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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Isao Takahata
Le Tombeau des lucioles (Hotaru no haka - Isao Takahata

Japon, 1945.

Seita (voix de Tsutomu Tatsumi) est mort la nuit du 21 septembre, un mois et demi après la reddition sans condition de son pays.

Car la guerre est le véritable théâtre de l’histoire que nous propose Iseo Takahata.

C’est l’errance de deux enfants – Seita et sa petite sœur Setsuko (voix d’Ayano Shiraishi, 5 ans au moment du film) pendant les derniers mois de la guerre. Régulièrement, les attaques de bombardiers rythment la vie des gens et de ces enfants en particulier.

Le premier bombardement auquel on assiste est celui qui brûle leur maison, et leur enlève leur mère, victime de graves brûlures.

Ils sont seuls, à part une famille éloignée qui va les prendre en charge un temps.

 

J’ai toujours eu beaucoup de mal avec les films d’animation japonais, essentiellement à cause du format d’images par seconde utilisé. En effet, le nombre peu important d'images ne rend pas la fluidité naturelle des corps et objets en mouvement.

Mais une fois cet inconvénient écarté*, j’ai assisté à une très belle histoire, malheureuse où tout le monde meurt à la fin. Ou au début, ça dépend de la narration.

En effet Seita, le narrateur, est mort et s’en va avec sa sœur vers un monde meilleur (semble-t-il), et il se souvient des événements pendant qu’un train les emmène.

 

On va alors revivre leur aventure tragique, qui les amènera dans des situations toujours plus basses, jusqu’à une fin irrémédiable et annoncée.

Quant aux lucioles du titre, elles sont un élément important de l’intrigue ainsi qu’un élément symbolique dans cette triste histoire. Elles sont le pendant des bombes qui tombent sur la population. Ces bombes aux extrémités enflammées tombent du ciel alors qu’à chaque fois que les lucioles s’envolent, c’est vers ce même ciel, faisant le chemin inverse des engins de mort.

 

D’une certaine façon, les lucioles sont le symbole de la vie, mais d’une vie qui vient de se terminer. Les bombes en tombant tuent inlassablement, libérant les âmes des morts qui s’élèvent alors. Ce que j’écris peut sembler « bateau » mais l’analogie me paraît évidente.

Quant au tombeau de ces mêmes lucioles, il s’agit d’un trou que la petite Setsuko creuse après une nuit illuminée par ces insectes sous leur moustiquaire et qui sont morts le lendemain.

 

Avec les lucioles, c’est donc la guerre qui est présente et qui détermine les conduites et rôles de chacun. Le père des enfants est absent, quelque part sur un croiseur, au large, il est militaire. D’une certaine façon, la famille n’est pas le salut pour ces enfants, alors qu’un paysan conseille à Seita de retourner chez cette pseudo-tante qui ne sait que leur rappeler leur inutilité buccale, sous le prétexte de servir le pays.

Mais ce nationalisme est aussi partagé par Seita qui voit en l’Empereur le guide vers la victoire et des lendemains qui chantent.

Nous savons tous ce qu’il en fut, et la prise de conscience de la situation réelle – la reddition – est une terrible nouvelle pour Seita, le précipitant vers son destin funeste, alors que la situation avait l’air de s’améliorer.


Une fois la vitesse des images mise de côté*, on peut tout de même admirer de très beaux plans (immobiles, certes) qui tendent imperceptiblement vers le réalisme. C’est à chaque panorama qui défile une espèce d’état des lieux du pays qui nous est proposé.

Quant au dernier plan qui rassemble les deux enfants, il est bouleversant.

 

Iseo Takahata nous propose un très beau film tout en subtilité, et nous dohnne à nous Européens un point de vue qui nous est parfaitement étranger : celui des victimes japonaises de la guerre, de ces civils qui seront toujours les perdants dans un conflit, quel qu’en soit l’issue.

 

 

* De toute façon, je ne peux pas faire autrement…

 

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Leo McCarey, #Charles Laughton
L'extravagant Mr. Ruggles (Ruggles of Red Gap - Leo McCarey, 1935)

Paris, 1908.

Lord Bassingwell, comte de Burnstead (Roland Young) a joué au poker contre les Floud, un couple d’Américains, et il a malheureusement perdu son enjeu : Ruggles (Charles Laughton), son serviteur.

Voilà donc Marmaduke « Colonel » Ruggles en route pour les Etats-Unis et plus précisément Red Gap (Washington), une petite bourgade de l’Ouest où la civilisation telle qu’il la connaît n’est pas complètement arrivée…

 

Leo McCarey, grand spécialistes de la comédie, nous propose ici une magnifique histoire de choc culturel. D’un côté nous trouvons l’impeccable Ruggles, qui vient d’une famille d’hommes de maison, et de l’autre les Floud, de braves Américains campagnards, un tantinet rugueux, mais finalement pas bien méchants. Si Effie (Mary Boland) espère s’élever socialement et amener son mari à en faire autant, il n’en va pas de même pour ce dernier – Egbert (Charles Ruggles), qui n’a pas l’intention de changer ses vieilles habitudes d’homme de l’Ouest où la seule tenue qu’il supporte est celle d’un verre dans sa main, et certainement pas un habit de pingouin.

