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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sergio Leone, #Clint Eastwood, #Western, #L'Homme sans nom
Pour quelques Dollars de plus (Per qualche Dollaro in piu - Sergio Leone, 1965)

Un an plus tard, on prend les mêmes et on recommence : même équipe technique (Sergio Leone, Luciano Vincenzoni, Massimo Dallamano…), mêmes duo en haut de l’affiche (Clint Eastwood & Gian Maria Volontè), ainsi que quelques seconds rôles (Mario Brega, Joseph Egger). Mais au duo vient se greffer un troisième homme : Lee van Cleef.

C’est d’ailleurs ce film qui va relancer ce dernier, et on le retrouvera l’année suivante avec (presque) les mêmes pour Le Bon, la brute et le truand. Mais n’anticipons pas.

Leone et son équipe retournent dans le désert de Tabernas (province d’Alméria, Espagne, faut-il préciser ?) et nous proposent une suite (?) à Pour une Poignée de dollars.

Cette fois-ci, « l’homme sans nom » s’appelle Monco (Clint Eastwood). J’en arrive à me demander pourquoi on s’acharne à parler de lui comme d’un anonyme. Il n’y a que dans le troisième opus qu’il n’a pas de nom ! Je préfère Trilogie du Dollar, c’est plus parlant, et tellement plus près de la réalité racontée dans chacun des films.

 

Monco vient encore de nulle part. Mais cette fois-ci, on en sait plus sur lui : il est chasseur de primes, et se déplace de ville en ville à la recherche de son gagne-pain. On a d’ailleurs une démonstration de son travail à White Rocks, où il s »’occupe de « Baby Red » Cavanaugh (José Marco). On peut voir qu’il n’a perdu la main. Il porte toujours la même tenue : poncho rouge et or (avec trous), veste de mouton, chemise bleue.

C’est un solitaire qui, malgré lui, va devoir faire équipe avec un autre chasseur de primes : Mortimer, dit « Le Colonel » (Lee van Cleef).


Si Pour une Poignée de dollars nous renseignait sur la période (1873 inscrit sur une tombe), ici, c’est plus flou. On peut imaginer, en voyant le pactole dérobé à la banque d’El Paso que l’action se déroule pendant la Guerre de Sécession : on retrouve des dollars de la Confédération parmi le butin. Mais là n’est pas le plus important.

 

Avec ce film, Leone continue d’explorer le western et ajoute une notion de temps passé qui reviendra dans sa trilogie suivante. A l’intrigue basique de la poursuite du bandit par des chasseurs de prime, s’ajoute une intrigue plus particulière, relative à Mortimer et El Indio (Gian Maria Volontè) : la mort de la sœur du premier pendant qu’elle était violée par le second. Mortimer, de chasseur de primes devient vengeur.

Cette sous intrigue nous permettra d’apprécier deux flashbacks (se complétant), avec utilisation de la musique d’une montre en fond sonore, cette musique de carillon devenant un leitmotiv comme le sera celle de l’harmonica dans Il était une Fois dans l’Ouest.

 

Mais avec ce film, c’est aussi la création d’un trio qui sera indispensable dans les deux films suivants : deux personnages à peu près bons et un méchant. Ce seront Blondie (Eastwood), Tuco (Eli Wallach) et Sentenza (Lee van Cleef) dans Le Bon, la brute et le truand, et l’Harmonica (Charles Bronson), Cheyenne (Jason Robards) et Frank (Henry Fonda),  dans Il était une fois dans l’Ouest.

 

Mais avec ce film éclate au grand jour le style Leone, encore plus que dans le film précédent. Les dialogues sont rares et courts. Pas de grandes explications. Des faits, des images. Et surtout, des plans fixes qui en disent aussi long que de grands discours : la banque d’El Paso, le coffre fort, les visages…

Ces visages toujours aussi abîmés (sauf ceux de Monco et Mortimer), la palme revenant cette fois-ci à Mario Brega, toujours aussi épais.

 

Et puis il y a le duel final. Toujours. On retrouve la configuration du film suivant : dans un cercle (le rouge de Melville ?), deux protagonistes s’affrontent sous l’œil attentif d’un troisième (Monco). Et la caméra va avancer au fur et à mesure que le temps – et la   mélodie avec – avance lui aussi. D’un plan d’ensemble, on arrive à un plan rapproché montrant le haut des visages : le regard perturbé d’El Indio d’où s’échappe une larme, et les petits yeux fins de Mortimer, implacables.

Magnifique !

 

Allez, encore un effort (et une année) et la caméra s’arrêtera sur les seuls yeux !

 

 

En 1972, Morris et Goscinny sortiront Chasseur de primes, dans la série Lucky Luke. Dedans, on fera la connaissance d’Elliot Belt, un chasseur peu scrupuleux mais qui a particularité de ressembler comme deux gouttes d’eau à Lee van Cleef.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Michael Cimino, #Robert de Niro
Voyage au Bout de l'enfer (The deer Hunter - Michael Cimino, 1978)

Clairton, Pennsylvanie. 1968.

