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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Morten Tyldum
Passengers (Morten Tyldum, 2016)

C’est un vaisseau spatial avec 258 membres d’équipage et 5000 passagers (d’où le titre) qui progresse régulièrement vers Homestead II (1), but d’un voyage de 120 ans.

Sauf qu’au bout de 30 ans, le vaisseau rencontre un champ d’astéroïdes dont l’un d’eux, immense comparé aux autres, amène un dysfonctionnement en explosant contre le bouclier de protection.

Non seulement les paramètres de fonctionnement sont altérées, voire partiellement détruites, mais en plus, cela réveille le passager n° 1498, James Preston (Chris Pratt) un « manuel » parti découvrir un nouveau monde.

Au bout d’un an, James, trop seul, décide de réveiller Aurora Lane (Jennifer Lawrence), une jeune femme écrivaine partie chercher autre chose, de quoi remplir sa vie jusque là vide.

Mais ramener à la vie cette femme, c’est aussi la condamner à la mort avant la fin du voyage.

 

C’est un bel hommage que Morten Tyldum rend à Stanley Kubrick. En effet, nous assistons à la vie quotidienne d’un homme seul sur un vaisseau sans cesse en mouvement : en rotation comme le vaisseau de 2001, l’Odyssée de l’espace. On y retrouve la solitude que Kubrick avait développée dans son film, mettant en lumière la pesanteur artificielle alors que son personnage faisait le tour du vaisseau.

Ici aussi, la pesanteur est artificielle, mais on en prend conscience essentiellement lors des séquences en extérieur, quand les deux protagonistes prennent une grande bouffée de vide sidéral.

 

Autre hommage au grand maître : The Shining.

Alors qu’il est seul – tout comme Jack Torrance pendant ses visions – James se retrouve dans ce qui est le bar, tenu par Arthur (Michael Sheen), un androïde qui tient le bar et attend patiemment le réveil des passagers. L’éclairage du bar et la position d’Arthur nous ramènent tout de suite à Lloyd, qui sert inlassablement Jack.

Mais si Arthur n’est pas humain, il n’en demeure pas moins barman, consolant à sa façon e client unique et déplacé. Ses interventions relèvent presque exclusivement de celles qu’on trouve habituellement chez les barmen : entre les phrases toutes faites et le soutien psychologique recherché par le client.

 

Mais alors qu’Arthur est avant tout une machine, il est l’un des éléments du destin qui rattrape Jim : alors que le réveil d’Aurora doit rester secret pour elle (voir plus haut), Arthur vend la mèche. Mais peut-on lui en vouloir ?

Arthur n’est qu’une machine, incapable de résoudre quelque question métaphysique que ce soit, mais par contre dès qu’une consigne va à l’encontre d’une précédente, il prend en compte la dernière, amenant inévitablement une nouvelle mise à jour, quels qu’en peuvent être les conséquences.

 

Il est reposant de voir un film qui se déroule dans l’espace sans avoir obligatoirement une menace étrangère qui décime les occupants d’un vaisseau. Ce fut le cas d’Alien, dont le film emprunte en partie sa situation initiale (un réveil précoce sur un vaisseau de transport), mais ici, c’est avant tout une défaillance qui réveille Jim, et non une quelconque basse raison mercantile.

Mais là s’arrête la comparaison : n’est pas Ridley Scott qui veut.

Mais de mon point de vue, nous assistons tout de même à un film très agréable où l’intrigue, si elle pèche peut-être d’un manque d’aboutissement : on aurait peut-être pu aller plus loin dans les relations humaines et la notion de culpabilité autour du réveil d’Aurora.

De même, si la fin est convenue, j’aurai pour ma part préférer qu’elle ait lieu 9 minutes avant les dernières mentions du générique final.

Nous aurions alors eu une ouverture autre que celle qui nous est proposée et de ce fait très limitée : ne jamais oublier la puissance de l’imagination des spectateurs, même si certains en manquent.

Mais je ne vais pas refaire le film, et garderai cette bonne impression qui m’a baigné pendant toue sa durée, même si on n’a pas pu éviter un déplacement bruyant du vaisseau dans l’espace ! Grrrrr !

 

 

PS : Avez-vous reconnu la chanson qui accompagne James après son réveil ?

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Jean Dréville
La Cage aux rossignols (Jean Dréville, 1945)

Clément Mathieu (Noël-Noël) court les rédactions des grands quotidiens pour faire publier son roman : La Cage aux rossignols. Mais ça ne marche pas du tout.

Pourtant, c’est une bien belle histoire qu’il a écrite, mais personne n’en veut.

Et puis un jour, un coup de pouce du destin – ou plutôt de son ami Raymond (Georges Biscot) – et la première partie est publiée.

Micheline (Micheline Francey), sa bonne amie exulte et lit à sa mère (Marguerite Ducouret) cette histoire. Cette dernière, après avoir voué Clément aux gémonies, est à son tour conquise.

 

Quand ce film sort enfin (1), la paix est revenue dans le monde – sauf en Indochine, mais ceci est une autre histoire – et les Français recherchent au cinéma un moyen de les sortir de ces années troublées (doux euphémisme !), avec des histoires agréables et qui se terminent bien (2). De plus, afin de ne pas rappeler les événements passés récents, Jean Dréville – mais surtout Noël-Noël – l’intrigue est située en 1935, à cette période pas plutôt consensuelle où la Guerre n’était pas une préoccupation, ni la politique (3).

 

Cette histoire de surveillant d’un pensionnat pour jeunes garçons turbulents (autre euphémisme !) correspond très bien à l’état d’esprit qui prédomine : juste ce qu’il faut d’espoir pour des enfants qui ont vécu la tyrannie d’un chef d’établissement (René Blancard) dont la pédagogie n’est pas la qualité première.

