Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Robert Redford
Sous Surveillance (The Company you keep - Robert Redford, 2012)

Un homme, seul, poursuivi par le FBI pour un crime – un braquage qui a mal tourné – commis trente ans plus tôt par un groupe d’extrémistes dont il faisait partie.

Il fuit parce que son passé le rattrape.

 

Tout commence quand Sharon Solarz (Susan Sarandon) – autre protagoniste du crime – est arrêtée par le FBI, alors qu’elle allait se dénoncer.

Ben Shepard (Shia LaBeouf), journaliste dans un quotidien de seconde zone, fait le tour de ses sources et arrive à la conclusion suivante : James Grant (Robert Redford), avocat qui a refusé de défendre Solarz n’est autre que Nick Sloan, ancien membre des Weathermen, l’un des mouvements de la gauche radicale américaine à partir de 1969 et qui avait choisi la clandestinité à partir de 1970 (1).

 

Les premières images nous replongent dans l’une des périodes charnières du XXème siècle : la fin des années 1960. Nous pouvons donc voir des images d’archives sur les grands mouvements de protestation américains contre, entre autre, la guerre du Vietnam, amenant le fait divers qui nous préoccupe (mais nous ne le savons pas encore) : un braquage qui a mal tourné où un vigile est exécuté par un des braqueurs.

Encore une fois, la guerre du Vietnam et ses répercussions dans la société américaine sert de trame de fond à cette chasse à l’homme particulière.

 

Car si le FBI traque sans relâche Grant/Sloan, il n’est pas le seul à effectuer des recherches. Outre Ben Shepard, c’est Sloan lui-même qui est à la recherche de son passé et surtout des membres qu’il a fréquentés, en particulier l’une d’entre eux : Mimi Lurie (Julie Christie).

Nous allons alors suivre ces trois enquêtes en parallèle : Sloan qui sait qui il cherche ; le FBI qui essaie de retrouver Sloan ; et Shepard qui exhume petit à petit tous les tenants et aboutissants de cette affaire qui eut lieu trente ans plus tôt.

 

Tout comme Sloan, nous découvrons tous ceux qui ont joué un rôle à un moment ou à un autre dans ce groupuscule révolutionnaire.

Mais tout comme Sloan, ils ont vieilli et un peu oublié qui ils étaient et ce qu’ils combattaient, la vie les ayant fait grandir, et surtout mûrir.

Nous partons alors à la recherche du temps perdu, car comme toujours dans ces cas-là, ce temps perdu l’est pour tout le monde, et on assiste alors à la révélation d’un immense gâchis, parce qu’à un moment, ce qui était tellement limpide et bien préparé a dévié du plan initial.

 

En retrouvant les anciens camarades de Sloan, nous (spectateurs) avons le plaisir de retrouver de grands noms du cinéma dont certains ont commencé à cette même période troublée : outre Susan Sarandon et Julie Christie on peut apercevoir Nick Nolte ou encore Sam Elliott avec sa moustache et surtout sa voix très reconnaissable (2).

Cette quête temporelle vaut aussi pour Redford lui-même, qui retrouve dans ce film des gens avec qui il a déjà tournés : Susan Sarandon (The great Aldo Pepper) ; Sam Elliott (Butch Cassidy & the Sundance Kid) ; ou encore Chris Cooper (The horse Whisperer) et Stephen Root (The Conspirator)…

 

Bien entendu, derrière cette histoire politico-policière se dégage l’un des thèmes de prédilection de Robert Redford : la famille. Avec ici plusieurs niveaux de familles : entre sa fille Isabel (Jackie Evancho) et Rebecca (Brit Marling) celle de l’ex-inspecteur Osborne (Brendan Gleeson) existe un lien que Ben Shepard mettra à jour à l’issue de son enquête, et qui est aussi la véritable raison de la fuite de Sloan.

 

En prime, on découvre Shia LaBeouf qui grandit (25 ans pendant le tournage), et qui, quand il ôte ses lunettes perd une partie de son visage juvénile pour interpréter avec conviction un journaliste qui n’est pas sans rappeler que Redford, 35 ans plus tôt, en interprétait un autre, et pas des moindres : Bob Woodward (Les Hommes du Président), l’homme qui avec Carl Bernstein (Dustin Hoffman) fit tomber Nixon.

 

 

  1. Ce groupe –Weather Underground – a réellement existé mais le fait divers a été raconté par Neil Gordon dans son roman The Company you keep, dont le film est une adaptation
  2. A bas le doublage !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John McTiernan, #Policier
Une Journée en enfer (Die hard with a Vengeance - John McTiernan, 1995)

John McClane est de retour, et cette fois, il a mal à la tête.

Il faut dire que depuis qu’il a été suspendu, il se laisse aller. Alors il boit.

Et évidemment, le lendemain, il a mal à la tête.

Mais aujourd’hui, en plus, il n’a même pas la possibilité de laisser s’estomper sa gueule de bois : un dénommé Simon (voix de Jeremy Irons) lui propose de jouer à Jacques a dit (1).

Le voilà donc réintégré, et envoyé en plein Harlem (nous sommes à New York, bien sûr) en caleçon (sans fleurs ni cœurs), avec une pancarte sans équivoque : « I HATE NIGGERS » (2).

Sans l’intervention de Zeus – qui n’est pas un dieu mais bien Samuel L. Jackson – McClane aurait déjà pu visiter le royaume d’Hadès (3).

Mais maintenant que Zeus est entré en jeu, il ne peut plus en sortir : Simon l’a bien précisé (1)…

 

On retrouve donc John McClane, un de nos flics new-yorkais préférés (le mien, c’est Vincent d’Agosta, chacun ses goûts), aux prises avec un terroriste au sens de l’humour plutôt décalé sinon malsain. Simon fait partie de ces méchants qui s’énervent difficilement, gardant un flegme imperturbable à presque toute occasion. Et avoir choisi Jeremy Irons pour l’interpréter est une des bonnes idées de John McTiernan qui retrouve Bruce Willis et son personnage après avoir laissé Renny Harlin réaliser l’épisode 2.