Une bande de copains, ouvriers dans la sidérurgie – que foire d’autre à Clairton ? – qui passe ses week-ends à boire et chasser.

Steven (John Savage) se marie. Mais surtout, il part au Viêt-Nam avec son frère Nick (Christopher Walken) et leur ami Mike (Robert de Niro).

Le temps d’une dernière partie de chasse et les voilà en enfer.

 

Le titre original – encore une fois traduit avec un souci de racolage – c’est le « Chasseur de cerf ». Et ce chasseur, c’est Mike. La chasse, c’est pour lui plus qu’un passe temps, c’est une philosophie. Philosophie à laquelle n’adhère aucun de ses acolytes, Stan (John Cazale) en tête.

Il est dommage que, pour des raisons mercantiles, on n’ait pas gardé cette idée de chasse.

En effet, la scène emblématique du film, c’est celle de la seconde partie de chasse (après le retour de guerre), quand Mike traque un magnifique cerf. Il le suit, le trouve et le met en joue. Ensuite, évidemment, il tire en l’air.

La guerre a laissé des traces : visibles pour Steven, enfouies pour Mike.

Mais l’enfer dont se targue le titre français, c’est l’emprisonnement des GI dans une geôle singulière au bord de rivière : les pieds et une partie du corps dans l’eau, ils servent de distraction à leurs geôliers en « jouant » à la roulette russe.


Quand le film sort, c’est seulement cinq ans après les accords de paix de janvier 1973. Le conflit est encore très présent pour le monde et cette présentation n’est pas du goût de tous : on y présente les Vietnamiens sous un angle peu flatteur, sans évoquer l’action de l’armée américaine dans ce conflit. Mais tous ces détracteurs oubliaient avant tout une chose – comme le dit si bien mon ami le professeur Allen John – c’est du cinéma. Et peu importe que la vision soit déformée, il reste un film qui vaut ce qu’il est : la peinture d’une communauté qui a payé son tribut à une guerre qui, finalement, ne la concernait pas. Et si Mike revient (presque) entier, c’est Steven qui porte tout le poids de la tragédie de cette guerre, qui n’a pas encore été considéré comme un traumatisme profond dont devront se remettre les vétérans et la société.

Mais la brèche est ouverte.

 

Un an avant la présentation d’Apocalypse Now à Cannes, Michael Cimino proposait déjà un film sur le Viêt-Nam. Curieusement, c’est le film de Coppola qui a fait plus de battage. Pourtant, le film de Cimino est au moins aussi impressionnant, sinon plus. Pour la première fois, on parle de ceux qui reviennent, à peu près entiers (tout du moins physiquement). D’un côté Mike, entier mais traumatisé, de l’autre Steven traumatisé et infirme. Tragique.

Et Nick qui est resté. Nick qui combat ses démons jusqu’au bout, devenant joueur de roulette professionnel.

 

Mais c’est une bande de copains. Et Mike, qui est revenu n’oublie pas sa promesse – illusoire - et retourne chercher Nick.

Et cette nouvelle traque – Nick est difficile à retrouver dans une ville qui est évacuée (Saigon va tomber) – rappelle celle du cerf. Mike va retrouver Nick. Mais là encore, après l’avoir retrouvé et presque récupéré, il rentrera bredouille.

Cela donnera lieu à une des séquences les plus émouvantes du cinéma de Cimino : God bless America, chantée par des fils d’immigrés russes.

Parce que la tradition est très prégnante dans ce milieu. C’est aussi une communauté orthodoxe que nous décrit l’intrigue, avec ses coutumes séculaires, mais tout de même fortement ancrée dans cette Amérique en guerre. Et le mariage de Steven, c’est aussi l’occasion de célébrer les enfants de cette communauté qui servent leur pays avec fierté.

Et de ce point de vue, ce chant final est tout sauf anodin.

 

Et puis c’est aussi l’occasion d’apprécier John Cazale dans son dernier rôle (il est mort avant la fin du tournage) : toutes ses scènes ont été tournées en priorité et on peut se dire que Meryl Streep (Linda), qui était sa compagne, n’avait pas besoin d’aller chercher bien loin un motif de tristesse.

Et ce chant final, en mémoire de Nick, peut facilement devenir un hommage à Cazale, qui fut placé en second, juste derrière de Niro, au générique final.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Documentaire, #Xavier Liébard
Les Voix du large (Xavier Liébard, 2017)

L’Ile d’Yeu au fil du temps.


Pour moi, l’Ile d’Yeu a toujours signifié deux choses : la tombe de Pétain et savoir s’il fera beau. Comme nous allions en vacances à Saint-Jean de Monts, apercevoir l’île était synonyme de mauvais temps.

Alors quand Xavier Liébard a proposé ce film documentaire, j’étais fortement intéressé. Et je n’ai pas été déçu. Enfin si, un (tout) petit peu, mais j’y reviendrai.

