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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Colin trevorrow
Jurassic World (Colin Trevorrow, 2015)

Les dinosaures sont de retour !

Un peu plus de 20 ans ont passé depuis la presque inauguration du premier Jurassic Park. John Hammond et décédé – Richard Attenborough aussi – et le nouveau grand patron s’appelle Simon Masrani (Irrfan Khan).

La question ne se pose plus de savoir s’il faut ouvrir le parc : voilà près de vingt ans qu’il est ouvert, exactement là où a eu lieu la première expérience.

Isla Nublar (en fait, c’est l’île de Kahuai) accueille donc toute une galerie de dinosaures, avec quelques nouveaux venus comme des ankylosaures ou encore un mosasaure gigantesque.

Mais en toute sécurité, ce qui et la moindre des choses.

Mais les fréquentations baissent. Il ne reste qu’une seule solution : créer un dinosaure encore plus spectaculaire que le tyrannosaure.

Vous avez dit clonage ? Bien sûr.

Mais ne jamais oublier le théorème de « Mary Shelley » : quand on crée une créature potentiellement dangereuse, elle va s’échapper et semer la mort autour d’elle.

Et le Dr. Wu (B.D. Wong) – le seul qui a survécu aux autres épisodes – n’est pas plus adroit que le Dr. Frankenstein : l’Indominus Rex, tout comme « le Monstre » (Boris Karloff ou Peter Boyle, par exemple) s’échappent. Bien entendu la taille et la voracité du dinosaure font des dégâts autrement plus importants.

Et pour corser le tout : un couple en instance de divorce envoie ses deux fils dans ce parc que dirige Claire Dearing (Bryce Dallas Howard), la tante des enfants.

Mais heureusement, le beau et musclé Owen Grady (Chris Pratt) veille.

 

L’intrigue est un tantinet compliquée – surtout parce qu’on y trouve des sous-intrigues – mais le spectacle est là. Comme dans Jurassic Park, on ne voit pas les dinos tout de suite, il faut passer le premier quart d’heure pour entrapercevoir le nouveau-venu du parc : l’Indominus Rex (1). Rassurez-vous, on a maintes fois l’occasion de l’admirer en totalité et c’est un monstre assez impressionnant lui aussi, un peu plus grand que le T. Rex, mais en plus intelligent. En outre ses pattes à trois griffes nous indiquent qu’il semble être un croisement entre un tyrannosaure (la taille) et un vélociraptor (les griffes).

 

En plus de la référence ci-dessus, on a droit à un autre prolongement qui n’est pas sans rappeler Alien. En effet, parmi les dirigeants du parc se trouve Vic Hoskins (Vincent « Whale » D’Onofrio) un ponte d’InGen (toujours là). Et ce monsieur n’est pas là pour admirer les animaux, il est là pour une éventuelle utilisation militaire des raptors : Owen, quand on le rencontre pour la première fois, essaie de dresser ces charmants animaux…

Et encore une fois, tous ces gens tellement bien intentionnés sont châtiés irrémédiablement. Quand est-ce qu’on va comprendre qu’il ne faut pas jouer avec la nature ? (2)

 

Même si on reconnaît la présence de Spielberg dans le film, il lui manque un petit quelque chose pour en faire un grand film. En effet, peut-être eût-il fallu donner un peu plus d’épaisseur aux personnages qui sont un tantinet falots. Même Owen Grady, lointain couin d’Indiana Jones, manque de relief dans une histoire somme toute bien prévisible. Quant à Omar Sy, son rôle est plutôt décoratif et les rares répliques en français qu’il prononce ne sont pas dans un langage très châtié.

En fin de compte, manque au film de Colin Trevorrow la fraîcheur de Jurassic Park et la tension de The lost World, les deux Spielberg.

Il est certes difficile de passer après le maître, mais tout de même, j’en attendais mieux.

Quoi qu’il en soit, Colin Trevorrow semble remplir le cahier des charges : dinosaures ravageurs, enfants, adultes pas complètements adultes et menaces diverses et l’indispensable Tyrannosaure, véritable roi (rex, en latin) des dinos !

Par contre, la fin est un petit peu trop facile. Sans aller jusqu’à dire invraisemblable – cette saga peut-elle l’être ? – l’issue du combat des géants me semble un tantinet bâclée : l’utilisation d’un Deus ex Machina comme au bon vieux temps du théâtre antique n’était peut-être pas la bonne solution…

 

Mais comme je n’ai pas d’autre alternative à proposer, j’en resterai là. (3)

 

 

  1. « Dominus » signifiant « Seigneur » ou « Maître », le préfixe in- marquant la privation, on peut supposer que ce dinosaure a des tendances anarchisantes puisqu’il qu’il ne connaît « ni Dieu, ni maître »… Mais trêve de plaisanteries.
  2. Malheureusement, il semble que la réalité ait dépassé la fiction…
  3. Colin Trevorrow & C°, pour leur part n’en sont pas restés là : une suite est sortie en 2017. Avant de la visionner, il serait peut-être temps que je vois le troisième opus de la franchise (2012), non ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Steven Spielberg, #Science-Fiction, #Richard Attenborough
Le Monde perdu : Jurassic Park (The lost World: Jurassic Park - Steven Spielberg, 1997)

Quatre ans ont passé.

John Hammond (Richard Attenborough) suite à l’expérience précédente a été remplacé par son neveu Peter Ludlow (Arliss Howard), mais c’est bien la seule chose qui a changé : les dinosaures sont toujours là, et plus redoutables que jamais.

 

Le premier Monde perdu (d’après Arthur Conan Doyle) c’est celui d’Harry O. Hoyt, réalisé en 1925 avec la belle Bessie Love et l’imposant Wallace Beery.

Pas étonnant que Spielberg lui ait emprunté ce titre : il y avait déjà des dinosaures dans ce « monde perdu ».

Mais si ceux de 1925 fleurait bon le carton-pâte, ceux de 1997 sont tout ce qu’il y a de réel. Pour les personnages du film.

A nouveau, Spielberg nous propose son bestiaire tout droit sorti du Crétacé avec en prime de nouvelles espèces : stégosaures (avec la queue à pointes) et diplodocus, sans oublier quelques ptéranodons (1) qui apparaissent tardivement.

