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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Rob Letterman, #Epouvante
Chair de Poule (Goose Bumps - Rob Letterman, 2015)

R.L. Stine (Jack Black) est un auteur à succès de roman pour la jeunesse. Mais pas n’importe quel roman : la série Chair de Poule (1). Voilà plus de trente ans qu’il écrit des histoires d’horreur pour enfants, avec un succès phénoménal.

 

Ici, Rob Letterman nous propose un film à propos de l’univers de ses romans, utilisant un maximum de ses personnages : des nains de jardin à la mante religieuse géante en passant par le terrible et machiavélique Slappy, un pantin de ventriloque autonome.

En effet, Chaque fois que Stine (le personnage pas le vrai, ou alors…) écrit une histoire, son manuscrit (tapuscrit ?), une fois ouvert, faisait sortir les créatures maléfiques qui y étaient décrites (2).

Bien entendu, ici, un premier livre est ouvert qui en amène un autre… Et la petite ville de Madison (Delaware) se transforme rapidement en champ de bataille dévasté par les innombrables monstres.

 

Bien sûr, la part belle est faite aux monstres et à leurs effets dévastateurs. Mais l’intrigue, un tantinet convenue, utilise avec pertinence ces différents monstres de leurs effets. Si l’Abominable Homme des Neige est terrible et franchement abominable, il existe certains personnages qui amènent des situations comiques malgré l’ambiance (voulue) horrifique. Je parle bien sûr des nains de jardins, aussi laids que ceux qu’on peut apercevoir dans certains quartiers pavillonnaires : c’est une armée grotesque de lutins maléfiques, bien que dangereuse…

 

Grotesque est le vocable qui définit le mieux l’esprit du film, mais sans péjoration. Cette accumulation de créatures plus fabuleuses et menaçantes les unes des autres amène un tel paroxysme qu’on en vient à penser : « tout ça, c’est pour de rire ! »
Parce que c’est drôle. Comme les livres de Stine, on s’amuse à avoir (un petit peu) peur.

Sans compter les références qui interpellent plus les adultes avec un point d’orgue : Stephen King.

Ce dernier est cité par Stine/Black et on retrouve même une scène de théâtre au titre évocateur : The Shining.

Bien sûr, Stine s’y installe pour écrire.

 

Alors laissez-vous emporter par ce film au rythme soutenu, où les protagonistes sont tous impeccable, et tant pis si l’histoire est totalement invraisemblable : nous sommes au cinéma !

Mais surtout : amusez-vous à avoir peur !

 

  1. Goose Bumps, en VO. Robert Lawrence Stine existe réellement, on peut même l’apercevoir dans le film.
  2. Bien entendu, on ne se pose pas la question : comment a-t-il pu être édité si des monstres sortent dès qu’on ouvre un manuscrit ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Peter Hunt, #James Bond, #Espionnage
Au Service secret de Sa Majesté (On Her Majesty's secret Service - Peter Hunt, 1969)

James Bond revient. Encore.

Mais si Sean Connery fut un Bond plus qu’appréciable – malgré l’opus précédent – George Lazenby, grâce à Peter Hunt, nous offre de la quintessence de 007.

C’est le film des « 1 fois ». (1)

En effet, nous avons ici une aventure de Bond beaucoup plus personnelle. On pénètre dans une part de son intimité, sans toutefois déroger à la règle habituelle : neutraliser un adversaire psychopathe, bagarres diverses, poursuites (dont voitures, bien entendu) et James Bond girls à gogo. Elles sont 15 en comptant la plus importante : Teresa Tracy di Vincenzo (Diana Rigg, toujours éblouissante).

 

Parmi les 1 fois, on trouve aussi des premières fois : c’est la première fois que Bond pénètre chez M (Bernard Lee). La prochaine fois, ce sera Daniel Craig : un autre James Bond pour une autre M (Judi Dench). Mais ici, c’est avant tout la demeure familiale au vu de son ampleur.

On voit aussi Bond embrasser – très légèrement – Miss Moneypenny (Lois Maxwell) sur la bouche, dans une – indispensable – séquence au QG (Universal Exports Ltd, comme d’habitude aussi).

Mais surtout, c’est la première fois qu’il se marie. Véritablement. Dans l’épisode précédent, son « mariage » était faux, puisqu’il ne portait pas son vrai nom, et que ne ferait-on pour le service (2).

 

Mais c’est surtout James Bond que nous découvrons ici. Le vrai, l’être humain derrière la couverture d’agent secret. Certes, il possède toujours sa même adresse pour se sortir des situations, mais sa rencontre avec Tracy le transforme, doucement, progressivement, à mesure qu’il se rend compte qu’il aime cette femme si peu ordinaire : à un agent extra ordinaire, il ne pouvait pas correspondre une femme commune.

George Lazenby, éphémère James Bond rend son personnage absolument magnifique. Il conserve l’esprit et le rythme des films précédents et y ajoute une émotion rarement retrouvée ensuite. 

Il y a un ton très personnel qui disparaîtra ensuite. Et cette émotion est accentuée par des flashbacks pertinents : des images de ses exploits passés quand il donne sa démission ; et surtout les dernières images qu’il garde de Tracy quand elle est enlevée, ces images se reflétant sur une vitre, alors qu’il regarde au dehors, sans vraiment rien voir.

 

George Lazenby n’a pas voulu renouvelé l’expérience. Certes le film n’a pas aussi bien marché que les précédents, mais je rejoins la plupart des spécialistes – dont mon cher ami le professeur Allen John – pour conclure que ce film est très certainement le meilleur de la série.

Mais je comprends un peu le choix de Lazenby : son agent lui avait prédit une baisse de l’intérêt des spectateurs dans ce personnage d’agent secret (comme quoi tout le monde peut se tromper), alors il lui fallait quelque chose de sûr.