 

Le retour de McTiernan aux commandes nous permet de retrouver l’esprit du premier film, en plus d’un lien familial inattendu : Simon est le frère du regretté (pas vraiment pour tout le monde) Hans Gruber, interprété par le véritablement regretté Alan Rickman. On retrouve donc dans Simon la même distinction que chez son frère, pas étonnant donc qu’on ait choisi deux acteurs britanniques pour les interpréter.

A nouveau, il s’agit d’une grosse histoire d’argent, dissimulée derrière des enjeux faussement politiques.

Encore une fois, nous assistons à un casse aussi impressionnant que brillamment mené, car il faut reconnaître que ces méchants cocos-là ont un sacré génie quand il s’agit d’affaires criminelles.

 

Mais cette fois, McClane ne fait pas cavalier seul : il se retrouve avec un partenaire, mais quel partenaire !

Zeus n’est pas un mauvais bougre. Disons qu’il a certains ressentis envers les Blancs, dont font partie des éléments de la police new-yorkaise à la gâchette facile. Si Zeus n’est pas à proprement parler raciste, il n’a aucune envie de côtoyer ceux qui n’ont pas la même couleur que lui, et encourage les enfants qui le visitent à en faire autant.

Malgré son côté un tantinet intolérant, Zeus reste avant tout un chantre des Etats-Unis, inculquant à ses protégés les valeurs éternelles de ce pays.

Mais surtout, Zeus est humain. Certes, voir débarquer McClane dans son quartier n’est pas le souvenir qu’il chérira pendant longtemps, mais il se souviendra de son escapade forcée à travers les rues de New York.

 

Cette association à plusieurs niveaux (flic-civil et surtout Noir-Blanc) nous amène des situations qui malgré les tensions rendent ces deux individus que tout oppose très sympathiques. Il faut dire que le méchant auxquels ils doivent faire face a tôt fait de les réunir, et rapidement, ce duo fonctionne comme un vieux couple, mal assorti bien sûr, mais qui reste uni « pour les enfants », comme on dit.

Et dans cette situation, ce ne sont pas des paroles en l’air.

 

On suit alors avec une certaine jubilation les aventures tout compte fait improbables qui nous sont proposées, retrouvant la verve du premier film qui faisait défaut dans le second.

On s’amuse de l’entêtement de ces deux hommes obligés de cohabiter dans une ville qui ne s’émeut pas de grand-chose.

Et ce film, malgré tout, prend une autre dimension quand on sait qu’un peu plus de 6 ans plus tard, deux avions ont percuté le World Trade Center dont on voit les deux tours, toujours fièrement dressées à deux pas de Wall Street, là où se situe une grande partie de l’intrigue.

 

Une note un peu plus légère pour finir : il est fait référence – de façon ironique – à l’une des cibles privilégiées des productions américaines des années 1990, un homme d’affaires atypique qui est malheureusement, à l’heure actuelle, président de ce même pays où fut produit le film…

 

 

PS : J’oubliais, on a droit à l’incontournable et indispensable réplique « Yippee-ki-yay, motherfucker! »

 

  1. Ah, la traduction… Simon says est le jeu en VO. Mais pour le reste, les règles sont les mêmes.
  2. « Je hais les Nègres. »
  3. Pour ceux qui n’aiment pas la mythologie grecque, il s’agit d’un des deux frères de Zeus, l’autre étant Poséidon.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Rennie Harlin, #Policier
58 Minutes pour vivre (Die hard 2: DIe harder - Renny Harlin, 1990)

On prend les mêmes et on recommence. Enfin, on prend les mêmes qui ont survécu à Piège de Cristal et on leur fait vivre une nouvelle expérience.

Donc, John McClane (Bruce Willis), Holly McClane (Bonnie Bedelia) et Richard Thornberg (William Atherton) ainsi que brièvement le sergent Powell (Reginald VelJohnson) sont du voyage. Par contre, c’est Renny Harlin qui succède (momentanément) à John McTiernan.

 

C’est encore Noël (1) !

Holly et Dick sont dans le même avion. Cet avion tourne au-dessus de l’aéroport de Washington.

Pourquoi ? Un commando de mercenaires a décidé de pirater les commandes pour faire évader un truand notoire de renommée internationale : le général Esperanza (Franco Nero), dont le nom seul est un tout programme pour ses amis.

Sauf que dans l’aéroport piraté, il y a McClane, encore une fois au mauvais endroit et au mauvais moment.

 

Après Piège de Cristal, où l’intrigue rappelait sur certains points La Tour infernale, Renny Harlin nous propose de revisiter un autre genre de film-catastrophe : le crash en avion. Ce n’est évidemment pas Airport (1970) (2), mais ça s’en approche tout de même.

Nous avons donc des avions qui survolent l’aéroport avec une seule certitude : à un moment ils se poseront. Reste à savoir comment : entiers ou en plusieurs morceaux.

Parce qu’à cette intrigue volante, s’ajoute le parcours encore éprouvant de McClane qui doit déjouer les pièges de l’équipe de mercenaires.

 

On retrouve alors notre cowboy préféré, encore bien seul dans ce grand aéroport,, devant lutter contre une belle équipe de méchants et, comme si cela ne suffisait pas, contre des gens qui devraient être du même bord : la police de l’aéroport représentée par le chef  Carmine Lorenzo (Dennis Franz, à la hauteur comme toujours), qui voit d’un très mauvais œil l’irruption de McClane dans son bureau, surtout que la réputation de ce dernier l’a précédé !

 

Encore une fois, une équipe de journalistes de télévision sont là, mais cette fois-ci, leur traitement est un tantinet différent. Il faut dire qu’avec Thornberg, les reporters à sensation en avaient pris pour leur grade à Los Angeles. Quoi qu’il en soit, si Samantha Coleman (Sheila McCarthy) est à peu près épargnée, il n’en va pas de même pour Thornberg qui, s’il a beau être dans un avion au-dessus, n’en garde pas moins une belle force de nuisance pour tout le monde. Et encore une fois, on a plaisir à voir de quelle façon il est traité.

