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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Otto Preminger
Laura (Otto Preminger, 1944)

Laura (Gene Tierney) est morte, assassinée.

C’est Waldo Lydecker (Clifton Webb), un chroniqueur, qui nous l’annonce.

Tout ce qu’il reste d’elle, ce sont ses lettres, son journal, son portrait sur le mur, et sa pendule, la même que celle de Waldo.

Mark McPherson (Dana Andrews) mène l’enquête, interroge les personnes qui la fréquentaient, qui l’aimaient.

Plus il avance dans son enquête, et plus un sentiment amoureux se développe en lui. Jusqu’au soir où il s’endort dans son appartement, et qu’il est réveillé par une personne qui entre : Laura elle-même.

 

MAGNIFIQUE.

Une distribution de rêve, une intrigue solide et une musique inoubliable. Un véritable chef-d’œuvre, orchestré par un Preminger au sommet de son art.

C’est une enquête minutieuse où les suspects ne manquent pas, où le détective est habile et cogne fort quand l’occasion se présente.

Mais surtout, au tout début de la deuxième moitié du film, la victime réapparaît.

 

C’est une surprise pour le spectateur autant que pour les différents protagonistes : certains accusent le coup avec philosophie – Shelby Carpenter (Vincent Price) ou Ann Treadwell (Judith Anderson) – et d’autres avec difficulté  - Waldo ou Bessie (Dorothy Adams), la servante de Laura.

Mais avec l’arrivée de Laura, c’est une magnifique fausse piste que crée Preminger.

En effet, c’est quand MacPherson s’endort qu’elle apparaît, comme si de rien n’était, aussi belle que sur le portrait avec son magnifique regard clair (1).

En quoi son apparition est-elle vraie ? Et si ce n’était qu’un rêve, celui de McPherson, marri de n’avoir pas connu Laura de son vivant…

 

Car dès que Laura paraît, la voix de Waldo cesse de nous raconter ce qu’il s’était passé, la narration devenant le présent, sans plus aucun commentaire. Jusqu’au bout, il faudra suivre cette intrigue habile et subtile, servie par de grandes figures du cinéma :

  • Dana Andrews et Gene Tierney se retrouvent trois ans après l’oubliable Tobacco Road (2), pour une rencontre qui elle, est devenue inoubliable, voire « culte », comme on dit parfois…
  • Clifton Webb, très aristocratique, d’une distinction superbe dans une histoire de meurtre plutôt sordide : une réussite !
  • Vincent Price, encore jeune homme mais déjà imposant physiquement ;
  • Judith Anderson enfin, qui joue de ses rôles précédents pour interpréter un personnage qui peut sembler ambigu, là ou chaque personnage est un suspect en puissance pour MacPherson.

Et puis il y a la musique de David Raksin, qui a fait ses classes (ses gammes ?) auprès de Chaplin. C’est un thème véritablement entêtant, qui reste dans l’oreille du spectateur pour ce qu’il est : Laura. Dès les premières notes de la mélodie, c’est à elle qu’on pense. Nous, spectateurs, lui associons tout de suite le portrait de la jeune femme, alors que Waldo, quand McPherson le passe sur l’électrophone, lui ordonne d’arrêter, tant il est indissociable de Laura.

 

Et l’intrigue policière dans tout ça ? Elle se déroule progressivement, par petites avancées jusqu’à de multiples rebondissements.

Mais est-ce vraiment le plus important ? Je ne pense pas.

Si, comme suggéré plus haut, il ne s’agit que d’un rêve, alors Mark ira-t-il jusqu’au bout ?

Ou si c’est la réalité, son amour naissant se réalisera-t-il ?

Réponse dans le film…

 

  1. Difficile de ne pas succomber à son charme…
  2. Pourtant réalisé par John Ford : des fois, même les plus grands ne sont pas à la hauteur…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Barry Sonnenfeld
Les Valeurs de la famille Addams (Addams family Values - Barry Sonnenfeld, 1993)

Deux ans après le premier opus, ils sont de retour : les Addams !

Ils n’ont pas changé et restent absolument décalés par rapport au reste du monde, isolés dans leur manoir qui a tout d’une maison hantée.

Ce sont tout d’abord des ululements qui nous accueillent, et c’est bien normal puisque c’est la pleine lune. Mais rassurez-vous, pas de loup-garou, les personnages se suffisent à eux-mêmes…

 

Les valeurs dont nous parlent le titre (original comme sa traduction) sont au cœur du film, d’où ce décalage : ce qui nous semble malheureux est un bonheur et vice versa.

Quelques mois ont passé et la famille s’agrandit : deux enfants sont nés : celui du cousin Itt (John Franklin) et le bien nommé Pubert Addams (Kaithlyn & Kristen Hooper), digne fils de son père.

Ces naissances sont complètement dans le thème du film puisque l’intrigue s’appesantit plus sur les enfants : Wednesday (Christina Ricci) et Pugsley (Jimmy Workman), ainsi que ceux du camp de vacances où ils sont envoyés.

 

Il s’agit d’un camp pour ados riches et intelligents où la norme est, bien entendu, à l’encontre de l’univers des Addams. Il est tenu par deux adultes – Gary Granger (Peter MacNicol) & Becky Martin-Granger (Christine Baranski) – élitistes et un tantinet intolérants. Leurs conceptions éducatives sont plutôt réactionnaires et ce couple est tout bonnement insupportable. Mais leurs conceptions sont aussi une magnifique mine de gags, les punitions à la mesure de l’originalité des Addams.

