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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #John Wayne, #Western
Rio Grande (John Ford, 1950)

Dernier volet sur la cavalerie et les guerres indiennes, Rio Grande, de par son titre, traite d’un lieu des plus stratégiques : le fleuve éponyme qui constitue une frontière naturelle entre les Etats-Unis et le Mexique (1).

Ce fleuve est régulièrement traversé par les Indiens – ici les Apaches – afin de se protéger des « Tuniques Bleues » après un méfait. Mais du fait que le fleuve est une  frontière, les soldats ne peuvent le franchir sans provoquer un incident diplomatique avec tout ce que cela concerne.

 

Les soldats, ici, sont en garnison à Fort Starke, qui est le dernier fort avant la frontière et commandé par le général Sheridan (J. Carrol Naish), aidé du colonel Kirby York (John Wayne).

Parmi les nouvelles recrues, on trouve un trio de jeunes cavaliers courageux et téméraires : Tyree (Ben Johnson), Boone (Harry Carey Jr.) et York (Claude Jarman Jr.) qui n’est autre que le fils du colonel, renvoyé de West Point et qui s’est engagé pour laver son honneur, d’une certaine façon.

Le même jour arrive Kathleen York (Maureen O'Hara), bien décidée à récupérer son fils des griffes de l’armée.

 

Pour terminer sa trilogie, Ford reprend quelques-uns des interprètes (John Wayne, Victor McLaglen…) et conclut sur un coup d’éclat des soldats, secourant les enfants du fort des Apaches qui les ont enlevés.

Non seulement les acteurs « rempilent », mais certains possèdent le même nom que lors d’un des deux films précédents : John Wayne/York ; Ben Johnson/Tyree ; McLaglen/Quincannon…

Et tout comme le premier opus, le film est en noir et blanc (2), renforçant le côté noir de l’intrigue.

 

Mais surtout, l’aspect privilégié dans le film est la famille. Outre que certains enfants qui apparaissent sont ceux des acteurs (etc.), le film s’ouvre et se ferme sur les femmes qui attendent inquiètes le retour des soldats après une mission : leurs hommes seront-ils parmi les blessés, ou pire les morts ?

De plus, l’intrigue faisant se côtoyer le père et le fils sous les mêmes couleurs amènent certaines difficultés dont joueront Morris et Goscinny dans Le XXème de Cavalerie (1965), avec en prime le jeune McStraggle qui ressemble fort à Claude Jarman Jr.

 

Si l’intrigue est plus noire que les autres, elle n’empêche pas de nous proposer une belle bagarre qui oppose le fils du colonel, cible privilégiée entre les hommes du régiment, et Heinze (Fred Kennedy) qui se gaussait de la parenté du jeune homme. Cette bagarre fait partie des éléments incontournables des westerns de Ford, tout comme l’ivrognerie de Quincannon/McLaglen.

On retrouve un autre élément qui sera repris par Morris et Goscinny : les chœurs de soldats chantant des ballades irlandaises, émouvant les auditeurs.

Bref, avec Rio Grande, Ford tourne – encore – une page de l’Ouest américain, en donnant cette fois le beau rôle à ces cavaliers. Il tournera une nouvelle fois une histoire avec ces cavaliers neuf ans plus tard, mais cette fois le contexte sera la guerre de Sécession, donc un autre pan de l’histoire de ce pays.

 

Et bien sûr, on retrouve le microcosme habituel, dont Kathleen York est la femme forte qui sait mener son monde : têtue et opiniâtre comme son mari, elle ne se laisse pas faire quand il tente un rapprochement, surtout du fait de la destruction de sa demeure familiale pendant la guerre civile.

Elle prendra d’une certaine façon sa revanche de l’armée quand la fanfare jouera Dixie pendant la mise à l’honneur de son fils et ses camarades.

 

Avec ce film, Ford en termine avec les guerres indiennes du point de vue des Blancs. Vont suivre dorénavant des westerns aux intrigues où la place des Amérindiens sera plus grande et surtout plus juste (3) : je rappelle que les vrais Américains ne sont pas ceux qui ont colonisé le pays pendant les différentes vagues d’immigration qu’ont connues les Etats-Unis, mais bel et bien ceux qui étaient là bien avant eux.