 

C’est de ce malentendu que se nourrit le film. En effet, dès l’arrivée de Ruggles dans cette nouvelle maison, alors que madame espère un peu plus de classe des habitants, monsieur, lui, considère Ruggles comme son égal, les Etats-Unis étant avant tout un pays où on ne fait pas de différence*. Mais cela n’empêche pas les Floud d’avoir déjà du personnel : une femme afro-américaine et un homme d’origine asiatique. Certes ces deux derniers sont là pour servir, mais leur présence est plutôt une façon de dire que les Etats-Unis demeurent le Creuset (melting-pot) où se croisent toute sorte d’individus venant de lieux très différents.

 

Parce que ce film est avant tout une ode à l’Amérique. En effet, de nombreuses scènes font référence à l’histoire de ce pays : Ruggles lit des ouvrages sur les présidents américains et finalement voit d’un bon œil le fait que les différences s’effacent. Et il va même plus loin puisqu’il décide de voler de ses propres ailes, lui qui n’a jamais connu que les relations maître-valet, comme son père avant lui, ainsi que son grand-père (etc.).

Nous assistons alors à une métamorphose réjouissante où  Ruggles va de plus en plus s’affirmer et surtout trouver sa place dan ce « pays plein d’opportunités ».

Mais quand Lord Bassingwell débarque à Red Gap pour récupérer Ruggles, cette autonomie naissante est menacée. Mais, rassurez-vous, il n’en sera rien.

 

Il y a chez McCarey un véritable talent pour la comédie. Il joue sur l’opposition entre ces deux mondes pour nous amuser, mais dans le même temps, il parsème le film de moments plus solennels, voire émouvants. La séquence dans le Silver Dollar (saloon, bien sûr) est un très grand moment du film quand Ruggles récite le discours de Gettysburg prononcé par Lincoln le 19 novembre 1863. Seul cet Anglais le connaît par cœur. On voit alors tous les habitues, des ruraux comme Egbert, se rassembler pour écouter Ruggles.

 

Mais si le film fonctionne, c’est avant tout grâce à la présence de Charles Laughton. Il est un Anglais plus British que nature, et ne sera égalé que par deux autres grands acteurs : l’immense John Gielgud et l’incomparable Patrick McNee. Laughton est « énorme » (physiquement aussi, mais ça ne compte pas ici) en serviteur flegmatique : non seulement il est économe dans ses gestes et paroles, mais en plus, il fait ça avec talent.

Mais si Laughton est magnifique, c’est aussi dû à la présence de seconds rôles de qualité, Charles Ruggles et Maude Eburne (« Ma » Pettingill) ainsi que Mary Boland et ZaSu Pitts, éléments aussi indispensables au film.

 

Et l’hommage final qui est rendu à Ruggles – ultime moment d’émotion – peut très facilement s’appliquer à Laughton tant son Marmaduke est attachant.

 

 

 

* Entre les Blancs, nous sommes en 1935.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Suspense, #Drame, #Henri-Georges Clouzot
Les Diaboliques (Henri-Georges Clouzot, 1955)

Une institution scolaire privée à Saint-Cloud.

Dans cette institution, un directeur tyrannique.

Mais surtout, dans cette institution, deux femmes qui en ont assez de ce tyran et décident de s’en débarrasser.

 

C’est une histoire peu banale que nous propose le maître Henri-Georges Clouzot, que cet assassinat, programmé donc, par ces deux femmes qui furent un temps rivales.

Mais si l’histoire est extraordinaire – diabolique est bien le mot juste – les personnages eux le sont beaucoup moins.

ON retrouve – comme (presque) toujours chez Clouzot – des gens ordinaires, avec leur petite vie ordinaire voire étriquée. Des gens juste assez mesquins pour être crédibles, et dans l’ensemble peu glorieux.

Les seuls qui échappent à cette bassesse humaine sont les enfants. Ils ne sont pas encore contaminés par leurs ainés. Mais il n’y a aucun doute qu’un jour ils le seront. Il suffit de relever la réflexion de l’un d’eux qui n’a pas descendu ses affaires pour partir : « Mon chauffeur ira l’prendre, il est payé pour ça ! »

 

Et pour illustrer cet humanité vile et veule, on retrouve quelques habitués des films de Clouzot : Pierre Larquey (M. Drain), en professeur de latin (entre autres), à la diction légèrement éraillée, bien heureux de la disparition du directeur, tout comme son collègue M. Raymond (Michel Serrault, un jeune débutant qui ira loin), et qui profitent de l’occasion pour savourer leur vin ; Noël Roquevert, toujours fidèle aux rôles un tantinet commandeur dans le genre vieille ganache, irascible et vindicatif quand il, s’agit d’écouter Zappy Max à la radio, mais tout sucre tout miel quand il faut aider sa propriétaire – Melle Horner (Simone Signoret) – en lui faisant bonne figure ; bref, répugnant à souhait.

 

Et puis il y a les autres.

