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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Harley Knoles
Bolshevism on Trial (Karley Knoles, 1919)

Harley Knoles est un sombre réalisateur oublié, célèbre surtout pour avoir le premier adapté au cinéma Les quatre Filles du docteur March.

Il est étonnant qu’il ne soit pas plus connu tant ce Bolchévisme à l’essai (ou en procès, ça dépend de votre point de vue) est intéressant.

Certes, ce n’est pas un film qui a révolutionné le cinéma, mais il a la particularité de traiter l’actualité de 1918-1919, autre que celle de la guerre mondiale qui s’est terminée.

 

En effet, pendant qu’à l’Ouest, on en termine avec cinq années de conflit, à l'Est, les Russes sont en train d’expérimenter une nouvelle politique : le socialisme.

Cette nouvelle idéologie est en train de se répandre dans le monde entier avec plus ou moins de bonheur, et ce fut le cas aux Etats-Unis comme ailleurs. Knoles, avec l’aide de Harry Chandlee, nous propose une adaptation du livre de Thomas Dixon : Comrades.

Thomas Dixon, avant ce film était bien connu du public américain et du cinéma en particulier : c’est de son livre The Clansman que fut tirée la fresque de Griffith Naissance d’une Nation.

Il n’est donc pas étonnant que ce film aborde le socialisme avec un parti pris très réactionnaire.

 

Nous suivons donc le parcours de Norman Bradshaw (Robert Frazer), dont le père (Howard Truesdale) est un riche homme d’affaires), est séduit par cette nouvelle doctrine dont sa fiancée Barbara Alden (Pinna Nesbitt) est un porte-parole.

Grâce à l’argent de Bradshaw senior – en sous-main – un groupe d’Américains va mettre en place un système socialiste sur une île, la bien nommée Ile du Paradis (1).

Mais rapidement, le mécontentement s’installe : la plupart des doux rêveurs qui sont venus sont des oisifs incapables de faire quoi que ce soit de leur main sinon jouer aux cartes ou du piano. Rapidement, les « travailleurs » (cuisiniers, techniciens…) rouspètent et Bradshaw qui avait été élu Camarade Chef est remplacé par un homme ambitieux et sans scrupule : Herman Wolff (Leslie Stowe).

 

Alors oui, il s’agit ni plus ni moins qu’une condamnation du bolchévisme : et le titre original joue avec le mot « trial » qui veut à la fois dire essai et procès. Car si Knoles (et surtout Dixon) fait le procès du bolchévisme, l’intrigue nous propose aussi un essai : si le jeune Bradshaw entre dans cette utopie, c’est avant tout pour voir si c’est possible, et surtout viable.

 

Mais bien sûr, les dés sont pipés et ce film n’est rien qu’un procès à charge du communisme.

Il est bien clair que les spectateurs qui sont allés voir le film devaient être persuadés, à la fin que le communisme était nuisible à la société américaine (capitaliste).

Alors tous les prétextes sont bons :

  • le père et le fils se séparent : le communisme détruit la famille ;
  • sur l’île, les lois américaines sont abolies : le communisme amène l’anarchie ;
  • le mariage est lui aussi aboli et le divorce devient automatique : la débauche va s’installer ;

Bref, le communisme est mauvais pour l’Amérique. Mais tout ça, ce ne sont que les hors-d’œuvre. En effet, le personnage de Wolff est très certainement le plus intéressant car le plus roué. Il s’agit avant tout d’un agitateur qui  ne rêve que d’une chose : diriger les autres, voire le monde !

 

On retrouve dans Wolff (2) l’archétype du dirigeant russe qui est au pouvoir depuis octobre 1917. Une fois élu (pas de coup d’état mais une élection démocratique), Wolff expose son plan avec police rouge et élimination des opposants.

Une dictature, tout simplement, avec en point de mire la domination du monde.

 

Presque cent ans après la sortie du film, j’en arrive à un avis plutôt mitigé du film. Cinématographiquement, c’est correct, même si l’idéologie a tendance à prendre le pas sur le l’intrigue, beaucoup plus que pour Naissance d’une Nation.

Par contre, les arguments avancés relèvent d’un anticommunisme primaire, et pourraient presque prêter à rire.

 

Presque parce que malheureusement (3), les noires mesures de Wolff ont bel et bien eu lieu.

Et il n’y avait pas d’armée américaine pour sauver les opprimés comme c’est le cas dans le film. Il a fallu près de 75 ans pour que le communisme en Russie (et les états satellites) disparaisse et que le monde découvre pleinement le côté obscur du communisme d’état, Et pendant ce temps-là, les différents partis communistes du monde entier faisaient l’apologie d’une idéologie meurtrière, aveugles ou/et aveuglés par la propagande.

 

  1. « Paradise Island »
  2. Wolf(f) signifie loup, comme par hasard...
  3. Pour ceux qui ont vécu directement les affres du régime.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #James Cruze
The roaring Road (James Cruze, 1919)

 

J.D. Ward (Theodore Roberts) est un constructeur automobile spécialisé dans la course. Mais si on l’appelle « l’Ours », ce n’est pas sans raison : il a un caractère épouvantable, et surtout une grande bouche qui sait hurler et ne se ferme que tirer sur un cigare.
De toute façon, ce n’est pas lui le héros de l’histoire, c’est son chef des ventes, Walter Thomas Walden, qu’on surnomme « Toodles » (Wallace Reid). Toodles n’a que deux envies : devenir pilote pour la société Darco ; épouser Dorothy (Ann Little), la fille du patron de l’écurie Darco qui n’est autre que l’Ours susnommé.

 

Theodore Roberts a lâché Cecil B. DeMille quelques temps et s’en est parti tourner avec James Cruze, autre réalisateur de la Paramount.

Il s’agit d’un rôle sur mesure pour Roberts, mais pour une fois, il trouve du répondant en face de lui : Wallace Reid interprète donc Toodles, un jeune homme qui n’a pas sa langue dans sa poche et sait utiliser les mêmes techniques que son patron.