 

Mais si le premier film avait un côté bon enfant, celui-ci est beaucoup plus grave et certainement plus violent. Il faut dire aussi que les effets numériques étaient en pleine expansion, et encore une fois, Spielberg les utilise avec pertinence : au service de l’intrigue et non le contraire.

Si le film fait référence au film de Hoyt (2), le film ne s’arrête pas à celui-ci. L’autre grande référence est bien entendu le King Kong de Cooper & Schoedsack (3), et pas seulement à cause d’un immense portail. On retrouve avec la double expédition Harding-Ludlow, celle de Carl Denham dans le film de 1933 : d’un côté l’aspect documentaire avec Sarah Harding (Julianne Moore) et ses collaborateurs ; de l’autre les mercantiles avec Ludlow et sa clique, venus se servir dans un vivier afin de créer un nouveau parc d’attractions, bien entendu mieux conçu que celui du vieux Hammond.

Et puis il y a Roland Tembo (Pete Postlethwaite qui est aussi dans Amistad cette même année). Tembo est le pendant de Robert Muldoon (Bob Peck) dans Jurassic Park : mais si Muldoon était un chasseur chargé de veiller au bon déroulement du parc, Tembo, lui, est un véritable chasseur venu traquer l’ultime gibier qui manquait à son tableau (de chasse…) : un T. Rex.

 

Parce que bien sûr, les T. Rex sont là : ils sont deux et ils pont un petit : un t. Rex, quoi. Et comme Ludlow – et aussi Tembo – en veulent à leur bébé, les choses dégénèrent et on assiste à des carnages autrement plus impressionnants que quatre ans plus tôt.

Vous l’avez compris, la T. Rex remplace notre gorille préféré (le mien, en tout cas), et nous avons droit à une course poursuite dans San Diego (moins de buildings, mais vu que les tyrannosaures avaient de petites pattes antérieures, ce n’est pas plus mal) qui se termine pour le mieux, sauf pour le méchant Ludlow, mais c’est bien de sa faute, après tout.

La séquence de San Diego est aussi l’occasion de faire un clin d’œil à Godzilla (2) où on peut voir quelques personnes d’origine asiatiques s’enfuyant devant le monstre déchaîné.

 

Mais comme cette fois, Alan Grant (Sam Neill) et Ellie Sattler (Laura Dern) ne sont pas là (5), il faut quelqu’un pour reprendre le rôle du grand enfant. C’est la première transition (voir ci-dessous) qui nous le donne : le professeur Ian Malcolm (Jeff Goldblum). [Rappel : une expérience scientifique qui tourne mal : Jeff Goldblum est par là…].

La force de Goldblum, par rapport à Neill, c’est avant tout sa taille. Il donne tout de suite l’impression d’un grand échalas, comme peuvent l’être certains ados de notre connaissance (on en connaît tous un). Encore une fois, nous avons donc quelqu’un qui semble appartenir au monde des adultes mais qui est resté bloqué en chemin. Si Grant met pratiquement tout le film pour s’en apercevoir, Malcolm est plus prompt à réagir et se comporter tel qu’il aurait toujours dû le faire. Le plan final qui voit Sarah, Malcolm et Kelly (Vanessa Lee Chester, tout en souplesse) n’a alors rien d’étonnant.

 

Il y a dans le film tout un accent particulier mis sur les transitions : la première voit une femme commencer à crier et se terminer sur Malcolm qui baille, et ainsi de suite. C’est un véritable festival de transitions qui tiennent lieu d’ellipses. Bref, rien n’est gratuit. C’est normal, on est chez Spielberg.

Rien ? Pas si sûr. Le premier quart d’heure a un côté mercantile assez insupportable : alors que le film s’installe tranquillement, nous avons droit à du placement de produits on ne peut plus désagréable. Ce fut cet aspect qui m’empêcha d’apprécier ce film à sa juste valeur. Avec le temps et la généralisation de cet « effet », on en arrive presque à l’oublier (pas complètement, faut pas exagérer non plus !).

 

Une question pour finir : n’y a-t-il que moi qui vois dans Roland Tembo (le chasseur) un cousin éloigné (en plus intéressant tout de même) de Justin de Saint-Hubert dans Adèle et la bête de Tardi ?

 

 

  1. Que vous n’avez pas confondus avec les ptérodactyles, bien entendu…
  2. Ou celui d’Irwin Allen (1960), chacun ses goûts.
  3. Le seul, le vrai ! (les cris de Fay Wray en moins)
  4. La seule, la vraie ! (1954)
  5. S’occupent-ils de leurs enfants ? En ont-ils eus ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Steven Spielberg, #Richard Attenborough, #Science-Fiction
Jurassic Park (Steven Spielberg, 1993)

A tout seigneur tout honneur : il fallait un réalisateur doué pour adapter le roman de Michael Crichton (10 ans déjà qu’il nous a quittés), qui collabora au scénario : Universal nous donne Steven Spielberg.

25 ans après sa sortie, le film n’a pas pris une rire et garde toute sa force à tous points de vue : une histoire solide avec une bonne de vraisemblable ; des effets spéciaux à couper le souffle ; et un thème rassembleur.

Spielberg réunit tout cela tout en adaptant le film à ses propres thèmes : magnifique !

 

Si j’ai bien compris, il suffit de retrouver un moustique dans de l’ambre et le tour est joué. C’est peut-être un peu schématique, mais c’est le principe : on lui prélève un échantillon de sang et puis à partir de là, on a l’ADN d’un dinosaure. On remplit ensuite les trous avec des bouts d’ADN de batraciens et c’est parti.

Sauf que, bien évidemment, il y a quelque chose qui cloche et on passe d’une vision idyllique de brachiosaures se désaltérant à un tyrannosaure énervé qui veut manger tout ce qui bouge !

 

Dès la première séquence, Spielberg nous emporte et nous fait languir : nous sommes venus voir des dinosaures, et on ne voit que de la végétation bouger ! Mais ça ne dure pas, et sans encore en voir un, on s’aperçoit qu’ils ne sont pas tous très dociles. Le spectateur est tout de suite mis dans le bain : ce qu’on voit est terrible, et extrêmement dangereux.

Mais qu’est-ce qu’on voit ?

On voit un container arriver dans un lieu qu’on suppose être le fameux parc : on voit des hommes armés – certains de fusils, d’autres de Tasers – qui approchent le container d’une entrée. On se rend compte qu’il s’agit d’une cage. Dans la cage, des dinosaures. Lesquels ? Aucune idée. On ne verra rien, mais les choses se compliquent et un homme est aspiré par ces dangereuses créatures.