Mais surtout, avec cette seule interprétation, il fige Bond dans un moment clé de sa vie. Cet épisode va prendre la teinte personnelle et émotionnelle qui en fait un film complètement à part dans la série.

C’est bien simple, tout ce qui peut arriver après n’est rien à côté de ce qu’il a vécu pendant ce seul épisode.

Jamais il n’y aura une telle intensité dans le personnage : ce sera la seule fois Bond dira « Je vous aime » à sa partenaire principale et, semble-t-il, définitive.

 

Définitive, car il n’y aura pas d’autre femme dans la vie de Bond. Tout du moins à  ce niveau personnel. Les femmes s’enchaîneront inlassablement, mais aucune ne prendra la place de Tracy.

Tracy, d’ailleurs, mous permet d’admirer (4) Diana Rigg autrement, passant de Chapeau melon et Bottes de cuir à James Bond, en souplesse et en retrouvant les réflexes affutés de Mrs Peel : une autre très bonne raison de (re)voir ce film.

 

 

PS : j’oubliais, c’est la première fois que la réplique « My name is Bond. James Bond. » est prononcée dans son intégralité. Et encore une fois, ce n’est pas à n’importe qui mais à Tracy qu’il s’adresse !

 

PPS : Vous aviez remarqué Joanna Lumley, autre partenaire de Steed quelques années plus tard ?

 

  1. Je vous laisse user du terme « one shot ». Pour ma part, bien qu’angliciste et anglophile, je ne le trouve pas terrible. Les goûts et les couleurs…
  2. Voir à ce sujet Francis Lagneau, dit « Chérubin », dit « Falbala »…
  3. « Voir » n’est pas un terme assez fort quand on parle de Diana Rigg…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Francis Veber, #Comédie, #Pierre Richard
La Chèvre (Francis Veber, 1981)

Si la chèvre est un animal, celle qui nous est proposée ici en est un drôle : François Perrin (Pierre Richard) est un homme malchanceux. De sa naissance – prématurée – à son apparition dans le film, ce ne sont que catastrophes qu’il subit et/ou déclenche.

Alors quand la fille du président Bens (Michel Robin), autre malchanceuse notoire, disparaît : Bens, sur une suggestion du psy Meyer (André Valardy), envoie Perrin à la recherche de sa très chère fille, espérant que sa malchance permettra de retrouver sa trace. Mais, heureusement pour Bens, son enquêteur – Campana (Gérard Depardieu) – veille au grain. Il faut dire que se promener avec un tel ahuri est épuisant et peut se révéler dangereux (surtout pour lui).

 

A nouveau, Pierre Richard est François Perrin, gaffeur invétéré, comme dans le premier film de Francis Veber (le Jouet).

A nouveau, nous avons un couple improbable : d’un côté un professionnel, sérieux et solide ; de l’autre un ahuri, déclenchant des accidents à la pelle, et de ce fait mettant le premier en difficulté.

 

On retrouve donc le même duo mal assorti de L’Emmerdeur, Pierre Richard et Gérard Depardieu remplaçant Jacques Brel et Lino Ventura.

Et bien entendu, c’est Pierre Richard qui emporte tous les suffrages, son personnage de maladroit atteignant un sommet du genre.

Et si on assiste à une longue série d’accidents, il y en a au moins autant hors champ : entre les bribes de la vie de Perrin et les différents obstacles qu’il rencontre, on en arrive à se dire, tout comme Campana : « vous ne vous reposez jamais ? »

 

Et comme il ne se repose jamais, le spectateur en profite et rit de bon cœur face à cet homme. Pourquoi ? Parce qu’il porte toute la malchance du monde. Ce n’est plus une chèvre, mais presque le bouc émissaire (Cf. Lévitique, 16) qui accumule tous les tracas du monde, et surtout qui trouve cela très naturel.

Et le dernier plan qui le voit partir à la dérive sur un radeau improvisé résume très bien la vie de cet homme : tout peut s’effondrer autour de lui, il continue malgré tout à avancer, vers d’autres catastrophes auxquelles il continuera tout de même de survivre.

 

Face à Pierre Richard (et surtout François Perrin), il fallait un acteur solide. Lino Ventura ayant refusé, c’est Gérard Depardieu, star (encore) montante depuis Les Valseuses, qui lui donne la réplique. Clown blanc face à un tel auguste, ses interventions sont certes moins comiques mais ont l’effet escompté : il est un faire-valoir précieux pour Pierre Richard, tout comme le sera Gérard Lanvin face pour Michel Blanc dans Marche à l’Ombre.

Et il faut avouer que ce duo fonctionne bien, - et surtout Depardieu ne fait pas encore du Depardieu – tellement bien que deux autres films réunira les deux acteurs et le réalisateur, dans des intrigues aux même ressort comique : deux personnages mal assorti, mais qui au bout du compte sont complémentaires. Le seul changement notable concernera Pierre Richard : Perrin deviendra Pignon…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Tom Roberts
In Tranzit (Tom Roberts, 2008)

Dans un camp de femmes vide, près de Leningrad à l’hiver 1946, les gardiennes reçoivent un convoi d’une cinquantaine d’Allemands, tous prisonniers de guerre.

Parce que quand la guerre est finie, elle continue quand même.

Nous allons alors suivre la vie de ce camp de transit, dirigée d’une main de fer par Olga (Tatiana Yakovenko), aidée de ses six femmes, dont plusieurs ont eu à souffrir de la présence allemande à Leningrad.

 

Si ce film est ce qu’on appelle un « film de guerre », il est tout de même très difficile de le classer. Tout d’abord, il n’est jamais sorti en salles et a été de suite exploité en DVD. Et on peut se demander si ce film aurait eu un quelconque succès s’il avait été distribué dans les cinémas.

