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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Paul Verhoeven, #Science-fiction
Total Recall (Paul Verhoeven, 1990)

Trois ans après RoboCop et grâce au succès obtenu, Paul Verhoeven refait parler de lui avec un nouveau film d’anticipation, dans la droite lignée du précédent : Total Recall.

L’intrigue se situe encore plus loin, dans le temps comme dans l’espace : une grande partie du film se situe sur Mars, qui n’a jamais aussi bien gagné son surnom de « planète rouge ».

Ayant cinq fois le montant du budget précédent, il put donc se permettre d’avoir une grande star des années 80-90 : Arnold Schwarzenegger lui-même, qui fut l’inoubliable Terminator de James Cameron.
A ses côtés, on retrouve  Ronny Cox qui était dans le film précédent et une « jeune » actrice sur le point de percer : Sharon Stone (1).

 

Douglas Quaid (Schwarzy, donc) travaille sur les chantiers et a un rêve récurrent : il est sur Mars avec une jeune femme brune. Mais il n’est jamais allé sur cette planète et quand on lui propose un voyage virtuel, il saute sur l’occasion.

Mais le voyage ne se passe absolument pas comme prévu et Douglas s’aperçoit qu’il est déjà allé là-bas et qu’on avait effacé sa mémoire sur ce pan de sa vie.

Il est bien décidé à retrouver toute cette ancienne vie et surtout faire tomber le grand patron sur Mars : Vilos Cohaagen (Ronny Cox).

 

Encore une fois, Verhoeven nous propose une intrigue de personnalité. Si RoboCop était mi-homme mi-robot et n’arrivait pas à se situer, ici Douglas se retrouve confronté à deux existence : avant et après effacement de sa mémoire. Et si RoboCop avait un aspect un tantinet bricolé (ce qui a aussi beaucoup fait pour son succès), les moyens conséquents mis à sa disposition se retrouvent dans le film. On s’éloigne de plus en plus des effets à la Harryhausen et on approche du morphing encore balbutiant. Encore balbutiant car quand Doug et sa partenaire Melina (Rachel Ticotin) se retrouve à « l’air libre » sur Mars, comme Vilos Cohaagen avant eux, on assiste à des effets un tantinet grand-guignolesques.

Mais passons sur cette faiblesse.

 

Pour le reste, ce film va beaucoup plus loin que RoboCop. Les décors sont fabuleux, William Sandell et son équipe se sont surpassés pour nous offrir des paysages assez magnifiques sans parler du reste. De plus, le filtre rouge omniprésent quand on voit les paysages martiens donne aux autres couleurs un effet ternissant. On a parfois l’impression que les images de l’intérieur des bâtiments sont en noir et blanc tant l’intensité du rouge est forte.

De plus, le maquillage utilisé, essentiellement dans le visage des « mutants » est magnifiquement réalisé, donnant à voir un microcosme qui n’est pas sans rappeler celui de Freaks, en beaucoup moins fort tout de même.

Quant à la femme à la poitrine triplée, si sa découverte impressionne, son exhibitionnisme répété peut lasser à un moment. Et surtout : avec quoi s’occuper de ce troisième sein ? (2)

 

Tout ça nous fait un film pas si mal que ça : il y a chez Schwarzenegger une espèce de flair qui lui permet de se retrouver dans beaucoup de ces films « pas si mal que ça » où il n’est tout compte fait pas seulement une brute à la musculature imposante. Il faut dire que Terminator, lui a permis d’évoluer. On n’en est pas encore à Last action Hero qui arrivera magnifiquement à conjuguer sa carrure et un jeu dramatique plus subtile qu’à ses débuts. Mais on retrouve déjà les petites phrases un tantinet lourdes qui feront une partie du sel de ce prochain film.

 

 

  1. C’est encore Paul Verhoeven qui la révèlera vraiment dans le sulfureux Basic Instincts, son film suivant.
  2. Je ne vous suivrai pas plus loin sur ce chemin glissant…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Elliot Silverstein
Un Homme nommé Cheval (A Man called Horse - Elliot Silverstein, 1970)

Que de chemin parcouru par le cinéma américain !

Finis, les méchants Indiens sauvages qui attaquent les gentils blancs civilisés ! Voici le temps des films à la gloire de ceux qui plus que tous les autres sont les véritables Américains.

1970 verra en outre un deuxième film à la gloire de ces mêmes Indiens en décembre avec le magnifique Little big Man.

Mais alors qu’on note une pointe d’ironie dans le film d’Arthur Penn, il n’y en a aucun ici, le film étant avant tout un témoignage brut de coutumes indiennes dont le Vœu au Soleil (Vow to the Sun) : l’initiation du guerrier sioux.

Dès le début, un intertitre nous précise que ce rite a été interdit à partir de 1800 par le gouvernement des Etats-Unis. On peut d’ailleurs se poser la question de l’effet de cette interdiction sur la population indienne.

 

Toujours est-il qu’ici Elliot Siverstein, en adaptant le roman de Dorothy M. Johnson, nous propose un film totalement en décalage par rapport aux codes habituels du western. Certes, ce genre semble arrivé à son crépuscule (1) et les codes mis en place par les grands maîtres du genre ont été bousculés, mais enfin un film ne traite que des Indiens, ce qui est une découverte en 1970.

 

Certes, les mentalités avaient évolué même chez Ford qui nous gratifia de quelques chefs-d’œuvre, mais à chaque fois, la présence de l’homme blanc est inévitable et dirige d’une certaine façon le film.

Ici, les seuls visages pâles qu’on trouve sont John Morgan (Richard Harris) et sa suite : Joe Maddock (Dub Taylor) un trappeur partiellement édenté et ses deux acolytes alcooliques (James Gammon & William Jordan).

