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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #René Clair
Porte des Lilas (René Clair, 1957)

Brassens qui chante, Brassens qui joue.


Le Paris des quartiers, éternel, où l’urbanisation n’a pas encore pris le pas sur l’humain

 

Dans le quartier de la Porte des Lilas, la vie s’écoule naturellement : Juju (Pierre Brasseur) boit, sa mère (Gabrielle Fontan) et sa sœur (Annette Poivre) travaillent, l’Artiste (Georges Brassens) chante ses chansons pour les copains, et Maria (Dany Carrel) rêve…

Et puis arrive Pierre Barbier (Henri Vidal) : c’est un truand, tueur de policier, qu’on appelle « l’homme à la mitraillette ».

Et en plus, il se réfugie chez l’Artiste… Ce dernier et Juju doivent s’en occuper.

 

René Clair signe ici une comédie douce-amère pleine de retenue où même Pierre Brasseur joue profil bas. Pourtant, on pouvait imaginer un rôle tout en grandiloquence quand Juju apparaît : poivrot habitué à fréquenter le bistrot d’Alphonse (Raymond Bussières), à la recherche d’un coup à boire vite fait, mais surtout à l’œil…

Et non, ce n’est pas un film de beuverie. Et même la comédie se dissout dans le drame.

 

Pourtant, ça commençait comme une comédie habituelle. Mais à partir du moment où nous voyons Barbier, la comédie s’arrête, avec quelques soubresauts, comme des petites touches de couleurs dans cette histoire au final bien sombre : on est chez René Clair, tout de même. On assiste d’ailleurs à une très belle séquence quand Alphonse lit l’article de journal relatant les aventures de Barbier : dans la rue, les enfants – échappés de chez Doisneau ? – jouent à Barbier et vivent à leur façon les différentes péripéties narrées. Un

Un très beau moment.

 

Mais ce qui nous intéresse, nous, spectateurs de 2017, c’est la présence de Brassens dans ce film. Il chante, il joue, comme on lui connaît. Et il campe un personnage sur mesure : un peu ours (célibataire vivant dans une maison où le ménage n’est pas souvent fait), mais toujours prêt pour les copains, dont l’inénarrable Juju. Il n’a pas de nom, et pourtant un passeport délivré en bonne et due forme !

Il est un peu anar aussi, bien entendu, et ne tient pas plus que ça à fréquenter ces messieurs de la police…

Et son association avec Pierre Brasseur est une bonne trouvaille : la pudeur et la retenue du chanteur auraient-elles contaminé Brasseur ?

 

Et puis il reste les chansons : Le Vin, L’Amandier, que reprennent en chœur les gamins du quartier quand ils envahissent sa maison ; et surtout Au Bois de mon cœur, autre hymne aux copains (chers au chanteur), de circonstance ici où l’amitié est avant tout la valeur du quartier, même si certains ont tendance à en abuser…

 

Finalement un film – ce n’est certes pas le meilleur de René Clair - qu’on qualifierait maintenant de nostalgique, où il fait bon vivre et où l’amitié est la seule valeur, même si elle pousse parfois à faire de drôles de choses.

 

Un film attachant.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Marcel Carné, #Jacques Prévert
Drôle de Drame (Marcel Carné, 1937)

Un écrivain subversif.

Un évêque pas toujours clair.

Un botaniste au-dessus de tout soupçon (enfin normalement).
Un tueur de bouchers.

Et… et Scotland Yard.

 

De l’humour anglais français. Tel est le film de Marcel Carné, servi admirablement par Jacques Prévert. C’est la deuxième collaboration entre ces deux monstres sacrés et on peut voire que c’est une association formidable : nous assistons à une histoire qui pourrait être assez conventionnelle si elle n’était torpillée par le ton de Prévert.

Il règne dans ce film un vent de liberté hérité du Crime de M. Lange : d’ailleurs, William Kramps (Jean-Louis Barrault) ne s’y trompe pas quand il le décrit.

 

Mais avant tout, c’est le film des monstres sacrés : Michel Simon (Felix Chapel &Irwin Molyneux), Louis Jouvet (Soper, évêque de Bedford), Françoise Rosay (Mrs Molyneux), Jean-Louis Barrault, René Génin (le balayeur de rue)… Ils sont presque tous là (je sais, j’exagère).

C’est un festival d’acteurs servi par un dialogue de premier ordre :

 

« A force d’écrire des horreurs, elles finissent par arriver » (Felix Chapel)

« Mariée ? Heureuse ? – On ne se marie pas pour être heureuse. »

C’est aussi là qu’est entendue l’une des répliques les plus emblématiques du cinéma :

Bedford (Louis Jouvet) : Moi j'ai dit « Bizarre, bizarre »… Comme c'est étrange… Pourquoi aurais-je dit « Bizarre, bizarre » ?
Molyneux : Je vous assure, cher cousin, que vous avez dit « Bizarre, bizarre ».
Bedford : Moi j'ai dit « Bizarre »… Comme c'est bizarre…

 

Bref, c’est une histoire absolument improbable servie par une distribution et des dialogues qui la rendent probable, sinon  possible. On s’amuse de cet écrivain licencieux (Chapel), de son détracteur le plus virulent et le plus proche (Soper est un cousin) le tout avec l’inconvénient du direct : Kramps, le tueur de bouchers capable de faire une entorse à son modus operandi et tuer Chapel.

