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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Ruben Fleischer, #Gangsters
Gangster Squad (Ruben Fleischer, 2013)

Los Angeles, 194…

Mickey Cohen règne en roi de la pègre depuis longtemps. Trop longtemps pour le chef Parker (Nick Nolte), qui met en place officieusement une escouade de policiers au-dessus des lois, dirigés par le ténébreux John O’Mara (Jos Brolin).

 

Il s’agit d’une histoire presque vraie, inspirée d’une partie de la vie de Mickey Cohen. En vrai, il tombe pour fraude fiscale. Ici, c’est pour meurtre. Normal, c’est plus spectaculaire, et puis nous sommes au cinéma.

Et je dois avouer qu’il n’y avait pas besoin de rajouter dans le spectaculaire pour son arrestation, le reste suffisait.

 

Nous sommes à une période où les relations entre la police et la pègre sont régies par une espèce de code de l’honneur, ce qui n’empêche pas certains policiers de manger à tous les râteliers, laissant les mains libres à Mickey.

Et ce dernier met à profit cette liberté de mouvement pour élaborer des systèmes de plus en plus évolués pour gagner de l’argent. Toujours plus.

 

Et c’est là qu’intervient le fameux Gangster Squad, mené par O’Mara et constitué de quelques policiers triés sur le volet : des fines gâchettes – Kennard (Robert Patrick) & Ramirez (Michael Peña) –, des techniciens  - Keeler (Giovanni Ribisi) aux télécoms et Harris (Anthony Mackie) au couteau, et un séducteur – Wooters (Ryan Gosling).

C’est une équipe efficace qui contrecarre finalement les plans du truand, mais c’est tout de même la façon qu’ils ont d’y arriver qui prête à discussion. A-t-on le droit d’utiliser les mêmes armes que son adversaire ? Et surtout, peut-on d’un côté servir la loi et de l’autre la violer pour arriver à ses fins ?

C’est une question qui n’est jamais posée pendant le film ou si peu que ça ne vaut presque pas la peine d’en parler. Et pourtant le propos est là : ces hommes ne sont finalement pas mieux que ceux qu’ils combattent.

 

C’est un déferlement de violence où on perd rapidement le compte des personnages tués. Il faut dire que la séquence d’ouverture nous présente Mickey Cohen pour ce qu’il est : une véritable ordure, prêt à tout pour s’imposer dans L.A. A ce triste individu, Ruben Fleischer oppose John  O’Mara, qui s’il ne tue pas encore ses adversaires, n’hésite pas non plus à utiliser la violence pour arriver à ses fins.

 

Et il en ira ainsi pendant tout le film : c’est un véritable déluge de balles que viennent ponctuer quelques séquences un tantinet plus calmes, toujours en présence d’une des deux femmes du film : Grace Faraday (Emma Stone) et Mrs. Connie O’Mara (Mireille Enos), la femme de.

Ce n’est pas un hasard si ces deux femmes font (presque toujours) s’arrêter les armes. Ce sont d’ailleurs les seules qui parlent raisonnablement – avec Wooters un peu, mais ce dernier se laisse tout de même entraîner par cette escalade de la violence.

 

Oui, ce film est violent. Mais il est violent avec les artifices et le traitement de cette même violence qu’on en faisait en 2012 et aujourd’hui encore. N’oublions pas que 80 ans plus tôt, Howard Hawks nous proposait un autre film déjà très violent pour son époque : Scarface. Il est à parier que ce même Hawks aurait pu tourner cette histoire*.

 

Alors oui, Josh Brolin n’a pas un visage très expressif : il est toujours efficace, dans son jeu comme dans son rôle. C’est chez les autres qu’il faut trouver l’humanité qui semble lui manquer. On trouve chez chacun d'eux  un élément qui le rend presque touchant, loin de cette violence (toujours elle) qui les habite et devient leur raison d’être et de vivre.

Et c’est peut-être là qu’il faut trouver le talent de Fleischer qui sait tourner les scènes d’action avec efficacité (lui aussi) et dégager quelques moments plus calmes, où les divers personnages redeviennent ce qu’ils n’ont jamais cessé d’être.

Sauf Mickey, bien sûr, campé par un formidable Sean Penn : un ancien boxeur peu épais mais tout en muscles, et véritable salaud du début à la fin.

 

Une mention spéciale enfin sur la recréation du L.A. d’après guerre (années 1950s), avec costumes, chapeaux et belles voitures, ces dernières donnant lieu à une très belle poursuite.

 

 

* L’influence des trois grands de cette période en matière de films de gangsters – Hawks, William Wellman & Mervyn LeRoy – est tout de même bien évidente.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Tony Scott
Déjà-vu (Tony Scott, 2006)

Déjà vu : sensation d'avoir déjà été témoin ou d'avoir déjà vécu une situation présente, accompagnée d'une sensation d'irréalité, d'étrangeté.

 

Mardi Gras à New Orleans.

Les marins de la Navy en profitent pour retrouver leurs familles. Ensemble, ils prennent le ferry, comme d’habitude.

Sauf que cette fois, le ferry explose, faisant 543 victimes.

C’est un attentat sur lequel l’agent Doug Carlin (Denzel Washington) va enquêter avec Paul Pryzwarra (Val Kilmer), un homme du FBI à la tête d’une unité très spéciale.

 

Nous sommes à nouveau dans l’univers de Tony Scott, le petit frère de Ridley. Huit ans après Enemy of the State, nous replongeons dans le monde de la surveillance. Mais si le précédent film montrait un homme poursuivi par une équipe de surveillance dans un but avant tout maléfique, il se trouve qu’ici cette surveillance est à son avantage.

Mais surtout, elle est décalée dans le temps : ce que cette équipe voit, c’est ce qui s’est passé un peu plus de quatre jours avant l’instant de leur présent.