 

Mais dès les premières minutes, la différence se fait : par la force, mais surtout par la technique.

En effet, alors que les trappeurs sont frustes et bruyants (boire ne favorise pas beaucoup la discrétion), les Indiens sont d’une discrétion impressionnante : le seul bruit qu’on perçoit à peine est celui des flèches pénétrant les corps. Nous assistons alors à une sorte de ballet silencieux pendant lequel les Sioux se débarrassent des visages pâles et se servent dans le matériel restant, emmenant Morgan, traîné par une laisse passée à son cou.

Ce qui vient ensuite, c’est la progression de John dans ce campement.

 

Mais cette progression est avant tout spirituelle : alors qu’il se considère comme le summum de l’évolution (2), il va découvrir puis adopter les coutumes de ceux qui l’ont capturé, jusqu’au rite indispensable pour devenir l’un d’eux : le Vœu au Soleil.

Ce moment est très intense, c’est celui que le spectateur attend depuis le premier plan : un homme face au soleil levant égrenant une mélopée.

Ce rite est on ne peut plus spectaculaire – bien entendu très cruel et on comprend aisément son interdiction - John se retrouvant soulevé de terre par des serres accrochées à sa poitrine, puis tournoyant dans l’air, pendant que les braves de la tribu apprécie cet exploit.

Mais si les Indiens ne sont plus ces sauvages assoiffés de sang, ils n’en demeurent pas moins des hommes et la guerre leur est coutumière : on a alors un combat violent entre la Sioux et les Shoshones, amenant ruine et désolation pour tous, et après le deuil fait, une nouvelle ère pour la tribu.

 

Il y a dans ce film un véritable objectif documentaire et si la plupart des rôles principaux sont interprétés par des blancs, aucun n’a les yeux bleus, sauf Batise (Jean Gascon), pour une raison pertinente, ce qui change de certains films précédents. Jean Gascon est prodigieux dans ce rôle d’interprète malgré lui, tout en étant le fou de la tribu, rôle important s’il en est.

Comme dans d’autres films avant celui-ci, de véritables Indiens on participé au film, donnant une véritable portée réaliste au film. Mais en plus, alors qu’on aurait pu aisément faire parler les Indiens dans un langage pidgin – comme disent les Britanniques – seuls Morgan et son interprète Batise parlent l’Anglais, tous les autres s’exprimant exclusivement dans le dialecte sioux.

Autre interprète remarquable : Dame Judith Anderson. Celle qui fut la terrible Mrs Danvers dans Rebecca est ici la mère du chef Yellow Hand (Manu Tupou), qui reçoit de son fils John Morgan, qui sera un cheval pour elle (3) comme il le fut pour ce même chef et ses hommes qui l’ont capturé, transportant sur son dos le tissu de leur butin.

 

Dernière chose enfin, un tel film ne pouvait avoir lieu dans les décennies précédentes : il y a un rapport explicite à la nudité qui était impitoyablement combattue par le Code Hays et ses bigots. Non seulement on peut voir des corps nus, mais à chaque fois avec une véritable pudeur, ces corps – celui de John Morgan et de sa compagne Running Deer (la très belle Corinna Tsopei) – sont montrés sans aucun effet de voyeurisme, plus dans le même souci documentaire que le reste du film.

 

Un film, quoi qu’on en dise, inoubliable.

 

 

  1. C’est un crépuscule qui n’en finit pas si on regarde la production cinématographique : le Western n’est toujours pas mort ! (Et c’est tant mieux !)
  2. C’est un Anglais que diable !
  3. D’où le titre.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #Don Siegel
Contre une Poignée de diamants (The black Windmill - Donald Siegel, 1974)

Ca commence doucement, innocemment.

Deux enfants pénètrent dans un ancien aérodrome militaire du sud de l’Angleterre : l’un d’eux a un avion télécommandé à essayer. Rapidement, un véhicule de l’armée arrive et les enfants sont appréhendés et gourmandés par un officier qui les renvoie à l’école.

Sauf que ce n’étaient pas de vrais militaires : le plus jeune, David Tarrant (Paul Moss), a son père qui travaille pour le MI6 et que récemment, ce service a récemment acquis un lot de diamants bruts et que les kidnappeurs ont l’intention de les en débarrasser…

Donald Siegel, je l’ai déjà dit, est un réalisateur efficace, comme souvent ses personnages principaux. John Tarrant (Michael Caine) en fait partie pleinement. C’est un agent secret très britannique, avec ce que cela implique de flegme, mais c’est avant tout un père de famille qu’on a piégé.

Mais qui dit MI6, dit fatalement James Bond. Il est vrai que d’une certaine façon, nous suivons un peu le même parcours que Bond quand Tarrant se balade dans les services avec, à défaut de Desmond Llewelyn, un technicien qui nous fait la démonstration d’une serviette plutôt meurtrière mais qui laisse tout de même son porteur ainsi que les documents intacts.

En guise de M, nous avons Cedric Harper (Donald Pleasence), et sa secrétaire Miss Monley (plenny ?), qui bien que célibataire comme Miss Moneypenny, a déjà pas mal d’heures de vol derrière elle : Joyce Carey avait déjà 76 ans quand le film est sorti…

Mais la grande différence avec James Bond tient dans le fait que cette histoire est très réaliste et peu portée sur l’humour et la parodie comme chez Bond (1) ou encore OSS 117.

Michael Caine est très crédible dans une histoire qui l’est un tantinet moins : pourquoi ces deux enfants et surtout ce jour-là ? Mais au cinéma, tout est (presque) permis, alors continuons.

