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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Claude Lanzmann
Shoah - Episode 1 (Claude Lanzmann, 1985)

Terrible.

Horrible.

Implacable.

 

Le documentaire de Claude Lanzmann ne peut pas laisser indifférent.

C’est un véritable témoignage de ce que la barbarie humaine – nazie en l’occurrence – est capable.

Dans tout cet épisode, Claude Lanzmann ne se préoccupe pas du pourquoi de es horreurs. C’est le comment qui l’intéresse.

Comment des gens ordinaires ont pu massacrer d’autres gens, comme eux très certainement, parce qu’ils étaient d’une autre confession qu’eux, ou parce qu’ils étaient différents.

Et plutôt que de se plonger dans les heures de documentaires déjà diffusées de par le monde par les télévisions, il a choisi de s’adresser directement à ceux qu’ils l’ont vécu.


Alors, pendant une dizaine d’années, il a parcouru différents points de la planète à la rencontre de ces survivants : Israël, Etats-Unis, Allemagne, Pologne...

Ce sont alors des gens qui parlent à la première personne. Ils parlent avec leurs propres mots, essayant de prendre de la distance par rapport à ce qu’ils ont vu, à ce qu’ils ont vécu. Mais impitoyablement, les souvenirs les assaillent et leurs voix se brisent. Même ce rescapé qui sourit toujours, et qui s’en justifie : « je ne vais pas pleurer tout le temps » et surtout qui ne veut plus en parler. Mais rapidement, Lanzmann le pousse à le faire. Et l’homme cesse de sourire. Revivant ce terribles moments, submergé par l’émotion qu’il voulait ignorer mais qu’il ne peut pas empêcher

.

Et Lanzmann poursuit, malgré cette émotion qui les étreint, voulant découvrir jusqu’où cette horreur est allée.

Parce que cette volonté d’aller jusqu’au bout obéit à une raison primordiale : ne pas oublier. C’est une course contre le temps qui passe et qui fait disparaître tous ces témoins, victimes et bourreaux. Les rescapés qu’ils interrogent ne sont pas éternels, et la plupart d’entre eux sont morts, aujourd’hui, certains même avant la première projection du film.

Et quoi qu’il en soit, leur parole a été gardée, et elle sera toujours disponible, pour que personne n’oublie jamais tout ça.

 

Mais parmi les survivants de cette époque, il n’y a pas que des victimes. Les témoignages du  SS Untersharführer de Treblinka ou des paysans polonais amènent un autre aspect de cette entreprise de mort à grande échelle.

Ces gens infirment ce que beaucoup ont déclaré ceux qui ont fermé les yeux sur ce qui se passait : oui, ils savaient. Même ce même nazi qui se réfugie d’entrée derrière son procès de 1948. Mais Lanzmann, encore une fois recentre le débat et lui demande de décrire, à froid, ce qu’il a vu et ce qu’il a fait.

 

Ce sont d’ailleurs les Polonais qui apportent des témoignages parmi les plus impressionnants. Ils voyaient passer des trains marchandises remplis de Juifs et autres déportés et leur faisaient un signe extrêmement claires : passer le doigt dans le cou en souriant, annonçant silencieusement le sort fatal des voyageurs entassés. Quand ils ne disent pas que ces mêmes voyageurs étaient installés confortablement dans des compartiments luxueux de type Pullman.

Et puis il y a ce conducteur de train. Cet homme, ce cheminot qui, pendant la durée de fonctionnement du camp de Treblinka, amenait son chargement directement dans le camp et repartait à vide. C’est le seul qui exprime du remords. Une tristesse profonde, alors qu’il est sur son train, là où tout est arrivé. Et Lanzmann, qui a compris cette tristesse le pousse à l’exprimer : ses remords, sincères sont un démenti de tout ce que les paysans ont pu raconter juste avant.

 

Une première partie qui donne le ton : Lanzmann ira jusqu’au bout pour amener ces interlocuteurs à raconter ce qu’ils ont vu, ce qu’ils ont fait, ce qu’ils ont vécu.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Michael Mann, #Robert de Niro
Heat (Michael Man, 1995)

Michael Mann refait un de ses films : L.A. Takedown.
Avec une heure de plus, il en fait un véritable chef-d’œuvre du genre.

Il faut dire qu’il a à sa disposition un duo magistral : Robert de Niro et Al Pacino.

Et en plus, c’est la première fois qu’ils jouent vraiment ensemble dan un même film (1).

Alors bien entendu, les spectateurs n’attendent qu’une chose : une confrontation entre ces deux monstres sacrés.

 

Mais revenons à nos moutons.

Il s’agit donc d’un film de gangsters, genre toujours très prisé des spectateurs (2). D’un côté le bon droit, la justice, bref la Loi, Vincent Hanna (Al Pacino), lieutenant de police total, dévoué corps et âme à son service, ce qui peut amener des désagréments dans sa vie personnelle.

De l’autre son reflet de l’autre côté de la Loi, le truand dans toute sa splendeur, Neil McCauley (Robert de Niro), digne héritier des gangsters d’antan, braqueur de génie.

Ces deux hommes représentent d’une certaine façon une autre époque, un temps révolu où les protagonistes – de chaque côté de la Loi – ont du respect les uns pour les autres, mais où le devoir prime avant tout.

 

On a donc la confrontation indispensable entre ces deux hommes. C’est l’un des plus grands moments du film, puisque pendant les six minutes qu’elle dure, on perçoit ce respect mutuel, mais avec toujours ces mêmes menaces inéluctables : chacun devra faire ce qu’il a à faire, même s’il faut en passer par l’élimination physique de l’autre.