Michel Delassalle (Paul Meurisse, magnifique, comme toujours), le directeur, un magnifique salaud qui n’hésite pas à humilier sa femme devant ses collègues voire les enfants. Abject. Ce n’est d’ailleurs pas un grand mal pour le spectateur de le voir se faire tuer par ces deux femmes.
Melle Horner, la « favorite » comme l’appelle Drain, le cerveau de l’affaire. C’est une femme de tête, forte, et déterminée. Elle a du courage pour deux, et même plus. Elle en impose à tous – sauf au directeur, bien sûr, mais ce n’est pas grave, il sera tué (1) - mais ressent malgré tout les affres de la culpabilité.
 

Et aussi Christina (Véra Clouzot), une femme malade du cœur (2) mais qui tient malgré tout magnifiquement son rôle dans cette opération criminelle sordide. Elle est elle aussi magnifique dans cette interprétation. Quand on sait ce que demandait Clouzot à ses interprètes pour obtenir l’effet recherché, on sent bien que le tournage fut difficile pour Véra qui, même si elle était son épouse, n’eut pas droit à un traitement de faveur.

 

Enfin, il y a Charles Vanel (le commissaire Fichet). C’est un vieux de la vieille – il est retraité de la police – et a une façon très particulière de s’occuper de son affaire. Il est toujours là quand il ne faudrait pas – à la morgue, dans la chambre de Christina – essayant à chaque fois de rallumer un vieux mégot de cigare. On dit que l’inspecteur Colombo l’aurait eu pour modèle d’une certaine façon. Et je veux bien croire cette histoire tant ce policier, au premier abord bien inoffensif, ne l’est pas vraiment. C’est aussi pour Vanel une occasion d’interpréter un personnage plus sympathique que Jo, le truand qui se « déballonne », dans le film précédent de Clouzot. Et il faut croire que l’expérience lui fut appréciable puisqu’il sera de nouveau avec le Maître dans La Vérité (3).

 

Un film magnifique où cette histoire somme toute incroyable est validée par l’humanité de ces protagonistes, des gens ordinaires qui se retrouvent dans une situation qui ne l’est plus.

 

Alors, en quoi ces gens sont-ils diaboliques ? Ca, il vous faudra le découvrir vous-mêmes (4)…

 

 

(1) Oh pardon, il ne fallait peut-être pas le dire…

(2) Elle mourra en 1960, d’une crise cardiaque…

(3) On y retrouvera aussi Paul Meurisse, qui rivalisera d’effets de manche avec lui

(4) Comme le demande le carton final, je ne serai pas diabolique et ne vous révèlerai rien.

Les Diaboliques (Henri-Georges Clouzot, 1955)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Paul Feig
Ghostbusters (Paul Feig, 2016)

Erin Gilbert (Kristen Wiig) vient de réaliser un de ses rêves : elle enseigne à la prestigieuse université de Columbia. Sauf que dans sa jeunesse, elle a écrit un livre avec son amie Abby Yates (Melissa McCarthy) sur les phénomènes paranormaux. Et comme New York est en proie aux esprits, elle reprend du service et part chasser le fantôme avec Abby et une troisième fille, Jillian Holtzmann (Kate McKinnon), véritable conceptrice d’armes anti-esprits efficaces.

Mais à Columbia, lieu hautement rationnel, cette activité n’est pas bien vue : Erin se retrouve donc sur le carreau.

Heureusement qu’il reste tous les autres fantômes à chasser…

 

Il s’agit, bien entendu d’un remake du film de 1984, avec Dan Aykroyd, Bill Murray et le regretté Harold Ramis. Si Paul Feig a succédé à Ivan Reitman à la réalisation, ce dernier reste toujours présent en tant que producteur. Il n’est d’ailleurs pas le seul à se retrouver dans le film (1) : Bill Murray et Dan Aykroyd apparaissent bien sûr, ainsi que Annie Pots (réceptionniste) et bien sûr Ernie Hudson (le dernier chasseur).

Sans oublier la « guest star » de dernière minute, que vous ne verrez que si vous restez après le mot fin.

 

On retrouve une histoire assez proche du premier film avec des clins d’œil constants à ce premier opus, que ce soient les personnages rencontrés ou les lieux utilisés. Bref, on n’a pas le temps de s’ennuyer, les péripéties spectaculaires s’enchaînant à un rythme soutenu sans pour autant nous faire tourner la tête.

Avec en prime, pour la version domestique (Blu-ray), des éléments qui sortent du format du film et se répandent sur les deux bandes noires horizontales encadrant l’image. Une espèce de 3D plane.

Par contre si Walter Peck était le responsable du cataclysme final, plus par bêtise qu’autre chose, ici c’est Rowan North (Neil Casey), un modeste garçon d’hôtel qui a le rôle de déclencheur. Mais cette fois-ci, c’est volontairement qu’il agit, tout à fait conscient des retombées de ses actes.

 

Mais la bonne surprise de ce film, c’est la transposition des genres.

En effet, les chasseurs sont devenus des chasseuses et Janine Melnitz, la réceptionniste, est maintenant une réceptionniste Kevin Beckman (Chris « Thor » Hemsworth), aussi abruti qu’inefficace : une réussite ! De plus, les trois chasseuses sont rejointes par une quatrième, Patty Tolan (Leslie Jones), qui s’impose au trio et pas seulement physiquement.