Bien entendu, c’est dans la confrontation entre ces deux cadors que se trouve le véritable intérêt du film, même si le sport automobile reste la toile de fond.

Mais si Roberts a un rôle très similaire à ceux que lui propose DeMille, il ne fait aucun doute que son personnage, cette fois-ci, est comique. Sa première entrevue avec Toodles se termine dans une rage folle de ce dernier, lui éjectant même le cigare de la bouche.

Le plan suivant, quand Roberts discute avec un autre pilote, son aspect physique porte les stigmates de cette entrevue houleuse.

 

Nous assistons donc à une course (les 400 miles du Grand Prix de Los Angeles) mais, dirait-on, pour la forme : nous n’avons droit qu’à 3 plans différents avec des voitures qui déboulent rapidement, le tout entrecoupé de plans du jury sportif qui met à jour le classement au tableau d’affichage. Certes la technique ne permettait pas énormément de fantaisie, mais ce parti pris minimaliste est suffisant (1). Bien sûr Toodles va piloter et gagner, mais là encore, c’est avant tout l’histoire d’amour entre et Dorothy qui mène l’intrigue, l’exploit sportif restant anecdotique pour tout le monde (2).

 

Mais ce film est aussi l’un des derniers où Wallace Reid est encore valide. En effet, cette même année, pendant le tournage de La Vallée des géants, il aura un très grave accident qui le rendra dépendant à la morphine, précipitant sa mort 4 ans plus tard.

Alors évidemment, on savoure ce film avec un plaisir particulier, retrouvant celui qui fut une très grande star, au point d’être cité dans d’autres films contemporains.

L’autre curiosité du film, c’est Ann Little. Cette jeune femme avait déjà plus de 140 films à son actif, et pourtant, ce fut l’un de ses derniers rôles (elle jouera encore dans 12 films). Du jour au lendemain, en 1925, elle s’est retirée, sans autre explication. On n’a plus entendu parler d’elle jusqu’à sa mort en 1984 (3).

Etonnant, non ?

 

  1. Pour une course haletante,  (re)voyez Ben Hur, a Tale of the Christ, sorti 6 ans plus tard.
  2. Sauf pour J. D., bien entendu !
  3. De plus, elle refusa toujours de parler de son passé au cinéma et n’accorda aucune interview.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford
Les Raisins de la colère (The Grapes of wrath - John Ford, 1940)

Oklahoma, 1930s.

Tom Joad (Henry Fonda) rentre chez lui, dans sa ferme natale, après quatre ans de prison. En chemin, il rencontre Casey (John Carradine), l’ancien pasteur qui l’a baptisé. Il ne prêche plus : il ne croit plus en rien.

Mais chez les Joad, il ne reste plus personne. Seulement Muley (John Qualen), un autre fermier qui n’a pas voulu partir.

Quand Tom retrouve sa famille, c’est pour repartir. Loin. Vers l’ouest. En Californie.

 

John Ford nous propose ici un road movie extraordinaire. L’exode d’une famille pendant les années 1930s. Bien sûr, on pense au livre éponyme de la Bible, surtout quand l’un des personnages parle de la Californie, au-delà du fleuve Colorado, frontière naturelle avec l’Arizona : ce fleuve est le Jourdain des Joad. Alors il n’est pas étonnant que le patriarche – Grandpa Joad (Charley Grapewin) – ne voie jamais cette nouvelle Terre Promise : Moïse lui-même ne put poser le pied en Palestine.


Alors comme Josué après Moïse, c’est Tom qui prend en main la destinée des Joad, brinquebalés de camps en camps, subsistant tout juste dans une Amérique profonde et pauvre.

On retrouve dans cette fresque dramatique certains éléments du film de Vidor, sorti quelques années plus tôt – Our daily Bread (1) – quand les Joad arrivent enfin dans un lieu accueillant : c’est une sorte de camp communautaire qui est dirigé par les campeurs et pour les campeurs, pour reprendre la devise célèbre de Lincoln (2), un président très apprécié par John Ford. Il n’est donc pas étonnant que ce camp est dirigé par un fonctionnaire de l’Etat.

 

Il y a dans ce film deux prises de position : celle de John Steinbeck qui a écrit le roman, et celle de John Ford – sur un scénario de Nunnally Johnson – qui se placent du côté de Roosevelt (qui sera élu une troisième fois cette même année) contre les riches compagnies qui dépouillent les petits.
C’est Muley qui nous explique comment ça se passe : John Qualen, laissant de côté son aspect étranger qu’on lui connaît et, magnifiquement éclairé, donne toute l’étendue de son talent en homme désespéré, brisé, fini. Il ne sera plus utilisé ainsi dans les autres films de Ford, même si ses rôles sont importants.

Il faut dire que ce film ne pas prise aux réparties humoristiques qu’on connaît de ses autres films. Il faut dire aussi que le sujet ne s’y prête à aucun moment : il s’agit, à mon avis, du film le plus noir de Ford. La fin elle-même n’est pas très réjouissante : Tom ne peut pas rester auprès de sa famille et se lance dans une cavale sans issue, mais nous y reviendrons.

 

Nous sommes chez Ford, alors la famille est là. Paradoxalement, alors que ce film nous dresse le portrait d’une famille de paysans chassés de leur terre, on n’y trouve pas Francis Ford comme on en a l’habitude (3).

Mais qu’importe, la famille est là. Elle est menée par la mère (Jane Darwell), une femme forte (dans tous les sens du terme) qui dirige son monde. Ce n’est pas un tyran mais tous savent qu’on peut se reposer sur elle, qu’elle sera toujours là. Pas étonnant qu’elle se réveille juste avant le départ de Tom : si le père (Russell Simpson, encore un habitué des films de Ford) sent à peine le baiser d’adieu de son fils, elle, malgré le sommeil, le sent partir et le retient une dernière fois.