En effet, le film a pour intrigue une situation plutôt ambiguë. D’un côté des soldates russes, qui n’ont rien à envier à leurs homologues masculins : dès la première séquence, un prisonnier est abattu, sans sommation. De l’autre on a un groupe de prisonniers dont certains furent d’abominables SS, recherchés en vue d’un éventuel procès pour crime de guerre.

A cela s’ajoute un colonel on ne peut plus inquiétant : Pavlov (John Malkovich, toujours aussi magnifique).

Si les prisonniers ont peur de cet homme, ce qui est absolument justifié quand on voit ce qui arrive à ceux qui sont démasqués, il se trouve que les gardiennes aussi ne sont pas très à l’aise en face d’un tel personnage : le moment où Zina (Nathalie Press) est humiliée par Pavlov est aussi terrible que ce dernier ne s’énerve à aucun moment.

Il y a du sadisme dans cet homme et on peut difficilement s’identifier à un tel soldat.

 

Mais d’un autre côté, adopter le point de vue des prisonniers n’est pas sans créer un certain malaise : plusieurs d’entre eux sont de terribles barbares, tortionnaires et surtout tueurs de civils. Des hommes, femmes et enfants ont été tués impitoyablement pendant l’occupation de la ville, comme le rappelle les rares images d’archives de morts que Tom Roberts insère dans son récit : il ne peut pas y avoir de pitié pour ce qui s’est passé et surtout envers ceux qui ont officié.

On arrive alors à une sorte d’impasse : d’un côté un colonel russe peu amène et de l’autre des criminels de guerre.

 

Et puis il reste les femmes. Les gardiennes tout d’abord, effectuant leur service sans trop se poser de question (à moins que ce soit la peur de Pavlov). Elles ont chacune une attitude différente à l’égard de ces hommes qui sont à leur tour considérés comme des inférieurs : les privations dues à la présence allemande sont encore dans les mémoires, quand ce ne sont pas les exactions.

Et parmi elles, on va suivre plus particulièrement Natalia (Vera Farmiga, superbe), le médecin qui, de par son statut se retrouve près des prisonniers. Natalia dont le mari a été blessé et n’est plus que l’ombre de lui-même, incapable de parler, tout juste bon à ouvrir et fermer la porte du camp.  

Par fonction tout d’abord, elle approche au plus près de ces hommes allant jusqu’à les toucher pour les examiner. Et puis il y a la dose d’empathie qu’a chaque médecin envers des gens qui souffrent, malgré ce qu’ils sont, malgré ce qu’ils ont été ou ce qu’ils ont fait.

Et puis il y a la frustration de cette femme qui n’a plus un vrai mari comme avant. Avant la guerre, la guerre qui a tout détruit : ce passé plus heureux malgré tout.

 

Et puis il y a les autres femmes, celles de Léningrad : seules pour la plupart et qui ont perdu leur mari à la guerre quand ce n’est pas ailleurs. Leur solitude n’est pas supportable dans cette période troublée. Alors de jeunes hommes disponibles, après hésitation, n’est pas pour leur déplaire tout à fait.

Cette rencontre est l’un des rares moments d’humanité totale du film. Je veux dire que pendant un moment, les uniformes ont disparu, les soldats sont redevenus des hommes et les femmes des femmes pour une danse, pour un instant de bonheur, fugace.

Et nous arrivons alors à une situation qui semble totalement incongrue dans un tel contexte : les tueurs et les familles des victimes réunies au son d’un ensemble musical de fortune. Sans uniforme. Sauf pour les Russes, rappelant alors que tout le monde n’est pas au même niveau.

 

On retrouvera  certains des criminels de guerre. En reste-t-il d’autres ? On ne le saura pas, et de toute façon, la parenthèse ouverte par ce bal d’après-guerre va se refermer : avec la neige, ce sont les soldats qui vont s’en retourner d’où ils viennent : leur pays, leurs familles… Leurs consciences ?

 

Difficile à dire.

 

 

 

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Espionnage, #Phil Alden Robinson, #Robert Redford
Les Experts (Sneakers - Phil Alden Robinson, 1992)

Il est vrai que l’équipe qu’on nous présente est composée de pointures – les personnages comme leurs interprètes – mais le titre original (Sneakers) est plus spécifique et nous renseigne : l’équipe de Marty Bishop (Robert Redford) va s’introduire dans des lieux ainsi que dans des systèmes.

Et quelle équipe : Crease (Sidney Poitiers), Mother (Dan Aykroyd), Karl (River Phoenix) et Whistler (Dave Strathairn). Sans oublier Liz (Mary McDonnell) qui se retrouve embarquée malgré elle ans cette histoire.

 

Mais reprenons : dans sa jeunesse (1969), Marty (Gary Herschberger) était ce que nous appellerions aujourd’hui un hacker : avec son ami Cosmo (Jo Marr) ils étaient parvenus à détourner de l’argent de riches républicains (i.e. du Party Républicain américain) vers des associations humanitaires quand elles n’étaient pas opposées à leurs « généreux » donateurs.

Malheureusement pour eux, le FBI veillait et Cosmo a terminé en prison, Marty entrant alors en clandestinité.

Une vingtaine d’années plus tard, Marty est rattrapé par son passé. La NSA l’a retrouvé et lui propose un marché : dérober un décodeur contre une amnistie totale.

A nouveau, il va falloir s’introduire dans un nouveau système et de nouveaux lieux…

 

Certes le film de Phil Alden Robinson n’est pas un chef-d’œuvre absolu, mais on ne peut lui dénier un certain charme. En effet, nous sommes dans une intrigue qui n’est pas sans rappeler Mission Impossible (la série), mais remise au goût du jour : la période qui a tout de suite suivi la chute du communisme. En effet, Bishop, jusqu’à très récemment, a participé à la « Guerre froide » comme le suggère son entrevue avec l’« attaché culturel » de l’ambassade d’ex-URSS.