 

Cette rupture spatio-temporelle, pour une fois, sert largement les habitudes de Tony Scott quant aux prises de vue. Encore une fois, c’est un festival d’images rapides avec points de vue changeants sur un rythme toujours aussi saccadé.

Sauf que cette fois, c’est pertinent ! (1)

 

Mais le propos ici n’est pas de dénoncer comme ce fut le cas avant.

Ce qui nous intéresse ici, c’est l’utilisation du continuum espace-temps (voir Retour vers le Futur) dans la résolution d’une enquête de police.

Il n’est pas question tout de suite de machine à voyager dans le temps, mais en tout cas pas dans le sens où l’entend le « Doc » Emmett Brown.

Qu’importe, Tony Scott est très certainement à l’apogée de son talent et ce film est tout simplement bluffant.

 

Il y a dans ce film le même principe que pour L’Armée des 12 singes. En effet, nous assistons ici aussi à une scène cruciale pendant que se déroule le générique, mêlant images normales ou ralenties (du pur T. Scott) jusqu’à l’explosion d’une force et d’une esthétique spectaculaire : c’est une magnifique explosion qui n’est ternie que par le nombre de victimes (2) et surtout le contexte dans lequel fut tourné le film (3).

Cette première séquence – jusqu’à l’arrivée de Carlin qui entend sonner le  téléphone d’une victime – devait être le point central du film. Mais, et c’est là qu’est l’habileté du scénario, l’intervention de Carlin déplace le théâtre des recherches, sans en oublier l’objectif. Et au final, comme chez Gilliam, on a l’explication de cet élément troublant pour Carlin.

 

Le personnage central du film, Doug Carlin, est avant tout un type bien. Dès son apparition, nous nous plaçons de son côté : il semble sympa et a des remarques et des comportements qui vont dans ce sens. Il est très futé mais il est avant tout humain. On ne peut que le suivre dans cette enquête hors norme. C’est lui qui, en plus de sauver la situation, amène les spectateurs à comprendre ce qu’il se passe vraiment. On retrouve dans Carlin un peu de Robert Dean (Will Smith dans Enemy of the State) dans sa façon d’être. Tous les deux font rapidement la conquête du public, chacun dans sa partie.

Autre point commun entre les deux personnages : ont une histoire d’amour compliquée : dans le premier, Dean est aux prises à une femme qui l’aime, qu’il aime mais qu’il a tout de même trompée ! Alors qu’ici, cette histoire est on ne peut plus étrange : Carlin ressent une attirance pour cette femme qui est pourtant morte dans l’attentat.

Le voyage dans le temps devient alors indispensable s’il veut empêcher le terrible attentat ainsi que sauver la fille, deuxième variable de cette enquête.

 

Mais si Marty McFly détourne le cours du temps, il n’en va pas de même pour Carlin et ses collaborateurs : il peut au mieux changer l’ordre des événements, ou encore les circonstances. Mais malgré la première tentative, son partenaire est inéluctablement tué. On retrouve ici ce qui fera le sel du roman de Stephen King, 22-11-1963 (2011) : il n’est pas facile que ça, de changer le cours du temps, n’en déplaise à Doc !

 

Tony Scott, en plus de nous offrir un magnifique film a (enfin ?) trouvé son interprète : Denzel Washington. Le grand Denzel (6’3’’ = 1.91m) sera dans ses cinq derniers films, jusqu’à sa mort prématurée le 19 août 2012.

 

  1. C’est pertinent, mais c’est tout de même inquiétant pour les personnes concernées par la surveillance…
  2. Heureusement, nous sommes au cinéma !
  3. Ces « pseudo-victimes » s’ajoutent aux 1836 qui furent réellement tuées par une autre catastrophe qui, si elle est impressionnante, n’a rien de magnifique : l’ouragan Katrina (23-31 août 2005). L’ouragan a d’ailleurs presque compromis le tournage, mais heureusement le projet fut mené à terme.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Michel Gondry
L'Ecume des jours (Michel Gondry, 2013)

Merveilleux.

 

Il s’agit avant d’un de mes livres de chevet. Un de ces livres qu’on lit quand on est adolescent, parce qu’il nous parle, et vers lequel on revient parce qu’on n’a pas assez entendu ce qu’il avait à nous dire.

Et puis aussi parce que c’est Boris Vian.

Boris Vian aussi nous parlait quand nous étions adolescents. Et quand on voit le film de Michel Gondry, on se dit que c’est (peut-être) ça qu’il voulait nous dire, aussi.

 

Il y a dans ce film l’esprit du roman. Certes, il n’est pas aisé de traduire en images les métaphores du grand Boris, mais que voulez-vous, Michel Gondry a réussi à en prélever l’essence, le sel de ce qui en fait un roman atemporel.

En effet, les images ne cessent de passer d’un époque à l’autre : des années 1950s aux années 2010s et retour en s’arrêtant par ci, par là, ailleurs, toujours dans l’esprit de ce qui est devenu – à juste raison – un livre culte (1).

 

Pour quelqu’un comme moi qui a eu la chance (2) d’entendre le spécialiste de Boris Vian – MONSIEUR Gilbert Pestureau soi-même – je pense que nous sommes en plein cœur du roman. Mais nous sommes avant tout au cinéma. Et une chose est sure : Michel Gondry a tout compris.

 

Ce film est un véritable festival d’images et de mots créés par ces images, ou plutôt ce qui apparaît comme des concepts et qui se réalise en images réelles (3) : le film s’ouvre sur Take the « A » Train (écrite pas Billy Strayhorn pour le prince Duke Ellington), et tout de suite, la maison de Colin (Romain Duris) a des fenêtres tout droit venues des wagons de la SNCF. Puis ce ne sont que des images d’un rêve, toutes mises en forme par Michel Gondry, encore une fois au top dans ce qui concerne de près ou de loin le rêve (4).

