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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille
Le Fruit défendu (Forbidden Fruit - Cecil B. DeMille, 1921)

Afin de réaliser une affaire, Mr et Mrs Mallory (Theodore Roberts & Kathlyn Williams), font passer Mary Maddock (Agnes Ayres) – leur couturière – pour la plus belle jeune femme de New York, et la présentent à Nelson Rogers (Forrest Stanley), un beau jeune homme très riche lui aussi.

Et ce qui devait arriver arrive : c’est le grand amour. Sauf que.

Sauf que Mary est mariée à Steve (Clarence Burton). Et ce Steve a beau n’être qu’un bon à rien paresseux, il n’en reste pas moins son mari.

 

Ca aurait pu être un vaudeville : une femme, un mari, un (futur) amant. Mais ici, pas de porte qui claque, ni d’homme dans le placard. Nous sommes dans l’univers riche et feutré de Cecil B. DeMille. Alors de la dignité, et de l’honneur.

Et pourtant, Mary a beaucoup de mérite pour vouloir rester fidèle à un tel mari. Non seulement il ne travaille pas – et n’a pas l’intention de s’y mettre – mais en plus, il est prêt à tout pour trouver de l’argent, même (surtout ?) à  voler.

Sauf que la personne qu’il veut voler, c’est sa femme…

 

Bref, c’est un imbroglio sentimental dans lequel on retrouve avec plaisir Agnes Ayres, ainsi que d’autres habitués des films de DeMille (Burton, Roberts, Kosloff…). On s’amuse un peu de cette situation. Mais alors que le vol aurait pu être traité de façon légère, on reste dans l’ordre de la morale. Tant pis si Mary doit être malheureuse et si son mari est vraiment en dessous de tout.

Mais comme on est au cinéma, et qu’on aime bien les histoires qui se terminent bien, le scénario offre une porte de sortie radicale certes, mais satisfaisante.

 

Et puis il y a le faste. Pas de salle bain, tout de même (donc pas de prétexte pour femme dévêtue…), mais des décors luxueux où l’analogie avec Cendrillon, présentée dans le film, prend toute sa dimension. Et c’est d’ailleurs dans la scène du bal de ce conte que ce faste prend toute sa mesure : dans une teinte rouge orangée, Cendrillon/Mary pénètre dans une immense salle lumineuse où tout le monde est magnifiquement habillé. Bref, de la pure féerie (normal, non ?).

 

Ce n’est pas le meilleur film de DeMille, mais on se laisse prendre à cette histoire faussement vaudevillesque où finalement, même les méchants – Steve et le majordome (Theodore Kosloff) – sont intéressants.
 

Et puis Agnes Ayres, juste avant Le Cheik.

 

 

[NB : le film, dans le domaine public, nous est proposé dans une belle version teintée]

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jean Renoir, #Jacques Prévert
Le Crime de monsieur Lange (Jean Renoir, 1936)

Renoir et Prévert.

Une seule fois ensemble, mais quelle fois !

Nous sommes dans l’univers de Prévert comme jamais on ne le sera au cinéma. Tout Prévert, résumé en un film : l’amour, l’amitié, les jolies femmes, une société sans patron, la liberté…

Et puis une chanson (Au Jour, le jour, à la nuit, la nuit) avec celui qui sera plus qu’un collaborateur : Joseph Kosma vient d’entrer au cinéma.

 

Le Crime de monsieur Lange, c’est avant tout la revanche des petits sur les patrons combinards comme Batala (Jules Berry, formidable). Il faut dire que ces derniers ne sont pas à la noce. Batala est un odieux personnage : escroc, voleur, coureur, menteur, hypocrite…

Alors quand on annonce sa mort, il n’y a pas de quoi pleurer.

Par contre, quand il revient pour tout détruire et reprendre sa place, c’est une autre histoire.
Ce n’est donc pas une surprise si la plupart des interprètes appartenaient au groupe Octobre, troupe de théâtre itinérante fortement ancrée à gauche, qui donne un ton plus vrai à cet engagement.

 

Nous sommes dans la lignée du cinéma réaliste français des années 1930. La même année, Julien Duvivier nous offre La belle Equipe, qui raconte l’histoire de copains qui montent une affaire. Ici aussi, d’une certaine façon, c’est la même histoire. Mais comme nous ne sommes pas chez Duvivier, nous avons plus de chance que ça se termine bien. Pas de collaborateurs qui disparaissent les uns après les autres. Non, mais un fantôme qui revient : celui d’avant, celui de l’exploitation. Batala.