Et puisqu’on parlait de personnages ridicules : une petite mention pour Andy Garcia qui interprète le maire de NY, en décalage avec ses rôles habituels, et qui n’est guère plus brillant que le beau Kevin.

 

On s’amuse donc beaucoup pendant ce film, mais il faut dire que sur les quatre filles, dignes héritières du quarteron original, mais il faut dire que trois d’entre elles (2) participent au Saturday Night Live, tout comme autrefois Dan Aykroyd (3) ainsi que Bill Murray : alors évidemment, ça crée des liens…

 

 

(1) Cherchez-les ils sont faciles à trouver.

 

(2) Seule Melissa McCarthy n’y est pas

 

(3) et son complice John Belushi, bien entendu…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Elmer Clifton, #Clara Bow
Le Harpon (Down to the Sea with ships - Elmer Clifton, 1923)

Nouvelle Angleterre, XIXème siècle.

Charles Morgan (William Walcott) est un riche armateur de baleinier. Il a une fille, Patience (Marguerite Courtot) et une petite fille « Dot » (Clara Bow), la fille de son fils disparu en mer.

Détail important : Morgan et sa famille vivent dans une communauté de Quakers aux règles évidemment strictes.

Patience elle, est amoureuse de Thomas Dexter (Raymond McKee) son voisin avec qui elle a grandi. Mais ce dernier n’est ni un Quaker, ni un baleinier : le vieux Morgan ne veut donc pas de lui pour sa fille.

Mais Thomas a de la ressource.

 

Dès l’ouverture du film, on est prévenu : c’est avant tout un produit cinématographique dû aux différents cameramen. En effet, les prises de vue furent réalisées en pleine mer, pendant le travail de véritables baleiniers.

On trouve donc des plans au plus près de l’action, soit directement sur le bateau soit à côté, ce qui explique certains mouvements des caméras.

Et cette pêche à la baleine est bien entendu le clou du film.

 

Bien entendu, un tel film serait impossible de nos jours, les baleines bénéficiant d’une certaine protection (que des pêcheurs peu scrupuleux choisissent d’ignorer). En effet, les baleines (ici, c’est plutôt un cachalot) sont chassées pour leur huile, véritable mine d’or pour les pêcheurs* (et donc leur patron le vieux Morgan).

Alors on ne s’embarrasse pas de détails pour cette pêche, le résultat étant la seule chose intéressante pour ces marins. On les voit donc harponner indifféremment toute sorte de gros poissons pendant leur périple en mer : cela passe bien entendu par les dauphins qui font améliorent grandement leur ordinaire culinaire…

 

Mais comme le dit mon grand ami le professeur Allen John, on ne peut pas faire un film seulement sur la pêche, les spectateurs ne venant pas seulement pour voir des hommes travailler. Ils ont besoin d’un autre élément d’intrigue avec lequel ils peuvent, d’une certaine façon, s’identifier : on a alors une double intrigue sur terre et sur mer avec conspiration et traîtrise à la clé.

Le méchant ici est Jake Finner, un bon à rien sans foi ni loi, aidé d’un personnage fourbe : Samuel Siggs, un métis d’origine chinoise, et de confession bouddhiste.

Ces deux infâmes personnages vont intriguer chacun sur son élément : Finner en mer et Siggs sur terre. Leur noir dessein étant de s’approprier l’affaire de Morgan pour l’un (Finner) et sa fille pour l’autre.

Mais heureusement Thomas veille et nous assurera une fin heureuse.

 

Elmer Clifton nous propose ici une belle production autour de la pêche en mer. On y retrouve la patte griffithienne dans le traitement de l’histoire ainsi que dans le sauvetage de dernière minute (à la fois physique et moral). Il faut dire que Clifton a fait ses classes chez le grand maître, alors ça aide.

Sa façon de traiter la pêche à la baleine est empreinte du même souci de vraisemblance : Raymond McKee étant réellement sur un bateau pendant le tournage qui se fit en mer, au large de la Nouvelle Angleterre.

Et cette pêche particulière est magnifiquement montrée, toujours au plus près, avec les bons et les mauvais côtés de cette activité : la joie des marins d’avoir trouvé un cachalot contrebalancée par les difficultés à le ramener à bord, avec les dangers inhérents au milieu aquatique: on suit alors un esquif (pas du tout frêle) qui est tiré par le géant des mers, pour lequel les marins devront tout de même payer un tribu, accompagnés qu’ils ont dans leur quête par les requins (qui ont déjà le mauvais rôle !).

 

Et puis il y a Clara Bow. Voilà. C’est tout.

Elle n’est alors qu’une débutante (elle a tout juste 17 ans pendant le tournage) et se comporte comme telle : pas de tenue ni d’attitude provocantes, elle a plutôt un rôle utilitaire contribuant à détendre l’atmosphère.
Mais elle est déjà très belle…

 

* cf. Moby Dick (Herman Melville, 1851)

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Ivan Reitman, #Harold Ramis
SOS Fantômes (Ghostbusters - Ivan Reitman, 1984)

Il se passe quelque chose à la Bibliothèque de New York : les livres et les fiches sont devenus autonomes, sous les yeux ébahis de la bibliothécaire (Alice Drummond).