Jane Darwell reçut un Oscar, tout comme Ford. Mais rien – encore une fois – pour Henry Fonda (4). Et pourtant, si un rôle doit caractériser le talent de Fonda, c’est bien Tom Joad. Il y a une force en lui, un enjeu qui le dépasse – la lutte de Casey qu’il poursuit sans vraiment la comprendre – qui le transfigurent, voire le rendent quasi divin : comme Casey, mort pour ses idées (5), Tom ira jusqu’au bout de lui-même pour faire triompher l’injustice, dont il est avant l’une des premières victimes.

 

Outre Jane Darwell et Henry Fonda, John Carradine joue lui aussi l’un de ses plus beaux rôles. Il n’est plus ce maton sadique de The Prisoner of Shark Island, mais un prédicateur qui a reçu ce qu’on pourrait appeler l’anti-Révélation : il ne croit plus. Sans cesse, il revient sur son passé religieux, mais à chaque fois c’est pour le laisser à la porte de son esprit : même ses paroles pour l’enterrement de Grandpa Joad restent vides de toute référence religieuse. Il enterre un homme, qui a vécu ce qu’il a vécu, sans aucun jugement moral.

Il n’est plus un soldat de Dieu, il n’est plus qu’un homme qui se bat pour ses nouvelles convictions : l’homme lui-même.
C’est cet esprit que Tom Joad évoque quand il parle à sa mère, une dernière fois. C’est un monologue plein d’espoir qu’il débite, pesant chaque parole comme s’il s’en vêtait pour mieux l’appliquer. C’est un homme pourchassé qui va s’en aller, s’accordant le seul geste affection pour sa mère de tout le film. A l’instar de Casey qui s’était libéré de Dieu pour libérer les hommes, Tom quitte sa famille pour faire sienne l’humanité persécutée.

 

Et si Tom  et sa mère savent que son avenir est bien funeste, il n’empêche que la dernière séquence peut nous laisser espérer un peu d’espoir : Tom part vers la lumière (de l’aube) dans le sens du progrès (de la gauche vers la droite).

Mais pour combien de temps ?

 

 

  1. On y trouvait déjà John Qualen
  2. “A Government of the people, by the people, for the people, shall not perish from the Earth.” (Gettysburg Address, 19-3-1863)
  3. Il semble qu’il fasse une (très courte) apparition, mais je ne me sentais pas de regarder le film en image part image…
  4. Il en aura tout de même un en 1982, pour son dernier film. Il fallut presque attendre sa mort pour que le métier le reconnaisse enfin comme l’un des plus grands…
  5. Il a beau n’être plus pasteur, il n’en demeure pas moins une figure christique.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Comédie dramatique, #Albert Dupontel
Au Revoir là-haut (Albert Dupontel, 2017)

Avant, il y avait Albert Dupontel, le comique avec un one-man-show où on parlait de Rambo, du bac ou du cancer et d’autres choses.

Et puis un jour, il s’est mis au cinéma : acteur d’abord, réalisateur ensuite. Et puis…

Et puis le cinéma s’est emparé de Dupontel.

 

C’est un film merveilleux qu’il nous propose là. C’est une synthèse de cinéma, avec ses clins d’œil, ses références et avant tout ses émotions.

Alors que Neuf Mois ferme, son film précédent était une comédie débridée et soignée – géniale, quoi – ici, c’est aussi une comédie, mais aux allures dramatiques avec en prime une reconstitution de la période 1918-1920 habile et colorée, et pas seulement dans les habillements.

 

Albert Maillard (Albert Dupontel), à Marrakech, dans un poste de police, raconte. Il raconte sa guerre, enfin surtout la fin, les tout derniers jours : un lieutenant Pradelle (Laurent Lafitte) mâtiné d’une ordure (pléonasme ?) ; ses compagnons d’armes qui ne sont pas revenus ; et son ami, son frère, Edouard Péricourt (Nahuel Pérez Biscayart).

Edouard y est resté, mais il est quand même revenu. Avec une nouvelle identité et un trou à la place de la bouche.

 

Dès la première séquence, nous entrons de plain pied dans le cinéma : c’est un travelling avant dans une tranchée. Mais ici, pas de gradés en colère, un chien qui amène un message du QG. Oui, on pense à Kubrick et ses Sentiers de la Gloire. On y pense d’autant plus que l’ordure en chef va ignorer le message et précipiter les trois hommes (Maillard, Péricourt et lui-même) dans une histoire incroyable. Quand on dit qu’on est le seul à forger son destin, on peut parler de ce Pradelle.

En plus d’être un militaire obtus et criminel, une fois rendu à la vie civile, il se montre à nouveau sous un jour déplaisant : un escroc d’une incroyable rouerie.

Mais ce n’est pas lui le héros. Certainement pas.

Ce n’est même pas Maillard. Non, c’est Edouard. Edouard l’artiste, le dessinateur, le peintre, en un mot : le créateur. Le créateur à la gueule cassée.

 

Mais si les vraies « gueules cassées » portaient des masques se rapprochant au plus près des éléments manquants, pour Edouard, c’est différent. Ses masques sont de véritables œuvres d’art, dans le ton des masques vénitiens où le fabuleux se mêle au rêve. Mais Edouard n’est pas seulement un artiste pictural, il est aussi un arnaqueur-vengeur qui prend sa revanche contre ceux qui l’ont rendu ainsi : la France qui lui a volé son visage, et son père (Niels Arestrup, toujours aussi grand) qui lui a volé sa qualité, lui refusant d’exploiter son don artistique.

 

Il y a une analogie assez formidable dans ce personnage d’Edouard : il est le créateur. Il ne faut pas grand-chose pour que le « c » se transforme en « C » et le créateur se mue en être divin. Car Edouard ne peut pas vivre seul : ils sont trois pour le réaliser.