 

Nous ne sommes pas chez Duvivier, certes, mais le ton mélancolique cher à Prévert subsiste : Lange (René Lefèvre), l’auteur à succès est bien celui du titre. Il tue. Et en plus – circonstance atténuante ? – il tue un patron. Et même si Batala était une magnifique ordure, il y a tout de même crime.

C’est d’ailleurs comme ça que s’ouvre le film : un gendarme recherche Lange, qui rôderait dans les environs d’une auberge du Nord – mais le film est tourné au Tréport, lieu mythique de l’époque, synonyme de congés et de liberté pour les travailleurs – dont l’un des clients n’est autre que René Génin, second rôle récurrent de cette période.
Puisqu’on parle de la distribution, on reconnaîtra celui qui fut Mazamette dans la série des Vampires de Feuillade : Marcel Lévesque, dans le rôle du concierge.

 

Mais si Lange est celui qui donne son nom au titre, c’est tout de même Batala qui marque le spectateur. Jules Berry est en pleine forme, sans trop en faire – un peu quand même, sinon, ce n’est plus Jules Berry – et nous offre un Batala des plus répugnants. On applaudirait presque au geste de Lange tellement ce personnage est abject. Mais c’est aussi parce qu’il l’est qu’on a un tel film. Batala annonce, bien entendu, Valentin dans Le Jour se lève : un autre affreux qui se fait tuer, sans laisser beaucoup de regrets.

 

Et le grand moment du film, c’est la mort de Batala, près de la fontaine. Une sorte de mort dans le ruisseau pour un homme qui fut au plus haut dans la hiérarchie de la maison d’édition. Cette mort, logique et salutaire, est avant tout dérisoire : Batala, habillé d’une robe d’ecclésiastique demande un prêtre, que réclame ensuite à corps et à cri le concierge, ivre, que personne – évidemment – ne prend au sérieux.

Juste avant cette mort, il y a le long panoramique qui amène Lange à le tuer. On passe d’un plan d’ensemble à une caméra subjective dans un effet formidable, mais je ne m’étendrai pas plus, allez (re)lire André Bazin.

 

Il y a dans ce film une liberté de ton rare au cinéma. Et cette liberté est signifiée par la prise de contrôle de la revue par une coopérative de travailleurs. Et la première action de cette coopérative est aussi très symbolique : ôter le tableau d’affichage qui était sur une fenêtre, empêchant Charles (le jeune Maurice Baquet) de se rétablir en plein jour. Cette fenêtre qui s’ouvre, c’est aussi cette liberté chère à Prévert et ses amis, ainsi qu’une ouverture vers le monde, vers autre chose.

C’est cette même liberté qui conclut le film quand Lange et Valentine (Florelle) quittent les gens de l’auberge qui les ont mené à la frontière.

 

Peu importe (et même tant mieux ?), finalement, que Lange ne soit pas pris : ce qu’il a fait, il l’a bien fait, et surtout, il l’a fait pour le bien.

 

 

Un petit bonus :

« Ca ne te ferait rien de ne pas parler entre guillemets ? » (Valentine à Batala)

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Pierre Chenal
Crime et Châtiment (Pierre Chenal, 1935)

Que de beau monde !

 

L’auteur : Dostoïevski. On pourrait faire pire.

Le réalisateur : Pierre Chenal, réalisateur éclairé des années 1930 (L’Homme de nulle part, la Maison du Maltais…).

Le dialoguiste : Marcel Aymé, qui retrouve Chenal après La Rue sans nom.

Le compositeur : Arthur Honneger (excusez du peu).

La distribution : Pierre Blanchar (Raskolnikov) et Harry Baur (Porphyre) en tête.

 

Bref, tout pour faire un film de qualité. Et c’est le cas. Il s’agit d’une adaptation honnête du chef-d’œuvre de Fiodor Mikhaïlovitch. Entre une mise en scène sobre mais efficace, une musique soutenant l’action et des dialogues ciselés (comme toujours dans ces cas-là), les acteurs sont à la fête.


Et le duo Blanchar-Baur est phénoménal. Entre un Raskolnikov aussi tourmenté que dans le roman – le regard de Blanchar, extraordinaire, est à lui seul à la fois de folie et de conscience. Quant au jeu subtil de Baur, on est loin des rôles parfois un tantinet outré qu’on lui a connu dans cette décennie.