Michael Caine porte le film de bout en bout et son expérience dans les films d’espionnage dans lesquels il a tourné auparavant lui sert beaucoup.

Le film est très bien dosé : juste ce qu’il faut de scènes d’actions et de romance – il renoue avec sa femme – ainsi que le fonctionnement du MI6 où étonnamment c’est le chef Harper qui arbore le détachement habituellement réservé à Bond.

Quoi qu’il en soit, il aurait peut-être été un peu plus intéressant de creuser un tantinet plus le contexte afin d’expliciter un peu plus les manœuvres des méchants, qui sont par ailleurs très intéressants avec surtout la belle Ceil Burrows (Delphine Seyrig, superbe), sans oublier McKee (John Vernon qui retrouve encore une fois Don Siegel), méchant labellisé mais avec tout de même une espèce de sens de l’honneur.

Tout ceci nous donne un film agréable, à l’intrigue tout de même bien ficelée, mais qui aurait tout de même gagné en envergure si le début et la fin avaient été un peu plus développés.

(1) Une référence savoureuse tout de même au début du film, dans une réplique de Donald Pleasence qui fut, ne l’oublions pas, le premier Ernst Stavro Blofeld que nous avons rencontré (On ne vit que deux fois).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Donald Siegel, #Clint Eastwood, #Western
Un Shérif à New York (Coogan's Bluff - Donald Siegel, 1968)

Ca commence en Arizona, dans le désert, où un homme de type indien – Running Bear (Rudy Diaz) – attend.

Il est en embuscade et a projeté de tuer l’homme qui est à sa recherche : le shérif Coogan (Clint Eastwood).

Ce dernier arrive, non pas à cheval mais dans une jeep, drainant à sa suite un panache de poussière.

La confrontation est inévitable et tourne en faveur du policier.

Puis on entre dans le vif du sujet : Coogan est chargé d’escorter Jim Ringerman (Don Stroud) de New York à l’Arizona pour une affaire le concernant.

 

Don Siegel, Clint Eastwood, Lalo Schifrin, et même Albert Popwell : Coogan’s Bluff ressemble à une répétition générale pour Dirty Harry qui sortira trois ans plus tard.

Mais il ne faut pas s’y tromper, ici c’est plus un western auquel nous assistons plus qu’un film policier. Certes, c’est une intrigue policière qui nous est proposée, mais elle est sur beaucoup de points plus proche du western.

 

La séquence d’introduction tout d’abord, dans le majestueux désert de l’Arizona (1). Cet homme, vraisemblablement un Indien (2), se tient à l’affut, attendant un autre – le shérif – qui va arriver sur son cheval, comme dans tout bon western.

Mais c’est au moment où Coogan paraît que nous réalisons que nous sommes bel et bien dans les années 1960 : il est motorisé !

Il y a l’allure de Coogan ensuite, affublé d’un chapeau caractéristique et une étoile de shérif accrochée à la poitrine. De plus nous apprenons qu’il a mis trois jours pour arrêter son homme : on pense alors à la traque d’Ethan Edwards dans La Prisonnière du désert ; traque qui ne s’achèvera qu’une fois le but atteint. Ici c’est la même chose, la durée étant moindre. Cela n’empêche pas la jeune femme que retrouve Coogan de l’obliger à prendre un bain…

Bref, Coogan est un véritable cowboy de l’Arizona, aux manières pas toujours bien orthodoxe. Surtout quand il débarque à New York !

Là-bas, chacun le prend pour un Texan, l’imagerie populaire (et les films avec John Wayne ?) peuplant le Texas presque exclusivement de cowboys.

Et en prime, on a droit à une belle bagarre dans une salle billard qui tient lieu de saloon.

La musique enfin, qui a plus des sonorités rappelant plus l’Ouest sauvage que le psychédélisme où baignait la jeunesse américaine à cette époque, puisque le film est tourné à l’automne 1967 (voir plus bas).

 

Bien entendu, le succès du film tient à la différence entre Coogan et cette mégalopole qu’est New York. Pourtant, le titre original n’y fait pas référence : Coogan’s Bluff (le Bluff de Coogan).

Ce titre est la raison d’être du film. En effet, McElroy (Lee J. Cobb) le policier new-yorkais qui accueil notre cowboy dans son commissariat lui donne toutes les recommandations pour récupérer son prisonnier.

Mais Coogan s’assoit sur le règlement comme le fera son cousin Harry Callaghan (3) quelques années plus tard.

En la jouant au bluff, Coogan entraîne l’évasion de son prisonnier et la poursuite dans New York. On a au passage une belle poursuite à moto (les chevaux, c’était 100 ans plus tôt !) dans le Fort Tryon Park dont on peut en outre admirer le Musée du Cloître (The Cloisters). Les immenses descentes que Callaghan dévalera à San Francisco sont ici les escaliers du parc.

 

De plus, le film s’inscrit pleinement dans son époque, avec tout de même un bémol : entre le tournage et la sortie s’est écoulée à peu près une année. Et pas n’importe laquelle : 1968 qui a tout de même beaucoup fait évoluer les mentalités, surtout dans la jeunesse.

Siegel décrit cette jeunesse pendant le temps d’une séquence (4), dans ce qui ressemble au croisement d’une discothèque et d’un ancien théâtre. La salle bondée de jeunes gens qui dansent est remplie de tout ce qui faisait l’esprit psychédélique de l’époque : musique et images un tantinet agressives, avec beaucoup de filles dénudées, pendant que les danseurs ressentaient les effets de la drogue (LSD, joints…).

Il y a dans cette séquence une vision très paradoxale de cette jeunesse : les images et la musique sont donc agressives mais on trouve pourtant à chaque coin de mur ou sur certains corps le mot Love.