         Edouard, ou plutôt Jules d’Epremont, son nom d’artiste, est la tête pensante du trio. C’est lui qui conçoit et dessine.

         Albert est la cheville ouvrière. C’est lui qui se déplace. Il est les jambes d’Epremont.

         Louise (Héloïse Balster) enfin, c’est la voix d’Epremont, celle qui le comprend et traduit qu’il veut, ce qu’il souhaite.

Cette trinité est indissociable pour être efficace. Et si l’un des membres disparaît, alors…

 

C’est donc une magnifique arnaque – qui n’est pas sans rappeler celles qui eurent réellement lieu au sortir de chaque guerre (1). Mais devant le génie d’Edouard, la malice de Louise et les efforts de Maillard, on ne peut que se ranger derrière eux.

 

Si le début nous ramène à Un long Dimanche de fiançailles – où on trouvait déjà Dupontel ainsi que Michel Vuillermoz (qui joue ici un fonctionnaire tatillon et étriqué, réjouissant dans sa rectitude) (2) – c’est tout de même au cinéma muet qu’on pense en voyant Edouard, masqué, s’exprimant avec son corps, Louise n’étant, d’une certaine façon, que la voix des intertitres.

Et puis il y a la référence, cachée pour certains, mais qui saute aux yeux (n’est-ce pas cher professeur Allen John ?) : Maillard a quelque chose de Buster Keaton. Et ce n’est pas son absence de sourire (3)…

 

En presque deux heures, Albert Dupontel nous montre qu’il sait aussi manier la sensibilité et l’émotion. Et il le fait avec juste ce qu’il faut d’humour pour vérifier en vérifier la définition : la politesse du désespoir. Parce qu’Edouard est avant tout désespéré : rejeté par un père qui n’est pas tellement plus qu’un « gros con » jusqu’à ce qu’il s’aperçoive que son fils, qu’il croit disparu, était un véritable génie. Désespéré aussi parce que vivre avec une telle gueule, même sous un masque, est une expérience qui peut aussi donner l’envie de mourir.

 

Et tout ça, ces petites touches de vie et de mort toujours présentes tout le long du film, nous donnent une œuvre empreinte de délicatesse et de subtilité.

Un grand film.

 

 

  1. Celle dirigée par Pradelle est, quant à elle, authentique.
  2. Il faut dire qu’il s’attaque à l’immonde Pradelle, alors on lui pardonne tout de suite…
  3. Et si je vous dis Pierre Souvestre + Marcel Allain + Louis Feuillade ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Sidney A. Franklin, #Mary Pickford
Dans les Bas-fonds (The Hoodlum - Sidney A. Franklin, 1919)

Amy Burke (Mary Pickford) est une jeune adolescente turbulente et capricieuse, c’est la digne petite-fille d’Alexander Guthrie (Ralph Lewis), un homme d’affaire très influent.

Alors que ce dernier offre à Amy un voyage en Europe, cette dernière refuse, préférant aller avec son père (Dwight Crittenden) dans un quartier mal famé, pour les besoins d’un livre qu’il veut écrire.

Une fois la désillusion dépassée, et sur recommandation de son père, Amy devient l’une d’entre eux, ces enfants un tantinet voyous, mais qui ont tout de même bon fond.

 

Il s’agit de la première réalisation de Sidney Franklin pour Mary Pickford, sur un scénario de Bernard McConville et mis en image par Charles Rosher. C’est la même équipe qui proposera deux mois plus tard La Fille des monts avec la même Mary Pickford.

Bien entendu, puisque Pickford produit le film, le rôle qui lui est proposé est du sur mesure. Amy est un personnage de fillette forte espiègle mais au grand cœur.

 

Bien entendu, le changement d’univers est rude pour cette jeune fille plutôt couvée et cédée, mais son changement, s’il lui amène de mauvaises manières, lui permet aussi de se rendre compte qu’il n’y a pas que le manoir doré dans lequel elle a grandi. Et en fin de compte, on assiste à une transfiguration – comme dans un conte de fées – mais où cette fois-ci, c’est la princesse qui épouse le roturier.

Le roturier, c’est William Turner (Kenneth Harlan), un homme qui fut accusé à tort par Guthrie pour éviter d’être sali. C’est aussi un homme bien et très séduisant, qui bien sûr ne laisse pas Amy indifférente.

 

Sous les apparences d’une comédie, Franklin brosse un tableau assez terrible des bas-fonds dont il est question dans le titre français. En effet, si Amy s’amuse beaucoup avec les enfants de son âge (ou presque), elle va prendre conscience de la misère dans laquelle ils vivent. C’est par hasard qu’elle voit une petite fille qui sort de chez elle et qui pleure. Quand Amy la raccompagne chez elle, elle n’en croit pas ses yeux : ces gens vivent dans des taudis infects, la vermine grouillant même sur les draps de lit. C’est  ce moment que le film bascule : après avoir joué les petites filles gâtées, elle se transforme en jeune femme concernée par ce qu’elle voit. C’est elle qui va s’adresser à un vieil homme riche (1) pour qu’il aide ces gens. Après un réflexe d’homme riche qui considère qu’il y a des œuvres caritatives pour s’occuper des pauvres (2) et touché par le changement de sa petite-fille, il va se décider à les aider.

 

On trouve donc chez Amy un double rôle qui nous renvoie à la structure d’un conte Tout d’abord celui d’héroïne autour de qui tourne l’histoire et qui va se métamorphoser ; ainsi que celui d’adjuvant qui va aider les autres dans leur vie : soigner les indigents, réhabiliter Graham, et bien sûr faire évoluer l’état d’esprit de son grand-père.