Cette rencontre est avant tout un point de rupture dans l’intrigue.

En effet, à partir de cette rencontre, les positions deviennent immuables et la fin est annoncée : il n’en restera qu’un. Et d’habitude, force reste toujours à la Loi…

 

Si les acteurs choisis pour interpréter ce duo sont extra-ordinaires, leurs personnages eux, sont très communs. Entre Hanna qui en est à son troisième mariage, qui lui aussi bat de l’aile et MacCauley, célibataire qui réside au bord de la mer dans une immense maison vide, on a deux hommes qui finalement se ressemblent, chacun dans sa spécialité. Ce sont avant tout deux hommes qui ne vivent que pour leur métier. SI l’amour les frappe, ils n’iront jamais jusqu’au bout de leurs sentiments : à chaque fois leur devoir s’imposera à eux. Il n’est même pas question de choisir entre ces deux options (amour ou métier), car de toute façon, c’est leur métier qui les définit. Même si cela laisse un vide dans leur vie.

 

La situation de McCauley est la plus parlante. Sa maison en bord de mer se résume à un grand séjour avec cuisine (à l’américaine, évidemment…) sans aucun meuble. On se demande d’ailleurs à quoi lui sert cette maison, puisque la seule nuit « normale » qu’on lui connaît se passe chez Eady (Amy Brenneman) une jeune femme dont il s’éprend.

Et cette solitude (malgré la jeune femme) est criante quand on le voit avec ses amis-complices qui eux, ne vivent pas seuls, ou même ont des enfants. Pour McCauley, comme pour Hanna d’ailleurs, il n’y a pas de place pour des enfants : leur vocation (il y a une part mystique dans leur relation à leur métier) est absolue et ne laisse de place à personne d’autres.

 

Ou plutôt si, il n’y a de place que pour son opposant.

Chacun des deux est une face d’une même pièce qu’on lance et qui tombera obligatoirement sur une des deux, sauvant l’un mais, évidemment, condamnant (définitivement) l’autre.

La scène finale prend alors une autre dimension, amenant les deux protagonistes à vivre l’un sans l’autre.

 

Peut-il en être autrement ?

 

  1. S’ils apparaissent tous les deux dans Le Parrain 2, il y a plus de 40 ans qui les séparent, d’où aucune confrontation possible.
  2. Normal, la très grande majorité, si elle est attirée par l’interdit, ne rejoindra jamais le côté obscur….

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille
Forfaiture (The Cheat - Cecil B. DeMille, 1915)

Fabuleux.

Il s’agit de la version encore disponible, ressortie en 1918, ce qui explique l’insert du journal daté d’avril de cette même année.

Cette nouvelle exploitation est due à l’Association des Japonais de Californie (du Sud) qui n’appréciait pas qu’un de ses ressortissants – fût-il virtuel – soit dépeint comme un monstre sadique.

 

Mais reprenons. Nous sommes dans ce qu’on n’appelle pas encore la Jet Set (1), et les Hardy sont des membres éminents de cette espèce d’aristocratie américaine. Pendant que Monsieur (Jack Dean) spécule jusqu’à son dernier cent afin de faire fortune, Madame (Fannie Ward) dépense sans compter, renouvelant sa garde-robe pour maintenir son rang, maintenant qu’elle est trésorière de la Croix-Rouge. 10.000 dollars lui sont alors confiés qu’elle investit dans un placement « sûr » (ils le sont toujours au début) qui s’avère une catastrophe. Elle s’adresse alors à Haka Arakau (Sessue Hayakawa), un Birman (2) qui a fait fortune dans l’ivoire.

Ce dernier accepte de couvrir la perte contre la vertu de la femme. Acculée, elle accepte.

C’est alors que son mari fait fortune !

 

On retrouve donc un milieu cher à Cecil B. DeMille, cette haute société qui ne vit que dans le luxe : pour et par l’argent. Mais malgré ce milieu très argenté, la mise en scène est très intimiste. Ce n’est pas un déballage de richesse comme on pourra en voir dans d’autres de ses films. Ici, (presque) tout est feutré, minimaliste. En effet, les rares séquences en extérieurs sont très courtes : ce qui nous intéresse (DeMille et nous spectateurs), c’est le drame qui se joue à l’écart des réceptions officielles ou demeures somptueuses.

 

Non seulement les lieux utilisés sont exigus, mais en plus, l’éclairage joue un très grand rôle dans le minimalisme. A de très nombreuses reprises, c’est l’alternance ombre-lumière qui donne à ce film toute sa beauté. Si DeMille choisit d’isoler ses acteurs par un point lumineux pertinent, il utilise avec beaucoup d’adresse les ombres, qu’elles soient chinoises (6) quand la déroute financière est annoncée, ou portée quand Hardy est en prison, accentuant le désespoir de ce dernier.

Ce point de lumière n’éclaire que ce qui est important : les visages, le brasero… Car c’est surtout ce brasero qui est l’élément le plus important du film. C’est avec celui-ci qu’Arakau marque au fer rouge ses possessions : les objets (statuettes) mais aussi les êtres.

 

C’est d’ailleurs ce dernier point qui a généré tout es les protestations des Japonais de Californie : au cœur de l’intrigue, quand la forfaiture du titre – « The Cheat » en VO, c.à.d. la tromperie (3) – est annoncée par un intertitre. Arakau, qui a refusé le paiement veut posséder la jeune femme qui se débat : il la marque alors de son sceau incandescent.

Il y a un mélange de sadisme et se sexualité très fort dans cette scène primordiale. D’un côté cet homme qui torture celle qui se refuse à lui et de l’autre cette femme violentée, pratiquement déshabillée (4) par son bourreau.