 

Et puis ?

Et puis on passe à autre chose : Alan Grant (Sam Neill) un paléontologue qui travaille sur un chantier dans le Montana, accompagné de sa charmante fiancée Ellie Satler (Laura Dern) elle-même paléobotaniste en train de mettre à jour un fossile de dinosaure.

Bien sûr, ce sont eux qui auront le privilège de visiter en avant première le fameux parc du Tycoon John Hammond (Richard Attenborough) accompagnés des petits-enfants de ce dernier et d’un scientifique assez particulier : Ian Malcolm. Et qui dit scientifique particulier, dit bien sûr Jeff Goldblum qui, depuis La Mouche est souvent dans des histoires à portée scientifique qui ne se passent pas exactement comme prévues...

Là encore, c’est bien évidemment le cas.

 

Et les dinosaures me direz-vous ?

Il faut attendre la vingtième minute pour enfin les voir ! Mais alors, le résultat est à la dimension des espérances. Avec Jurassic Park, c’en est terminé de l’animation à la Harryhausen : le cinéma entre de plain pied dans l’ère numérique. Le résultat est époustouflant, bluffant, étonnant, surprenant, inquiétant, et toute sorte de verbes au participe présent ! On est littéralement soufflé par les enchaînements qui nous montrent des dinosaures en arrière-plan et d’autres qui voient les protagonistes les toucher ou les caresser. Avec en point d’orgue, l’apparition du Tyrannosaure (1) aussi majestueux que dangereux.

Avec – et surtout – en prime, le Vélociraptor, plus modeste dans les proportions que le T. Rex, mais tout aussi létal.

 


Et comme nous sommes chez Spielberg, on retrouve une problématique liée aux enfants : il y en a deux : Tim (Joseph Mazzello) et Lex (Ariana Richards). Chacun des deux a ses bons et moins bons côtés : surtout Tim qui s’il est incollable question dinosaures est un tantinet trop malin pour Alan, dont il a lu avec intérêt la publication et a quelques détails à discuter. Un pénible, quoi !

Et surtout il y a Alan qui ne veut pas d’enfants, au grand dam de sa compagne (3). L’intrigue évoluant bien entendu pour permettre à Alan de se retrouver exclusivement avec les enfants. Mais cette proximité va bien sûr lui être très profitable.

En effet, ce dernier a beau être professeur et tout ce qui va avec, il n’est pas encore complètement passé dans le monde des adultes. Etre adulte, c’est prendre des responsabilités, c’est construire pour le futur. Alan n’est pas encore prêt à s’engager pleinement avec Ellie, à fonder une famille, comme elle l’espère. Son refus de paternité explique alors son apparentement avec des personnages comme Roy Neary (Rencontres du troisième Type) ou encore Ray (La Guerre des Mondes), ces grands adolescents qui ne veulent pas grandir (4).

 

C’est alors un film fantastique – dans tous les sens du terme – où Spielberg alterne avec brio des scènes d’actions et d’émotion, de comique et de tragédie, de suspense et d’horreur, le tout avec une multitude d’effets spéciaux sans pour autant éclipser le reste (2) pour le plaisir de tous. Parce que c’est là aussi qu’est le talent de Spielberg : chacun s’y retrouve peu importe l’âge ou l’origine. Son propos est universel.

Bref, c’est du pur cinéma. Et c’est ce qu’on veut voir !

 
Le film suivant de Spielberg, c’était une (première) suite. On en reparlera.

 

  1. Le T. Rex, quoi !
  2. On verra hélas dans les années qui suivent une débauche d’effets numériques délaissant l’intrigue pour le spectaculaire amenant un résultat sans appel : des films creux.
  3. Ca coûte cher, c’est bruyant, ça pue…
  4. Pas étonnant que le film précédent de Spielberg avait pour personnage principal Peter Pan…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Michel Blanc, #Comédie
Marche à l'Ombre (Michel Blanc, 1984)

Un cargo arrive à Marseille.

Parmi les dockers, deux jeunes gens, en transit entre Athènes et Paris : François (Gérard Lanvin) et surtout Denis (Michel Blanc).

Ce sont des SDF, jeunes peut-être, mais SDF tout de même.

Ils montent à Paris retrouver leur Arlésienne : Gérard.

A Paris, pas de Gérard, mais des types louches qui proposent des affaires encore plus louche.

Et puis il y a Mathilde (Sophie Duez). Mathilde, c’est le rayon de soleil pendant que les deux compères font la manche, sous une pluie battante.

Et puis, ça ne se commande pas : François tombe amoureux de Mathilde, et Mathilde de François.

Et Denis dans tout ça ?

Il aime la musique irlandaise.

 

Le film aurait pu s’intituler La Revanche de Jean-Claude Dusse.

En effet, on retrouve Michel Blanc dans un rôle qui était le sien dans les Bronzés, ou encore celui de Guy, dans Viens chez moi, j’habite chez une Copine.

Il a les moustaches de rigueur et est un hypocondriaque grave : pensez donc, son entorse a dû s’infecter !

C’est sa revanche car à deux reprises il n’a pas seulement une ouverture, il parvient à la conclusion, et au lit s’il vous plaît.

Mais Denis étant Denis, cousin des deux autres susnommés, il lui arrive à chaque fois un pépin au dernier moment, comme l’arrivée inopinée de François qui s’est fait « jeter ».

 

Et si Denis est plus dans la lignée de Guy, François rappelle pour sa part Daniel, le compagnon d’infortune de Guy, interprété par Bernard Giraudeau. Mais si Guy n’avait peur de rien et osait tout, il n’en va pas de même de Denis qui, en plus d’avoir toujours mal quelque part, ne brille pas par son courage.

Qu’importe, son personnage est au moins aussi attachant que les autres, et on s’amuse beaucoup des turpitudes qui lui arrivent.

 

Michel Blanc, en passant à la réalisation reste dans un  domaine qu’il connaît très bien, la comédie. La parenté avec Viens chez moi est d’autant plus flagrante que Blanc avait adapté et écrit les dialogues du film de Patrice Leconte (1). Et si c’est Gérard Lanvin qui lui donne la réplique, c’est parce que Bernard Giraudeau n’était pas disponible.