Il y a un jeu d’équilibre, voire d’équilibriste entre ces deux acteurs. D’un côté le délirant conscient, de l’autre le sournois calculateur. Chacun campant sur ses positions, essayant de (con)vaincre l’autre, à coup d’arguties, sûr de sa position et prêt à déstabiliser l’autre (surtout Baur).

Chaque rencontre est prétexte à une joute verbale et par là même démonstration du talent des deux acteurs. Un régal à chaque fois.

 

Bien entendu, force reste à la Loi, et le matois Porphyre Pétrovitch est le plus fort.
Mais cette victoire n’est due qu’à l’intervention du Destin : la rencontre entre Raskolnikov et Sonia (la belle Madeleine Ozeray). Cet homme sans foi ni loi se retourne. Il ne le sait pas encore : il est amoureux. Et c’est cet amour qui va causer sa perte, à moins que cette perte soit le juste châtiment qui lui faisait défaut pour se révéler. Mais là, je sors du film…

 

Blanchar, on l’a vu, rend très plausible un personnage comme Raskolnikov. Mais c’est la façon de montrer sa prétendue folie qui rend ce personnage attirant et juste : pas une seule fois la caméra ne flanche, prenant la place de son esprit tortueux et torturé, ce qui aurait été facile. Au contraire – il ne faut jamais oublier la conscience aiguë du personnage – à aucun moment, il ne perd de vue son acte et ses conséquences*. Au contraire, même dans ses délires les plus forts, il continue d’assumer son geste.

 

Quant à Baur, il a l’assurance d’avoir raison et en joue. Il sait qu’il arrêtera Raskolnikov en fin de compte. Mais sa raison d’être réside dans la façon d’y arriver. Il y a du Hercule Poirot dans cet homme-là : il sait, et va tout faire pour le démontrer. Et comme Poirot, il prend son temps, semble s’éloigner du sujet. Mais c’est pour mieux y revenir d’où la déclaration naturel qu’il lance à la figure de Raskolnikov (tiré directement du livre) : « Comment qui a tué ?, mais c’est vous. »

 

Parmi la distribution, notons la présence d’Alexandre Rignault, dans le rôle de Razoumikhine, l’ami fidèle, tout en truculence ; de Sylvie, la malheureuse Catherine Ivanovna ; et de Marcelle Géniat, qui sera l’année suivante la Grand-mère de La belle Equipe.

 


Et puis dans un petit rôle, Paulette Elambert (Polia, la sœur de Sonia), 95 ans en novembre prochain…

 

 

 

* Le très attendu châtiment, qui ne dure même pas une minute du film. Comme dans le livre, c’est le crime le plus important !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #King Vidor, #Lillian Gish
La Bohème (King Vidor, 1926)

Paris, Quartier Latin, hiver 1830.

Les jeunes artistes, en attendant la gloire, crèvent de faim. Mais qu’importe, ils continuent à vivre leur rêve, même si les débuts de mois (loyer à payer) sont difficiles.
C’est le cas de Rodolphe (John Gilbert), jeune dramaturge, qui vit avec Marcel (Gino Corrado), peintre, et d’autres.

Et puis il y a Mimi (Lillian Gish). C’est une petite main, dans tous les sens du terme : elle est brodeuse et essaie de survivre dans un taudis froid, jouxtant celui des artistes.

Le printemps arrive avec les sorties à la campagne, et Mimi et Rodolphe tombent amoureux.

 

La Bohème, c’est surtout la rencontre de deux monstres sacrés du cinéma : Lillian Gish et John Gilbert. Tourné entre La grande Parade et Bardelys le Magnifique, c’est plus qu’une histoire d’amour : c’est celle d’un sacrifice amoureux ultime, interprété de façon magistrale par l’immense et magnifique Lillian Gish. Si John Gilbert est toujours impeccable, la moustache fine et le regard intense, c’est elle qui est la plus grande star du film. Elle y est époustouflante.

Le film est une suite de situations plus émouvantes les unes que les autres.

 

La première, c’est quand les artistes, invités par Musette (Renée Adorée) – une femme légère comme on disait dans ce temps-là – la convient à leur repas, sachant qu’elle meurt de faim elle aussi. Il faut voir le visage de Lillian Gish se décomposer au fur et à mesure qu’ils lui proposent des mets pour se rendre compte de son immense talent. Très émouvant.
La dernière, bien entendu, c’est quand Mimi meurt – eh oui, c’est une tragédie – entourée de ceux qui furent ses amis, près d’un Rodolphe enfin heureux de la retrouver : exsangue, les traits tirés, allongée sur son lit de mort, elle savoure tout de même ces derniers instants comme des instants de bonheur.