 

Ce déballage de violence est peu courant dans le cinéma de 1915. Ce qui ne veut pas dire que ça n’existe pas (rappelez-vous Regeneration), mais si la violence est chose courante dans les bas-fonds, ce n’est pas ce qui arrive le plus fréquemment à un tel niveau social : les rares incursions de la violence dans la Haute concernent essentiellement des crimes passionnels, pas de tels actes de cruauté.

 

On comprend alors mieux pourquoi les Japonais ont râlé. Il faut dire que le personnage de Haka Arakau est franchement antipathique. On y retrouve certains préjugés racistes qui ont cours aux Etats-Unis (et ailleurs dans le monde « occidental ») : Arakau est sournois, fourbe et en plus, il ne respecte pas les règles du jeu en refusant le remboursement. Et Hayakawa (5) est magnifique dans ce rôle – encore une fois de méchant – qui le propulse en haut de l’affiche.

Il fait depuis partie de ces magnifiques méchants créés par Hollywood : celui que le public aime haïr !

 

 

P.S. : à noter que Marcel L’Herbier fera un remake du film en 1937, avec Sessue Hayakawa qui reprendra alors son rôle.

 

  1. Appelée aussi « Smart Set » dans le film.
  2. La version de 1918 a donc changé le nom et la nationalité du méchant pour ne pas froisser : à l’origine il s’appelait Hishuru Tori.
  3. Le titre original est très intéressant car s’il annonce une forfaiture, il concerne aussi, parmi ses différentes assertions la personne qui se livre à une tricherie.
  4. Ne vous inquiétez pas, on s’arrête juste avant de montrer quoi que ce soit !
  5. Saviez-vous que Sessue Hayakawa est nommé dans L’Enfant et les Sortilèges (Ravel & Colette) ? Maintenant, vous ne pourrez plus l’écouter de la même façon (si bien sûr vous l’écoutiez auparavant)…
  6. Hum…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Raoul Walsh, #Gangsters
Regeneration (Raoul Walsh, 1915)

C’est déjà le dix-neuvième film que réalise Raoul Walsh, et le premier avec son nouveau contrat chez William Fox. Mais ce film va tout de suite lui valoir un doublement de son salaire, ce qui n’est que justice tant le film qu’il nous propose est magnifique.


Owen (John McCann, Harry McCoy puis Rockliffe Fellowes) est un jeune garçon d’une dizaine d’années quand il perd sa mère et se retrouve seul. Il est alors recueilli par ses voisins, Jim (James A. Marcus) et Maggie (Maggie Weston) Conway : un alcoolique et une mégère. Jim va donc grandir dans un milieu défavorisé où la force et la ruse – et un mépris de la Loi – sont les seules valeurs.

A 25 ans, il est le chef du gang de son quartier. Dans ce quartier s’installe un foyer d’accueil dirigé par la jeune et belle Mary Deering (Anna Q. Nilsson), une jeune femme riche mais qui veut aider ses contemporains.

Bien entendu, Owen tombe amoureux de la jeune femme…

 

Si l’intrigue est édifiante – nous sommes en 1915, la morale passer avant tout – le film lui, n’est pas si sage que ça. En effet, Walsh nous propose un film de gangster où la douceur et la bienveillance de Mary sont contrebalancées par la dépravation des voyous et la violence de leur milieu.

Owen a appris à se battre et ses acolytes sont de véritables mauvaises graines : ils volent, boivent, jouent… Bref, tout ce que Mary veut combattre.

Si la tâche semble ardue, Mary reçoit tout de même un coup de pouce du destin : lors d’une promenade en ferry, un incendie se déclare et Owen sauve deux petites filles, faisant ainsi la conquête de Marty. Et par là même, son lent chemin vers le côté vertueux de la vie, amorçant la régénération du titre.

 

En plus d’une intrigue somme toute réaliste, les différentes prises de vue sont assez magistrales pour cette année 1915. Nombre de fois, nous assistons à des travellings avant et arrière amenant le spectateur à se faire une idée d’ensemble de ce qui se trame. Les gros plans se succèdent aux TRES gros plans – les yeux des acteurs – donnant un surcroît de rythme à la narration.

 

Bien sûr ce film américain traite de la rédemption. C’est d’ailleurs sa seule raison d’être. Nous assistons à la renaissance d’Owen, favorisée par la présence de Mary, véritable figure christique, qui donnera sa vie pour son rachat.

Et cette fin tragique tranche complètement avec les fins heureuses qui étaient plus le lot des productions contemporaines à ce film.

 

Et si des gens pensent encore que les films de gangsters ont éclos au début des années 1930s – Scarface, Public Enemy… – je leur conseille de toute urgence de se précipiter sur ce film (1) : une quinzaine d’années plus tôt, la violence des gangs était déjà présente au cinéma. Et cette violence ne se traduit pas par des bagarres, mais elle peut aussi se conclure par la mort d’un ou plusieurs des protagonistes, le sang s’échappant de la bouche de l’un d’entre eux, durement, crument. On trouve ici un souci de réalisme qui, allié à la portée symbolique, donne une actualité au film et touche en plein cœur les spectateurs : il y a vraiment de quoi décourager les vocations criminelles.

 

 

(1) Malheureusement, si le film nous est parvenu, il n’empêche pas certaines parties d’être très abîmées ne nous permettant pas de bien distinguer ce qu’il s’y passe. Fort heureusement, cela n’arrive pas trop souvent.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Steven Soderbergh
Contagion (Steven Soderbergh, 2011)

Beth Emhoff (Gwyneth Paltrow) rentre d’un voyage d’affaire en extrême orient. Il s’emble qu’elle ait attrapé une petite grippe. Rien de bien terrible.