Bien entendu, Denis est le personnage central du film. Michel Blanc est magnifique dans ce loser au regard triste.

 

Sans parler des dialogues dont certains sont dignes des grandes répliques du cinéma : la séquence où Denis a fumé un énorme joint et n’est plus étanche n’a pas perdu une once du comique originel. C’est un moment-clé du film. On a d’un côté une situation des plus drôles avec une émotion intense dans le même temps. François qui recueille Denis dans son giron, pour le protéger des renards, le couve, la calvitie de Michel Blanc ajoutant à l’analogie du bébé dans les bras de sa mère.

Parce que Denis et François ne peuvent pas vivre l’un sans l’autre. Denis étant ce qu’il est, François ne peut pas l’abandonner. Deux fois ils se brouillent, François partant seul pendant que Denis rumine. Mais à chaque fois, ils se retrouvent.

 

Ces deux hommes, unis par un lien fort ne sont ni les premiers ni les derniers du cinéma français. On pense bien sûr à Jean Gabin et Marcel Dalio, évadés, dans La grande Illusion, et le transport des valises a un petit côté La Traversée de Paris (à nouveau avec Gabin mais aussi Bourvil) qui n’est pas anodin. A chaque fois, on trouve deux hommes, absolument mal assortis, mais tout de même liés par ce qu’ils sont ou à défaut par ce qu’ils font.


Bref, près de 35 ans après, le film a gardé sa fraîcheur et on ne se lasse pas de voir Denis commander un morceau de fromage de tête, mais un petit, parce que « c’est pour un bébé. »

Malheureusement tout de même, la réalité décrite dans le film (2) est toujours d’actualité, et je ne vois pas comment ça pourrait changer, quand on voit les politiques mises en place contre l’exclusion et qui excluent essentiellement les plus pauvres, et surtout les SDF, d’une vie tout simplement digne : avoir un toit pour dormir, se nourrir et se laver.

 

Quand ce film est sorti (j’avais 16 ans) il m’a aussiattiré pour la musique : on y retrouvait entre autres Renaud et Téléphone qu’on écoutait beaucoup (3). Et la chanson New York avec toi, en plus de son côté prémonitoire, est un très beau résumé du parcours de Denis et François. Il y a un désespoir dans les paroles de Jean-Louis Aubert qu’on pourrait retrouver chez nos deux compères, si le film n’était une comédie : « et puis c’est tellement grand que vite on oubliera que nulle part c’est chez moi, chez toi, chez nous, quoi ! ».

 

 Mais comme c’est une comédie, on peut imaginer que cette errance va s’arrêter (4)…

 

  1. On peut même apercevoir Patrice Leconte au moment où Denis écoute Katrina (Katrine Boorman, la fille de John).
  2. D’une certaine façon, ce film participe à un mouvement de prise de conscience de la misère en bas de chez soi. Un an plus tard, Coluche fondait les Restos du Cœur, agacé de voir qu’on faisait des campagnes contre la faim dans le monde alors que des gens ne mangeaient pas à leur faim en France.
  3. Que voulez-vous, je ne suis plus tout jeune…
  4. Le film se termine là où il a commencé : dans un port. La boucle est bouclée.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Paul Verhoeven, #Science-fiction
Total Recall (Paul Verhoeven, 1990)

Trois ans après RoboCop et grâce au succès obtenu, Paul Verhoeven refait parler de lui avec un nouveau film d’anticipation, dans la droite lignée du précédent : Total Recall.

L’intrigue se situe encore plus loin, dans le temps comme dans l’espace : une grande partie du film se situe sur Mars, qui n’a jamais aussi bien gagné son surnom de « planète rouge ».

Ayant cinq fois le montant du budget précédent, il put donc se permettre d’avoir une grande star des années 80-90 : Arnold Schwarzenegger lui-même, qui fut l’inoubliable Terminator de James Cameron.
A ses côtés, on retrouve  Ronny Cox qui était dans le film précédent et une « jeune » actrice sur le point de percer : Sharon Stone (1).

 

Douglas Quaid (Schwarzy, donc) travaille sur les chantiers et a un rêve récurrent : il est sur Mars avec une jeune femme brune. Mais il n’est jamais allé sur cette planète et quand on lui propose un voyage virtuel, il saute sur l’occasion.

Mais le voyage ne se passe absolument pas comme prévu et Douglas s’aperçoit qu’il est déjà allé là-bas et qu’on avait effacé sa mémoire sur ce pan de sa vie.

Il est bien décidé à retrouver toute cette ancienne vie et surtout faire tomber le grand patron sur Mars : Vilos Cohaagen (Ronny Cox).

 

Encore une fois, Verhoeven nous propose une intrigue de personnalité. Si RoboCop était mi-homme mi-robot et n’arrivait pas à se situer, ici Douglas se retrouve confronté à deux existence : avant et après effacement de sa mémoire. Et si RoboCop avait un aspect un tantinet bricolé (ce qui a aussi beaucoup fait pour son succès), les moyens conséquents mis à sa disposition se retrouvent dans le film. On s’éloigne de plus en plus des effets à la Harryhausen et on approche du morphing encore balbutiant. Encore balbutiant car quand Doug et sa partenaire Melina (Rachel Ticotin) se retrouve à « l’air libre » sur Mars, comme Vilos Cohaagen avant eux, on assiste à des effets un tantinet grand-guignolesques.

Mais passons sur cette faiblesse.

 

Pour le reste, ce film va beaucoup plus loin que RoboCop. Les décors sont fabuleux, William Sandell et son équipe se sont surpassés pour nous offrir des paysages assez magnifiques sans parler du reste. De plus, le filtre rouge omniprésent quand on voit les paysages martiens donne aux autres couleurs un effet ternissant. On a parfois l’impression que les images de l’intérieur des bâtiments sont en noir et blanc tant l’intensité du rouge est forte.

De plus, le maquillage utilisé, essentiellement dans le visage des « mutants » est magnifiquement réalisé, donnant à voir un microcosme qui n’est pas sans rappeler celui de Freaks, en beaucoup moins fort tout de même.

