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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Etienne Perruchon
Le septième Continent (Etienne Perruchon, 2017)

Hier, Etienne Perruchon est mort. Il avait 60 ans.

C’était un compositeur généreux, dans sa musique comme en dehors. En tout cas, c’est comme ça que je l’ai ressenti, et je ne suis très certainement pas le seul.

La première fois que je l’ai rencontré, c’était à une des nombreuses répétitions du septième Continent, qu’il avait écrit avec Jeanne (1), son épouse, pour les élèves des classes musicales de Saint-Nazaire : il a eu une réaction formidable pour nous tous qui déchiffrions l’un des numéros phares de l’œuvre, le Chant d’Ulysse (2). Il nous remerciait de mettre en vie ce qu’il avait écrit, nous lui donnions corps.

 

Il faut dire que Le septième Continent fut un pari (presque) insensé, né d’une rencontre : celle d’Etienne et de Saint-Nazaire et en particulier certains de ses musiciens.

Il était alors question de créer un opéra (chose peu courante au 21ème siècle) ; sur une scène nationale (Le Théâtre de Saint-Nazaire) ; avec de jeunes élèves (ceux du collège Jean Moulin) dans la même ville.

A cela s’ajoutèrent un chœur mixte adulte, un orchestre symphonique et un bagad !

 

Bien sûr, ce fut un triomphe. Mérité.

Mais pour tous ceux qui y ont participé, c’est la rencontre de ce grand musicien qui fut décisive : enfin on allait interpréter une œuvre d’un compositeur connu, qui plus est vivant !

Cette rencontre fut belle et plaça sous le signe de l’émotion ce grand projet. Régulièrement, Etienne venait assister aux répétitions, donnant des conseils, modifiant certains passages – voire les enlevant, comme la fin initiale – ajoutant une transition pour laisser le temps aux décors de s’installer…

 

Et surtout, c’est l’émotion qui l’étreignit à plusieurs moments bien avant les représentations.

La première fois que nous avons enchaîné toutes les pièces de l’œuvre, dans une salle de spectacle où le chœur était côté public. Etienne n’a pas pu se contrôler et a pleuré alors que nous entonnions une dernière fois le chant d’Ulysse, avec tous ces interprètes qui n’avaient qu’un seul désir : celui d’arriver à rendre belle – musicalement – cette œuvre qui était travaillée depuis plus de 9 mois alors.

Mais ça, ce n’était rien, à côté de ce que nous attendait dans les mois suivants : il fallut mettre en scène l’œuvre et donner une vie physique à cet opéra.


Et le 20 mai 2017, après quatre représentations, se tenait la dernière : celle qui allait ensuite nous séparer, chacun reprenant sa vie normale, interrompue le temps d’un moment musical d’une très grande émotion.

Et sur le film (vidéo) qui fut tourné ce dernier soir, nous retrouvions intacte cette émotion qui nous avait étreints pendant ces mois de travail et les quatre représentations précédentes.

Le Chant d’Ulysse après le ras de marée, la Chanson de Lola (2) avec les enfants, le final renforcé par le bagad : tout était là pour partager ce moment d’émotion avec un public conquis mais surtout impressionné par la qualité du spectacle.

Ce fut aussi pour certains spectateurs de découvrir l’opéra pour la première fois : ses jeux de scènes ; son ouverture qui expose les différents thèmes musicaux et l’intrigue ; ses airs ; ses récitatifs souvent difficiles à chanter – celui de Tristan (2) ou les éléments comiques du maire (2) ; et bien sûr l’émotion inévitable (3).

 

Ce fut un spectacle inoubliable, nous faisions corps et interprétions avec beaucoup de fierté cette œuvre magnifique, malgré les difficultés que nous avons rencontrées pendant son élaboration, heureux d’offrir à Etienne cet immense moment de partage.

Si on va au bout du film, alors que les saluts s’enchaînent, on peut à nouveau voir Etienne s’essuyer les yeux après une dernière reprise du Chant d’Ulysse, alors que les spectateurs saluent tous ces gens heureux d’avoir participé à un tel événement.

 

Aujourd’hui, je suis triste que nous ayons perdu Etienne, mais comme beaucoup le disent : il nous reste sa musique, qui continuera d’être jouée, et ce film que je continuerai de revoir, ajoutant un zeste de nostalgie à cette œuvre sublime et émouvante.

 

Merci Etienne.

Adieu.


 

  1. J’ai une pensée pour Jeanne, son épouse, sa collaboratrice et surtout sa complice…
  2. Ulysse est interprété par Fabrice Maurin ; Lola par Ombeline Guetny ; Tristan par Martin Barigault ; le Maire par Marc Augé.
  3. Je sais, je me répète. Ce n’est pas de ma faute si cet opéra fut émouvant pour les spectateurs et les différents interprètes. Jusqu’à la dernière répétition j’ai vu des choristes essuyer une larme pendant La Découverte d’Ulysse, où ce dernier explique ce qu’est ce fameux « septième continent ».

 

Etienne Perruchon et votre serviteur après la dernière, le 20 mai 2017

Etienne Perruchon et votre serviteur après la dernière, le 20 mai 2017

PS: en prime, un acrostiche que j'avais réalisé à la suite de la dernière. (petits gâtés!). [Acrostiche en alexandrins autour de l'opéra]

 

                                        Le moment est venu de nous dire adieu,

                                        Et beaucoup d'entre nous ont les larmes aux yeux.

