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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Jay Roach, #Robert de Niro
Mon Beau-père et moi (Meet the Parents - Jay Roach, 2000)

Gaylord « Greg » Focker (Ben Stiller) a deux problèmes dans la vie :

  • il a un nom à consonance déplaisante, sujet à des remarques encore plus déplaisantes ;
  • il aime Pam (Teri Polo) une jeune femme qui a – hélas pour lui – comme père Jack Byrnes (Robert de Niro), ancien de la CIA…

S’il a rapidement réglé son premier problème (on l’appelle Greg, tout simplement), le second se présente à lui pendant un weekend où Deborah (la regrettée Nicole DeHuff), la sœur de Pam, se marie.

Bien entendu, ce weekend va très mal se dérouler. Et pas seulement pour Greg…

 

Jay Roach nous propose ici une comédie familiale réjouissante où, si Ben Stiller est un habitué du genre, Robert de Niro s’y épanouit avec beaucoup d’aisance, caricaturant d’une certaine manière les rôles sérieux qu’il a pu jouer auparavant.

On y retrouve une de ses moues caractéristiques, prélude la plupart du temps à une scène de violence. Mais pas ici.

 

En face de lui, Ben Stiller est un gaffeur enchaînant catastrophe sur catastrophe, amenant des situations empirant à mesure qu’il essaie de les arrêter. Surtout qu’à chaque fois, c’est pour plaire à ce beau-père peu commun : connaissez-vous beaucoup de pères qui ont un détecteur de mensonge dans leur bureau ? Moi non plus.

Mais c’est du cinéma, alors qu’importe : on rit franchement à ces gags qui s’enchaînent, à la désolation qui se lit sur le visage de Greg, et surtout aux mimiques de Jack.

Il y a une rivalité amoureuse entre ces deux hommes : tous les deux veulent l’amour exclusif de Pam, mais pour des raisons différentes.

Et si Jack est un personnage fort et autoritaire – jusqu’à la bêtise, ce qui fait aussi le sel du film – Greg ne se laisse pas démonter par cet individu aux pratiques louches, en retraite certes, mais toujours en activité dans sa branche.


En face de ces deux personnages forts, on retrouve le complice de toujours de Ben Stiller : Owen Wilson, dans le rôle de l’ex de Pam. C’est un jeune homme (très) riche, et oisif au point de transformer un de ces hobbys en véritable activité semi-professionnelle : le travail du bois.

Pourquoi ? Par idéal religieux : JC (1) était fils de charpentier, alors…

 

Pour le reste, c’est une comédie débridée où on retrouve un thème qui a toujours engendré de belles comédies : la séparation entre un père et sa fille, au profit d’un jeune homme qui devient de suite un ennemi pour ce père un tantinet trop aimant. On se souvient de Spencer Tracy, dépassé par les événements dans Le Père de la mariée (1950) ou encore de Steve Martin reprenant ce même rôle (1991), mais ici, le père de la future mariée n’est certainement pas dépassé. C’est d’ailleurs lui qui mène la danse, au grand dam de ses proches.

 

Alors on rit de bon cœur à ces gags toujours plus spectaculaires, et on passe sur les mimiques parfois outrancières de Robert de Niro, car le principal, c’est de faire rire (2), et ça marche (3).

Ca a marché tellement, d’ailleurs, que deux suites ont été tournées.

 

Et, bien entendu, ceci est une autre histoire…

 

 

  1. Est-il besoin de vous expliquer qui est JC ?
  2. Je vous renvoie à Pierre Desproges à propos de l’« ambition » de faire rire…
  3. Et comment !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Comédie, #Richard Donner, #Mel Gibson
L'Arme fatale 2 (Lethal Weapon 2 - Richard Donner, 1989)

Deuxième épisode, première suite.

 

On retrouve Riggs (Mel Gibson) et Murtaugh (Danny Glover), Trish (Darlene Love) et Rianne (Traci Wolfe).

Mais comme les méchants avaient tous été tués dans le premier film, Richard Donner et (surtout) Shane Black en ont concocté d’autres.

Cette fois-ci, Riggs et Murtaugh doivent affronter une délinquance très particulière : un diplomate qui profite de son immunité pour magouiller en toute impunité.

Si en plus, on précise que ce monsieur Arjen Rudd (Joss Ackland) travaille pour l’Afrique du Sud (1), on alors un méchant magnifique, entouré par une équipe de tueurs qui ne s’embarrassent pas détail, tout comme lui-même n’en fait aucun : si une opération tourne mal, il n’hésite pas à supprimer celui de ses hommes qui en est responsable.

 

SI l’intrigue revêt une teinte politique, le duo Riggs-Murtaugh prend ses marques par rapport au film de 1987 : les deux ans entre les deux films ont passé et Riggs s’est installé dans la famille de Murtaugh, atténuant de plus en plus le chagrin de la disparition de sa femme (2).