Bref c’est un rôle très complet que Mary Pickford joue avec cette même énergie qu’on lui connaît. Encore une fois, les prises de vue de Charles Rosher sont magnifiques, et les techniques utilisées sont encore une fois très pertinentes : des fondus enchaînés pour exprimer ce que ressent Amy ; une belle surimpression du rêve de son professeur ; une caméra mobile qui suit la montée dans les escaliers de secours ; sans oublier les derniers plans quand Amy et William sont en voiture.

 

Bref, c’est du très bel ouvrage (encore une fois) et  Mary Pickford, magnifique en petite frappe des bas quartiers, a des allures de Chaplin en vagabond.

Il y a les prémices d’un des plus beaux films qu’elle tournera : Les Moineaux, où, encore une fois, ce sera Charles Rosher derrière la caméra. On sent vraiment l’admiration du caméraman pour la star dans les prises de vue en plans rapprochés.

Un film vraiment superbe.

 

 

  1. Il s’agit du grand-père Guthrie qui observe incognito l’évolution de sa petite-fille.
  2. Comme quoi les réflexes des riches n’ont pas beaucoup évolué en 100 ans…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #Cecil B. DeMille
The Virginian (Cecil B. DeMille, 1914)

Le Virginien, c’est Dustin Farnum. Un cowboy, un vrai : il mène les troupeaux d’un endroit à l’autre et profite de la vie entre deux expéditions.

C’est le cas avec son ami de toujours, Steve (Jack W. Johnston) : ensemble, ils ont vécu de grandes aventures, se comportant plus en frères l’un pour l’autre qu’en amis. Ils ont aussi de joyeux plaisantins et profitent de la fête d’accueil de la nouvelle institutrice – Molly Wood (Winifred Kingston) – pour jouer un tour (au goût douteux) aux convives (1).

Mais Steve, s’il est un bon compagnon, est tout de même faible et naïf : il se retrouve embarqué dans une entreprise de vol de bétail, dirigé par l’infâme Trampas (William Elmer).

 

La même année que The squaw Man (sorti en février), Cecil B. DeMille présente un nouveau western. Cette fois-ci, il ne s’occupe que du côté des Blancs avec une utilisation un tantinet condescendante des Indiens.

Le Virginien n’a pas de nom, juste un surnom expliquant sa provenance (2). C’est un bon vivant, qui boit volontiers de l’alcool local, mais reste cependant un homme d’honneur.

Et c’est justement son sens de l’honneur qui lui pose un problème : les villageois, organisés en expédition punitive, n’ont qu’une seule loi pour les voleurs de bétail, sommaire et efficace : la pendaison.

 

Le Virginien se retrouve donc devant un choix ô combien cornélien : respecter sa parole donnée ou sauver la vie de son ami. Son choix sera rapide, mais tout de même assumé par son presque frère.

On a alors droit à une exécution dont l’issue nous sera présentée par les ombres de deux pendus sur le sol ensoleillé (3).

 

Si le Virginien est un homme droit, il a en face de lui deux rudes adversaires : l’un pour de vrai – Trampas – et l’autre plus subtile – Molly Wood.

      Trampas est un méchant fort bien réussi et dans la lignée des magnifiques méchants de western, de The big Trail à Il était une fois dans l’Ouest : il porte moustaches et habillement très soigné. Il est de plus fourbe et lâche : un magnifique villain !

Sa rencontre finale avec le Virginien amènera nombres de duels au soleil et au crépuscule, bien que la tombée de la nuit soit peu pertinente du point de vue des images. En effet, le soleil couchant n’amène aucune différence de lumière, tout comme la poursuite nocturne qui amènera l’arrestation de Steve et d’un de ses complices (4).

      Molly, par contre n’est pas une adversaire bien farouche ni méchante. Le Virginien en tombe de suite amoureux et lui prédit son amour pour lui en retour. C’est bien entendu ce qui va se passer, mais n’empêchera pas un nouveau cas de conscience lors de son mariage avec notre héros qui, le jour des noces doit affronter une dernière fois Trampas (5). Sa bonne éducation de femme de l’Est lui fait désavouer son fiancé, mais danger que représente le méchant et la mort de Steve à cause de ce dernier l’emportent : l’affrontement aura lieu, elle l’assumera tout de même.

 

Petite note un tantinet désagréable toutefois : la présence – furtive – des Indiens. Ils sont excités par l’infâme Trampas qui décrit Le Virginien comme un homme plein aux as. Il n’en faudra pas plus pour ces Indiens, présentés comme un peu idiots, naïfs et intéressés.

Il en faudra beaucoup de temps pour que les Amérindiens soient vu autrement au cinéma, et pas seulement occasionnellement.

 

 

  1. Etienne Chatiliez en fera un film en 1989, mais sans aucune idée de plaisanterie.
  2. Dustin Farnum, si son personnage n’est mais nommé est le seul dont le nom apparaît sur les intertitres.
  3. William Wellman reprendra cette figure de style dans son célèbre Oxbow Incident.
  4. On note toutefois un changement d’éclairage lors de cette fameuse arrestation qui a lieu en forêt et dont seul le feu de camp est la source d’éclairage. On peut y voir une utilisation des ombres comme élément de l’intrigue, comme ce sera le cas dans d’autres films, notamment Forfaiture l’année suivante.
  5. Un duel, un jour de mariage : pourtant ce n’est pas (déjà !) Gary Cooper qui joue ici.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Sidney A. Franklin, #Mary Pickford
La Fille des monts (Heart o' the Hills - Sidney A. Franklin & Sam de Grasse, 1919)

Pendant que Jason (Harold Goodwin) bine le champ de son beau-père Steve Honeycutt (Sam de Grasse), Mavis Hawn (Mary Pickford) s’entraîne à tirer à cheval pour venger la mort de son père, tué dune balle dans le dos.

Honeycutt, en plus de brimer Jason, lorgne les terres riches en charbon de la mère de Mavis (Claire McDowell) pour le compte Sanders et du colonel Pendleton (William Bainbridge).

Un soir, Sanders est tué par les Cavaliers de la Nuit, et Mavis est accusée de meurtre.