 

Encore une fois, Lillian Gish interprète un rôle éprouvant : il faut voir la déchéance de Mimi pour s’en apercevoir : comment elle peine à actionner sa machine dans une fabrique de tissus des bas quartiers est tout bonnement pathétique. Elle n’a ni la condition (elle est atteinte de la tuberculose), ni la force d’effectuer les tâches qui lui incombent Et pourtant, elle les fait. Jusqu’à en mourir.

 

Et Lillian Gish avait préparé cette fin et il n’y eut pas beaucoup recours au maquillage pour cette dernière partie : elle s’alimentait peu et s’entraînait à moins respirer en vue du final. Même King Vidor a eu peur, tellement Mimi paraissait réellement morte.

A l’instar de Lucy (Le Lys brisé, 1919) et Letty (Le Vent, 1928), Mimi fait partie des plus grands rôles de Lillian Gish, qui ont fait d’elle l’une des plus grandes actrices (voire LA plus grande) du cinéma, muet comme parlant.

 

D’une manière générale, on peut dire que King Vidor, avec La Bohème, réussit un magnifique film tragique, rempli d’émotions, parce que servi par une distribution de qualité. Outre les personnes citées, notons la présence de Roy D’Arcy, autre séducteur, mais du côté obscur, la plupart du temps et Karl Dane, autre interprète de La grande Parade, toujours ce grand échalas jovial. Ici, il est le concierge de l’endroit et amène Mimi mourante à Rodolphe. Il est accompagné par Mathilde Comont, plus connue pour son rôle de prince (!) perse dans Le Voleur de Bagdad (Raoul Walsh, 1924).

 

Un film inoubliable.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #George Hill, #Clarence Brown
Les Cosaques (The Cossacks - George Hill, Clarence Brown - 1928)

A l’Ouest de la Russie (éternelle, bien sûr), vivent les Cosaques : fiers et farouches, toques en fourrure moustaches fournies et tombantes, le crâne plus ou moins rasé, leur bravoure n’a d’égale que leur cruauté.

Pendant que leurs femmes travaillent la terre, ils vont se battre pour la grandeur de la Russie.

Tous ? Non, Lukashka (John Gilbert), le fils de leur chef (Ernest Torrence), n’aime pas se battre. Il reste avec les femmes, se plongeant dans l’oisiveté, au grand dam de son père et de Maryana (Renée Adorée), sa promise.

Lassé d’être victime des brimades guerriers il se rebelle et se révèle tel qu’il est : un garçon courageux, prêt à partir en guerre contre les Turcs.

C’est pendant cette campagne que débarque Olinen (Nils Asther, aux yeux bleus et à la fine moustache : un magnifique séducteur !) – un prince moscovite – avec pour mission d’épouser une Cosaque.

Et bien entendu, c’est Maryana qu’il choisit…

 

Si le film est signé George Hill, il faut tout de même préciser que son travail ne fut pas apprécié par la MGM et Brown retourna de nombreuses scènes jusqu’à obtenir ce résultat.

On retrouve encore une fois – la troisième si on met de côté la Bohême où elle n’a pas le rôle principal – le couple vedette John Gilbert/Renée Adorée pour un film mêlant action et amour. Et avec, comme d’habitude, un peu d’humour.

 

Quoi qu’il en soit, ces Cosaques ont fière allure, leur chef en tête. Ernest Torrence, le crâne rasé est tout à fait dans son élément : sa stature imposante nous offre un Cosaque terrible, chef incontesté d’un peuple de cavaliers émérites et audacieux (les festivités du film nous permettent d’admirer des numéros de haute voltige dans le plus pur style cosaque).

Mais ces Cosaques ont tout de même leur côté moins glorieux :

  • ils ne savent ni lire, ni écrire (on assiste à une scène comique avec le prince moscovite) ;
  • quand la paix arrive, ils sont malheureux parce qu’ils ne savent plus quoi faire pour s’occuper.