 

Pendant cinquante-deux minutes (pas une de plus, budget et format obligent) nous suivons un morceau de la vie associative de l’île : la radio Neptune FM, associative et qui émet depuis bientôt 35 ans.

Cette radio, qu’elle l’ait voulu ou non est le véritable lien social des Ilais (et îliens !) : en plus de donner des informations concernant exclusivement l’île, elle s’invite chez chacun et accompagne chaque vie.

 

Parce que comme le dit Xavier – je l’appelle Xavier parce que je le connais personnellement – quand on vit sur une île, on est amené à croiser plusieurs fois les mêmes gens, comme sur un bateau. Alors si un lien ne se crée pas, ça va être difficile de vivre ensemble.

Mais ceux qui ont monté cette radio prennent de l’âge. Et l’avenir de cette radio ne peut passer que part le renouvellement. Alors on assiste à ce renouvellement. Ce sont des nouveaux animateurs – surtout des hommes, c’est comme ça, mais rassurez-vous, il y a des femmes ! – dont l’un d’eux va devenir salarié !

 

Les Voix du large, c’est avant tout « un film de bonheur » (dixit Xavier Liébard lui-même) : on y suit avec plaisir un groupe d’individus qui ont la même passion, qui ont le même objectif : partager. Partager leur temps, partager leur musique. Faire quelque chose pour les autres.

C’était déjà ce thème qui était abordé dans un précédent films, les joyeux Compagnons : une troupe de théâtre de personnes âgées jouant dans les maisons de retraites, apportant un peu plaisir à ces résidents parfois totalement coupés de la société.

On suit alors les animateurs historiques dans ce qu’ils ont toujours fait, mais aussi les « petits nouveaux » qui apportent autre chose : ce que les anciens ne connaissent pas. On s’amuse des publicités de Gérard, mais on sourit aussi en voyant José avec ses dreadlocks et ses chansons totalement à l’opposé de ce que peuvent proposer les autres.

Il est clair que les anciens ne sont pas très sensibles à sa musique (plutôt death metal que valse musette) mais qu’importe : vivre ensemble, c’est aussi accepter les autres et aller vers eux pour les découvrir. Et c’est ce point qui est accentué par le réalisateur.

 

Ici, c’est l’île entière qui est coupée de la société. La mer – l’un des éléments les plus présents du film – entoure ce microcosme. Chaque petite élément, chaque histoire est ponctué par un retour à l’essentiel : la mer. Quoi que l’on fasse, on y retourne toujours.

Ces incursions maritimes sont un passage obligé dans la vie de l’île. On ne peut pas l’imaginer autrement. Ce sont alors de magnifiques images de la grève,k de la houle, de l’écume (etc.) : l’Ile d’Yeu est avant tout une destination touristique.

 

Mais, parce qu’il y a toujours un mais, c’est trop court. On aurait aimé voir développé certains aspects.
La scène où  Jean-Yves chante, accompagné par un jeune guitariste est pleine d’émotion… Mais trop courte. Dommage.

C’est comme le siège des associations : l’ancienne prison de Pétain (on y arrive tout même…). C’est un lieu formidable pour les associations de l’île : chacun a la place de se réunir, de répéter dans une ancienne cellule… Mais c’est une prison.

Un seul plan réussit à capturer cette impression carcérale : c’est une porte, ouverte sur une ancienne cellule. Ca dure moins d’une seconde, et pourtant l’atmosphère est là. Impressionnant.

 

Xavier nous a dit qu’il est actuellement en repérage autour d’un nouveau groupe…

Alors j’attends.

Mais je me sens devenir impatient !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Sergio Leone, #Clint Eastwood, #L'Homme sans nom
Pour une Poignée de dollars (Per un Pugno di dollari - Sergio Leone, 1964)

Mexique, 187…

Joe (Clint Eastwood) arrive à San Miguel.

C’est une bourgade près de la frontière, où deux familles se livrent à une lutte sans merci pour son contrôle : les Rojo, des Mexicains trafiquants d’alcool ; les Baxter, des Américains trafiquants d’armes.

Et rapidement, au milieu, Joe.

 

Deux ans plus tôt, John Ford, avec L’Homme qui tua Liberty Valance, sonnait le glas du Western : la civilisation l’avait emporté sur les tireurs aux pistolets.

Alors quand Sergio Leone propose ce film – qui ne sera vu aux Etats-Unis que trois ans plus tard pour une histoire de droits – c’est une petite révolution. Un nouveau genre de western vient de voir le jour. Et comme Leone est italien, on le qualifie de « spaghetti » (tu parles d’un nom !).

 

Alors que l’intrigue se situe en Amérique du Nord, mis à part Clint Eastwood, personne n’est américain. Les acteurs viennent d’Europe (Italie bien sûr, mais aussi Espagne, Allemagne et Autriche, d’où des Mexicains aux yeux bleus…) et ne sont pas très célèbres (tout comme Eastwood d’ailleurs), ce qui permet de ne pas exploser un budget déjà serré (environ 200.000$). Et en plus, les lieux de tournage aussi étaient européens (Désert de Tabernas, Province d’Almeria, Espagne).