 

 

PS : Jack Pennick est encore et toujours là. Le trouverez-vous ?

 

  1. Pas de mur possible à cet endroit, semble-t-il…
  2. La Charge héroïque est en couleur du fait du ruban jaune dont fait mention le titre original (She wore a yellow Ribbon).
  3. The Searchers, Cheyenne Autumn, Two rode together.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Richard Attenborough, #Guerre
Un Pont trop loin (A Bridge too far - Richard Attenborough, 1977)

Deuxième livre adapté de Cornelius Ryan, Un Pont trop loin décrit à nouveau une phase de la Libération de l’Europe (les Pays-Bas en l’occurrence). Mais si le premier – Le Jour le plus long – était avant tout une ode à la gloire de ceux qui ont fait le Débarquement, ici, ça ne se passe pas exactement comme prévu.

En effet, l’opération Market Garden fut un terrible échec lors de l’avancée des Alliés dans l’Europe du Nord.

 

Tout comme dans  Le Jour le plus long (1962), c’est une kyrielle de stars qui assurent les rôles importants, mais du fait de l’issue fatale, on ne regarde pas le film de la même façon.

En effet, le titre est on ne peut plus explicite : le Pont (d’Arnhem) fut une cible trop ambitieuse pour une armée qui se développe dans différents points d’Europe et qui n’a pas le soutien logistique suffisant pour continuer sa progression irrésistible.

D’ailleurs, la présentation de l’opération (en voix off), rappelant ce qu’il s’est passé depuis le 6 juin accentue le caractère irrémédiable du fiasco à venir.

 

Il y a dans cette opération militaire un écho des Sentiers de la gloire : en effet, à nouveau, une décision du haut-commandement est plus que sujette à controverse, donnant à l’objectif – le pont d’Arnhem – un intérêt somme toute relatif, voire surclassé.

C’est donc la mise en place et surtout le déroulement de cette opération que Richard Attenborough va prendre le temps (près de trois heures) de recréer, donnant régulièrement des indices quant au désastre annoncé, et c’est le lieutenant général Browning (Dirk Bogarde) qui plante la première banderille : l’opération Overlord (6-6-1944) a nécessité six mois de préparation, alors que celle-ci doit se monter en une semaine seulement.

 

Comme toujours dans ces cas-là, la rapidité occulte l’efficacité et les différents niveaux des exécutants (du simple soldat jusqu’aux membres de l’état major) vont prendre une leçon cuisante : mais si les généraux peuvent accepter d’avoir eu tort, les soldats qui tombent, eux, ne sont plus là pour entendre leurs éventuelles excuses.

Et encore une fois, la conclusion de ce même Browning est sans appel : oui, c’était un pont trop loin ! (1)

Si l’opération est un fiasco, les images n’en demeurent pas moins impressionnantes : tout ce déballage militaire pour un résultat aussi peu glorieux renforce le sentiment d’inutilité de la guerre, voire de la stupidité de certains hauts gradés, dont Montgomery, l’instigateur de cette opération exécutée dans l’urgence, et pour laquelle les Américains étaient peu enthousiastes.

 

Mais nous sommes au cinéma, et il est intéressant d’avoir un point de vue un tantinet différent de la seconde Guerre Mondiale montrant que la Libération ne fut pas si magnifique ni facile qu’on a pu nous le montrer : la guerre n’est pas romantique ni belle : elle tue des soldats, et aussi beaucoup de civils qui sont au mauvais endroit au mauvais moment (2).

 

Pour le reste, chacun des interprète est juste et donne beaucoup de crédibilité à cette opération, avec bien sûr l’indispensable touche british dont se moque le major général Urquhart (Sean Connery) : l’indispensable thé qui est distribué à tout moment et surtout lors d’un coup dur.

Sans oublier une touche d’humour noir lorsque le feldmarschall Bittrich (Maximilian Schell) offre du chocolat au colonel Frost (Anthony Hopkins).

 

Une autre façon de voir la guerre qui n’est pas pour me déplaire, avec la présence au générique des véritables acteurs de l’opération qui accentue le côté humain du désastre et surtout l’authenticité de cette bavure militaire.