Mais si on pouvait craindre une resucée de l’épisode précédent (3), on y trouve une nouveauté qi va donner une autre dimension : la présence de Leo Getz (Joe Pesci, formidable), témoin capitale dans une affaire qui – chose étonnante ? – a un rapport avec ces gens de l’ambassade.

 

Leo Getz est une belle trouvaille dans la série, accentuant son côté comique (4). Mais surtout, avoir choisi Joe Pesci est très judicieux.

En effet, Pesci est surtout connu pour avoir incarné des malfrats violents et absolument méchants (5), alors le voir dans un rôle de truand à la petite semaine, un tantinet idiot, mais surtout baratineur jusqu’à l’excès est très réjouissant. Ses rapports avec Riggs et Murtaugh se terminent toujours de la même façon : très rapidement, ces deux derniers doivent le prier – parfois brutalement – de fermer sa grande… bouche !

Introduire un tel emmerdeur dans les pattes du duo de choc va aussi donner une autre dimension à la série : Leo reviendra dans les prochains films : aussi baratineur, mais tout de même très attachant.

 

Pour le reste, on a droit à de belles poursuites en voiture avec hélicoptère, des méchants inéluctablement éliminés pour ce qu’ils sont (des gros méchants !) et la présence d’un élément féminin qui va changer d’une certaine façon la routine de Riggs : Rika van der Haas (la belle Patsy Kensit) va lui permettre de sortir de son deuil douloureux et envisager une nouvelle existence.

Mais ceci est – bien entendu – une autre histoire, qui sera le sujet du troisième opus.

 

A suivre, donc.

 

 

  1. Il faudra attendre six mois après la sortie du film pour que la situation en Afrique du sud évolue (dans le bon sens) : le 11 février 1990, Nelson Mandela fut libéré après 28 ans d’incarcération.
  2. Riggs raconte à Trish sa mort, qui trouve un écho dans l’intrigue criminelle.
  3. On retrouve d’ailleurs des éléments communs : la salle de bain ; l’accumulation de morts…
  4. Il y en aura encore 2.
  5. Raging Bull, Les Affranchis

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Comédie, #Richard Donner, #Mel Gibson
L'Arme fatale (Lethal Weapon - Richard Donner, 1987)

Une jeune femme (Jackie Swanson) exécute un magnifique saut de l’ange : sauf qu’il n’y a pas d’eau en dessous.

Roger Murtaugh (Danny Glover) fête ses 50 ans : il commence à devenir vieux…

Martin Riggs (Mel Gibson) est au bout du rouleau, mais il n’arrive pas encore à franchir le pas : pourtant depuis la mort de sa femme, peu de choses le retiennent.

Roger et Martin sont flics,  un vieux briscard et un suicidaire : une nouvelle équipe de choc qui enquête sur la mort de la jeune femme.

 

Un nouveau duo de choc débarque sur les écrans : deux flics aux conceptions radicalement opposées.

D’un côté Roger est un flic consciencieux et un peu procédurier, et de l’autre un jeune chien fou autour duquel les cadavres s’empilent.

On a donc une situation de base propice à des scènes d’action spectaculaires et une bonne dose d’humour. Avec en prime un pan de l’intrigue liée à la guerre du Vietnam (1) à laquelle Roger et Martin ont participé.

C’est d’ailleurs le Vietnam qui amène Roger sur l’enquête (et donc Martin, son nouveau coéquipier) : son ami Michael Hunsaker (Tom Atkins) est le père de la jeune femme morte. Et comme il a sauvé la vie de Murtaugh quelques années plus tôt, Roger a une dette envers lui.

 

Richard Donner nous propose donc un film musclé, où « l’arme fatale » n’est autre que Riggs, celui qui fait pousser des cadavres.

En face du duo de choc, on trouve de beaux méchants dirigés par un ancien colonel (Mitch Ryan) des forces spéciales au Vietnam (encore et toujours ce conflit) : toute son équipe est prête à se sacrifier pour ce chef. Et parmi tous ces méchants, un autre sort du lot : Mr. Joshua (Gary Busey).

Ce dernier est le pendant de Riggs du côté obscur : c’est un homme efficace et résistant à la douleur : une réussite (3).

 

Mais si le film enchaîne les morts violentes, on assiste aussi à une renaissance : celle de Riggs. Cette renaissance est possible grâce à la famille de Roger, dont la femme Trish (Darlene Love) n’est pourtant pas un cordon bleu. Mais Riggs s’y sent bien : ça doit être le miracle de Noël (2).

Quoi qu’il en soit, si l’intrigue est un tantinet convenue, Donner installe ses personnages : le succès de ce film amenant trois autres opus où la relation entre les Murtaugh et Riggs évoluent.

 

Mais ceci est une autre histoire (4).