 

Avec ce film – qui sera suivi de deux autres par Leone, et d’une palanquée par des réalisateurs plus ou moins doués – c’est aussi les codes du genre qui sont renouvelés. Le manichéisme disparaît au profit de personnages qui, s’ils ne sont pas tous mauvais, ne sont pas complètement irréprochables non plus.

Qui est Joe – celui qu’on appellera « l’homme sans nom » – sinon un tueur à gages qui s’offre au plus offrant ? Et une fois le massacre des Baxter accompli, il n’a ni remords ni regret. C’est d’une certaine façon une sorte d’accident de parcours.

La seule fois où Joe a des sentiments, c’est pour la famille de Marisol (Marianne Koch), femme retenue par Ramon (Gian Maria Volontè), le plus terrible des Rojo.

Joe, c’est aussi le vrai personnage qui lancera Clint Eastwood, jusqu’alors célèbre pour la série Rawhide à la musique inoubliable. Mais cette expérience avec Leone lui servira aussi quand il passera derrière la caméra et réalisera l’Homme des hautes plaines ou Pale Rider.

 

Quant aux autres « affreux », ce sont des gens communs, avec des visages communs. Certains marqués par le temps – Silvanito (José Calvo), Piripero (Joseph Egger) – d’autres marqués par la petite vérole – Miguel Rojo (Antonio Prieto) – ou encore par les cicatrices.  Bref, mis à part Eastwood et Volontè, aucun ne brille par sa beauté.

De plus, il n’y a aucune flamboyance ni munificence dans la mort. Si un duel – court au vu des suivants – ou une fusillade a bien lieu, cela se termine minablement, les tués n’étant pas dans une position très académique : c’est le cas de Ramon et surtout du fils Baxter.

 

Tout est prêt pour une série de quatre westerns : la trilogie de l’homme sans nom et Il était une Fois dans l’Ouest. A chaque fois, on retrouvera le même genre de personnages : des hommes ordinaires au physique du même nom et un étranger qui arrive on sait d’où, règle ses affaires et repart. Non sans avoir tué un nombre conséquent de personnes.

Le tout accompagné par la musique formidable du grand Ennio Morricone.

 

Le western romantique est mort. Voici venu le temps des westerns réalistes.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Comédie, #Steven Spielberg, #Samuel Fuller
1941 (Steven Spielberg, 1979)

Los Angeles, 13 décembre 1941.

Voilà presque une semaine que les japonais ont bombardé Pearl Harbour.

Aux Etats-Unis, c’est l’angoisse. On craint une attaque, voire un débarquement nippons sous peu.

C’est l’état d’alerte.

Et c’est vrai, un sous-marin patrouille au large de Los Angeles. A son bord, le commandant Mitamura (Toshiro Mifune), secondé par le commandant nazi Von Kleinschmidt (Christopher Lee).

Leur objectif : détruire Hollywood !

 

Ca, c’est l’intrigue historique, basée sur une véritable psychose qui a suivi l’attaque du 7 décembre. Mais pour le reste, ce sont d’innombrables intrigues formant un grand tout qu’il faut bien appeler par son nom : du grand n’importe quoi !

Mais pas n’importe quel « n’importe quoi » : du Spielberg !

 

Il s’agit tout d’abord d’un film de guerre. D’une drôle de guerre, mais surtout d’une guerre très drôle.

Il y a une parenté avec un autre film de guerre très célèbre : Le Jour le plus long.

En effet, un premier générique nous explique (très sérieusement) la situation militaire au lendemain de Pearl Harbour, ainsi que l’état d’esprit qui régnait à cette période troublée.

Puis c’est l’exposition des différentes positions (américaines et japonaise) avec présentation des principaux protagonistes.

Dernier élément de parenté : la distribution. C’est une collection de personnalités (essentiellement des hommes) de plus ou moins premier plan, dont certains étaient déjà avec Spielberg pour Jaws. On trouve même des metteurs en scène : Sam Fuller et John Landis.

 

Mais la parenté s’arrête là. Ensuite, c’est une comédie débridée (normal, il y a des Japonais ?) où tout est prétexte à des gags – de goût parfois douteux (John Candy et Frank McRae dans un duo plutôt raciste) – dont le succès est aussi dû aux moyens mis en œuvre : c’est du grand spectacle : un sous-marin, un char d’assaut, des batteries de DCA, une foule innombrable de soldats… On ne sait plus où donner de la tête !

 

Cette foule innombrable de soldats va nous donner l’occasion d’assister à l’une des plus belles bagarres du cinéma (encore une !) : les soldats, par esprit de corps (d’armée), vont se battre dans un magnifique ballet digne de Orange mécanique. Et en plus, la musique utilisée pour accompagner n’est pas anodine : c’est celle de l’Homme tranquille (autre film à bagarre phénoménale).