Un mot encore sur les enfants qui fréquentent le camp : si on y trouve de magnifiques spécimens WASP – dont des jeunes filles bien blondes et bien pénibles – les laissés pour compte, s’ils sont issus de familles aisées ont tous – ou presque – des caractéristiques physiques incompatibles avec le programme sportif du camp : on sent même poindre une teinte raciste qui nous rend ces deux organisateurs encore plus antipathiques (1).

 

Pendant que Wednesday et Pugsley souffrent au camp, l’éveil à l’amour de Fester devient secondaire, même si son mariage amène des changements drastiques dans le manoir Addams : leur fils qui fume le cigare et a de la vodka dans le biberon se transforme en petit blondinet joufflu et hilare. Un véritable cauchemar pour les parents (avec le décor de sa chambre qui évolue en même temps) mais un moment réjouissant pour les spectateurs.

 

Pour le reste, si l’intrigue met l’accent sur les valeurs chamboulées des Addams, la structure du film est tout de proche du premier épisode, Fester (Christopher Lloyd) étant encore une fois le déclencheur.

Quant à Debbie (Joan Cusack), elle entre complètement dans le cadre de ces valeurs, et même un peu plus.

Alors on s’amuse de ces nouvelles aventures où Wednesday réussit – enfin – à sourire, mais pour un résultat des plus terrible : elle fait peur !

 

En prime, une apparition de Barry Sonnenfeld (Mr Glicker), comme d’habitude, ai-je envie de dire, même si cette fois il a un rôle parlé, son fils Joel Glicker (David Krumholtz) fait une incursion remarquée et réussie.

 

Alors, il ne reste rien d’autre à faire que savourer…

 

 

(1) Comme si c’était nécessaire...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Star Wars, #Irvin Kershner, #George Lucas
L'Empire contre-attaque (The Empire strikes back - Irvin Kershner, 1980)

Le temps a passé depuis la destruction de l’Etoile Noire.

Mais le danger est toujours là de voir l’Empire apparaître et éliminer les Rebelles.
Et parmi eux Luke (Mark Hamill), Han (Harrison Ford), Leia (Carrie Fisher) & Chewbacca (Peter Mayhew). Sans oublier les deux droïdes.

 

Trois ans après le succès planétaire de La Guerre des étoiles, qui n’était pas encore prévu pour devenir une saga impressionnante, Lucas a eu tout de même envie de reprendre cette histoire prometteuse. Mais comme il n’est pas toujours très à l’aise derrière une caméra (1), c’est Irvin Kershner qui va mettre en scène l’intrigue imaginée par Lucas. Kershner n’est pas un débutant, voilà plus de 20 ans qu’il tourne. Mais si ses précédents films n’ont pas tous connu un grand succès (2), il semble que cet épisode l’a beaucoup inspiré : il s’agit sans conteste de son meilleur film, et sans doute aussi le meilleur des 6 premiers opus de Starwars.

Et surtout, on a enfin la confrontation entre Vader (David Prowse & James Earl Jones) et Luke. C’est un duel au sommet où les sabres laser donnent une dimension épique à la rencontre, le bleu de Luke contre le rouge de Vader. Impressionnant.

 

On y retrouve le manichéisme qui du premier film avec en plus un nouvel aspect : l’entraînement pour devenir Jedi. Luke est enfin confronté à la Force, et par la même occasion à sa peur.

Il découvre avec les spectateurs un personnage étrange, haut comme trois pommes (des goldens ?) mais maîtrisant cette Force comme pas deux : Maître Yoda (Frank Oz). Yoda est certainement l’une des meilleures trouvailles de Lucas : derrière un petit vieillard aux grandes oreilles et un tantinet espiègle, se cache le plus grand Jedi qui ait jamais existé. Outre son aspect, son élocution est des plus savoureuses puisque nombres de personnes, à la suite du film l’ont imitée.

 

Mais au-delà de la présence de Yoda, c’est avant tout de Vader qu’il est question. Il faut que le titre soit justifié. Vader est le personnage central, un méchant magnifique, véritable atout pour la grandeur d’un film. De plus, nous apprenons un secret qui fut longtemps gardé et qui remet complètement en cause tout ce qu’on a appris jusque là.

Nous arrivons, avec cet épisode à un point culminant, résultat de la contre-attaque annoncée : les Rebelles sont éparpillés (3) aux quatre coins de la galaxie ; Han est en route pour rencontrer Jabba ; Luke est diminué après la rencontre avec Vader ; et les autres se sentent bien seuls tout d’un coup. Mais cet état de fait dans l’intrigue est indispensable pour amener une résolution heureuse à venir.

 

Et puis il y a les autres : ceux qui n’ont pas recours à la Force : Leia, Han, Chewie et Lando Calrissian (Billy Dee Williams). Ce dernier est très semblable à Han, avec une grande différence : les affaires qu’il traite sont un tantinet plus légales que celle de Han & Chewie. Pour le reste, c’est un allié indispensable dans cet univers dominé par l’Empire.

Pour le reste, si Han et Leia ne sont pas vraiment concernés par l’intrigue principale autour des Jedis, ils n’en demeurent pas moins essentielles à l’action, avec en prime l’histoire d’amour latente du premier épisode qui prend forme : ils assument leurs penchants, pour la plus grande joie des spectateurs.

 

Pour un spectateur averti, tous les éléments du troisième épisode sont en place : on sait ce qu’il leur reste à faire pour terminer l’hégémonie impériale ainsi que la trilogie.

