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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Comédie, #Pierre Granier-Deferre, #Michel Audiard
La Métamorphose des cloportes (Pierre Granier-Deferre, 1965)

Cloporte : petit animal arthropode (ordre des isopodes) qui vit sous les pierres, dans les lieux sombres.
Ici, les cloportes sont des truands à la petite semaine qui se prennent pour des Hommes. Alors évidemment, ça fait des dégâts…

Edmond « le Naïf » (Charles Aznavour), Arthur « Le Mou » (Maurice Biraud) et Joseph Gerhard dit « le Rouquemoute » ont en vue un petit casse. Malheureusement pour eux, ils n’ont pas un flèche à mettre dans la partie pour le matériel (chalumeau). Ils vont alors démarcher un vieil ami – Alphonse Maréchal dit « Le Malin » - afin qu’il finance l’opération, en lui faisant miroiter un magot un tantinet exagéré (juste 10 fois sa vraie valeur).

Mais comme ce ne sot que des demi-sels, le coup capote et Maréchal se retrouve à l’ombre pendant cinq ans, avec une seule idée en tête : retrouver les cloportes et régler les comptes…

 

Quand le film sort, nous sommes toujours sur la vieille vague, fustigée par ces messieurs des Cahiers, et malgré la qualité de la mise en scène, des dialogues et des acteurs, le succès fut mitigé.

Pourtant, plus de cinquante ans après, on célèbre avec gourmandise le moindre film où apparaît le titre Dialogue de Michel Audiard (1). Si Audiard a écrit les dialogues, il ne faut pas oublier Alphonse Boudard qui écrivit le roman dont est tiré le film, ni encore Albert Simonin qui signa ici l’adaptation.

Bref, nous sommes en compagnie de gens de lettres, ou plutôt de « bafouilles », chacun son style, que voulez-vous.

 

Et du beau monde, il y en a aussi sur l’écran. Outre le quatuor précédemment évoqué, on trouve quelques pointures du cinéma français, et pas des moindres : Pierre Brasseur (Démuldère dit « Tonton », allez savoir pourquoi…) ; Daniel Ceccaldi (l’inspecteur Lescure) et l’incomparable Françoise Rosay (Gertrude), celle qui fournit le matériel de toute sorte (chalumeaux, flingues, papier ?). Gertrude est bien évidemment une parente de Madame Pauline, fleuriste, dans Le Cave se rebiffe.

On peut même remarquer Jean Carmet, dans un petit rôle d’efféminé, « comme ils disent… » (2)

 

On retrouve donc autour de Ventura, truand raffiné mais tout de même bien naïf, certains partenaires du Taxi pour Tobrouk, la gravité du sujet (la guerre) étant mise au rancart, pour une comédie plutôt inhabituelle : ça ne se termine pas bien pour tout le monde. Mais ça n’a pas beaucoup d’importance, le jeu des acteurs et actrice (Irina Demick) nous faisant passer un moment très agréable. Irina Demick, d’ailleurs est une « belle conne » comme on pourrait dire, à une nuance près : si elle est très belle, elle est très loin d’être conne…

Et Max dit « Le Malin », est, pour sa part, bien loin de l’être : repassé une première fois par les autres cloportes, il aura droit à un deuxième service…

 

Quant aux trois affreux, ils sont plutôt gratinés. Si Edmond et Arthur peuvent presque passer pour des durs, il en va tout autrement du Rouquemoute. Géret interprète un personnage dont la veulerie et la lâcheté se marient très bien avec l’hypocrisie. Bref, c’est le pire de tous : pas étonnant que Ventura/Maréchal le garde pour la fin. Même quand il n’est pas là, et qu’on parle de lui, ce n’est pas en bien. En plus d’être petite frappe, il a tendance à se laisser entretenir par une drôle de paroissienne : Léone (Annie Fratellini). Bien qu’elle fasse le tapin pour l’autre oisif, elle choisit ses clients et refuse les vieux messieurs. Tout un poème.

 

Je terminerai par la réflexion de Mme Gertrude à propos du Rouquemoute, mais qui convient aussi aux deux autres : « Un mec qui t’emporte une brique de matériel, qui t’laisse deux cents sacs et qui donne plus jamais de nouvelles, moi j’appelle ça une mauvaise personne. »

 

 

  1. Encadré, s’il vous plaît !
  2. N’oublions pas qu’Aznavour est là.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Bertrand Tavernier, #Guerre
Capitaine Conan (Bertrand Tavernier, 1996)

Septembre 1918. Quelque part en Bulgarie.

Le commandant Conan (Philippe Torreton) est un homme de commando. Avec un groupe d’hommes, ils sont des nettoyeurs de tranchée : ils investissent le camp adverse et en déloge les occupants. Parfois ils les gardent prisonniers, d’autres fois pas.

Et puis la guerre se termine.

Mais ils ne rentrent pas chez eux.

 

Nous suivons les pérégrinations du lieutenant Norbert (Samuel Le Bihan), ami de Conan, mais comme le dit ce dernier : « il y a ceux qui ont gagné la guerre, et ceux qui l’ont faite. »

Norbert fait partie de ceux qui l’ont faite.

Bertrand Tavernier nous propose un point de vue : entre Etat-Major et tranchées, entre la merde et la soie, n’est pas Talleyrand, qui veut.

La guerre, c’est la Grande, celle de 14, avec ses tranchées et ses morts stupides (1), avec ses officiers supérieurs et pas que dans leur galons, dans leur attitude aussi : ces planqués qui n’ont pas souvent connu le baptême du feu, si on en croit ce même Conan.