 

 

  1. Le conflit a laissé de nombreux traumatismes dans la tête de ceux qui en sont revenus, tout comme dans la société américaine.
  2. Le fil s’ouvre sur Jingle Bells Rock chanté – bien sûr – par Bobby Helms.
  3. Gary Busey est un méchant reconnu d’Hollywood : on s’attend toujours à le voir du mauvais côté…
  4. Ou plutôt la même qui évolue dans le temps.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Maurice Tourneur
Obsession (Maurice Tourneur, 1934)

Les yeux de Jean Yonnel.

C’est le tournant du film.

Alors que son frère Pierre (Charles Vanel) a demandé à sa femme (Louise Lagrange) de le faire « libérer », Raymond (Jean Yonnel, donc), paranoïaque, se retrouve seul chez lui, prêt à étrangler sa femme (1).

Il y a dans ce regard toute la maladie et la détresse d’un malade. Raymond est un paranoïaque. En 1933, on n’a pas du mal à appeler l’affection qui le tourmente : la paranoïa. On parle de folie de la persécution, ce qui revient au même.

 

En moins de quarante minutes, Maurice Tourneur – maître s’il en est – a tout dit et tout montré.

D’un côté, un frère intéressé – et pourtant intéressant, n’est pas Charles Vanel qui veut – interné pour avoir voulu étrangler sa femme, soupçonnée – à tort, est-il besoin de le préciser ? – de l’avoir trompé.

De l’autre un homme malade, ravagé par la paranoïa, mais capable, quand il est un tantinet lucide, de se rendre compte de son état.

 

Sauf que son frère Pierre n’en a rien à faire. Pierre est un homme vénal, guidé par son goût du lucre. La libération de Raymond, c’est, pour lui, avant tout une occasion de s’enrichir : une fois son frère sorti des l’asile, il aura tout loisir d’influencer le jugement de son frère à son propre avantage. La femme de Raymond, Louise (Louise Lagrange) est on ne peut plus consciente du danger que représente la libération de son mari.

Mais l’argent guidant le monde (hier comme aujourd‘hui) et malgré les scrupules de Louise balayés aisément par Pierre, soutenu par sa mère (Louise Marquet), trop contente de retrouver son fils et niant les éventuelles conséquences de cet élargissement.

 

En moins de 40 minutes, Maurice Tourneur nous propose un film magistral.

Une exposition succincte mais tellement précise nous annonce le drame prévu. Le spectateur, conditionné par le titre – Obsession, beaucoup plus judicieux que L’Homme mystérieux, le titre alternatif – sait dès les premières minutes que la démarche de Pierre est malhonnête.

Mais c’est là qu’est le talent du metteur en scène : amener le spectateur au bout de cette malhonnêteté en le rendant complice de cette justification.

 

Et ça marche, presque jusqu’au bout. Pierre est sur le point de réussir sa démarche néfaste, mais, comme d’habitude, le Destin s’en même.

Il n’est pas bien grand, le Destin. Il est tout jeune et il enraye toues les manœuvres de Pierre, magnifiant soudainement son héros – Raymond – et le rendant alors à son triste sort.

Parce que plus que son épouse, son frère ou sa mère, c’est son fils Jean (Jean Bara, 95 ans le 23 mars dernier) qui a le rôle principal dans son éventuelle guérison : c’est lui, par son amour (2) qui ramène son père à la raison, amenant alors une fin absurde, mais tellement logique (3).

 

Un moyen métrage à (re)découvrir, encore une fois, et que Monsieur Patrick Brion nous a proposé, il y a quelques décennies avec Carrefour, interprété par le même est formidable Charles Vanel.

 

 

 

  1. Ce n’est pas la première fois : il fut interné pour cela trois mois plus tôt.
  2. Il ne peut y avoir d’autre raison…
  3. Il retourne à l’asile : quelle rationalité, quelle logique… !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Péplum, #Mervyn LeRoy
Quo Vadis (Mervyn LeRoy, 1951)

Cinquième adaptation du roman d’Henryk Scienkiewicz (1), il s’agit très certainement, avec celle d’Enrico Guazzoni, de la plus connue. C’est aussi la seule produite à Hollywood, bien que tournée en partie en Italie, comme de bien entendu.

Mais le film de LeRoy a aussi la particularité de remettre au goût du jour le péplum (2), annonçant toute une série de films « antiques » dont les incontournables Dix Commandements (1956) ou encore Ben-Hur (1959).

Il ne manque au film que le format large qu’on retrouve dans les deux films susnommés.

 

Mais reprenons.

Marcus Vinicius (Robert Taylor)  revient de campagne, triomphateur, et est accueilli chez Aulus Plautius (Felix Aylmer), un ancien général romain. Chez Plautius, il fait la connaissance de la belle Lygia (Deborah Kerr) dont il tombe tout de suite amoureux.