On y retrouve d’ailleurs une vieille gloire de cette décennie : René Génin qui joue un personnage débonnaire – le père Maxence – et qui (curieusement ?) ressemble à s’y méprendre à l’acteur René Génin !

 

Mais c’est avant tout l’histoire de Clément qui nous intéresse, avec, en parallèle celle d’un des élèves : Laugier (Roger Krebs). Ce dernier est un véritable poison pour les surveillants, étant puni très régulièrement, mais a la particularité de posséder une belle voix. Mais aussi, et surtout, une jolie cousine : Micheline.

L’arrivée de ce nouveau surveillant dans une maison de redressement qui n’en a pas le nom, n’est peut être pas très crédible pour les spectateurs actuels, mais il faut dire qu’il y a une véritable fossé entre la façon d’enseigner maintenant et autrefois. Et qu’on le veuille ou non, Clément est en avance sur son temps : il possède cette « bienveillance » recommandée aux enseignants actuellement.

Mais si Clément arrive à quelque chose à, je ne suis pas convaincu qu’il y parviendrait de nos jours.

Mais ceci est une autre affaire : contentons-nous de savourer cette belle histoire, où Noël-Noël est très convaincant – dans un rôle sur mesure, on n’est jamais si bien servi que par soi-même – et où les enfants turbulents pour l’occasion sont eux aussi très convaincants.

En se disant aussi, une fois le film terminé, que ces petits enfants ne le sont plus aujourd’hui : si Roger Kebs s’est éteint à l’âge de 83 ans en 2014, Michel François qui interprète Eloi Lequerec, a fêté ses 89 ans en juillet dernier…

 

 

PS : Si le film a été restauré et nous est présenté dans une belle version, il n’en va pas de même de la bande-son qui est parfois difficile à comprendre.

On ne peut pas tout avoir…

 

 

  1. L’offensive américaine de l’été 1944 avait retardé le tournage.
  2. C’est sûr : la décennie précédente nous a proposé quelques chefs d’œuvre dont la fin n’était pas toujours heureuse.
  3. Le Front Populaire était en cours de création.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Florient Emilio-Siri, #Albert Dupontel, #Guerre
L'Ennemi intime (Florent-Emilio Siri, 2007)

La guerre d’Algérie (1) est le Vietnam des Français. Mais si les américains ont commencé à faire des films très rapidement après la fin des combats, ce n’est pas le cas en France. Tout comme les Mutins de 17, l’armée française n’aime pas qu’on lui rappelle ses erreurs, et autres faits d’armes peu glorieux.

Parce qu’il s’agit d’un fait d’armes franchement minable.

Des milliers de morts (dix fois plus au moins côté algérien que du côté français), et tout compte fait un retour de la terre à ses véritables propriétaires, comme cela aurait dû être le cas dès le début.

 

Nous assistons ici à l’arrivée d’un jeune lieutenant appelé, Terrien (Benoît Magimel), qui se retrouve en Kabylie à traquer un chef de guerre algérien aux côtés d’hommes maintenant rompus à cette guerre, dont le sergent Dougnac (Albert Dupontel), un vrai militaire quasiment caricatural si le sujet n’était pas aussi sérieux.

Terrien fait partie de ces cohortes innombrables que la France a envoyé régler ses histoires internes, sans jamais dire que c’était vraiment une guerre.

 

Terrien est un idéaliste, comme beaucoup d’entre eux, du moins quand ils sont arrivés. On peut même dire qu’il aurait tendance à pencher du côté des Algériens qui ne font que reprendre leur terre.

Mais la guerre est une chose terrible et déshumanisante dont Terrien va faire l’expérience.

On va donc suivre la lente détérioration de l’esprit de Terrien, humaniste avant toute chose, mais surtout naïf, absolument déconnecté de la réalité guerrière qu’il découvre.

A ses côtés, Dougnac est un allié précieux. En effet, c’est un homme qui est revenu de tout, et surtout de chaque expédition. Chaque soir qui le voit revenir avec des camarades à lui, il se soule avec excès, sonnant (éructant serait plus précis) pour chacun de ses compagnons, au pied du drapeau, symbole illusoire de ce pays qui envoie à la mort ces propres enfants.

 

Mais si Terrien continue sur sa pente fatale, dans le même temps Dougnac évolue lui aussi. Ce petit lieutenant lui fait surtout pitié dans ce monde de brutes dont il est lui-même un des piliers.

Et comme à Terrien, rien ne nous est épargné. Nous suivons des expéditions obligatoirement meurtrières dans cette « zone interdite » où se cachaient les Fellaghas (2) : raids meurtriers, interrogatoires musclés avec utilisation de la gégène, cette machine qui électrocutait les prisonniers pour les faire parler (3), expédition punitive, exécution sommaire et massacre légitimé.

 

Certes, ce n’est pas le premier film sur la Guerre d’Algérie, mais son impact est extraordinaire. Nous avons ici une vision on ne peut plus réaliste de ces affrontements aussi inutiles que meurtriers.
Et dans le film, nous ne sommes qu’en 1959. De Gaulle a beau être revenu, rien n’a changé : les massacres se perpétuent, les soldats chargent la peur au ventre et se construisent (pour ceux qui reviendront) des cauchemars récurrents.

Avec en outre la place des Harkis, ces combattants algériens qui voulaient rester français, résumée magnifiquement par Idir Danoun (Mohamed Fellag), un prisonnier fellagha : il allume une cigarette par les deux bouts et la regarde se consumer (avant de l’écraser, son issue étant certaine) en expliquant que Rachid (Abdelhafid Metalsi) qu’il est lui-même pris entre les deux feux : il n’est déjà plus algérien, mais ne sera jamais français. L’Histoire lui donnera raison.

 

C’est un film fort et émouvant, où la guerre est vécue de très (trop ?) près et où flottent la peur et l’émotion.