                                        Savoir que c'est fini, que la vie continue,
                                        Et que l'Alunéa ne se visite plus :
                                        Plus de chant de Lola, disparus les poissons,
                                        Tout le monde retourne à ses occupations.
                                        Il nous reste toujours ce fabuleux voyage
                                        Et ces moments vécus, cette suite d'images.
                                        Magnifique aventure, expérience magique,

                                        Ensemble, réunis, nous l'avons fait unique :
                                        Ce spectacle envoutant, cette intense passion,
                                        Où le chant et le jeu amènent l'émotion.
                                        Nous l'avons, tous les soirs, rejoué de bon cœur,
                                        Tous unis sur la scène : ensemble on a moins peur.
                                        Il est temps maintenant de refermer le livre :
                                        Nous devons malgré tout continuer de vivre
                                        En gravant dans nos cœurs ce souvenir passé,

                                        Nous avons, un instant, fait un rêve éveillé :
                                        Très grand merci à vous qui m'avez fait rêver.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Roger Spottiswoode
A l'Aube du sixième jour (The 6th Day - Roger Spottiswoode, 2000)

Ca commence par une citation de la Bible (1), et ça continue avec un des thèmes de prédilection du cinéma depuis bien longtemps : le double.

Mais ici, le film se raccroche à une actualité de l’époque : le clonage. En effet, comme annoncé en préambule, on fait référence à Dolly, la première brebis clonée (1997) et au décodage du génome humain, deux conditions sine qua non du clonage humain.

Mais si cette pratique est toujours interdite, elle n’empêche pas les réalisateurs d’anticiper une telle éventualité. Le spectateur est alors prévenu que l’histoire qui va suivre est dans le futur, mais pas si lointain que ça…

 

Adam Gibson (Arnold Schwarzenegger), qui dirige une entreprise de balades en hélicoptère, se réveille dans un taxi, un peu désorienté. Mais quand il rentre chez lui, il s’aperçoit qu’il y est déjà. Ou plutôt que quelqu’un qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau a pris sa place. Serait-ce un clone ? Pas possible, la loi est claire : si on peut cloner un animal pour le faire revivre, le clonage humain est interdit.

Mais l’homme est ce qu’il est : les interdits sont souvent faits pour être enfreints…

 

Nous sommes quatre ans environ après le savoureux Multiplicity d’Harold Ramis qui voyait Michael Keaton se multiplier afin de profiter pleinement de la vie. Ici, le principe est (presque) le même, sauf qu’il n’y a aucun humour dans la situation, et qu’un Arnold Schwarzenegger, ça va, plus ça devient un peu trop.

Encore une fois, nous retrouvons deux fois la star dans un même film (2), avec l’action inhérente à la plupart de ses films.

Il faut dire que Roger Spottiswoode lui non plus ne fait pas semblant question action : ça tire, ça explose (presque) de partout, sur un rythme très soutenu. Le tout avec une transition répétée qui sépare nettement les différentes parties.

 

Malheureusement, on a l’impression que ce même Spottiswoode n’arrive pas à se situer par rapport à l’intrigue (intéressante). Les quelques touches d’humour ne sont pas toujours subtiles et la rencontre entre les deux faces de la même personne aurait pu donner une scène un peu moins convenue (3). Mais surtout, elle intervient peut-être un peu tard. Mais le timing de l’aspect action du film ne permettait pas une digression. Et ce qui aurait pu être prétexte à un moment entre humour et réflexion tombe un peu à plat, même si le scénario amène quelques rebondissements en jouant sur cette multiplicité.

 

Finalement, pas grand-chose de nouveau pour les spectateurs depuis le film d’Harold Ramis, alors que les effets numériques auraient pu apporter un plus dans l’aspect duel du personnage : Schwarzy donne la réplique à Schwarzy mais sans aucune véritable chaleur humaine.

Par contre, les différents ressentir d’Adam sont très bien montrés par l’utilisation d’un dédoublement furtif de l’image, comme un écho visuel, donnant une impression d’incertitude qui annonce au spectateur la résolution du mini-conflit entre Adam et son double (4).

 

PS : aviez-vous remarqué que le prénom du personnage principal est le même que celui que Dieu a créé dans le Livre ci-dessus mentionné ?

 

 

  1. Genèse, I : 27 & I : 31
  2. La fois d’avant, c’était dans Last action Hero (1993).
  3. Je parle du moment où ils se parlent.
  4. Lequel des deux suivons-nous : l’original ou la copie ? Réponse dans le film, bien sûr.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #John Francis Dillon, #Mary Pickford, #Albert Austin
Rêve et Réalité (Suds - John Francis Dillon, 1920)

Londres dans la blanchisserie de Madame Didier (Rose Dione).

Amanda est une fille à tout faire dans cet établissement : laver le linge et le sol, livrer le linge, le ranger. Bref, elle est un tantinet exploitée par sa patronne française (1), pour la plus grande joie des lavandières.

Malgré cette dure vie, elle rêve de son prince charmant : Horace Greensmith (Albert Austin), qui amena un jour une chemise rayée et revient la chercher au bout de 8 mois et demi.

Devant les moqueries de ses collègues, Amanda imagine et leur raconte un passé aristocratique avec histoire d’amour contrarié.