Mais la guerre, c’est aussi ola seule raison de vivre de ces survivants sans cesse en sursis. Même quand la Guerre est finie (28 juin 1919 : Traité de Versailles), ce n’est pas terminé. Il faut sécuriser les pays « conquis » et repousser les Bolchéviks. Et après ? (2)

 

Depuis Les Croix de Bois (1931), le cinéma français n’a pas beaucoup décrit la première Guerre Mondiale, si ce n’et en retraçant ses différentes phases, à l’aide d’images d’archives, estampillées SIRPA, cela va de soi. La grande Illusion (1937) de Renoir ne s’attardait que sur la vie des prisonniers, et d’une manière générale, les faits d’armes peu glorieux (3) étaient expressément écartés pour ne laisser la place qu’aux hauts faits glorieux. Sans oublier Les Sentiers de la Gloire, film qui resta dans les boîtes pendant trente ans en France.

 

En France, justement, on a l’habitude de célébrer les anniversaires qui tombent tout rond : 10 ans, 20 ans… Alors pour fêter les 80 ans de la Bataille de la Marne (4), Tavernier ouvre la voie à une autre façon de raconter cette immense et immonde Boucherie qui permit au monde d’entrer de plain pied dans le XXème siècle.

Ah, ils sont beaux, les militaires français, dans leurs habits kaki (le bleu horizon était passé de mode), qui partent à l’assaut d’une énième cote, avant de partir vers une autre et cela jusqu’à la fin.

Mais comme la fin n’arrive pas, l’inévitable se produit : des désertions, des contestations… Et tous ces beaux soldats – estampillés héros de guerre (AOC) – deviennent la lie de l’armée, (presque) de vulgaires criminels que Norbert doit surveiller, défendre, et au bout d’un moment accuser, au nom de ces mêmes généraux qui n’ont vu pour la plupart d’entre eux les ennemis que sur une carte (d’état-major, cela va de soi…).

 

S’il n’y a aucune envolée esthétique dans cette guerre, Tavernier ne ménage pas ses effets. La vision qu’il nous en donne est réaliste, même si elle n’atteint pas le degré du film de Spielberg Il faut sauver le Soldat Ryan. Mais l’intention est là, et pour une fois, les hauts gradés en sont pour leurs frais : entre le général Pitard (Claude Rich) qui n’est préoccupé que par une « cousine » (Catherine Rich, femme de…) qu’il essaie d’éviter et le commandant Bouvier (François Berléand) qui semble passer sa guerre à table, les troufions sont bien servis. Reste le Lieutenant de Scève (Bernard Lecoq), qui semble différents de ces aristocrates d’épée, mais qui, tout compte fait ne vaut pas tellement mieux, l’image de l’E-M en prend un sacré coup. Il était temps…

 

Restent aussi une distribution prestigieuse et talentueuse, où Torreton et Le Bihan sont toujours justes, avec bien sûr un Torreton qui en devient aérien tant son jeu est superbe. Une mention aussi à Bernard Le Coq, un officier presque humain, mais magnifiquement interprété lui aussi.

 

Au final, cette guerre que nombreux qualifient de « Grande » se termine en eau de boudin, sans faste ni explosion de joie comme on aurait pu l’imaginer.

La déclaration de signature de l’Armistice par le colonel Voirin (André Falcon), sous la pluie, se transforme en farce, quand on voit les soldats qui s’éclipsent discrètement pour soulager un besoin pressant et moins solide que d’habitude.

 

De là à dire que cette guerre les a fait ch…

 

  1. Y a-t-il pire connerie que la guerre ? (Cf. Barbara – Prévert, Paroles, 1946).
  2. Après, on s’achemine tout droit vers la Seconde, la paix chèrement acquise n’étant que toute relative…
  3. Les mutineries de 1917, suite aux offensives farfelues de l’E.M (je ne donnerai pas de nom, même si Nivelle me vient tout naturellement en tête)…
  4. Je ne suis pas convaincu que c’était vraiment un anniversaire bien glorieux…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Buddy van Horn, #Clint Eastwood
La dernière Cible (The dead Pool - Buddy van Horn - 1988)

Clint Eastwood, Lalo Schifrin et San Francisco.

Pas de doute l’Inspecteur Harry est de retour.

Une dernière fois.

Une fois de trop ?

C’est la question qu’on se pose quand la dernière séquence s’enclenche, la caméra s’éloignant progressivement du lieu de résolution de l’intrigue, comme dans les films précédents.

 

Si les films précédents amenaient à chaque fois un nouvel aspect de la personnalité de Callahan, il n’en est rien ici. C’est le même Harry que nous avions quitté lors de l’épisode précédent.

Seul fait notable le concernant : sa répugnance pour les journalistes.

Certes, le côté charognard est fustigé ici, suite à la mort d’une rock star (Jim Carrey). Et les journalistes que nous montre Buddy van Horn ne sont pas à la fête, Samantha Walker (Patricia Clarkson) en tête. Pour ma part, je préfère tout de même la façon dont John McTiernan traite cet aspect dans Piège de Cristal cette même année.

Mais cela ajoute au mauvais côté d’Harry. En avait-il besoin ?

 

Pourtant, ça partait presque bien : un mélange de Dirty Harry (le tueur en série) et Magnum Force (l’ouverture du film se fait à la suite d’un procès). Mais là s’arrête la comparaison. EN effet, et pour une fois, c’est Harry qui est à l’honneur : chaudement félicité par le procureur puis encouragé par son supérieur à donner une bonne image de la police.