Et puisqu’on en est aux emprunts, la séquence d’introduction où une jeune femme – nue – va se baigner est tout droit sortie de Jaws : le bain furtif de la première victime et la musique soulignent cet élément. Et en plus, c’est la même actrice (Susan Backlinie) qui va se baigner.

 

Bref, on s’amuse du début à la fin, dans un humour qui annonce parfois celui du trio ZAZ (Zucker-Abrahams-Zucker) qui prépare alors Airplane! (Y a-t-il un Pilote dans l’avion ?) mais en s’arrêtant à temps.

Ne négligeons pas non plus la part d’un des scénaristes : Robert Zemeckis. En effet, on retrouve le rythme et la folie de deux de ses futurs films (pour 1979) : Retour vers le Futur et Who framed Roger Rabbit?.

 

Et dire que John Wayne a essayé de décourager Spielberg de le faire !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Ted Wilde, #Harold Lloyd
En Vitesse (Speedy - Ted Wilde, 1928)

Un tramway et son cheval.

Un gang d’individus patibulaires.

Un autre gang de vieux commerçants.

Babe Ruth (star puis légende du baseball et des Yankees de New York).

Une bagarre homérique.

Une course trépidante à côté de laquelle celle de Ben Hur est une promenade de santé (enfin presque !).

Un jeune homme à lunettes.

 

Speedy, ça veut dire rapide.

Mais ici, Speedy*, c’est avant tout un jeune homme (Harold Lloyd). Un jeune homme plein de ressource, et comme son surnom l’indique, très rapide. Et ce qui est le plus rapide chez lui, c’est le temps qui passe entre deux boulots : il est sans cesse obligé d’en changer !

Au grand dam de sa fiancée, Jane Dillon (Ann Christy).

Jane a aussi un grand père, Pop Dillon (Bert Woodruf), qui conduit le dernier tramway à cheval de New York, au grand déplaisir des grandes compagnies, prêtes à tout pour se débarrasser de ce vestige de l’ancien temps.

Mais Speedy veille.

 

Le cinéma muet vit ses derniers instants. C’est d’ailleurs le dernier muet de Lloyd. Le burlesque meurt à petit feu lui aussi. Et pourtant, quelle fin de règne ! Bien sûr, on a les inévitables coups de pied au derrière, mais que de chemin parcouru par le cinéma burlesque américain. Et Harold Lloyd a rempli sa part.

Encore une fois, on retrouve son personnage de grand gamin à lunettes, un peu niais mais au grand cœur, et courageux. On retrouve encore un petit (Pop Dillon) menacé par un grand, mais secouru sans hésitation par notre héros.


Par notre héros et une bande de petits vieux, habitués du tramway de Dillon, qu’ils utilisent comme lieu de réunion la nuit venue. Et ces gentlemen furent essentiels au succès de ce film. Car si on se souvient de la scène du milk bar où Lloyd donne les scores du baseball en utilisant les gâteaux, on devrait plus se souvenir de la bagarre qui éclate entre ces vétérans (dont certains de la Guerre de Sécession, côté nordiste, bien sûr) et un gang de voyous prêts à tout pour faire cesser le tramway.

C’est, à mon avis, l’une des plus grandes bagarres du cinéma, avec celle de L’Homme tranquille (John Ford, 1952), la Taverne de l’Irlandais (idem, 1963), 1941 (Steven Spielberg, 1979) et l’inoubliable bataille de tartes à la crème dans Battle of the Century (Clyde Bruckman, 1927).

C’est un festival de coups de pieds, poings, battes et jambe de bois ! Du grand art. Rarement bagarre n’aura été aussi jouissive. On jubile du début à la fin devant les folles trouvailles du scénario pendant cette séquence.

 

Une autre curiosité du film est l’utilisation de l’incrustation (ex : fond bleu) pendant la course du tramway. Alors que la majeure partie du film fut tournée réellement à New York, certains inserts nous montrent des plans rapprochés de Lloyd conduisant le tramway alors que le décor défile derrière lui. Mais en alternant avec des plans d’ensemble de cette même course voire un tantinet plus écartés – on n’y distingue pas exactement Lloyd – cet effet (qu’on trouve déjà dans Le Vol du grand rapide (1903), n’est pas encore très fréquent au cinéma en 1928 – passe magnifiquement (rappelez-vous Cary Grant, ivre dans la voiture, dans La Mort aux trousses).

 

Comme pour Buster Keaton et Le Figurant (1929), nous assistons aux adieux de Lloyd au cinéma muet. Mais si le film de Keaton exprimait une certaine mélancolie, il n’en est rien ici. C’est un festival de rythme et de comédie.

 

A redécouvrir sans plus attendre !