 

Rien n’est sérieux, et certainement pas les institutions dont la famille, qui est aussi représentée par une vieille tante gâteuse (Jane Lory), capable de renier a famille au profit d’un inconnu publiquement décrié.

 

Oui, Jouvet et Simon ne s’appréciaient absolument pas. Mais tout de même, cette scène commune du canard aux oranges est malgré tout un sommet du genre. Et pas seulement parce que c’est Prévert qui distribue la parole. Ces deux monstres sacrés (le terme n’est certainement pas galvaudé quand il s’agit de ces deux acteurs !) sont à leur plus haut niveau et nous offrent finalement un spectacle qui va au-delà de leur ressentiment personnel (et c’est là que s’affirme le talent) : c’est un véritable sommet ! Il faudra attendre Duvivier pour réussir à les réunir dans La Fin du jour – où, là encore, ils n’ont pas besoin de s’apprécier pour jouer ensemble et nous montrer l’étendue de leur talent.

 

Alors laissons un instant le réalisme poétique de Prévert et Carné, le temps d’un (formidable) film et laissons-nous conquérir par cet humour corrosif où finalement, et malgré tout, l’humain l’emporte : alors que la foule vindicative réclame la tête de Kramps et qu’un pauvre gamin est laissé pour compte, il est tout de même un de ces exaltés pour prendre le temps d’aller le chercher et le ramener parmi les hommes (même s’il rejoint cette même foule !).

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Mary Pickford, #Alfred E. Green
Le petit Lord Fauntleroy (The little Lord Fauntleroy - Alfred E. Green, 1921)

A New York, Cedric Errol (Mary Pickford) vivote avec Dearest (Mary Pickford), sa mère, entourés de ses amis Hobbs (James A. Marcus) l’épicier, Mrs McGinty (Kate Price) la vendeuse de pomme et Dick (Fred Malatesta), le cireur de chaussures.

Pendant ce temps, en Angleterre, le vieux Lord Dorincourt (Claude Dillingwater) enterre son fils alcoolique suite à une chute de cheval.

Ces deux histoires semblent sans lien apparent, et pourtant...
Le père de Cedric n'est autre que le deuxième fils de Lord Dorincourt, avec qui il était brouillé suite à son mariage.
Voilà donc Cedric Lord Fauntleroy.

 

Dès le premier intertitre, on nous dévoile le principal intérêt du film: grâce à la caméra, Mary Pickford va pouvoir interpréter simultanément deux rôles. Dès lors, nous n'avons de cesse de vouloir admirer cette curiosité.
Et le résultat est là: Mary Pickford donne la réplique à Mary Pickford avec beaucoup de naturel. Et pas qu'une seule fois. Et comble de la prouesse, le fils embrasse sa mère sur la joue!
Pour le reste, Alfred E. Green utilise avec brio la double exposition (on tourne deux fois une scène sur la même pellicule afin d'avoir deux fois une même personne), la scène du baiser en étant le point culminant (il a fallu 15 heures de shooting pour trois secondes !).

 

Bien entendu, c’est un film sur mesure pour Mary Pickford. Elle reprend – comme de bien entendu – un rôle d’enfant, mais complète avec celui de la mère. Après Le Signal de l’amour cette même année, elle interprète à nouveau un personnage plus en rapport avec son âge (29 ans à sa sortie).

Mais, et c’est aussi pour ça que j’aime Mary Pickford (et je ne crois pas être le seul…) elle nous campe un petit Lord magnifique. Une fois mis de côté l’aspect très féminin du jeune Cedric, on apprécie beaucoup son côté frais et naturel qui va faire fondre le vieux Lord et renouveler cet univers vieillot. Pas d’espièglerie comme on en a un peu l’habitude. Mais tout de même une belle bagarre avec un prétendant au titre (Francis Marion) qui était venu réclamer son « dû » avec sa mère Minna (Rose Dione).

 

Certes, cette histoire est pleine de bon sentiments, mais qu’est-ce que ça peut faire ? ON prend beaucoup de plaisir à suivre cette histoire improbable, et on s’émerveille devant la prouesse accomplie.

Cette prouesse est couplée à un montage très précis où on passe facilement d’un plan avec deux Mary Pickford à un autre plan où on voit l’une des deux de dos, avec, vous l’avez deviné, une doublure. Tout n’est qu’illusion, comme l’avait si bien compris Méliès.

Une autre scène, d’ailleurs, mérite notre attention : William Havisham (Joseph J. Dowling), l’avoué de Lord Dorincourt rencontre Cedric et sa mère. On voit ces deux derniers de face, d’où double exposition obligatoire, mais en plus, Dowling doit jouer comme s’il avait deux personnages avec lui.

 

Cinq ans plus tard, Green réutilisera cette technique dans Ella Cinders quand Colleen Moore-Ella « entraîne » ses yeux…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Jim Jarmush
Ghost Dog, la Voie du samouraï (Ghost Dog: the Way of the samurai - Jim Jarmusch, 1999)

« Ghost Dog ».