Bien entendu, cela ne s’arrête pas là, et Harry reprend ces vieilles habitudes : jouer du flingue lors de scènes de braquage. Si la première fusillade (les tueurs du type qu’on vient de juger) est pertinente, la seconde – dans le restaurant – sent tout de même le réchauffé : ça flingue, sans le clin d’œil aux précédents opus (opi ?) qu’on aurait aimé voir : « go on punk, make my day… », sorte de marque de fabrique du personnage.

Harry nous gratifie tout de même de quelques « swell* » comme précédemment, mais ça ne suffit pas.

 

Malgré tout cela, il manque quelque chose. Ce n’est pas Albert Popwell – qui était déjà dans les quatre précédents : il avait un empêchement.

Peut-être que les ficelles sont usées et on arrive à une fin qui frise le grotesque.

La surenchère d’armes dans les épisodes précédents trouve ici sa conclusion, mais même dans ce cas-là, ça n’apporte rien : au contraire, Harry termine sur ce qui ressemble le plus à une exécution.

 

Autre curiosité du film : après Jim Carrey qui est à ses débuts au cinéma (moins de dix films), c’est Liam Neeson qui tient ici un rôle important avant de passer dans la cour des grands et tenir le haut de l’affiche.

 

Pour le reste, la question initiale reste toujours valide : n’est-ce pas une fois de trop?

 

* « super », « merveilleux », « formidable » : au choix…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jim Sharman
The Rocky horror picture Show (Jim Sharman, 1975)

Un mariage.

Des amoureux.

Un orage.

Un savant fou.

Une créature.

Des extraterrestres.

 

Voici des ingrédients pour faire un (bon) film, rythmée par la musique de Richard O’Brien qui, en outre, interprète Riff-Raff, le serviteur bossu du savant Frank N. Furter (Tim Curry absolument éblouissant !).

Brad (Barry Bostwick) aime Janet (Susan Sarandon) et ensemble vont visiter leur ami le docteur Scott (Jonathan Adams). En chemin, ils crèvent un pneu et se réfugient dans le château du docteur Frank N. Furter.

Là ils assistent à la création de la vie : Frank N. Furter a créé une créature parfaite : belle et musclée pour ses activités de loisir.

 

La référence à Frankenstein est évidente. De même que celle à sa suite : la Fiancée de Frankenstein. Ce film est d’ailleurs bourré de références cinématographiques, la plupart d’entre elles énoncées dans la chanson d’introduction Science Fiction/Double Feature (1).

Mais au fur et à mesure que le film se déroule, d’autres références (2) arrivent, avec en point d’orgue King Kong et Fay Wray (citée deux fois, par ailleurs).

 

Avant le film, il y a la « comédie musicale » Rocky horror Show de Richard O’Brien, qui apparaît dans le film. Nous sommes dans une atmosphère très glam rock, où les genres ne sont pas véritablement définis et où on passe d’un partenaire à l’autre sans distinction de sexe, même si c’est pour en faire… Frank N. Furter n’est pas sans rappeler un personnage comme Gary Glitter et consorts.

Bref, nous sommes dans la période post-68, où les limites étaient encore floues avant le grand coup de massue économique qui se traduira par l’accession au pouvoir de Thatcher en Angleterre et de Reagan aux Etats-Unis : un grand raz-de-marée capitaliste qui balaiera toutes les utopies de la décennie précédente.

 

Et un peu plus de 40 ans après, qu’en reste-t-il ?

Une magnifique performance de Tim Curry, absolument éblouissant dans ce rôle de transgenre pleinement bisexuel (2). Mais c’est avant tout ce qui donne le sel du film. Frank va plus loin que son lointain modèle : non seulement il donne la vie à une créature, mais en plus, elle n’est pas repoussante ! Rocky (Peter Hinwood) est un très bel homme, mannequin à l’époque, et sa comparaison avec Charles Atlas n’est pas usurpée.

En effet, pourquoi créer une créature hideuse quand on peut avoir un magnifique éphèbe ?

Si Tim Curry crève l’écran, il a – là encore, c’est une condition indispensable – des partenaires impeccables, Susan Sarandon en tête. Mais il ne faut pas oublier Barry Bostwick ainsi que le trio transylvanien Riff-Raff, Magenta (Patricia Quinn) et Columbia (Little Nell Campbell). CED sont des personnages outranciers, véritables représentants de cette tendance glam rock déjà mentionnée.

Mais il y a en outre une véritable intention de remuer le spectateur en lui proposant des images provocantes où le sexe est un des composants essentiels.

Pas étonnant que 43 ans après, ce film soit toujours à l’affiche quelque part dans le monde, avec en prime participation des spectateurs : enfin ceux qui connaissent bien le film…

Pendant ces projections, le riz et l’eau pleuvent (au mariage et pendant l’orage), on a d’ailleurs amené du papier journal pour s’abriter, et on peut apercevoir voler d’autres éléments incongrus dans une salle de cinéma : papier toilette, pain grillé, etc.

Bref, les néophytes ne sont pas à la fête (quoi que) et reçoivent en priorité ces différents éléments. Ain’t we got fun ?

 

On peut ne pas apprécier la musique, mais on ne peut pas rester insensibles aux nombreuses références du film. Outre les anciens films (dont, bien entendu, ceux de la RKO), on peut apercevoir de très nombreuses références à l’art pictural, de la toile American Gothic (Grant Wood, 1930) à la Création d’Adam (Michel-Ange, 1508-1512) – indispensable vu l’intrigue –, sans oublier Vinci et Whistler et même un David de Michel-Ange (encore lui !) avec les ongles peints...