Pourtant un élément du dernier volet de la trilogie nous manque : les Ewoks. Mais étaient-ils vraiment indispensables ?

 

  1. Il confirmera l’année suivante en laissant Spielberg réaliser Les Aventuriers de l’Arche perdue.
  2. A part Les Yeux de Laura Mars deux ans plus tôt.
  3. Certainement pas « par petits bouts » !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Richard Attenborough, #Biopic
Gandhi (Richard Attenborough, 1982)

Un jeune homme s’avance dans la foule. Il guette quelques signes dans la foule : il est suivi par ses complices qui l’approuvent.

Soudain le voilà, pénétrant la foule jusqu’au jeune homme.

Un signe est échangé et l’homme se jette aux pieds du vieillard. Il se relève, le pistolet à la main : le vieil homme n’a rien d’autre que « oh, mon Dieu ».

Mohandas Karamchand Gandhi (Ben Kingsley) a été assassiné.

A son enterrement, tous ceux qui ont compté dans sa vie et pour lesquels il a compté sont là, sauf sa femme qui est morte quatre ans plus tôt.

 

Retour en arrière, en 1893, en Afrique du Sud, dans un train : le jeune Gandhi rentre chez lui. Mais il est (presque) aussitôt jeté hors du train : on ne mélange pas les couleurs de peau, dans ce pays.

Ce traitement peu humain est le point de départ d’une longue lutte qui mènera à l’indépendance de l’Inde, quelques mois avant mort de Gandhi.

 

Richard Attenborough nous propose ce qu’on pourrait appeler le film de sa vie : cette biopic (comme on ne disait pas encore à l’époque) est une fresque extraordinaire de l’histoire du Mahatma. On sent l’implication du réalisateur dans cette production colossale.

Mais surtout, ce film a révélé un immense acteur : Ben Kingsley (1).

Il n’interprète pas Gandhi, il EST Gandhi. Sa ressemblance est bluffante : on oublie très rapidement que ce petit bonhomme est in acteur, tant le jeu de Kingsley est phénoménal.

 

Mais ce n’est pas tout : les différents protagonistes ont été choisi avant tout pour leur physique : Roshan Seth et Alyque Padamsee – respectivement Nehru et Jinnah – sont eux aussi très ressemblants.

D’une manière générale, la reconstitution des lieux et des luttes engagées est absolument magnifique, amenant un réalisme assez impressionnant : on a la véritable impression de vivre le parcours de Gandhi.


En face de lui, on trouve une Angleterre aveugle et sourde aux doléances légitimes des Indiens. Ce sont des militaires qui se succèdent, de l’Afrique du Sud à l’Inde, avec toujours cette rigidité que leur fonction exige, allant jusqu’à fusiller des centaines de personnes pour faire respecter l’ordre.

On sent en eux l’arrogance envers les colons, cette arrogance qui les fait se considérer comme les plus évolués mais qui tuent comme de véritables barbares.

On y retrouve toute cette engeance propre sur elle et méprisante, qui garde sa lèvre supérieure bien rigide. Il ne manquerait plus que John Gielgud, mais – heureusement – il est là, du mauvais côté cette fois-ci, mais pouvait-il en être autrement ?

 

Finalement, ce sont un peu plus de trois heures qui s’écoulent naturellement, le personnage principal étant devenue une icône mondiale, respecté dans le monde entier pour sa lutte non-violente. Mieux, Martin Luther King utilisera les mêmes armes pour l’égalité des droits aux Etats-Unis, avec un destin similaire, vingt ans après le Mahatma.

 

Pour toutes ces raisons, il me semble que ce film restera comme le plus important de son réalisateur.

Mais je peux aussi me tromper.

 

P.S. : on peut reconnaître, au détour d’une ruelle un jeune acteur – 24 ans quand le film sort – qui fera bientôt parler de lui : Daniel Day-Lewis.

A noter aussi que Roshan Seth  (Nehru) et Amrish Puri (Khan) se retrouveront – du mauvais côté à leur tour – dans Indiana Jones et le Temple maudit.

 

(1) Ce n’est que son deuxième film, mais il a beaucoup tourné pour la télévision.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Harley Knoles
Bolshevism on Trial (Karley Knoles, 1919)

Harley Knoles est un sombre réalisateur oublié, célèbre surtout pour avoir le premier adapté au cinéma Les quatre Filles du docteur March.

Il est étonnant qu’il ne soit pas plus connu tant ce Bolchévisme à l’essai (ou en procès, ça dépend de votre point de vue) est intéressant.

Certes, ce n’est pas un film qui a révolutionné le cinéma, mais il a la particularité de traiter l’actualité de 1918-1919, autre que celle de la guerre mondiale qui s’est terminée.

 

En effet, pendant qu’à l’Ouest, on en termine avec cinq années de conflit, à l'Est, les Russes sont en train d’expérimenter une nouvelle politique : le socialisme.

Cette nouvelle idéologie est en train de se répandre dans le monde entier avec plus ou moins de bonheur, et ce fut le cas aux Etats-Unis comme ailleurs. Knoles, avec l’aide de Harry Chandlee, nous propose une adaptation du livre de Thomas Dixon : Comrades.

Thomas Dixon, avant ce film était bien connu du public américain et du cinéma en particulier : c’est de son livre The Clansman que fut tirée la fresque de Griffith Naissance d’une Nation.

Il n’est donc pas étonnant que ce film aborde le socialisme avec un parti pris très réactionnaire.