Mais heureusement, les Ghostbusters sont là.

Ce sont des hommes intrépides qui non seulement vous débarrassent de vos fantômes, mais en plus ils les gardent en captivité.

Jusqu’à ce qu’un technocrate vienne les libérer, ouvrant ainsi la Porte…
Les fantômes sont lâchés et en plus, leur grand maître – Gozer – a décidé d’en finir avec les hommes…

 

Le film originel.

Le duo Dan Aykroyd – Harold Ramis nous propose ici un mélange de comédie et de film d’horreur où le sang est remplacé par du slime, cette espèce de produit incolore, visqueux et collant, qui apparut quelque temps au début des années 1980s. Ces chasseurs sont avant tout des scientifiques : les Dr. Venkman (Bill Murray) et Stanz (Dan Aykroyd) sont tous les deux de véritables professeurs d’université (virés certes, car leur département était inutile) ; quant à Spengler (Harold Ramis), c’est un inventeur de génie, un véritable cerveau. S’est joint à eux  Winston Zeddemore (Ernie Hudson), à la recherche d’un emploi.

J’oubliais Jeanine (Annie Potts), leur secrétaire, un tantinet sarcastique et éprise de l’un d’eux (je vous laisse deviner lequel…).

 

Bien sûr, ces personnages sont fantasques et fort improbables, mais c’est pour ça qu’ils sont les plus forts. Mais leur force vient aussi de leur entourage : entre le malveillant Walter Peck (William Atherton, déjà dans un rôle de personnage antipathique), la belle Dana Barrett (Sigourney Weaver) et l’insignifiant Louis Tully (Rick Moranis) tout est là pour nous proposer un bon divertissement. Mais surtout, il y a les fantômes, véritable raison d’être du film. Evidemment, ils ne font pas peur mais sont plutôt prétextes à gags : surtout Slimer, une espèce de blob glouton, le premier fantôme capturé par l’équipe de choc.

 

Mais nous sommes en 1984, alors évidemment, pour nous spectateurs près de 35 ans après, les ficelles semblent un peu grosses (pas de numérique bien sûr, seulement de l’incrustation) mais on  ne peut pas dénier une certaine beauté aux effets spéciaux. Les apparitions sont réjouissantes et leurs actions sur les lieux ou les gens sont efficaces.

 

Le trio Aykroyd-Murray-Ramis fonctionne bien et il est dommage que le personnage interprété par Ernie Hudson soit peu utilisé (ce ne sera pas le cas pour son alter ego de 2016).
Par contre, Sigourney Weaver et Rick Moranis sont irrésistibles. Elle en femme faussement fatale et peu vêtue est un régal, tandis que lui est magnifiquement insignifiant, piégé régulièrement sur le palier par une porte qui ne s’ouvre que de l’intérieur…

Quant au châtiment suprême et surtout son exécutant (la mascotte Stay Puft), on nage dans un grand n’importe quoi très jouissif.

 

Bref, on prend du bon temps avec ces antihéros magnifiques, avec en prime quelques célébrités (américaines donc, elles ne nous parlent pas toujours, mais on peut reconnaître tout de même Larry King) qui se sont prêtées à cette comédie à cette comédie dont l’élément le plus célèbre reste tout de même la chanson-titre interprétée par Ray Parker Jr.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Robert Duvall
Wild Horses (Robert Duvall, 2015)

Scott Briggs (Robert Duvall) est un Américain. C’est un Texan fier et farouche, propriétaire jaloux de son ranch.

Scott Briggs a trois fils qu’il a élevés dans la religion, sa bible étant rangée dans le même tiroir que son pistolet.

Mais Ben (James Franco), son fils cadet, est homosexuel.

Et ça, Scott Briggs ne l’accepte pas.

Alors il chasse son fils, et l’ami qui était avec lui.

 

C’est un beau film que nous propose ici Robert Duvall. Il est en outre le personnage central d’une intrigue à multiples tiroirs dont la résolution ne pourra pas se faire sans connaître ce qu’il s’est passé quinze ans plus tôt, quand il a chassé son fils (voir ci-dessus).

La quête principale du film, c’est une « affaire froide » (« cold case », comme on dit là-bas) : Jim Davis (Darien Willardson) a disparu, à la même période que Scott chassait son fils de chez lui. Et Samantha Payne (Luciana Pedraza alias Mme Duvall)  une Texas Rangers, a rouvert le dossier et cherche ce qui a bien pu arriver à ce jeune homme.

Dans le même temps, on assiste à une réunion de famille, un de ces conseils qui marquent les participants et donne un sens très différent à leurs vies.

 

Bien sûr, la démarche de Scott envers ses fils est intéressée. Il ne les fait pas venir seulement pour une annonce importante. C’est pour son fils cadet qu’il le fait, pour le revoir.

Mais il s’agit avant tout d’une démarche égoïste : il veut mettre en ordre ses affaires avant le grand départ, qui semble imminent d’après ce qu’il laisse entendre.

Mais si les contingences matérielles (héritage) sont vite expédiées, c’est tout le poids du mensonge qu’il veut expédier. Il veut soulager sa conscience.