Je vous laisse les découvrir si ce n’est déjà fait et vous laisse donc entre les mains du célèbre criminologiste (Charles Gray, formidable, mais qui ne l’est pas ?) qui apporte son lot de références picturales ainsi qu’un cours de danse bien instructif.

 

Bref : enjoy, comme ils disent là-bas.

 

PS : Alors que Brad et Janet sont en voiture, on peut entendre le discours d’adieu de Nixon. Nos deux héros n’y prêtant aucune attention…

 

  1. Double feature fait référence aux pratiques des salles de cinéma qui proposaient deux films dans une soirée afin de lutter contre l’influence grandissante de la télévision sur le public américain.
  2. Le Cabinet du Dr. Caligari, par exemple, après chacun s’y retrouve…
  3. Vous imaginez bien qu’à cette époque, les transgenres et autres homosexuels n’avaient pas le vent en poupe (encore moins que maintenant), et que l’opinion publique n’était pas très encline à accepter un tel film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Martin Brest
Le Flic de Beverly Hills (Beverly Hills Cop - Martin Brest, 1984)

Axel Foley (Eddie Murphy) est flic à Detroit. C’est un super flic certes, mais comme tous les autres, il travaille toujours à la limite de la légalité.

Mais quand son ami Mikey (James Russo) revient le voir et se fait tuer dans la foulée, il n’a pas l’intention de laisser ce crime impuni : il se rend – pendant ses vacances – à Los Angeles, enquêter sur un certain Victor Maitland (Steven Berkoff), négociant d’art et trafiquant de drogue et de bons au porteur.

Bref, un affreux, indispensable pour ce genre d’histoire.

 

Et dès la première séquence, ça commence sur les chapeaux de roue ! Axel est en plein « flag’ », et négocie des paquets de cigarettes à deux petits truands. L’intervention imprévue de la police met fin à ce trafic et occasionne une poursuite en voiture entre les policiers et le camion conduit par l’un des truands. Avec Axel dans la remorque.

Bref, il va y avoir de l’action, alors accrochez-vous !

Bien entendu, cette séquence est censée nous montrer les méthodes border line d’Axel. Et le spectateur s’attend aux mêmes méthodes à Beverly Hills (où vit Maitland). Sauf que là-bas, les policiers sont beaucoup plus policés !
Bien évidemment, cela n’empêchera pas Axel de travailler à sa manière…

 

Tout l’intérêt du film repose sur une dualité. Ce ne sont que des relations duelles du début jusqu’à la fin.

 

D’un côté les méchants et de l’autre les gentils. Jusque là, rien de bien nouveau.

Du côté des méchants d’abord, on trouve un couple complémentaire : Maitland – le chef riche qui organise tout : la tête – et son bras droit Zack (Jonathan Banks) – exécuteur des hautes œuvres : les jambes et les bras (la Main ?). De plus, si on ne l’avait pas bien compris, ce couple est formé de deux acteurs habitués aux rôles de méchants.

Et la dualité ne s’arrête pas là : lors du meurtre de Mikey, Zack est accompagné d’un autre affreux.

Mais il en va de même du côté des gentils.
D’un côté Foley et de l’autre le reste du monde : son chef qui est las des opérations de son subordonné ; la police de Beverly Hills qui fait tout « dans les règles » ; et l’équipe Taggart (John Ashton)-Rosewood (Judge Reinhold) qui a eu la malchance d’hériter de Foley.

Et cette dualité va encore une fois plus loin : Taggart et Rosewood eux aussi sont complémentaires : d’un côté le vieux Taggart, policier revenu de tout et partisan d’une solution bien propre et surtout bien légale, contre Rosewood, jeune loup de la police, idéaliste et surtout tenté par les méthodes de Foley.

 

Mais ce film est avant tout un magnifique moyen de mettre valeur Eddie Murphy. Il s’accapare tout l’écran à chaque apparition, enchaînant sans s’arrêter les moments comiques (les plus nombreux) et certains moments plus calmes voire émotifs. Il ne va pas jusqu’à nous amener les larmes, mais il sait s’arrêter à temps afin de faire souffler le spectateur et donner un peu de place aux autres.

Il n’empêche que son célèbre rire est très communicatif et ses partenaires (1) sont à la hauteur, avec une mention spéciale pour Judge Reinhold qui nous propose un Rosewood assez savoureux, encore un brin idéaliste mais surtout tenté de passer du côté sombre, comme l’a fait Axel.

 

Un petit bémol tout de même : ça manque de femmes.

Mise à part Jenny Summers (Lisa Eilbacher), vieille amie qui a grandi avec Axel et Mikey, on ne trouve que très peu de femmes : des jolies filles dans les rues de Beverly Hills quand Axel arrive, et une strip-teaseuse adepte de pole dance.

 

C’est un peu léger, non ?

 

 

(1) « Supporting roles » comme on dit là-bas, ce qui me semble judicieux que « second rôle », on y trouve une idée d’entraide et d’interdépendance : si le 1er rôle est le plus important, il doit avoir des seconds rôles de qualité pour le soutenir et mettre ainsi en valeur son talent d’acteur.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Capra, #Bessie Love
Bessie à Broadway (The matinee Idol - Frank Capra, 1928)

Don Wilson (Johnnie Walker) est une star de Broadway : c’est un chanteur au visage noir maquillé que les femmes poursuivent de leurs lettres enflammées.

Un jour que Don est en weekend, il fait la connaissance de la troupe des Bolivar.

Suite à un quiproquo, il se retrouve engagé dans la troupe par Ginger Bolivar (Bessie Love), la fille du grand Jasper J. Bolivar (Lionel Belmore), acteur et dramaturge dont les faits d’armes remontent au temps où il joua avec Booth (John Wilkes, bien sûr).