Avec en point d’orgue le « film » que l’un d’eux voulait leur projeter à Noël (1959), constitué des rushes qu’il a pu prendre avant de mourir.

C’est un immense moment émouvant où la comédie – chacun se reconnaît et rejoue ses moments heureux – laisse rapidement la place à la tragédie, quand on reconnaît ceux qui ne sont plus là.

 

Un film indispensable.

 

  1. Elle n’a officiellement ce nom que depuis 1999. Avant, c’était une « opération de maintien de l’ordre. »
  2. Les « Fell’ » dans le film.
  3. Rien n’a changé depuis l’Inquisition.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Michel Hazanavicius, #Espionnage
OSS 117 : Rio ne répond plus (Michel Hazanavicius, 2009)

OSS 117 revient, douze ans après les événements d’Egypte (1).

Nous sommes « en 1967, René Coty a laissé la place au général de Gaulle, et Claude Brosset (2) la sienne à Pierre Bellemare.
Mais Hubert Bonisseur de la Bath est toujours fidèle au poste dans sa même administration : le SDECE.

Cette fois-ci, Hubert est envoyé à Rio pour récupérer un microfilm listant les collaborateurs de la deuxième Guerre Mondiale qui sont encore en activité.
En outre, l’homme qui doit les lui vendre – von Zimmel (Rüdiger Vogler) est un nazi.

OSS 117 va devoir collaborer (!) avec la belle Dolores Koulechov (Louise Monot), membre du Mossad.

 

Nous retrouvons donc un de nos espions préférés dans une histoire où finalement le véritable but de la mission d’Hubert est accessoire tant le cadre dans lequel il évolue est intéressant.

Le monde a beau avoir changé voire vieilli, Hubert, mis à part quelques teintes grises aux tempes, est toujours le même : séducteur, habile, et très con.

Encore une fois, on peut apprécier ses visions d’avenir : 1968 ne sera pas extraordinaire.

Mais surtout, on s’aperçoit que ses préjugés ont la vie dure : il a beau avoir combattu la barbarie nazie pendant la guerre, il est toujours aussi bourré de stéréotypes d’un goût plus que douteux.

Le monde change donc, mais pas OSS 117.

 

Encore une fois, Michel Hazanavicius recrée avec bonheur la période de l’intrigue. Nous sommes en pleines années 1960 : les vêtements et les coupes de cheveux, tout comme les véhicules sont tout droit sortis de cette période. De plus, encore une fois certaines images ont les couleurs un tantinet passées, ajoutant au suranné de cette période.

Mais surtout, Michel Hazanavicius use et abuse des partitions de l’écran, doublant, triplant (et même beaucoup plus !) les images d’une même action, comme on pouvait le voir à la même époque au cinéma et surtout à la télévision. Ces divisions de l’écran semblent inutiles jusqu’au moment des coups de téléphone : Hubert appelle Bill Trumendous (Ken Samuels) puis son chef qui eux-mêmes appellent… Résultat : l’écran est saturé par des téléphones qui sont décrochés puis raccrochés. Bref, la parodie continue jusqu’au bout.

 

Mais bien entendu, c’est notre « ami » Hubert qui retient toute l’attention. Après c es actes et propos déplacés en Egypte, il s’en donne à cœur joie avec sa nouvelle partenaire et ses collaborateurs du Mossad. Ce ne sont que propos déplacés sur les Juifs, rappelant toutes les caricatures qui ont cours depuis de nombreuses décennies, mais surtout peu évoluées par rapport au criminel nazi qu’il traque, ses interlocuteurs israéliens étant consternés par tant de bêtise concentrée en un seul homme.


Si Hubert fait toujours se retourner les femmes sur son passage, il est tout de même le seul à ne pas avoir remarqué qu’il avait vieilli, et sa vision du monde aussi. Il est le véritable représentant de cette société sclérosée qui va exploser l’année suivante (malgré son jugement) : dès son premier contact avec Dolores, il la prend pour une secrétaire !

Son monde est archaïque et n’a pas bougé d’un iota depuis le dernier film. Ses différentes sorties à sa belle partenaire l’enfoncent un peu plus à chaque fois, justifiant le, portrait qu’elle dresse de lui, excédée par ses balourdises.

 

Bref, ce nouvel épisodes des aventures d’OSS 117 est du même crû que le précédent, avec en prime des hommages nombreux, à James Bond (Goldfinger, Au Service de sa Majesté) bien sûr, mais surtout à Hitchcock (3) : en images et en musiques.

On retrouve ainsi : le trapèze de Murder ; Les escaliers de Vertigo ; le Christ Rédempteur du Corcovado remplace la Statue de la Liberté de Saboteur et les présidents du Mont Rushmore dans North by Northwest ; quant à la musique, elle ressemble à s’y méprendre à celle de Bernard Herrmann pour ce dernier film.

Mais ce ne sont pas les seules sources d’inspiration et je vous laisse les (re)découvrir…

 

OSS 117 est bien de retour, mais en pire qu’avant.

Donc, pour nous spectateurs, encore mieux !

 

 

  1. Trois ans seulement pour le spectateur.
  2. Claude Brosset est mort un an après le premier film.
  3. Et bien d’autres encore, la liste est longue !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Robert Redford
Sous Surveillance (The Company you keep - Robert Redford, 2012)

Un homme, seul, poursuivi par le FBI pour un crime – un braquage qui a mal tourné – commis trente ans plus tôt par un groupe d’extrémistes dont il faisait partie.

Il fuit parce que son passé le rattrape.

 

Tout commence quand Sharon Solarz (Susan Sarandon) – autre protagoniste du crime – est arrêtée par le FBI, alors qu’elle allait se dénoncer.