Au réveil (enfin juste après) Colin écoute Chloe (encore le Duke, que voulez-vous…) et qui rencontre-t-il à la fête d’Isis (Charlotte Le Bon) ? Oui, Chloé (la toujours belle Audrey Tautou).

Bref, c’est avant tout un rêve que vivent chacun des protagonistes, et cela jusqu’au mariage de Colin et Chloé.

 

C’est une merveilleuse féérie (pléonasme ?) qu’il nous propose – et nous offre – avec des images qui se télescopent et se répondent tout au long du film, avec des acteurs – et (belles) actrices – enthousiastes et qui donnent vie à ce qui fut – et reste pour certains grincheux (5) – avant tout un roman.

Mais Michel Gondry fait ce que tout bon cinéaste avant lui (et après) doit toujours faire : s’approprier l’histoire et la faire exploser en myriades d’images plus belles les unes que les autres, sans en trahir l’esprit ni le sens.

 

Et là, c’est franchement réussi. J’ai mis du temps à voir ce film (au moins 5 ans si on se fie aux dates). Le boîtier était sur ma table, me narguant et me rappelant sans cesse à lui : « regarde-moi… Fais-moi confiance… Tu ne le regretteras pas… »

Mais refusant d’écouter la voix des sirènes (6), j’enchaînais chefs-d’œuvre sur chefs-d’œuvre (7), avec la terrible pensée qui me disait : »tu vas perdre ton temps, depuis le temps que tu lis et relis ce livre, tu peux être sûr que tu vas le regretter… (etc.) »

Et finalement non. Je l’ai vu. Je le reverrai avec cette même motivation qui nous fait choisir, à un moment, un film pour ce qu’il est, et qui se révèle être un choix tellement judicieux qu’on en regrette d’avoir attendu si longtemps pour le faire.

Je vous souhaite donc de faire ce merveilleux choix, au final pas tellement cornélien, mais que voulez-vous, il paraît que tous les choix le sont…

 

 

  1. Pour une fois, ce n’est pas le film qui l’est, culte… Mais attendons de voir !
  2. Il semble que le professeur Allen John  a eu cette même chance, mais je peux me tromper…
  3.  « […] cette histoire est entièrement vraie puisque je l’ai imaginée d un bout à l’autre. » (Boris Vian)
  4. (Re)voyez Eternal Sunshine of the spotless mind
  5. A lire certaines critiques (mauvaises, bien sûr), je n’ai pas dû voir le même film…
  6. Une petite pensée (gratuite) pour Hubert « Cleet Boris » Mounier qui est parti les rejoindre…
  7. enfin pas tout le temps non plus, comme vous avez pu vous en rendre compte si vous me suivez assidument.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Epouvante, #Michael Curtiz, #Fay Wray
Doctor X (Michael Curtiz, 1932)

Une nuit de pleine lune, on amène un corps à la Morgue de Mott Street. C’est une jeune femme qui a été étranglée puis charcutée par celui qu’on appelle « le Tueur de la pleine lune ». Ce soir-là, Lee Taylor (Lee Tracy) traîne dans les parages afin de dégotter le scoop de sa carrière.

Ce soir-là, c’est le Docteur Xavier (Lionel Atwill) qui s’est déplacé pour examiner le cadavre…

 

Nous sommes en pleine période du film d’horreur et d’épouvante, qui commença avec le Frankenstein de James Whale et culminera l’année suivante avec l’arrivée de King Kong sur les écrans, avec la même actrice pour le premier rôle : la belle Fay Wray.

Ici, nous sommes dans un mélange d’épouvante, d’horreur et de policier, car il est question de traquer – et mettre la main sur – l’assassin qui ne peut être qu’un des collaborateurs de Xavier (et pourquoi pas lui, d’ailleurs ?).

 

Il y a dans le film Doctor X des éléments qui nous ramènent à deux autres films un tout petit peu antérieurs : celui de James Whale mais aussi le Dr. Jekyll de Rouben Mamoulian.

On retrouve l’aspect scientifique et expérimental du premier (lui-même fortement inspiré par le Metropolis de Lang) ainsi que le dédoublement de personnalité du second : le meurtrier dont il est question est avant tout un scientifique à la double personnalité comme celui imaginé par Robert Louis Stevenson. On a d’ailleurs droit à une scène de métamorphose qui pourrait tourner au Grand-Guignol si le sujet n’était aussi inquiétant, et son réalisateur si talentueux (1).

Bien sûr, tout l’art de Curtiz est d’utiliser les ombres pour créer cette atmosphère indispensable, à chaque fois dans des situations inquiétantes, ce qui lui fera dire à propos des effets d’épouvante recherchés : « je ferai bouillonner votre sang ! »

 

N’en déplaise à la légende qui veut que Robin Hood (du même Curtiz) soit le premier film en couleur du réalisateur, ce n'est pas non plus Doctor X (2) qui fut son premier film en Technicolor (3). Le suivant (4), d’ailleurs, le sera aussi. Certes, les couleurs sont un tantinet passées, mais cela donne au film des tons pastel en adéquation avec l’atmosphère du film.

Parce que le film possède cette atmosphère propice aux histoires à faire dresser les cheveux sur la tête : la pleine lune qui se découvre aux moments propices ; des ombres menaçantes, ainsi que des personnages plutôt louches du fait de leurs particularités physiques.

 

Si le docteur Xavier semble normal, il n’en va pas de même de ses collègues : le docteur Wells (Preston Foster)a perdu une main ; le docteur Duke (Harry Beresford) a un pied bot et ne se déplace qu’avec un fauteuil roulant ou des béquilles ; et le docteur Rowitz (Arthur Edmund Carewe) possède une spectaculaire balafre sur la joue droite ainsi qu’un œil mort dissimulé par un monocle noir. Mais sont-ils ceux qu’ils prétendent ?

Bref, des individus automatiquement classés dans la liste des suspects probables.