 

Alors il parle. Tout du moins il essaie de parler, mais comme il n’en a pas l’habitude, il met du temps. Et même parfois il se tait. C’est surtout ce mutisme que lui reproche Ben : ne jamais répondre quand la question est trop dérangeante. Et là encore, s’il fait un énorme effort pour essayer de parler, il s’arrête à chaque fois en cours de route, laissant encore une part d’ombre planer.

 

Oui, cet homme est à la recherche de la Rédemption*. De SA rédemption. Mais lui qui affiche une façade d’homme rude n’est malheureusement pas capable d’assumer. « Je suis un lâche » répète-t-il pour excuser le mal qui a fait, les révélations qu’il n’a pas su dire à temps.

Le temps a passé, et au seuil de la mort, il veut faire la paix avec son fils renié. Du bout des lèvres il accepte son homosexualité. De toute façon, il n’a plus le choix. Mais cette acceptation est restreinte (« parce que tu es mon fils. ») et surtout elle s’arrête au bout de ces lèvres qui viennent de le dire. Il n’est pas question de savoir comment Ben vit, et ce qu’il ressent.

 

Scott est un personnage hors du temps. Il vit une vie rêvée de cowboy dans son ranch, transmettant son amour des chevaux à ses petits enfants, mais ne voit pas la société évoluer : il a ses certitudes toutes forgées dans la Bible, justifiant alors chacun de ses faits et gestes.

Et le plus bel exemple de ce décalage est sa rencontre avec Samantha, Texas Rangere (si vous me permettez ce néologisme) : il s’étonne que les femmes occupent un tel poste ; elle lui répond qu’elles ont même le droit de voter**.

 

Je terminerai en vous laissant découvrir l’issue de ses démarches : sera-t-il sauvé ? Quel est l’avenir de sa relation avec son fils ?

Ce fils honni pour son orientation sexuelle, mais qui est pourtant son préféré…

 

 

* N’oublions pas qu’il est très religieux

 

** 19ème amendement, voté le 21 mai 1919 !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Henry Hathaway, #Marilyn Monroe
Niagara (Henry Hathaway, 1953)

NB : article partial, l'auteur est amoureux de Marilyn Monroe

 

Les Chutes du Niagara et Marilyn Monroe sur la même affiche : deux stars mondiales, encore aujourd’hui. Alors que l’eau de l’Erié descend vers l’Ontario, Marilyn, elle, monte : elle tient le haut de l’affiche avec Joseph Cotten et Jean Peters, mais n’y apparaît pas de bout en bout (1).

D’une certaine façon, on retrouve la  Marilyn du film précédent (Troublez-moi ce soir), mais dans un rôle de personne à peu près normale.

 

Mais avant tout, les Chutes du Niagara, c’est le refuge des jeunes mariés. C’est le cas des Cutler qui arrivent à Niagara Falls où ils ont loué un bungalow pile en face des chutes.

Sauf que les anciens occupants sont toujours là et que ça ne va pas fort entre eux : lui est un traumatisé de la guerre de Corée, et elle a un amant. On peut rêver mieux comme voyage de noces…

 

Si ce film n’a pas révélé Marilyn, on n’en est pas loin. En effet, elle envahit l’écran dès qu’elle apparaît. Et personne ne reste indifférent à sa démarche ni à ses tenues. Même les couples qui dansent s’arrêtent, les hommes étant subjugués par cette apparition.

Et Hathaway nous propose aussi de magnifiques gros plans de l’actrice, pas toujours très habillée… Il semble d’ailleurs que ce fut un problème pour Hathaway, puisqu’il dut recourir à une postproduction pour assombrir la scène dans la douche, Marilyn restant beaucoup trop près du rideau pour les censeurs de l’époque. On ne peut s’empêcher de penser à ce qu’elle disait l’année précédente à propos d’un parfum très célèbre…

 

Pour le reste, comme on a pu le lire, c’est une histoire assez banale, peu morale, bien sûr, mais qui a le mérite de détoner par rapport à ce qu’on imagine de Niagara Falls. Ce fut d’ailleurs un sujet de polémique pour la ville avec cette histoire d’adultère, de meurtre et de suicide. Pas si glamour que ça, finalement.

Malgré& tout, on y retrouve la ville telle qu’elle fut (et est encore à certains endroits), les chutes étant continuellement présentes dans les scènes d’extérieur : il suffit qu’une porte s’ouvre pour qu’on entende le bruit des cataractes (2).

 

Mais si le film est resté dans les esprits c’est avant tout grâce à la star : chaque plan où elle apparaît est magnifique, de près comme d’un peu plus loin. De plus, elle campe une superbe Mrs Loomis, retorse et rouée juste ce qu’il faut pour condamner son attitude sans toutefois entamer l’admiration qu’on peut lui vouer : elle est LA femme fatale.

Face à elle, tous les autres peuvent paraître bien mornes, mais ce serait méconnaître le talent de Jean Peters ou bien sûr Joseph Cotten qui se hissent au même niveau de jeu. Par contre, on ne peut pas en dire de même de Casey Adams/Max Showalter (Ray Cutler) qui a plus un rôle de faire-valoir et subséquemment est relégué à l’arrière-plan dans cette histoire dramatique.