Mais si le contexte est très daté, le propos de l’intrigue n’est pas si décalé que ça : nous sommes dans une nouvelle sorte de conflit : une guerre de l’information, où le virtuel prendra le dessus sur le matériel, à travers les ordinateurs.

Quand on repense à l’élection de donald trump et à la généralisation des « fake news » (1), on se dit que finalement, le film de Robinson est très prémonitoire.

 

Pour le reste, les protagonistes nous offrent un spectacle très agréable. Il faut dire qu’ne plus des personnes citées plus haut, on trouve le grand Ben Kingsley (au moins par le talent), dont le flegme britannique accentue la dangerosité : oui, Cosmo est devenu le méchant du film.

On est en plus bluffé par le choix de Gary Herschberger dans le rôle de Marty jeune : on retrouve en lui le visage Robert Redford dans Butch Cassidy & the Sundance Kid qui sortit en 1969, l’année où est censée se passer la scène d’introduction.

 

On se laisse alors délicieusement embarquer dans cette histoire d’espionnage un tantinet décalée. En effet, si l’équipe de Marty sauve d’une certaine façon le monde, ce n’est pas dans le style spectaculaire de James Bond ou d’une autre superproduction. On reste dans un cadre à échelle humaine, où le plus important c’est la mise en place et surtout la réalisation de chaque opération qui dominent, comme dans Mission impossible, mais surtout avec un dose d’humour très appréciable : Mother est complotiste et s’accroche régulièrement avec Crease ancien de la CIA ; Whistler est aveugle et pourtant c’est bien lui qui voit le mieux…

Réjouissant.

 

(1) Cette appellation on ne peut plus tendance cache ce qu’on appelait avant « mensonges ».

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Bertrand Tavernier
La Vie et rien d'autre (Bertrand Tavernier, 1989)

Novembre 1920

La guerre est finie : on va même bientôt fêter les deux ans de l’Armistice. Mais la guerre n’est pas finie pour tout le monde : pendant que le Commandant Delaplanne (Philippe Noiret, superbe) essaie de mettre un nom aux disparus retrouvés, aux amnésiques, ou encore aux morts récemment exhumés, les familles vont de « gisements » en gisements (1) espérant encore retrouver leurs disparus, ou gagner encore un bout d’espoir s’ils ne sont pas là.

Parmi ces chercheurs, deux femmes : Irène de Courtil (Sabine Azéma) et Alice (Pascale Vignal), à la recherche de deux hommes qui auraient pu se croiser, mais qui ne sont plus là. A moins que.

 

Irène, c’est la femme de la haute société, dont le mari s’est engagé, - tardivement peut-être, mais c’est bien connu, il n’est jamais trop tard – délaissant sa situation florissante de fils de grande famille.

Alice, c’est la jeune fille presque innocente. Elle n’est pas de la même classe, même si elle a tout de même son brevet : elle n’est qu’un prénom, sans origine, donc. Elle, c’est son fiancé qu’elle recherche. Un homme comme elle, avec des goûts simples, et une vie qui devait l’être tout autant.

Ces deux hommes, qu’elles cherchent au même endroit, sont aussi un symbole : celui de la l’Egalité, de la devise républicaine, cette « grande illusion »…

Mais s’il est une chose véritablement égalitaire, c’est la mort, étape ultime et inévitable de la guerre.

 

Et pourtant. Irène et Alice sont liées. Il n’y aura pas de résolution pour l’une sans l’autre. Leurs chemins se croisent et se décroisent jusqu’à la révélation finale. Parce qu’il y en a une. Une révélation terrible : forcément, elle est attendue sans l’être vraiment. Tant qu’il y a de l’espoir, il y a de la vie…

Mais si espoir il y a, pour l’une comme pour l’autre, ce n’est pas pour la même raison. Car si l’une veut retrouver son fiancé, l’autre n’est pas bien sure de revoir son mari.

Malgré tout, ces deux femmes n’existent que par l’autre, voire d’une certaine façon pour l’autre : chacune envie une partie de l’autre, tacitement.

 

Au milieu de ces deux parcours, on trouve Delaplanne, ce militaire que la guerre dégoûte, que le mensonge de celle-ci écœure. Inadapté, forte tête et surtout las de tout ceci, il voit en Irène une opportunité. Cette belle femme à la recherche de son mari l’attire. Mais il ne peut pas. Ou il ne veut pas. Ou alors pas comme ça. Le soudard en lui s’est éteint. Et quand son choix est fait, c’est trop tard : elle est repartie.

 

Et pendant ce temps, la grande Histoire (« le grand mensonge » pourrait dire Delaplanne) continue : il faut désigner un soldat inconnu. Absolument inconnu mais avant tout français ! Mais surtout pas un Français des colonies : ces derniers ne sont bons qu’à déterrer les morts – les « Annamites » – ou vérifier les sols minés – les Noirs (2).

Cette désignation nous permet un intermède comique au milieu de ce lendemain de cataclysme. Chargé de trouver un mort bien français, le capitaine Perrin (François Perrot, bientôt 95 ans…) sillonne la région accompagné d’une équipe d’Indochinois, aux coutumes qui lui sont totalement étrangères, les faisant travailler en leur promettant éventuellement du riz.

 

Ce prélude comique à une désignation hautement solennelle est un paradoxe très réjouissant. Et quand le soldat Thain (Eric Dufay) choisit, la solennité disparaît immédiatement : nulle grandeur d’âme ni autre poids de responsabilité dans son choix : une raison toute bête que je vous laisse découvrir. Une raison qui aurait pu tout à fait convenir à Delaplanne, spectateur obligé de cette cérémonie. Obligé et bien embêté (3) : son supérieur, le général Villerieux (Michel Duchaussoy) s’en rend bien compte. C’est l’aboutissement de leurs rapports intermittents : d’un côté une vieille ganache (ou baderne, au choix), qu’on attend à tout moment pousser un « scrogneugneu » rageur (comme c’est toujours le cas chez ce genre de personne) ; et de l’autre un militaire qui ne l’est déjà plus, malgré son uniforme et ses quelques décorations, las des combats, des morts et surtout de l’hypocrisie de ses supérieurs.