 

Mais nous sommes chez Curtiz, et il ne peut s’empêcher de parsemer quelques éléments comiques dans cette histoire terrible. Il utilise pour cela le journaliste Lee Taylor, un reporter habile certes, mais superstitieux et maladroit à souhait, amenant quelques bons moments de détente au milieu des squelettes et autres éléments effrayant.

 

Et puis il y a la jeune femme : Johanna Xavier (Fay Wray), la fille du docteur. Quand elle tourne avec Curtiz, ce n’est pas son premier film, loin de là : elle en a déjà une bonne trentaine à son actif (5). Sa première intervention dans le film est d’ailleurs ce qui fera sa renommée à partir de l’année suivante : elle crie !

Mais on n’a pas seulement le loisir d’entendre sa puissante voix, on peut aussi admirer ses formes ma foi agréable à voir, entre autres dans une scène en bord de mer qui n’apporte tout de même pas grand chose à l’intrigue…

 

Mais ne boudons pas notre plaisir…

 

  1. On ne pouvait faire autrement à cette époque, il faudra attendre les débuts du morphing, quelques soixante ans plus tard pour arriver à un résultat « naturel ».
  2. Longtemps, cette copie couleur fut considérée comme disparue.
  3. Il s'agit de Mammy (1930), sorti quelques jours avant Under a Texas Moon, lui aussi en couleur. Grand merci au professeur Allen John pour ses précisions.
  4. The Mystery of the Wax Museum, avec encore une fois Fay Wray
  5. Dont The wedding March de Stroheim, excusez du peu.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Stanley Kubrick
2001, l'Odyssée de l'espace (2001, a space Odyssey - Stanley Kubrick, 1968)

Le silence de l’espace, seulement troublé par la musique des Strauss (Johann & Richard), de György Ligety et même d’Aram Khatchatourian.

C’est l’espace de Kubrick, celui où aucun son ne se répercute, où chaque astronaute n’entend que sa respiration. Mais c’est surtout l’espace tel qu’il est où les explosions ne sont que visuelle et qui fera dire à Ridley Scott une dizaine d’années plus tard : dans l’espace personne ne vous entendra crier.

 

En 1968, quand sort le film, les spectateurs étaient plutôt habitués à voir des films de science fiction de série B (voire plus loin dans l’alphabet), où de méchants extra-terrestres à la forme humanoïdes venaient embêter les gentils Terriens.

Alors quand Kubrick présente son film, c’est une véritable révolution dans le cinéma de genre : on peut faire un film qui se déroule dans l’espace sans tomber dans le ridicule.

 

Kubrick, pour réaliser cette « odyssée » s’est entouré de techniciens hors pair – dont l’inévitable (depuis) Don Trumbull – pour donner une majesté au film accentuée par la musique des deux Strauss : l’aube se lève sur Ainsi parlait Zarathoustra (Richard) et la station orbitale tourne sur les accords du Beau Danube bleu (Johann). Une idée absolument géniale : croiser deux genres (futuriste & musique classique) tellement éloignés l’un de l’autre et qui pourtant se complètent à merveille.

 

Ensuite, il y a la présence des extra-terrestres. C’est le premier choc qu’éprouve le spectateur devant ces grands monolithes rectangulaires. Ils n’ont aucun système vital identifiable, ni membres mobiles. Ce sont des êtres vivants (?) qui se rapprochent plus de l’entité voire du concept (essence) que les créatures qui nous étaient proposées les années précédentes (et encore maintenant, cela va sans dire).

Ces éléments (1) sont pourtant actifs : dans le premier âge exploré, on aperçoit des primates qui vont évoluer au contact du monolithe. Reste à savoir si cette évolution est bénéfique puisque l’outil « inventé » va surtout permettre de tuer : pour manger, pour attaquer.

S’ensuit alors la plus célèbre ellipse temporelle (quelques millions d’années en quelques secondes) du cinéma : l’os jeté en l’air tournoie et se métamorphose en vaisseau spatial au large de la Terre.

 

Mais passons à la deuxième époque : 1999 puis 2001. Il semble que les hommes aient retrouvé la trace de leur préhistorique mentor : une plaque a été retrouvée sur la Lune. Et l’expédition finale - dirigée par David (Keir Dullea) et Frank Poole (Gary Lockwood) assistés d’un ordinateur à l’intelligence artificielle extrêmement avancée (2) – n’est possible que parce qu'on a intercepté des vibrations similaires autour de Jupiter.

Mais en arrivant à Jupiter, c’est autre chose que trouvera David, une espèce de voyage vers l’infini et au-delà comme dirait quelqu’un…

 

C’est cette deuxième expédition, cette odyssée finale, qui fait tout le sel du film et nous propose les images les plus fabuleuses. On y suit les mésaventures de David et Frank aux prises avec Hal, aux accents torturés de la musique de Ligety. C’est d’ailleurs ce même style de musique qu’on retrouvera dans un autre film de Kubrick aux personnages eux aussi torturés : Shining.

Le film de Kubrick tranche aussi avec l’action qui s’y déroule. Les spectateurs (d’avant et de maintenant aussi) n’ont pas beaucoup l’habitude d’un rythme aussi lent pour un sujet aussi fascinant (3). Et pourtant, le rythme adopté ici est le bon : le mouvement gracieux et continu du corps de Frank qui flotte dans l’espace en est une très belle illustration, rappelant la station orbitale du début. Mais la musique de Strauss (Johann) n’est plus d’actualité : entre temps, le superordinateur est devenu fou. Ou quelque chose qui s’en rapproche (4). Les efforts de David pour le neutraliser deviennent passionnants, Hal perdant de son intelligence et de sa voix en fonction des circuits qui sont débranchés, donnant un caractère pathétique à la scène qui se déroule.