 

Nous suivons donc le parcours de Norman Bradshaw (Robert Frazer), dont le père (Howard Truesdale) est un riche homme d’affaires), est séduit par cette nouvelle doctrine dont sa fiancée Barbara Alden (Pinna Nesbitt) est un porte-parole.

Grâce à l’argent de Bradshaw senior – en sous-main – un groupe d’Américains va mettre en place un système socialiste sur une île, la bien nommée Ile du Paradis (1).

Mais rapidement, le mécontentement s’installe : la plupart des doux rêveurs qui sont venus sont des oisifs incapables de faire quoi que ce soit de leur main sinon jouer aux cartes ou du piano. Rapidement, les « travailleurs » (cuisiniers, techniciens…) rouspètent et Bradshaw qui avait été élu Camarade Chef est remplacé par un homme ambitieux et sans scrupule : Herman Wolff (Leslie Stowe).

 

Alors oui, il s’agit ni plus ni moins qu’une condamnation du bolchévisme : et le titre original joue avec le mot « trial » qui veut à la fois dire essai et procès. Car si Knoles (et surtout Dixon) fait le procès du bolchévisme, l’intrigue nous propose aussi un essai : si le jeune Bradshaw entre dans cette utopie, c’est avant tout pour voir si c’est possible, et surtout viable.

 

Mais bien sûr, les dés sont pipés et ce film n’est rien qu’un procès à charge du communisme.

Il est bien clair que les spectateurs qui sont allés voir le film devaient être persuadés, à la fin que le communisme était nuisible à la société américaine (capitaliste).

Alors tous les prétextes sont bons :

  • le père et le fils se séparent : le communisme détruit la famille ;
  • sur l’île, les lois américaines sont abolies : le communisme amène l’anarchie ;
  • le mariage est lui aussi aboli et le divorce devient automatique : la débauche va s’installer ;

Bref, le communisme est mauvais pour l’Amérique. Mais tout ça, ce ne sont que les hors-d’œuvre. En effet, le personnage de Wolff est très certainement le plus intéressant car le plus roué. Il s’agit avant tout d’un agitateur qui  ne rêve que d’une chose : diriger les autres, voire le monde !

 

On retrouve dans Wolff (2) l’archétype du dirigeant russe qui est au pouvoir depuis octobre 1917. Une fois élu (pas de coup d’état mais une élection démocratique), Wolff expose son plan avec police rouge et élimination des opposants.

Une dictature, tout simplement, avec en point de mire la domination du monde.

 

Presque cent ans après la sortie du film, j’en arrive à un avis plutôt mitigé du film. Cinématographiquement, c’est correct, même si l’idéologie a tendance à prendre le pas sur le l’intrigue, beaucoup plus que pour Naissance d’une Nation.

Par contre, les arguments avancés relèvent d’un anticommunisme primaire, et pourraient presque prêter à rire.

 

Presque parce que malheureusement (3), les noires mesures de Wolff ont bel et bien eu lieu.

Et il n’y avait pas d’armée américaine pour sauver les opprimés comme c’est le cas dans le film. Il a fallu près de 75 ans pour que le communisme en Russie (et les états satellites) disparaisse et que le monde découvre pleinement le côté obscur du communisme d’état, Et pendant ce temps-là, les différents partis communistes du monde entier faisaient l’apologie d’une idéologie meurtrière, aveugles ou/et aveuglés par la propagande.

 

  1. « Paradise Island »
  2. Wolf(f) signifie loup, comme par hasard...
  3. Pour ceux qui ont vécu directement les affres du régime.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #James Cruze
The roaring Road (James Cruze, 1919)

 

J.D. Ward (Theodore Roberts) est un constructeur automobile spécialisé dans la course. Mais si on l’appelle « l’Ours », ce n’est pas sans raison : il a un caractère épouvantable, et surtout une grande bouche qui sait hurler et ne se ferme que tirer sur un cigare.
De toute façon, ce n’est pas lui le héros de l’histoire, c’est son chef des ventes, Walter Thomas Walden, qu’on surnomme « Toodles » (Wallace Reid). Toodles n’a que deux envies : devenir pilote pour la société Darco ; épouser Dorothy (Ann Little), la fille du patron de l’écurie Darco qui n’est autre que l’Ours susnommé.

 

Theodore Roberts a lâché Cecil B. DeMille quelques temps et s’en est parti tourner avec James Cruze, autre réalisateur de la Paramount.

Il s’agit d’un rôle sur mesure pour Roberts, mais pour une fois, il trouve du répondant en face de lui : Wallace Reid interprète donc Toodles, un jeune homme qui n’a pas sa langue dans sa poche et sait utiliser les mêmes techniques que son patron.

Bien entendu, c’est dans la confrontation entre ces deux cadors que se trouve le véritable intérêt du film, même si le sport automobile reste la toile de fond.

Mais si Roberts a un rôle très similaire à ceux que lui propose DeMille, il ne fait aucun doute que son personnage, cette fois-ci, est comique. Sa première entrevue avec Toodles se termine dans une rage folle de ce dernier, lui éjectant même le cigare de la bouche.

Le plan suivant, quand Roberts discute avec un autre pilote, son aspect physique porte les stigmates de cette entrevue houleuse.