Sauf qu’elle a contracté un virus extrêmement dangereux. Elle est la première d’une longue liste de morts dans le monde entier.

D’un côté des gens qui meurent les uns après les autres, de l’autre le monde médical désemparé qui travaille à un vaccin. Entre ces deux mondes, deux hommes : Mitch Emhoff (Matt Damon), immunisé ; Alan Krumwiede (Jude Law), journaliste du net avec ses 12 000 000 de « followers ».

 

Dès la première séquence, et du fait du titre, Steve Soderbergh nous rend témoins de la propagation d’un virus non identifié, et qui envahit progressivement et exponentiellement le monde. Ce ne sont que des gestes simples, courants, que nous faisons nous même sans s’en apercevoir, comme marcher ou respirer. Et les prises de vue accentuent l’impact de cette contagion en insistant bien sur les objets, les lieux ou les gens que Beth touche, répandant involontairement cette menace invisible mais surtout fatale.

 

Nous allons alors suivre les différentes étapes de la création d’un vaccin parallèlement à la détérioration des conditions sociales qu’implique une pandémie mondiale, pendant une période proche d’une année. Ce sont donc des millions de personnes qui disparaissent pendant que les gouvernements, impuissants face à cette menace ne peuvent qu’essayer de contenir une population se laissant de plus en plus aller vers comportements de plus en plus violents.

Jusqu’au jour où…

 

Avec un tel film, Steve Soderbergh nous offre un film catastrophe servi par une kyrielle de vedettes (toutes au top !) comme les Américains nous en proposaient pendant les années 1970s. Mais rarement, ces années-là, n’atteignions-nous un tableau aussi apocalyptique.

Il y a une part d’aléatoire extrêmement importante, ramenant finalement tous à un même statut : une sorte d’égalité devant la mort éventuelle. Et ce n’est pas par hasard que la distribution des vaccins (1). Avec une nuance tout de même : il est bien évident que les différents chefs d’états et autres personnages importants ne participent pas à cette loterie (2).

Et c’est là qu’intervient le blogueur ! C’est ce qu’on appelle un lanceur d’alerte. Mais ce genre de personnes ont des objectifs avant tout humains, voire humanistes, celui-ci est beaucoup plus retors et pas si naïf qu’on pourrait le croire. Et Jude Law est magnifique dans ce rôle.

 

En face de lui (mais jamais en opposition, ils ne se croisent jamais) est Mitch, mari de la première victime. C’est un homme normal, qui a juste la chance de ne pas réagir au virus. Ce qui n’est pas le cas du fils de sa femme qui est lui aussi emporté. Avec Mitch, c’est le quotidien que nous montre Soderbergh : comment (sur)vivre dans un environnement si hostile ? Comment protéger la seule personne qui lui reste : sa fille Jory (Anna Jacoby-Heron).

 

C’est avec ces deux personnages que nous prenons conscience des ravages de cette pandémie qui ne sont pas seulement sanitaires. Krumwiede nous fait découvrir un San Francisco absolument dévasté, vide et jonché d’ordures. Impressionnant.

Du côté de Mitch, ce sont les comportements agressifs des gens que nous suivons : les razzias dans les maisons ou les locaux qui rapportent (magasins, banques), réveillant aussi chez lui un instinct de survie dû à l’envie de protéger Jory.

 

Le film est absolument spectaculaire (3) : les scènes urbaines, qu’elles soient avec du monde ou vides sont à couper le souffle ! Il y a un réalisme effrayant.

Parce que c’est le réalisme qui fait peur, plus que le reste. On entend parler de la Grippe Espagnole d’après la première guerre mondiale. Mais si ce n’est plus la grippe qui peut faire de tels ravages (encore que…), nous ne sommes pas à l’abri d’un quelconque virus qui se développe aléatoirement comme il est question ici.

Certes, les grandes maladies ont été éradiquées (peste, variole…) mais si on ne vaccine plus les enfants contre la variole, ça ne veut pas dire qu’elle ne peut pas revenir (4) : dans un monde où des groupes d’individus veulent imposer par la force leurs croyances, faisant toujours plus de victimes innocentes (pléonasme), sommes-nous à l’abri d’un tel cataclysme ?

 

C’est là que réside la force de ce film : tout le monde est concerné, pas seulement quelques dizaines de personnes en haut d’un gratte-ciel ou dans avion en perdition…

 

 

  1. Bien sûr, ils en trouvent un, ce n’est pas là le plus important, c’est tout ce qu’il y a autour.
  2. Etonnant, non ? Non ?
  3. Il n’a certainement pas à rougir devant ses aînés des années 1970 !
  4. Je ne veux pas sombrer dans le pessimisme, mais quand même…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Epouvante, #Michael Curtiz, #Fay Wray
Masques de Cire (The Mystery of the Wax Museum - Michael Curtiz, 1933)

Londres, 1921.

Le Musée de Cire abrite les œuvres du génial sculpteur Ivan Igor (Lionel Atwill) : Voltaire, Jeanne d’Arc  et surtout celle qu’il considère comme son aboutissement : Marie-Antoinette.

Mais les fréquentations se raréfient et l’associé d’Igor, l’infâme Joe Worth (Edwin Maxwell) met le feu au musée pour se refaire avec l’argent des assurances. Avec l’incendie disparaissent les statues et Igor, laissé pour mort par Worth.

New York, 1933.