Il n’a pas d’autre nom (un nom de guerre ? Un nom d’Indien ? Peu importe).

Un œil plus ouvert que l’autre mais un regard perçant.

Une propension à voler de belles voitures.

Une mallette avec son matériel professionnel : une paire de gants, un scanner/décodeur et l’indispensable flingue.
Ghost Dog (Forest Whitaker, remarquable) est avant tout un tueur à gage.

Il n’a pas (ou presque pas) d’amis, et il passe son temps entre les contrats et ses pigeons.

Et puis il y a le Bushido : le code d’honneur des samouraïs qu’il se répète à longueur de temps, en faisant sa seule ligne de conduite.

 

La parenté avec le film de Melville – Le Samouraï – est on  ne peut plus évidente. Ca pourrait en être une sorte de remake, avec un propos différent : un tueur solitaire qui aime les oiseaux et qui va jusqu’au bout des principes du Bushido.

C’est une atmosphère épurée, sobre comme peut l’être le personnage principal, où malgré ce calme apparent – dans l’action comme dans la façon de filmer – les cadavres s’accumulent. Mais cela se fait en douceur, sans grandiloquence ni grand spectacle. On reste dans cette atmosphère feutrée des hommes d’honneur.

Parce que l’honneur commande avant tout. Et si les gens meurent, c’est avant tout à cause de lui : l’honneur de la famille, l’honneur du samouraï.

 

Mais c’est un film de Jarmusch, alors il y a errance. Comme dans Dead Man, son précédent film, on suit l’errance d’un personnage qui est déjà mort. Cette errance, qui coïncide avec l’honneur précédemment évoqué, ne fait que reculer le moment fatidique.

Nous savons tous, dès le commencement que le samouraï, à l’instar de celui de Melville, va mourir. Et que cette mort sera volontaire. Il suffit juste d’attendre le bon moment : quand Ghost Dog aura réglé ses affaires.

 

Mais en parallèle de cette intrigue noire, on trouve l’intervention de la télévision qui repasse d’anciens dessins animés : Betty Boop, Felix le Chat, Woody Woodpecker, Itchy & Scratchy.

Ces incursions qui semblent hoirs de propos ne le sont pas du tout : il y a à chaque fois un lien entre l’intrigue principale et ce que nous voyons à travers le petit écran :

  • Betty Boop rappelle ses pigeons en agitant un drapeau : Ghost Dog fait de même avec les siens ;
  • Le savant fou envie Félix qui se promène avec son sac magique qui le sort de toutes les situation : Ghost Dog se promène avec sa mallette et son précieux contenu indispensable pour son activité professionnelle ;
  • Un pic vert se manifeste à ses côtés, à la télévision, c’est Woody Woodpecker qui passe ;
  • Quant à Itchy & Scratchy (série à l’intérieur de celle des Simpson), leur violence assumée se suffit à elle-même dans le film…

 

Mais Ghost Dog, c’est avant tout Forest Whitaker dans un rôle très différent du bon gros noir sympathique qu’on lui connaît le plus souvent. Il a toujours sa bonhomie habituelle, son œil gauche à moitié fermé, mais il est avant tout u tueur de sang-froid. Donc redoutable.

Mais avec la fin de Ghost Dog, c’est aussi la fin d’une époque : le vingtième siècle se termine et avec lui les anciennes pratiques criminelles que ce dernier a conclues avant de lui –même disparaître. D’ailleurs, même les truands mafieux ne sont plus de la première jeunesse…

 

Et un petit plus : la présence d’Isaac de Bankolé, dans le rôle de Raymond, le glacier, qui ne s’exprime qu’en français – langue totalement inconnue de Ghost Dog – et exprime les mêmes idées que ce dernier à chaque rencontre. Un rôle non sous-titré qui laissait les spectateurs dans le même état d’incompréhension que le héros.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Steven Spielberg, #George Lucas, #Indiana Jones
Indiana Jones et le Temple maudit (Indiana Jones and the Temple of doom - Steven Spielberg, 1984)

Il est de retour !

Le chapeau, le blouson de cuir, le fouet : tout est là !

Indiana Jones (Harrison Ford) revient après trois ans d’absence.

Mais si Harrison Ford a pris trois ans, son personnage, lui, en a perdu un !

Nous sommes en 1935, un an avant les péripéties des Aventuriers de l’Arche perdue.

On y découvre la vie avant : ses déboires (déjà), ses amis Wu Han (David Yip) et Short Round (Jonathan Ke Quan), et Willie Scott (Kate Capshaw, Mme Spielberg depuis 1991).

 

Pourtant, c’est en smoking qu’il nous apparaît, le temps d’une transaction. Mais cette négociation dégénère et le film s’emballe. A partir du moment où Indy rencontre Willie, ce sera une gigantesque course (quête de l’antidote dans une scène de panique ; chute d’un avion en canot pneumatique et descente en rafting sur la neige...) avec quelques temps plus calmes jusqu’à l’arrivée au palais de Bankot.

Mais rassurez-vous, ça repartira de plus belle jusqu’à la fin.