 

  1. D’où le titre.
  2. La vieille femme (Mary Smithuysen) dont la maison accueille des militaires devient folle par ce remue-ménage et sort pour prendre un hypothétique taxi est un très bon exemple.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jean-Jacques Annaud, #Préhistoire
La Guerre du feu (Jean-Jacques Annaud, 1981)

C’était il y a 80.000 ans, du temps où les mammouths et les tigres à dents de sabre se promenaient sans crainte.
C’était au temps où la tribu de Naoh (Everett McGill, qu’on a découvert dans Brubaker) se contentait de conserver le feu que la nature lui offrait (foudre, incendies…) et s’en servait pour se réchauffer, cuire la nourriture et surtout éloigner les prédateurs.

C’est d’ailleurs ainsi que commence le film : une nuit, une tribu dort près du feu protecteur.

C’est ce moment que choisit une autre tribu, beaucoup moins évoluée, pour attaquer et voler cet élément précieux.

Naoh et ses suivants fuient, emportant la précieuse flamme qui leur permet de faire renaître le feu, mais malheureusement dans la fuite, la flamme s’éteint.

Naoh et deux autres compagnons vont partir à l’aventure reconquérir ce bien si précieux.

 

Il s’agit avant tout de l’adaptation d’un roman éponyme – de J.H. Rosny l’Aîné – donc pas besoin d’y chercher quelque vérité » scientifique.

De plus, vingt ans plus tard, Yves Coppens et Jacques Malaterre proposeront un documentaire extraordinaire sur l’’évolution humaine, cassant au passage quelques mythes dont certains nourrissent ce roman.

Parce que nous sommes avant tout au cinéma. Et comme les différents personnages sont primitifs, on retrouve d’une certaine façon la manière de tourner au temps du muet.

Certes, Anthony Burgess a développé un langage pour ces hommes préhistoriques, mais comme au commencement du cinéma, c’est le contexte et les expressions faciales qui priment.

 

Et près de 40 ans après, le film fonctionne toujours magnifiquement.

Jean-Jacques Annaud fait évoluer ses personnages dans des milieux naturels (Canada, Kenya, Ecosse) et nous offre une histoire inoubliable.

D’une certaine façon, on peut considérer ce film comme un « road movie tant les personnages se déplacent et terminent plus riches – intellectuellement – qu’avant leur départ.

Ces trois « hommes » partent chercher le feu, et reviennent avec des techniques insoupçonnées auparavant : des armes plus efficaces, et bine tendu une méthode pour faire naître le feu.

 

Parce que le feu devient presque accessoire dans cette histoire. Les trois hommes suivent les indices qu’il laisse : la fumée, mais c’est pour se retrouver avec une tribu cannibale, ce qui refroidit rapidement les ardeurs. Mais ces barbares (1) sont indispensables à l’intrigue : parmi leurs prisonniers, se trouve la belle Ika (Rae Dawn Chong) qui est la personne qui les mènera vers la transfiguration : Naoh et ses acolytes Gaw (Nameer El-Kadi) et Aboukar (Ron Perlman, La révélation du film) vont découvrir en plus du feu le rire, qui est, rappelez-vous, le propre de l’homme (2).

 

En fin de compte, la Guerre du feu est un fil inoubliable. L’inexactitude (pré)historique est largement contrebalancée par des images splendides qui ne sont pas sans rappeler la séquence préhistorique de 2001, l’Odyssée de l’espace, d’où les premiers agresseurs semblent tout droit sortis.

Annaud signe ici un film absolument formidable, révélant l’immense Ron Perlman qui se retrouvera dans quelques-uns de ses films suivants, dont l’inoubliable Salvatore dans Le Nom de la rose.

 

Superbe, tout simplement.

 

 

  1. Notez la nuance : ce sont des anthropophages et nos trois « héros » sont un tantinet plus civilisés puisqu’ils ne mangent pas de ce « pain-là » !
  2. Merci à Alcofribas Nasier…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Western, #John Wayne
La Charge héroïque (She wore a yellow Ribbon - John Ford, 1949)

1876.

Custer vient de tomber à Little Big Horn. C’est un coup dur pour l’armée des Etats-Unis, et en particulier pour les hommes du 7ème de cavalerie commandés par le capitaine Brittles (John Wayne) à qui il reste moins d’une semaine avant la retraite (fort méritée bien sûr).