Ivan Igor se prépare à ouvrir une copie de son musée de Londres après avoir patiemment reconstitué ses trésors détruits. Il ne manque plus que Marie-Antoinette. Et, hasard des choses, Charlotte Duncan (Fay Wray), la fiancée de Ralph Burton (Allen Vincent), un de ses collaborateurs, est l’incarnation de sa Marie-Antoinette disparue…

 

En plus de Lionel Atwill, Fay Wray et Arthur Edmund Carewe, on retrouve dans ce film l’atmosphère d’épouvante du Dr. X, sorti l’année précédente (1). Il faut dire que Ray Rennahan assure une nouvelle fois les prises de vue et Anton Grot en est à nouveau le directeur artistique.

On retrouve aussi le thème de la mutilation. Ivan Igor, s’il a survécu à son musée, y a laissé ses jambes, et plus important : ses mains.


Si Fay Wray était vraiment le centre de l’attraction, ici, elle n’a qu’un  rôle secondaire – mais primordial tout de même – où il est encore question de lui faire subir un traitement plutôt inhumain. Mais quoi qu’il en soit, elle joue ce qu’elle sait le mieux jouer : une jeune femme innocente et pure qui crie !

 

Non, la véritable héroïne du film, c’est sa colocataire Florence Dempsey (Glenda Farrel), une jolie blonde platine (Jean Harlow a fait des émules) qui est tout sauf une potiche : elle travaille pour un journal dirigé par Jim (Frank McHugh) à qui elle tient tête très régulièrement.

C’est elle qui découvre le système diabolique mis au point par Igor, et c’est grâce à elle que la résolution de l’affaire – vraiment terrible – est possible. C’est une femme moderne comme on en trouve souvent dans les films de cette décennie.

 

Autre signe des temps, la découverte d’une caisse de whisky de contrebande : en effet, quand le film sort, le Volstead Act définissant la Prohibition vient juste d’être amendé et l’alcool coule à nouveau à flot. Mais quand le film fut tourné, ce n’était pas le cas et l’arrestation de Sparrow (Arthur Edmund Carewe) est possible pour ce motif, tout comme ce que fait Florence après peut prêter à sourire…

 

Si on retrouve quelques similitudes avec Dr. X, ce film n‘en possède malgré tout pas complètement l’intensité dramatique. Le jeu sur l’ombre et la lumière est toujours là, mais en moindre importance. On a tout de même une réminiscence du masque horrible porté à chaque fois par le méchant, véritable visage torturé et épouvantable (dans le sens premier du terme).

Mais l’accent est mis sur ces statues de  cire qui semblent tellement réelle.

Et c’est bien normal, puisque ce sont de véritables actrices et acteurs qui posent, immobiles (1), dans des scènes historiques célèbres.

 

Mais c’est tout de même Lionel Atwill qui mène le jeu pendant (presque) tout le film. Il est un diabolique Igor, plus que ne l’était X dans le film précédent. Et il ne faut pas s’y tromper : vingt ans plus tard, André de Toth proposera au public un remake du film de Curtiz : The House of Wax, avec l’inquiétant Vincent Price. Et en plus, ce sera en 3D !

 

Alors peut-être que ce film est un cran au-dessous de Doctor X, mais il n’en garde pas moins toute sa force et Lionel Atwill, qui passe du côté obscur à son tour est magnifique.

 

  1. C’est le cinquième film (!) de Curtiz qui sort depuis Dr. X.
  2. Un œil averti peut voir très légers tremblements occasionnés par la station immobile, ce qui n’enlève tout de même rien à l’effet escompté.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Ruben Fleischer, #Gangsters
Gangster Squad (Ruben Fleischer, 2013)

Los Angeles, 194…

Mickey Cohen règne en roi de la pègre depuis longtemps. Trop longtemps pour le chef Parker (Nick Nolte), qui met en place officieusement une escouade de policiers au-dessus des lois, dirigés par le ténébreux John O’Mara (Jos Brolin).

 

Il s’agit d’une histoire presque vraie, inspirée d’une partie de la vie de Mickey Cohen. En vrai, il tombe pour fraude fiscale. Ici, c’est pour meurtre. Normal, c’est plus spectaculaire, et puis nous sommes au cinéma.

Et je dois avouer qu’il n’y avait pas besoin de rajouter dans le spectaculaire pour son arrestation, le reste suffisait.

 

Nous sommes à une période où les relations entre la police et la pègre sont régies par une espèce de code de l’honneur, ce qui n’empêche pas certains policiers de manger à tous les râteliers, laissant les mains libres à Mickey.

Et ce dernier met à profit cette liberté de mouvement pour élaborer des systèmes de plus en plus évolués pour gagner de l’argent. Toujours plus.

 

Et c’est là qu’intervient le fameux Gangster Squad, mené par O’Mara et constitué de quelques policiers triés sur le volet : des fines gâchettes – Kennard (Robert Patrick) & Ramirez (Michael Peña) –, des techniciens  - Keeler (Giovanni Ribisi) aux télécoms et Harris (Anthony Mackie) au couteau, et un séducteur – Wooters (Ryan Gosling).

C’est une équipe efficace qui contrecarre finalement les plans du truand, mais c’est tout de même la façon qu’ils ont d’y arriver qui prête à discussion. A-t-on le droit d’utiliser les mêmes armes que son adversaire ? Et surtout, peut-on d’un côté servir la loi et de l’autre la violer pour arriver à ses fins ?

C’est une question qui n’est jamais posée pendant le film ou si peu que ça ne vaut presque pas la peine d’en parler. Et pourtant le propos est là : ces hommes ne sont finalement pas mieux que ceux qu’ils combattent.