 

Malgré les pauses, le rythme est effréné et a parfois tendance à étourdir le spectateur. Mais tous les ingrédients sont là. Les insectes ont remplacé les serpents, l’eau la pierre qui roule et l’avion se déplace toujours en surimpression d’une carte traçant le chemin parcouru. On retrouve aussi des reliques archéologiques, des ennemis terribles et armés, des bestioles de tout type (dont des serpents, bien sûr), et une femme de caractère. Parce que Willie, si elle est très différente de Marion (plus féminine, plus futile peut-être), est tout sauf une femme facile. C’est une femme de tête qui sait ce qu’elle veut et ce qu’elle vaut. Et comme Jones est lui aussi orgueilleux, on assiste à un jeu amoureux assez subtile qui nous repose des scènes d’action.

 

Malgré la différence rythmique, le film est construit selon le même modèle que le précédent :

 

  • le logo de la Paramount est fondu dans le décor
  • une première séquence nous montre Indiana Jones en plein travail : après avoir trouvé le trésor (on ne voit pas ce qu’il s’est passé, c’était montré dans les Aventuriers), il négocie sa remise (et le paiement), avec des interlocuteurs pas toujours très sports ;
  • puis c’est l’exposition de la quête principale (ici retrouver la pierre de Sankara) ;
  • ensuite on a l’expédition en tant que telle pour retrouver le trésor perdu, avec moult péripéties et surtout un moment passager de défaite (ici, Indy est envoûté, la fois d’avant il était enfermé dans le Puits des Ames)
  • enfin, c’est la résolution de la quête avec – encore un passage obligé – la poursuite !

 

On sent que Spielberg et Lucas se sont beaucoup amusés sur ce film car c’est un festival de clins d’œil à l’épisode précédent bien sûr, mais aussi à d’autres choses (le club Obi-Wan par exemple dans lequel se situe la première séquence). Mais tout de même, le rythme est un peu trop frénétique.

Heureusement, le troisième opus, s’il garde des scènes d’action efficaces lui aussi, ressemble plus au premier.

 

Mais une question reste en suspens une fois le film terminé. Short Round, dont la parenté avec Tchang Tchong-Jen (le Lotus bleu) ne fait aucun doute, qu’est-il devenu l’année suivante, alors qu’Indy court après l’Arche ?

Par contre, le sort de Willie nous indiffère peu : la connaissant, elle a dû retomber sur ses pattes une fois l’épisode Jones terminé !

 

 

PS : Aviez-vous reconnu Dan Aykroyd ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Charles Laughton, #Lillian Gish
La Nuit du chasseur (The Night of the hunter - Charles Laughton, 1955

Le Bien contre le Mal, l’amour contre la haine, l’ombre contre la lumière, Harry Powell (Robert Mitchum) contre Rachel Cooper (Lillian Gish).

Tel est en fin de compte l’histoire de ce film – le seul de Charles Laughton, quel dommage ! – où deux orphelins essaient d’échapper à un faux prédicateur qui en veut à leur argent.

Mais là encore, quel film !

 

C’est une magnifique symphonie de noir et blanc où la lumière et l’obscurité ne cessent de se partager l’écran. Et où, dans la nuit noire, point une lumière et, dans la lumière, se tapit l’âme noire de Powell.

Dès la séquence d’ouverture, nous sommes prévenus : celui que nous allons voir est méchant. C’est un faux prophète. Et c’est Rachel Cooper qui nous prévient : elle sait de quoi elle parle, comme on s’en rendra compte plus tard.

Ce faux prophète n’est rien d’autre qu’un psychopathe tueur de veuves fortunées. Mais quel personnage. Sous des allures de pasteur, il possède un pouvoir de séduction très fort contre lequel il est difficile de résister. D’ailleurs, toutes les femmes  succombent à son charme. Sauf miss Cooper. Mais depuis le départ de son fils, est-elle encore une femme ?

 

Charles Laughton nous propose un film merveilleux où la beauté des plans s’allie à leur austérité. Pas de décor grandiose. Tout est épuré. On n’a gardé que l’essentiel : l’horizon où point la lumière traversé par un homme qui chante à cheval. Même en ville, où les scènes de foules sont inévitables, Laughton réussit à suivre ses personnages dans un véritable désert urbain, accentué par l’austérité des murs. Dans cette séquence où les enfants et miss Cooper fuient la foule vindicative (contre Powell), c’est aussi leur façon d’échapper à l’obscurité (l’obscurantisme ?) et de se rendre – physiquement – vers la lumière. Lumière divine, bien entendu car la religion est très présente tout au long du film. Chaque citation ou référence biblique peut être retrouvée à un moment du film :

  • John  (Billy Chapin qui nous a quittés en décembre dernier) et Pearl (Sally Jane Bruce) s’enfuient pour échapper à Powell : la Sainte Famille qui se réfugie en Egypte pour échapper à Hérode et au massacre des Innocents ;
  • John et Pearl qui échouent chez Miss Cooper : Moïse sauvé des eaux par la fille de Pharaon.

Mais si Rachel Cooper – tout comme Harry Powell – a sans cesse sa bible sous la main, elle a aussi un fusil ! Et elle n’hésite pas à s’en servir quand l’occasion se présente.

Autre épisode biblique qui n’est pas mentionné mais qui se trouve dans le film, c’est la barque de John et Pearl qui échoue chez Miss Cooper. Cette errance, à travers la nature plus ou moins hostile rappelle par bien des points celle du peuple hébreu avant d’atteindre la Terre Promise.