 

Dès les premiers intertitres, le ton est donné : nous sommes dans une comédie. Nous allons donc suivre l’histoire d’une chemise (rayée), d’un cheval (âgé) et d’une jeune fille (rêveuse). Bien sûr, le scénario est du sur mesure pour Mary Pickford, mais encore une fois, elle nous montre l’étendue de son talent, avec un personnage un peu plus âgé que d’habitude : ce n’est pas une petite fille.

Et la (bonne) surprise, c’est aussi la présence d’Albert Austin – transfuge de chez Chaplin – dans un rôle sans attribut capillaire et presque de jeune premier.

 

Mais revenons sur le titre (2).

« Suds » en VO, signifie « mousse » ce qui se conçoit aisément au vu du lieu principal où se déroule le film, et cette mousse est aussi source de gags : quand Amanda verse de la poudre dans une lessive sans regarder ; ou l’incontournable lavandière qui tombe dans son baquet.

La dichotomie du titre français ne s’explique que par la rupture dans la narration introduite par le passé que crée Amanda à la chemise d’Horace Greensmith. C’est une histoire rebattue d’amour malheureux montrant des personnages sortis tout droit d’une quelconque opérette avec bonnets à poils de rigueur. Albert Austin est alors le jeune premier amoureux de la « duchesse » Amanda dont le père archiduc (Darwin Karr) refuse l’idylle. Mais je vous laisse découvrir comment la chemise entre dans l’histoire.

 

Mary Pickford est en pleine forme et le fait qu’elle ne soit pas une petite fille rend son rôle plus intéressant. Nous lui connaissons trois tenues plutôt différentes : celle de la souillon ; celle de la duchesse et celle de la jeune fille en goguette. Si la duchesse porte une tenue avec bijoux et fanfreluches, on assiste à une belle transformation quand Amanda s’apprête à sortir avec Horace : elle rabat sa robe qu’elle avait relevée pour le travail ménager, montrant un jupon de rayures ; enfile une veste qu’elle attache avec une épingle de nourrice ; arrange ses cheveux et porte un chapeau de paille. En très peu de temps, elle est totalement métamorphosée et ressemble plus à la Mary Pickford publique, qui avait tout de même 28 ans quand le film est sorti…

 

C’est finalement un film très simple que nous propose Jack Dillon (3), mais dont le montage dynamique et la présence de Mary Pickford donne une très bonne impression. Mary Pickford s’amuse et amuse autant qu’elle attendrit, et la présence d’Albert Austin, habitué des comédies, amène le lien avec le slapstick, surtout dans la séquence en costumes. Et puis Charles Rosher est derrière la caméra (pas tout le temps, il partage la place avec L. William O'Connell qui est alors un débutant : ce n’est que son deuxième film) et on a alors droit à de très beaux portraits de Mary en gros plan. Ces gros plans montrent aussi un autre aspect de l’actrice : elle passe la plus grande partie du film la bouche close, sans sourire. Il faut dire que travailler pour la Didier, ce n’est pas une sinécure.

 

Au final un « petit » film mais la présence de Mary Pickford lui donne un petit peu plus de cachet, même s’il n’atteint pas les fabuleux films de William Beaudine avec la star (4).

 

PS : et le cheval me direz-vous ? Il s’appelle « Lavender » (comme la plante dicotylédone aux fleurs violettes qu’on trouve en Provence) et est une ancienne monture de polo recyclée dans la comédie avec bonheur.

  1. « French Hand Laundry » est écrit sur le mur : blanchisserie française. De plus Mme Didier nous gratifie d’un vocabulaire fleuri dans la langue (s’il vous plaît) pour qualifier sa souillon .
  2. Je sais, je fais une fixation. Mais je ne peux pas m’empêcher de constater les décalages voire les perles des traducteurs. Une déformation étudiante, à défaut d’être professionnelle…
  3. De son vrai nom John Francis Dillon (1884-1934), appelé Jack (le diminutif de John) dans les titres de présentation.
  4. Difficile de rivaliser en effet…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Guillermo del Toro
La Forme de l'eau (The Shape of water - Guillermo del Toro, 2017)

Ca commence comme un film de Jeunet et Caro et puis…

Et puis c’est un film de Guillermo del Toro, avec une créature étonnante.

Bien sûr, derrière la créature, on retrouve son vieux complice Doug Jones. Il faut dire qu’il rappelle étrangement Abe Sapien dans Hellboy.

 

Tout commence chez Eliza Esposito (Sally Hawkins) : comme tous les matins, elle accomplit (les mêmes gestes qui la conduisent à soin travail où elle arrive juste à temps pour ne pas être en retard – il faut dire que sa collègue et amie Zelda (Octavia Spencer) lui garde une place pour pointer à l’heure. Leur travail ? Nettoyer, les sols, les engins, les toilettes…

On a découvert une créature aquatique dans une sombre région d’Amérique du Sud. Elle est étudiée dans un des laboratoires militaires américains, dirigé par Strickland (Michael Shannon), un homme efficace et sans scrupule.

Eliza se sent attirée par cette créature, cette « forme dans l’eau »…

 

Comment ne peut-elle l’être ? En effet, elle, la différente qui ne s’exprime que par geste se sent irrémédiablement attirée par cette créature qui est « étudiée » par des militaires – avec ce que ça renferme de subtilité et de douceur. Tout comme elle, la créature ne peut faire entendre sa voix et communiquer comme tous les autres. Cette différence les rapproche et justifie alors tout ce que la jeune femme va entreprendre pour cet autre si différent mais pourtant si proche.