Je serais tenté de rapprocher cette séquence avec celle qui conclut Ne nous fâchons pas, où des danseurs évoluent aux sons de la musique de Graeme Allwright (92 ans le 7 novembre prochain !). Ici aussi, on sent une légère ironie dans l’étalage de ces corps dégingandés évoluant aux rythmes d’une chanson portant le même nom que le lieu où se déroule l’action : Pigeon-Toed & Orange Peel (5). Encore une fois : Lalo Schiffrin est vraiment un grand compositeur !

Mais entretemps 1968 est passé et la séquence perd de sa force, le propos qui semblait amusant un an plus tôt ne l’est plus tellement.

 

Mais qu’importe, et malgré ses manières un tantinet campagnardes, Coogan évolue tout le long du film, et celui qui repart vers l’Arizona est un tout petit peu différent de celui qui était arrivé plus tôt.

Tout ça entre deux cigarettes : une au début et l’autre à la fin.

Et bien entendu, à cette époque, on ne disait pas que « Fumer tue », même si c’était déjà beaucoup le cas, hélas.

 

 

  1. Hum. C’est le Mojave Desert, situé… en Californie !
  2. Certains détails accréditent cette hypothèse : la tenue de l’homme qui a troqué ses vêtements « blanc » pour une tenue plus traditionnelle ; la peinture qu’il a appliqué sur son corps ; et surtout la botte estampillée « Navajo Reservation ».
  3. Le lien de parenté est plus qu’évident, même si les deux personnages ont de personnalités plutôt différentes. Leur véritable point commun : l’efficacité.
  4. Qui se terminera avec Albert Popwell.
  5. Tout un programme.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Robert Hamer, #Comédie
Noblesse oblige (Kind Hearts and Coronets - Robert Hamer, 1949)

« Kind hearts are more than coronets, and simple faith than Norman blood. »

Ces vers de Tennyson – extraits du long poème Lady Clara Vere de Vere, expliquent le titre original (Kind Hearts and coronets), annonçant que la noblesse cœur est plus importante que le titre nobiliaire.

Par contre, le titre français est directement tiré d’une des répliques quand le bourreau (Miles Malleson), vient s’enquérir de son futur « patient », se demandant comment on s’adresse à un duc.

 

Ici, donc, l’intrigue repose sur la noblesse, de cœur comme de titre.

Nous suivons la dernière nuit de Louis Mazzini d’Ascoyne duc de Chalfont (Dennis Price), condamné à mort et devant être exécuté le lendemain matin.

Pour sa dernière nuit, il relit ses mémoires, nous racontant comment il est devenu duc, alors que 12 personnes étaient devant lui dans la succession. En clair, il raconte comment il s’est débarrassé d’eux les uns après les autres.

 

Il y a dans cette histoire un parfum d’immoralité absolument jouissif. Louis a eu la malchance de naître d’une femme de vieille noblesse et d’un père chanteur – une belle voix pour qui sait l’apprécier. Il et donc né d’une mésalliance, et à défaut d’avoir la couronne ducale (coronet), il possède un cœur d’une grande noblesse (kind heart).

Grande noblesse, c’est vite dit tant ses différents plans pour assassiner les prétendants aux titres qui le précèdent sont machiavéliques et dénués du moindre scrupule, sauf peut-être pour le cousin Henry (Alec Guinness), dont l’épouse (Valerie Hobson) ne le laisse pas indifférent.

 

Mais la véritable prouesse du film, c’est à Alec Guinness que nous la devons, ainsi qu’au département maquillage qui lui a créé de magnifiques têtes.

Alec Guinness interprète huit rôles différents, sans compter son portrait pour illustrer l’ancêtre antédiluvien à la racine de cette prestigieuse famille.

On a même droit à un court plan de cette branche de la famille pendant les obsèques de l’un d’eux : il fallut deux jours pour obtenir un résultat de quelques secondes, la caméra passant rapidement sur des gras plants des différents Alec Guinness. Depuis Méliès et jusqu’à Seven Sisters, les rôles multiples qui se télescopent plus ou moins ont toujours fait l’admiration des spectateurs. Ici, le procédé de personnalités multiples sera le même que pour Docteur Folamour, Peter Sellers n’interprétant « que » 4 personnages…

Bien sûr, ces rôles sont très courts : quelques plans par séquence pour certains rapidement expédiés (le général, l’amiral). Mais d’autres nous permettent d’apprécier avec justesse son immense talent. En plus de son maquillage, il a les attitudes et la voix qui siéent à ses personnages : Lady Agatha, par contre est un rôle muet, évitant à l’acteur d’en rajouter avec une voix qui eût pu être forcée et donc moins intéressante : la situation en tant que telle étant suffisante, nul besoin d’en faire trop.

 

Mais en face de ce monstre sacré, Dennis Price (1) se montre à la hauteur, alliant immoralité et flegme britannique avec brio, accompagné par la magnifique Joan Greenwood (Sibella Holland), dont la voix chaude (voire sensuelle) et très reconnaissable est un élément indispensable de son personnage.

En effet, son accent (2) allié à sa chaleur orale nous présente une femme plutôt populaire (voire vulgaire ?) qui tente de se hisser par les manières, puisque la naissance le lui a refusé.

Mais si elle peut passer pour une belle idiote, ou encore une victime dans les bras de Louis (le procès), il ne faut pas s’y tromper. Elevée avec Louis (ils ont le même âge et sont dans la même classe), elle fut longtemps son amie, sa confidente, faute d’être plus : elle choisit le terne Lionel Holland (John Penrose), anticipant la belle vie que ce dernier lui promet : il n’est pas un  petit employé de boutique, lui !