En effet, et c’est une magnifique toile d’araignée au premier plan qui nous rappelle que John et Pearl ont pu s’arracher à l’étreinte de Powell (comme les Hébreux à celle de Pharaon) pour arriver dans un havre de paix où ils pourront vivre (peut-être) heureux (la Terre Promise).

Mais cette errance est aussi l’un des plus beaux moments du film, où les prises de vues de Stanley Cortez sont extraordinaires. Ce sont des noirs et blancs de toute beauté qui rendent la couleur superflue et insistent encore une fois sur cette haute bataille entre le Bien et le Mal.

 

Il y a dans ce film un apparentement certain avec le cinéma allemand des années 1920, qu’on a un peu trop qualifié d’expressionniste. La scène dans la chambre – où Powell s’apprête à tuer Willa (Shelley Winters), la mère des enfants – semble tout droit sortie du Cabinet du Docteur Caligari tant les ombres rappellent le décor torturé du fil de Wiene : ce ne sont qu’angles aigus menaçants, à juste titre d’ailleurs.

D’une manière générale, l’utilisation de l’opposition ombre et lumière rappelle cet âge d’or du cinéma allemand. Laughton, après une carrière déjà bien remplie, connaît ses classiques et s’y réfère pour notre émerveillement.

 

Mais le public ne voulait pas ça. Le film fut un échec et Laughton ne put jamais en réaliser un autre. Alors que les Etats-Unis se remettent difficilement de la guerre de Corée, pas question de voir un film qui rappelle la misère des années 1930, où nombre d’enfants errants ont vécu le même sort que John et Pearl. Quant à ce pasteur…

Quel gâchis tout de même. Il y a un sens de l’image et de l’action phénoménal chez Laughton : il raconte sans être bavard, sans avoir besoin d’expliquer voire de justifier. Tout est magnifiquement réglé. C’est un véritable chatoiement de noir et blanc.

 

Et puis il y a les deux stars : Lillian Gish et Robert Mitchum. Ils sont formidables tous les deux. Lillian Gish (déjà 62 ans quand sort le film) tout en force (morale et physique) et Mitchum en parangon d’hypocrisie, chacun au meilleur dans son rôle. Il y a beaucoup de similitudes entre les deux personnages qu’ils interprètent. Ce sont des personnages solitaires, revenus de tout. Tous deux se réfèrent constamment à la Bible, même si ce n’est pas dans le même but. Et tout comme on pouvait se poser la question de savoir si Rachel Cooper est une femme (voir plus haut), on peut aussi se poser celle-ci : Harry Powell est-il un homme ? En effet, jamais il ne touche une femme. Il a son couteau comme outil de substitution. Mais jamais on ne le voit prendre Willa dans ses bras, et la nuit de noces est très explicite.

Ces deux personnages, tout compte faits assez similaires sont d’une certaine façon la personnification du combat manichéen évoqué plus tôt. Il n’est donc pas étonnant qu’ils se rejoignent dans le chant de Powell (Leaning).

Et ce chant n’est interrompu - tout un symbole -  que par Ruby (Gloria Castillo), aveuglée par son amour illusoire pour Powell, qui apporte la lumière (Lucifer ?) et par là même aveugle Rachel : Powell a disparu !

 

Mais Rachel Cooper – le Bien – triomphe. Il fallait s’y attendre, elle nous avait prévenu dès le début.

C’est alors sans surprise qu’elle conclut le film. Le Bien triomphe, les enfants sont sauvés.

La boucle est bouclée.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sergio Leone, #Clint Eastwood, #Western, #L'Homme sans nom
Pour quelques Dollars de plus (Per qualche Dollaro in piu - Sergio Leone, 1965)

Un an plus tard, on prend les mêmes et on recommence : même équipe technique (Sergio Leone, Luciano Vincenzoni, Massimo Dallamano…), mêmes duo en haut de l’affiche (Clint Eastwood & Gian Maria Volontè), ainsi que quelques seconds rôles (Mario Brega, Joseph Egger). Mais au duo vient se greffer un troisième homme : Lee van Cleef.

C’est d’ailleurs ce film qui va relancer ce dernier, et on le retrouvera l’année suivante avec (presque) les mêmes pour Le Bon, la brute et le truand. Mais n’anticipons pas.

Leone et son équipe retournent dans le désert de Tabernas (province d’Alméria, Espagne, faut-il préciser ?) et nous proposent une suite (?) à Pour une Poignée de dollars.

Cette fois-ci, « l’homme sans nom » s’appelle Monco (Clint Eastwood). J’en arrive à me demander pourquoi on s’acharne à parler de lui comme d’un anonyme. Il n’y a que dans le troisième opus qu’il n’a pas de nom ! Je préfère Trilogie du Dollar, c’est plus parlant, et tellement plus près de la réalité racontée dans chacun des films.

 

Monco vient encore de nulle part. Mais cette fois-ci, on en sait plus sur lui : il est chasseur de primes, et se déplace de ville en ville à la recherche de son gagne-pain. On a d’ailleurs une démonstration de son travail à White Rocks, où il s »’occupe de « Baby Red » Cavanaugh (José Marco). On peut voir qu’il n’a perdu la main. Il porte toujours la même tenue : poncho rouge et or (avec trous), veste de mouton, chemise bleue.