 

Nous assistons donc à une course (les 400 miles du Grand Prix de Los Angeles) mais, dirait-on, pour la forme : nous n’avons droit qu’à 3 plans différents avec des voitures qui déboulent rapidement, le tout entrecoupé de plans du jury sportif qui met à jour le classement au tableau d’affichage. Certes la technique ne permettait pas énormément de fantaisie, mais ce parti pris minimaliste est suffisant (1). Bien sûr Toodles va piloter et gagner, mais là encore, c’est avant tout l’histoire d’amour entre et Dorothy qui mène l’intrigue, l’exploit sportif restant anecdotique pour tout le monde (2).

 

Mais ce film est aussi l’un des derniers où Wallace Reid est encore valide. En effet, cette même année, pendant le tournage de La Vallée des géants, il aura un très grave accident qui le rendra dépendant à la morphine, précipitant sa mort 4 ans plus tard.

Alors évidemment, on savoure ce film avec un plaisir particulier, retrouvant celui qui fut une très grande star, au point d’être cité dans d’autres films contemporains.

L’autre curiosité du film, c’est Ann Little. Cette jeune femme avait déjà plus de 140 films à son actif, et pourtant, ce fut l’un de ses derniers rôles (elle jouera encore dans 12 films). Du jour au lendemain, en 1925, elle s’est retirée, sans autre explication. On n’a plus entendu parler d’elle jusqu’à sa mort en 1984 (3).

Etonnant, non ?

 

  1. Pour une course haletante,  (re)voyez Ben Hur, a Tale of the Christ, sorti 6 ans plus tard.
  2. Sauf pour J. D., bien entendu !
  3. De plus, elle refusa toujours de parler de son passé au cinéma et n’accorda aucune interview.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford
Les Raisins de la colère (The Grapes of wrath - John Ford, 1940)

Oklahoma, 1930s.

Tom Joad (Henry Fonda) rentre chez lui, dans sa ferme natale, après quatre ans de prison. En chemin, il rencontre Casey (John Carradine), l’ancien pasteur qui l’a baptisé. Il ne prêche plus : il ne croit plus en rien.

Mais chez les Joad, il ne reste plus personne. Seulement Muley (John Qualen), un autre fermier qui n’a pas voulu partir.

Quand Tom retrouve sa famille, c’est pour repartir. Loin. Vers l’ouest. En Californie.

 

John Ford nous propose ici un road movie extraordinaire. L’exode d’une famille pendant les années 1930s. Bien sûr, on pense au livre éponyme de la Bible, surtout quand l’un des personnages parle de la Californie, au-delà du fleuve Colorado, frontière naturelle avec l’Arizona : ce fleuve est le Jourdain des Joad. Alors il n’est pas étonnant que le patriarche – Grandpa Joad (Charley Grapewin) – ne voie jamais cette nouvelle Terre Promise : Moïse lui-même ne put poser le pied en Palestine.


Alors comme Josué après Moïse, c’est Tom qui prend en main la destinée des Joad, brinquebalés de camps en camps, subsistant tout juste dans une Amérique profonde et pauvre.

On retrouve dans cette fresque dramatique certains éléments du film de Vidor, sorti quelques années plus tôt – Our daily Bread (1) – quand les Joad arrivent enfin dans un lieu accueillant : c’est une sorte de camp communautaire qui est dirigé par les campeurs et pour les campeurs, pour reprendre la devise célèbre de Lincoln (2), un président très apprécié par John Ford. Il n’est donc pas étonnant que ce camp est dirigé par un fonctionnaire de l’Etat.

 

Il y a dans ce film deux prises de position : celle de John Steinbeck qui a écrit le roman, et celle de John Ford – sur un scénario de Nunnally Johnson – qui se placent du côté de Roosevelt (qui sera élu une troisième fois cette même année) contre les riches compagnies qui dépouillent les petits.
C’est Muley qui nous explique comment ça se passe : John Qualen, laissant de côté son aspect étranger qu’on lui connaît et, magnifiquement éclairé, donne toute l’étendue de son talent en homme désespéré, brisé, fini. Il ne sera plus utilisé ainsi dans les autres films de Ford, même si ses rôles sont importants.

Il faut dire que ce film ne pas prise aux réparties humoristiques qu’on connaît de ses autres films. Il faut dire aussi que le sujet ne s’y prête à aucun moment : il s’agit, à mon avis, du film le plus noir de Ford. La fin elle-même n’est pas très réjouissante : Tom ne peut pas rester auprès de sa famille et se lance dans une cavale sans issue, mais nous y reviendrons.

 

Nous sommes chez Ford, alors la famille est là. Paradoxalement, alors que ce film nous dresse le portrait d’une famille de paysans chassés de leur terre, on n’y trouve pas Francis Ford comme on en a l’habitude (3).

Mais qu’importe, la famille est là. Elle est menée par la mère (Jane Darwell), une femme forte (dans tous les sens du terme) qui dirige son monde. Ce n’est pas un tyran mais tous savent qu’on peut se reposer sur elle, qu’elle sera toujours là. Pas étonnant qu’elle se réveille juste avant le départ de Tom : si le père (Russell Simpson, encore un habitué des films de Ford) sent à peine le baiser d’adieu de son fils, elle, malgré le sommeil, le sent partir et le retient une dernière fois.

Jane Darwell reçut un Oscar, tout comme Ford. Mais rien – encore une fois – pour Henry Fonda (4). Et pourtant, si un rôle doit caractériser le talent de Fonda, c’est bien Tom Joad. Il y a une force en lui, un enjeu qui le dépasse – la lutte de Casey qu’il poursuit sans vraiment la comprendre – qui le transfigurent, voire le rendent quasi divin : comme Casey, mort pour ses idées (5), Tom ira jusqu’au bout de lui-même pour faire triompher l’injustice, dont il est avant l’une des premières victimes.