 

Rapidement elle revient vers Louis : son accession imminente à la couronne de duc est un atout supplémentaire pour Sibella, surtout depuis que son mari est mort. Suicidé ?

Peut-être pas…

Je vous laisse encore une fois le (re)découvrir…

 

  1. Il interprète aussi le rôle de son père, mort de saisissement à la naissance.
  2. En VO comme de bien entendu !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Noir, #John Huston
Le Faucon maltais (The Maltese Falcon - John Huston, 1941)

1941 est une année particulière pour le cinéma : deux grands réalisateurs y font leurs débuts.

Orson Welles le premier mai avec Citizen Kane, et John Huston, et son Faucon maltais dont nous allons parler.

C’est la troisième adaptation du roman de Dashiell Hammett, après celle de Roy del Ruth et celle de William Dieterle.

Sans minimiser ces deux films que je n’ai pas encore vus, je ne peux pas ignorer le côté mythique, voire culte de ce film.

Rendez-vous compte : un jeune homme d’à peine 25 ans dirige Humphrey Bogart, de 7 ans son aîné, dans un premier rôle – qui plus est dans un rôle de gentil – et qui ne meurt pas à la fin !

Il faut dire qu’il fallait aimer le risque pour tourner avec un tel réalisateur qui faisait ses armes (1).

Non seulement ce coup d’essai est une grande réussite, mais en plus, il annonce une série e films dits « noirs » où le même Humphrey Bogart reprendra un personnage similaire : un détective dur-à-cuire tombeur de femmes et qui tient l’alcool.

 

Sam Spade (Humphrey Bogart, donc) est détective privée dans une agence qu’il partage avec Miles Archer (Jerome Cowan). Un jour, Brigid O’Shaughnessy (Mary Astor au diapason) lui propose une affaire : surveiller un homme.

Plus prompt que Sam, Archer accepte l’affaire et commence sa surveillance.

Mais rapidement, il est tué, alors que Sam a la visite d’autres personnes, à la recherche d’un objet semble-t-il précieux : une statuette de faucon venue de Malte (d’où le titre).

 

Bien entendu, l’intrigue n’est pas simple et regorge de péripéties avec la mort au bout de l’aventure pour certains personnages.

Mais avant tout, c’est la façon de filmer qui nous captive. Huston est omniprésent avec la caméra, variant les prises de vue en parfaite adéquation avec l’intrigue. Et si le spectateur est un tantinet plus vif que Spade, il verra tout de suite qui a fait le coup. Je ne dis pas cela pour minimiser son héros, mais il faut bien laisser le suspense s’installer, sinon pas de film.

Bogart est magnifique, posant les bases de ce nouveau genre de personnage : un privé pas tombé de la dernière pluie. La narration n’est pas à la première personne, mais c’est tout comme : nous suivons essentiellement Spade dans son long cheminement vers la vérité qu’il doit absolument découvrir : certains policiers – Tom Polhaus (Ward Bond) mais surtout Dundy (Barton MacLane) – espèrent bien lui mettre la main dessus : Spade a un mobile…

 

Mais pour que Spade prenne toute son envergure, il lui faut des adversaires à la hauteur.

C’est le cas d’un duo qu’on retrouvera avec Bogart dans le fabuleux Casablanca : Peter Lorre (Joel Cairo) et Sidney Greenstreet (Kasper Gutman).

Ces deux acteurs forment un couple qui fonctionne à merveille, véritable pendant de Laurel et Hardy du crime : ils ne sont pas drôles mais formidablement complémentaires : tous deux ont des manières très distinguées qui s’expliquent par une teinte d’homosexualité latente (2).

C’est Gutman qui mène la danse, si j’ose m’exprimer ainsi : Wilber (Elisha Cook Jr., formidable second rôle du cinéma américain), en plus d’être l’homme de main de Gutman a un statut très particulier auprès de ce gros bonhomme, qui le considère presque comme son fils. J’ai bien dit « presque » !

En ce qui concerne Cairo, sa première intervention est annoncée par une carte de visite parfumée au gardénia. Et Sam Spade ne peut s’empêcher de sourire quand il fait les poches de Cairo inconscient et qu’il découvre que son mouchoir est parfumé lui aussi. On se doute bien qu’il s’agit de la même odeur.

Mais, et c’est là qu’est aussi le talent de Huston : à aucun moment ils sont caricaturaux ou encore critiqués pour leur homosexualité. Ces deux hommes sont ce qu’ils sont et ce sont leurs actes criminels qui sont pris en compte, et rien d’autre. Aucun lien de cause à effet. Et d’ailleurs, Huston n’insiste pas et se concentre plus sur la relation entre Spade et la jeune femme.

Encore que « jeune femme » est moins exact que « femme jeune », voire « encore jeune ».

Oui, Mary Astor a 35 ans quand sort le film, mais elle n’a tout de même rien perdu de sa beauté, ajoutant maturation à sa séduction. Elle est malgré tout une de ces « femmes fatales » dont Hollywood avait le secret.

Son jeu est toujours impeccable et elle partage avantageusement la vedette avec Bogart, jouant elle aussi une dure-à-cuire, mais d’un autre genre.

 

Au final, un film dont je ne me lasse toujours pas et vers lequel je reviendrai toujours avec beaucoup de plaisir.

 

 

PS : A noter qu’on retrouvera Bogart, Astor et Greenstreet dans un autre film de Huston l’année suivante : Across the Pacific. Il s’agit d’un film en rapport avec la guerre où les Etats-Unis ont enfin pris part.