 

Pour le reste, Harlin envoie encore une fois McClane au casse-pipes, mais cette fois-ci, mis à part un début dans un tuyau d’aération, tout se passe (presque) en extérieur. Avec en prime, une nouvelle sorte de poursuite : des motoneiges, avec traversée d’étang gelé et rafales de mitraillettes (sinon, ce ne serait pas suffisant…).

On a alors droit à quelques clins d’œil de l’épisode précédent : outre les personnages, on remarque que McClane a toujours le même genre de briquet, et que sa réplique favorite est toujours « Yippee-ki-yay, Motherfucker(s) ! »(3)

 

Au final, un film d’action efficace (encore une fois) mais avec une intrigue un tantinet plus élaborée, avec plusieurs sous-intrigues qui se rejoignent pour former un feu d’artifices final assez spectaculaire. Mais avec une petite déception en ce qui concerne les méchants Esperanza et son complice Stuart (William Sadler) : ce sont des militaires. Certes ils ont une technique formidable (et McClane le souligne à plusieurs reprises), mais il leur manque la lueur de génie et le flegme de Hans Gruber dans le premier épisode.

 

 

  1. Et Vaughn Monroe nous chante à nouveau Let it snow
  2. Et encore moins Airplane !
  3. Consultez votre traducteur préféré…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Stefan Ruzowitzky, #Guerre
Les Faussaires (Die Fälscher - Stefan Ruzowitzky, 2007)

Mai 1945.

La guerre est finie. Un homme débarque à l’hôtel de Paris, à Monte-Carlo.

Il y dépose son argent, d’importantes liasses de dollars, dans le coffre.

Dans la soirée, il rencontre une jeune femme (Dolores Chaplin, la petite-fille de) avec qui il couche. Au matin elle s’aperçoit qu’à son bras est tatoué un numéro.

Alors l’homme se souvient, près de dix ans plus tôt, à Berlin, en 1936.

 

Salomon Sally Sorowitsch (Karl Markovics) est un faussaire de génie mais son travail n’est pas récompensé à sa juste valeur, ou plutôt si : il se retrouve à Mauthausen, à travailler comme une bête de somme s’il ne veut pas être exécuté sur place. A sa poitrine, une double marque : le triangle vert des criminels de droit commun, et le jaune des Juifs.

Et en 1944, il est transféré à Sachsenhausen, dans une section spéciale où son talent – et celui de ses codétenus est employé à fabriquer de la fausse monnaie.

 

C’est une histoire vraie que nous raconte ici Stefan Ruzowitzky. Celle de l’opération Bernhard, qui devait inonder les économies ennemies des nazis de devises forgées. Il adapte le récit autobiographique d’Adolf Burger (1917-2016), un photograveur de talent (1) interprété par August Diehl. Mais le récit se concentre sur le rôle de Sally, maître incontesté du procédé.

 

Le récit commence progressivement mais entre tout de même rapidement dans le vif du sujet. On se rend compte que Sally est un homme malhonnête, même s’il possède des mains en or. C’est donc u faussaire de génie que Herzog (Devid Striesow) un petit inspecteur de police vient arrêter et envoyer en prison puis dans un camp en 1939. Mais c’est à partir de 1944 que l’intrigue du film s’intensifie : Sorowitsch est envoyé à Sachsenhausen pour effectuer ce qu’il sait brillamment faire. Il y retrouve Herzog, devenu responsable du projet Bernhard. Pas étonnant donc que Sally ait été transféré là : Herzog avait une grande admiration pour son art.

 

C’est encore une histoire fascinante qui nous est racontée dans ce film. Nous retrouvons l’univers concentrationnaire avec un traitement spécial. En effet, les prisonniers que nous côtoyons sont tous juifs et comme tels considérés par leurs gardiens comme des sous-hommes. Mais il y a l’argent et le pouvoir qu’il peut conférer. Parce que même si la monnaie est contrefaite, elle n’en garde pas moins son emprise liée à sa valeur. Mais malgré cela, rien ne peut empêcher la barbarie. C’est surtout à travers le second de Herzog – Holst (Martin Brambach, abject à souhait) – qu’elle s’épanouit.

En effet, c’est une véritable saloperie de nazi, orgueilleux (bien sûr, comme tous les petits chefs) de détenir une miette de pouvoir et ravi d’en user. Il n’a aucune limite dans l’abjection, malgré les remontrances de son supérieur.

 

Le statut de ces faussaires est très particulier. Ils sont isolés, un peu comme s’ils étaient emprisonnés à l’intérieur d’une prison, et pourtant, leur sort est plus enviable que ceux qui restent au dehors. Les prisonniers réguliers ne sont pas souvent vus, mais à chaque fois, c’est dans un cadre de mauvais traitement, voire d’exécution.

A l’intérieur, paradoxalement, ces hommes semblent plus libres alors qu’ils sont doublement enfermés. S’ils portent le pyjama rayé réglementaire, c’est sous une veste et/ou un pantalon. Mais ce traitement de faveur est à lui seul un rappel impitoyable de leur inéluctable destin : sur la veste que reçoit Sally, une étiquette manuscrite indique l’ancien propriétaire du vêtement et surtout le lieu où il fut récupéré : Auschwitz.

 

Parce qu’en toile de fond de ce camp, il y a Auschwitz, où certains faussaires (dont Burger) ont été enfermés (2).

La scène où ces prisonniers sont envoyés à la douche est un autre rappel de ce lieu si terrible : l’un des hommes est persuadé d’y mourir, gazés comme les autres. Son soulagement est proportionnel à son angoisse quand il se rend compte que c’est bien de l’eau qui coule des pommes de douches.

 

Et si ces hommes semblent protégés par leur statut spécial (3), la fragilité de leur sort leur est sans cesse rappelée : le bruit des prisonniers punis qui marchent littéralement vers la mort ; le bruit des armes qui tirent régulièrement – en rafales ou bien ponctuellement quand il s’agit d’une exécution, et surtout les cris des prisonniers comme ceux de leurs bourreaux.

Cette terreur invisible régnant sur le camp s’insinue dans les têtes des prisonniers (4) qui n’ont d’autre recours que de réussir dans leur entreprise, chaque jour supplémentaire est toujours une victoire de la vie.