Ben Shepard (Shia LaBeouf), journaliste dans un quotidien de seconde zone, fait le tour de ses sources et arrive à la conclusion suivante : James Grant (Robert Redford), avocat qui a refusé de défendre Solarz n’est autre que Nick Sloan, ancien membre des Weathermen, l’un des mouvements de la gauche radicale américaine à partir de 1969 et qui avait choisi la clandestinité à partir de 1970 (1).

 

Les premières images nous replongent dans l’une des périodes charnières du XXème siècle : la fin des années 1960. Nous pouvons donc voir des images d’archives sur les grands mouvements de protestation américains contre, entre autre, la guerre du Vietnam, amenant le fait divers qui nous préoccupe (mais nous ne le savons pas encore) : un braquage qui a mal tourné où un vigile est exécuté par un des braqueurs.

Encore une fois, la guerre du Vietnam et ses répercussions dans la société américaine sert de trame de fond à cette chasse à l’homme particulière.

 

Car si le FBI traque sans relâche Grant/Sloan, il n’est pas le seul à effectuer des recherches. Outre Ben Shepard, c’est Sloan lui-même qui est à la recherche de son passé et surtout des membres qu’il a fréquentés, en particulier l’une d’entre eux : Mimi Lurie (Julie Christie).

Nous allons alors suivre ces trois enquêtes en parallèle : Sloan qui sait qui il cherche ; le FBI qui essaie de retrouver Sloan ; et Shepard qui exhume petit à petit tous les tenants et aboutissants de cette affaire qui eut lieu trente ans plus tôt.

 

Tout comme Sloan, nous découvrons tous ceux qui ont joué un rôle à un moment ou à un autre dans ce groupuscule révolutionnaire.

Mais tout comme Sloan, ils ont vieilli et un peu oublié qui ils étaient et ce qu’ils combattaient, la vie les ayant fait grandir, et surtout mûrir.

Nous partons alors à la recherche du temps perdu, car comme toujours dans ces cas-là, ce temps perdu l’est pour tout le monde, et on assiste alors à la révélation d’un immense gâchis, parce qu’à un moment, ce qui était tellement limpide et bien préparé a dévié du plan initial.

 

En retrouvant les anciens camarades de Sloan, nous (spectateurs) avons le plaisir de retrouver de grands noms du cinéma dont certains ont commencé à cette même période troublée : outre Susan Sarandon et Julie Christie on peut apercevoir Nick Nolte ou encore Sam Elliott avec sa moustache et surtout sa voix très reconnaissable (2).

Cette quête temporelle vaut aussi pour Redford lui-même, qui retrouve dans ce film des gens avec qui il a déjà tournés : Susan Sarandon (The great Aldo Pepper) ; Sam Elliott (Butch Cassidy & the Sundance Kid) ; ou encore Chris Cooper (The horse Whisperer) et Stephen Root (The Conspirator)…

 

Bien entendu, derrière cette histoire politico-policière se dégage l’un des thèmes de prédilection de Robert Redford : la famille. Avec ici plusieurs niveaux de familles : entre sa fille Isabel (Jackie Evancho) et Rebecca (Brit Marling) celle de l’ex-inspecteur Osborne (Brendan Gleeson) existe un lien que Ben Shepard mettra à jour à l’issue de son enquête, et qui est aussi la véritable raison de la fuite de Sloan.

 

En prime, on découvre Shia LaBeouf qui grandit (25 ans pendant le tournage), et qui, quand il ôte ses lunettes perd une partie de son visage juvénile pour interpréter avec conviction un journaliste qui n’est pas sans rappeler que Redford, 35 ans plus tôt, en interprétait un autre, et pas des moindres : Bob Woodward (Les Hommes du Président), l’homme qui avec Carl Bernstein (Dustin Hoffman) fit tomber Nixon.

 

 

  1. Ce groupe –Weather Underground – a réellement existé mais le fait divers a été raconté par Neil Gordon dans son roman The Company you keep, dont le film est une adaptation
  2. A bas le doublage !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John McTiernan, #Policier
Une Journée en enfer (Die hard with a Vengeance - John McTiernan, 1995)

John McClane est de retour, et cette fois, il a mal à la tête.

Il faut dire que depuis qu’il a été suspendu, il se laisse aller. Alors il boit.

Et évidemment, le lendemain, il a mal à la tête.

Mais aujourd’hui, en plus, il n’a même pas la possibilité de laisser s’estomper sa gueule de bois : un dénommé Simon (voix de Jeremy Irons) lui propose de jouer à Jacques a dit (1).

Le voilà donc réintégré, et envoyé en plein Harlem (nous sommes à New York, bien sûr) en caleçon (sans fleurs ni cœurs), avec une pancarte sans équivoque : « I HATE NIGGERS » (2).

Sans l’intervention de Zeus – qui n’est pas un dieu mais bien Samuel L. Jackson – McClane aurait déjà pu visiter le royaume d’Hadès (3).

Mais maintenant que Zeus est entré en jeu, il ne peut plus en sortir : Simon l’a bien précisé (1)…

 

On retrouve donc John McClane, un de nos flics new-yorkais préférés (le mien, c’est Vincent d’Agosta, chacun ses goûts), aux prises avec un terroriste au sens de l’humour plutôt décalé sinon malsain. Simon fait partie de ces méchants qui s’énervent difficilement, gardant un flegme imperturbable à presque toute occasion. Et avoir choisi Jeremy Irons pour l’interpréter est une des bonnes idées de John McTiernan qui retrouve Bruce Willis et son personnage après avoir laissé Renny Harlin réaliser l’épisode 2.

 

Le retour de McTiernan aux commandes nous permet de retrouver l’esprit du premier film, en plus d’un lien familial inattendu : Simon est le frère du regretté (pas vraiment pour tout le monde) Hans Gruber, interprété par le véritablement regretté Alan Rickman. On retrouve donc dans Simon la même distinction que chez son frère, pas étonnant donc qu’on ait choisi deux acteurs britanniques pour les interpréter.