Mais les troublés générés par la défaite a mis les Indiens en effervescence, et le commandant Allshard (George O’Brien) envoie Brittles accompagner à la diligence les femmes du fort : sa femme Abby (Mildred Natwick) et sa nièce Olivia Daindridge (Joanne Dru).

Cette dernière, pendant tout le trajet porte un ruban jaune (1) dans ses cheveux, signe qu’elle est amoureuse d’un des hommes : le premier lieutenant Cohill (John Agar), ou le second lieutenant Pennell (Harry Carey Jr.) ?

 

Il s’agit ici du second volet de la trilogie que John Ford accorde à la cavalerie américaine (US Cavalry), situé entre Fort Apache et Rio Grande.

Après la déroute militaire du précédent film, Ford redore un peu le blason de ce corps d’armée, s’appuyant sur John Wayne et quelques habitués du cinéma de Ford : outre les acteurs déjà cités, on retrouve Arthur Shields (le docteur), Francis Ford (le barman) et Victor McLaglen (Quincannon), sans oublier le fidèle Jack Pennick qui n’apparaît que dans la scène finale. Il ne manque que Ward Bond !

 

Pour le reste, on retrouve les éléments chers au réalisateur : l’Amérique qui se construit, un microcosme peuplé de personnages de caractère, la famille et bien sûr une bonne bagarre. Le tout au milieu de Monument Valley. Bref, du grandiose !

Et fait de charge héroïque, on pouvait s’attendre à du plus spectaculaire. En effet, la seule charge à laquelle nous assistons – à la fin, apothéose d’une certaine façon de la carrière de Brittles – ne comporte aucun mort ni le moindre blessé, ce qui semble tout de même étonnant quand on se souvient du sort de Custer. On aurait pu imaginer une expédition punitive, histoire de venger les morts de Little Big Horn.

Mais si cette charge est héroïque, c’est surtout parce qu’à aucun moment, on ne voit un Indien tué. La dernière charge de Brittles est avant tout une magnifique manœuvre pacifiste : il est parfois des gestes plus héroïques que de mourir à la guerre.

De plus, l’échange qui se tient peu avant cette charge voit Brittles parlementer avec Poney That Walks (Chief John Big Tree, autre familier des films de Ford et autres westerns) : ce sont deux amis qui s’aiment et qui déplorent la guerre à venir. D’une certaine façon, Brittles reste fidèle à son mai, évitant un bain de sang inutile (2).

 

Si la cavalerie est avant tout un milieu d’hommes, encore une fois Ford y greffe des femmes au caractère bien trempé : la jeune Olivia n’est pas une frêle jeune fille, comme on pouvait s’en douter (on est chez Ford, je rappelle), la plus forte reste tout de même Abby, la femme du commandant du camp. Et Mildred Natwick, qu’on avait aperçue dans Three Godfathers, revient avec panache, menant le sergent Quincannon vers la prison militaire sans une protestation, lui qui vient d’en découdre avec sept soldats qui n’ont pas pu l’arrêter. C’est d’ailleurs une (autre) belle bagarre que nous propose là Ford : Victor McLaglen s’en donnant à cœur joie avec Francis Ford, buvant et frappant sans retenue. Bref, on est en plein territoire (avec deux R) connu et on s’y sent bien.

 

Et puis il y a John Wayne, un peu différent des autres rôles qu’on lui connaît. C’est tout d’abord un homme seul et triste : sa femme l’a quitté près de 10 ans plus tôt, et il ne peut s’empêcher d’aller lui parler régulièrement, au cimetière du fort.

C’est aussi un homme qui a vieilli, comme le soulignent se cheveux blancs (3), et sa gêne quand il sort ses lunettes pour lire.

Il termine son service – 40 ans annonce-t-il – et a beaucoup de mal à l’accepter. Lors de ses adieux officiels, on sent une émotion dans l’attitude et la voix du Duke.

 

Un grand western qui démontre encore une fois l’admiration qu’avait John Ford pour ce corps d’armée, glorifiant aussi ces soldats qui furent ennemis à un moment de leur carrière (Guerre de Sécession), mais qui ont surmonté leurs antagonismes pour faire de ce pays un grand et beau pays : l’un d’eux est enterré avec le drapeau de la Confédération ; Tyree (Ben Johnson) mentionne Lee sur le plan que Sheridan, Sherman et Grant…

Mais tous ont cette même fierté d’appartenir à ce glorieux 7ème.