Mais il y a une force maléfique dans cet être numérique dont la froideur n’a d’égal que celle de l’espace autour du vaisseau. Hal n’est qu’un œil, immobile malgré son grand empan visuel. C’est l’un des tueurs les plus terribles du cinéma : son œil – artificiel, évidemment – exprime encore moins qu’un regard humain vide. Le parti pris de Kubrick de filmer cet œil en gros plan accentue le caractère maléfique et redoutable de cette machine, qui semble avoir été trop bien conçue, atteignant (artificiellement) la folie que peut éprouver un esprit humain. Glaçant.

 

Et puis il y a le dernier voyage, celui qu’on entreprend toujours seul. Mais si on peut parler de la mort d’Hal, il est difficile d’en dire autant pour David.

C’est un voyage au bout de la nuit spatiale, au bout de l’infini, terminant le film sur une note irréelle voire surréelle. Ce sont des images naturelles saturées de couleurs primaires et complémentaires, entrecoupés par le visage ou l’œil de David, vivant avec  un grand sentiment d’effroi ce voyage au bout de cet infini qui, tel l’horizon, ne cesse de reculer.


Quant à la dernière image, je vous la laisse, telle quelle, en face de vos interrogations (5)

 

  1. Il est difficile de les définir comme des êtres vivants, vous en conviendrez.
  2. Cet ordinateur est tellement en avance sur son temps que les lettres qui le définissent ont un rang d’avance sur le géant de 1968…
  3. Il faut dire que Star Wars est passé par là…
  4. Difficile de se prononcer dans le cas d’une intelligence artificielle.
  5. (re)voyez le film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Steven Spielberg
Rencontres du troisième Type (Close Encounters of the third kind - Steven Spielberg, 1977)

D’un côté une équipe de scientifiques sous couvert des Nations Unis qui sillonne le monde (Mexique, Inde…) ; de l’autre des quidams, là où il (ne) fallait (pas) au moment idoine.

Tous n’ont qu’un seul but : mettre un nom sur leurs apparitions. Définir ces « rencontres ».

 

Parmi les quidams : Roy Neary (Richard Dreyfuss).

Roy est un père de famille très particulier : il n’assume pas beaucoup son rôle paternel, préférant jouer au train plutôt qu’aider son aîné à son problème de maths. Mais malgré tout, Ronnie (Teri Garr), l’aime et passe sur son côté adolescent attardé.

Parce que Roy Neary est avant tout un ado attardé. Alors quand sur une intervention, non seulement il ne fait pas le boulot demandé mais en plus il est témoin d’une manifestation qu’il n’ose appeler extra-terrestre. Résultat : il est viré et sa femme prend de plus en plus ses distances d’un mari qui n’est plus vraiment à la hauteur, surtout qu’il a l’intention de créer une grande œuvre dans leur salon…

 

Ca, c’est le contexte voulu par Steven Spielberg, qui l’opposa au scénariste original (Paul Schrader) qui claquera la porte, faisant – de son propre aveu – « la plus grosse erreur de [sa] vie. »

En effet, le point de vue de Roy, grand enfant comme les aime Spielberg, est ce qui donne toute sa force au film. Car Roy est le catalyseur de l’alchimie mise en place par Spielberg : c’est lui qui donne sens au(x) phénomène(s) et qui rend l’histoire vraisemblable. Et le choix de Richard Dreyfuss pour l’interpréter finit de nous convaincre : ses yeux bleus d’incrédule qui a pourtant vu sont ses atouts les plus décisifs. Parce que ce n’est pas gagné, surtout pour sa femme : un grand dadais qui joue avec le tas de purée dans son assiette n’est pas spécialement le rêve d’une femme mariée… Et d’ailleurs, elle finit par partir.

 

Mais ce n’est pas grave, car comme disent Scully et Mulder : la vérité est ailleurs. Dans le Wyoming, par exemple, là où aura lieu la « rencontre » décisive…

Et Spielberg oppose à Roy, ce grand garçon naïf, une espèce de complot comme on en voit fleurir beaucoup sur le Net : l’armée des Etats-Unis reprend l’événement à sa charge et le bidonne ; nous assistons alors à une belle démonstration de mensonge au niveau fédéral (au moins) avec fausses émanations toxiques et vraie évacuation de la population avec juste ce qu’il faut de bousculade.

 

On peut déceler une étrange analogie entre les organisateurs de la rencontre et Spielberg lui-même sur le film. C’est comme s’il avait évacué tous les importuns et avait invité les spectateurs – à travers Roy, bien sûr – à assister à l’événement.

En effet, malgré l’immensité du lieu d’atterrissage du vaisseau, on ressent une impression de proximité entre les différents protagonistes et les spectateurs. Le jeu de Richard Dreyfuss accentue cette proximité. C’est comme un cadeau qui est fait aux spectateurs qui n’ont pas cessé de soutenir Roy dans cette extraordinaire expérience.

Cette ultime rencontre, d’ailleurs est un festival d’images somptueuses avec les magnifiques effets du grand Donald Trumbull, qui avait déjà fait quelques années plus tôt le même travail (mais différemment pour Kubrick et son 2001, l’Odyssée de l’espace (1).

 

Mais ses magnifiques effets spéciaux sont aussi au service d’un savoir-faire qui va se développer dans les années suivantes : la « Spielberg Touch », comme disent les anglo-saxons.

Avec ce film (son quatrième), Spielberg laisse de côté les histoires réalistes pour se lancer dans la science-fiction. Et à l’aspect scientifique, il ajoute une note de magie qui fait toute la différence. Non seulement il nous rend l’improbable vraisemblable, mais en plus, il arrive à nous émouvoir.