 

Et parce que cette vie est la seule chose qu’il leur reste – avec leur dignité, mais pas aux yeux des nazis – et chaque moment de répit qu’elle leur offre prend toute sa signification dans les séquences où ils essaient un instant de fuir leur condition : la découverte des lits « moelleux », la douche, une cigarette, ou encore un verre d’alcool que Sally ingurgite avec un mélange d’empressement et de volupté, comme s’il s’agissait du verre du condamné, ce qui n’est pas loin de sa réalité d’alors.

 

Au final un film fort, sur une période troublée et que des gens continuent de minimiser voire nier, aujourd’hui encore, réalisé avec brio par un cinéaste autrichien qui amène une couleur particulière au film quand on sait le rôle que joua l’Autriche pendant les Années de Chien (« Hundejahre ») et surtout à partir de 1938. Sans oublier le score que fait le parti d’extrême droite dans ce pays, où entre 1986 et 1992, le président n’était autre qu’un ancien nazi : Kurt Waldheim.

 

  1. Comme tous les autres participants à cette opération.
  2. Burger y était au « tri » des arrivants.
  3. « spécial » était un terme très usé et finalement galvaudé par l’administration des camps : les « commandos spéciaux » (Sonderkommandos) étaient des groupes de Juifs qui participèrent, sous la contrainte, à la solution finale (voir à ce sujet le magnifique film Le Fils de Saul) : triant les vêtements, évacuant les cadavres…
  4. L’imagination va toujours au-delà de la réalité.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Philip Noyce, #Denzel Washington
The bone Collector (Philip Noyce, 1999)

Lincoln Rhyme (Denzel Washington) est un enquêteur hors pair. Malheureusement pour lui, quatre ans plus tôt, il fut victime d’un accident lors d’une exploration de scène de crime. Il est maintenant dans un lit, ne pouvant bouger que la tête et un doigt.

Il est aussi victime de crises qui l’emmènent de plus en plus vers un état végétatif. Alors il décide d’en finir et prépare sa transition finale auprès d’un ami médecin (John Benjamin Hickey).

C’est alors qu’un nouveau crime est découvert : Amelia Donaghy (Angelina Jolie), une jeune policière, a mis à jour un cadavre mis en scène par un tueur en série.

Rhyme se sent revivre, le temps d’une affaire.

 

Il y a chez Phillip Noyce une influence hitchcockienne indéniable, et surtout le film Rear Window.

En effet, dans Sliver, il mettait en scène un homme qui espionnait ses voisins, traquant ainsi leurs moindres secrets. Ici, Rhyme n’espionne personne, mais il est paralysé, tout comme l’était James Stewart du fait de ses jambes cassées. Et si ce dernier utilisait Grace Kelly pour se déplacer à sa place, ici Rhyme fait la même chose avec Amelia.

Et comme chez Hitchcock, Rhyme va devoir affronter physiquement le meurtrier.

 

Mais nous ne sommes pas chez Hitchcock, et nous ne restons pas non plus chez Rhyme. Tout comme dans Sliver, Noyce fait dans le sensationnel. Mais si on pouvait le lui reprocher, ici, même si les crimes décrits sont terribles, il prend plus de distance, nous laissant la plupart du temps imaginer ce qui a pu arriver.

Et d’une manière générale, Noyce est beaucoup plus subtile, nous proposant un film plutôt habile, sinon intelligent.

Il faut dire que le duo vedette fait beaucoup pour assurer la qualité.

 

Denzel Washington a toujours ce côté cool (Steve McQueen est mort, il fallait bien le remplacer) qui lui donne une aura formidable. Il a beau rester sur son lit (de douleurs, bien sûr), il n’en demeure pas moins omniprésent sur l’écran. Cette immobilité forcée étant contrebalancée par un jeu facial impeccable.

En face de lui, Angelina Jolie (1) va au-delà de son apparence de jolie fille pour composer une policière humaine, hantée par le souvenir de son père (2). C’est une femme qui fuit. Elle fuit le souvenir de son père, fuit la police traditionnelle (3), et surtout fuit un quelconque engagement personnel. En effet, elle commence le film auprès d’un jeune homme avec qui elle semble heureuse, mais qui finalement lui lance à la figure qu’il aimerait aller plus loin, ce qu’elle n’est pas prête à faire.

 

Mais si le film fonctionne bien, c’est aussi grâce au reste de la distribution. Les anciens collègues de Rhyme sont les plus visibles certes, mais ses nouvelles connaissances – Thelma (Queen Latifah, formidable) son infirmière, ou Richard Thompson (Leland Orser, illustre second rôle) qui assure la maintenance des moniteurs médicaux – ont aussi leur importance. Thelma est une infirmière qui, malgré l’état pitoyable dans lequel est son patient, ne se laisse pas impressionner voire apitoyer par ses piques. Elle lui tient tête et voit d’un très bon œil cette renaissance qui se produit. De plus, son engouement pour les puzzles (il faut bien passer le temps) devient un élément indispensable à la résolution de l’intrigue.
Elle fait partie de la nouvelle vie de Rhyme et y prend une place primordiale, malgré les protestations de ce dernier qui préfèrerait mourir en paix une bonne fois pour toute.

 

Mais ce baroud honneur en quelque sorte, c’est le testament de cet homme qui ne se voit pas finir en légume, de quelque espèce que ce soit. Mais alors qu’il s’apprête à partir définitivement, c’est autre chose qu’il va trouver. Vous allez croire que je fais une fixation, mais avec Amelia, c’est la rédemption qu’il va trouver. C’est un homme qui se sait perdu et veut en finir. Cette enquête lui permet juste de patienter en attendant la fin. Or, nous savons bien que le suicide est très mal vu par la religion. Grâce à cette enquête, il va revenir à la vie, reportant son départ sine die, mais surtout retrouvant de la même occasion cette chance de salut qu’il se refusait (4).

 

Bref, une traque haletante – les tueurs en série sont toujours fascinants, surtout au cinéma – nous offrant un film intelligent, servi par une distribution adéquate.

Que demander de plus ?