 

Et c’est le décalage entre l’Histoire des manuels (ou telle) et le quotidien des hommes – et surtout des femmes – qui fait tout le sel de ce film. Ces deux femmes (et toutes les autres à travers elle), tout compte fait, ne sont certainement pas moins courageuses que les hommes qu’elles recherchent, mais c’est pourtant l’héroïsme meurtrier que retiendra la sempiternelle Histoire, avec sa majuscule, diminuant un massacre qui lui aussi devrait avoir cette même majuscule et qui est pourtant réduit à une seule chose : une série statistiques, au grand dam de ce même Delaplanne.

 

 

  1. Ce sont malheureusement des gisements de cadavres qu’on retire de terre.
  2. Je vous passe le qualificatif usité dans le film, un de ces surnoms qui sent bon le colonialisme triomphant, méprisant, mais avant tout condescendant…
  3. Un terme plus fort me vient à l’esprit.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Colin trevorrow
Jurassic World (Colin Trevorrow, 2015)

Les dinosaures sont de retour !

Un peu plus de 20 ans ont passé depuis la presque inauguration du premier Jurassic Park. John Hammond et décédé – Richard Attenborough aussi – et le nouveau grand patron s’appelle Simon Masrani (Irrfan Khan).

La question ne se pose plus de savoir s’il faut ouvrir le parc : voilà près de vingt ans qu’il est ouvert, exactement là où a eu lieu la première expérience.

Isla Nublar (en fait, c’est l’île de Kahuai) accueille donc toute une galerie de dinosaures, avec quelques nouveaux venus comme des ankylosaures ou encore un mosasaure gigantesque.

Mais en toute sécurité, ce qui et la moindre des choses.

Mais les fréquentations baissent. Il ne reste qu’une seule solution : créer un dinosaure encore plus spectaculaire que le tyrannosaure.

Vous avez dit clonage ? Bien sûr.

Mais ne jamais oublier le théorème de « Mary Shelley » : quand on crée une créature potentiellement dangereuse, elle va s’échapper et semer la mort autour d’elle.

Et le Dr. Wu (B.D. Wong) – le seul qui a survécu aux autres épisodes – n’est pas plus adroit que le Dr. Frankenstein : l’Indominus Rex, tout comme « le Monstre » (Boris Karloff ou Peter Boyle, par exemple) s’échappent. Bien entendu la taille et la voracité du dinosaure font des dégâts autrement plus importants.

Et pour corser le tout : un couple en instance de divorce envoie ses deux fils dans ce parc que dirige Claire Dearing (Bryce Dallas Howard), la tante des enfants.

Mais heureusement, le beau et musclé Owen Grady (Chris Pratt) veille.

 

L’intrigue est un tantinet compliquée – surtout parce qu’on y trouve des sous-intrigues – mais le spectacle est là. Comme dans Jurassic Park, on ne voit pas les dinos tout de suite, il faut passer le premier quart d’heure pour entrapercevoir le nouveau-venu du parc : l’Indominus Rex (1). Rassurez-vous, on a maintes fois l’occasion de l’admirer en totalité et c’est un monstre assez impressionnant lui aussi, un peu plus grand que le T. Rex, mais en plus intelligent. En outre ses pattes à trois griffes nous indiquent qu’il semble être un croisement entre un tyrannosaure (la taille) et un vélociraptor (les griffes).

 

En plus de la référence ci-dessus, on a droit à un autre prolongement qui n’est pas sans rappeler Alien. En effet, parmi les dirigeants du parc se trouve Vic Hoskins (Vincent « Whale » D’Onofrio) un ponte d’InGen (toujours là). Et ce monsieur n’est pas là pour admirer les animaux, il est là pour une éventuelle utilisation militaire des raptors : Owen, quand on le rencontre pour la première fois, essaie de dresser ces charmants animaux…

Et encore une fois, tous ces gens tellement bien intentionnés sont châtiés irrémédiablement. Quand est-ce qu’on va comprendre qu’il ne faut pas jouer avec la nature ? (2)

 

Même si on reconnaît la présence de Spielberg dans le film, il lui manque un petit quelque chose pour en faire un grand film. En effet, peut-être eût-il fallu donner un peu plus d’épaisseur aux personnages qui sont un tantinet falots. Même Owen Grady, lointain couin d’Indiana Jones, manque de relief dans une histoire somme toute bien prévisible. Quant à Omar Sy, son rôle est plutôt décoratif et les rares répliques en français qu’il prononce ne sont pas dans un langage très châtié.

En fin de compte, manque au film de Colin Trevorrow la fraîcheur de Jurassic Park et la tension de The lost World, les deux Spielberg.

Il est certes difficile de passer après le maître, mais tout de même, j’en attendais mieux.

Quoi qu’il en soit, Colin Trevorrow semble remplir le cahier des charges : dinosaures ravageurs, enfants, adultes pas complètements adultes et menaces diverses et l’indispensable Tyrannosaure, véritable roi (rex, en latin) des dinos !

Par contre, la fin est un petit peu trop facile. Sans aller jusqu’à dire invraisemblable – cette saga peut-elle l’être ? – l’issue du combat des géants me semble un tantinet bâclée : l’utilisation d’un Deus ex Machina comme au bon vieux temps du théâtre antique n’était peut-être pas la bonne solution…

 

Mais comme je n’ai pas d’autre alternative à proposer, j’en resterai là. (3)

 

 

  1. « Dominus » signifiant « Seigneur » ou « Maître », le préfixe in- marquant la privation, on peut supposer que ce dinosaure a des tendances anarchisantes puisqu’il qu’il ne connaît « ni Dieu, ni maître »… Mais trêve de plaisanteries.
  2. Malheureusement, il semble que la réalité ait dépassé la fiction…
  3. Colin Trevorrow & C°, pour leur part n’en sont pas restés là : une suite est sortie en 2017. Avant de la visionner, il serait peut-être temps que je vois le troisième opus de la franchise (2012), non ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Steven Spielberg, #Science-Fiction, #Richard Attenborough
Le Monde perdu : Jurassic Park (The lost World: Jurassic Park - Steven Spielberg, 1997)

Quatre ans ont passé.