 

Une dernière chose encore : la musique de Richard Hageman, sur la base de la chanson traditionnelle du XVIIème siècle, égrène aussi quelques classiques du folklore américain comme the Battle Hymn of the Republic et bien sûr l’incontournable Garryowen, hymne du  7ème de Cavalerie.

 

 

  1. D’où le titre original : « elle portait un ruban jaune. »
  2. En existe-t-il des utiles ?
  3. John Wayne a alors 42 ans quand le film sort.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Peter Berg, #Catastrophe
Deepwater Horizon (Peter Berg, 2016)

Il n’y a pas à dire : les Américains savent faire des films catastrophes !

Et ça ne date pas d’hier : dès l’époque du muet, on avait déjà eu le fameux tremblement de terre de San Francisco de 1906, entre autres, et régulièrement, Hollywood nous gratifiait d’une nouvelle catastrophe impressionnante, avec plus ou moins de réussite.

Quoi qu’il en soit, ce Deepwater fait partie des plus impressionnants.

Certes, on ne retrouve pas l’aspect symbolique d’un Titanic (celui de Cameron, cela va de soi) ou le charisme porté par les deux géants de Towering Inferno, mais on se laisse prendre au jeu avec beaucoup de plaisir et aussi un peu d’émotion, sinon ça ne peut pas marcher.

 

Encore une fois, il s’agit d’une base véridique : l’accident du Deepwater Horizon (le titre original), une plateforme de prospection pétrolière de la British Petroleum dans la nuit du 20 avril 2010, amenant une marée noire sans précédent aux Etats-Unis, et surtout causant la mort de 11 personnes (1).

Nous suivons donc Mike Williams (Mark Wahlberg), le chef électricien, lors de ce qui devait être le dernier jour de travail sur cette plateforme (2).
Et dès le départ, on sait que ça va foirer : les techniciens venus vérifier tous les aspects de la sécurité repartent – rappelés par BP, vous comprenez, ça coûte de l’argent ces choses-là – sans avoir fini totalement l’inspection.

Et bien entendu dans ces cas-là, c’est là qu’a lieu l’incident qui entraîne l’immense catastrophe.

Et l’incident, on l’a dès la séquence d’ouverture : un rivet (un boulon ? une vis ? difficile à dire) se détache de la chape de béton au fond de l’eau, là où a été coulée la plateforme de forage.

 

A partir de là, on attend la catastrophe.

Pourtant tout allait bien, jusqu’à la période des tests, qui ne sont pas complètement concluants : des plans de coupe nous aiguillent vers les dysfonctionnements, et on ne peut se retenir de penser que ces « responsables » de la BP – Vidrine (John Malkovich, toujours magnifique, même en salaud) & Kaluza (Brad Leland) – ne le sont décidément pas, lissant, comme d’habitude primer les intérêts financiers.

La dernière séquence – juste avant le générique de fin – nous permet, grâce à de véritables séquences du procès, de voir que ces deux personnes, après avoir été accusées de forfaiture ont été relaxées.

Décidément, la justice est parfois bien capricieuse.

 

Mais au-delà des suites pénales, c’est tout de même un film extrêmement spectaculaire qui nous est proposé ici. Et deux des principales têtes d’affiche n’en sont pas à leur premier film catastrophe : Mark Wahlberg a déjà essuyé la tempête dans The perfect Storm et Kurt Russel de beaux incendies (déjà) dans Backdraft. Tous deux mènent avec courage cette épopée, épaulés par Gina Rodriguez qui interprète Andrea Fleytas, la seule femme de la plateforme.

La première heure du film nous montre comment fonctionne une plateforme de prospection, dans ses moindres détails. Et Peter Berg construit cette première partie comme un film documentaire, balayant les différents points d’activité et les relations entre les travailleurs du lieu. C’est une journée presque comme les autres qui commence, si ce n’est le dernier jour sur cette base.

Ensuite, tout part en vrille. Magnifiquement (3).

 

Par contre, Berg monte graduellement la pression – c’est vraiment le cas de le dire ici – et souligne chaque petit élément qui va faire pencher – irrémédiablement – la balance.