Car c’est à l’enfant qui est en nous qu’il s’adresse, à défaut de le faire aux enfants eux-mêmes (2). Il n’est pas étonnant qu’à part Roy, c’est un véritable petit garçon – Barry Guiler (Cary Guffey) – qui a des relations privilégiées avec ces étranges visiteurs venus d’ailleurs : pour croire à une telle histoire, il faut avant tout être un enfant, ou tout du moins avoir gardé une parcelle de son enfance…

 

 

  1. Pas étonnant que Ridley Scott fera appel à lui pour Blade Runner, cinq ans plus tard : La parenté est on ne peut plus claire.
  2. Il le fera plus tard avec E.T., dont le personnage central (l’extra-terrestre) ressemble beaucoup à ceux que nous apercevons à la fin.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Terence Young, #James Bond
Opération Tonnerre (Thunderball - Terence Young, 1965)

J.B. n’est plus. Ce sont ses obsèques.

Mais rassurez-vous, il s’agit en fait de Jacques Bouvar, un membre du SPECTRE, pas notre James Bond (Sean Connery, fidèle à son poste malgré ses retards légendaires).

Le SPECTRE, cette organisation criminelle a, cette fois, l’intention de faire exploser des bombes atomiques si on ne lui verse pas £100.000.000 (1) en diamants (rien que ça !).

Mais heureusement, notre agent secret préféré veille et va déjouer ce vaste complot, toujours entouré de jolies filles, cela va de soi.

 

Terence Young est de retour une dernière fois (2) pour diriger les aventures de James Bond, qui sont déjà au nombre de quatre (1). Outre 007, on retrouve quelques permanents : Miss Moneypenny (Lois Maxwell) avec qui il continue de marivauder ; « M » (Bernard Lee) pour chapeauter les opérations ; et l’indispensable « Q », véritable représentant en gadgets utiles quand on doit sauver le monde (libre). Sans oublier Felix Leiter, l’homologue de James pour la CIA, cette fois interprété par Rik van Nutter, pour cette fois seulement : on pourrait croire que le rôle de Felix est aussi changeant que celui d’une James Bond Girl…

 

Toujours pas de réplique culte en vue, même si Bond décline son identité à plusieurs reprises.

Pour le reste, c’est un épisode somme toute assez ordinaire. Les jeunes femmes sont toujours aussi séduisantes – Claudie Auger (Domino est tout de même une ex-Miss France, excusez du peu) – qu’elles soient du bon côté – Domino, Paula (Martine Beswick, qui était déjà dans From Russia with love) – comme du mauvais : Fiona Volpe (Luciana Paluzzi), alias numéro 10 du SPECTRE (encore lui).

 

C’est d’ailleurs du SPECTRE que nous viennent de nouvelles informations. Si Numéro 2, Emilio Largo (Adolfo Celi, que nous avions découvert dans l’Homme de Rio) est identifiable, il n’en va pas de même pour le Numéro 1. Mais c’est tout de même ici que va se forger la légende de Blofeld (3).

En effet, nous ne pouvons qu’imaginer ce personnage, un store (bien pratique) nous empêchant de voir son visage. Mais on entend sa voix (celle d’Eric Pohlmann) et surtout on peut voir sa main caresser un chat blanc !

Ca y est, c’est parti. Blofeld va peu à peu s’imposer dans l’univers de Bond jusqu’à sa chute fatale (dans tous les sens du terme) au début de For yours Eyes only.

 

Pour le reste, c’est du James Bond avec tout de même une magnifique bataille sous-marine, où les méchants (en noir) et les gentils de la CIA se battent à coups de couteau et de harpons, dans le (presque) silence cher au commandant Cousteau : la musique de John Barry étant parfois dominée par l’échappement des bulles d’air provoquées par les plongeurs.

 

Et, bien entendu, James Bond reviendra.

Alors à bientôt !

 

 

  1. Ca fait toujours plus important écrit comme ça…
  2. Il s’agit du premier James Bond tourné depuis la mort d’Ian Fleming.
  3. Ernst Stavro pour les intimes.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fritz Lang
Furie (Fury - Fritz Lang, 1936)

Voilà plus d’un an que Joe Wilson (Spencer Tracy) n’a pas vu Katherine Grant (Sylvia Sidney), sa fiancée.

Alors ce jour des retrouvailles va être inoubliable.

Et comment : Joe est arrêté sur la route pas Bugs Myers (Walter Brennan) et rapidement emprisonné.

Son crime : être au mauvais endroit, au mauvais moment.

On l’accuse d’avoir kidnappé une jeune femme.

Mais si sa culpabilité n’est pas encore claire pour le shérif et son équipe, elle l’est – et comment ! – pour le reste de la ville.

Un groupe d’une vingtaine de personnes va rapidement exciter la foule, l’amenant à brûler la prison et son prisonnier.

 

Pour son premier film américain, Fritz Lang fait – encore une fois – un coup de maître. On retrouve dans ce film l’esprit américain du pays qui vient de l’accueillir avec le savoir-faire qui a forgé sa réputation pendant la quinzaine d’années précédentes.

On retrouve dans ce film des thèmes – et des façons de filmer – qui rappellent ces deux derniers films allemands : M le Maudit et Le Testament du Dr. Mabuse.

M le Maudit parce qu’on assiste à une chasse à l’homme qui cette fois-ci n’aboutit pas à une arrestation (1), mais à un lynchage.

Le lynchage fut cette particularité américaine qui fut en vogue surtout au XIXème siècle mais dont les manifestations perdurèrent au XXème. Encore aujourd’hui, on parle de lynchage dans des situations sinon de mort mais d’extrême violence envers quelqu’un.

 

Ici, nous voyons le procédé se développer jusqu’au point de non-retour. Mais avec une particularité originale : la victime du lynchage – Joe Wilson – se conduit de la même façon que ses lyncheurs : ces hommes ET femmes coupables d’avoir incendié la prison pour tuer son prisonniers se retrouvent à leur tour dans une situation où la mort – même si elle semble légale – est tout de même au bout du tunnel. Et la dernière partie du film insiste sur cette drôle de culpabilité qu’éprouve Joe envers des gens qui s’ils avaient l’intention de le tuer ne l’ont finalement (et miraculeusement, semble-t-il) pas fait. On retrouve alors un homme torturé par sa conscience, rappelant la fièvre qui étreignait de la même façon Hans Beckert (Peter Lorre), avec en prime un plan là encore devant une vitrine : Beckert était torturé par sa névrose alors que Wilson l’est par sa conscience, mais leur état d’esprit est le même.