Quant à la femme à la poitrine triplée, si sa découverte impressionne, son exhibitionnisme répété peut lasser à un moment. Et surtout : avec quoi s’occuper de ce troisième sein ? (2)

 

Tout ça nous fait un film pas si mal que ça : il y a chez Schwarzenegger une espèce de flair qui lui permet de se retrouver dans beaucoup de ces films « pas si mal que ça » où il n’est tout compte fait pas seulement une brute à la musculature imposante. Il faut dire que Terminator, lui a permis d’évoluer. On n’en est pas encore à Last action Hero qui arrivera magnifiquement à conjuguer sa carrure et un jeu dramatique plus subtile qu’à ses débuts. Mais on retrouve déjà les petites phrases un tantinet lourdes qui feront une partie du sel de ce prochain film.

 

 

  1. C’est encore Paul Verhoeven qui la révèlera vraiment dans le sulfureux Basic Instincts, son film suivant.
  2. Je ne vous suivrai pas plus loin sur ce chemin glissant…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Elliot Silverstein
Un Homme nommé Cheval (A Man called Horse - Elliot Silverstein, 1970)

Que de chemin parcouru par le cinéma américain !

Finis, les méchants Indiens sauvages qui attaquent les gentils blancs civilisés ! Voici le temps des films à la gloire de ceux qui plus que tous les autres sont les véritables Américains.

1970 verra en outre un deuxième film à la gloire de ces mêmes Indiens en décembre avec le magnifique Little big Man.

Mais alors qu’on note une pointe d’ironie dans le film d’Arthur Penn, il n’y en a aucun ici, le film étant avant tout un témoignage brut de coutumes indiennes dont le Vœu au Soleil (Vow to the Sun) : l’initiation du guerrier sioux.

Dès le début, un intertitre nous précise que ce rite a été interdit à partir de 1800 par le gouvernement des Etats-Unis. On peut d’ailleurs se poser la question de l’effet de cette interdiction sur la population indienne.

 

Toujours est-il qu’ici Elliot Siverstein, en adaptant le roman de Dorothy M. Johnson, nous propose un film totalement en décalage par rapport aux codes habituels du western. Certes, ce genre semble arrivé à son crépuscule (1) et les codes mis en place par les grands maîtres du genre ont été bousculés, mais enfin un film ne traite que des Indiens, ce qui est une découverte en 1970.

 

Certes, les mentalités avaient évolué même chez Ford qui nous gratifia de quelques chefs-d’œuvre, mais à chaque fois, la présence de l’homme blanc est inévitable et dirige d’une certaine façon le film.

Ici, les seuls visages pâles qu’on trouve sont John Morgan (Richard Harris) et sa suite : Joe Maddock (Dub Taylor) un trappeur partiellement édenté et ses deux acolytes alcooliques (James Gammon & William Jordan).

 

Mais dès les premières minutes, la différence se fait : par la force, mais surtout par la technique.

En effet, alors que les trappeurs sont frustes et bruyants (boire ne favorise pas beaucoup la discrétion), les Indiens sont d’une discrétion impressionnante : le seul bruit qu’on perçoit à peine est celui des flèches pénétrant les corps. Nous assistons alors à une sorte de ballet silencieux pendant lequel les Sioux se débarrassent des visages pâles et se servent dans le matériel restant, emmenant Morgan, traîné par une laisse passée à son cou.

Ce qui vient ensuite, c’est la progression de John dans ce campement.

 

Mais cette progression est avant tout spirituelle : alors qu’il se considère comme le summum de l’évolution (2), il va découvrir puis adopter les coutumes de ceux qui l’ont capturé, jusqu’au rite indispensable pour devenir l’un d’eux : le Vœu au Soleil.

Ce moment est très intense, c’est celui que le spectateur attend depuis le premier plan : un homme face au soleil levant égrenant une mélopée.

Ce rite est on ne peut plus spectaculaire – bien entendu très cruel et on comprend aisément son interdiction - John se retrouvant soulevé de terre par des serres accrochées à sa poitrine, puis tournoyant dans l’air, pendant que les braves de la tribu apprécie cet exploit.

Mais si les Indiens ne sont plus ces sauvages assoiffés de sang, ils n’en demeurent pas moins des hommes et la guerre leur est coutumière : on a alors un combat violent entre la Sioux et les Shoshones, amenant ruine et désolation pour tous, et après le deuil fait, une nouvelle ère pour la tribu.

 

Il y a dans ce film un véritable objectif documentaire et si la plupart des rôles principaux sont interprétés par des blancs, aucun n’a les yeux bleus, sauf Batise (Jean Gascon), pour une raison pertinente, ce qui change de certains films précédents. Jean Gascon est prodigieux dans ce rôle d’interprète malgré lui, tout en étant le fou de la tribu, rôle important s’il en est.

Comme dans d’autres films avant celui-ci, de véritables Indiens on participé au film, donnant une véritable portée réaliste au film. Mais en plus, alors qu’on aurait pu aisément faire parler les Indiens dans un langage pidgin – comme disent les Britanniques – seuls Morgan et son interprète Batise parlent l’Anglais, tous les autres s’exprimant exclusivement dans le dialecte sioux.

Autre interprète remarquable : Dame Judith Anderson. Celle qui fut la terrible Mrs Danvers dans Rebecca est ici la mère du chef Yellow Hand (Manu Tupou), qui reçoit de son fils John Morgan, qui sera un cheval pour elle (3) comme il le fut pour ce même chef et ses hommes qui l’ont capturé, transportant sur son dos le tissu de leur butin.

 

Dernière chose enfin, un tel film ne pouvait avoir lieu dans les décennies précédentes : il y a un rapport explicite à la nudité qui était impitoyablement combattue par le Code Hays et ses bigots. Non seulement on peut voir des corps nus, mais à chaque fois avec une véritable pudeur, ces corps – celui de John Morgan et de sa compagne Running Deer (la très belle Corinna Tsopei) – sont montrés sans aucun effet de voyeurisme, plus dans le même souci documentaire que le reste du film.

 

Un film, quoi qu’on en dise, inoubliable.

 

 

  1. C’est un crépuscule qui n’en finit pas si on regarde la production cinématographique : le Western n’est toujours pas mort ! (Et c’est tant mieux !)
  2. C’est un Anglais que diable !
  3. D’où le titre.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #Don Siegel
Contre une Poignée de diamants (The black Windmill - Donald Siegel, 1974)

Ca commence doucement, innocemment.