 

  1. C’est le cas de le dire.
  2. N’oublions pas qu’à cette époque l’homosexualité n’avait pas le vent en poupe, même si nous savons aujourd’hui que certains grands noms de Hollywood l’étaient, mais le cachaient pour éviter d’être mis au banc de l’infamie. 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Morten Tyldum
Passengers (Morten Tyldum, 2016)

C’est un vaisseau spatial avec 258 membres d’équipage et 5000 passagers (d’où le titre) qui progresse régulièrement vers Homestead II (1), but d’un voyage de 120 ans.

Sauf qu’au bout de 30 ans, le vaisseau rencontre un champ d’astéroïdes dont l’un d’eux, immense comparé aux autres, amène un dysfonctionnement en explosant contre le bouclier de protection.

Non seulement les paramètres de fonctionnement sont altérés, voire partiellement détruits, mais en plus, cela réveille le passager n° 1498, James Preston (Chris Pratt) un « manuel » parti découvrir un nouveau monde.

Au bout d’un an, James, trop seul, décide de réveiller Aurora Lane (Jennifer Lawrence), une jeune femme écrivaine partie chercher autre chose, de quoi remplir sa vie, jusque là vide.

Mais ramener à la vie cette femme, c’est aussi la condamner à la mort avant la fin du voyage.

 

C’est un bel hommage que Morten Tyldum rend à Stanley Kubrick. En effet, nous assistons à la vie quotidienne d’un homme seul sur un vaisseau sans cesse en mouvement : en rotation comme le vaisseau de 2001, l’Odyssée de l’espace. On y retrouve la solitude que Kubrick avait développée dans son film, mettant en lumière la pesanteur artificielle alors que son personnage faisait le tour du vaisseau.

Ici aussi, la pesanteur est artificielle, mais on en prend conscience essentiellement lors des séquences en extérieur, quand les deux protagonistes prennent une grande bouffée de vide sidéral.

 

Autre hommage au grand maître : The Shining.

Alors qu’il est seul – tout comme Jack Torrance pendant ses visions – James se retrouve dans ce qui est le bar, tenu par Arthur (Michael Sheen), un androïde qui tient le bar et attend patiemment le réveil des passagers. L’éclairage du bar et la position d’Arthur nous ramènent tout de suite à Lloyd, qui sert inlassablement Jack.

Mais si Arthur n’est pas humain, il n’en demeure pas moins barman, consolant à sa façon e client unique et déplacé. Ses interventions relèvent presque exclusivement de celles qu’on trouve habituellement chez les barmen : entre les phrases toutes faites et le soutien psychologique recherché par le client.

 

Mais alors qu’Arthur est avant tout une machine, il est l’un des éléments du destin qui rattrape Jim : alors que le réveil d’Aurora doit rester secret pour elle (voir plus haut), Arthur vend la mèche. Mais peut-on lui en vouloir ?

Arthur n’est qu’une machine, incapable de résoudre quelque question métaphysique que ce soit, mais par contre dès qu’une consigne va à l’encontre d’une précédente, il prend en compte la dernière, amenant inévitablement une nouvelle mise à jour, quelles qu’en peuvent être les conséquences.

 

Il est reposant de voir un film qui se déroule dans l’espace sans avoir obligatoirement une menace étrangère qui décime les occupants d’un vaisseau. Ce fut le cas d’Alien, dont le film emprunte en partie sa situation initiale (un réveil précoce sur un vaisseau de transport), mais ici, c’est avant tout une défaillance qui réveille Jim, et non une quelconque basse raison mercantile.

Mais là s’arrête la comparaison : n’est pas Ridley Scott qui veut.

Mais de mon point de vue, nous assistons tout de même à un film très agréable où l’intrigue, si elle pèche peut-être d’un manque d’aboutissement : on aurait peut-être pu aller plus loin dans les relations humaines et la notion de culpabilité autour du réveil d’Aurora.

De même, si la fin est convenue, j’aurai pour ma part préférer qu’elle ait lieu 9 minutes avant les dernières mentions du générique final.

Nous aurions alors eu une ouverture autre que celle qui nous est proposée et de ce fait très limitée : ne jamais oublier la puissance de l’imagination des spectateurs, même si certains en manquent.

Mais je ne vais pas refaire le film, et garderai cette bonne impression qui m’a baigné pendant toue sa durée, même si on n’a pas pu éviter un déplacement bruyant du vaisseau dans l’espace ! Grrrrr !

 

PS : Avez-vous reconnu la chanson qui accompagne James après son réveil ?

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Jean Dréville
La Cage aux rossignols (Jean Dréville, 1945)

Clément Mathieu (Noël-Noël) court les rédactions des grands quotidiens pour faire publier son roman : La Cage aux rossignols. Mais ça ne marche pas du tout.

Pourtant, c’est une bien belle histoire qu’il a écrite, mais personne n’en veut.

Et puis un jour, un coup de pouce du destin – ou plutôt de son ami Raymond (Georges Biscot) – et la première partie est publiée.

Micheline (Micheline Francey), sa bonne amie exulte et lit à sa mère (Marguerite Ducouret) cette histoire. Cette dernière, après avoir voué Clément aux gémonies, est à son tour conquise.

 

Quand ce film sort enfin (1), la paix est revenue dans le monde – sauf en Indochine, mais ceci est une autre histoire – et les Français recherchent au cinéma un moyen de les sortir de ces années troublées (doux euphémisme !), avec des histoires agréables et qui se terminent bien (2). De plus, afin de ne pas rappeler les événements passés récents, Jean Dréville – mais surtout Noël-Noël – l’intrigue est située en 1935, à cette période pas plutôt consensuelle où la Guerre n’était pas une préoccupation, ni la politique (3).