Cette conscience qui taraude l’esprit se retrouve aussi dans les apparitions du Dr. Mabuse, apparitions qui ne font qu’altérer celui qui en souffre. Ici, c’est au tour de Joe Wilson d’en souffrir.

 

La force du film tient en deux choses. La première, c’est comment on arrive à ce lynchage. Comment des gens qui semblent civilisés se laissent aller à la rumeur et aux bas instincts.

On retrouve dans la mise en place de cet effroyable épisode le savoir-faire allemand : on retrouve cette même rumeur qui atteint le portier dans Le dernier des Hommes. Et Fritz Lang, si le sujet n’était pas aussi grave, s’en amuserait. On voit comment une remarque – pas anodine, par contre – de l’adjoint Myers se répand et se transforme, bien sûr, et amène cette foule en courroux prête à tout pour venger un crime. Cette rumeur se répand de la même façon que toutes les autres : « je ne peux pas en dire plus » déclarent toujours ceux qui en ont déjà trop dit.

On retrouve alors la frénésie qui habite le cinéma de Lang dans ce développement. C’est cette même frénésie qui amène les débordements de Metropolis ou la panique boursière dans Dr. Mabuse le Joueur.

 

Mais si Mabuse ou Beckert sont des gens qui œuvrent à couvert, ici, les leaders le font à visage découvert : on retrouve entre autres Kirby Dawson (Bruce Cabot, passé du « côté obscur », depuis King Kong) et un homme qui ne se cache pas d’être un agitateur de foule « professionnel ». Du beau monde, quoi !

 

La deuxième partie voit le procès des émeutiers, avec à un moment la prise de conscience par Katherine que Joe n’est pas mort.

On retrouve les mêmes éléments des films de procès, mais avec, pour le spectateur un scrupule que n’a pas tout de suite Joe : ces gens sont de véritables salauds – et les images parlent d’elles-mêmes, malgré la solidarité malsaine qui règne dans la ville – mais le mort ne l’est pas. On ne peut donc pas totalement s’identifier à Joe Wilson.

 

Il n’en sera pas de même avec Gil Carter (Henry Fonda) quand William Wellman abordera à son tour le lynchage. Dans The Ox-bow Incident, les lyncheurs n’auront aucune circonstance atténuante : les hommes pris seront injustement (2) pendus.

 

 

  1. Encore que les truands qui avaient appréhendé Hans Beckert avaient tout de même l’intention de le tuer, mais après un procès plus ou moins dans les formes…
  2. Est-ce justice que de prendre une vie contre une autre vie, même dans le cadre d’une mise à mort « légale » ? C’est une des interrogations qui ressort toujours dans ce genre de films judiciaires.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Star Wars, #Ron Howard
Solo: a Star Wars Story (Ron Howard, 2018)

Starwars, dixième partie.

Dans la chronologie officielle, on placerait cet épisode entre l’opus III (la Revanche des Siths) et Rogue One.

Ce film nous propose donc l’histoire de Han Solo, quelques années avant sa rencontre avec Luke et Obi-Wan.

On y rencontre donc notre héros turbulent (Alden Ehrenreich) issu d’une sinistre planète (Corellia) où il est (déjà) un voleur. Il veut s’en échapper, avec sa fiancée Qi’ra (la belle Emily Clarke, avec ses vrais cheveux !), mais s’il y parvient, ce n’est pas le cas de sa belle.

 

Je suis un tantinet déçu* de Ron Howard, j’attendais plus de sa part dans un tel film.

Certes, il remplit le cahier des charges : poursuites, lieu de convivialité, humanoïdes aux têtes et langages improbables, et même un droïde, dans un coin, qui rappelle R2D2, le grand absent du film.

En plus, nous avons le plaisir d’assister à la rencontre ente Han et Chewbacca (Joonas Suotamo, Peter Mayhew ayant des problèmes de genoux, liés à l’âge que voulez-vous…).
Cette rencontre est rude, mais rapidement les deux comparses font l’affaire.

S’ensuit une intrigue autour du Coaxium, le carburant précieux utilisé dans cette galaxie si « lointaine, lointaine »…

Avec en prime la première rencontre entre Han et Lando Calrissian (Donald Glover) avec la fameuse rivalité autour du Millenium Falcon.

 

Mais malgré tous ces épisodes réjouissants, on ressort du film avec une impression de manque. Quelque chose qui a été oublié et le plaisir qui suivit Rogue One ne se retrouve pas ici. Pour ma part, j’attendais plus de la relation entre Han et Chewy, les épisodes suivants présupposaient des événements plus forts entre eux deux, ce qui n’est pas le cas ici : ils sont rarement seuls, et on ne peut décemment pas expliquer leur lien avec la douche qu’ils prennent ensemble après leur évasion (2).

 

Mais du point de vue de l’intrigue, beaucoup de questions restent en suspens. En effet, si Han rejoint bon gré, mal gré la Rébellion, le personnage de Qi’ra mérite un minimum d’explications supplémentaires : que s’est-il passé entre la fin de ce film et l’apparition de Han sur Tatooine dans l’épisode IV ? Quel est son rôle et qu’est-elle devenue ensuite ?

Quant à l’apparition de Darth Maul (Ray Park & Sam Witwer), j’ai dû manquer un épisode, car je ne m’explique pas sa présence. (3) 

 

Finalement, si cet épisode nous permet de vivre quelques épisodes évoqués dans la trilogie originale, il nous laisse tout de même avec beaucoup de questions.

Auront-elles une réponse plus tard ?