 

On est obligé de penser au premier film de Jeunet et Caro par l’ambiance que crée Del Toro, les différents filtres de couleur amenant un effet suranné qui nous ramène fin années 1950s – début 1960s. Mais alors que le duo nous contait une histoire post-apocalyptique, ici, nous sommes en pleine guerre froide, comme l’atteste la sous-intrigue entre le professeur Hofstetler (Michael Stuhlbarg) et Strickland. Cette créature n’est pas non plus sans nous rappeler l’histoire de l’extraterrestre de Roswell, et rajoute dans le folklore qui entoure cette période et certaines pratiques de la CIA.

Pas étonnant donc que Jean-Pierre Jeunet y ait relevé des similitudes (vous les chercherez vous-mêmes), même si le propos n’est absolument pas le même.

 

Et puis il y a le rêve. Tout comme dans Le Labyrinthe de Pan, on passe d’un monde à un autre de manière tout à fait subtile, la muette Eliza trouvant une voix pour interpréter You’ll never know dans un décor noir et blanc qui rappelle la télévision quasiment omniprésente tout le long du film (1) – comme dans Delicatessen, tiens, tiens – puis retourne à la réalité alors que s’éteint cette même voix qu’elle avait retrouvée.

Cet univers onirique tranche complètement avec cette période de pragmatisme et de consommation que furent ces années, où on achète une voiture – Cadillac, bien sûr – comme on va chercher le pain.

 

Dès le début, et fort du titre, Del Toro nous propose l’appartement où vit Eliza inondé par les eaux (lesquelles ?), où nagent entre deux eaux des objets familiers, jusqu’au divan au-dessus duquel elle flotte elle aussi, endormie dans une couverture, un cache sur les yeux. Et quand le réveil sonne, les choses retrouvent leur place, et la journée peut commencer.

Cette transition est l’une des nombreuses qu’on trouve dans tout le film, de ces transitions dont on se dit « waouh ! », tant elles sont belles.

 

Je dois dire que le titre m’intriguait, appelant en moi des idées scientifiques autant que saugrenues (la mémoire de l’eau, par exemple), alors qu’il fallait y voir quelque chose de plus simple et qui est pourtant si étrange… Vous qui l’avez vu savez de quoi je veux parler.

Quant aux autres, allez de toute urgence voir ce magnifique film qui, s’il « emprunte » certains éléments n’en demeure pas moins très beau, très sensible voire très émouvant…

 

 

(1) Si ce ne sont pas des programmes de divertissements, ce sont les caméras de surveillance dans le bureau de Strickland.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #Lewis Gilbert, #James Bond
L'Espion qui m'aimait (The Spy who loved me - Lewis Gilbert, 1977)

Evidemment, le film ne pouvait pas être présenté un autre jour : le 7 juillet 977, soit 7-7-77 !

Cette abondance de 7 semble avoir porté chance à Lewis Gilbert et surtout Roger Moore, car on retrouve – enfin – dans cet épisode ce qui faisait le charme de la série et qui avait été carrément oublié dans l’épisode précédent, L’Homme au pistolet d’or.

 

Nous retrouvons donc Bond en proie à un psychopathe qui veut détruire le monde pour mieux le reconstruire (1) : Karl Stromberg (Curd Jürgens).

Encore une fois, ce méchant absolu est un homme raffiné qui aime la grande musique, les fonds marins et le Dom Pérignon 1952.

A l’instar du film qui rappelle en partie le tout premier épisode de James Bond (Dr. No), Stromberg possède une particularité proche du premier ennemi cinématographique de Bond.

En effet, le Dr No possédait des mains artificielles qui ne lui permettaient pas d’avoir de contact direct avec ses adversaires (et ses alliés, cela va de soi). Ici, Stromberg a des mains tout à fait valides mais on est prévenu qu’il ne sert jamais les mains de ses rencontres, comme s’en apercevra Bond qui avancera la sienne pour la retirer de suite (2).

Il est étonnant tout de même de constater que Stromberg n’appartient pas au SPECTRE (3) : ses cibles sont l’Est et l’Ouest sans distinction : son rêve de puissance allant au-delà du clivage qui avait cours avant 1991.

 

On assiste alors à une alliance inattendue entre les Soviétiques – représentés par Gogol (Walter Gotell) – et les Britanniques – représentés par Sir Frederick Grey, le ministre de la Défense (Geoffrey Keen) – contre l’infâme Stromberg et ses comparses.

Parmi eux, on découvre un personnage fort sympathique – Jaws – interprété par Richard Kiel qui gagnera une notoriété inattendue grâce à cet homme peu humain voire surhumain au sourire funeste.

L’alliance anglo-soviétique associera à James Bond ((Roger Moore, donc) la major Anya Amasova (Barbara Bach), aussi redoutable que belle. Et elle est très belle.

L’alliance fonctionne comme prévu (je ne vous apprends rien), mais une complication se pointe quand Anya se rend compte que son ami (et amant) a été tué en mission par notre cher 007…

 

Cette situation triangulaire particulière amène une question en rapport avec le titre « l’Espion qui m’aimait ». Si Anya semble exclue de la proposition française, la version originale la remet en selle : « spy » signifie aussi bien « espion » que « espionne ».

Alors qui est cet(te) espion(ne) ? Et qui est la personne aimée ?