Don est alors embarqué dans un spectacle ringard où les effets sont tellement minables qu’ils en deviennent risibles.

C’est pour cette raison que la troupe est engagée à Broadway par Arnold Wingate (Ernest Hilliard), un découvreur de talent.

Bien entendu, la pièce se révèle aussi minable à New York, mais de ce fait, elle devient un triomphe, les spectateurs assistants à un spectacle très drôle !

 

Bien entendu, tout ça c’est pour rire. Et ça fonctionne. Capra est un magicien qui arrive à nous faire rire « et dans la même seconde nous arrache un soupir d’émotion.

Il faut dire qu’il a çà sa disposition la magnifique Bessie Love, l’une des plus grandes actrices du muet, passant du registre comique au tragique sans problème ni hésitation : une actrice complète, en somme.

Il faut dire qu’elle est à chaque fois à l’aise, sans compter le propos un tantinet léger du film qui la met encore plus en valeur.

 

Ginger Bolivar est une héroïne du monde de Capra. C’est une jeune femme déterminée et forte : si son père donne son nom et ses œuvres à sa troupe, c’est avant tout elle qui commande, et d’une main de fer. Elle ne se laisse pas démonter par un bellâtre de passage, fût-il Don Wilson lui-même. Et ça tombe bien, puisque c’est lui ! Mais c’eût été le pape lui-même, son attitude resterait la même : c’est elle qui dirige et il faut se plier à sa volonté.

On retrouve dans cette héroïne ce qui fera le sel des suivantes, de Claudette Colbert à Barbara Stanwyck, pour ne nommer qu’elles.

En plus de la volonté, on retrouve une candeur et une naïveté propres à de nombreux personnages masculins de Capra : de Longfellow Deeds à John Doe ou encore George Bailey. Ce sont des idéalistes qui ne se rendent pas compte tout de suite de la méchanceté des grandes villes et n’en ont que plus de mal quand ils s’aperçoivent du rôle qu’on a voulu leur faire jouer.

Et Ginger Bolivar synthétisent ces deux types de personnages (féminin et masculin), le tout agrémenté d’un sex-appeal évident (et d’une pointe de coquinerie…) pour notre immense plaisir.

Comment ne pas tomber amoureux d’une telle héroïne qui allie la beauté à la force tout en restant fabuleusement romantique…

 

En face d’elle, on trouve un Johnnie Walker tout à fait dans le ton de cette comédie, sa prestation de chanteur à visage noir en rappelant un autre qui vient d’exploser l’année précédente : Al Jolson. On ne peut que penser au Chanteur de Jazz quand on voit Johnnie Walker imiter Jolson, voire le surpasser. Il faut dire qu’il était encore de bon ton de se moquer du cinéma parlant, avant qu’il ne se retourne contre ses détracteurs, dont Johnnie Walker faisait partie : après son avènement, Walker ne fera plus que de petites apparitions, sa voix n’ayant pas été retenue comme convenable, à tort ou à raison (1).

 

Reste un film longtemps perdu qui fut retrouvé et restauré et remonté, accompagné d’une entraînante musique de Robert Israel, autre grand compositeur de restaurations. Et c’eût été dommage de passer à côté de cette comédie qui n’est pas sans annoncer Chantons sous la Pluie : il y a une analogie entre la troupe des Bolivar et le cinéma muet, cet art parfois grandiloquent et qui est gentiment moqué dans le film de Donen et Kelly. Tous deux sont inadapté dans une nouvelle ère moderne qui  balaie tout et tous sur son passage.

 

Et en plus : c’est très drôle !

 

 

(1) Les ingénieurs du son étant tout puissants entre 1927 et 1930, certains acteurs eurent leur carrière brisée, victimes – parfois – du bon vouloir de ces personnes. Ce fut le cas pour John Gilbert, encore que ce dernier avait un ennemi mortel (terme peu galvaudé dans ce cas précis) en Louis B. Mayer.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Paul Weitz, #Robert de Niro
Mon Beau-père et nous (Little Fockers - Paul Weitz, 2010)

Comme dans la vraie vie, six ans ont passé.

Greg (Ben Stiller) et Pam (Teri Polo) sont maintenant parents de jumeaux : Samantha (Daisy Tahan) et Henry (Colin Baiocchi).

Greg est maintenant chef de service, même si ce n’est pas tellement mieux financièrement.

Pour le reste, son rien n’a changé : ses parents et beaux-parents restent identiques à eux-mêmes.

Sauf qu’un soir, alors qu’il est seul à la maison, Jack Byrnes (Robert de Niro) fait un infarctus : il se sent tout d’un coup mortel et commence à imaginer sa succession. Comme son premier gendre – docteur Bob (Tom  McCarthy) – s’est séparé de sa fille, il ne reste plus que Greg pour reprendre le flambeau.

Bien entendu, cette situation de faiblesse s’estompe rapidement, et Jack recommence sa « surveillance » de son gendre, pour lequel il n’a que peu d’estime.

 

Nous retrouvons le même cas de figure que pour le premier épisode : si Jack ne parle pas du « cercle de confiance », il n’en demeure pas moins très attentif au comportement de son beau-fils. Comme si ce n’était pas suffisant, débarque dans la vie (professionnelle) de Greg une représentante de produits pharmaceutiques : Andi Garcia (Jessica Alba). S’ensuit un série de quiproquos en rapport avec le thème du désir qui s’émousse avec l’arrivée des enfants… Bref, tout pour induire Jack en erreur et nous amener des situations comiques.