 

Et puis il y a la raison d’être de ces Cosaques : le combat. Nous assistons à une lutte farouche entre les Turcs et les Cosaques, en plans rapprochés pour permettre au spectateur de vivre l’action (et aussi parce que ça évite d’avoir un nombre astronomique de figurants !) où tous s’en donnent à cœur joie, Lukashka le premier, prenant goût à l’odeur du sang. Du grand spectacle !

 

Enfin, il y a l’histoire d’amour. C’est plus le jeu du chat et de la souris : ils s’aiment mais sont fiers, alors il y a à chaque fois un décalage entre leurs sentiments et leurs actions. Mais ce décalage amène aussi l’intrigue avec le prince moscovite et ses fiançailles indéfectibles avec Maryana, au grand désespoir de Lukashka. [Rassurez-vous, ça se termine bien !]

Encore une fois, John Gilbert et Renée Adorée sont impeccables : lui avec son regard noir et son allure de séducteur à fine moustache ; elle avec ses grands yeux bleus et son air mutin.

 

Victor Tourjansky avait été pressenti pour ce film, mais cela ne se fit pas : certaines scènes, d’ailleurs, rappellent son Michel Strogoff, la couleur en moins.

Qu’importe, le souffle épique est là, on savoure avec beaucoup de plaisir cette histoire russe, élaborée par la grande Frances Marion, d’après le non moins grand Léon Tolstoï.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Dorothy Arzner, #Clara Bow
Il faut que tu m'épouses (Get your Man - Dorothy Arzner, 1927)

C’est un grand jour pour deux grandes familles françaises : ce sont les fiançailles de Robert (Charles Rogers), fils du duc d’Albin (Josef Swickard), avec mademoiselle Simone (Josephine Dunn), fille du marquis de Valens (Harvey Clark).

Mais Charles doit avoir sept ans (David Durand, qui interprète le garçon a eu sept ans cette année là), alors que Simone est un bébé !

Dix-sept ans plus tard, cet engagement est toujours d’actualité. Sauf que les goûts des deux jeunes gens ont évolué, et surtout, Robert a rencontré une jeune Américaine, Nancy Wothington (Clara Bow) avec qui le courant passe vraiment très bien…

Mais le mariage doit avoir lieu très, très bientôt…

 

Six mois (environ) après, on retrouve le couple vedette de Les Ailes (william Wellman), dans une nouvelle comédie où, là encore, Charles « Buddy » Rogers est mal apparié, et Clara Bow essaie de le conquérir. Mais cette fois-ci, ce n’est pas le jeune homme qu’elle doit convaincre. De plus, Rogers n’est pas le jeune naïf qu’était Jack Powell.

 

Le titre original, Get your Man (« Attrape ton bonhomme »), est non seulement mal traduit* (encore une fois) mais en plus résume très bien l’intrigue : oui, il est question de mariage, mais c’est plutôt comment on y arrive qui est le plus intéressant. Et surtout, c’est une des répliques de Nancy à Simone, l’encourageant à choisir son véritable amour.

Parce que tout le sel de la comédie réside dans la volonté d’annuler ce mariage arrangé, afin que les deux jeunes gens puissent épouser l’élu(e) de leur cœur.

 

Bien entendu, il s’agit d’un rôle sur mesure pour Clara Bow : elle y est espiègle, mutine et séduisante, le tout rehaussé d’une pointe d’hypocrisie. Mais c’est bien connu : « à l’amour comme à la guerre, tous les coups sont permis ».
Il faut dire qu’elle est tout le contraire de Simone : brune alors que l’autre est blonde, exubérante quand l’autre est réservée, et surtout habillée court quand Simone ne laisse dépasser que le strict minimum autorisé (la différence est flagrante dans la scène de nuit où Nancy porte un négligé quand Simone a revêtu une chemise de nuit austère et couvrante).

 

Mais si Clara est toujours aussi belle, Nancy n’est pas seulement un objet de désir. Elle sait se montrer « à la hauteur », comme on dit, batifolant avec Valens père afin de faire capoter ce mariage arrangé. C’est aussi une bouffée d’air frais dans un microcosme guindé et strict ; non seulement elle casse l’étiquette, mais en plus, tout le monde lui en sait gré. D’une certaine façon, elle représente cette jeune Amérique amenant un souffle de modernité sur le vieux Continent.

 

Et tout ceci ponctué de gags subtiles (on est en 1927 !) où Clara Bow étale son talent : les rencontres successives, le marivaudage avec le marquis, et surtout le moment où elle joue son futur rôle de belle-mère de Robert. Un régal.