 

Voici à nouveau un film sur mesure pour Mary Pickford. Elle y retrouve Sidney Franklin avec qui elle a déjà tourné, ainsi que Sam de Grasse qui en plus de jouer le rôle du méchant, coréalise le film.

C’est un film d’aventure qui se passe dans l’Amérique profonde (le Kentucky), avec dans les hauteurs (les collines du titre original) ceux qu’on appelle les Hillbillies, des gens farouches et mal dégrossis et dans la vallée des personnes un tantinet plus civilisés, dont le maître d’école, véritable lien entre ces deux mondes. On retrouve cette opposition jusque dans les intertitres où les paroles de Mavis sont retranscrites dans un anglais plutôt phonétique et tout de même difficile à suivre.

 

Mary Pickford est tout d’abord une jeune adolescente (1), insouciante et qui s’entend très bien avec Jason, bien entendu. On retrouve donc son personnage de fillette : espiègle et farouche, elle ne rechigne pas à la bagarre quand on se moque d’elle. Dans la dernière partie du film, elle est – enfin – une femme, même si Mavis est tout de même plus jeune qu’elle (2), puisqu’elle a à peu près 20 ans (le 30 ou le 40 mai).

 

L’intrigue de Bernard McConville est riche en péripéties mais parfois un tantinet approximative : le Colonel Pendleton, qui a pourtant récupéré les terres de Mavis, a adopté cette dernière quand elle est descendue dans la vallée pour être enseignée. On peut s’en contenter si on n’oublie pas que les méchants Sanders & Honeycutt ont œuvré dans l’ombre et à son insu.

 

Pendant la séquence amenant la mort de Sanders, on assiste à une scène qui rappelle Birth of a Nation. En effet, devant la malhonnêteté de ce dernier et de son acolyte Honeycutt, les villageois organisent une expédition de Cavaliers de la Nuit : ce sont des gens qui portent une robe et une cagoule blanches. C’est une sorte de Ku-Klux-Klan, aussi déterminé voire violent (3), le racisme en moins. Car si l’habit rappelle l’organisation criminelle, on note des différences dans l’accoutrement et dans l’objectif initial : Sanders est visité pour ce qu’il représente et non pour ce qu’il est. Et si la rencontre se termine aussi violemment, c’est avant tout parce que Honeycutt, dissimulé au coin de la maison, a tiré le premier, amenant la riposte meurtrière des Cavaliers.

 

Quoi qu’il en soit, l’énergie de Mary Pickford et l’association Charles Rosher derrière la caméra, et Franklin à la réalisation (4)  donnent un film très réjouissant, même s’il n’atteint pas le superbe Sparrows.

D’un autre côté, on ne peut pas toujours tout avoir…

 

P.S. : à noter la présence d'un jeune premier en route vers la gloire: John Gilbert dans le rôle de Gray Pendleton, le fils du colonel.

 

 

  1. Elle aura « 13 ans le 30 ou le 40 mai », elle n’en sait trop rien…
  2. Elle a 27 ans quand le film sort.
  3. Trois personnes sont tuées.
  4. C’est le sixième film de Rosher avec la star depuis La petite Américaine, et le second de Franklin avec les deux autres : The Hoodlum qui est sorti deux mois plus tôt.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille
Le Réquisitoire (Manslaughter - Cecil B. DeMille, 1922)

Elle est jeune, elle est belle, elle est riche et insouciante : c’est Lydia Thorne (Leatrice Joy).

Mais surtout, elle est irresponsable, égoïste et égocentrique. Elle jouit avec excès de la vie. Jusqu’au jour où tout s’effondre : elle tue un homme sur la route et se retrouve en prison.

Son univers bascule.

 

Il y a dans ce Réquisitoire comme un parfum de Forfaiture. On retrouve une femme accusée de meurtre et qui doit se défendre contre la société. Mais si Edith Hardy (Fanny Ward) avait des circonstances atténuantes (1), il n’en va pas de même pour Lydia : arrêtée une première fois par Drummond (Jack Mower) elle s’en était sortie en l’achetant, c’est ce dernier qu’elle fauche dans une course-poursuite qui n’était pour elle qu’un jeu.

 

Mais de ce fait divers somme toute banal où la jeune femme est punie pour son inconséquence, Cecil B. DeMille tire un film tout aussi magnifique que le précédent susnommé. En trois temps, DeMille nous fait découvrir la chute d’une personne, son procès et sa réhabilitation (2), le tout avec une histoire d’amour forte mais difficile, voire compliqué.

En effet, cette belle jeune femme aime Daniel J. O’Bannon (Tom Meighan) et est aimée de lui en retour. Jusque là rien de bien terrible, mais quand on sait que ce monsieur est avocat général et que c’est lui qui la fait condamner à la prison, on découvre la complexité – brillante – du scénario de la complice de Cecil B. : Jeanie Macpherson.

En plus de Jeanie Macpherson, on retrouve plusieurs stars qui n’en sont pas à leurs dé »buts avec Cecil B. Outre Leatrice Joy, Thomas Meighan et Jack Mower, on peut reconnaître Julia Faye ou encore Sylvia Ashton, et même Carrie Clark Ward, toujours aussi photogénique !

 

On retrouve en outre des éléments de Male & Female (encore une fois), avec une reconstitution de la Rome antique (en deux temps) où Lydia est toute puissante et règne sur une orgie mâtinée de débauche dans le plus pur style demillien. Ce sont des corps lascifs qui s’ébattent, des convives qui abusent de l’alcool. Il va sans dire que ces excès seront punis par l’invasion des barbares et une nouvelle séquence de sexe et de violence (3).

On retrouvera le même genre de reconstitution dans Les 10 Commandements, film qui sortira l’année suivante, pendant l’épisode de l’Adoration du Veau d’Or.