 

 

* C’est aussi comme ceci que James Darsie Lloyd (le père de qui vous savez) appelait son rejeton…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Buster Keaton
Le dernier Round (Battling Butler - Buster Keaton, 1926)

« Butler », en anglais, ça veut dire « majordome ». Mais ici, c’est aussi le nom d’un jeune homme plutôt empoté : Alfred (Buster Keaton).

Alfred Butler, c’est aussi le nom d’un champion du ring (Francis McDonald).
Et puis il y a aussi un vrai majordome : Martin (Snitz Edwards).

Et, une fois n’est pas coutume, c’est de ce majordome que vient le point de déséquilibre qui fait toute l’histoire.

En effet, Alfred a rencontré une jeune fille (Sally O’Neil) qui lui plaît beaucoup et qu’il désire épouser. Comme à son habitude, il demande à son majordome de régler la situation comme il le fait à chaque fois (« arrangez-moi ça », dit l’intertitre à chaque occasion). Mais les père (Walter James) et frère (Budd Fine) de la jeune fille ne veulent pas d’une demi-portion dans leur famille.

D’où l’intervention du majordome : Alfred est le célèbre « Battling » Butler (le titre original), terreur des rings.

Voilà comment Alfred en arrive à se retrouver dans un centre d’entraînement, lui qui ne sait rien faire par lui-même.

 

Sorti quelques mois avant le Mécano de la Général, il s’agit d’une adaptation de pièce. Mais connaissant Buster Keaton, on ne peut que se dire que cette adaptation va au-delà du thème originel. On retrouve un Buster Keaton dans un rôle déjà éprouvé : le jeune homme empoté, bon à rien, et qui doit se sublimer pour arriver à ses fins. Ce jeune homme va alors laisser un peu plus de place à ce majordome cause de tous les maux dans un  autre registre comique. Et c’est un plaisir de voir un peu plus Snitz Edwards – qui jouait déjà avec Keaton dans Fiancées en folie – acteur (malheureusement sous-employé) cantonné aux seconds rôles très courts, voire à de la figuration.

 

Le problème avec les films de boxe, c’est la vraisemblance. La plupart du temps, les coups sont si bien préparés que la séquence devient artificielle. Mais nous sommes dans un film comique, alors la vraisemblance, vous savez… Et c’est là qu’est la force du film : on assiste à une préparation de champion adaptée à un gringalet qui ne comprend même pas l’enjeu du sport qu’il pratique (il faut le voir mouliner des bras dans tous les sens pour s’en rendre compte). C’est un régal de le voir s’entraîner, suer sang et eau pour un tel résultat : lamentable d’un point de vue sportif, mais fantastique du point de vue du spectateur.

Le ring de vient un lieu de paradoxe : Butler s’entraîne avec des partenaires qui sont là pour prendre des coups à sa place, or c’est lui qui devient la cible de chaque sparring-partner. Et en plus, nous avons droit  à une belle utilisation des cardes.


Nous sommes dix ans après Charlot Boxeur de Chaplin, mais Keaton renouvelle le genre en nous gratifiant d’une magnifique séquence de boxe, qui stimulera peut-être Chaplin pour Les Lumières de la ville : il faudra encore trouver une autre façon de faire rire sur un ring.

Et puis on retrouve le détail indispensable à chaque film comique sur la boxe : le fer à cheval… On pense encore à Chaplin et son boxeur de 1915.
Mais c’est Keaton, alors… Bref, allez voir !

 

Enfin, nous arrivons à ce dernier round dont parle le titre français. C’était presque incontournable. C’est aussi là qu’a lieu la résolution finale, sous les yeux admiratifs de la jeune femme. Alors pour une fois, je ne dénigrerai pas trop cette traduction plus qu’approximative.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Sam Wood, #Gloria Swanson, #Rudolph Valentino
Le Droit d'aimer (Beyond the Rocks - Sam Wood, 1922)

Elle est jeune, elle est belle, elle est brune, elle a de magnifiques yeux bleus.

Elle, c’est Theodora Fitzgerald (Gloria Swanson).

Il est jeune, il est beau, il est brun, il a le regard sombre des latin lovers.

Il, c’est le Lord Hector Bracondale (Rudolph Valentino).

 

A leur première rencontre, il la sauve de la noyade.

A leur deuxième rencontre, il la sauve d’une chute en montagne.

Alors ils tombent amoureux l’un de l’autre.

Mais entre-temps, elle s’est mariée à Josiah Brown (Robert Bolder), un riche homme d’affaire.

Riche, mais beaucoup plus âgé qu’elle.

Et le devoir commande.

 

Longtemps considéré comme perdu, une copie teintée de ce film fut retrouvée aux Pays-Bas. Restaurée autant que faire se peut – des passages ont été irrémédiablement abîmés par le temps, la faute à la pellicule de nitrate –  on a ajouté une musique originale (2005), et, hélas, on n’a pas pu s’empêcher de sonoriser une partie !