John Hammond (Richard Attenborough) suite à l’expérience précédente a été remplacé par son neveu Peter Ludlow (Arliss Howard), mais c’est bien la seule chose qui a changé : les dinosaures sont toujours là, et plus redoutables que jamais.

 

Le premier Monde perdu (d’après Arthur Conan Doyle) c’est celui d’Harry O. Hoyt, réalisé en 1925 avec la belle Bessie Love et l’imposant Wallace Beery.

Pas étonnant que Spielberg lui ait emprunté ce titre : il y avait déjà des dinosaures dans ce « monde perdu ».

Mais si ceux de 1925 fleurait bon le carton-pâte, ceux de 1997 sont tout ce qu’il y a de réel. Pour les personnages du film.

A nouveau, Spielberg nous propose son bestiaire tout droit sorti du Crétacé avec en prime de nouvelles espèces : stégosaures (avec la queue à pointes) et diplodocus, sans oublier quelques ptéranodons (1) qui apparaissent tardivement.

 

Mais si le premier film avait un côté bon enfant, celui-ci est beaucoup plus grave et certainement plus violent. Il faut dire aussi que les effets numériques étaient en pleine expansion, et encore une fois, Spielberg les utilise avec pertinence : au service de l’intrigue et non le contraire.

Si le film fait référence au film de Hoyt (2), le film ne s’arrête pas à celui-ci. L’autre grande référence est bien entendu le King Kong de Cooper & Schoedsack (3), et pas seulement à cause d’un immense portail. On retrouve avec la double expédition Harding-Ludlow, celle de Carl Denham dans le film de 1933 : d’un côté l’aspect documentaire avec Sarah Harding (Julianne Moore) et ses collaborateurs ; de l’autre les mercantiles avec Ludlow et sa clique, venus se servir dans un vivier afin de créer un nouveau parc d’attractions, bien entendu mieux conçu que celui du vieux Hammond.

Et puis il y a Roland Tembo (Pete Postlethwaite qui est aussi dans Amistad cette même année). Tembo est le pendant de Robert Muldoon (Bob Peck) dans Jurassic Park : mais si Muldoon était un chasseur chargé de veiller au bon déroulement du parc, Tembo, lui, est un véritable chasseur venu traquer l’ultime gibier qui manquait à son tableau (de chasse…) : un T. Rex.

 

Parce que bien sûr, les T. Rex sont là : ils sont deux et ils pont un petit : un t. Rex, quoi. Et comme Ludlow – et aussi Tembo – en veulent à leur bébé, les choses dégénèrent et on assiste à des carnages autrement plus impressionnants que quatre ans plus tôt.

Vous l’avez compris, la T. Rex remplace notre gorille préféré (le mien, en tout cas), et nous avons droit à une course poursuite dans San Diego (moins de buildings, mais vu que les tyrannosaures avaient de petites pattes antérieures, ce n’est pas plus mal) qui se termine pour le mieux, sauf pour le méchant Ludlow, mais c’est bien de sa faute, après tout.

La séquence de San Diego est aussi l’occasion de faire un clin d’œil à Godzilla (2) où on peut voir quelques personnes d’origine asiatiques s’enfuyant devant le monstre déchaîné.

 

Mais comme cette fois, Alan Grant (Sam Neill) et Ellie Sattler (Laura Dern) ne sont pas là (5), il faut quelqu’un pour reprendre le rôle du grand enfant. C’est la première transition (voir ci-dessous) qui nous le donne : le professeur Ian Malcolm (Jeff Goldblum). [Rappel : une expérience scientifique qui tourne mal : Jeff Goldblum est par là…].

La force de Goldblum, par rapport à Neill, c’est avant tout sa taille. Il donne tout de suite l’impression d’un grand échalas, comme peuvent l’être certains ados de notre connaissance (on en connaît tous un). Encore une fois, nous avons donc quelqu’un qui semble appartenir au monde des adultes mais qui est resté bloqué en chemin. Si Grant met pratiquement tout le film pour s’en apercevoir, Malcolm est plus prompt à réagir et se comporter tel qu’il aurait toujours dû le faire. Le plan final qui voit Sarah, Malcolm et Kelly (Vanessa Lee Chester, tout en souplesse) n’a alors rien d’étonnant.

 

Il y a dans le film tout un accent particulier mis sur les transitions : la première voit une femme commencer à crier et se terminer sur Malcolm qui baille, et ainsi de suite. C’est un véritable festival de transitions qui tiennent lieu d’ellipses. Bref, rien n’est gratuit. C’est normal, on est chez Spielberg.

Rien ? Pas si sûr. Le premier quart d’heure a un côté mercantile assez insupportable : alors que le film s’installe tranquillement, nous avons droit à du placement de produits on ne peut plus désagréable. Ce fut cet aspect qui m’empêcha d’apprécier ce film à sa juste valeur. Avec le temps et la généralisation de cet « effet », on en arrive presque à l’oublier (pas complètement, faut pas exagérer non plus !).

 

Une question pour finir : n’y a-t-il que moi qui vois dans Roland Tembo (le chasseur) un cousin éloigné (en plus intéressant tout de même) de Justin de Saint-Hubert dans Adèle et la bête de Tardi ?