Lygia n’est pas insensible au charme du beau Marcus (3).

Seul (pas si) petit problème : elle est chrétienne.

Si on ajoute à cela que l’intrigue se situe pendant le règne de Néron (Peter Ustinov), on imagine aisément les complications qui vont advenir pendant les 171 minutes (4).

 

Tout de suite, on pense au Signe de la Croix du grand Cecil B. Mais avec deux éléments importants : la couleur et le Code Hays. La couleur amène le flamboyant qui manquait un premier film, et la censure en retire des éléments de spectacle toujours très présents dans les films du maître : la violence et la nudité.

En effet, même si l’intrigue se termine bien, la démesure demillienne est l’élément dont l’absence se fait le plus sentir. Si les lions dévorent les chrétiens ou les Romains allument des brasiers pour ces derniers, le Code élimine d’entrée de jeu les détails qui donnaient une plus grande authenticité au film de 1932.
Quant à la nudité du film de DeMille, elle est ici totalement supprimée : l’orgie dans le palais de Néron ressemblant alors plus à un banquet sur des couches ; et Lygia, attachée au poteau pour son supplice, reste habillée (5).

 

Par contre, le Technicolor apporte à l’incendie de Rome une dimension spectaculaire qui rappelle, en plus grandiose encore, l’incendie d’Atlanta dans Gone with the Wind (1939). LeRoy nous dépeint ce terrible événement avec panache, le ciel s’embrasant dans une teinte rouge magnifique.

D’une manière générale, la couleur compense un peu l’absence des éléments visuels du film de DeMille.

 

Le dernier atout du film, c’est sa distribution. Outre les trois acteurs précédemment cités, on retrouve avec plaisir Finlay Currie (Pierre), qui deviendra l’un des acteurs incontournables de péplums, ainsi que Leo Genn dans le rôle de Pétrone, par ailleurs oncle de Vinicius.

Si Robert Taylor est un héros magnifique– il continuera à l’être dans les films suivants – et Deborah Kerr une belle Lygia, on peut tout de même regretter qu’elle ne soit ici qu’une belle actrice, alors que son répertoire de jeu est beaucoup plus étendu comme elle l’a montré dans Le Narcisse noir.

 

Mais la grande réussite du film, c’est Néron. Peter Ustinov est magnifique de bout en bout. Il nous offre une grande prestation de ce dictateur, passant de la colère aux larmes et inversement avec beaucoup de crédibilité. Ses envolées poétiques sont magnifiquement ridicules, et sa fin dramatique en devient pathétique, avec juste ce qu’il faut de talent pour reconnaître un grand acteur et pour se réjouir de la disparition d’un tel personnage. Ustinov, vingt ans après Charles Laughton, nous offre un Néron plus allumé, plus grandiloquent, mais surtout, il interprète avec brio cet empereur incendiaire (6), illuminé et cruel.

 

  1. Sur 7 à ce jour.
  2. N’oublions pas que DeMille n’a jamais délaissé le genre puisqu’il sortait, deux ans plus tôt, Samson & Dalila.
  3. Dans la VO, ViniCius se prononce avec un [k].
  4. En comptant les génériques.
  5. Ses habits sont toutefois plus des voiles qu’autre chose, mais toujours avec pudeur.
  6. Nous savons tous que ce n’est pas Néron qui a incendié Rome, mais quand Scienkiewicz a écrit le roman, c’était la version officielle.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Etienne Chatiliez
La Vie est un long fleuve tranquille (Etienne Chatiliez, 1988)

Deux familles.

 

D’un côté, les Le Quesnoy : famille bourgeoise à tendance aristocratique, avec enfants inscrits à l’école privée et vacances organisées par le diocèse pour ces derniers. Madame (Hélène Vincent) au foyer à veiller au bon fonctionnement de la maison et Monsieur (André Wilms) directeur chez EDF. Bref, des gens de la haute. Parmi les enfants, Bernadette (Valérie Lalande), qui est née un 25 décembre.

 

De l’autre, les Groseille : famille « tuyau-de-poêle », avec enfants peu voire pas du tout éduqués tendant vers la délinquance juvénile, parents absents dans l’éducation mais toujours à la « maison » (un appartement à la décoration qui a tendance à piquer les yeux).

Bref, à l’autre bout de l’échelle sociale. Parmi les enfants, Maurice dit Momo (Benoît Magimel), né lui aussi un 25 décembre, de la même année que Bernadette.

 

Ces deux enfants que tout sépare ont un point commun : ils ont été inversé à la naissance par une infirmière (Catherine Hiegel), lassée des promesses évasives de son amant (Daniel Gélin) – gynécologue à la même clinique – qui a donc décidé d’échanger les deux bébés à la naissance.

Et quand la vérité éclate : c’est là que le film commence vraiment.