 

Cette histoire de surveillant d’un pensionnat pour jeunes garçons turbulents (autre euphémisme !) correspond très bien à l’état d’esprit qui prédomine : juste ce qu’il faut d’espoir pour des enfants qui ont vécu la tyrannie d’un chef d’établissement (René Blancard) dont la pédagogie n’est pas la qualité première.

On y retrouve d’ailleurs une vieille gloire de cette décennie : René Génin qui joue un personnage débonnaire – le père Maxence – et qui (curieusement ?) ressemble à s’y méprendre à l’acteur René Génin !

 

Mais c’est avant tout l’histoire de Clément qui nous intéresse, avec, en parallèle celle d’un des élèves : Laugier (Roger Krebs). Ce dernier est un véritable poison pour les surveillants, étant puni très régulièrement, mais a la particularité de posséder une belle voix. Mais aussi, et surtout, une jolie cousine : Micheline.

L’arrivée de ce nouveau surveillant dans une maison de redressement qui n’en a pas le nom, n’est peut être pas très crédible pour les spectateurs actuels, mais il faut dire qu’il y a une véritable fossé entre la façon d’enseigner maintenant et autrefois. Et qu’on le veuille ou non, Clément est en avance sur son temps : il possède cette « bienveillance » recommandée aux enseignants actuellement.

Mais si Clément arrive à quelque chose à, je ne suis pas convaincu qu’il y parviendrait de nos jours.

Mais ceci est une autre affaire : contentons-nous de savourer cette belle histoire, où Noël-Noël est très convaincant – dans un rôle sur mesure, on n’est jamais si bien servi que par soi-même – et où les enfants turbulents pour l’occasion sont eux aussi très convaincants.

En se disant aussi, une fois le film terminé, que ces petits enfants ne le sont plus aujourd’hui : si Roger Kebs s’est éteint à l’âge de 83 ans en 2014, Michel François qui interprète Eloi Lequerec, a fêté ses 89 ans en juillet dernier…

 

 

PS : Si le film a été restauré et nous est présenté dans une belle version, il n’en va pas de même de la bande-son qui est parfois difficile à comprendre.

On ne peut pas tout avoir…

 

 

  1. L’offensive américaine de l’été 1944 avait retardé le tournage.
  2. C’est sûr : la décennie précédente nous a proposé quelques chefs d’œuvre dont la fin n’était pas toujours heureuse.
  3. Le Front Populaire était en cours de création.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Florient Emilio-Siri, #Albert Dupontel, #Guerre
L'Ennemi intime (Florent-Emilio Siri, 2007)

La guerre d’Algérie (1) est le Vietnam des Français. Mais si les américains ont commencé à faire des films très rapidement après la fin des combats, ce n’est pas le cas en France. Tout comme les Mutins de 17, l’armée française n’aime pas qu’on lui rappelle ses erreurs, et autres faits d’armes peu glorieux.

Parce qu’il s’agit d’un fait d’armes franchement minable.

Des milliers de morts (dix fois plus au moins côté algérien que du côté français), et tout compte fait un retour de la terre à ses véritables propriétaires, comme cela aurait dû être le cas dès le début.

 

Nous assistons ici à l’arrivée d’un jeune lieutenant appelé, Terrien (Benoît Magimel), qui se retrouve en Kabylie à traquer un chef de guerre algérien aux côtés d’hommes maintenant rompus à cette guerre, dont le sergent Dougnac (Albert Dupontel), un vrai militaire quasiment caricatural si le sujet n’était pas aussi sérieux.

Terrien fait partie de ces cohortes innombrables que la France a envoyé régler ses histoires internes, sans jamais dire que c’était vraiment une guerre.

 

Terrien est un idéaliste, comme beaucoup d’entre eux, du moins quand ils sont arrivés. On peut même dire qu’il aurait tendance à pencher du côté des Algériens qui ne font que reprendre leur terre.

Mais la guerre est une chose terrible et déshumanisante dont Terrien va faire l’expérience.

On va donc suivre la lente détérioration de l’esprit de Terrien, humaniste avant toute chose, mais surtout naïf, absolument déconnecté de la réalité guerrière qu’il découvre.

A ses côtés, Dougnac est un allié précieux. En effet, c’est un homme qui est revenu de tout, et surtout de chaque expédition. Chaque soir qui le voit revenir avec des camarades à lui, il se soule avec excès, sonnant (éructant serait plus précis) pour chacun de ses compagnons, au pied du drapeau, symbole illusoire de ce pays qui envoie à la mort ces propres enfants.

 

Mais si Terrien continue sur sa pente fatale, dans le même temps Dougnac évolue lui aussi. Ce petit lieutenant lui fait surtout pitié dans ce monde de brutes dont il est lui-même un des piliers.

Et comme à Terrien, rien ne nous est épargné. Nous suivons des expéditions obligatoirement meurtrières dans cette « zone interdite » où se cachaient les Fellaghas (2) : raids meurtriers, interrogatoires musclés avec utilisation de la gégène, cette machine qui électrocutait les prisonniers pour les faire parler (3), expédition punitive, exécution sommaire et massacre légitimé.

 

Certes, ce n’est pas le premier film sur la Guerre d’Algérie, mais son impact est extraordinaire. Nous avons ici une vision on ne peut plus réaliste de ces affrontements aussi inutiles que meurtriers.
Et dans le film, nous ne sommes qu’en 1959. De Gaulle a beau être revenu, rien n’a changé : les massacres se perpétuent, les soldats chargent la peur au ventre et se construisent (pour ceux qui reviendront) des cauchemars récurrents.