 

 

  1. Décidément, elle porte bien son nom…
  2. Policier lui aussi, suicidé avec son arme de service.
  3. Elle intègre une unité spécialisée dans la délinquance juvénile.
  4. Les suicidés sont damnés, même si on dit que la plupart terminent se retrouvent fonctionnaires dans une administration post-mortem…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Lewis Gilbert, #James Bond, #Espionnage
On ne vit que deux Fois (You only live twice - Lewis Gilbert - 1967)

Et de 5 !

Mais bon, on s’en serait peut-être passé…

Et la présence de Roald Dahl (scénario) ne rattrape pas grand-chose.
Pourtant, tout était là pour un nouveau et amusant épisode de l’agent secret le plus célèbre au monde.

Même l’intrigue commençait sur les chapeaux de roue.

 

Un vaisseau spatial américain (qui ressemble plus à un suppositoire qu’au Millenium Falcon) est absorbé par un plus gros et on accuse les Russes d’avoir fait le coup. Ces derniers jurent sur leur grand Lénine qu’ils n’y sont pour rien et la tension monte.

Heureusement, les services secrets britanniques sont sur la brèche et ont mandaté leur espion numéro 1 – en fait, c’est plutôt le 7 – rien moins que James Bond (Sean Connery) !

Mais coup du sort : James est trahi par une jeune femme (comme c’est étonnant) et abattu par d’affreux tueurs à Hong Kong (1).

Oui, vous avez bien lu : James Bond est mort !

 

Mais rassurez-vous, si c’était vraiment le cas, il  n’y aurait pas eu de film. Ce qui aurait peut-être mieux valu…

En effet, même si M (Bernard Lee), Q (Desmond Llewelyn) et Miss Moneypenny (Lois Maxwell) sont fidèles au poste, ça ne marche pas.

Il faut dire que Lewis Gilbert (qui reviendra encore deux fois dans la série) n’arrive pas à cerner ce qui fait le sel des aventures précédentes : oscillant sans cesse entre réalisme et surenchère dans les effets spéciaux, il en oublie le décalage indispensable mâtiné d’humour so british qui fait le charme des autres films.

 

Premier écueil : les rapports administratifs que tout le monde attend (avec M, Q et Moneypenny, bien sûr) sont réduits à leur plus simple expression, comme si tout ce qui se passait était très grave. Oui, la situation l’est, mais nous sommes dans un James Bond, que diable !

Deuxième écueil : si les gadgets et la technologie sont très avancés, on en arrive à se dire que c’est trop. Du fait de la partie spatiale de l’intrigue, il y a pléthore d’écrans : surveillance du personnel, du vaisseau, de James Bond qui se déplace… Mais si ces écrans sont indispensables à l’intrigue, ils en pervertissent la crédibilité. Déjà qu’habituellement, les aventures sont à la limite du vraisemblable – mais ça fait partie du jeu – ici, c’est trop. Ces écrans nous permettent de voir les différentes phases de piratages des capsules spatiales.

Et là, je dis stop : je ne suis pas le mauvais cheval (2), mais j’ai du mal à comprendre comment on peut suivre les manœuvres criminelles du S.P.E.C.T.R.E (parce que c’est lui, bien sûr, le méchant organisme qui veut semer la tempête nucléaire) sur un écran. Qui est derrière la caméra à filmer ? Et si c’est un autre satellite, pourquoi personne ne l’aperçoit-il sur son écran (3) de radar ? Bref, ça ne va pas du tout.

Je ne parle pas non plus du vaisseau ennemi qui explose (bruyamment, mais ça c’est aussi le cas dans La Guerre des étoiles, alors ça ne compte pas) à quelques (centi)mètres de l’autre capsule américaine sans que cette dernière ne soit affectée par sinon le souffle du moins les vibrations…

Non, ça ne va pas.

 

Que retenir de ce film alors ? Pas grand-chose, sinon que c’est un nouveau film des « premières fois ».

En effet, c’est la première fois que James Bond se marie. D’un autre côté, c’est pour la mission et en plus, il a donné un faux nom, alors ça ne compte pas vraiment.

C’est aussi la première fois que nous voyons le Numéro 1 de l’organisation : il s’appelle Ernst Stavro Blofeld (Donald Pleasance), et il adore les chats, enfin surtout un magnifique angora turc qu’il tripote à longueur de film, mais qui semble ne pas survivre à l’épisode puisque que Blofeld s’enfuit sans lui…

Et puisqu’on en est aux premières fois, c’est la première fois que nous voyons Charles Gray dans les aventures de James Bond. Il est alors un contact de Bond qui ne devrait pas s’adosser à un mur, surtout si celui-ci est en papier. Il reviendra dans le suivant avec Sean Connery : Diamonds are forever.

 

Je terminerai en évoquant les effets spéciaux qui sont franchement rudimentaires qui ajoutent dans la lourdeur du film, l’éruption volcanique étant par ailleurs un sommet de trucage minable.

 

Si après ça, vous voulez quand même le voir, je ne peux plus rien pour vous…

 

PS : A You only live twice, je préfère largement You only live once

 

 

  1. Il  ne faut pas chercher là-dedans la raison du départ des Anglais de cette enclave chinoise : c’était déjà prévu avant (le bail était arrivé à terme).
  2. Si, des fois, quand même…
  3. Encore un !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Jodie Foster, #George Clooney
Money Monster (Jodie Foster, 2016)

Money Monster, c’est une émission de télévision en direct, présentée par le célèbre Lee Gates (George Clooney) et produite par Patty Fenn (Julia Roberts).

Le sujet de ce soir (-là) : IBIS, une société dirigée par Walt Camby (Dominic West), qui vient de subir une perte record – 800.000.000 $ (1) – du fait d’un bug informatique, le célèbre glitch.

SI c’est un coup dur pour une société, c’est un coup certainement au moins aussi dur sinon plus pour ceux qui ont tout misé sur cette société.

C’est le cas de Kyle Budwell (Jack O’Connell), qui a perdu 60.000 $ (1). C’est pourquoi ce même soir, il entre dans le studio de l’émission et prend en otage Lee Gates, responsable selon lui de sa banqueroute.