 

Pour son premier long métrage, Etienne Chatiliez frappe fort : c’est un succès incroyable, basé sur la comparaison entre ces deux familles que rien ne relie, si ce n’est cet échange. Nous avons là deux familles totalement opposées, chacune étant le négatif de l’autre.

Chatiliez s’amuse, et le public aussi, de cette relation improbable mais qui s’impose, surtout aux Le Quesnoy.

Si les Groseille sont insupportable de vulgarité, les Le Quesnoy ne sont pas spécialement mieux : leur côté propres sur eux et culs-bénis devient rapidement pénible, mais surtout une source de comique.

 

Mais si ces deux familles font rire, c’est avant tout parce qu’delle représente une réalité.

Chacun de nous connaît une famille Groseille, et des Le Quesnoy, pas besoin de chercher ailleurs la source comique du film.

Certes ces familles sont caricaturées à l’extrême, mais c’est la condition indispensable de cette comédie un tantinet irrévérencieuse : elle fonctionne surtout grâce au jeu des acteurs, tous impeccables, Hélène Vincent en tête. Et on peut dire que la distribution fut très pertinente quand on voit l’implication de chacun.

Avec en prime un Patrick Bouchitey formidable en père Aubergé, véritable bête de scène pour patronage (1).

 

Trente ans après, le film n’a pas pris une ride. Parce que si la société a évolué (2), le clivage  social par contre, s’est renforcé (3).

Et je conclurai sur une note un tout petit peu optimiste : qu’ils soient de la haute ou de la plèbe, les enfants restent des enfants, avec des besoins et des envies similaires, et qu’ils soient gosses de riches ou non, la seule différence se situe dans la tête de leurs parents (4)…

 

P.S. : un bémol quand même, quand le générique final se déroule, Chatiliez nous laisse un peu sur notre faim (fin)…

 

 

  1. Son tube Jésus revient ne fut pas toujours bien accepté, surtout d’une certaine frange de la population… Ceux qui, chose étonnante, ressemblent beaucoup aux Le Quesnoy…
  2. Dans quel sens, c’est une autre affaire…
  3. Mais nous ne sommes pas ici pour discuter sociologie…
  4. Tiens, finalement, si…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Robert Aldrich
Les 12 Salopards (The dirty Dozen - Robert Aldrich, 1967)

 

Robert Aldrich est un cinéaste efficace. Normal, il est aussi producteur.

La première scène donne le ton : un jeune homme, meurtrier par accident est pendu. Le film sera dur, pour les protagonistes comme pourf les spectateurs.

 

Aldrich a réuni une belle brochette d’acteurs (1) pour un film de guerre (la deuxième, mondiale comme la première) dans un contexte très particulier.
En effet, les douze personnes que désigne le titre sont tous des rebuts de l’armée américaine : voleurs, violeurs, meurtriers…

Ces charmantes personnes sont encadrées par un major Reisman (Lee Marvin) pour qui l’autorité militaire a toujours été un problème et surtout un frein à sa carrière.

Le choix de Lee Marvin (judicieux, bien sûr) permet à l’acteur de sortir des rôles de méchants (2)  pour devenir un personnage positif, avec juste ce qu’il faut de rébellion pour le rendre très sympathique.

En face de lui, on retrouve quelques grands noms - Charles Bronson, John Cassavetes – ainsi que chez les « huiles » : Ernest Borgnine (Général Worden), George Kennedy, Robert Webber (Denton, toujours ni franchement sympathique ni carrément antipathique), et Ralph Meeker, psy de l’armée, un rôle obligatoirement décalé, on sait comment sont les militaires.

 

Une longue première matie nous expose les différentes expériences qu’endurent ces soldats de la dernière chance, dernière chance avant de mourir en héros, à défaut d’autre chose. Chacun de ces hommes a, à un moment, franchi la ligne jaune : volontairement comme Franko (John Cassavetes), ou en situation de légitime défense comme Jefferson (Jim Brown), voire rien du tout comme Jimenez (Trini Lopez)

[Trini Lopez est le créateur de la chanson inoubliable If I had a Hammer, reprise avec l’inspiration qu’on connaît].

 

Mais si les salopards sont des êtres répugnants – physiquement et moralement – ce sont avant tout des hommes. La présence de Reisman, leur maître à tous, implique une dimension christique au film. Mais si Jésus meurt seul sur la croix, ici ce sont ici disciples qui vont (presque) tous mourir pour leur mentor (3).
Cette dimension évangélique est accentuée une fois leur valeur reconnue, quand Reisman leur offre un dernier repas, la veille de leur intervention funeste le 4 juin 1944.
On y trouve même le traître de la Cène : en l’occurrence Maggott (Telly Savalas), un fanatique religieux mâtiné d’un obsédé sexuel – impuissant comme de bien entendu, même si ce n’est pas dit dans le film.

