Harley Knoles est un sombre réalisateur oublié, célèbre surtout pour avoir le premier adapté au cinéma Les quatre Filles du docteur March.
Il est étonnant qu’il ne soit pas plus connu tant ce Bolchévisme à l’essai (ou en procès, ça dépend de votre point de vue) est intéressant.
Certes, ce n’est pas un film qui a révolutionné le cinéma, mais il a la particularité de traiter l’actualité de 1918-1919, autre que celle de la guerre mondiale qui s’est terminée.
En effet, pendant qu’à l’Ouest, on en termine avec cinq années de conflit, à l'Est, les Russes sont en train d’expérimenter une nouvelle politique : le socialisme.
Cette nouvelle idéologie est en train de se répandre dans le monde entier avec plus ou moins de bonheur, et ce fut le cas aux Etats-Unis comme ailleurs. Knoles, avec l’aide de Harry Chandlee, nous propose une adaptation du livre de Thomas Dixon : Comrades.
Thomas Dixon, avant ce film était bien connu du public américain et du cinéma en particulier : c’est de son livre The Clansman que fut tirée la fresque de Griffith Naissance d’une Nation.
Il n’est donc pas étonnant que ce film aborde le socialisme avec un parti pris très réactionnaire.
Nous suivons donc le parcours de Norman Bradshaw (Robert Frazer), dont le père (Howard Truesdale) est un riche homme d’affaires), est séduit par cette nouvelle doctrine dont sa fiancée Barbara Alden (Pinna Nesbitt) est un porte-parole.
Grâce à l’argent de Bradshaw senior – en sous-main – un groupe d’Américains va mettre en place un système socialiste sur une île, la bien nommée Ile du Paradis (1).
Mais rapidement, le mécontentement s’installe : la plupart des doux rêveurs qui sont venus sont des oisifs incapables de faire quoi que ce soit de leur main sinon jouer aux cartes ou du piano. Rapidement, les « travailleurs » (cuisiniers, techniciens…) rouspètent et Bradshaw qui avait été élu Camarade Chef est remplacé par un homme ambitieux et sans scrupule : Herman Wolff (Leslie Stowe).
Alors oui, il s’agit ni plus ni moins qu’une condamnation du bolchévisme : et le titre original joue avec le mot « trial » qui veut à la fois dire essai et procès. Car si Knoles (et surtout Dixon) fait le procès du bolchévisme, l’intrigue nous propose aussi un essai : si le jeune Bradshaw entre dans cette utopie, c’est avant tout pour voir si c’est possible, et surtout viable.
Mais bien sûr, les dés sont pipés et ce film n’est rien qu’un procès à charge du communisme.
Il est bien clair que les spectateurs qui sont allés voir le film devaient être persuadés, à la fin que le communisme était nuisible à la société américaine (capitaliste).
Alors tous les prétextes sont bons :
- le père et le fils se séparent : le communisme détruit la famille ;
- sur l’île, les lois américaines sont abolies : le communisme amène l’anarchie ;
- le mariage est lui aussi aboli et le divorce devient automatique : la débauche va s’installer ;
- …
Bref, le communisme est mauvais pour l’Amérique. Mais tout ça, ce ne sont que les hors-d’œuvre. En effet, le personnage de Wolff est très certainement le plus intéressant car le plus roué. Il s’agit avant tout d’un agitateur qui ne rêve que d’une chose : diriger les autres, voire le monde !
On retrouve dans Wolff (2) l’archétype du dirigeant russe qui est au pouvoir depuis octobre 1917. Une fois élu (pas de coup d’état mais une élection démocratique), Wolff expose son plan avec police rouge et élimination des opposants.
Une dictature, tout simplement, avec en point de mire la domination du monde.
Presque cent ans après la sortie du film, j’en arrive à un avis plutôt mitigé du film. Cinématographiquement, c’est correct, même si l’idéologie a tendance à prendre le pas sur le l’intrigue, beaucoup plus que pour Naissance d’une Nation.
Par contre, les arguments avancés relèvent d’un anticommunisme primaire, et pourraient presque prêter à rire.
Presque parce que malheureusement (3), les noires mesures de Wolff ont bel et bien eu lieu.
Et il n’y avait pas d’armée américaine pour sauver les opprimés comme c’est le cas dans le film. Il a fallu près de 75 ans pour que le communisme en Russie (et les états satellites) disparaisse et que le monde découvre pleinement le côté obscur du communisme d’état, Et pendant ce temps-là, les différents partis communistes du monde entier faisaient l’apologie d’une idéologie meurtrière, aveugles ou/et aveuglés par la propagande.
- « Paradise Island »
- Wolf(f) signifie loup, comme par hasard...
- Pour ceux qui ont vécu directement les affres du régime.
/image%2F1589176%2F20150507%2Fob_e5ab85_jihesse.png)