 

Cinq ans après Le Complexe du castor à propos de la dépression, Jodie Foster s’attaque à un autre fléau de la société : la finance. A travers cette histoire dramatique de cet homme qui n’a plus rien à perdre (IBIS s’est chargé du reste), c’’est tout un système qu’elle pointe du doigt sans toutefois privilégier un camp ou un autre. En effet, si IBIS a causé de grands dégâts chez les petits porteurs, le système est-il mauvais seulement quand on perd ? Jamais on ne voit le côté défendu par Camby : quand on amasse, personne ne se plaint jamais. Et si on peut (doit ? pour moi oui, mais ce n’est pas de moi qu’il s’agit) condamner cette pratique qui spécule sur la vie d’autrui (2), on ne peut pas ignorer ces (ses) arguments.

 

Mais encore une fois, le personnage principal de cette histoire n’est pas celui qu’on croit : si Gates est une espèce de requin, valet des capitalistes et tout ce que vous voulez d’autre, c’est tout de même Kyle le personnage qui nous intéresse le plus. Même si Gates est la cible première de Kyle, on ne peut que le comprendre : Gates représente cette haute finance qui daigne partager ses miettes avec les petits, donnant l’illusion que tout le monde est gagnant et que l’Amérique, décidément, est une véritable terre d’opportunité(s). A moins que ce soit d’opportunisme…

 

Kyle est le pauvre type qui a tout raté, qui tente de survivre et voit en Gates un allié » formidable : il boit comme du petit lait ce que ce dernier raconte à la télévision. Mais c’est justement quand il s’aperçoit qu’il a tout raté, même cette expédition, que la vérité lui saute aux yeux : Gates a beau motiver ses spectateurs, il ne met pas un cent dans les affaires qu’il recommande…

Mais ce monstre titulaire (du film comme de l’émission éponyme) n’est finalement pas celui qu’on croit : non, Gates a beau être un rapace au sourire carnassier (3), il n’est pas le vrai salaud de l’histoire. Et encore une fois, Kyle, comme tous ceux qui lui ressemblent, se trompe de cible. On ne doit pas condamner le messager, même s’il est aussi retors que Lee.

Pourtant, il est un fait qui n’est jamais clairement dit, c’est que Lee est avant tout une espèce de journaliste, spécialisé dans la finance et qui analyse la situation avec une grande régularité et très certainement une forme d’honnêteté.

En prenant en otage ce curieux individu, Kyle va lui rendre un sacré service : il va le réformer, et amener, encore une fois, sa rédemption. En effet, avec (grâce à) cette prise d’otage, Patty Fenn et Lee Gates vont – enfin ? – exercer réellement leur métier. Car si IBIS a perdu de l’argent, on ne peut pas se contenter d’un « glitch ». Il y a obligatoirement quelque chose derrière tout ça.

Et Patty, ainsi que Lee – son bras armé en quelque sorte – vont fouiller le contexte de cette faillite (fuite ?) de capitaux. Ils sont pressés par le temps et surtout la menace de Kyle qui a décidé de tout faire sauter s’il n’est pas entendu par le(s) responsable(s) de son marasme.

 

Alors on a cette quête de la vérité qui devrait toujours être le but recherché à partir du moment où on informe. Chaque déclaration, chaque action a ses répercussions. Et c’est le cas pour celui qui présente le journal comme celui qui annonce le temps du lendemain. Ses déclarations ont un impact, et cet impact peut devenir une arme terrible, dans les mains de n’importe qui.

 

Je terminerai en remarquant un certain timing dans la sortie de ce film. En effet, en 2016 se tenaient les élections présidentielles américaines, où l’information fut encore une fois l’un des facteurs les plus déterminants de ce scrutin. Mais si en 1960, Kennedy fut aussi élu parce que Nixon avait une allure de mal rasé à l’écran, en 2016, ce sont des informations pas toujours vérifiées qui ont inondé les télévisions et le net mondial, amenant un résultat qui me semble peu glorieux pour un pays comme les Etats-Unis. Maintenant, qui suis-je pour critiquer alors que je vis dans un pays où celui qui a été élu le fut essentiellement parce qu’on ne voulait pas de l’autre ?

 

Quoi qu’il en soit, ce film reste (et restera très certainement) très actuel : combien de personnes vérifient réellement l’information qu’elles reçoivent, par facilité, paresse ou même conviction ? Parce qu’il est toujours plus facile de croire ce qu’on a envie d’entendre que cette « affreuse vérité », qui n’a plus rien à voir avec celle de Leo McCarey (4)…

 

 

  1. C’est toujours plus impressionnant en chiffres !
  2. Les marchés sont ainsi faits : quand quelqu’un gagne beaucoup, c’est que quelqu’un d’autre perd autant. Il s’agit tout simplement du principe des vases communiquant.
  3. C’est l’image traditionnelle qu’on se fait de ce genre de personnage…
  4. The awful Truth (Cette sacrée Vérité, 1937)

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Michel Hazanavicius, #Espionnage
OSS 117 : Le Caire, Nid d'espions (Michel Hazanavicius, 2006)

Hubert Bonisseur de la Bath (Jean Dujardin) est un agent secret.

Enfin un agent pas si secret que ça puisque tout le monde sait qu’il se cache derrière son appellation administrative : OSS 117 (1).

Mais si le véritable OSS 117 est américain, Michel Hazanavicius en a fait un agent français voire franchouillard, véritable pilier de la Quatrième République (1946-1958) et soutien indéfectible de son président : René Coty (2).

OSS 117 est ancien combattant de la seconde guerre mondiale où il travailla en duo avec Jack Jefferson (Philippe Lefebvre), qui lui aussi deviendra membre de l’OSS.

Quand commence le film, OSS 117, en pleine mission récupère un pli important qu’il va porter à son chef (Claude Brosset), apprenant avec lui la mort de Jack en mission.

Hubert va donc reprendre l’enquête de son collègue et ami, au Caire.

 

Hubert Bonisseur de la Bath est avant tout un personnage de romans créé par Jean Bruce, et se trouve être l’aîné de James Bond, autre agent secret célèbre de cette longue guerre froide.

Si les romans de Bruce étaient très renseignés (normal, vu la branche), il ne s’agissait pas de parodies. On y trouvait (et trouve encore, 255 volumes entre 1949 et 1992) des aventures assez réalistes.