Telly Savalas est un Maggott magnifique : roué, obsédé, fanatique et Sudiste, ce qui explique son objection de vivre aux côté d’un Noir, Jefferson.

 

Mais au-delà de l’aspect militaire, on voit évoluer la lie de l’humanité (résumé assez fidèle de tous ces hommes) vers une unité de groupe voire de corps.

Le test qui les voit mettre en pratique leur apprentissage est un moment assez réjouissant du film : devant un général Worden tout sauf dupe, ils réussissent à montrer aux hauts gradés leur valeur.

Worden est d’ailleurs le seul très haut gradé qui se révèle avant tout humain, annihilant les imprécations de Denton, décidément fort peu sympathique.

 

Au final, c’est un film très efficace qui nous est proposé, avec une distribution plutôt prestigieuse parmi laquelle on peut aussi reconnaître Donald Sutherland (Pinkley, n°2), ou encore Robert Ryan dans un de ses derniers rôles en colonel tatillon jusqu’à l’extrême, pour lequel, chose évidente, le major Reisman n’a pas beaucoup de considération. Et de toute façon, c’est réciproque (4).

C’est un film qui se laisse regarder sans modération, un peu comme les 7 Mercenaires : une fois que vous y avez goûté, vous ne pouvez pas vous en dégager avant la fin…

 

  1. Sans le pic, nous ne sommes pas chez Daniel Goossens
  2. The big Heat (Fritz Lang, 1953), The wild One (László Benedek, 1953), The Man who shot  Liberty Valance (John Ford, 1962) 
  3. Je vous laisse compter les soldats qui sont tués, c’est une activité plaisante quand on regarde le film pour une énième fois.
  4. Ryan a déjà tourné avec Marvin un an plus tôt pour Les Professionnels ; il retrouvera Ernest Borgnine deux ans plus tard dans La Horde sauvage.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Alain Chabat
Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre (Alain Chabat, 2002)

Encore une adaptation d’Astérix au cinéma ?

La dernière qui était sortie (1) n’était pas franchement transcendante : adapter une bande dessinée au cinéma, malgré certaines similitudes (le cadrage entre autres) n’est pas chose aisée.

Et puis il y a eu Alain Chabat : baigné dans Pilote dès sa plus tendre enfance, il est un admirateur indéfectible de René Goscinny et Albert Uderzo autant que de leur personnage fétiche.

 

comEt le résultat est sans appel : il s’agit – et pas seulement à mon avis – de la meilleure adaptation d’Astérix au cinéma.

Alain Chabat n’a pas seulement adapté la bande dessinée (2), il a réussi à la filmer dans l’esprit du génial René.

Les noms des Romains et des Egyptiens ont donc été mis au goût du jour, mais pas seulement. Comme me le disait mon ami le professeur Allen John, l’exemple le plus parlant, c’est l’arrivée sur le chantier dans le désert : Obélix se penche pour ramasser une « fourmi géante » (un scarabée, nous sommes en Egypte !), et quand le plan s’élargit alors qu’Obélix se relève, on aperçoit le chantier grouillant de monde et d’agitation.

On retrouvera ce même décalage à deux autres moments : pendant la révolte des esclaves et à l’arrivée finale de Cléopâtre sur le chantier.

De plus, l’utilisation du numérique permet des effets spéciaux en adéquation avec les effets de la potion magique (ce fut déjà le cas en 1999).

 

Si l’alchimie prend bien dans le film entre la BD et le cinéma, c’est aussi grâce à la distribution : Chabat a avant tout filmé des gens qu’il connaissait et appréciait – Chantal Lauby (Cartapus) en tête – avec, cerise sur le gâteau, le concours de Pierre Tchernia (à la voix et en image), ami légendaire du duo créateur, et déjà narrateur dans les dessins animés.

A partir de là, tout est en place pour nous donner un magnifique spectacle (3).

 

Outre Depardieu, Clavier et Claude Rich, déjà présent dans le film de Zidi, on peut reconnaitre toute une palanquée de personnes ayant travaillé pour Canal Plus dans la décennie précédente : en plus de Chabat et Lauby (Les Nuls), on retrouve les Robins des Bois ou encore Kad et Olivier (4).

 

Enfin, Chabat fait référence à d’innombrables éléments, du cinéma à la publicité sans oublier les chansons qui n’ont rien d’antique ni d’orientale (Ti amo, I feel good, et la reprise finale de Walk like an Egyptian…).

Cinématographiquement, on pense au film Cléopâtre de Joseph Mankiewicz (pour le faste coloré) mais aussi à celui de Cecil B. DeMille, Monica Bellucci (Cléopâtre) ayant la même pudeur que Claudette Colbert dans le bain de lait.