Je vous laisse sur ces deux questions…

 

 

PS : Bond ne batifole toujours pas avec Miss Moneypenny (Lois Maxwell), et nous avons le plaisir d’apprendre deux éléments d’identité. M (Bernard Lee) a pour prénom Miles, et Q (Desmond Llewelyn) est appelé Commander Boothroyd par Anya.

 

PPS : deux références à David Lean se sont glissées dans le film, les avez-vous reconnues ?

  1. Il n’a pas du bien comprendre le concept « déconstruire pour reconstruire »…
  2. Il fallait bien qu’il essaie…
  3. Il semble que dans cette nouvelle série, le SPECTRE n’ait plus sa place.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Henry Hathaway, #John Wayne
Les quatre Fils de Katie Elder (The Sons of Katie Elder - Henry Hathaway, 1965)

Katie Elder est morte.

Le village de Clearwater lui fait de belles obsèques car elle était aussi connue qu’appréciée. elle qui eut quatre fils qui ne l’ont pas considérée comme on aurait pu le croire : John (John Wayne) est un pistolero ; Tom (Dean Martin) est un joueur invétéré ; Matt (Earl Holliman), on ne sait pas trop ce qu’il fait ; et Bud (Michael Anderson Jr.  est parti étudier.

A part John, tous ses fils sont là pour l’enterrement. Mais une fois les formalités accomplies, restent deux questions : pourquoi ne vivait-elle pas dans la maison familiale ? Qui a tué le père Elder d’un coup dans le dos ?

 

Henry Hathaway garde le cap pendant que le Western évolue : il nous propose ici un film du genre on ne peut plus classique avec en prime John Wayne et Dean Martin – qui avaient participé à l’immense Rio Bravo – ainsi qu’un autre habitué des films de John Ford, John Qualen (Charlie Biller). Ce dernier était déjà là lors du célèbre Grand Sam (1960), avec le même Duke.

C’est un western dans la lignée de ceux des années 1950, totalement différent de la nouvelle vague Leonienne (1964-1966 et après).

 

Il s’agit ici d’une histoire de vengeance – encore une fois, mais y a-t-il mieux comme prétexte dans ce domaine ? – avec ce qu’il faut de famille : les fils de Katie Elder sont ce qu’ils sont, mais on ne peut les taxer de malhonnêteté.

Par contre, on a en face d’eux un méchant – Morgan Hastings (James Gregory) – qui mérite d’entrer dans les annales : menteur, tricheur, lâche et manipulateur, peut-on trouver mieux ?

On trouve aussi un personnage important autant que funeste : Curley (George Kennedy), qui a été engagé par l’infâme Hastings pour se débarrasser de cette fratrie encombrante.

 

Encore une fois, Hathaway nous montre son talent avec un scénario de W.H. Wright, A. Weiss & H. Essex et sur une musique du grand Elmer Bernstein qui vous suit même une fois le film terminé.

Il est clair que la présence de John Wayne était un gage de réussite, mais Dean Martin et le reste de la distribution assure le spectacle et on ne regrette en rien d’avoir passé un aussi bon moment.

 

Comme de bien entendu, le méchant (Morgan Hastings) possède ses lettres de noblesse, allant jusqu’à tuer ceux qui se trouveraient sur son chemin, et même son fils Dave (Dennis Hopper, encore une fois du mauvais côté).

Bref, on na un western comme on les aime, et c’est tant mieux.

Bien sûr, il y a la femme : c’est Miss Gordon (Martha Hyer) qui était une amie de Katie, mais a du mal à considérer ses fils comme des gens bien, et surtout John.

Qu’on se rassure, John ne finit pas avec elle, et d’ailleurs comment le pourrait-il : son père (Bass Elder) est mort à l’âge de 64 ans (ce que dit la pierre tombale), environ 6 mois avant la mort de Katie, alors que John Wayne a 58 ans quand le film sort…

 

Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un western on ne peut plus appréciable avec un intrigue assez complexe pour permettre au spectateur de s’insurger contre le sort qui est réservé aux « fils de Katie Elder » (le titre original).

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Grand Corps Malade, #Mehdi Idir
Patients (Grand Corps Malade - Mehdi « Minos » Idir, 2016)

C’est un accident « commun » qui est arrivé à Benjamin (Pablo Pauly). Il a plongé dans la piscine mais comme il n’y avait pas assez d’eau, il s’est éclaté une vertèbre et le voilà maintenant tétraplégique incomplet. Seules ses mains bougent un peu, ainsi qu’un orteil.

Alors pour lui qui était très sportif – basket + STAPS (sciences et techniques des activités physiques et sportives) –, c’est un sale coup que lui a fait la vie.

Après l’hôpital, il se retrouve dans un centre de rééducation, avec d’autres accidentés de la vie comme lui (1).

 

Une dizaine d’années après l’inoubliable Mar Adentro sort un nouveau film sur le handicap, dont la source est d’ailleurs la même : un plongeon fatal. Mais si le film d’Alejandro Amenábar était dramatique et sans espoir, celui de Grand Corps Malade – aidé de Mehdi « Minos » Idir – porte un très bel espoir, même s’il est lui aussi handicapé.
Bien sûr, Benjamin, c’est Fabien « Grand Corps Malade » Marsaud, dans une adaptation de son propre roman autobiographique.

Et si la situation des différents protagonistes est tout de même dramatique, le film nous propose malgré tout une teinte comique : Ben est sans cesse en train de blaguer, confirmant que l’humour est la politesse du désespoir, mais il n’est pas le seul.