Qu’un film tourné en 1928 soit sonorisé s’explique facilement : le sonore étant en plein essor, nombre de studios ont voulu mettre leurs production un petit peu au goût du jour. Mais en 1922, il n’était pas question d’une quelconque sonorisation.

Passons.

 

Le grand intérêt de ce film, c’est la réunion des deux plus grands stars des années 1920 : Gloria Swanson et Rudolph Valentino. Ces deux personnes étaient de véritables légendes vivantes, et je vous engage à visionner la sixième partie de Hollywood, the Pioneers (Kevin Brownlow, 1980) afin de vous rendre compte de qui étaient ces deux personnes.
Alors on savoure cette rencontre au sommet, en regrettant tout de même que ce ne soit pas un grand réalisateur qui les ait dirigés. Sam Wood n’est pas un mauvais metteur en scène, mais il manque cruellement d’envergure. Cecil B. DeMille aurait donné plus de faste à cette histoire d’amour et d’honneur qui se passe dans les milieux aisés voire aristocratiques. Dommage.

Et cette rencontre est tout de même décevante. On attendait plus que ce rôle d’homme d’honneur de celui qui fut Julio Desnoyer (Les quatre Cavaliers de l’Apocalypse) ou le Cheik dans le film éponyme.

 

Parce que finalement, celui qui tire son épingle du jeu, c’est le mari plus ou moins trompé : Robert Bolder. C’est un homme d’un certain âge (voire d’un âge certain), aux yeux bleus, rattrapé par les problèmes de santé de son âge, et ainsi incapable d’apporter à sa femme la vie qu’elle aurait pu rêver d’avoir.

Alors son attitude est d’une grande noblesse quand il décide de s’effacer devant la jeunesse et des sentiments d’amour vrai.

Son sacrifice ultime nous permet de retrouver les sables du désert que Valentino avait arpenté l’année passée, ainsi qu’une horde de méchants Arabes (comme Hollywood savait les faire) bataillant, là encore, à l’aide de fusils aux canons incroyablement longs. Une autre époque.

Autre écho aux films de la même époque : la scène de montagne nous renvoie, dans une certaine mesure à Blind Husbands (1919) du grand Erich von Stroheim.

 

Une curiosité, à voir pour le duo de stars…. Ou pas !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Roy W. Neill
Les Vikings (The Viking - Roy W. Neill, 1928)

Les cheveux longs, la moustache tombante voire la barbe, habillés de fourrures, voici les Vikings et leur terrible chef Leif Ericsson (Donald Crisp). Ce sont de farouches marins et guerriers, pillant les côtes européennes.

Leif est le fils du célèbre Eric le Rouge (Anders Randolf), et comme son père, il veut découvrir de nouvelles terres.

Il fait alors voile vers l’ouest, accompagnée de la belle Helga (Pauline Starke), une « orpheline de noble lignée » et Alwin (LeRoy Mason), un esclave devenu son bras droit.

Mais avec eux, il emmène aussi Egil le Noir (Harry Woods), amoureux lui aussi de la belle Helga, et surtout ennemi à mort d’Alwin : le ver est dans le fruit.

 

Une mer bleue sur laquelle se déplace un drakkar à la voile rouge et blanche, telle est la première vision de ces Vikings. Oui, le film est en couleur : en Technicolor trichrome pour être plus précis. On monte d’un cran en couleur par rapport au Pirate noir deux ans plus tôt. Mais, arrivée du parlant oblige, on ajouta au film une partition musicale enregistrée ainsi que la sonorisation de quelques scènes (surtout de foule : combat, réjouissances…).

 

Pourquoi est-on passé du titre original au singulier à un titre français au pluriel ?

  • Pour faire vendre : parler des Vikings excite l’imagination populaire. On pense tout de suite à des hordes de barbares se livrant à des exactions spectaculaires (le sang a toujours fait vendre…) ;
  • Ou alors, le déterminant « the » en anglais, n’étant pas marqué (ni masculin ni féminin), il était difficile de savoir si le titre se référait à Leif, ou à Helga, dont le rôle dans le film (surtout la première partie) est loin d’être négligeable (ex : la bande musicale reprenant la Chevauchée de Walkyries quand elle monte).

 

Mais puisque c’est un film de Vikings, on ne lésine pas sur les effets sanglants : la hache d’Eric ou l’épée de Leif ne ressortent pas immaculées des corps qu’elles viennent de meurtrir, comme celles sera le cas dans les décennies suivantes. Mais là encore, les scènes de combat ne sont pas très longues. La seule digne d’intérêt est celle opposant le fils à son père, dont la conclusion ne manque pas de panache.

 

Ce film est aussi une occasion de donner la vedette à un second rôle éternel d’Hollywood : Donald Crisp. Et en plus, il n’est ni un vieil homme, ni soutien de famille. C’est un Viking dans la force de l’âge, amoureux lui aussi de la belle Helga. Mais si son père est violent et cruel, il en va tout autrement de lui. Il n’arrive pas à tuer celui qui lui vole Helga à sa barbe (enfin, plutôt à sa moustache !), ayant embrassé la foi chrétienne contre la foi des dieux de ses pères.