Deux enfants pénètrent dans un ancien aérodrome militaire du sud de l’Angleterre : l’un d’eux a un avion télécommandé à essayer. Rapidement, un véhicule de l’armée arrive et les enfants sont appréhendés et gourmandés par un officier qui les renvoie à l’école.

Sauf que ce n’étaient pas de vrais militaires : le plus jeune, David Tarrant (Paul Moss), a son père qui travaille pour le MI6 et que récemment, ce service a récemment acquis un lot de diamants bruts et que les kidnappeurs ont l’intention de les en débarrasser…

Donald Siegel, je l’ai déjà dit, est un réalisateur efficace, comme souvent ses personnages principaux. John Tarrant (Michael Caine) en fait partie pleinement. C’est un agent secret très britannique, avec ce que cela implique de flegme, mais c’est avant tout un père de famille qu’on a piégé.

Mais qui dit MI6, dit fatalement James Bond. Il est vrai que d’une certaine façon, nous suivons un peu le même parcours que Bond quand Tarrant se balade dans les services avec, à défaut de Desmond Llewelyn, un technicien qui nous fait la démonstration d’une serviette plutôt meurtrière mais qui laisse tout de même son porteur ainsi que les documents intacts.

En guise de M, nous avons Cedric Harper (Donald Pleasence), et sa secrétaire Miss Monley (plenny ?), qui bien que célibataire comme Miss Moneypenny, a déjà pas mal d’heures de vol derrière elle : Joyce Carey avait déjà 76 ans quand le film est sorti…

Mais la grande différence avec James Bond tient dans le fait que cette histoire est très réaliste et peu portée sur l’humour et la parodie comme chez Bond (1) ou encore OSS 117.

Michael Caine est très crédible dans une histoire qui l’est un tantinet moins : pourquoi ces deux enfants et surtout ce jour-là ? Mais au cinéma, tout est (presque) permis, alors continuons.

Michael Caine porte le film de bout en bout et son expérience dans les films d’espionnage dans lesquels il a tourné auparavant lui sert beaucoup.

Le film est très bien dosé : juste ce qu’il faut de scènes d’actions et de romance – il renoue avec sa femme – ainsi que le fonctionnement du MI6 où étonnamment c’est le chef Harper qui arbore le détachement habituellement réservé à Bond.

Quoi qu’il en soit, il aurait peut-être été un peu plus intéressant de creuser un tantinet plus le contexte afin d’expliciter un peu plus les manœuvres des méchants, qui sont par ailleurs très intéressants avec surtout la belle Ceil Burrows (Delphine Seyrig, superbe), sans oublier McKee (John Vernon qui retrouve encore une fois Don Siegel), méchant labellisé mais avec tout de même une espèce de sens de l’honneur.

Tout ceci nous donne un film agréable, à l’intrigue tout de même bien ficelée, mais qui aurait tout de même gagné en envergure si le début et la fin avaient été un peu plus développés.

(1) Une référence savoureuse tout de même au début du film, dans une réplique de Donald Pleasence qui fut, ne l’oublions pas, le premier Ernst Stavro Blofeld que nous avons rencontré (On ne vit que deux fois).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Donald Siegel, #Clint Eastwood, #Western
Un Shérif à New York (Coogan's Bluff - Donald Siegel, 1968)

Ca commence en Arizona, dans le désert, où un homme de type indien – Running Bear (Rudy Diaz) – attend.

Il est en embuscade et a projeté de tuer l’homme qui est à sa recherche : le shérif Coogan (Clint Eastwood).

Ce dernier arrive, non pas à cheval mais dans une jeep, drainant à sa suite un panache de poussière.

La confrontation est inévitable et tourne en faveur du policier.

Puis on entre dans le vif du sujet : Coogan est chargé d’escorter Jim Ringerman (Don Stroud) de New York à l’Arizona pour une affaire le concernant.

 

Don Siegel, Clint Eastwood, Lalo Schifrin, et même Albert Popwell : Coogan’s Bluff ressemble à une répétition générale pour Dirty Harry qui sortira trois ans plus tard.

Mais il ne faut pas s’y tromper, ici c’est plus un western auquel nous assistons plus qu’un film policier. Certes, c’est une intrigue policière qui nous est proposée, mais elle est sur beaucoup de points plus proche du western.

 

La séquence d’introduction tout d’abord, dans le majestueux désert de l’Arizona (1). Cet homme, vraisemblablement un Indien (2), se tient à l’affut, attendant un autre – le shérif – qui va arriver sur son cheval, comme dans tout bon western.

Mais c’est au moment où Coogan paraît que nous réalisons que nous sommes bel et bien dans les années 1960 : il est motorisé !

Il y a l’allure de Coogan ensuite, affublé d’un chapeau caractéristique et une étoile de shérif accrochée à la poitrine. De plus nous apprenons qu’il a mis trois jours pour arrêter son homme : on pense alors à la traque d’Ethan Edwards dans La Prisonnière du désert ; traque qui ne s’achèvera qu’une fois le but atteint. Ici c’est la même chose, la durée étant moindre. Cela n’empêche pas la jeune femme que retrouve Coogan de l’obliger à prendre un bain…

Bref, Coogan est un véritable cowboy de l’Arizona, aux manières pas toujours bien orthodoxe. Surtout quand il débarque à New York !

Là-bas, chacun le prend pour un Texan, l’imagerie populaire (et les films avec John Wayne ?) peuplant le Texas presque exclusivement de cowboys.

Et en prime, on a droit à une belle bagarre dans une salle billard qui tient lieu de saloon.

La musique enfin, qui a plus des sonorités rappelant plus l’Ouest sauvage que le psychédélisme où baignait la jeunesse américaine à cette époque, puisque le film est tourné à l’automne 1967 (voir plus bas).

 

Bien entendu, le succès du film tient à la différence entre Coogan et cette mégalopole qu’est New York. Pourtant, le titre original n’y fait pas référence : Coogan’s Bluff (le Bluff de Coogan).

Ce titre est la raison d’être du film. En effet, McElroy (Lee J. Cobb) le policier new-yorkais qui accueil notre cowboy dans son commissariat lui donne toutes les recommandations pour récupérer son prisonnier.

Mais Coogan s’assoit sur le règlement comme le fera son cousin Harry Callaghan (3) quelques années plus tard.