On a tous en tête les adaptations d’André Hunebelle, même si elle souffre d’un grand inconvénient : André Hunebelle lui-même. Sans parler de l’influence grandissante de James Bond à la même période (les années 1960).

 

Alors quand Michel Hazanavicius a repris ce personnage, on s’attendait à tout, sauf à ça !

C’est une parodie brillante des films de ce genre, où rien n’ »est sérieux, même si on reste dans un cadre très réaliste (3) : la Quatrième République. Nous sommes donc en 1955 : la France vient de perdre l’Indochine (4), et depuis quelques mois, l’Algérie s’est soulevée.

Bien sûr, Hubert est avant tout un patriote un tantinet chauvin au point de vue colonialiste fort douteux : pour lui, la colonisation a toujours été un bienfait pour les peuples colonisés (« exploités » semble plus juste), et il est étonnant qu’un président français, quelques années après la sortie du film, ait exprimé la même opinion à propos de ce rôle prétendument bénéfique. Mais passons.

 

Dès le générique de présentation, le film fleure bon les années 1950, avec ses images un peu passées et ses couleurs délavées. Le numérique accentue cette impression en offrant des panoramas débarrassés des constructions modernes de ces soixante dernières années.

Mais si les images ont été traitées afin de coller à 1955, la façon de filmer elle aussi nous ramène à cette période. On a droit plusieurs fois à ces discussions en voitures, avec incrustations dans les pare-brise arrières et les fenêtres latérales des voitures, ces incrustations d’images plus ou moins d’archives tranchant nettement avec l’aspect moderne voire fabriqué de l’habitacle de la voiture. C’est d’ailleurs aussi le cas lors d’une course effrénée en scooter.

 

Dès le début, on ne peut que penser à James Bond. Le ton des aventures, le côté séducteur du personnage (toutes les femmes se retournent à son passage), et l’aisance en toutes circonstances (5) en font un agent secret de premier ordre. EN plus de cette ressemblance, Michel Hazanavicius a pris le parti de filmer dans le même style (voir plus haut) que les aventures de JB dans les années 1960. On retrouve les mêmes teintes un peu uniformes de cette époque.

Mais si JB est avant tout un gentleman, Hubert lui, est un gros plouc. Outre ses opinions coloniales un tantinet réactionnaires, il se montre un hôte d’une bêtise crasse, ignorant des cultures autochtones et un visionnaire peu voire pas du tout éclairé. L’histoire du muezzin appelant à la prière est certainement le summum de cette bêtise.

La réplique qui le caractérise le mieux est énoncée – en VO – par le « fidèle » Slimane (Abdallah Moundy) : « Je me demande s’il est complètement con ou très intelligent ».

Ce n’est pas notre cas : notre opinion est déjà faite depuis longtemps.

 

Mais si le film fonctionne aussi bien, c’est, outre le ton parodique assumé et un tantinet outrancier (6), c’est aussi par le jeu d’acteurs, servis par un dialogue de Jean-François Halin qui n’a rien à envier à Michel Audiard. Certaines répliquesétant en passe de devenir cultes (« Alors infidèle, on part sans dire au-revoir ? »)

Bérénice Bejo est toute en nuances, mettant en valeur un personnage sans cesse rabaissé par Hubert : Larmina est autrement plus valeureuse que ce crétin bouffi d’orgueil.

Aure Atika est une ennemie récurrente dans le film, véritable pendant féminin d’Hubert, tout de même plus intelligente que lui : mais qui ne l’est pas ? Pelletier (François Damiens) ?

Nous trouvons aussi un méchant sadique en la personne de Moeller (Richard Sammel), l’Allemand de service.

Bref, des personnages stéréotypés mais indispensables au comique du film.

 

En conclusion : un film formidable, même pour ceux qui n’aiment pas la blanquette (7).

 

 

  1. Office Strategic Services, future CIA.
  2. Qui apparaît bien involontairement par ailleurs…
  3. Le seul point commun, outre le personnage, avec les romans.
  4. Disons plutôt : les Indochinois ont récupéré leur pays.
  5. L’hommage à Dalida, chanteuse avant tout égyptienne est un autre grand moment.
  6. Condition sine qua non
  7. Qui est bonne, cela va de soi.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Steven Spielberg
The Terminal (Steven Spielberg, 2004)

Viktor Navorski (Tom Hanks) est un voyageur de Krakozie (obscure pays de l’Europe de l’Est) qui arrive à New York.

Malheureusement pour lui, pendant le voyage, un coup d’état a renversé le gouvernement et toutes les relations entre la Krakozie et le reste du monde sont interrompues.

Viktor se retrouve donc dans une situation originale et franchement désagréable : il ne peut pas entre aux Etats-Unis ni rentrer chez lui.

Pendant de long mois, il va (sur)vivre dans l’aéroport, devenant un personnage singulier dans ce lieu où tout compte fait, les gens sont anonymes puisque en transit.

 

Oui, c’est d’après une histoire vraie, mais ce n’est pas cela le plus important. On retrouve dans ce film des thèmes chers à Spielberg comme l’inadaptation et l’enfance.

Parce que finalement, Viktor n’est rien d’autre qu’un grand enfant qui va grandir dans un milieu a priori hostile. Il ne parle pas l’Anglais, si ce n’est que quelques idiomes indispensables pour se rendre vers le but de son voyage : rencontrer le saxophoniste Benny Golson.

 

Viktor n’est pas un ado attardé comme Roy Neary (Rencontres du troisième Type) ou Ray (La Guerre des mondes), mais un homme coupé de ses racines et qui doit tout apprendre pour survivre dans un premier temps, puis vivre. Nous assistons alors à une sorte de renaissance (1) : Viktor va apprendre à parler, à se loger et se nourrir en utilisant les moyens à sa disposition.

 

Nous assistons à un début assez pessimiste voire pathétique où Viktor est reçu par Frank Dixon (Stanley Tucci) un commissaire de l’aéroport qu’il ne comprend pas (ce qui est réciproque) et qui lui explique l’irrégularité de sa situation sans prendre de gants, commençant même à déjeuner tout en lui parlant.