 

Le film est alors une suite de séquence magnifiquement cadrées par l’indispensable Alvin Wyckoff (entre autres), usant de nombreuses techniques (gros plans, fondus, surimpressions…) avec un jeu d’éclairages qui rappelle Forfaiture : la mort de Drummond ; les barreaux de la cellule de Lydia qui sont projetés en ombre sur le mur et que cette dernière tente en vain d’effacer. Bref, c’est magnifique.

 

Bien sûr, puisque nous sommes chez DeMille, la morale triomphe toujours, au-delà même de ce qui aurait pu réellement se passer : nous sommes au cinéma et tout est possible. Il n’empêche que le découpage est précis et ô combien pertinent.

On assiste graduellement à la déchéance de la belle Lydia, victime de son égoïsme qui ne lui permet pas de voir la détresse de sa servante Evans (4), qui vole pour essayer de sauver son fils. C’est la seconde étape de sa déchéance après la corruption.

Le dernier pallier est donc la mort de Drummond, qui la fait descendre au plus bas, mais, et c’est là qu’est l’intérêt du film, c’est une fois à terre qu’elle se rend compte du mal qu’elle a fait, et qu’elle se consacre (enfin) aux autres, aidée par Evans qui est dans la même prison.

Il est d’ailleurs subtile de noter que c’est alors qu’elle voulait aider le fils d’Evans qu’elle a cet accident ; on peut y voir sinon un début d’altruisme, plutôt une résonnance du proverbe : « l’Enfer est pavé de bonnes intentions ». Et ceci est tellement vrai que même O’Bannon lui promet l’enfer avec le procès qui commence.

 

Mais alors que Lydia se rachète, avec et grâce à Evans, O’Bannon pour sa part, décline et sombre dans l’alcool (5), abandonnant son poste d’avocat. Plus Lydia va s’approcher de sa Rédemption, plus O’Bannon va sombrer, terminant à la soupe populaire. Il n’assume pas la condamnation de Lydia, endurant la peine de son enfermement.

Mais pour lui aussi, la Rédemption arrivera, naïvement peut-être, mais malgré tout sincèrement, malgré un léger coup de théâtre de dernière minute, fomenté par le gouverneur Albee (John Miltern), rattrapé par les estimations défavorables des élections à venir.

 

Alors tout est bien qui se termine (presque) bien, un peu comme dans toutes les histoires de Cecil B.

 

  1. Aka Arakau (Sessue Hayakawa) est ignoble et sadique.
  2. Rédemption, rédemption…
  3. Coucou, professeur Allen John !
  4. qui jouait l’année passée dans Miss Lulu Bett de William C. DeMille, le frère de…
  5. Prohibition oblige, quand il désire se procurer de l’alcool, le barman est réticent, croyant à un piège de l’avocat.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille
Le Détour (Saturday Night - Cecil B. DeMille, 1922)

Le samedi soir, c’est le soir où les travailleurs vont se distraire après une semaine bien remplie. Accessoirement, c’est aussi le jour où on se lave à fond, en vue du dimanche, jour du Seigneur oblige.

C’est ce qui attendait Shamrock O’Day (Edith Roberts) si l’escalier de service n’avait pas été encombré par sa mère (Sylvia Ashton) qui le nettoyait. En passant par l’escalier « de devant » elle rencontre le beau Richard Prentiss (Conrad Nagel), qui tombe amoureux d’elle.

Dans le même temps, Tom McGuire (Jack Mower) se consume d’amour pour la jeune femme qu’il conduit, Iris van Suydam (Leatrice Joy), elle-même fiancée à Richard. Mais lors d’un détour peu heureux, elle réalise qu’elle aussi l’aime.

Alors tous se marient…

 

Encore une fois, Cecil B. DeMille nous emmène dans les milieux aisés où la richesse s’étale et les fêtes sont magnifiquement décadentes. Mais si d’habitude, on ne suit que les expériences de cette société, ici il mélange les genres et surtout les milieux.

Le film se divise en trois parties, d’à peu près même longueurs, et nous raconte une belle histoire – écrite par la fidèle Jeanie Macpherson – bourrée d’humour mais à l’issue logiquement prévisible : on ne mélange pas les genres et encore moins les classes.

 

La première partie nous montre comment le destin va mélanger les vies des quatre personnages, faisant triompher l’amour avant tout. Le titre français prend alors toute sa dimension (1) : à chaque fois, c’est un changement d’itinéraire qui fait se tomber les amoureux dans les bras l’un de l’autre. Mais pour chaque histoire d’amour, c’est le point de vue de la femme qui prévaut, même si Tom aime Iris bien avant que cette dernière succombe à son charme.

En effet, c’est Shamrock qui prend l’escalier de devant amenant sa rencontre décisive avec Richard, tout comme c’est Iris qui décide de prendre un autre chemin, amenant l’accident et la conduite courageuse de Tom.

 

La seconde partie est assurément la plus drôle, les deux femmes n’étant absolument pas à leur place. Shamrock accumule les faux-pas et les attitudes outrancières bien éloignées du nouveau milieu dans lequel elle évolue, amenant des situations franchement comiques, pendant que la douce Iris se désole de son nouveau chez soi : petit, bruyant (le métro aérien passe au niveau des fenêtres) et franchement inadapté pour une si grande demoiselle. Sans parler de ses habitudes de femme libre – elle fume sans vergogne – qui ne cadrent absolument pas dans ce milieu populaire qui est le sien.

 

On arrive donc à un paroxysme malheureux où chacun se rend compte que malgré l’amour ne suffit pas pour être heureux.

Alors évidemment, la troisième partie va remettre les choses dans l’ordre et chacun à  sa place, pour le bonheur de tous.

Le destin répare ses erreurs, et tout est bien qui finit bien.