 

Malheureusement, il s’agit d’une version où la pellicule est fort abîmée, voire tronquée : on passe du musée de cire au château de Valens sans raison apparente, les rencontres répétées de Robert et Nancy étant escamotées ; certains moments du film sont dans un tel mauvais état qu’on ne voit plus rien, seulement un écran noir.

 

 

* D’un autre côté, la pièce originale (de Louis Verneuil) dont est tiré le film, s’intitule Tu m’épouseras ! Elle fut créée en février de cette année-là à Paris…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Maurice Tourneur, #Mary Pickford
Une pauvre petite Fille riche (The Poor little rich Girl - Maurice Tourneur, 1917)

Le titre – bien traduit cette fois-ci, précisons-le – résume bien l’intrigue du film : Gwendolyn (Mary Pickford) est une petite fille riche seule. Ses parents n’ont pas de temps pour elle : le père (Charles Wellesley) est homme d’affaire à Wall Street, la mère (Madlaine Traverse) engluée dans des réceptions mondaines. Bref, rien que de très sérieux : ils n’ont pas de temps à accorder à cette petite jeune fille qui aura onze ans demain !

 

Et c’est là que se justifie le titre. Gwendolyn a tout ce qu’elle pourrait désirer. Tout, sauf l’essentiel : l’amour. Pas étonnant alors que Gwendolyn fassent tout pour attirer leur attention.

Mais l’amour ne s’achète pas, en 1917 pas plus qu’aujourd’hui, cent ans après.

Combien de parents pensent acheter la paix à la maison en achetant leur enfant ? Mais nous sortons du cadre cinématographique (encore une fois !).

 

Encore un film où Mary Pickford joue le rôle d’une gamine, me direz-vous. Oui. Que répondre d’autre ? Il faut dire que le gabarit de l’actrice permettait ce jeu sur l’âge (elle va avoir 25 ans quand sort le film aux Etats-Unis) : à chaque plan, les adultes la dominent largement, accentuant son statut de petite fille.

 

Malgré tout, elle nous gratifie d’un jeu de petite fille assez juste – malgré parfois des plans rappelant qu’elle est tout de même femme – et avec beaucoup d’humour. Il faut dire que le scénario de Frances Marion lui fait la part belle, multipliant les situations drôles, où la petite riche prisonnière se sent pauvre et libre. Ce sont bêtises sur bêtises contre des adultes qui s’ils ne sont pas absents (les parents), sont hostiles : la gouvernante (Marcia Harris) – la vipère – et Jane (Gladys Fairbanks) la femme de chambre à la personnalité double (donc fausse).

 

Cette hostilité va loin puisque, pour avoir la paix, Jane lui fait avaler un calmant à forte dose, mettant en péril sa vie.

On assiste alors à une belle dernière partie plus onirique, due au délire de Gwendolyn sous l’effet de la drogue. Elle va vivre un long voyage qui l’amènera aux limites de sa vie, rencontrant même la mort, donnant alors un tour grave au film, heureusement rapidement abandonné pour le côté joyeux de la vie.

 

Il y a un aspect initiatique à ce long délire enfantin : elle vient d’avoir onze ans et se considère comme une grande personne, et ce périple qu’elle accomplit, accompagné de deux figures amies – le jouer d’orgue de barbarie (Emile Lacroix) et le plombier (Frank McGlynn Sr.) -  lui permet d’affronter et vaincre ses opposants (la vipère et la femme double).

 

C’est donc aussi la séquence de résolution de l’intrigue : devant l’imminence du danger, les parents vont prendre conscience de leur rôle et changer.

 

Tout est donc bien qui finit bien, mais on s’en doutait un peu dès le début !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Archie Mayo, #John Barrymore
Svengali (Archie Mayo, 1931)

Depuis le roman Trilby de George du Maurier (grand-père de Daphne), Svengali est passé dans le langage courant anglais pour désigner un individu manipulateur aux intentions mauvaises.

Et ici, Archie Mayo nous propose un archétype formidable de ce genre d’individu, campé par un John Barrymore au sommet de son art : grand, brun une longue barbe et un long nez, et surtout des yeux… Des yeux qui lui donnent un regard inquiétant. Un rôle à contre-emploi pour ce grand séducteur.