 

Outre Jane Darwell et Henry Fonda, John Carradine joue lui aussi l’un de ses plus beaux rôles. Il n’est plus ce maton sadique de The Prisoner of Shark Island, mais un prédicateur qui a reçu ce qu’on pourrait appeler l’anti-Révélation : il ne croit plus. Sans cesse, il revient sur son passé religieux, mais à chaque fois c’est pour le laisser à la porte de son esprit : même ses paroles pour l’enterrement de Grandpa Joad restent vides de toute référence religieuse. Il enterre un homme, qui a vécu ce qu’il a vécu, sans aucun jugement moral.

Il n’est plus un soldat de Dieu, il n’est plus qu’un homme qui se bat pour ses nouvelles convictions : l’homme lui-même.
C’est cet esprit que Tom Joad évoque quand il parle à sa mère, une dernière fois. C’est un monologue plein d’espoir qu’il débite, pesant chaque parole comme s’il s’en vêtait pour mieux l’appliquer. C’est un homme pourchassé qui va s’en aller, s’accordant le seul geste affection pour sa mère de tout le film. A l’instar de Casey qui s’était libéré de Dieu pour libérer les hommes, Tom quitte sa famille pour faire sienne l’humanité persécutée.

 

Et si Tom  et sa mère savent que son avenir est bien funeste, il n’empêche que la dernière séquence peut nous laisser espérer un peu d’espoir : Tom part vers la lumière (de l’aube) dans le sens du progrès (de la gauche vers la droite).

Mais pour combien de temps ?

 

 

  1. On y trouvait déjà John Qualen
  2. “A Government of the people, by the people, for the people, shall not perish from the Earth.” (Gettysburg Address, 19-3-1863)
  3. Il semble qu’il fasse une (très courte) apparition, mais je ne me sentais pas de regarder le film en image part image…
  4. Il en aura tout de même un en 1982, pour son dernier film. Il fallut presque attendre sa mort pour que le métier le reconnaisse enfin comme l’un des plus grands…
  5. Il a beau n’être plus pasteur, il n’en demeure pas moins une figure christique.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Comédie dramatique, #Albert Dupontel
Au Revoir là-haut (Albert Dupontel, 2017)

Avant, il y avait Albert Dupontel, le comique avec un one-man-show où on parlait de Rambo, du bac ou du cancer et d’autres choses.

Et puis un jour, il s’est mis au cinéma : acteur d’abord, réalisateur ensuite. Et puis…

Et puis le cinéma s’est emparé de Dupontel.

 

C’est un film merveilleux qu’il nous propose là. C’est une synthèse de cinéma, avec ses clins d’œil, ses références et avant tout ses émotions.

Alors que Neuf Mois ferme, son film précédent était une comédie débridée et soignée – géniale, quoi – ici, c’est aussi une comédie, mais aux allures dramatiques avec en prime une reconstitution de la période 1918-1920 habile et colorée, et pas seulement dans les habillements.

 

Albert Maillard (Albert Dupontel), à Marrakech, dans un poste de police, raconte. Il raconte sa guerre, enfin surtout la fin, les tout derniers jours : un lieutenant Pradelle (Laurent Lafitte) mâtiné d’une ordure (pléonasme ?) ; ses compagnons d’armes qui ne sont pas revenus ; et son ami, son frère, Edouard Péricourt (Nahuel Pérez Biscayart).

Edouard y est resté, mais il est quand même revenu. Avec une nouvelle identité et un trou à la place de la bouche.

 

Dès la première séquence, nous entrons de plain pied dans le cinéma : c’est un travelling avant dans une tranchée. Mais ici, pas de gradés en colère, un chien qui amène un message du QG. Oui, on pense à Kubrick et ses Sentiers de la Gloire. On y pense d’autant plus que l’ordure en chef va ignorer le message et précipiter les trois hommes (Maillard, Péricourt et lui-même) dans une histoire incroyable. Quand on dit qu’on est le seul à forger son destin, on peut parler de ce Pradelle.

En plus d’être un militaire obtus et criminel, une fois rendu à la vie civile, il se montre à nouveau sous un jour déplaisant : un escroc d’une incroyable rouerie.

Mais ce n’est pas lui le héros. Certainement pas.

Ce n’est même pas Maillard. Non, c’est Edouard. Edouard l’artiste, le dessinateur, le peintre, en un mot : le créateur. Le créateur à la gueule cassée.

 

Mais si les vraies « gueules cassées » portaient des masques se rapprochant au plus près des éléments manquants, pour Edouard, c’est différent. Ses masques sont de véritables œuvres d’art, dans le ton des masques vénitiens où le fabuleux se mêle au rêve. Mais Edouard n’est pas seulement un artiste pictural, il est aussi un arnaqueur-vengeur qui prend sa revanche contre ceux qui l’ont rendu ainsi : la France qui lui a volé son visage, et son père (Niels Arestrup, toujours aussi grand) qui lui a volé sa qualité, lui refusant d’exploiter son don artistique.

 

Il y a une analogie assez formidable dans ce personnage d’Edouard : il est le créateur. Il ne faut pas grand-chose pour que le « c » se transforme en « C » et le créateur se mue en être divin. Car Edouard ne peut pas vivre seul : ils sont trois pour le réaliser.

         Edouard, ou plutôt Jules d’Epremont, son nom d’artiste, est la tête pensante du trio. C’est lui qui conçoit et dessine.