Avec en outre la place des Harkis, ces combattants algériens qui voulaient rester français, résumée magnifiquement par Idir Danoun (Mohamed Fellag), un prisonnier fellagha : il allume une cigarette par les deux bouts et la regarde se consumer (avant de l’écraser, son issue étant certaine) en expliquant que Rachid (Abdelhafid Metalsi) qu’il est lui-même pris entre les deux feux : il n’est déjà plus algérien, mais ne sera jamais français. L’Histoire lui donnera raison.

 

C’est un film fort et émouvant, où la guerre est vécue de très (trop ?) près et où flottent la peur et l’émotion.

Avec en point d’orgue le « film » que l’un d’eux voulait leur projeter à Noël (1959), constitué des rushes qu’il a pu prendre avant de mourir.

C’est un immense moment émouvant où la comédie – chacun se reconnaît et rejoue ses moments heureux – laisse rapidement la place à la tragédie, quand on reconnaît ceux qui ne sont plus là.

 

Un film indispensable.

 

  1. Elle n’a officiellement ce nom que depuis 1999. Avant, c’était une « opération de maintien de l’ordre. »
  2. Les « Fell’ » dans le film.
  3. Rien n’a changé depuis l’Inquisition.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Michel Hazanavicius, #Espionnage
OSS 117 : Rio ne répond plus (Michel Hazanavicius, 2009)

OSS 117 revient, douze ans après les événements d’Egypte (1).

Nous sommes « en 1967, René Coty a laissé la place au général de Gaulle, et Claude Brosset (2) la sienne à Pierre Bellemare.
Mais Hubert Bonisseur de la Bath est toujours fidèle au poste dans sa même administration : le SDECE.

Cette fois-ci, Hubert est envoyé à Rio pour récupérer un microfilm listant les collaborateurs de la deuxième Guerre Mondiale qui sont encore en activité.
En outre, l’homme qui doit les lui vendre – von Zimmel (Rüdiger Vogler) est un nazi.

OSS 117 va devoir collaborer (!) avec la belle Dolores Koulechov (Louise Monot), membre du Mossad.

 

Nous retrouvons donc un de nos espions préférés dans une histoire où finalement le véritable but de la mission d’Hubert est accessoire tant le cadre dans lequel il évolue est intéressant.

Le monde a beau avoir changé voire vieilli, Hubert, mis à part quelques teintes grises aux tempes, est toujours le même : séducteur, habile, et très con.

Encore une fois, on peut apprécier ses visions d’avenir : 1968 ne sera pas extraordinaire.

Mais surtout, on s’aperçoit que ses préjugés ont la vie dure : il a beau avoir combattu la barbarie nazie pendant la guerre, il est toujours aussi bourré de stéréotypes d’un goût plus que douteux.

Le monde change donc, mais pas OSS 117.

 

Encore une fois, Michel Hazanavicius recrée avec bonheur la période de l’intrigue. Nous sommes en pleines années 1960 : les vêtements et les coupes de cheveux, tout comme les véhicules sont tout droit sortis de cette période. De plus, encore une fois certaines images ont les couleurs un tantinet passées, ajoutant au suranné de cette période.

Mais surtout, Michel Hazanavicius use et abuse des partitions de l’écran, doublant, triplant (et même beaucoup plus !) les images d’une même action, comme on pouvait le voir à la même époque au cinéma et surtout à la télévision. Ces divisions de l’écran semblent inutiles jusqu’au moment des coups de téléphone : Hubert appelle Bill Trumendous (Ken Samuels) puis son chef qui eux-mêmes appellent… Résultat : l’écran est saturé par des téléphones qui sont décrochés puis raccrochés. Bref, la parodie continue jusqu’au bout.

 

Mais bien entendu, c’est notre « ami » Hubert qui retient toute l’attention. Après c es actes et propos déplacés en Egypte, il s’en donne à cœur joie avec sa nouvelle partenaire et ses collaborateurs du Mossad. Ce ne sont que propos déplacés sur les Juifs, rappelant toutes les caricatures qui ont cours depuis de nombreuses décennies, mais surtout peu évoluées par rapport au criminel nazi qu’il traque, ses interlocuteurs israéliens étant consternés par tant de bêtise concentrée en un seul homme.


Si Hubert fait toujours se retourner les femmes sur son passage, il est tout de même le seul à ne pas avoir remarqué qu’il avait vieilli, et sa vision du monde aussi. Il est le véritable représentant de cette société sclérosée qui va exploser l’année suivante (malgré son jugement) : dès son premier contact avec Dolores, il la prend pour une secrétaire !

Son monde est archaïque et n’a pas bougé d’un iota depuis le dernier film. Ses différentes sorties à sa belle partenaire l’enfoncent un peu plus à chaque fois, justifiant le, portrait qu’elle dresse de lui, excédée par ses balourdises.

 

Bref, ce nouvel épisodes des aventures d’OSS 117 est du même crû que le précédent, avec en prime des hommages nombreux, à James Bond (Goldfinger, Au Service de sa Majesté) bien sûr, mais surtout à Hitchcock (3) : en images et en musiques.

On retrouve ainsi : le trapèze de Murder ; Les escaliers de Vertigo ; le Christ Rédempteur du Corcovado remplace la Statue de la Liberté de Saboteur et les présidents du Mont Rushmore dans North by Northwest ; quant à la musique, elle ressemble à s’y méprendre à celle de Bernard Herrmann pour ce dernier film.

Mais ce ne sont pas les seules sources d’inspiration et je vous laisse les (re)découvrir…

 

OSS 117 est bien de retour, mais en pire qu’avant.

Donc, pour nous spectateurs, encore mieux !

 

 

  1. Trois ans seulement pour le spectateur.
  2. Claude Brosset est mort un an après le premier film.
  3. Et bien d’autres encore, la liste est longue !

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