 

Pour le reste, on retrouve aussi les jeux de mots de Goscinny, certains ayant été supprimés et d’autres ajoutés par Chabat, et on arrive à une adaptation magnifique qu’on ne retrouvera pas dans les deux suivantes (2008 et 2012).

A noter enfin, l’interprétation de Chabat en César (Caesar comme il aime s’appeler, avec prononciation à l’anglaise), et pour finir, en guise de dessert, un générique de fin pendant lequel se déroule le « banquet final », qui est plus une soirée en boîte qu’autre chose avec une guest star finale, annoncée pourtant dès le début : je vous laisse découvrir.

 

  1. Astérix et Obélix contre César (Claude Zidi, 1999)
  2. Astérix et Cléopâtre (1963)
  3. Il est à noter qu’une bande de copains ne suffit pas pour faire un bon film, le film suivant de Chabat ayant tendance à me donner raison…
  4. Coupés au montage…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Robert Aldrich, #Joan Crawford, #Bette Davis
Qu’est-il arrivé à Baby Jane (What ever happened to Baby Jane - Robert Aldrich, 1962)

Bette Davis.

Joan Crawford.

Deux monstres sacrés. Deux sacrés monstres.

 

1917. « Baby » Jane Hudson (Julie Allred) est une petite fille très talentueuse mais aussi très capricieuse. Blanche Hudson (Gina Gillespie), est juste blanche, sa sœur, un tantinet jalouse du succès et des crises de sa petite sœur (1).

1935. Blanche Hudson (Joan Crawford) est une actrice éblouissante, une véritable star. Dans le même temps, « Baby » Jane est une actrice sans grand talent, dont le dernier film ne sera même pas exploité.

Un soir, alors que les deux sœurs rentrent chez elles après une soirée très arrosée, l’une d’elle descend ouvrir la grille pendant que l’autre embraye pour l’écraser.

196? Jane s’occupe de sa sœur Blanche, paralysée suite à l’accident.

 

C’est la seule fois que les deux grandes stars se retrouvent dans un même film. Avec en prime une légende qui les fait se détester l’une et l’autre. Ce n’est pas exactement vrai, ni tout à fait faux. Mais force est de constater que ce sont deux des plus grandes actrices de Hollywood, et que leurs prestations – et surtout celle de Bette Davis – sont extraordinaires.

 

Robert Aldrich réussit, avec ce film à réunir deux légendes, à les diriger sans qu’elles se battent, et surtout en assumant leur âge. Si Crawford semble moins abimée que Davis, c’est avant tout parce qu’elle n’a pas voulu en rajouter. Alors que Davis s’est elle-même confectionnée cette trogne : trop maquillée, usée, vieille.

L’antagonisme entre les deux sœurs qu’on aurait tort de transposer dans la vraie vie, n’est crédible que par le (sur ?)jeu des deux actrices. Et au-delà de cet antagonisme, c’est de la vieillesse et de la déchéance qu’il est question.

 

Pour Blanche, sa vie depuis l’accident se résume à déambuler grâce à un fauteuil roulant, attendant les repas servis par sa sœur, avec de temps en temps une bouffée de nostalgie quand la télévision rediffuse ses anciens chefs-d’œuvre.

Pour Jane, c’est avant tout son enfance qu’elle regrette, et son idée insensée (et désespérée) de reprendre un tour de chant comme avant, près de 45 ans plus tôt, est complètement absurde : sa prestation de vieille femme donne une dimension pathétique à son personnage qui n’est pas loin de sombrer dans la folie. Et Edwin Pragg (Victor Buono qui n’est pas encore le Comte Manzeppi des Mystères de l’Ouest), sent que cette femme n’est pas bien dans sa tête, mais l’appât du gain est le plus fort.

 

Alors nous suivons, impuissants, cette montée de l’horreur jusqu’au dénouement final où Jane se révèle d’un sadisme assez malsain, torturant celle qui est sa sœur, mais que la responsabilité de l’accident a obligée de s’en occuper.

Parce que le nœud de l’intrigue est là : l’accident dont Jane endossa la responsabilité est ce qui les lie dans leur présent. Cet épisode douloureux l’est à deux niveaux :

  • pour Blanche, c’est la fin brutale de sa carrière éblouissante ;
  • pour Jane, c’est un épisode de sa vie dont elle ne veut plus entendre parler, qu’il lui est pénible d’évoquer, et qui, pour elle aussi, marque la fin de sa carrière – qui aurait été minable, certes, mais peut-être aurait-elle pu être une autre personne.

Alors que s’est-il vraiment passé, pendant cet accident dont nous ne voyons aucun visage ?

 

  1. Eu égard aux âges respectifs des deux actrices, c’est Joan Crawford qui était la plus âgée.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Clarence Brown, #Greta Garbo
Anna Christie (Clarence Brown, 1930)

Garbo parle !

C’est avec cet argument que la MGM fit la promotion du film à sa sortie.