 

Ce dernier opus sent tout de même la fin. Les rapports entre Greg et Jack sont toujours aussi tendus, mais ça sent tout de même un peu le réchauffé. Sans parler d’une touche un tantinet grivoise qui finalement n’apporte pas grand-chose à l’intrigue. LE film nous fait rire, et c’est le principal, mais était-il vraiment utile de faire cette suite ?

Sans parler de la scène absolument gratuite de la rencontre entre Jack et les ouvriers de la maison de Greg.

Cette séquence n’a qu’un seul intérêt : les retrouvailles entre Robert de Niro et Harvey Keitel (le contremaître) qui avaient tous deux commencé chez Martin Scorsese.

ON sent que ces deux-là sont heureux de se retrouver, à tel point qu’on peut voir Keitel un petit peu trop le sourire aux lèvres alors qu’il se mesure à de Niro.

 

Par contre, il y a dans ce film deux références cinématographiques assez intelligentes : Le Parrain (les trois) et Les Dents de la mer.

Le Parrain à propos de la passation de témoin future entre Jack et « don » Focker. Outre le fait que de Niro fut le jeune don Corleone, nous assistons alors à une rencontre toute en respect et chaleur humaine quand Jack arrive chez Pam et Greg : des embrassades outrées, en total décalage avec la personnalité de Jack, homme peu tactile quand il s’agit d’un autre homme. On retrouve aussi un store à la fenêtre quand Greg se sent « don ». Et un côté anecdotique quand Jack recherche sur internet des informations sur Andi Garcia.

Les Dents de la mer, quand Jack plonge dans la piscine à balles et les fait se soulever pendant que les accords de la musique du film l’accompagnent… Et même plus.

 

Finalement, tout rentre dans l’ordre, et Jack reconnaît enfin son gendre comme quelqu’un de valeur, ce dont nous n’avons jamais douté.

Mais – malgré tout – jusqu’à quand ?

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Richard Shepard
Dom Hemingway (Richard Shepard, 2013)

12 ans, c’est long.

Très long.

Alors quand Domingo « Dom » Hemingway (Jude Law) sort de prison après ces années, il a bien l’intention de passer à l’encaissement chez Ivan Anatoly Fontanov (Demián Bichir), le « parrain » pour lequel il a gardé le silence.

Bien entendu, ce dernier est prêt à rétribuer ces années de silence. Avec un petit bonus, en plus.

Sauf que tout ce gentil monde roule dangereusement et qu’un accident – si vite arrivée, c’est bien connu n- arrive. Et avec la disparition de son « protecteur », Dom doit en plus assister à la disparition de son pactole.

Et comme si cela ne suffisait pas, sa femme est morte et sa fille ne veut plus lui parler.

Il serait temps que la chance tourne…

 

Dom Hemingway, c’est un truand à l’ancienne. Et au XXIème siècle qui est en outre technologique, il n’est plus à la page. Il a beau essayer, il n’est pas capable d’une mise à jour : les règles ont changé, et les gangsters n’ont plus d’éthique. Tout se perd dans la vieille Angleterre, que voulez-vous.

Dom est un homme du passé : son séjour l’a complètement déconnecté (c’est le cas de le dire) de la réalité sociétale. Et pis que cela : on ne peut plus fumer dans les pubs !

 

Vous l’aurez compris, il y a dans le personnage de Dom Hemingway un mélange de sérieux et de parodique, nous montrant un homme comme on n’en fait plus (1). Lui et son ami Dickie (Richard E. Grant, fabuleux lui aussi en truand manchot) sont deux dinosaures dans un monde sans cesse en mouvement. Mais si ces deux complices semblent hors du temps (normal quand on sort de prison, un  peu moins quand on n’y est pas allé) de par leur apparence, il est difficile de dater le temps du film.

En effet, si nous avons passé l’an 2000, comme le suggère un feu d’artifice géant, il manque l’accessoire indispensable de ce nouveau siècle : le téléphone portable. Non seulement personne n’en possède un, mais aucun téléphone n’est utilisé pendant tout le film !

 

Mais là n’est pas le plus important.

Ce qu'on retient surtout du film, c’est le personnage de Dom, décalé, mais magnifiquement truculent. Parce que ça trucule

De l’ouverture qui voit le haut du corps de Jude Law pendant une fellation (2), faisant le panégyrique de son sexe, à l’ouverture du coffre fort, nous avons un véritable numéro d’acteur.

Jude Law est extraordinaire : du début à la fin, il nous montre l’étendue de son immense talent : malgré la vulgarité de son personnage, il arrive à nous émouvoir. Il faut dire que Hemingway, tout comme son homonyme littéraire, est un personnage hors du commun.

Son apparence qui semble sortir tout droit des années 1970, voire avant, détone complètement des rôles qu’on a l’habitude de le voir jouer : s’il reste britannique jusqu’au bout des rouflaquettes (3), n’en demeure pas moins un barbare hirsute, malgré son doigté incroyable. Nous sommes loin d’un docteur Watson, essayant de garder sa lèvre supérieure bien rigide en toute circonstance. De plus, un régime grossissant sévère accentue son côté « brutish », à défaut d’être british !

 

En prime, la présence – très remarquée maintenant – d’Emilia Clark, dans le rôle d’Evelyne, la fille de Dom. Pas évident d’avoir un père pareil. Mais après avoir joué Daenerys Targaryen, on peut tout jouer, non ?

 

 

  1. C’est peut-être aussi bien ainsi.
  2. En prison, ce qui amène une première réaction d’étonnement…
  3. « Mutton chops » serait plus juste.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Howard Hawks
Sergeant York (Howard Hawks, 1941)

 

Crossville (Tennessee, altitude: 1021 pieds, soit 920.8008 mètres), 1916.