 

Mais surtout, ce film est un film très américain :

  • Le thème : cette terre nouvelle à découvrir est l’Amérique, bien sûr.
  • Quand Leif y arrive, ce n’est plus une horde de Vikings qui y posent le pied, mais plutôt Colomb et sa suite.
  • De même, quand ils négocient avec les Indiens, c’est à Joseph Smith et aux Pères pèlerins qu’on pense ;
  • Enfin, cette poignée d’hommes qui va rester sur ce continent représente, bien entendu, tous ces Américains fuyant les persécutions religieuses et venus chercher la Liberté.

 

Un mot enfin sur l’affiche : on peut voire une horde de Vikings avec une femme blonde (Helga) aux seins nus – seins dissimulés sous sa chevelure ou par un poing opportun, le tout sur fond jaune.

Bien entendu, rien de tout ceci dans le film : Pauline Starke reste toujours vêtue.

Comme quoi, la nudité pour faire vendre est un procédé bien ancien…

 

 

* Et toujours ces seconds rôles qu’on retrouve au hasard du film. On trouvera, entre autres : Angelo Rossitto, Claire McDowell et surtout Dick Sutherland et son faciès de brute !

Les Vikings (The Viking - Roy W. Neill, 1928)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #George Melford, #Rudolph Valentino
Le Cheik (The Sheik - George Melford, 1921)

Quelle idée ! Non mais, quelle idée de vouloir voyager dans le désert, sans autre escorte que les gens du crû !

C’est l’idée qu’a eue Diana Mayo (Agnes Ayres), une jeune Anglaise indépendante et farouche.

Surtout que le désert, c’est avant tout le fief du terrible cheik Ahmed ben Hassan (Rudolph Valentino) : un riche prince redoutable à la tête d’une armée de fiers guerriers.

Alors évidemment, le prince Ahmed l’enlève pendant sa sortie.

Depuis qu’il l’a rencontrée, le prince est subjugué et n’a qu’une envie : en faire sa femme.

Mais ça n’est pas si facile que ça. Il faudrait avant tout que la jeune femme soit d’accord.

 

Depuis mars et les quatre Cavaliers de l’Apocalypse (avec la scène du tango), Rudolph Valentino est passé au statut de sex-symbol, voire de mythe. Alors quand le Cheik sort, c’est à nouveau le délire chez les spectatrices.

 

Il faut dire qu’il entretient son personnage : le cheik est racé, bien éduqué, son intérieur est un savant mélange d’éléments orientaux et de disposition occidentale (n’oublions pas qu’il a fait ses études à Paris). Mais malgré cela, il conserve quelques tendances barbares (et surtout un regard lubrique) inévitables dans un film des années 1920.

En effet, les Arabes présentés ici sont un tantinet caricaturaux, mais passons. Valentino, pour sa part, nous propose un cheik intéressant : en effet, son personnage de brute lubrique (après l’enlèvement) se civilise au contact de la jeune femme. C’est quand il la voit pleurer et prier qu’il prend conscience du mal qu’il a pu faire. Et il se met à changer. Si le premier baiser, arraché de force reflète sa bestialité, le second devient plus humain. Il est pris, certes, mais une forme de tendresse commence à s’installer.


Mais c’est l’intervention de son ami Raoul de Saint-Hubert (Adolphe Menjou) qui amène une possibilité de résolution heureuse (et puis avoir Adolphe Menjou dans un rôle sympathique, c’est toujours bon à prendre…).
Diane se laisse doucement prendre au charme de ce bel Arabe, et l’amour s’installe. Seulement voilà : il n’était pas question qu’une femme blanche embrasse un homme de couleur (les Etats-Unis, pays de la Liberté, mais pas de l’Egalité…). Alors on s’en tire par une pirouette et tout est bien qui finit bien.

 

Enfin presque, parce qu’il y a un méchant : Omair (Walter Long). Omair est l’antithèse d’Ahmed : barbu quand ce dernier est glabre, sournois quand l’autre est franc, et surtout, c’est un bandit. Walter Long nous propose un méchant un peu différent de ce qu'on aurait pu attendre : pas de cruauté ni de perversion. En effet, il prend soin de lui, et on n’a pas le temps de voir en quoi il était vraiment mauvais, dès qu’il entreprend de violer Diane (qu’il a enlevée), Ahmed et son armée interviennent.

 

D’ailleurs, cette intervention – la prise d’une forteresse et la libération de la femme – est menée tambour battant. En peu de temps, les méchants sont tués et tout le monde rentre à la maison.

Il est dommage que cette dernière partie de l’intrigue n’ait pas été un peu plus développée : donner un peu plus d’épaisseur à Omair aurait donné un peu plus de crédibilité à son personnage.

En effet : qu’a fait Omair pour mériter un tel châtiment, sinon la même chose qu’Ahmed au début du film ?

 

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