 

Parce qu’il y a du drame, et ceux qui tombent ne se relèvent pas et le carillon qui jouait Kiss reste silencieux alors que nous voyons, à travers les rangées de cloches avec leurs marteaux immobiles, le corps de Rose.

 

Par contre les eaux continuent de tomber, imperturbables, pendant que s’affiche le mot (3) fin.

 

 

          (1) Ce sera le cas lors du prochain film : Gentlemen prefer Blondes, où elle partage l’affiche avec Jane Russel et où elle joue, elle amuse et elle chante vraiment !

 

          (2) C’est la première chose qu’on entend en arrivant là-bas : pas de besoin de les voir pour sentir leur présence.

 

          (3) Les mots plutôt – the End – le film étant en VO…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Henri-Georges Clouzot
Le Salaire de la peur (Henri-Georges Clouzot, 1953)

Aéroport de San Miguel, Las Piedras, Amérique latine.

C’est facile d’y arriver, beaucoup moins d’en repartir, sinon les pieds devant.

Mario, Luigi, Bimba, Smerloff et les autres y sont depuis un bout de temps maintenant. Mais si Las Piedras est un terminus d’avion, c’est aussi un terminus pour ces gens-là, qui n’ont plus ni famille, ni patrie, mais ce qui est plus grave encore : plus de travail.

Et quand Jo, caïd patenté, débarque, rien ne change.

Ce qui fait tout basculer, c’est un puits de pétrole en feu. IL faut y convoyer de la nitroglycérine pour l’éteindre.

Mais la nitro, ça ne supporte pas les chocs. Alors dans des camions qui ne sont pas du dernier modèle, et sur une route qui ressemble plus à une piste, les chances d’aller livrer l’explosif sont plutôt minces.

 

Ils sont quatre à faire le voyage. Déterminés, gonflés à bloc, mais surtout tenaillé par la peur : se dire qu’il suffit d »un  rien pour se transformer en fumée, ça vous change un homme. C’est d’ailleurs ce qui arrive à Jo, qui n’est plus que l’ombre de lui-même, broyé par la peur que sa gamberge alimente. Pourtant, la peur, c’est Mario qui l’avait. Mais plus le convoi avance, et plus cette peur quitte Mario pour habiter Jo, lentement, progressivement, jusqu’à l’insoutenable, comme des vases communicants. Mais le voyage continue, inexorablement et Mario prend l’ascendant sur Jo, qui ne devient qu’un pauvre type, ce qu’il a d’ailleurs toujours été.

 

C’est un film d’hommes, encore une fois, que nous propose Clouzot. Certes, il y a Linda (Véra Clouzot, la femme de), la bonne à tout faire d’Hernandez (Dario Moreno), le patron du bar où ces hommes de rien passent leur temps à « user ses chaises », faute d’avoir de l’argent pour y boire. Linda n’a d’yeux que pour Mario, le beau Mario pour lequel elle vole son patron alors que Mario n’a plus d’yeux que pour Jo et sa prestance. Et en plus, il est de Paris, et Linda ne peut pas lutter contre ça.

 

Mario et Jo sont deux « pays », deux Parisiens, chacun à sa manière : Mario rêve en regardant son dernier ticket de métro, pendant que Jo se comporte en véritable Français à l’étranger : il parle fort, mais en fin de compte ne fait pas grand-chose…

Malgré tout, le couple Vanel-Montand fonctionne merveilleusement, surtout grâce à Vanel qui ne recule devant rien pour ce rôle : Gabin aurait refusé de peur que ça entache sa carrière, alors que le vieux Charles n’hésite pas baigner dans le pétrole, rejoint par Montand pour les besoins de l’intrigue, ce qui leur vaudra tout de même quelques ennuis de santé aux yeux…

 

Quand Mario explique la (sur)vie à Las Piedras, on retrouve le type montage de Quai des Orfèvres : Jenny Lamour déchiffre Avec son Tralala, pendant que le décor évolue jusqu’à la fin devant une salle enthousiaste. Ici, Mario parle de façon continue alors qu’ils sont dans des lieux différents, terminant à l’enterrement d’un de ces hommes perdus. Le temps a passé. Combien ? On ne le sait, mais de toute façon, ça ne compte pas : Jo arrive, un autre s’en va.

Autre montage notable : le final, avec d’un côté les couples qui dansent et de l’autre Mario, qui fait valser son camion d’un bord à l’autre de la route, aux accords du Beau Danube bleu de Strauss. Une musique réjouissante… Ou pas !

 

Ces hommes sont revenus de tout, ou plutôt, ils en sont partis. Mario est franco-italien (du sur mesure pour Yves Montand), Luigi par contre est totalement italien (de Calabre), Bimba vient d’Allemagne, tout comme Smerloff, mais certainement pas du même camp, puisque Bimba a vu son père pendre et passé un certain temps dans les mines de sel nazies… Bref, ces laissés-pour-compte rappellent sur certains points les légionnaires qui fuient tous quelque chose. Mais si les légionnaires ont la possibilité de se racheter (1), eux sont arrivés en bout de piste et ne peuvent plus rien faire que crever de faim.

Alors partir en fumée ou rongé par la famine, quelle importance ?