 

 

  1. Que vous n’avez pas confondus avec les ptérodactyles, bien entendu…
  2. Ou celui d’Irwin Allen (1960), chacun ses goûts.
  3. Le seul, le vrai ! (les cris de Fay Wray en moins)
  4. La seule, la vraie ! (1954)
  5. S’occupent-ils de leurs enfants ? En ont-ils eus ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Steven Spielberg, #Richard Attenborough, #Science-Fiction
Jurassic Park (Steven Spielberg, 1993)

A tout seigneur tout honneur : il fallait un réalisateur doué pour adapter le roman de Michael Crichton (10 ans déjà qu’il nous a quittés), qui collabora au scénario : Universal nous donne Steven Spielberg.

25 ans après sa sortie, le film n’a pas pris une rire et garde toute sa force à tous points de vue : une histoire solide avec une bonne de vraisemblable ; des effets spéciaux à couper le souffle ; et un thème rassembleur.

Spielberg réunit tout cela tout en adaptant le film à ses propres thèmes : magnifique !

 

Si j’ai bien compris, il suffit de retrouver un moustique dans de l’ambre et le tour est joué. C’est peut-être un peu schématique, mais c’est le principe : on lui prélève un échantillon de sang et puis à partir de là, on a l’ADN d’un dinosaure. On remplit ensuite les trous avec des bouts d’ADN de batraciens et c’est parti.

Sauf que, bien évidemment, il y a quelque chose qui cloche et on passe d’une vision idyllique de brachiosaures se désaltérant à un tyrannosaure énervé qui veut manger tout ce qui bouge !

 

Dès la première séquence, Spielberg nous emporte et nous fait languir : nous sommes venus voir des dinosaures, et on ne voit que de la végétation bouger ! Mais ça ne dure pas, et sans encore en voir un, on s’aperçoit qu’ils ne sont pas tous très dociles. Le spectateur est tout de suite mis dans le bain : ce qu’on voit est terrible, et extrêmement dangereux.

Mais qu’est-ce qu’on voit ?

On voit un container arriver dans un lieu qu’on suppose être le fameux parc : on voit des hommes armés – certains de fusils, d’autres de Tasers – qui approchent le container d’une entrée. On se rend compte qu’il s’agit d’une cage. Dans la cage, des dinosaures. Lesquels ? Aucune idée. On ne verra rien, mais les choses se compliquent et un homme est aspiré par ces dangereuses créatures.

 

Et puis ?

Et puis on passe à autre chose : Alan Grant (Sam Neill) un paléontologue qui travaille sur un chantier dans le Montana, accompagné de sa charmante fiancée Ellie Satler (Laura Dern) elle-même paléobotaniste en train de mettre à jour un fossile de dinosaure.

Bien sûr, ce sont eux qui auront le privilège de visiter en avant première le fameux parc du Tycoon John Hammond (Richard Attenborough) accompagnés des petits-enfants de ce dernier et d’un scientifique assez particulier : Ian Malcolm. Et qui dit scientifique particulier, dit bien sûr Jeff Goldblum qui, depuis La Mouche est souvent dans des histoires à portée scientifique qui ne se passent pas exactement comme prévues...

Là encore, c’est bien évidemment le cas.

 

Et les dinosaures me direz-vous ?

Il faut attendre la vingtième minute pour enfin les voir ! Mais alors, le résultat est à la dimension des espérances. Avec Jurassic Park, c’en est terminé de l’animation à la Harryhausen : le cinéma entre de plain pied dans l’ère numérique. Le résultat est époustouflant, bluffant, étonnant, surprenant, inquiétant, et toute sorte de verbes au participe présent ! On est littéralement soufflé par les enchaînements qui nous montrent des dinosaures en arrière-plan et d’autres qui voient les protagonistes les toucher ou les caresser. Avec en point d’orgue, l’apparition du Tyrannosaure (1) aussi majestueux que dangereux.

Avec – et surtout – en prime, le Vélociraptor, plus modeste dans les proportions que le T. Rex, mais tout aussi létal.

 


Et comme nous sommes chez Spielberg, on retrouve une problématique liée aux enfants : il y en a deux : Tim (Joseph Mazzello) et Lex (Ariana Richards). Chacun des deux a ses bons et moins bons côtés : surtout Tim qui s’il est incollable question dinosaures est un tantinet trop malin pour Alan, dont il a lu avec intérêt la publication et a quelques détails à discuter. Un pénible, quoi !

Et surtout il y a Alan qui ne veut pas d’enfants, au grand dam de sa compagne (3). L’intrigue évoluant bien entendu pour permettre à Alan de se retrouver exclusivement avec les enfants. Mais cette proximité va bien sûr lui être très profitable.

En effet, ce dernier a beau être professeur et tout ce qui va avec, il n’est pas encore complètement passé dans le monde des adultes. Etre adulte, c’est prendre des responsabilités, c’est construire pour le futur. Alan n’est pas encore prêt à s’engager pleinement avec Ellie, à fonder une famille, comme elle l’espère. Son refus de paternité explique alors son apparentement avec des personnages comme Roy Neary (Rencontres du troisième Type) ou encore Ray (La Guerre des Mondes), ces grands adolescents qui ne veulent pas grandir (4).

 

C’est alors un film fantastique – dans tous les sens du terme – où Spielberg alterne avec brio des scènes d’actions et d’émotion, de comique et de tragédie, de suspense et d’horreur, le tout avec une multitude d’effets spéciaux sans pour autant éclipser le reste (2) pour le plaisir de tous. Parce que c’est là aussi qu’est le talent de Spielberg : chacun s’y retrouve peu importe l’âge ou l’origine. Son propos est universel.

Bref, c’est du pur cinéma. Et c’est ce qu’on veut voir !

 
Le film suivant de Spielberg, c’était une (première) suite. On en reparlera.