 

Une fois l’installation au centre effectué, Benjamin va côtoyer quelques jeunes gens qui ont son âge et pour qui la situation n’est pas spécialement enviable. Et parmi cette bande, le personnage-clé c’est Farid (Soufiane Guerrab), qui est hémiplégique depuis l’âge de 4 ans.

Son expérience dans le domaine permet aux autres de relativiser mais aussi amène de vrais moments de comédie voire de rire entre eux, amenant les autres à ne pas se morfondre dans leurs situations.

Sans oublier les situations plus ou moins gênantes qui sont rendues avec juste ce qu’il faut de comique pour amener le sourire : l’érection des patients quand on les met en position verticale ; la gêne de Farid quant à son absence de sexualité « active » (en clair : il est puceau !).

 

Et puis il y a le centre. On n’y trouve pas que des fauteuils roulants : en plus des différents pensionnaires, on trouve un personnel soignant avec ses qualités et ses défauts : Jean-Marie (Alban Ivanov) qui ne peut s’empêcher de s’adresser à ses patients à la troisième personne du singulier (2) ; Christiane (Anne Benoît) qui n’a pas la délicatesse qu’on pourrait attendre d’une aide-soignante ; François (Yannick Renier), le kiné qui repousse toujours plus loin les limites pour amener son patient à l’autonomie ; et bien sûr la docteure Challes (Dominique Blanc), qui dirige le centre et qui a la terrible responsabilité d’annoncer la vérité aux patients.

Plutôt que vérité, j’aurai tendance à parler de réalité : il s’agit de faire comprendre à ces patients que malgré les progrès visibles, ils ne retrouveront jamais une vie normale.

 

L’annonce par la docteure à Ben est un moment magnifiquement montré : alors que Ben se sent prêt à reprendre sa vie d’avant, elle lui assène sa réalité, amenant un traumatisme moral d’une violence inouïe. L’impression qui est alors rendue rappelle celle qui suit une explosion au cinéma : le silence s’installe tel un acouphène qui couvre tous les bruits environnants, noyant alors les explications supplémentaires de la docteure.

C’est d’une certaine façon un nouvel accident qui ajoute à son handicap : il lui faut à nouveau se reconstruire.

 

Et puis il y a la vie avec le handicap. Outre Farid et ses qualités de catalyseur, on trouve deux autres jeunes garçons dont les actions vont amener une autre dimension dramatique (3) : Steeve (Franck Falise) et Toussaint (Moussa Mansaly). Avec Steeve, c’est le désespoir qui s’exprime, la haine contre cette vie qui a fait de lui ce qu’il est devenu.

Quant à Toussaint, c’est encore pire. Je vous laisse le soin de le découvrir.

 

Et enfin il y a les autres, Samir (Samir El Bidadi) qui n’a plus de mémoire et appelle Ben Julien, tout en écoutant inlassablement le même CD de Bob Marley ; la femme désinhibée (Stéphanie Fatout) qui ne fait que jurer à la moindre contrariété ; et Samia (Nailia Harzoune).

 

Samia, c’est le rayon de soleil dans cette vie de Ben. C’est aussi l’amour qui entre dans le centre. On a alors une magnifique situation amoureuse entre elle et lui, dans un couloir, alors que passe un aide-soignant. C’est d’abord une main qui se pose sur celle de Benjamin, puis la sienne qui se traîne sur celle de Samia. Et ensuite, la caméra s’éloigne en rythme, laissant les deux amoureux seuls (4) dans leur intimité.

 

Un très beau film plein de subtilité et de pudeur et qui montre que quand il reste un peu de vie, il y a tout de même un peu d’espoir, même s’il est modifié…

 

PS : Des questions « terribles » subsistent, essentiellement autour de Steeve : qui a fourni la vodka ? Qui a tourné le bouchon ?

 

 

  1. Pas obligatoirement tétraplégiques, mais accidentés tout de même.
  2. Qu’est-ce que c’est horripilant !
  3. Comme s’il y en avait vraiment besoin…
  4. C’est bien connu : « les amoureux sont seuls au monde… »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Pirates, #James Cruze
Vaincre ou mourir (Old Ironsides - James Cruze, 1926)

James Cruze est un réalisateur un peu oublié aujourd’hui, et pourtant son œuvre est assez impressionnante, de par son volume et surtout sa qualité. Trois ans après avoir donné une grande impulsion au western vers ses lettres de noblesse, il s’attaque au film de pirates. M

Attention toutefois, les pirates ici n’ont rien à voir avec Douglas Fairbanks ni The black Pirate qui est sorti neuf mois plus tôt : pas de sourire ni de rebond dans les évolutions des différentes personnages. Et surtout, les pirates sont les ennemis, essentiellement des Libyens.

Mais malgré tout, on y trouve ce qui fait un  bon film de pirates, sans trésor (1) : des abordages meurtriers, une camaraderie virile et bien sûr un peu de rhum, surtout au début.

 

C’est d’ailleurs ainsi que commence l’aventure pour le jeune homme – surnommé « Le Commodore » (Charles Farrell) – qui est enivré par un vieux loup de mer – « Bos’n » (Wallace Beery) – et embarqué de force avec un autre marin – le « Canonnier » (George Bancroft). Sur ce bateau (Esther), il fait la connaissance de la belle Esther (Esther Ralston, rien à voir avec la belle Jobyna) et ils tombent rapidement amoureux l’un de l’autre.