A nouveau, il s’agit d’une grosse histoire d’argent, dissimulée derrière des enjeux faussement politiques.

Encore une fois, nous assistons à un casse aussi impressionnant que brillamment mené, car il faut reconnaître que ces méchants cocos-là ont un sacré génie quand il s’agit d’affaires criminelles.

 

Mais cette fois, McClane ne fait pas cavalier seul : il se retrouve avec un partenaire, mais quel partenaire !

Zeus n’est pas un mauvais bougre. Disons qu’il a certains ressentis envers les Blancs, dont font partie des éléments de la police new-yorkaise à la gâchette facile. Si Zeus n’est pas à proprement parler raciste, il n’a aucune envie de côtoyer ceux qui n’ont pas la même couleur que lui, et encourage les enfants qui le visitent à en faire autant.

Malgré son côté un tantinet intolérant, Zeus reste avant tout un chantre des Etats-Unis, inculquant à ses protégés les valeurs éternelles de ce pays.

Mais surtout, Zeus est humain. Certes, voir débarquer McClane dans son quartier n’est pas le souvenir qu’il chérira pendant longtemps, mais il se souviendra de son escapade forcée à travers les rues de New York.

 

Cette association à plusieurs niveaux (flic-civil et surtout Noir-Blanc) nous amène des situations qui malgré les tensions rendent ces deux individus que tout oppose très sympathiques. Il faut dire que le méchant auxquels ils doivent faire face a tôt fait de les réunir, et rapidement, ce duo fonctionne comme un vieux couple, mal assorti bien sûr, mais qui reste uni « pour les enfants », comme on dit.

Et dans cette situation, ce ne sont pas des paroles en l’air.

 

On suit alors avec une certaine jubilation les aventures tout compte fait improbables qui nous sont proposées, retrouvant la verve du premier film qui faisait défaut dans le second.

On s’amuse de l’entêtement de ces deux hommes obligés de cohabiter dans une ville qui ne s’émeut pas de grand-chose.

Et ce film, malgré tout, prend une autre dimension quand on sait qu’un peu plus de 6 ans plus tard, deux avions ont percuté le World Trade Center dont on voit les deux tours, toujours fièrement dressées à deux pas de Wall Street, là où se situe une grande partie de l’intrigue.

 

Une note un peu plus légère pour finir : il est fait référence – de façon ironique – à l’une des cibles privilégiées des productions américaines des années 1990, un homme d’affaires atypique qui est malheureusement, à l’heure actuelle, président de ce même pays où fut produit le film…

 

 

PS : J’oubliais, on a droit à l’incontournable et indispensable réplique « Yippee-ki-yay, motherfucker! »

 

  1. Ah, la traduction… Simon says est le jeu en VO. Mais pour le reste, les règles sont les mêmes.
  2. « Je hais les Nègres. »
  3. Pour ceux qui n’aiment pas la mythologie grecque, il s’agit d’un des deux frères de Zeus, l’autre étant Poséidon.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Rennie Harlin, #Policier
58 Minutes pour vivre (Die hard 2: DIe harder - Renny Harlin, 1990)

On prend les mêmes et on recommence. Enfin, on prend les mêmes qui ont survécu à Piège de Cristal et on leur fait vivre une nouvelle expérience.

Donc, John McClane (Bruce Willis), Holly McClane (Bonnie Bedelia) et Richard Thornberg (William Atherton) ainsi que brièvement le sergent Powell (Reginald VelJohnson) sont du voyage. Par contre, c’est Renny Harlin qui succède (momentanément) à John McTiernan.

 

C’est encore Noël (1) !

Holly et Dick sont dans le même avion. Cet avion tourne au-dessus de l’aéroport de Washington.

Pourquoi ? Un commando de mercenaires a décidé de pirater les commandes pour faire évader un truand notoire de renommée internationale : le général Esperanza (Franco Nero), dont le nom seul est un tout programme pour ses amis.

Sauf que dans l’aéroport piraté, il y a McClane, encore une fois au mauvais endroit et au mauvais moment.

 

Après Piège de Cristal, où l’intrigue rappelait sur certains points La Tour infernale, Renny Harlin nous propose de revisiter un autre genre de film-catastrophe : le crash en avion. Ce n’est évidemment pas Airport (1970) (2), mais ça s’en approche tout de même.

Nous avons donc des avions qui survolent l’aéroport avec une seule certitude : à un moment ils se poseront. Reste à savoir comment : entiers ou en plusieurs morceaux.

Parce qu’à cette intrigue volante, s’ajoute le parcours encore éprouvant de McClane qui doit déjouer les pièges de l’équipe de mercenaires.

 

On retrouve alors notre cowboy préféré, encore bien seul dans ce grand aéroport,, devant lutter contre une belle équipe de méchants et, comme si cela ne suffisait pas, contre des gens qui devraient être du même bord : la police de l’aéroport représentée par le chef  Carmine Lorenzo (Dennis Franz, à la hauteur comme toujours), qui voit d’un très mauvais œil l’irruption de McClane dans son bureau, surtout que la réputation de ce dernier l’a précédé !

 

Encore une fois, une équipe de journalistes de télévision sont là, mais cette fois-ci, leur traitement est un tantinet différent. Il faut dire qu’avec Thornberg, les reporters à sensation en avaient pris pour leur grade à Los Angeles. Quoi qu’il en soit, si Samantha Coleman (Sheila McCarthy) est à peu près épargnée, il n’en va pas de même pour Thornberg qui, s’il a beau être dans un avion au-dessus, n’en garde pas moins une belle force de nuisance pour tout le monde. Et encore une fois, on a plaisir à voir de quelle façon il est traité.