         Albert est la cheville ouvrière. C’est lui qui se déplace. Il est les jambes d’Epremont.

         Louise (Héloïse Balster) enfin, c’est la voix d’Epremont, celle qui le comprend et traduit qu’il veut, ce qu’il souhaite.

Cette trinité est indissociable pour être efficace. Et si l’un des membres disparaît, alors…

 

C’est donc une magnifique arnaque – qui n’est pas sans rappeler celles qui eurent réellement lieu au sortir de chaque guerre (1). Mais devant le génie d’Edouard, la malice de Louise et les efforts de Maillard, on ne peut que se ranger derrière eux.

 

Si le début nous ramène à Un long Dimanche de fiançailles – où on trouvait déjà Dupontel ainsi que Michel Vuillermoz (qui joue ici un fonctionnaire tatillon et étriqué, réjouissant dans sa rectitude) (2) – c’est tout de même au cinéma muet qu’on pense en voyant Edouard, masqué, s’exprimant avec son corps, Louise n’étant, d’une certaine façon, que la voix des intertitres.

Et puis il y a la référence, cachée pour certains, mais qui saute aux yeux (n’est-ce pas cher professeur Allen John ?) : Maillard a quelque chose de Buster Keaton. Et ce n’est pas son absence de sourire (3)…

 

En presque deux heures, Albert Dupontel nous montre qu’il sait aussi manier la sensibilité et l’émotion. Et il le fait avec juste ce qu’il faut d’humour pour vérifier en vérifier la définition : la politesse du désespoir. Parce qu’Edouard est avant tout désespéré : rejeté par un père qui n’est pas tellement plus qu’un « gros con » jusqu’à ce qu’il s’aperçoive que son fils, qu’il croit disparu, était un véritable génie. Désespéré aussi parce que vivre avec une telle gueule, même sous un masque, est une expérience qui peut aussi donner l’envie de mourir.

 

Et tout ça, ces petites touches de vie et de mort toujours présentes tout le long du film, nous donnent une œuvre empreinte de délicatesse et de subtilité.

Un grand film.

 

 

  1. Celle dirigée par Pradelle est, quant à elle, authentique.
  2. Il faut dire qu’il s’attaque à l’immonde Pradelle, alors on lui pardonne tout de suite…
  3. Et si je vous dis Pierre Souvestre + Marcel Allain + Louis Feuillade ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Sidney A. Franklin, #Mary Pickford
Dans les Bas-fonds (The Hoodlum - Sidney A. Franklin, 1919)

Amy Burke (Mary Pickford) est une jeune adolescente turbulente et capricieuse, c’est la digne petite-fille d’Alexander Guthrie (Ralph Lewis), un homme d’affaire très influent.

Alors que ce dernier offre à Amy un voyage en Europe, cette dernière refuse, préférant aller avec son père (Dwight Crittenden) dans un quartier mal famé, pour les besoins d’un livre qu’il veut écrire.

Une fois la désillusion dépassée, et sur recommandation de son père, Amy devient l’une d’entre eux, ces enfants un tantinet voyous, mais qui ont tout de même bon fond.

 

Il s’agit de la première réalisation de Sidney Franklin pour Mary Pickford, sur un scénario de Bernard McConville et mis en image par Charles Rosher. C’est la même équipe qui proposera deux mois plus tard La Fille des monts avec la même Mary Pickford.

Bien entendu, puisque Pickford produit le film, le rôle qui lui est proposé est du sur mesure. Amy est un personnage de fillette forte espiègle mais au grand cœur.

 

Bien entendu, le changement d’univers est rude pour cette jeune fille plutôt couvée et cédée, mais son changement, s’il lui amène de mauvaises manières, lui permet aussi de se rendre compte qu’il n’y a pas que le manoir doré dans lequel elle a grandi. Et en fin de compte, on assiste à une transfiguration – comme dans un conte de fées – mais où cette fois-ci, c’est la princesse qui épouse le roturier.

Le roturier, c’est William Turner (Kenneth Harlan), un homme qui fut accusé à tort par Guthrie pour éviter d’être sali. C’est aussi un homme bien et très séduisant, qui bien sûr ne laisse pas Amy indifférente.

 

Sous les apparences d’une comédie, Franklin brosse un tableau assez terrible des bas-fonds dont il est question dans le titre français. En effet, si Amy s’amuse beaucoup avec les enfants de son âge (ou presque), elle va prendre conscience de la misère dans laquelle ils vivent. C’est par hasard qu’elle voit une petite fille qui sort de chez elle et qui pleure. Quand Amy la raccompagne chez elle, elle n’en croit pas ses yeux : ces gens vivent dans des taudis infects, la vermine grouillant même sur les draps de lit. C’est  ce moment que le film bascule : après avoir joué les petites filles gâtées, elle se transforme en jeune femme concernée par ce qu’elle voit. C’est elle qui va s’adresser à un vieil homme riche (1) pour qu’il aide ces gens. Après un réflexe d’homme riche qui considère qu’il y a des œuvres caritatives pour s’occuper des pauvres (2) et touché par le changement de sa petite-fille, il va se décider à les aider.

 

On trouve donc chez Amy un double rôle qui nous renvoie à la structure d’un conte Tout d’abord celui d’héroïne autour de qui tourne l’histoire et qui va se métamorphoser ; ainsi que celui d’adjuvant qui va aider les autres dans leur vie : soigner les indigents, réhabiliter Graham, et bien sûr faire évoluer l’état d’esprit de son grand-père.