En la jouant au bluff, Coogan entraîne l’évasion de son prisonnier et la poursuite dans New York. On a au passage une belle poursuite à moto (les chevaux, c’était 100 ans plus tôt !) dans le Fort Tryon Park dont on peut en outre admirer le Musée du Cloître (The Cloisters). Les immenses descentes que Callaghan dévalera à San Francisco sont ici les escaliers du parc.

 

De plus, le film s’inscrit pleinement dans son époque, avec tout de même un bémol : entre le tournage et la sortie s’est écoulée à peu près une année. Et pas n’importe laquelle : 1968 qui a tout de même beaucoup fait évoluer les mentalités, surtout dans la jeunesse.

Siegel décrit cette jeunesse pendant le temps d’une séquence (4), dans ce qui ressemble au croisement d’une discothèque et d’un ancien théâtre. La salle bondée de jeunes gens qui dansent est remplie de tout ce qui faisait l’esprit psychédélique de l’époque : musique et images un tantinet agressives, avec beaucoup de filles dénudées, pendant que les danseurs ressentaient les effets de la drogue (LSD, joints…).

Il y a dans cette séquence une vision très paradoxale de cette jeunesse : les images et la musique sont donc agressives mais on trouve pourtant à chaque coin de mur ou sur certains corps le mot Love.

Je serais tenté de rapprocher cette séquence avec celle qui conclut Ne nous fâchons pas, où des danseurs évoluent aux sons de la musique de Graeme Allwright (92 ans le 7 novembre prochain !). Ici aussi, on sent une légère ironie dans l’étalage de ces corps dégingandés évoluant aux rythmes d’une chanson portant le même nom que le lieu où se déroule l’action : Pigeon-Toed & Orange Peel (5). Encore une fois : Lalo Schiffrin est vraiment un grand compositeur !

Mais entretemps 1968 est passé et la séquence perd de sa force, le propos qui semblait amusant un an plus tôt ne l’est plus tellement.

 

Mais qu’importe, et malgré ses manières un tantinet campagnardes, Coogan évolue tout le long du film, et celui qui repart vers l’Arizona est un tout petit peu différent de celui qui était arrivé plus tôt.

Tout ça entre deux cigarettes : une au début et l’autre à la fin.

Et bien entendu, à cette époque, on ne disait pas que « Fumer tue », même si c’était déjà beaucoup le cas, hélas.

 

 

  1. Hum. C’est le Mojave Desert, situé… en Californie !
  2. Certains détails accréditent cette hypothèse : la tenue de l’homme qui a troqué ses vêtements « blanc » pour une tenue plus traditionnelle ; la peinture qu’il a appliqué sur son corps ; et surtout la botte estampillée « Navajo Reservation ».
  3. Le lien de parenté est plus qu’évident, même si les deux personnages ont de personnalités plutôt différentes. Leur véritable point commun : l’efficacité.
  4. Qui se terminera avec Albert Popwell.
  5. Tout un programme.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Robert Hamer, #Comédie
Noblesse oblige (Kind Hearts and Coronets - Robert Hamer, 1949)

« Kind hearts are more than coronets, and simple faith than Norman blood. »

Ces vers de Tennyson – extraits du long poème Lady Clara Vere de Vere, expliquent le titre original (Kind Hearts and coronets), annonçant que la noblesse cœur est plus importante que le titre nobiliaire.

Par contre, le titre français est directement tiré d’une des répliques quand le bourreau (Miles Malleson), vient s’enquérir de son futur « patient », se demandant comment on s’adresse à un duc.

 

Ici, donc, l’intrigue repose sur la noblesse, de cœur comme de titre.

Nous suivons la dernière nuit de Louis Mazzini d’Ascoyne duc de Chalfont (Dennis Price), condamné à mort et devant être exécuté le lendemain matin.

Pour sa dernière nuit, il relit ses mémoires, nous racontant comment il est devenu duc, alors que 12 personnes étaient devant lui dans la succession. En clair, il raconte comment il s’est débarrassé d’eux les uns après les autres.

 

Il y a dans cette histoire un parfum d’immoralité absolument jouissif. Louis a eu la malchance de naître d’une femme de vieille noblesse et d’un père chanteur – une belle voix pour qui sait l’apprécier. Il et donc né d’une mésalliance, et à défaut d’avoir la couronne ducale (coronet), il possède un cœur d’une grande noblesse (kind heart).

Grande noblesse, c’est vite dit tant ses différents plans pour assassiner les prétendants aux titres qui le précèdent sont machiavéliques et dénués du moindre scrupule, sauf peut-être pour le cousin Henry (Alec Guinness), dont l’épouse (Valerie Hobson) ne le laisse pas indifférent.

 

Mais la véritable prouesse du film, c’est à Alec Guinness que nous la devons, ainsi qu’au département maquillage qui lui a créé de magnifiques têtes.

Alec Guinness interprète huit rôles différents, sans compter son portrait pour illustrer l’ancêtre antédiluvien à la racine de cette prestigieuse famille.

On a même droit à un court plan de cette branche de la famille pendant les obsèques de l’un d’eux : il fallut deux jours pour obtenir un résultat de quelques secondes, la caméra passant rapidement sur des gras plants des différents Alec Guinness. Depuis Méliès et jusqu’à Seven Sisters, les rôles multiples qui se télescopent plus ou moins ont toujours fait l’admiration des spectateurs. Ici, le procédé de personnalités multiples sera le même que pour Docteur Folamour, Peter Sellers n’interprétant « que » 4 personnages…

Bien sûr, ces rôles sont très courts : quelques plans par séquence pour certains rapidement expédiés (le général, l’amiral). Mais d’autres nous permettent d’apprécier avec justesse son immense talent. En plus de son maquillage, il a les attitudes et la voix qui siéent à ses personnages : Lady Agatha, par contre est un rôle muet, évitant à l’acteur d’en rajouter avec une voix qui eût pu être forcée et donc moins intéressante : la situation en tant que telle étant suffisante, nul besoin d’en faire trop.

 

Mais en face de ce monstre sacré, Dennis Price (1) se montre à la hauteur, alliant immoralité et flegme britannique avec brio, accompagné par la magnifique Joan Greenwood (Sibella Holland), dont la voix chaude (voire sensuelle) et très reconnaissable est un élément indispensable de son personnage.