Svengali est un musicien : un orchestrateur, un professeur de chant et surtout un pianiste virtuose. Régulièrement, il passe chez ses voisins peintres pour leur jouer un morceau, espérant récupérer quelque argent en retour…
Un jour, il rencontre chez eux Trilby (Marian Marsh), une jeune femme qui pose pour les artistes. En plus d’être belle, elle a une magnifique voix.

Il tombe, évidemment, amoureux d’elle, mais elle est attirée – normal – par le plus jeune artiste, Billie (Bramwell Fletcher).
Alors Svengali use de son pouvoir : il hypnotise la jeune femme qui devient alors sa créature…

 

Nous sommes à l’aube des années 1930, quand le cinéma s’est lancé dans une grande vague de film d’épouvante, qui a commencé l’année précédente avec le Frankenstein de James Whale. La Warner Bros se devait de produire de ces films. Et c’est Archie Mayo qui adapte le roman de George du Maurier. Mais c’est avant tout John Barrymore qui soutient le film de bout en bout. Il est extraordinaire. Son Svengali, malgré son apparence sémite, est un personnage fascinant. Créé à la fin du XIXème siècle, Svengali est un personnage qui possède certains attributs de l’antisémitisme ambiant en Europe : il est sale, a un long nez et une longue barbe fourchue. De plus, son recours à l’hypnose rappelle la mainmise supposée des Juifs sur le monde. Bref, un personnage trouble, dans un roman aux idées aussi troubles…

 

Mais il y a John Barrymore. Il est un Svengali de prime abord enjoué, et la première séquence avec les peintres pourrait nous faire croire que ce film sera gai. Mais ce serait oublier la scène d’ouverture, où une femme, qui a tout abandonné pour lui, part se jeter à la Seine devant l’indifférence du maestro pour sa condition. Oui, Svengali est un sale type, et dangereux.

 

Et c’est dans l’utilisation de l’hypnose que le film prend tout son sel : le regard intense de Barrymore fait place à des yeux blancs. Et quand il va entrer en contact avec Trilby, la caméra nous fait vivre le cheminement de cet esprit sur la ville, de chez Svengali à chez Trilby: travelling arrière, panoramique, puis travelling avant jusqu’au beau visage de Marianne Marsh. Grandiose !

 

Le tout se concluant sur une fin inhabituelle. Alors que tout est en place pour une fin heureuse, on bascule dans une autre dimension. Svengali en devient presque touchant : cet homme, usé par sa pratique de l’hypnose, vieilli prématurément par les efforts qu’il doit fournir pour dominer sa créature – et Barrymore est encore une fois formidable dans ce jeu-là – meurt (normal, on attendait tous ça depuis un moment), mais surtout, il meurt apaisé.

 

Pourquoi ? Allez voir vous-même.

 

 

 

PS : Et l’espace d’une scène, on voit la mère de Trilby, Rose Dione, qui sera bientôt Madame Tetrallini…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #David Hartford, #Lon Chaney
Nomads of the North (David Hartford, 1920)

Territoires du Nord-Ouest, à 1500 Miles de Montréal…

Les McDougall, père (Melbourne McDowell) et fils (Francis McDonald) dirigent Fort O’God. C’est là qu’habite Nanette (Betty Blythe) avec son père (Spottiswoode Aitken).

Tout le monde aime Nanette : le fils McDougall, mais aussi O’Connor (Lewis Stone), le Mountie (police montée canadienne). Mais le cœur de Nanette appartient à un trappeur, Raoul Challoner (Lon Chaney).

Mais Raoul ne revient pas… tout de suite.

 

Un bien curieux film que celui que nous propose David Hartford : oscillant entre le film documentaire, le film animalier et le film catastrophe. 

Documentaire car on y découvre la rude vie dans ces territoires, la nature sauvage voire hostile et des paysages grandioses.

Animalier parce qu’on suit à plusieurs reprises les aventures de deux animaux : Brimstone (un chien) et Neewa (un ours), compagnons de solitude de Raoul. Ces intermèdes au premier abord incongrus se justifient par le rôle joué par ces mêmes animaux dans les conflits humains – surtout entre McDougall et Raoul.

Catastrophe enfin parce que les protagonistes doivent affronter un feu de forêt dantesque, avec mort au bout. Bref, du grand spectacle.

 

C’est cet aspect du film le plus surprenant. On s’attend à un film petit budget (la tempête se déclarant sur le hameau peut paraître risible tellement la maquette est identifiable), avec peu de spectacle et on est presque bluffé par le tour spectaculaire que prend la fin du film.