 

Pour le reste, Harlin envoie encore une fois McClane au casse-pipes, mais cette fois-ci, mis à part un début dans un tuyau d’aération, tout se passe (presque) en extérieur. Avec en prime, une nouvelle sorte de poursuite : des motoneiges, avec traversée d’étang gelé et rafales de mitraillettes (sinon, ce ne serait pas suffisant…).

On a alors droit à quelques clins d’œil de l’épisode précédent : outre les personnages, on remarque que McClane a toujours le même genre de briquet, et que sa réplique favorite est toujours « Yippee-ki-yay, Motherfucker(s) ! »(3)

 

Au final, un film d’action efficace (encore une fois) mais avec une intrigue un tantinet plus élaborée, avec plusieurs sous-intrigues qui se rejoignent pour former un feu d’artifices final assez spectaculaire. Mais avec une petite déception en ce qui concerne les méchants Esperanza et son complice Stuart (William Sadler) : ce sont des militaires. Certes ils ont une technique formidable (et McClane le souligne à plusieurs reprises), mais il leur manque la lueur de génie et le flegme de Hans Gruber dans le premier épisode.

 

 

  1. Et Vaughn Monroe nous chante à nouveau Let it snow
  2. Et encore moins Airplane !
  3. Consultez votre traducteur préféré…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Stefan Ruzowitzky, #Guerre
Les Faussaires (Die Fälscher - Stefan Ruzowitzky, 2007)

Mai 1945.

La guerre est finie. Un homme débarque à l’hôtel de Paris, à Monte-Carlo.

Il y dépose son argent, d’importantes liasses de dollars, dans le coffre.

Dans la soirée, il rencontre une jeune femme (Dolores Chaplin, la petite-fille de) avec qui il couche. Au matin elle s’aperçoit qu’à son bras est tatoué un numéro.

Alors l’homme se souvient, près de dix ans plus tôt, à Berlin, en 1936.

 

Salomon Sally Sorowitsch (Karl Markovics) est un faussaire de génie mais son travail n’est pas récompensé à sa juste valeur, ou plutôt si : il se retrouve à Mauthausen, à travailler comme une bête de somme s’il ne veut pas être exécuté sur place. A sa poitrine, une double marque : le triangle vert des criminels de droit commun, et le jaune des Juifs.

Et en 1944, il est transféré à Sachsenhausen, dans une section spéciale où son talent – et celui de ses codétenus est employé à fabriquer de la fausse monnaie.

 

C’est une histoire vraie que nous raconte ici Stefan Ruzowitzky. Celle de l’opération Bernhard, qui devait inonder les économies ennemies des nazis de devises forgées. Il adapte le récit autobiographique d’Adolf Burger (1917-2016), un photograveur de talent (1) interprété par August Diehl. Mais le récit se concentre sur le rôle de Sally, maître incontesté du procédé.

 

Le récit commence progressivement mais entre tout de même rapidement dans le vif du sujet. On se rend compte que Sally est un homme malhonnête, même s’il possède des mains en or. C’est donc u faussaire de génie que Herzog (Devid Striesow) un petit inspecteur de police vient arrêter et envoyer en prison puis dans un camp en 1939. Mais c’est à partir de 1944 que l’intrigue du film s’intensifie : Sorowitsch est envoyé à Sachsenhausen pour effectuer ce qu’il sait brillamment faire. Il y retrouve Herzog, devenu responsable du projet Bernhard. Pas étonnant donc que Sally ait été transféré là : Herzog avait une grande admiration pour son art.

 

C’est encore une histoire fascinante qui nous est racontée dans ce film. Nous retrouvons l’univers concentrationnaire avec un traitement spécial. En effet, les prisonniers que nous côtoyons sont tous juifs et comme tels considérés par leurs gardiens comme des sous-hommes. Mais il y a l’argent et le pouvoir qu’il peut conférer. Parce que même si la monnaie est contrefaite, elle n’en garde pas moins son emprise liée à sa valeur. Mais malgré cela, rien ne peut empêcher la barbarie. C’est surtout à travers le second de Herzog – Holst (Martin Brambach, abject à souhait) – qu’elle s’épanouit.

En effet, c’est une véritable saloperie de nazi, orgueilleux (bien sûr, comme tous les petits chefs) de détenir une miette de pouvoir et ravi d’en user. Il n’a aucune limite dans l’abjection, malgré les remontrances de son supérieur.

 

Le statut de ces faussaires est très particulier. Ils sont isolés, un peu comme s’ils étaient emprisonnés à l’intérieur d’une prison, et pourtant, leur sort est plus enviable que ceux qui restent au dehors. Les prisonniers réguliers ne sont pas souvent vus, mais à chaque fois, c’est dans un cadre de mauvais traitement, voire d’exécution.

A l’intérieur, paradoxalement, ces hommes semblent plus libres alors qu’ils sont doublement enfermés. S’ils portent le pyjama rayé réglementaire, c’est sous une veste et/ou un pantalon. Mais ce traitement de faveur est à lui seul un rappel impitoyable de leur inéluctable destin : sur la veste que reçoit Sally, une étiquette manuscrite indique l’ancien propriétaire du vêtement et surtout le lieu où il fut récupéré : Auschwitz.

 

Parce qu’en toile de fond de ce camp, il y a Auschwitz, où certains faussaires (dont Burger) ont été enfermés (2).

La scène où ces prisonniers sont envoyés à la douche est un autre rappel de ce lieu si terrible : l’un des hommes est persuadé d’y mourir, gazés comme les autres. Son soulagement est proportionnel à son angoisse quand il se rend compte que c’est bien de l’eau qui coule des pommes de douches.

 

Et si ces hommes semblent protégés par leur statut spécial (3), la fragilité de leur sort leur est sans cesse rappelée : le bruit des prisonniers punis qui marchent littéralement vers la mort ; le bruit des armes qui tirent régulièrement – en rafales ou bien ponctuellement quand il s’agit d’une exécution, et surtout les cris des prisonniers comme ceux de leurs bourreaux.