 

C’est un passage de relais qui s’effectue pendant cette expédition. Celui de Jo, vieux, faible et lâche, à Mario, jeune, fort et courageux, qui en devient tyrannique envers Jo : c’est le sort des perdants. « Vae victis » (2), comme on disait autrefois…

Mais au bout du compte, ce voyage était-il nécessaire ? Oui, bien entendu. Car l’épreuve révèle les hommes : qu’ils soient bons ou mauvais, et de toute façon, à plus ou moins longue échéance, on termine tous pareil.

 

 

 

          (1) voir pour cela le magnifique film de Duvivier : La Bandera

 

          (2) voir les pages roses de votre dictionnaire à pissenlit

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jean-Pierre Jeunet
Le fabuleux Destin d'Amélie Poulain (Jean-Pierre Jeunet, 2001)

1997.

L’année du film, presque. Surtout l’année ont parle le film.

Cette année a vu la disparition de Lady Di et Mère Térésa et l’’intervention d’un cheval sur le Criterium International de la Route* (eh non, ce n’est pas le Tour de France !).

Mais 1997, c’est aussi la parution du livre de Philippe Delerm : La première Gorgée de bière et autres menus plaisirs minuscules, ode aux petits riens agréables de la vie et du temps qui passe.

 

Parce qu'Amélie Poulain, c’est avant tout un grand film nostalgique qui se passe à la fin du XXème siècle.

Le narrateur (André Dussollier), tout d’abord nous présente les protagonistes qui vont intervenir dans cette histoire : les parents d’Amélie puis elle-même, ainsi qu’une poignée de gens gravitant autour d’elle. A chaque fois, ces personnages ne se défissent par ce qu’ils aiment ou non, et comment ça peut orienter leur vie de tous les jours : le père d’Amélie aime l’ordre, Amélie ramasse des galets pour pouvoir ensuite les lancer dans le Canal Saint-Martin…

 

C’est tout un microcosme qui s’offre à nous dans des tonds un peu passés, comme on regarde un vieil album de photos. C’est d’ailleurs un album de photos qui est un McGuffin du film : un album que le lunaire Nino perd en poursuivant un homme mystérieux. Ce même album qu’Amélie ramasse et qui va les faire se rencontrer.

 

Mais c’est avant tout un film sensoriel. Depuis Les Lumières de la ville, on avait  rarement eu un film qui développe autant les sens : la vue, le toucher et le goût essentiellement, avec en un parcours commenté pour un aveugle (Jean Darie) qu’Amélie a aidé à traverser la rue.

On ne peut s’empêcher de ressentir les différentes perceptions d’Amélie et les autres (la main plongée dans un sac de lentilles, le goût des sot-l’y-laisse après avoir découpé le poulet**…) au fur et à mesure de l’histoire.

 

Et puis il y a ce fabuleux destin : un soir que Lady Di mourait, un bouchon de cosmétique a rebondi sur le sol, cogné un carreau de plinthe et découvert une cachette avec une boîte à secrets.

Il y a tout d’abord la façon dont la cachette se révèle à nous spectateurs, Amélie étant obnubilée par la mort de la princesse : on y retrouve l’ouverture d’un passage secret d’un château plus ou moins hanté, actionné par un mécanisme. Mais surtout, c’est la musique (de Yann Tiersen) qui donne le ton mystérieux à cette découverte quand la belle Amélie regarde à l’intérieur. On retrouve alors tous ces petits détails qui font les histoires de Jean-Pierre Jeunet depuis Delicatessen. Ces petits riens sont magnifiés devenant ces petits ruisseaux qui font les grandes rivières.

 

Puis à mesure qu’Amélie entre dans la vie des gens et qu’un moment clé se profile, l’image se transforme, devenant plus sombre ou éblouissante en fonction de ce qui arrive. C’est un régal pour nos yeux et nos oreilles.

Enfin, il y a les différents personnages interprétés par quelques habitués des films de Jean-Pierre Jeunet (Dominique Pinon, Rufus, Ticky Holgado).

 

Mais malgré toutes ces petites choses douces et agréables, il reste au milieu de tout cela Amélie. Elle est seule. Elle aussi. Parce que tous ces gens qui gravitent autour d’elle sont seuls : seuls avec leurs rêves, avec leurs déceptions, avec leurs amours défuntes.

Amélie, en pénétrant dans leurs vies v&a essayer de les recoller à quelque chose, mais au final : qui va s’occuper d’elle ?

Ce sera un autre solitaire, l’homme de verre ce vieux monsieur qui à la maladie des os du même nom : par obligation il reste cloitré chez, peignant à longueur d’année, inlassablement, le même tableau : le Déjeuner des Canotiers (Auguste Renoir, 1880). Dans ce déjeuner, une femme qu’il n’arrive jamais à peindre, parce qu’il ne la cerne pas : le double d’Amélie. Une femme ni heureuse ni malheureuse au milieu des gens, le regard perdu.

 

Et tout cela régulièrement ponctué par le regard malicieux d’Audrey Tautou, le même que sur l’affiche.

Un autre petit plaisir de la vie…

 

* événements mentionnés dans le film

** Et je ne parle pas de la gorgée de bière que boit Joseph (D. Pinon)en ruminant ses idées noires…

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