 

C’est un déferlement de violence où on perd rapidement le compte des personnages tués. Il faut dire que la séquence d’ouverture nous présente Mickey Cohen pour ce qu’il est : une véritable ordure, prêt à tout pour s’imposer dans L.A. A ce triste individu, Ruben Fleischer oppose John  O’Mara, qui s’il ne tue pas encore ses adversaires, n’hésite pas non plus à utiliser la violence pour arriver à ses fins.

 

Et il en ira ainsi pendant tout le film : c’est un véritable déluge de balles que viennent ponctuer quelques séquences un tantinet plus calmes, toujours en présence d’une des deux femmes du film : Grace Faraday (Emma Stone) et Mrs. Connie O’Mara (Mireille Enos), la femme de.

Ce n’est pas un hasard si ces deux femmes font (presque toujours) s’arrêter les armes. Ce sont d’ailleurs les seules qui parlent raisonnablement – avec Wooters un peu, mais ce dernier se laisse tout de même entraîner par cette escalade de la violence.

 

Oui, ce film est violent. Mais il est violent avec les artifices et le traitement de cette même violence qu’on en faisait en 2012 et aujourd’hui encore. N’oublions pas que 80 ans plus tôt, Howard Hawks nous proposait un autre film déjà très violent pour son époque : Scarface. Il est à parier que ce même Hawks aurait pu tourner cette histoire*.

 

Alors oui, Josh Brolin n’a pas un visage très expressif : il est toujours efficace, dans son jeu comme dans son rôle. C’est chez les autres qu’il faut trouver l’humanité qui semble lui manquer. On trouve chez chacun d'eux  un élément qui le rend presque touchant, loin de cette violence (toujours elle) qui les habite et devient leur raison d’être et de vivre.

Et c’est peut-être là qu’il faut trouver le talent de Fleischer qui sait tourner les scènes d’action avec efficacité (lui aussi) et dégager quelques moments plus calmes, où les divers personnages redeviennent ce qu’ils n’ont jamais cessé d’être.

Sauf Mickey, bien sûr, campé par un formidable Sean Penn : un ancien boxeur peu épais mais tout en muscles, et véritable salaud du début à la fin.

 

Une mention spéciale enfin sur la recréation du L.A. d’après guerre (années 1950s), avec costumes, chapeaux et belles voitures, ces dernières donnant lieu à une très belle poursuite.

 

 

* L’influence des trois grands de cette période en matière de films de gangsters – Hawks, William Wellman & Mervyn LeRoy – est tout de même bien évidente.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Tony Scott
Déjà-vu (Tony Scott, 2006)

Déjà vu : sensation d'avoir déjà été témoin ou d'avoir déjà vécu une situation présente, accompagnée d'une sensation d'irréalité, d'étrangeté.

 

Mardi Gras à New Orleans.

Les marins de la Navy en profitent pour retrouver leurs familles. Ensemble, ils prennent le ferry, comme d’habitude.

Sauf que cette fois, le ferry explose, faisant 543 victimes.

C’est un attentat sur lequel l’agent Doug Carlin (Denzel Washington) va enquêter avec Paul Pryzwarra (Val Kilmer), un homme du FBI à la tête d’une unité très spéciale.

 

Nous sommes à nouveau dans l’univers de Tony Scott, le petit frère de Ridley. Huit ans après Enemy of the State, nous replongeons dans le monde de la surveillance. Mais si le précédent film montrait un homme poursuivi par une équipe de surveillance dans un but avant tout maléfique, il se trouve qu’ici cette surveillance est à son avantage.

Mais surtout, elle est décalée dans le temps : ce que cette équipe voit, c’est ce qui s’est passé un peu plus de quatre jours avant l’instant de leur présent.

 

Cette rupture spatio-temporelle, pour une fois, sert largement les habitudes de Tony Scott quant aux prises de vue. Encore une fois, c’est un festival d’images rapides avec points de vue changeants sur un rythme toujours aussi saccadé.

Sauf que cette fois, c’est pertinent ! (1)

 

Mais le propos ici n’est pas de dénoncer comme ce fut le cas avant.

Ce qui nous intéresse ici, c’est l’utilisation du continuum espace-temps (voir Retour vers le Futur) dans la résolution d’une enquête de police.

Il n’est pas question tout de suite de machine à voyager dans le temps, mais en tout cas pas dans le sens où l’entend le « Doc » Emmett Brown.

Qu’importe, Tony Scott est très certainement à l’apogée de son talent et ce film est tout simplement bluffant.

 

Il y a dans ce film le même principe que pour L’Armée des 12 singes. En effet, nous assistons ici aussi à une scène cruciale pendant que se déroule le générique, mêlant images normales ou ralenties (du pur T. Scott) jusqu’à l’explosion d’une force et d’une esthétique spectaculaire : c’est une magnifique explosion qui n’est ternie que par le nombre de victimes (2) et surtout le contexte dans lequel fut tourné le film (3).

Cette première séquence – jusqu’à l’arrivée de Carlin qui entend sonner le  téléphone d’une victime – devait être le point central du film. Mais, et c’est là qu’est l’habileté du scénario, l’intervention de Carlin déplace le théâtre des recherches, sans en oublier l’objectif. Et au final, comme chez Gilliam, on a l’explication de cet élément troublant pour Carlin.

 

Le personnage central du film, Doug Carlin, est avant tout un type bien. Dès son apparition, nous nous plaçons de son côté : il semble sympa et a des remarques et des comportements qui vont dans ce sens. Il est très futé mais il est avant tout humain. On ne peut que le suivre dans cette enquête hors norme. C’est lui qui, en plus de sauver la situation, amène les spectateurs à comprendre ce qu’il se passe vraiment. On retrouve dans Carlin un peu de Robert Dean (Will Smith dans Enemy of the State) dans sa façon d’être. Tous les deux font rapidement la conquête du public, chacun dans sa partie.