 

  1. Le T. Rex, quoi !
  2. On verra hélas dans les années qui suivent une débauche d’effets numériques délaissant l’intrigue pour le spectaculaire amenant un résultat sans appel : des films creux.
  3. Ca coûte cher, c’est bruyant, ça pue…
  4. Pas étonnant que le film précédent de Spielberg avait pour personnage principal Peter Pan…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Michel Blanc, #Comédie
Marche à l'Ombre (Michel Blanc, 1984)

Un cargo arrive à Marseille.

Parmi les dockers, deux jeunes gens, en transit entre Athènes et Paris : François (Gérard Lanvin) et surtout Denis (Michel Blanc).

Ce sont des SDF, jeunes peut-être, mais SDF tout de même.

Ils montent à Paris retrouver leur Arlésienne : Gérard.

A Paris, pas de Gérard, mais des types louches qui proposent des affaires encore plus louche.

Et puis il y a Mathilde (Sophie Duez). Mathilde, c’est le rayon de soleil pendant que les deux compères font la manche, sous une pluie battante.

Et puis, ça ne se commande pas : François tombe amoureux de Mathilde, et Mathilde de François.

Et Denis dans tout ça ?

Il aime la musique irlandaise.

 

Le film aurait pu s’intituler La Revanche de Jean-Claude Dusse.

En effet, on retrouve Michel Blanc dans un rôle qui était le sien dans les Bronzés, ou encore celui de Guy, dans Viens chez moi, j’habite chez une Copine.

Il a les moustaches de rigueur et est un hypocondriaque grave : pensez donc, son entorse a dû s’infecter !

C’est sa revanche car à deux reprises il n’a pas seulement une ouverture, il parvient à la conclusion, et au lit s’il vous plaît.

Mais Denis étant Denis, cousin des deux autres susnommés, il lui arrive à chaque fois un pépin au dernier moment, comme l’arrivée inopinée de François qui s’est fait « jeter ».

 

Et si Denis est plus dans la lignée de Guy, François rappelle pour sa part Daniel, le compagnon d’infortune de Guy, interprété par Bernard Giraudeau. Mais si Guy n’avait peur de rien et osait tout, il n’en va pas de même de Denis qui, en plus d’avoir toujours mal quelque part, ne brille pas par son courage.

Qu’importe, son personnage est au moins aussi attachant que les autres, et on s’amuse beaucoup des turpitudes qui lui arrivent.

 

Michel Blanc, en passant à la réalisation reste dans un  domaine qu’il connaît très bien, la comédie. La parenté avec Viens chez moi est d’autant plus flagrante que Blanc avait adapté et écrit les dialogues du film de Patrice Leconte (1). Et si c’est Gérard Lanvin qui lui donne la réplique, c’est parce que Bernard Giraudeau n’était pas disponible.

Bien entendu, Denis est le personnage central du film. Michel Blanc est magnifique dans ce loser au regard triste.

 

Sans parler des dialogues dont certains sont dignes des grandes répliques du cinéma : la séquence où Denis a fumé un énorme joint et n’est plus étanche n’a pas perdu une once du comique originel. C’est un moment-clé du film. On a d’un côté une situation des plus drôles avec une émotion intense dans le même temps. François qui recueille Denis dans son giron, pour le protéger des renards, le couve, la calvitie de Michel Blanc ajoutant à l’analogie du bébé dans les bras de sa mère.

Parce que Denis et François ne peuvent pas vivre l’un sans l’autre. Denis étant ce qu’il est, François ne peut pas l’abandonner. Deux fois ils se brouillent, François partant seul pendant que Denis rumine. Mais à chaque fois, ils se retrouvent.

 

Ces deux hommes, unis par un lien fort ne sont ni les premiers ni les derniers du cinéma français. On pense bien sûr à Jean Gabin et Marcel Dalio, évadés, dans La grande Illusion, et le transport des valises a un petit côté La Traversée de Paris (à nouveau avec Gabin mais aussi Bourvil) qui n’est pas anodin. A chaque fois, on trouve deux hommes, absolument mal assortis, mais tout de même liés par ce qu’ils sont ou à défaut par ce qu’ils font.


Bref, près de 35 ans après, le film a gardé sa fraîcheur et on ne se lasse pas de voir Denis commander un morceau de fromage de tête, mais un petit, parce que « c’est pour un bébé. »

Malheureusement tout de même, la réalité décrite dans le film (2) est toujours d’actualité, et je ne vois pas comment ça pourrait changer, quand on voit les politiques mises en place contre l’exclusion et qui excluent essentiellement les plus pauvres, et surtout les SDF, d’une vie tout simplement digne : avoir un toit pour dormir, se nourrir et se laver.

 

Quand ce film est sorti (j’avais 16 ans) il m’a aussiattiré pour la musique : on y retrouvait entre autres Renaud et Téléphone qu’on écoutait beaucoup (3). Et la chanson New York avec toi, en plus de son côté prémonitoire, est un très beau résumé du parcours de Denis et François. Il y a un désespoir dans les paroles de Jean-Louis Aubert qu’on pourrait retrouver chez nos deux compères, si le film n’était une comédie : « et puis c’est tellement grand que vite on oubliera que nulle part c’est chez moi, chez toi, chez nous, quoi ! ».

 

 Mais comme c’est une comédie, on peut imaginer que cette errance va s’arrêter (4)…

 

  1. On peut même apercevoir Patrice Leconte au moment où Denis écoute Katrina (Katrine Boorman, la fille de John).
  2. D’une certaine façon, ce film participe à un mouvement de prise de conscience de la misère en bas de chez soi. Un an plus tard, Coluche fondait les Restos du Cœur, agacé de voir qu’on faisait des campagnes contre la faim dans le monde alors que des gens ne mangeaient pas à leur faim en France.
  3. Que voulez-vous, je ne suis plus tout jeune…
  4. Le film se termine là où il a commencé : dans un port. La boucle est bouclée.

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