C’est un solitaire qui, malgré lui, va devoir faire équipe avec un autre chasseur de primes : Mortimer, dit « Le Colonel » (Lee van Cleef).


Si Pour une Poignée de dollars nous renseignait sur la période (1873 inscrit sur une tombe), ici, c’est plus flou. On peut imaginer, en voyant le pactole dérobé à la banque d’El Paso que l’action se déroule pendant la Guerre de Sécession : on retrouve des dollars de la Confédération parmi le butin. Mais là n’est pas le plus important.

 

Avec ce film, Leone continue d’explorer le western et ajoute une notion de temps passé qui reviendra dans sa trilogie suivante. A l’intrigue basique de la poursuite du bandit par des chasseurs de prime, s’ajoute une intrigue plus particulière, relative à Mortimer et El Indio (Gian Maria Volontè) : la mort de la sœur du premier pendant qu’elle était violée par le second. Mortimer, de chasseur de primes devient vengeur.

Cette sous intrigue nous permettra d’apprécier deux flashbacks (se complétant), avec utilisation de la musique d’une montre en fond sonore, cette musique de carillon devenant un leitmotiv comme le sera celle de l’harmonica dans Il était une Fois dans l’Ouest.

 

Mais avec ce film, c’est aussi la création d’un trio qui sera indispensable dans les deux films suivants : deux personnages à peu près bons et un méchant. Ce seront Blondie (Eastwood), Tuco (Eli Wallach) et Sentenza (Lee van Cleef) dans Le Bon, la brute et le truand, et l’Harmonica (Charles Bronson), Cheyenne (Jason Robards) et Frank (Henry Fonda),  dans Il était une fois dans l’Ouest.

 

Mais avec ce film éclate au grand jour le style Leone, encore plus que dans le film précédent. Les dialogues sont rares et courts. Pas de grandes explications. Des faits, des images. Et surtout, des plans fixes qui en disent aussi long que de grands discours : la banque d’El Paso, le coffre fort, les visages…

Ces visages toujours aussi abîmés (sauf ceux de Monco et Mortimer), la palme revenant cette fois-ci à Mario Brega, toujours aussi épais.

 

Et puis il y a le duel final. Toujours. On retrouve la configuration du film suivant : dans un cercle (le rouge de Melville ?), deux protagonistes s’affrontent sous l’œil attentif d’un troisième (Monco). Et la caméra va avancer au fur et à mesure que le temps – et la   mélodie avec – avance lui aussi. D’un plan d’ensemble, on arrive à un plan rapproché montrant le haut des visages : le regard perturbé d’El Indio d’où s’échappe une larme, et les petits yeux fins de Mortimer, implacables.

Magnifique !

 

Allez, encore un effort (et une année) et la caméra s’arrêtera sur les seuls yeux !

 

 

En 1972, Morris et Goscinny sortiront Chasseur de primes, dans la série Lucky Luke. Dedans, on fera la connaissance d’Elliot Belt, un chasseur peu scrupuleux mais qui a particularité de ressembler comme deux gouttes d’eau à Lee van Cleef.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Michael Cimino, #Robert de Niro
Voyage au Bout de l'enfer (The deer Hunter - Michael Cimino, 1978)

Clairton, Pennsylvanie. 1968.

Une bande de copains, ouvriers dans la sidérurgie – que foire d’autre à Clairton ? – qui passe ses week-ends à boire et chasser.

Steven (John Savage) se marie. Mais surtout, il part au Viêt-Nam avec son frère Nick (Christopher Walken) et leur ami Mike (Robert de Niro).

Le temps d’une dernière partie de chasse et les voilà en enfer.

 

Le titre original – encore une fois traduit avec un souci de racolage – c’est le « Chasseur de cerf ». Et ce chasseur, c’est Mike. La chasse, c’est pour lui plus qu’un passe temps, c’est une philosophie. Philosophie à laquelle n’adhère aucun de ses acolytes, Stan (John Cazale) en tête.

Il est dommage que, pour des raisons mercantiles, on n’ait pas gardé cette idée de chasse.

En effet, la scène emblématique du film, c’est celle de la seconde partie de chasse (après le retour de guerre), quand Mike traque un magnifique cerf. Il le suit, le trouve et le met en joue. Ensuite, évidemment, il tire en l’air.

La guerre a laissé des traces : visibles pour Steven, enfouies pour Mike.

Mais l’enfer dont se targue le titre français, c’est l’emprisonnement des GI dans une geôle singulière au bord de rivière : les pieds et une partie du corps dans l’eau, ils servent de distraction à leurs geôliers en « jouant » à la roulette russe.


Quand le film sort, c’est seulement cinq ans après les accords de paix de janvier 1973. Le conflit est encore très présent pour le monde et cette présentation n’est pas du goût de tous : on y présente les Vietnamiens sous un angle peu flatteur, sans évoquer l’action de l’armée américaine dans ce conflit. Mais tous ces détracteurs oubliaient avant tout une chose – comme le dit si bien mon ami le professeur Allen John – c’est du cinéma. Et peu importe que la vision soit déformée, il reste un film qui vaut ce qu’il est : la peinture d’une communauté qui a payé son tribut à une guerre qui, finalement, ne la concernait pas. Et si Mike revient (presque) entier, c’est Steven qui porte tout le poids de la tragédie de cette guerre, qui n’a pas encore été considéré comme un traumatisme profond dont devront se remettre les vétérans et la société.