Alors que l’Europe est en guerre, l’Amérique profonde continue de vivre au rythme des saisons, et Crossville au rythme des sermons du révérend Rosier (Walter Brennan).

Malheureusement pour lui, ses sermons sont perturbés par Alvin C. York (Gary Cooper), un brave garçon pas très malin mais fin tireur.

Malheureusement pour Ma York (Margaret Wycherly), son fils s’est un tantinet éloigné de la religion, ce qui explique les perturbations déjà énoncées.

Et puis Alvin va faire deux rencontres qui vont bouleverser sa vie : Gracie Williams (Joan Leslie) et surtout Dieu (1).

Si la première l’encourage à rentrer dans le droit chemin, le second lui impose un style de vie un petit peu à l’encontre des mentalités de l’époque : les Etats-Unis sont entrés en guerre contre l’Allemagne. Alvin, objecteur de conscience convaincu, est la cible d’une surveillance suspicieuse de ses supérieurs.

 

Nous sommes cinq mois avant l’entrée en guerre des Etats-Unis quand Howard Hawks propose au public américain ce curieux film. Curieux car le personnage décrit – Alvin Cullum York – est un véritable soldat américain de la première guerre mondiale, et tous les faits d’arme rapportés ont réellement eu lieu. Curieux surtout parce que York était avant tout objecteur de conscience. Par contre, l’adaptation de sa vie de soldat fut très difficile à obtenir, ce qui se comprend, vu sa répugnance à tuer des hommes.

Quand la Warner obtient les droits d’adaptation, York demandera à avoir Gary Cooper pour le représenter.

 

Le film se découpe en deux parties : la première avant guerre nous présente le jeune Alvin, turbulent bagarreur et bon vivant avant sa rencontre avec Dieu, suite à un orage mouvementé : sur la ville comme dans sa tête. La seconde, nous raconte son entraînement et sa guerre, culminant avec son coup d’éclat du 8 octobre 1918.

N’était-ce ses légers torts (des erreurs de jeunesse), Alvin York n’est pas très éloigné des personnages déjà endossés par Gary Cooper. On retrouve la candeur et la naïveté de Longfellow Deeds (Mr Deeds goes to Town) ainsi que la détermination de Beau Geste (Beau Geste). Bref, un rôle presque sur mesure.


Par contre, un acteur qu’on n’a pas l’habitude de voir dans un tel rôle, c’est Walter Brennan. En effet, cet éternel ronchon (Meet John Doe, Rio Bravo, encore avec Hawks) joue ici un pasteur. Bien entendu, ce pasteur n’est pas le premier venu et sa façon de haranguer ses ouailles n’est perturbée que par les coups de feu tirés par Alvin.

Pour le reste,  Pile est un personnage haut en couleur, mais proche de sa paroisse, dernier recours pour régler un problème.

De plus, sa qualité d’homme d’église le fait apparaître comme un père spirituel, mais pas seulement : il est d’une certaine façon ce père que le jeune York n’a plus.

 

Cette inspiration quasi divine que lui apporte Pile devient décisive quand York prend sa décision de combattre pour la Liberté (celle de Daniel Boone – un ancien du coin – et des autres qui sont morts pour elle) : c’est là que le Merveilleux (voire le Divin) intervient.

Le soir tombe et le soleil se couche quand Alvin a la Révélation : un coup de vent subit ouvre sa Bible sur Luc XX, 25 (2). Après avoir lu la citation, la Parole se révèle et alors que le soleil se couche, le visage de York s’éclaire. Bref, du grandiose !

 

Pourtant, avant sa révélation, York est un bon vivant, et la séquence dans le saloon (?) en est un exemple typique.

Je parle de saloon, parce que le film, avant de basculer dans la guerre, se présente comme un western, un genre sublimé par le maître Howard.

Dans cet établissement, un détail pas si anodin que ça : un trait blanc délimite la frontière entre le Tennessee où vit Alvin et le Kentucky. Il se trouve que l’alcool est prohibé au Tennessee, alors qu’il est légal de l’autre côté. Bien entendu, tout le monde franchit la frontière pour s’approvisionner, avant de revenir dans son propre état pour déguster.

Et, élément indispensable : une bagarre éclate quand George (Dickie Moore) vient chercher son grand frère sur l’injonction de sa maman. Son adversaire d’alors Zeb (Robert Porterfield) sera récurrent dans la première partie du film, amenant quelques moments comiques dans la même verve walshienne.

 

Si la guerre en tant que telle ne représente qu’un quart du film (on ne compte pas l’instruction qui n’est qu’une répétition), elle n’en demeure pas moins un moment terrible : c’est une véritable boucherie (3) et Hawks n’hésite pas à montrer le sang qui coule, renforçant cette première idée.

Mais il ne faut pas oublier que quand le film sort, les Etats-Unis ne sont pas loin d’entrer en guerre. Si Roosevelt maintient une certaine neutralité quant au conflit, son opinion penche plutôt du côté des Anglais et leurs alliés. Ce n’est pas le premier film qui encouragera à prendre part au conflit. En effet, Hitchcock (Foreign Correspondant) ou Ford (The long Voyage home) avaient déjà montré la voie. Derrière l’engagement de York dans le conflit de 1914-18, c’est la future entrée en guerre des Etats-Unis qui se joue, et le livre de l’Histoire des E-U qui est prêté à York n’est pas innocent : comme leurs glorieux ancêtres, les Américains doivent être prêts à se battre pour leur pays et surtout la Liberté (« the Land of the Free and the Home of the brave » dit l’hymne) qu’il incarne.