Il faut dire que le parlant a déjà deux ans quand sort ce film, et qu’on n’a toujours pas entendu la Divine.

Du fait que la star était avant tout suédoise et possédait, bien entendu un fort accent, les cadres de la MGM craignaient – avec raison – que son passage au parlant soit un fiasco total.

Alors ils ont attendu jusqu’au dernier moment, et ils se sont débrouillés pour mettre toutes les chances de leur côté.

 

C’est pourquoi Clarence Brown, sur un scénario de Frances Marion (adaptée d’une pièce déjà portée à l’écran en 1923), a préparé soigneusement l’apparition de la star : elle n’apparaît qu’une fois le premier quart d’heure passé !

Mais surtout, elle est fille d’un marin suédois, ce qui explique son accent (1).

Pour le restez, c’est un film quasiment sur mesure que nous propose Clarence Brown, retrouvant l’actrice pour la troisième fois (2), filmée magnifiquement par l’indispensable William H. Daniels.

 

Comme écrit plus haut, Garbo n’apparaît pas tout de suite. C’est d’abord une série de fausses pistes qui préparent le terrain pour son arrivée.

Le lion – Leo, le bien nommé – présente le film, bien sûr, mais sans rugissement, tout du moins audible, comme pour un film muet.

Puis la séquence d’ouverture nous présente l’intérieur d’une barge, où Marthy (Marie Dressler), écoute un disque entre deux verres.

Puis apparaît Chris Christofferson (George F. Marion), le père d’Anna. On comprend rapidement que ces deux-là vivent ensemble et ont la même propension à la boisson : ils vont d’ailleurs rapidement au bar du coin écluser quelques verres.

C’est là que le Destin intervient – ou ce satané océan (comme l’appelle Christofferson) – par l’intermédiaire d’une lettre : sa fille Anna va arriver.


Et dès qu’elle apparaît, la magie opère : “Gimme a whisky, ginger ale on the side, and don't be stingy, baby!”.

Elle a son accent, comme prévu, mais elle a surtout une voix chaude et légèrement grave qui va avec son personnage de femme fatale et ajoute au mythe.

C’est réussi : Garbo sait parler.

 

Mais si Garbo nous enchante avec sa voix, c’est le duo Dressler-Marion qui nous enchante. Marie Dressler surtout, en femme alcoolisée, plus toute jeune mais assumant son âge avancé, et essayant de maintenir un semblant de dignité malgré son ivresse.

Quant çà George F. Marion, il est un drôle de père, alcoolisé lui aussi (3), mais obligé, un moment, de jouer le rôle du père digne et à peu près sobre, ce qui amène une belle scène de retrouvailles : le père, déjà bien avancé, et la fille (qui a déjà bu deux whiskies) qui trinquent avec une petite bière (pour lui) et deux doigts de Porto (pour elle), chacun des deux voulant sauvegarder les apparences.

 

Et puis il y a le deuxième instrument du Destin : Matt Burke (Charles Bickford). C’est un marin qui a fait naufrage et que les Christofferson recueillent dans leur barge.

C’est un homme fort, un tantinet fruste, qui ressemble – physiquement – au McTeague de Stroheim (4).

Dès leur première rencontre, il essaie d’abuser d’elle. Mais c’est mal connaître Anna, et surtout oublier que le scénario a été écrit par Frances Marion, proposant, comme d’habitude, une femme qui est tout sauf faible, l’aura de la star ajoutant à la force de son personnage.

 

Ce sera alors une suite de confrontations entre Anna et les deux hommes, ou les deux hommes entre eux – la jalousie du père voyant d’un mauvais œil sa fille le quitter – ou le jeune homme imposer sa loi à une relique du passé… Mais à chaque fois, Anna aura le dernier mot : c’est elle, et elle seulement, qui commande ces deux hommes.

 

Autrement, les images de Daniels sont toujours aussi belles, il filme Garbo comme lui seul savait le faire, donnant une autre dimension de sa mélancolie, et donnant de l’éclat à ses moments heureux.

On sent encore l’influence du cinéma muet, des intertitres venant s’ajouter à la narration, et on retrouve quelques plans un tantinet trop longs, ralentissant l’intrigue sans raison apparente.

Mais ne boudons pas notre plaisir : Garbo est belle, Garbo est une femme forte, mais surtout Garbo parle, ce qui nous ramène au début…

 

 

P.S. : à noter une vue panoramique de New York avec l’Empire State Building en fin de construction. Il sera inauguré un an plus tard, le 5 mai 1931.

 

  1. En partie, après 15 ans passés aux Etats-Unis, son accent aurait dû un tantinet disparaître : elle n’avait que 5 ans quand son père l’a confiée à sa famille.
  2. Il y en aura quatre autres.
  3. Ces deux-là ne sont jamais montrés sobres
  4. Cf. Les Rapaces.

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