Mais nous sommes au cinéma et rien ne se passe comme prévu (2) : le bateau est pris d’assaut et arraisonné avant d’être remorqué à Tripoli où aura lieu l’indispensable et incontournable bataille finale.

 

On distingue deux grandes parties dans ce film : une première qui voit l’intrigue se mettre en place et l’action gagner en intensité avant le premier abordage qui voit le navire pris et ses occupants vendus comme esclaves ; une seconde qui voit un autre navire, la Constitution qui est venue nettoyer la Méditerranée de ses pirates libyens, emmené par des grands noms de la marine américaine – Edward Preble (Charles Hill Mailes) et Stephen Decatur (Johnnie Walker), entre autres.

 

Alors que le film avec Fairbanks est essentiellement une comédie bondissante, on retrouve chez Cruze un souci réaliste tout comme dans The covered Wagon : les différents affrontements ne sont pas anodins, on y mleurt de façon violente : nombre de pirates sont tués à la baïonnette, des marins américains tués à coups de cimeterre ou encore un pirate décapité par Bos’n.

Mais ce réalisme ne se cantonne pas à la violence, même si il y est très lié : Bos’n (encore lui) qui voit un canonnier mourir dans ses bras, ou un jeune mousse (pléonasme ?) qui est fauché par une salve du bateau ennemi.

 

Malgré tout, Cruze parsème son film de quelques traits plus comiques, essentiellement entre deux géants en stature comme en talent : Wallace Beery et George Bancroft, toujours en compétition mais tout de même amis, un peu comme les héros de Walsh dans What price Glory, qui sort un mois plus tôt.

Et puis il y a le couple de jeunes premiers. D’un côté le beau et un Commodore (encore) un tantinet naïf, franc et honnête, ce qui tranche avec ses deux autres compères ; de l’autre la belle Esther, une jeune femme pas si effarouchée que ça mais qui a la bonne fortune de ne pas être vendue comme esclave (3).

Leur passion amoureuse est l’occasion d’une série de plans rapprochés voire très gros plans de toute beauté. Vraiment, Esther Ralston était très belle. Quant à Charles Farrell, on a tous (enfin presque) le souvenir de son beau visage chez Frank Borzage aux côtés de (l’autre belle) Janet Gaynor.

 

Encore un film à (re)découvrir, réalisé par un cinéaste qui mériterait une plus grande place dans l’histoire du cinéma et surtout de la période muette.

 

 

PS : Old Ironsides (titre original) est le surnom du navire Constitution dont les parois étaient en métal, sur lesquelles rebondissaient les boulets de canons sarrasins.

 

 

  1. A moins que la jeune femme soit le trésor…
  2. Sinon pas de film, encore une fois.
  3. Son « traitement de faveur » nous permet d’apercevoir Boris Karloff : je vous laisse le découvrir…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Mike Newell, #Gangsters
Donnie Brasco (Mike Newell, 1997)

Donnie Brasco (Johnny Depp), alias Don « the Jeweller » est un truand spécialisé, comme son nom l’indique (1) dans la bijouterie. Il fait la connaissance de Benjamin « Lefty (2) » Ruggiero (Al Pacino), un vague sous-chef de la mafia new-yorkaise.

Rapidement, Lefty le prend sous son aile et lui enseigne les rouages de ce système « familial ».

Mais Donnie Brasco s’appelle réellement Joseph D. Pistone, et est un agent spécial du FBI en infiltration.

 

C’est un curieux film de gangsters que nous propose ici Mike Newell. Mais surtout, la bonne surprise, c’est le rôle d’Al Pacino.

En effet, lui qui a été un parrain fabuleux chez Coppola se retrouve dans la peau d’un homme de main de petite envergure, même s’il a tout de même exécuté 26 contrats.

Lefty est un tocard, comme le montre sa vie privée : il est vautré sur son fauteuil à regarder des documentaires animaliers, vêtu d’un magnifique survêtement rouge. Il ne lui manque qu’une bière (il boit autre chose tout de même)… C’est un gagne-petit qui verse presque tout à son capo, l’obligeant à taper Donnie de temps en temps.

Sans oublier qu’il a un fils junky et une femme soumise.

 

Le plus intéressant, c’est l’ascension de Brasco dans une organisation criminelle qu’il est censé noyauter de l’intérieur. Donnie se retrouve alors dans une situation qui va au-delà des espérances : il occupe une place dans l’organisation au-dessus de celle de Lefty, ce dernier appréciant moyennement cet état de fait.

Bien sûr, à un moment sa couverture devient fragile, mais jusqu’au bout il maintiendra l’illusion, sans être démasqué, surtout quand on recherche un « indic », suite à une descente musclée de la police de Miami (3).

 

Si Donnie Brasco est orphelin et seul au monde, il n’en va pas de même de Joseph E. Pistone.

En effet, la vraie identité de Donnie comprend une femme et trois filles que sa position éloigne. On retrouve alors d’une certaine manière un élément concernant le personnage de Charles dans Quatre Mariages et un enterrement : l’engagement.

En effet, alors que Charles avait du mal à sauter le pas et s’engager dans une relation durable et surtout responsable, l’infiltration dans le milieu l’éloigne progressivement de sa cellule familiale, quand elle ne le rend pas carrément différent, voire violent.