Autre point commun entre les deux personnages : ont une histoire d’amour compliquée : dans le premier, Dean est aux prises à une femme qui l’aime, qu’il aime mais qu’il a tout de même trompée ! Alors qu’ici, cette histoire est on ne peut plus étrange : Carlin ressent une attirance pour cette femme qui est pourtant morte dans l’attentat.

Le voyage dans le temps devient alors indispensable s’il veut empêcher le terrible attentat ainsi que sauver la fille, deuxième variable de cette enquête.

 

Mais si Marty McFly détourne le cours du temps, il n’en va pas de même pour Carlin et ses collaborateurs : il peut au mieux changer l’ordre des événements, ou encore les circonstances. Mais malgré la première tentative, son partenaire est inéluctablement tué. On retrouve ici ce qui fera le sel du roman de Stephen King, 22-11-1963 (2011) : il n’est pas facile que ça, de changer le cours du temps, n’en déplaise à Doc !

 

Tony Scott, en plus de nous offrir un magnifique film a (enfin ?) trouvé son interprète : Denzel Washington. Le grand Denzel (6’3’’ = 1.91m) sera dans ses cinq derniers films, jusqu’à sa mort prématurée le 19 août 2012.

 

  1. C’est pertinent, mais c’est tout de même inquiétant pour les personnes concernées par la surveillance…
  2. Heureusement, nous sommes au cinéma !
  3. Ces « pseudo-victimes » s’ajoutent aux 1836 qui furent réellement tuées par une autre catastrophe qui, si elle est impressionnante, n’a rien de magnifique : l’ouragan Katrina (23-31 août 2005). L’ouragan a d’ailleurs presque compromis le tournage, mais heureusement le projet fut mené à terme.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Michel Gondry
L'Ecume des jours (Michel Gondry, 2013)

Merveilleux.

 

Il s’agit avant d’un de mes livres de chevet. Un de ces livres qu’on lit quand on est adolescent, parce qu’il nous parle, et vers lequel on revient parce qu’on n’a pas assez entendu ce qu’il avait à nous dire.

Et puis aussi parce que c’est Boris Vian.

Boris Vian aussi nous parlait quand nous étions adolescents. Et quand on voit le film de Michel Gondry, on se dit que c’est (peut-être) ça qu’il voulait nous dire, aussi.

 

Il y a dans ce film l’esprit du roman. Certes, il n’est pas aisé de traduire en images les métaphores du grand Boris, mais que voulez-vous, Michel Gondry a réussi à en prélever l’essence, le sel de ce qui en fait un roman atemporel.

En effet, les images ne cessent de passer d’un époque à l’autre : des années 1950s aux années 2010s et retour en s’arrêtant par ci, par là, ailleurs, toujours dans l’esprit de ce qui est devenu – à juste raison – un livre culte (1).

 

Pour quelqu’un comme moi qui a eu la chance (2) d’entendre le spécialiste de Boris Vian – MONSIEUR Gilbert Pestureau soi-même – je pense que nous sommes en plein cœur du roman. Mais nous sommes avant tout au cinéma. Et une chose est sure : Michel Gondry a tout compris.

 

Ce film est un véritable festival d’images et de mots créés par ces images, ou plutôt ce qui apparaît comme des concepts et qui se réalise en images réelles (3) : le film s’ouvre sur Take the « A » Train (écrite pas Billy Strayhorn pour le prince Duke Ellington), et tout de suite, la maison de Colin (Romain Duris) a des fenêtres tout droit venues des wagons de la SNCF. Puis ce ne sont que des images d’un rêve, toutes mises en forme par Michel Gondry, encore une fois au top dans ce qui concerne de près ou de loin le rêve (4).

Au réveil (enfin juste après) Colin écoute Chloe (encore le Duke, que voulez-vous…) et qui rencontre-t-il à la fête d’Isis (Charlotte Le Bon) ? Oui, Chloé (la toujours belle Audrey Tautou).

Bref, c’est avant tout un rêve que vivent chacun des protagonistes, et cela jusqu’au mariage de Colin et Chloé.

 

C’est une merveilleuse féérie (pléonasme ?) qu’il nous propose – et nous offre – avec des images qui se télescopent et se répondent tout au long du film, avec des acteurs – et (belles) actrices – enthousiastes et qui donnent vie à ce qui fut – et reste pour certains grincheux (5) – avant tout un roman.

Mais Michel Gondry fait ce que tout bon cinéaste avant lui (et après) doit toujours faire : s’approprier l’histoire et la faire exploser en myriades d’images plus belles les unes que les autres, sans en trahir l’esprit ni le sens.

 

Et là, c’est franchement réussi. J’ai mis du temps à voir ce film (au moins 5 ans si on se fie aux dates). Le boîtier était sur ma table, me narguant et me rappelant sans cesse à lui : « regarde-moi… Fais-moi confiance… Tu ne le regretteras pas… »

Mais refusant d’écouter la voix des sirènes (6), j’enchaînais chefs-d’œuvre sur chefs-d’œuvre (7), avec la terrible pensée qui me disait : »tu vas perdre ton temps, depuis le temps que tu lis et relis ce livre, tu peux être sûr que tu vas le regretter… (etc.) »

Et finalement non. Je l’ai vu. Je le reverrai avec cette même motivation qui nous fait choisir, à un moment, un film pour ce qu’il est, et qui se révèle être un choix tellement judicieux qu’on en regrette d’avoir attendu si longtemps pour le faire.