 

  1. Il semble que je ne sois pas le seul…
  2. Ce n’est pas vraiment le genre de la marque Disney, ou alors, ils ont bien évolué…
  3. Rogue One évitait des questionnements : tout le monde mourait…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #William A. Wellman
L'étrange Incident (The Ox-bow Incident - William Wellman, 1943)

L’Ouest américain, encore en quête de Civilisation.

Nous sommes dans une toute petite ville du Nevada, en 1885.

Deux étrangers arrivent : Gil Carter (Henry Fonda) et Art Croft (Harry Morgan). Gil est venu retrouver sa fiancée Rose Mapen (Mary Beth Hughes), mais cette dernière est partie.

Puis survient l’incident du titre : Larry Kincaid a été tué d’une balle dans la tête, son troupeau volé. Bref, les citoyens – bien intentionnés comme toujours dans ces cas-là, décident d’organiser une brigade pour retrouver le(s) meurtriers.

Et ils les trouvent. Mais sont-ils les vrais coupables ?

 

William Wellman nous propose ici un western aussi étrange que l’incident dont nous parle le titre français. Tout y est, ou presque : chevauchée dans des décors sauvages ; échanges de coups de feu ; attaque fortuite d’une diligence ; repas au coin du feu ; et bien entendu l’indispensable lynchage, qui donne toute sa dimension à cet « incident ».

 

Car cet incident est un lynchage, une de ces particularités américaine (1) qui se termine, la plupart du temps dans les westerns par une pendaison. Ici c’en sont trois de prévues, une pour chaque homme appréhendé et prestement jugé.

La brigade, qui a prêté serment – un tantinet illégalement – est composée de 27 personnes, dont une femme, Ma Grier (Jane Darwell), qui si elle d’un autre sexe que la meute n’est pas la dernière pour accomplir le lynchage.

Autre élément de ce lynchage, la présence de Tetley (Frank Conroy), un ancien major confédéré, étonnamment installé dans une grande maison à colonnes bien loin de son Sud natal (2).

 

Encore une fois, on retrouve Henry Fonda dans une histoire où il voudrait interrompre un lynchage. Mais cette fois-ci, il n’a pas l’éloquence d’Abraham Lincoln (3), mais surtout, la vingtaine de partisan de la pendaison sont un peu trop nombreux à arrêter, et surtout beaucoup trop passionnés pour entendre quoi que ce soit.

 

Parce que ces hommes sont passionnés. Ils en sont même furieux. Un des leurs a été tué, alors les raccourcis pointent : les trois hommes rencontrés – Donald Martin (Dana Andrews) ; Juan Ramirez (Anthony Quinn) et Alva « Dad » Hardwick (Francis Ford) – sont des coupables tout trouvés : ils ont une partie des bêtes de Kincaid et le Mexicain possède son arme.

On a alors une longue séquence pendant laquelle Martin va tenter de se justifier, soutenu par une partie de la meute – ils sont 7 (chiffre symbolique s’il en est) – dont Arthur Davis (Harry Davenport), véritable voix de la raison que trop peu écoutent.

 

Il est à remarquer aussi que durant toute cette partie – de la découverte des trois hommes jusqu’au mot fin – on n’entend plus la musique, une variation sur Red River Valley (4).

En effet, en supprimant la musique, Wellman renonce aux accents émouvants qu’elle peut susciter. On n’entend les paroles, les déplacements, et éventuellement le craquement du feu.

Ce sont des détails qui, nous le savons bien, prennent une autre dimension pour ceux qui vivent cet instant. Car c’est un événement (plus qu’un incident) que beaucoup regretteront, voire avec lequel ils ne pourront vivre.

 

Les trois hommes sont pendus. C’est un fait. Mais leur mort prend toute sa dimension dans leur ombre (c’est l’aube) sur le sol, une ombre agrandie du fait du niveau bas du soleil. Et malgré l’absence de musique, on est ému de ce qu’il vient de se passer, aussi rapidement, aussi froidement. Comble de l’horreur, l’un d’eux ne meurt pas tout de suite et doit être achevé à coup de fusil. Terrible.

 

Bien sûr, ces trois hommes sont innocents. Mais c’est (comme toujours dans ces cas-là) quand il sera trop tard que la vérité éclatera. Pas pour les spectateurs qui ont pris – normalement – fait et cause pour ces trois pauvres hommes (5), mais pour les autres, le regard perdu au-dessus de leur verre d’alcool, pendant que les « justes » assument leurs responsabilités.

 

Une fois le mot fin effacé, un encart encourage les spectateurs à acheter – dans la salle – des Bons de la Défense.

Chose étonnante, cet appel donne une autre dimension à ce western, le plongeant dans une réalité assez meurtrière où des innocents sont exécutés sans autre forme de procès, bien loin là-bas, dans l’Europe nazie…

Mais même s’il n’y a pas de parallèle à établir, ce film garde, 75 ans après toute se force : qu’elle soit dans la condamnation de « l’incident » qu’elle dénonce, ou dans l’émotion qu’elle suscite devant une telle pratique bien loin de la Civilisation que ces hommes pensent représenter (qu’ils soient dans le film, ou à la même époque – 1943- en Europe.

 

 

  1. Mais on trouve la même chose ailleurs, sous un autre nom : « justice populaire », « vengeance »…
  2. A-t-il dû quitter le Sud, une vingtaine d’années plus tôt ?
  3. Young Mr. Lincoln (John Ford, 1939), dont Lamar Trotti a aussi écrit le scénario.
  4. Musique aussi utilisée par John Ford dans Grapes of Wrath (1940) qui réunissait déjà Henry Fonda et Jane Darwell, dans un autre film traitant de l’injustice.
  5. Henry Fonda étant de leur côté, les spectateurs ne peuvent que suivre sa décision, même si elle ne pèse pas grand-chose dans le destin final des trois accusés.

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