Mais la brèche est ouverte.

 

Un an avant la présentation d’Apocalypse Now à Cannes, Michael Cimino proposait déjà un film sur le Viêt-Nam. Curieusement, c’est le film de Coppola qui a fait plus de battage. Pourtant, le film de Cimino est au moins aussi impressionnant, sinon plus. Pour la première fois, on parle de ceux qui reviennent, à peu près entiers (tout du moins physiquement). D’un côté Mike, entier mais traumatisé, de l’autre Steven traumatisé et infirme. Tragique.

Et Nick qui est resté. Nick qui combat ses démons jusqu’au bout, devenant joueur de roulette professionnel.

 

Mais c’est une bande de copains. Et Mike, qui est revenu n’oublie pas sa promesse – illusoire - et retourne chercher Nick.

Et cette nouvelle traque – Nick est difficile à retrouver dans une ville qui est évacuée (Saigon va tomber) – rappelle celle du cerf. Mike va retrouver Nick. Mais là encore, après l’avoir retrouvé et presque récupéré, il rentrera bredouille.

Cela donnera lieu à une des séquences les plus émouvantes du cinéma de Cimino : God bless America, chantée par des fils d’immigrés russes.

Parce que la tradition est très prégnante dans ce milieu. C’est aussi une communauté orthodoxe que nous décrit l’intrigue, avec ses coutumes séculaires, mais tout de même fortement ancrée dans cette Amérique en guerre. Et le mariage de Steven, c’est aussi l’occasion de célébrer les enfants de cette communauté qui servent leur pays avec fierté.

Et de ce point de vue, ce chant final est tout sauf anodin.

 

Et puis c’est aussi l’occasion d’apprécier John Cazale dans son dernier rôle (il est mort avant la fin du tournage) : toutes ses scènes ont été tournées en priorité et on peut se dire que Meryl Streep (Linda), qui était sa compagne, n’avait pas besoin d’aller chercher bien loin un motif de tristesse.

Et ce chant final, en mémoire de Nick, peut facilement devenir un hommage à Cazale, qui fut placé en second, juste derrière de Niro, au générique final.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Documentaire, #Xavier Liébard
Les Voix du large (Xavier Liébard, 2017)

L’Ile d’Yeu au fil du temps.


Pour moi, l’Ile d’Yeu a toujours signifié deux choses : la tombe de Pétain et savoir s’il fera beau. Comme nous allions en vacances à Saint-Jean de Monts, apercevoir l’île était synonyme de mauvais temps.

Alors quand Xavier Liébard a proposé ce film documentaire, j’étais fortement intéressé. Et je n’ai pas été déçu. Enfin si, un (tout) petit peu, mais j’y reviendrai.

 

Pendant cinquante-deux minutes (pas une de plus, budget et format obligent) nous suivons un morceau de la vie associative de l’île : la radio Neptune FM, associative et qui émet depuis bientôt 35 ans.

Cette radio, qu’elle l’ait voulu ou non est le véritable lien social des Ilais (et îliens !) : en plus de donner des informations concernant exclusivement l’île, elle s’invite chez chacun et accompagne chaque vie.

 

Parce que comme le dit Xavier – je l’appelle Xavier parce que je le connais personnellement – quand on vit sur une île, on est amené à croiser plusieurs fois les mêmes gens, comme sur un bateau. Alors si un lien ne se crée pas, ça va être difficile de vivre ensemble.

Mais ceux qui ont monté cette radio prennent de l’âge. Et l’avenir de cette radio ne peut passer que part le renouvellement. Alors on assiste à ce renouvellement. Ce sont des nouveaux animateurs – surtout des hommes, c’est comme ça, mais rassurez-vous, il y a des femmes ! – dont l’un d’eux va devenir salarié !

 

Les Voix du large, c’est avant tout « un film de bonheur » (dixit Xavier Liébard lui-même) : on y suit avec plaisir un groupe d’individus qui ont la même passion, qui ont le même objectif : partager. Partager leur temps, partager leur musique. Faire quelque chose pour les autres.

C’était déjà ce thème qui était abordé dans un précédent films, les joyeux Compagnons : une troupe de théâtre de personnes âgées jouant dans les maisons de retraites, apportant un peu plaisir à ces résidents parfois totalement coupés de la société.

On suit alors les animateurs historiques dans ce qu’ils ont toujours fait, mais aussi les « petits nouveaux » qui apportent autre chose : ce que les anciens ne connaissent pas. On s’amuse des publicités de Gérard, mais on sourit aussi en voyant José avec ses dreadlocks et ses chansons totalement à l’opposé de ce que peuvent proposer les autres.

Il est clair que les anciens ne sont pas très sensibles à sa musique (plutôt death metal que valse musette) mais qu’importe : vivre ensemble, c’est aussi accepter les autres et aller vers eux pour les découvrir. Et c’est ce point qui est accentué par le réalisateur.