En plus, les images d’actualités qu’il peut voir dans l’aéroport ne le rassurent pas : le voilà alors seul au monde (2), dans un lieu qui relie (presque) tous les endroits de ce même monde, et qui plus est rempli de voyageurs. Seul dans un océan de personnes, avec des vagues dans un sens et dans l’autre : flux et reflux de passagers qui vont et viennent, alors que lui reste seul, au milieu (3).

 

Mais comme toujours chez Spielberg, son grand enfant va s’adapter (de toute façon il n’a pas le choix). De petites combines (récupérer la consigne des chariots) en services rendus, il va lentement transformer son cadre de vie : sa « chambre est un accès désaffecté (en travaux) où le lit est une rangée de sièges dont il a ôté les accoudoirs pour pouvoir s’allonger ; sa salle de bain est un lieu d’aisance où les voyageurs véritablement en transit font leurs ablutions…

Bref, il adapte l’aéroport à ses besoins (4).

 

Et fatalement, il devient progressivement une célébrité auprès des permanents de l’espace international : les employés des boutiques et certains agents de l’aéroport.

Avec le point culminant quand Viktor prend complètement en main sa destinée : il sauve un voyageur qui transportait des médicaments, tenant tête à Dixon. Cette attitude va forger sa réputation et surtout sa légende, lui donnant son surnom auprès du personnel de l’aéroport : Goat (le bouc).


Et comme Ray ou encore ET, Viktor va tout faire pour retourner dans son élément, dans son foyer. (5)

Mais cet ultime but a un prix : l’amour.

Viktor a fait la rencontre d’Amelia (Catherine Zeta-Jones) une hôtesse de l’air – elle aussi déphasée dans ce monde, mais pour d’autres raisons – qui lui donnera finalement la plus belle preuve d’amour qu’on puisse faire : elle sacrifie son éventuel bonheur pour que lui-même accède au sien. Le tout sans abuser de la fibre émotive.

 

AU final, on retrouve dans Le Terminal un bel hommage au monde de Frank Capra, Tom Hanks remplaçant James Stewart, mais avec une petite différence qui fait tout : la fin heureuse ne l’est pas complètement, et nous laisse un léger goût amer, comme la vie.

Parce que c’est normal, les fins heureuses, c’est pour les contes de fées…

 

 

  1. L’adolescence est une renaissance, ne l’oublions pas.
  2. Ce n’est pas anodin : c’est Tom Hanks !
  3. Un long travelling arrière et vertical nous permet d’apprécier cette idée quand on s’éloigne du pauvre Viktor fixant la liberté (l’entrée aux USA) qu’il ne peut atteindre.
  4. Je vous laisse (re)découvrir son frigo…
  5. J’aurais pu ajouter Roy Neary dans cette liste, même si ce n’est pas vers son foyer qu’il repart : Roy lui aussi s’en va là où il appartient : là où sa logique n’est pas remise en cause.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Irving Kershner
Robocop 2 (Irvin Kershner, 1990)

Cette fois-ci, à mon avis, c’est le cas : « bis repetita non placent. »

 

RoboCop revient, trois ans après le premier opus, et attention : c’est Irvin Kershner qui est à la réalisation.

Mais on se demande bien où est passé celui qui nous avait proposé L'Empire contre-attaque !

Pourtant, le début était prometteur. En effet, l’intrigue commençait avec la dichotomie inévitable concernant Alex Murphy (Peter Weller) : est-il un homme ou une machine ?

Mais voilà. Rapidement, le débat est clos : OCP – cette entreprise si philanthropique – se couvre juridiquement et Murphy n’est qu’une machine. La rencontre avec sa femme qui suit est là pour clore le chapitre. Passons à autre chose de plus spectaculaire !

 

Parce que ce film est très spectaculaire : on y canarde à tout va, avec différents types d’armes : du pistolet au lance rocket, bref, c’est presque un spot publicitaire pour la NRA.

Quant aux effets spéciaux, s’ils sont un peu plus réussis que dans le film de Verhoeven, on est encore très loin de la révolution Terminator 2. L’animation est plus fluide, mais pas encore assez. Là encore, le film est trop en avance par rapport à la technique.

 

Mais le véritable problème, c’est que le film ne fonctionne pas comme le précédent. Kershner, qu’on a connu plus habile, balance sans cesse entre la parodie et le réalisme. En effet, le scénario situe l’intrigue dans un futur proche, et comme c’était le cas précédemment, la télévision y joue un rôle important.

Mais alors que Verhoeven réussissait à rendre son film vraisemblable (bien que peu crédible), Kershner passe sans cesse d’un extrême à l’autre.

Les ravages des armes et autres instruments chirurgicaux sur les corps sont là encore oscillant entre le rire et l’effroi. La trépanation de Cain (Tom Noonan) est caractéristique de cet état de fait : d’un côté l’acte chirurgical est sanglant et de l’autre le praticien est affamé après son acte. Il en va de même avec tout le reste. On sent la volonté parodique, mais elle n’est pas soutenue.

 

Quant au jeu d’acteurs, si Tom Noonan est un méchant bien comme il faut, le personnage du maire de Detroit (Willard E. Pugh) est caricatural à l’excès : on en devient presque gêné pour l’acteur. Quant à Peter Weller, nous n’avons qu’une seule séquence où nous voyons son vrai visage, alors que dire ?

Et ce qui aurait pu amener une dimension plus intéressante, les rapports entre Murphy et Lewis (Nancy Allen) sont remisés en arrière-plan, Kershner ne supportant pas l’actrice.

Pas étonnant alors que cette dernière décide de ne pas repartir pour une troisième aventure. Tout comme Weller, d’ailleurs…

 

Résultat : un film où on ne sait pas si on doit rire ou pleurer, où on passe de la violence au « rire » (pub pour la crème solaire) sans véritable transition et où finalement on en arrive à s’ennuyer, malgré le nombre de morts violentes : 58. Comme quoi, quand on s’ennuie, on peut toujours compter les morts…

 

Malgré tout, il reste un gros problème : une troisième partie a été tournée ! Et exploitée…

 

Voir les commentaires

Articles récents

Hébergé par Overblog