Mais malheureusement pour Donnie, il n’a pas le choix, tandis que Charles est avant tout un adulescent.

 

Bref, un film de gangsters réjouissant, avec des truands qui n’ont absolument pas la prestance du Parrain, et le choix d’Al Pacino dans rôle subalterne est une idée de génie : loin de la flamboyance des films de Coppola, c’est un minable ; mais il possède tout de même un sens de l’honneur qui lui donne une dignité qui le rend malgré tout sympathique, et pas seulement pour le spectateur (4).

 

  1. Le Joailler
  2. Le Gaucher
  3. Ces « messieurs » s’exportent.
  4. Sa dernière apparition et la transition qui suit est des plus habiles.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Ralph Nelson
La Bataille de la Vallée du Diable (Duel at Diablo - Ralph Nelson, 1966)

Jess Remsberg (James Garner) se rend à Fort Creel (Utah) quand il rencontre une jeune femme au cheval épuisé : Ellen Grange (Bibi Anderson). Il, la recueille et l’emmène avec lui, contre son consentement. Il faut dire qu’elle avait fui son mari Willard (Dennis Weaver) qui ne lui a pas pardonné d’avoir été enlevée par les Apaches et surtout d’avoir apprécié son séjour.

A destination, il est embauché par le lieutenant Scott McAllister (Bill Travers) pour escorter un chargement de munitions.

Bien entendu, le chargement est attaqué par les Indiens, les mêmes que ceux qui avaient enlevé la jeune femme…

 

Alors que Sergio Leone met la touche finale à la conclusion de la trilogie du Dollar, le cinéma américain n’en finit pas de mourir (1)…

Ralph Nelson nous propose ici un western où la vengeance que recherche Remsberg (on a tué sa femme) n’est pas le centre du film.

En effet, avec l’évolution de la société américaine et la lutte pour les Droits Civiques, les critères du genre évoluent.

La première « surprise », c’est le personnage de Toller, interprété par l’immense Sidney Poitier. Bien entendu, Toller est noir mais à la différence des films habituels, il n’est pas caractérisé par sa couleur de peau. En effet, si Remsberg est prêt à le tuer, c’est avant tout à cause d’un malentendu. De même, le commandant de Fort Creel considère ce même Toller comme un ancien soldat à lui, très certainement pendant la Guerre de Sécession.

 

Ce que montre Nelson ici, ce sont les rapports entre les Blancs et les Indiens qui, rappelons-le, sont les premiers habitants de ce grand pays. Ici, nous assistons à une révolte indienne du chef apache Chata (James Hoyt) qui n’accepte pas d’avoir été cantonné dans une réserve, comme beaucoup de ses congénères.

Si les interventions de ses braves sont violentes et surtout meurtrières, on ne peut pas ignorer les véritables raisons de ce soulèvement. Et c’est ce que dit Remsberg quand on lui expose la situation : si Chata a pris les armes, c’est pour une bonne raison et entre le vol, l’humiliation, le meurtre (etc.), les arguments ne manquent pas. Et Remsberg sait d’autant mieux de quoi il parle puisqu’e sa femme – qui a été tuée – était comanche. 

 

Mais là où Nelson vise juste, c’est avec Ellen Grange qui fut enlevée par Chata mais qui y a tellement pris goût qu’elle a eu un enfant avec le fils de Chata.

Ce fils, bien sûr est une nouvelle clause de discorde avec son mari, qui est source de moquerie de ses concitoyens – racistes, cela va sans dire – et aussi un autre prétexte à l’intolérance : on conseillait même aux femmes qui avaient été « souillées » (2) devaient mettre fin à leurs jours.

Mais ce fils est malgré tout le vecteur d’espoir : même Grange s’investit pour ce bébé, empêchant qu’il soit capturé et/ou tué avec sa mère. De la même façon, cet enfant gagne les faveurs de tous : Toller montre son savoir-faire avec des petits enfants, et les jeunes recrues parmi les Tuniques Bleues craquent (comme on dit) pour lui.

 

Bien sûr, la révolte est matée et les Indiens renvoyés dans leur réserve.

Mais cela est montré d’une façon assez intéressante, tout en dignité. Chata capitule et jette son arme, mais son attitude est des plus nobles et surtout, on sent en lui l’humiliation d’avoir été défait, voire peut-être de ne pas avoir été tué.

 

Quant à sa dernière intervention avant de s’en aller, elle va vers son petit-fils (encore lui) : la guerre est finie mais cet enfant va vivre. Et surtout, cet enfant métisse est le lien entre les Indiens et les Blancs, dans une société américaine où, depuis toujours, le mélange est une réalité : alors que dans le même temps, les Noirs américains obtiennent de plus en plus les mêmes droits que les Blancs, le geste de Chata entérine ce mélange inéluctable, en faisant d’une certaine façon un geste rassembleur entre deux peuples qui se sont combattus bien (trop) longtemps.


Et ce qui n’était qu’un western de plus (3) devient alors une parabole de la société américaine où les Indiens, les Noirs et les Blancs peuvent (et doivent, à mon avis) vivre ensemble pacifiquement.

 

  1. Je plaisante : le western est à un tournant, il est en train d’évoluer vers plus de réalisme et d’humanité, abandonnant progressivement le manichéisme de mise.
  2. Oui, les mœurs étaient franchement barbares à cette époque… Mais elles le sont encore, malheureusement…
  3. C’est déjà quelque chose !

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