Je vous souhaite donc de faire ce merveilleux choix, au final pas tellement cornélien, mais que voulez-vous, il paraît que tous les choix le sont…

 

 

  1. Pour une fois, ce n’est pas le film qui l’est, culte… Mais attendons de voir !
  2. Il semble que le professeur Allen John  a eu cette même chance, mais je peux me tromper…
  3.  « […] cette histoire est entièrement vraie puisque je l’ai imaginée d un bout à l’autre. » (Boris Vian)
  4. (Re)voyez Eternal Sunshine of the spotless mind
  5. A lire certaines critiques (mauvaises, bien sûr), je n’ai pas dû voir le même film…
  6. Une petite pensée (gratuite) pour Hubert « Cleet Boris » Mounier qui est parti les rejoindre…
  7. enfin pas tout le temps non plus, comme vous avez pu vous en rendre compte si vous me suivez assidument.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Epouvante, #Michael Curtiz, #Fay Wray
Doctor X (Michael Curtiz, 1932)

Une nuit de pleine lune, on amène un corps à la Morgue de Mott Street. C’est une jeune femme qui a été étranglée puis charcutée par celui qu’on appelle « le Tueur de la pleine lune ». Ce soir-là, Lee Taylor (Lee Tracy) traîne dans les parages afin de dégotter le scoop de sa carrière.

Ce soir-là, c’est le Docteur Xavier (Lionel Atwill) qui s’est déplacé pour examiner le cadavre…

 

Nous sommes en pleine période du film d’horreur et d’épouvante, qui commença avec le Frankenstein de James Whale et culminera l’année suivante avec l’arrivée de King Kong sur les écrans, avec la même actrice pour le premier rôle : la belle Fay Wray.

Ici, nous sommes dans un mélange d’épouvante, d’horreur et de policier, car il est question de traquer – et mettre la main sur – l’assassin qui ne peut être qu’un des collaborateurs de Xavier (et pourquoi pas lui, d’ailleurs ?).

 

Il y a dans le film Doctor X des éléments qui nous ramènent à deux autres films un tout petit peu antérieurs : celui de James Whale mais aussi le Dr. Jekyll de Rouben Mamoulian.

On retrouve l’aspect scientifique et expérimental du premier (lui-même fortement inspiré par le Metropolis de Lang) ainsi que le dédoublement de personnalité du second : le meurtrier dont il est question est avant tout un scientifique à la double personnalité comme celui imaginé par Robert Louis Stevenson. On a d’ailleurs droit à une scène de métamorphose qui pourrait tourner au Grand-Guignol si le sujet n’était aussi inquiétant, et son réalisateur si talentueux (1).

Bien sûr, tout l’art de Curtiz est d’utiliser les ombres pour créer cette atmosphère indispensable, à chaque fois dans des situations inquiétantes, ce qui lui fera dire à propos des effets d’épouvante recherchés : « je ferai bouillonner votre sang ! »

 

N’en déplaise à la légende qui veut que Robin Hood (du même Curtiz) soit le premier film en couleur du réalisateur, ce n'est pas non plus Doctor X (2) qui fut son premier film en Technicolor (3). Le suivant (4), d’ailleurs, le sera aussi. Certes, les couleurs sont un tantinet passées, mais cela donne au film des tons pastel en adéquation avec l’atmosphère du film.

Parce que le film possède cette atmosphère propice aux histoires à faire dresser les cheveux sur la tête : la pleine lune qui se découvre aux moments propices ; des ombres menaçantes, ainsi que des personnages plutôt louches du fait de leurs particularités physiques.

 

Si le docteur Xavier semble normal, il n’en va pas de même de ses collègues : le docteur Wells (Preston Foster)a perdu une main ; le docteur Duke (Harry Beresford) a un pied bot et ne se déplace qu’avec un fauteuil roulant ou des béquilles ; et le docteur Rowitz (Arthur Edmund Carewe) possède une spectaculaire balafre sur la joue droite ainsi qu’un œil mort dissimulé par un monocle noir. Mais sont-ils ceux qu’ils prétendent ?

Bref, des individus automatiquement classés dans la liste des suspects probables.

 

Mais nous sommes chez Curtiz, et il ne peut s’empêcher de parsemer quelques éléments comiques dans cette histoire terrible. Il utilise pour cela le journaliste Lee Taylor, un reporter habile certes, mais superstitieux et maladroit à souhait, amenant quelques bons moments de détente au milieu des squelettes et autres éléments effrayant.

 

Et puis il y a la jeune femme : Johanna Xavier (Fay Wray), la fille du docteur. Quand elle tourne avec Curtiz, ce n’est pas son premier film, loin de là : elle en a déjà une bonne trentaine à son actif (5). Sa première intervention dans le film est d’ailleurs ce qui fera sa renommée à partir de l’année suivante : elle crie !

Mais on n’a pas seulement le loisir d’entendre sa puissante voix, on peut aussi admirer ses formes ma foi agréable à voir, entre autres dans une scène en bord de mer qui n’apporte tout de même pas grand chose à l’intrigue…

 

Mais ne boudons pas notre plaisir…

 

  1. On ne pouvait faire autrement à cette époque, il faudra attendre les débuts du morphing, quelques soixante ans plus tard pour arriver à un résultat « naturel ».
  2. Longtemps, cette copie couleur fut considérée comme disparue.
  3. Il s'agit de Mammy (1930), sorti quelques jours avant Under a Texas Moon, lui aussi en couleur. Grand merci au professeur Allen John pour ses précisions.
  4. The Mystery of the Wax Museum, avec encore une fois Fay Wray
  5. Dont The wedding March de Stroheim, excusez du peu.

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