 

Ici, c’est l’île entière qui est coupée de la société. La mer – l’un des éléments les plus présents du film – entoure ce microcosme. Chaque petite élément, chaque histoire est ponctué par un retour à l’essentiel : la mer. Quoi que l’on fasse, on y retourne toujours.

Ces incursions maritimes sont un passage obligé dans la vie de l’île. On ne peut pas l’imaginer autrement. Ce sont alors de magnifiques images de la grève,k de la houle, de l’écume (etc.) : l’Ile d’Yeu est avant tout une destination touristique.

 

Mais, parce qu’il y a toujours un mais, c’est trop court. On aurait aimé voir développé certains aspects.
La scène où  Jean-Yves chante, accompagné par un jeune guitariste est pleine d’émotion… Mais trop courte. Dommage.

C’est comme le siège des associations : l’ancienne prison de Pétain (on y arrive tout même…). C’est un lieu formidable pour les associations de l’île : chacun a la place de se réunir, de répéter dans une ancienne cellule… Mais c’est une prison.

Un seul plan réussit à capturer cette impression carcérale : c’est une porte, ouverte sur une ancienne cellule. Ca dure moins d’une seconde, et pourtant l’atmosphère est là. Impressionnant.

 

Xavier nous a dit qu’il est actuellement en repérage autour d’un nouveau groupe…

Alors j’attends.

Mais je me sens devenir impatient !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Sergio Leone, #Clint Eastwood, #L'Homme sans nom
Pour une Poignée de dollars (Per un Pugno di dollari - Sergio Leone, 1964)

Mexique, 187…

Joe (Clint Eastwood) arrive à San Miguel.

C’est une bourgade près de la frontière, où deux familles se livrent à une lutte sans merci pour son contrôle : les Rojo, des Mexicains trafiquants d’alcool ; les Baxter, des Américains trafiquants d’armes.

Et rapidement, au milieu, Joe.

 

Deux ans plus tôt, John Ford, avec L’Homme qui tua Liberty Valance, sonnait le glas du Western : la civilisation l’avait emporté sur les tireurs aux pistolets.

Alors quand Sergio Leone propose ce film – qui ne sera vu aux Etats-Unis que trois ans plus tard pour une histoire de droits – c’est une petite révolution. Un nouveau genre de western vient de voir le jour. Et comme Leone est italien, on le qualifie de « spaghetti » (tu parles d’un nom !).

 

Alors que l’intrigue se situe en Amérique du Nord, mis à part Clint Eastwood, personne n’est américain. Les acteurs viennent d’Europe (Italie bien sûr, mais aussi Espagne, Allemagne et Autriche, d’où des Mexicains aux yeux bleus…) et ne sont pas très célèbres (tout comme Eastwood d’ailleurs), ce qui permet de ne pas exploser un budget déjà serré (environ 200.000$). Et en plus, les lieux de tournage aussi étaient européens (Désert de Tabernas, Province d’Almeria, Espagne).

 

Avec ce film – qui sera suivi de deux autres par Leone, et d’une palanquée par des réalisateurs plus ou moins doués – c’est aussi les codes du genre qui sont renouvelés. Le manichéisme disparaît au profit de personnages qui, s’ils ne sont pas tous mauvais, ne sont pas complètement irréprochables non plus.

Qui est Joe – celui qu’on appellera « l’homme sans nom » – sinon un tueur à gages qui s’offre au plus offrant ? Et une fois le massacre des Baxter accompli, il n’a ni remords ni regret. C’est d’une certaine façon une sorte d’accident de parcours.

La seule fois où Joe a des sentiments, c’est pour la famille de Marisol (Marianne Koch), femme retenue par Ramon (Gian Maria Volontè), le plus terrible des Rojo.

Joe, c’est aussi le vrai personnage qui lancera Clint Eastwood, jusqu’alors célèbre pour la série Rawhide à la musique inoubliable. Mais cette expérience avec Leone lui servira aussi quand il passera derrière la caméra et réalisera l’Homme des hautes plaines ou Pale Rider.

 

Quant aux autres « affreux », ce sont des gens communs, avec des visages communs. Certains marqués par le temps – Silvanito (José Calvo), Piripero (Joseph Egger) – d’autres marqués par la petite vérole – Miguel Rojo (Antonio Prieto) – ou encore par les cicatrices.  Bref, mis à part Eastwood et Volontè, aucun ne brille par sa beauté.

De plus, il n’y a aucune flamboyance ni munificence dans la mort. Si un duel – court au vu des suivants – ou une fusillade a bien lieu, cela se termine minablement, les tués n’étant pas dans une position très académique : c’est le cas de Ramon et surtout du fils Baxter.

 

Tout est prêt pour une série de quatre westerns : la trilogie de l’homme sans nom et Il était une Fois dans l’Ouest. A chaque fois, on retrouvera le même genre de personnages : des hommes ordinaires au physique du même nom et un étranger qui arrive on sait d’où, règle ses affaires et repart. Non sans avoir tué un nombre conséquent de personnes.

Le tout accompagné par la musique formidable du grand Ennio Morricone.

 

Le western romantique est mort. Voici venu le temps des westerns réalistes.

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