En effet, son accent (2) allié à sa chaleur orale nous présente une femme plutôt populaire (voire vulgaire ?) qui tente de se hisser par les manières, puisque la naissance le lui a refusé.

Mais si elle peut passer pour une belle idiote, ou encore une victime dans les bras de Louis (le procès), il ne faut pas s’y tromper. Elevée avec Louis (ils ont le même âge et sont dans la même classe), elle fut longtemps son amie, sa confidente, faute d’être plus : elle choisit le terne Lionel Holland (John Penrose), anticipant la belle vie que ce dernier lui promet : il n’est pas un  petit employé de boutique, lui !

 

Rapidement elle revient vers Louis : son accession imminente à la couronne de duc est un atout supplémentaire pour Sibella, surtout depuis que son mari est mort. Suicidé ?

Peut-être pas…

Je vous laisse encore une fois le (re)découvrir…

 

  1. Il interprète aussi le rôle de son père, mort de saisissement à la naissance.
  2. En VO comme de bien entendu !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Noir, #John Huston
Le Faucon maltais (The Maltese Falcon - John Huston, 1941)

1941 est une année particulière pour le cinéma : deux grands réalisateurs y font leurs débuts.

Orson Welles le premier mai avec Citizen Kane, et John Huston, et son Faucon maltais dont nous allons parler.

C’est la troisième adaptation du roman de Dashiell Hammett, après celle de Roy del Ruth et celle de William Dieterle.

Sans minimiser ces deux films que je n’ai pas encore vus, je ne peux pas ignorer le côté mythique, voire culte de ce film.

Rendez-vous compte : un jeune homme d’à peine 25 ans dirige Humphrey Bogart, de 7 ans son aîné, dans un premier rôle – qui plus est dans un rôle de gentil – et qui ne meurt pas à la fin !

Il faut dire qu’il fallait aimer le risque pour tourner avec un tel réalisateur qui faisait ses armes (1).

Non seulement ce coup d’essai est une grande réussite, mais en plus, il annonce une série e films dits « noirs » où le même Humphrey Bogart reprendra un personnage similaire : un détective dur-à-cuire tombeur de femmes et qui tient l’alcool.

 

Sam Spade (Humphrey Bogart, donc) est détective privée dans une agence qu’il partage avec Miles Archer (Jerome Cowan). Un jour, Brigid O’Shaughnessy (Mary Astor au diapason) lui propose une affaire : surveiller un homme.

Plus prompt que Sam, Archer accepte l’affaire et commence sa surveillance.

Mais rapidement, il est tué, alors que Sam a la visite d’autres personnes, à la recherche d’un objet semble-t-il précieux : une statuette de faucon venue de Malte (d’où le titre).

 

Bien entendu, l’intrigue n’est pas simple et regorge de péripéties avec la mort au bout de l’aventure pour certains personnages.

Mais avant tout, c’est la façon de filmer qui nous captive. Huston est omniprésent avec la caméra, variant les prises de vue en parfaite adéquation avec l’intrigue. Et si le spectateur est un tantinet plus vif que Spade, il verra tout de suite qui a fait le coup. Je ne dis pas cela pour minimiser son héros, mais il faut bien laisser le suspense s’installer, sinon pas de film.

Bogart est magnifique, posant les bases de ce nouveau genre de personnage : un privé pas tombé de la dernière pluie. La narration n’est pas à la première personne, mais c’est tout comme : nous suivons essentiellement Spade dans son long cheminement vers la vérité qu’il doit absolument découvrir : certains policiers – Tom Polhaus (Ward Bond) mais surtout Dundy (Barton MacLane) – espèrent bien lui mettre la main dessus : Spade a un mobile…

 

Mais pour que Spade prenne toute son envergure, il lui faut des adversaires à la hauteur.

C’est le cas d’un duo qu’on retrouvera avec Bogart dans le fabuleux Casablanca : Peter Lorre (Joel Cairo) et Sidney Greenstreet (Kasper Gutman).

Ces deux acteurs forment un couple qui fonctionne à merveille, véritable pendant de Laurel et Hardy du crime : ils ne sont pas drôles mais formidablement complémentaires : tous deux ont des manières très distinguées qui s’expliquent par une teinte d’homosexualité latente (2).

C’est Gutman qui mène la danse, si j’ose m’exprimer ainsi : Wilber (Elisha Cook Jr., formidable second rôle du cinéma américain), en plus d’être l’homme de main de Gutman a un statut très particulier auprès de ce gros bonhomme, qui le considère presque comme son fils. J’ai bien dit « presque » !

En ce qui concerne Cairo, sa première intervention est annoncée par une carte de visite parfumée au gardénia. Et Sam Spade ne peut s’empêcher de sourire quand il fait les poches de Cairo inconscient et qu’il découvre que son mouchoir est parfumé lui aussi. On se doute bien qu’il s’agit de la même odeur.

Mais, et c’est là qu’est aussi le talent de Huston : à aucun moment ils sont caricaturaux ou encore critiqués pour leur homosexualité. Ces deux hommes sont ce qu’ils sont et ce sont leurs actes criminels qui sont pris en compte, et rien d’autre. Aucun lien de cause à effet. Et d’ailleurs, Huston n’insiste pas et se concentre plus sur la relation entre Spade et la jeune femme.

Encore que « jeune femme » est moins exact que « femme jeune », voire « encore jeune ».

Oui, Mary Astor a 35 ans quand sort le film, mais elle n’a tout de même rien perdu de sa beauté, ajoutant maturation à sa séduction. Elle est malgré tout une de ces « femmes fatales » dont Hollywood avait le secret.

Son jeu est toujours impeccable et elle partage avantageusement la vedette avec Bogart, jouant elle aussi une dure-à-cuire, mais d’un autre genre.

 

Au final, un film dont je ne me lasse toujours pas et vers lequel je reviendrai toujours avec beaucoup de plaisir.

 

 

PS : A noter qu’on retrouvera Bogart, Astor et Greenstreet dans un autre film de Huston l’année suivante : Across the Pacific. Il s’agit d’un film en rapport avec la guerre où les Etats-Unis ont enfin pris part.

 

  1. C’est le cas de le dire.
  2. N’oublions pas qu’à cette époque l’homosexualité n’avait pas le vent en poupe, même si nous savons aujourd’hui que certains grands noms de Hollywood l’étaient, mais le cachaient pour éviter d’être mis au banc de l’infamie. 

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