 

Si l’intrigue du film est convenue, c’est son traitement qui est magnifique. DeMille utilise à bon escient des fondus enchaînés afin de montrer les sentiments auxquels aspirent chacun des principaux protagonistes. On retrouve aussi le milieu de prédilection de ses histoires - la gentry – qui est tout de même mise à mal par le manque d’éducation de Shamrock, à la plus grande joie des spectateurs.

 

Et pour s’assurer la réussite du film, il fait appel à ses acteurs de prédilections – dont l’inévitable Roberts, ici oncle d’Iris, mais surtout homme d’affaire au cigare – qui nous offrent une interprétation réjouissante malgré la teinte tragique que prend la dernière partie.

Bien entendu, on a droit à la salle de bain demillienne, même si Shamrock ne l’utilise pas (devant nous spectateurs).

 

Au final, un film réjouissant absolument demillien, où le temps d’une passion, les milieux se mélangent, mais comme dans Male & Female trois ans plus tôt, force reviendra à la raison et chacun retournera dans la sphère qui est la sienne.

 

 

(1) Il arrive aussi que des titres français soient pertinents…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Danse, #Stephen Daldry
Billy Elliot (Stephen Daldry, 2000)

Trois personnes dans une cuisine.

Le père (Gary Lewis), le grand frère Tony (Jamie Draven), et la grand-mère (Jean Heywood) qui a les symptômes d’Alzheimer, et qu’il faut tout de même surveiller.

Ces trois personnes attendent. Qui ? Billy (Jamie Bell) : le fils, le petit frère, le petit-fils.

Mais l’arrivée de Billy n’est que le début de la véritable attente : une lettre du Royal Ballet est arrivée, annonçant si Billy est retenu ou non.

Alors comme Billy s’est isolé et ne revient pas, ils n’en peuvent plus et ouvrent la porte.

Le reste, c’est la fin du film, alors j’en resterai là.

 

Décidément, le cinéma anglais est rempli de surprises, et surtout de bonnes comme ce film.

Stephen Daldry réussit à nous raconter une histoire merveilleuse pendant une période troublée.

Ce n’est pas la guerre – encore qu’on peut se le demander parfois – mais les années Thatcher qui furent dévastatrices pour les travailleurs et leurs représentants.

Au milieu de la violence ordinaire du conflit, il y a une oasis de paix et de grâce : le cours de danse de Mrs. Wilkinson (Julie Walters, qui va bientôt devenir Mrs Weasley dans une saga très magique).

 

C’est d’ailleurs à cause de la grève acharnée des mineurs que Billy, inscrit malgré lui à un cours de boxe découvre la danse et va peu à peu le fréquenter, au lieu d’aller boxer, au grand dam de son père, résolument contre cette activité qu’il considère comme absolument pas masculine.

La grève, d’ailleurs a un rôle très important tout au long du film. A mesure que Billy progresse, la grève se durcit et s’enlise, jusqu’à l’issue inévitable pour tous les deux : ces efforts doivent amener une résolution, bonne ou mauvaise.

 

Mais au-delà de cette issue, c’est une magnifique ode à la danse à laquelle nous assistons. Au milieu des vestiges des années 1970s (tapisserie qui pique les yeux, musique de T-Rex ou The Clash…) et du fol espoir né de la fin des années 1960s que Thatcher est en train d’anéantir par un capitalisme sauvage et destructeur, une fleur s’épanouit au milieu du charbon : Billy Elliott.

Jamie Bell, dont ce sont les débuts au cinéma, est magique : il interprète un jeune garçon ordinaire qui ne l’est pas. Ordinaire. Son évolution dans la danse nous rappelle celle de Gene Kelly ou Fred Astaire (1). Sa colère dansée est merveilleuse, hors du temps, hors de l’espace où il vit. Elle illustre ce que Billy ressent et essaie d’expliquer au jury du Royal Ballet.

 

Moi qui ne suis pas un grand consommateur de danse, je retrouve dans ce film ce qui a fait le charme du film de Powell & Pressburger : les Chaussons rouges. Mais sous un fond social indispensable à la réussite du film et une fin un petit peu plus heureuse. On y retrouve un peu le principe du Yin et du Yang : au milieu de cette situation sociale désespérante et désespérée, il reste un peu de bonheur pour essayer d’atténuer un tout petit peu le malheur qui s’est installé.

 

Et puis il y a le côté subversif.

Enfin, ce n’est pas moi qui le dis, c’est un obscur despote de l’Est qui le dit : voir Billy Elliott – le spectacle tiré du film – rendrait les petits garçons homosexuels.

Il y a dans cette position insupportable une totale ignorance du film et de l’histoire racontée. Si l’un des protagonistes est homosexuel (2), il n’en va pas de même pour Billy, pour qui les affaires sexuelles ne sont pas (encore) importantes : sa relation avec Debbie, la fille de Mrs. Wilskinson, est on ne peut plus claire.

Un autre élément dans le même thème a d’ailleurs lieu après l’audition, je vous laisse découvrir.

Alors je ne saurai que trop vous encourager à (re)découvrir ce merveilleux film de Steven Daldry, pour vous faire plaisir tout d’abord et aussi pour emm…bêter les obscurantistes qui se croient toujours au Moyen-Age (3).

 

Et n’en déplaise à ce petit monsieur, c’est une très belle histoire d’amour, mais pas comme on l’entend habituellement. C’est un amour familial qui se diffuse progressivement entre ces quatre membres de la même famille, déchirés par l’absence de la mère (Janine Birkett) ety la pression de la grève. Une famille de petits qui voient leurs liens distendus se resserrer, amenant une émotion sincère qui envahit peu à peu les spectateurs.

 

C’est beau.

 

  1. Ils sont d’ailleurs mentionnés.
  2. Michael, interprété par Stuart Wells tout en subtilité dans un rôle difficile pour un jeune homme d’à peine 18 ans (au moment de la sortie du film).
  3. Comme si on avait besoin de voir un film – ou un spectacle – pour déterminer son orientation sexuelle.

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