Bref c’est un rôle très complet que Mary Pickford joue avec cette même énergie qu’on lui connaît. Encore une fois, les prises de vue de Charles Rosher sont magnifiques, et les techniques utilisées sont encore une fois très pertinentes : des fondus enchaînés pour exprimer ce que ressent Amy ; une belle surimpression du rêve de son professeur ; une caméra mobile qui suit la montée dans les escaliers de secours ; sans oublier les derniers plans quand Amy et William sont en voiture.

 

Bref, c’est du très bel ouvrage (encore une fois) et  Mary Pickford, magnifique en petite frappe des bas quartiers, a des allures de Chaplin en vagabond.

Il y a les prémices d’un des plus beaux films qu’elle tournera : Les Moineaux, où, encore une fois, ce sera Charles Rosher derrière la caméra. On sent vraiment l’admiration du caméraman pour la star dans les prises de vue en plans rapprochés.

Un film vraiment superbe.

 

 

  1. Il s’agit du grand-père Guthrie qui observe incognito l’évolution de sa petite-fille.
  2. Comme quoi les réflexes des riches n’ont pas beaucoup évolué en 100 ans…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #Cecil B. DeMille
The Virginian (Cecil B. DeMille, 1914)

Le Virginien, c’est Dustin Farnum. Un cowboy, un vrai : il mène les troupeaux d’un endroit à l’autre et profite de la vie entre deux expéditions.

C’est le cas avec son ami de toujours, Steve (Jack W. Johnston) : ensemble, ils ont vécu de grandes aventures, se comportant plus en frères l’un pour l’autre qu’en amis. Ils ont aussi de joyeux plaisantins et profitent de la fête d’accueil de la nouvelle institutrice – Molly Wood (Winifred Kingston) – pour jouer un tour (au goût douteux) aux convives (1).

Mais Steve, s’il est un bon compagnon, est tout de même faible et naïf : il se retrouve embarqué dans une entreprise de vol de bétail, dirigé par l’infâme Trampas (William Elmer).

 

La même année que The squaw Man (sorti en février), Cecil B. DeMille présente un nouveau western. Cette fois-ci, il ne s’occupe que du côté des Blancs avec une utilisation un tantinet condescendante des Indiens.

Le Virginien n’a pas de nom, juste un surnom expliquant sa provenance (2). C’est un bon vivant, qui boit volontiers de l’alcool local, mais reste cependant un homme d’honneur.

Et c’est justement son sens de l’honneur qui lui pose un problème : les villageois, organisés en expédition punitive, n’ont qu’une seule loi pour les voleurs de bétail, sommaire et efficace : la pendaison.

 

Le Virginien se retrouve donc devant un choix ô combien cornélien : respecter sa parole donnée ou sauver la vie de son ami. Son choix sera rapide, mais tout de même assumé par son presque frère.

On a alors droit à une exécution dont l’issue nous sera présentée par les ombres de deux pendus sur le sol ensoleillé (3).

 

Si le Virginien est un homme droit, il a en face de lui deux rudes adversaires : l’un pour de vrai – Trampas – et l’autre plus subtile – Molly Wood.

      Trampas est un méchant fort bien réussi et dans la lignée des magnifiques méchants de western, de The big Trail à Il était une fois dans l’Ouest : il porte moustaches et habillement très soigné. Il est de plus fourbe et lâche : un magnifique villain !

Sa rencontre finale avec le Virginien amènera nombres de duels au soleil et au crépuscule, bien que la tombée de la nuit soit peu pertinente du point de vue des images. En effet, le soleil couchant n’amène aucune différence de lumière, tout comme la poursuite nocturne qui amènera l’arrestation de Steve et d’un de ses complices (4).

      Molly, par contre n’est pas une adversaire bien farouche ni méchante. Le Virginien en tombe de suite amoureux et lui prédit son amour pour lui en retour. C’est bien entendu ce qui va se passer, mais n’empêchera pas un nouveau cas de conscience lors de son mariage avec notre héros qui, le jour des noces doit affronter une dernière fois Trampas (5). Sa bonne éducation de femme de l’Est lui fait désavouer son fiancé, mais danger que représente le méchant et la mort de Steve à cause de ce dernier l’emportent : l’affrontement aura lieu, elle l’assumera tout de même.

 

Petite note un tantinet désagréable toutefois : la présence – furtive – des Indiens. Ils sont excités par l’infâme Trampas qui décrit Le Virginien comme un homme plein aux as. Il n’en faudra pas plus pour ces Indiens, présentés comme un peu idiots, naïfs et intéressés.

Il en faudra beaucoup de temps pour que les Amérindiens soient vu autrement au cinéma, et pas seulement occasionnellement.

 

 

  1. Etienne Chatiliez en fera un film en 1989, mais sans aucune idée de plaisanterie.
  2. Dustin Farnum, si son personnage n’est mais nommé est le seul dont le nom apparaît sur les intertitres.
  3. William Wellman reprendra cette figure de style dans son célèbre Oxbow Incident.
  4. On note toutefois un changement d’éclairage lors de cette fameuse arrestation qui a lieu en forêt et dont seul le feu de camp est la source d’éclairage. On peut y voir une utilisation des ombres comme élément de l’intrigue, comme ce sera le cas dans d’autres films, notamment Forfaiture l’année suivante.
  5. Un duel, un jour de mariage : pourtant ce n’est pas (déjà !) Gary Cooper qui joue ici.

 

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