rôle léger à un rôle tragique.


Une curiosité.

 

 

* Le film sortant en 1929, il est mis en musique et partiellement sonorisé.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frances Marion, #Mary Pickford
Le Signal de l'amour (The love Light - Frances Marion, 1921)

Quand on pense à Mary Pickford, on l’imagine tout de suite en femme enfant courageuse (Daddy-Long-Legs), voire patriote (The little American).
Ici, pas du tout.

Nous sommes en Italie, à la veille de la première guerre mondiale. C’est une Italie éternelle, dans une petite ville côtière, avec des enfants qui jouent, et des habitants qui vivent ensemble, sous l’œil bienveillant du père Lorenzo…

Parmi eux, la famille Carlotti : les deux frères Antonio (Jean de Briac) et Mario (Eddie Phillips), et leur sœur Angela (Mary Pickford).
Le début est trompeur – on croit retrouver la Mary Pickford qu’on connaît – parce que tous les trois vivent en harmonie, Mario et Angela se chamaillant : il faut dire qu’Angela ne s’en laisse pas conter par son petit frère, et qu’elle est (encore une fois) très volontaire.

A ce trio s’ajoute Giovanni (Raymond Bloomer), l’amoureux d’Angela. Un jour (prochain), il l’épousera, pour la grande joie de ses futurs beaux-frères.

Mais – et sans ce mais, pas de film – la guerre éclate et Antonio, puis Mario et enfin Giovanni partent au front. Antonio est rapidement tué.

Et c’est au moment où Angela se retrouve seul que le destin entre en scène : Joseph (Fred Thomson), un jeune soldat de marine survit à un naufrage. Il est jeune et beau, fort, et parle avec un drôle d’accent : il est américain.

Fatalement, Angela et cet Américain vont tomber amoureux l’un de l’autre.

 

Pardonnez cette longue introduction, mais en fait, tout l’intérêt du film se situe après : l’autre frère meurt, Joseph meurt, et Angela met au monde une petite fille. Mais sa raison se met à défaillir et on lui enlève l’enfant. Dès lors, tout va tourner autour de cet enfant.

Et c’est là que Mary Pickford va montrer toute l’étendue de son immense talent, et en même temps qu’elle sait aussi jouer autre chose que des grandes filles courageuses.

 

Parce que d’un bout à l’autre du film, Angela est une femme. Une (très) jeune femme au début, mais une femme accomplie à la fin. Enfin, elle joue son âge : 28 ans quand le film sort.

Mais surtout, elle alterne une femme tantôt déséquilibrée, tantôt rationnelle. Les coups du destin la rendent folle, mais la naissance la ramène à la raison. Et maintes fois, la caméra de Charles Rosher & Henry Cronjager encadre son beau visage (en couleur* !), illustrant ces changements de comportements. Une fois elle est une madone, une fois, elle est un démon. Superbe.

 

La première guerre mondiale a laissé des traces dans l’opinion américaine et cela se traduit dans de nombreux films : comiques (Charlot Soldat, L’athlète incomplet…) ou sérieux (La grande Parade, Les Ailes…). Mais tous du point de vue des soldats.

Ici, Frances Marion – l’une des rares femmes américaines réalisatrices – nous propose un film de guerre du point de vue de ceux qui ne sont pas au front, mais tout de même en première ligne : les femmes. Ici, deux d’entre elles sont à l’honneur : Angela qui perd presque tous les hommes qui étaient autour d’elle, et Maria (Evelyn Dumo) dont le mari revient avec les poumons brûlés par les gaz. Aucune des deux ne reste intacte de ces aléas de la vie.

Et chacune, à sa manière devient folle. Et l’une un petit peu plus que l’autre, ce qui fait la différence à l’arrivée.

 

Il y a beaucoup de désespoir dans cette histoire, provoqué par la guerre et ses conséquences chez ceux qui ont perdu des proches. Il est rare de voir dans les films ces ravages. On montre plus facilement le côté glorieux et héroïque des batailles, évitant d’assombrir le quotidien des spectateurs et spectatrices (n’oublions pas que ce film est sorti à peine deux ans après les signatures de paix), nombre d’entre elles ayant vécu les mêmes affres qu’Angela.

 

Et la présence de Mary Pickford (formidable !) dans un tel film – qui se termine bien, certes, mais à quel prix ? – est aussi un bel hommage à ces femmes malheureuses.

 

 

* Là encore une utilisation ponctuelle de la couleur : quand la caméra montre le visage – angélique, bien sûr – de l’héroïne et quand elle brûle sa maison, créant un signal lumineux.

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