 

Et même Alvin C. York (le vrai, pas Gary), pacifiste et objecteur de conscience, sera volontaire pour partir combattre ! (4)

 

 

PS : Il faudra attendre 30 ans après la fin de la deuxième Guerre Mondiale pour que le film soit projeté en Allemagne de l’Ouest !

 

PPS : June Lockhart (Rose York, la sœur de) vient de célébrer ses 93 ans en juin dernier… Son dernier film, The Remake, date de 2016… Pas mal, non ?

 

  1. Pas de rayon de soleil dans ce film, juste le « Souffle divin »…
  2. Je vous laisse aller chercher…
  3. Pléonasme, en ce qui le concerne.
  4. Agé et un tantinet surchargé pondéralement (pas mal comme tournure, hein ?), il sera employé à l’arrière

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Clint Eastwood
Sudden Impact (Clint Eastwood, 1983)

Dirty Harry est de retour, c’est le titre français qui le dit.
Lalo Schifrin aussi, par ailleurs : c’était Jerry Fielding qui avait signé la BO du film précédent.

Mais surtout : c’est Clint Eastwood lui-même qui assure la mise en scène.

En toile de fond de l’intrigue : la banlieue de San Francisco, où plusieurs meurtres ont lieu, tous de la même façon : « vasectomie » (1) à coup de .38 puis une balle dans la tête.

Mais il s’agit avant tout d’une vengeance : Jennifer Spencer (Sondra Locke).

 

Harry est toujours le même : ses interventions on ne peut plus musclées lui valent une voie de garage : ses supérieurs en ont assez de devoir justifier ses initiatives qui, en plus, mènent à des non-lieux dus à une erreur de procédure. On a alors un paradoxe par rapport aux épisodes précédents : lors de la première affaire le concernant, on apprend que sa méthode a empêché le jugement de l’homme qu’il avait arrêté.

Alors quand il provoque la mort d’un caïd et que plusieurs hommes meurent violemment après avoir côtoyé Harry, à défaut de s’en débarrasser, on l’envoie loin (enfin pas tant que ça) de Frisco, sur une affaire qui semble bien banale.

Mais comme c’est Harry, il n’y a jamais rien de banal, ni de petits crimes.

 

Est-ce le retour de Lalo Schiffrin ou la mise en scène d’Eastwood, toujours est-il qu’on retrouve Harry en pleine forme dans ce – déjà – quatrième opus.

Harry est fidèle à lui-même, avec tout de même une petite nuance : si son objectif constant est de traquer les criminels, dans cette histoire de vengeance, il veut avant tout en comprendre les tenants et aboutissants. Rapidement (2), il comprend ce qu’il se passe. Mais, et c’est là que se situe le changement, il va laisser Jennifer régler ses comptes. Pour une fois, il ferme les yeux sur une série de crimes qui trouvera une issue heureuse (3).

 

D’où peut donc venir cette indulgence ? Du fait que ceux qui meurent ne sont pas des citoyens modèles ? Des réticences de son supérieur temporaire, le chef Jennings (Pat Hingle), qui semble couvrir quelqu’un en freinant l’enquête ? Ou du fait que la belle Jennifer ne le laisse pas indifférent ?

 

Là encore, la réponse n’est pas si évidente, même si cette dernière l’invite à prendre un dernier’ verre et plus car affinités…

Mais surtout, Jennifer a des idées de la Justice assez similaires de celles de Callahan. On retrouve dans son discours d’ailleurs que cette même Justice ne fonctionne pas come elle le désirerait : ce qui explique donc qu’elle s’y substitue, rappelant d’une certaine manière le propos de Magnum Force (Ep. 2).

 

Toujours est-il que cette fois-ci, Callahan se retrouve face à une femme volontaire est aussi dur »e que lui, prête à tout, même enfreindre la Loi pour obtenir réparation du préjudice traumatisant qu’elle a subi.

Mais afin de faire passer un peu plus facilement cette Justice Populaire, nous avons affaire à des « méchants » assez bien réussis : si les trois premiers tués par Jennifer sont plutôt insipides, deux suivants sur sa liste le sont beaucoup moins. Ray Parkins (Audrie Neenan) et Mick (Paul Drake.

Si Mick est clairement un psychopathe, Ray est beaucoup plus intéressante. Elle est laide et pas si bête que ça. Sa laideur est compensée par un esprit malsain couplé d’une arrogance sans limite qui font qu’elle reste toujours accompagnée : c’est son esprit tordu qui cause le désir de vengeance de Jennifer. Et Audrie Neenan est superbe dans ce rôle de grande gueule frustrée, à l’esprit franchement corrompu.

 

On assiste alors à une graduation dans les responsabilités, le dernier éliminé étant le pire de tous, comme de bien entendu.

Puis une fois tous les problèmes réglés, la caméra s’éloigne progressivement de la scène du « crime », tandis que le générique de fin commence à défiler : comme d’habitude, quoi (4).

 

 

  1. C’est ainsi qu’est présenté le meurtre par un collègue de Callahan.
  2. Après son arrivée à San Paulo : il y a déjà eu 3 morts dans son enquête, sans parler de ceux qu’il a laissé sur le carreau à San Francisco…
  3. Comme toujours dans ces cas-là, il s’agit avant tout d’une question de point de vue.
  4. A noter tout de même que la séquence d’introduction n’est pas une scène de crime : nous avons droit à un panorama nocturne de San Francisco, ses lieux emblématiques bien mis en valeur. Il faudra attendre un petit peu avant d’avoir la première scène « musclée ».

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