Cette terreur invisible régnant sur le camp s’insinue dans les têtes des prisonniers (4) qui n’ont d’autre recours que de réussir dans leur entreprise, chaque jour supplémentaire est toujours une victoire de la vie.

 

Et parce que cette vie est la seule chose qu’il leur reste – avec leur dignité, mais pas aux yeux des nazis – et chaque moment de répit qu’elle leur offre prend toute sa signification dans les séquences où ils essaient un instant de fuir leur condition : la découverte des lits « moelleux », la douche, une cigarette, ou encore un verre d’alcool que Sally ingurgite avec un mélange d’empressement et de volupté, comme s’il s’agissait du verre du condamné, ce qui n’est pas loin de sa réalité d’alors.

 

Au final un film fort, sur une période troublée et que des gens continuent de minimiser voire nier, aujourd’hui encore, réalisé avec brio par un cinéaste autrichien qui amène une couleur particulière au film quand on sait le rôle que joua l’Autriche pendant les Années de Chien (« Hundejahre ») et surtout à partir de 1938. Sans oublier le score que fait le parti d’extrême droite dans ce pays, où entre 1986 et 1992, le président n’était autre qu’un ancien nazi : Kurt Waldheim.

 

  1. Comme tous les autres participants à cette opération.
  2. Burger y était au « tri » des arrivants.
  3. « spécial » était un terme très usé et finalement galvaudé par l’administration des camps : les « commandos spéciaux » (Sonderkommandos) étaient des groupes de Juifs qui participèrent, sous la contrainte, à la solution finale (voir à ce sujet le magnifique film Le Fils de Saul) : triant les vêtements, évacuant les cadavres…
  4. L’imagination va toujours au-delà de la réalité.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Philip Noyce, #Denzel Washington
The bone Collector (Philip Noyce, 1999)

Lincoln Rhyme (Denzel Washington) est un enquêteur hors pair. Malheureusement pour lui, quatre ans plus tôt, il fut victime d’un accident lors d’une exploration de scène de crime. Il est maintenant dans un lit, ne pouvant bouger que la tête et un doigt.

Il est aussi victime de crises qui l’emmènent de plus en plus vers un état végétatif. Alors il décide d’en finir et prépare sa transition finale auprès d’un ami médecin (John Benjamin Hickey).

C’est alors qu’un nouveau crime est découvert : Amelia Donaghy (Angelina Jolie), une jeune policière, a mis à jour un cadavre mis en scène par un tueur en série.

Rhyme se sent revivre, le temps d’une affaire.

 

Il y a chez Phillip Noyce une influence hitchcockienne indéniable, et surtout le film Rear Window.

En effet, dans Sliver, il mettait en scène un homme qui espionnait ses voisins, traquant ainsi leurs moindres secrets. Ici, Rhyme n’espionne personne, mais il est paralysé, tout comme l’était James Stewart du fait de ses jambes cassées. Et si ce dernier utilisait Grace Kelly pour se déplacer à sa place, ici Rhyme fait la même chose avec Amelia.

Et comme chez Hitchcock, Rhyme va devoir affronter physiquement le meurtrier.

 

Mais nous ne sommes pas chez Hitchcock, et nous ne restons pas non plus chez Rhyme. Tout comme dans Sliver, Noyce fait dans le sensationnel. Mais si on pouvait le lui reprocher, ici, même si les crimes décrits sont terribles, il prend plus de distance, nous laissant la plupart du temps imaginer ce qui a pu arriver.

Et d’une manière générale, Noyce est beaucoup plus subtile, nous proposant un film plutôt habile, sinon intelligent.

Il faut dire que le duo vedette fait beaucoup pour assurer la qualité.

 

Denzel Washington a toujours ce côté cool (Steve McQueen est mort, il fallait bien le remplacer) qui lui donne une aura formidable. Il a beau rester sur son lit (de douleurs, bien sûr), il n’en demeure pas moins omniprésent sur l’écran. Cette immobilité forcée étant contrebalancée par un jeu facial impeccable.

En face de lui, Angelina Jolie (1) va au-delà de son apparence de jolie fille pour composer une policière humaine, hantée par le souvenir de son père (2). C’est une femme qui fuit. Elle fuit le souvenir de son père, fuit la police traditionnelle (3), et surtout fuit un quelconque engagement personnel. En effet, elle commence le film auprès d’un jeune homme avec qui elle semble heureuse, mais qui finalement lui lance à la figure qu’il aimerait aller plus loin, ce qu’elle n’est pas prête à faire.

 

Mais si le film fonctionne bien, c’est aussi grâce au reste de la distribution. Les anciens collègues de Rhyme sont les plus visibles certes, mais ses nouvelles connaissances – Thelma (Queen Latifah, formidable) son infirmière, ou Richard Thompson (Leland Orser, illustre second rôle) qui assure la maintenance des moniteurs médicaux – ont aussi leur importance. Thelma est une infirmière qui, malgré l’état pitoyable dans lequel est son patient, ne se laisse pas impressionner voire apitoyer par ses piques. Elle lui tient tête et voit d’un très bon œil cette renaissance qui se produit. De plus, son engouement pour les puzzles (il faut bien passer le temps) devient un élément indispensable à la résolution de l’intrigue.
Elle fait partie de la nouvelle vie de Rhyme et y prend une place primordiale, malgré les protestations de ce dernier qui préfèrerait mourir en paix une bonne fois pour toute.

 

Mais ce baroud honneur en quelque sorte, c’est le testament de cet homme qui ne se voit pas finir en légume, de quelque espèce que ce soit. Mais alors qu’il s’apprête à partir définitivement, c’est autre chose qu’il va trouver. Vous allez croire que je fais une fixation, mais avec Amelia, c’est la rédemption qu’il va trouver. C’est un homme qui se sait perdu et veut en finir. Cette enquête lui permet juste de patienter en attendant la fin. Or, nous savons bien que le suicide est très mal vu par la religion. Grâce à cette enquête, il va revenir à la vie, reportant son départ sine die, mais surtout retrouvant de la même occasion cette chance de salut qu’il se refusait (4).