 

Mais le film est remarquable surtout par son trio de vedettes.

Lewis Stone, toujours impeccable, raide comme la Justice – il représente la Loi – et homme de devoir avant tout : il est donc un Mountie plus vrai que nature. Mais s’il est un homme de devoir, il est aussi, et avant tout un homme, qui sait où se termine son devoir et quand il doit fermer les yeux.

Cela nous donne une fin – convenue, certes – mais qui a dû amener quelques larmes aux spectatrices de 1920…

Betty Blythe – encore une actrice aux grands yeux bleus – femme a priori faible, mais dans ces contrées rudes, une femme ne peut pas l’être, alors on a une Nanette qui sait se défendre quand sa sécurité et celle de son enfant (un très beau bébé, même le Mountie fond…) sont menacés (par l’infâme McDougall fils !).

Lon Chaney, enfin, dans un rôle étonnamment normal : pas de maquillage, pas de handicap ni de mutilation.

Pourtant, quand il chavire dans les rapides, on a pu se demander si on n’y viendrait pas : il a mal aux jambes et doit se traîner sur la berge pour se remettre de ses émotions. Mais c’était une fausse alerte. Alors on le voit dans un rôle (presque) normal, poursuivi par la Justice, certes, mais souriant et heureux : il faut en profiter, on n’en a pas toujours l’occasion !


Finalement, un (pas si) petit film (que ça) sans prétention, où la Justice, malgré les apparences, est rendue : le méchant est châtié, et de quelle façon* !

 

 

 

* Voyez-le, vous comprendrez !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #George Melford, #Rudolph Valentino
Morane le Marin (Moran of the Lady Letty - George Melford, 1922)

Morane le marin est, comme le titre français ne l’indique pas, une femme (Dorothy Dalton). En plus d’être un marin (une marine ?), elle est la fille d’un capitaine norvégien au long cours (Charles Brinley), navigant sur le Fru Letty (Lady Letty du titre original).

De l’autre côté de l’Atlantique (et même de l’autre côté des Etats-Unis), on trouve Ramon Laredo (Rudolph Valentino), jeune dandy blasé de la haute société. Un jour de croisière en yacht, ce dernier arrive en retard. Il est alors enrôle de force sur le Heart of China (Cœur de la Chine), bateau louche au capitaine qui l’est autant, Kitchell (Walter Long). Rapidement, ce capitaine et son équipage de pirates modernes apprennent un nouveau métier à Ramon…

 

Comme le pronostique l’intertitre d’introduction du film, Morane (sans « e » en VO*) et Ramon doivent se rencontrer. C’est leur destin.

Alors, puisqu’il en est ainsi, ils se rencontrent : la Fru Letty connaît une grave avarie à laquelle seule Morane survit et est embarquée par les pirates. Rapidement elle et Ramon sympathisent (normal, sinon, pas de film !).

 

Fort du succès du Scheik l’année précédente, George Melford reprend son acteur vedette et nous propose une intrigue qu’on pourrait presque qualifier des 7 mers. Valentino y joue un jeune homme riche et blasé (pléonasme ?) alors que Walter Long a encore le rôle du méchant, pour notre plus grand plaisir : allure de brute, fine moustache tombante (attribut de méchant dans le film)...

 

Et malgré tous ces ingrédients, c’est la femme qui tient le haut de l’affiche. Mais reconnaissons-le, c’est bien Valentino la vedette. Mais alors que dans ses films précédents, il interprète des personnages bien campés, voire altiers, ici, il est un jeune blanc-bec qui n’a pas vécu grand-chose : un riche oisif, quoi ! Et les autres marins ne s’y trompent pas : il est tout de suite surnommé « Lillee of the Vallee » (Muguet).

Mais il reste malgré tout un homme, un vrai (!), capable de jouer des poings si nécessaire.

 

Au final, on passe un agréable moment dans cette histoire marine (très) convenue, mettant en valeur le beau Rudolph, mais faisant la part belle à une actrice méconnue, brune avec de magnifiques yeux bleus (même si le film est en noir et blanc, on ne peut pas se méprendre sur la couleur de ses yeux !), Dorothy Dalton.

 

Et puisque le titre français est ce qu’il est, reconnaissons tout de même qu’il s’agit avant tout d’une histoire… D’hommes !

 

 

* A noter que Moran et Ramon sont deux magnifiques anagrammes.

Coïncidence ? Ca m'étonnerait...

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