 

Bref, une traque haletante – les tueurs en série sont toujours fascinants, surtout au cinéma – nous offrant un film intelligent, servi par une distribution adéquate.

Que demander de plus ?

 

 

  1. Décidément, elle porte bien son nom…
  2. Policier lui aussi, suicidé avec son arme de service.
  3. Elle intègre une unité spécialisée dans la délinquance juvénile.
  4. Les suicidés sont damnés, même si on dit que la plupart terminent se retrouvent fonctionnaires dans une administration post-mortem…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Lewis Gilbert, #James Bond, #Espionnage
On ne vit que deux Fois (You only live twice - Lewis Gilbert - 1967)

Et de 5 !

Mais bon, on s’en serait peut-être passé…

Et la présence de Roald Dahl (scénario) ne rattrape pas grand-chose.
Pourtant, tout était là pour un nouveau et amusant épisode de l’agent secret le plus célèbre au monde.

Même l’intrigue commençait sur les chapeaux de roue.

 

Un vaisseau spatial américain (qui ressemble plus à un suppositoire qu’au Millenium Falcon) est absorbé par un plus gros et on accuse les Russes d’avoir fait le coup. Ces derniers jurent sur leur grand Lénine qu’ils n’y sont pour rien et la tension monte.

Heureusement, les services secrets britanniques sont sur la brèche et ont mandaté leur espion numéro 1 – en fait, c’est plutôt le 7 – rien moins que James Bond (Sean Connery) !

Mais coup du sort : James est trahi par une jeune femme (comme c’est étonnant) et abattu par d’affreux tueurs à Hong Kong (1).

Oui, vous avez bien lu : James Bond est mort !

 

Mais rassurez-vous, si c’était vraiment le cas, il  n’y aurait pas eu de film. Ce qui aurait peut-être mieux valu…

En effet, même si M (Bernard Lee), Q (Desmond Llewelyn) et Miss Moneypenny (Lois Maxwell) sont fidèles au poste, ça ne marche pas.

Il faut dire que Lewis Gilbert (qui reviendra encore deux fois dans la série) n’arrive pas à cerner ce qui fait le sel des aventures précédentes : oscillant sans cesse entre réalisme et surenchère dans les effets spéciaux, il en oublie le décalage indispensable mâtiné d’humour so british qui fait le charme des autres films.

 

Premier écueil : les rapports administratifs que tout le monde attend (avec M, Q et Moneypenny, bien sûr) sont réduits à leur plus simple expression, comme si tout ce qui se passait était très grave. Oui, la situation l’est, mais nous sommes dans un James Bond, que diable !

Deuxième écueil : si les gadgets et la technologie sont très avancés, on en arrive à se dire que c’est trop. Du fait de la partie spatiale de l’intrigue, il y a pléthore d’écrans : surveillance du personnel, du vaisseau, de James Bond qui se déplace… Mais si ces écrans sont indispensables à l’intrigue, ils en pervertissent la crédibilité. Déjà qu’habituellement, les aventures sont à la limite du vraisemblable – mais ça fait partie du jeu – ici, c’est trop. Ces écrans nous permettent de voir les différentes phases de piratages des capsules spatiales.

Et là, je dis stop : je ne suis pas le mauvais cheval (2), mais j’ai du mal à comprendre comment on peut suivre les manœuvres criminelles du S.P.E.C.T.R.E (parce que c’est lui, bien sûr, le méchant organisme qui veut semer la tempête nucléaire) sur un écran. Qui est derrière la caméra à filmer ? Et si c’est un autre satellite, pourquoi personne ne l’aperçoit-il sur son écran (3) de radar ? Bref, ça ne va pas du tout.

Je ne parle pas non plus du vaisseau ennemi qui explose (bruyamment, mais ça c’est aussi le cas dans La Guerre des étoiles, alors ça ne compte pas) à quelques (centi)mètres de l’autre capsule américaine sans que cette dernière ne soit affectée par sinon le souffle du moins les vibrations…

Non, ça ne va pas.

 

Que retenir de ce film alors ? Pas grand-chose, sinon que c’est un nouveau film des « premières fois ».

En effet, c’est la première fois que James Bond se marie. D’un autre côté, c’est pour la mission et en plus, il a donné un faux nom, alors ça ne compte pas vraiment.

C’est aussi la première fois que nous voyons le Numéro 1 de l’organisation : il s’appelle Ernst Stavro Blofeld (Donald Pleasance), et il adore les chats, enfin surtout un magnifique angora turc qu’il tripote à longueur de film, mais qui semble ne pas survivre à l’épisode puisque que Blofeld s’enfuit sans lui…

Et puisqu’on en est aux premières fois, c’est la première fois que nous voyons Charles Gray dans les aventures de James Bond. Il est alors un contact de Bond qui ne devrait pas s’adosser à un mur, surtout si celui-ci est en papier. Il reviendra dans le suivant avec Sean Connery : Diamonds are forever.

 

Je terminerai en évoquant les effets spéciaux qui sont franchement rudimentaires qui ajoutent dans la lourdeur du film, l’éruption volcanique étant par ailleurs un sommet de trucage minable.

 

Si après ça, vous voulez quand même le voir, je ne peux plus rien pour vous…

 

PS : A You only live twice, je préfère largement You only live once

 

 

  1. Il  ne faut pas chercher là-dedans la raison du départ des Anglais de cette enclave chinoise : c’était déjà prévu avant (le bail était arrivé à terme).
  2. Si, des fois, quand même…
  3. Encore un !

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