Ensuite, la plateforme se transforme en brasier géant avec une débauche d’effets spéciaux impressionnants, donnant raison à ces hommes  qui, quand tout allait bien, appelait l’endroit « le Puits de l’Enfer ».

Bien sûr, cela devient dantesque.

Ca explose de partout, le ciel s’embrase, c’est une catastrophe absolument totale, magnifiquement filmée et surtout montée : malgré la tentation du sensationnel (4), ce n’est pas une déferlante de plans surmultipliés comme on peut toujours en voir dans d’autres productions plutôt sur-humaines, si vous voyez ce que je veux dire…

Mais surtout, malgré l’ampleur de la catastrophe, on reste toujours au niveau des humains. La caméra est presque toujours au milieu de l’action, suivant les différents destins plus ou moins tragiques qui ont émaillé cette catastrophe.

 

Bien sûr, comme c’est un film américain, on ne passe pas à côté de la dimension religieuse et on a droit à une prière par les rescapés sur le bateau de secours.

Mais si Dieu avait été de la partie, aurait-il relaxé les deux « responsables » ?

 

 

  1. Ces victimes sont citées deux fois dans le film : la première quand le chef de la plateforme fait l’appel des survivants, la seconde avant le générique de fin, avec en plus des photos les représentant, la plupart du temps en famille.
  2. Malheureusement, ce fut réellement le dernier jour.
  3. Hélas.
  4. Rassurez-vous, il y en a un peu quand même…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sam Raimi, #Horreur
The Evil Dead (Sam Raimi, 1981)

Une maison de bois à l’écart des routes.

Cinq jeunes personnes (trois filles et deux garçons).

La nuit qui tombe tôt (17h50).

De la fumée.

Et bien sûr : une entité maléfique qui rôde et provoque des tragédies.

 

Bien avant de nous proposer sa version de Spider-Man, Sam Raimi a donné dans le genre horreur et épouvante. C’est bel et bien le cas ici, où en plus il réalise son premier long métrage. Et pour ce qui concerne l’horreur et l’épouvante, c’est plutôt réussi. Certes, nous étions en 1979-1980 quand il l’a tourné, et les effets spéciaux ne sont pas aussi léchés que maintenant.

Mais pour l’époque, ils sont plutôt bien faits et ont d’ailleurs été récompensés à travers Tom Sullivan pour ses maquillages.

 

Il semble tout de même que Sam Raimi a vu L’Exorciste et a plutôt aimé, tant les maquillages des morts-vivants rappellent le visage de la jeune Regan (Linda Blair), ou encore les liquides plus ou moins visqueux qui baignent (1) la fin du film.

Mais là s’arrête la comparaison, ce film allant beaucoup plus loin dans l’horreur que celui de Friedkin.

Tellement loin, qu’à un moment, ça devient trop. Ce sont des litres d’hémoglobine qui se déversent sur les protagonistes, sans compter les différents jaillissements sanguins tout au long du développement de l’horreur.

Tellement que ça en devient même presque risible.

 

L’intrigue est somme toute assez rudimentaire : on se doute bien que ces cinq personnes vont passer une sale nuit. Dès l’ouverture, d’ailleurs, on sent une menace planer sur ces jeunes gens. Le premier plan, caméra à l’épaule, implique une menace : en effet, il s’agit d’une caméra subjective d’un être qui se meut bizarrement, surmontant les obstacles avec fluidité jusqu’à rencontrer nos cinq jeunes insouciants.

D’une manière générale, les sentiments d’horreur et d’épouvante sont accentués par des cadrages différents, surtout dans la dernière partie.

[i.e. : quand Ashley (2) sort de la voiture, alors que la calandre est horizontale, le corps du jeune homme est penché.]

 

Autre élément accentuant le caractère effrayant du film, la musique de Joe Loduca. On y retrouve l’influence de Ligety (cf. The Shining) ainsi que des sonorités qui rappellent fortement les années 1980 (tout comme dans Excalibur qui sortit la même année).

Mais c’est surtout quand la musique se tait que le sentiment d’épouvante se renforce.

S’ajoute à cela l’absence de représentation de la menace paranormale : on sait qu’il y a quelque chose et que ça semble gigantesque. Et ce n’est pas la fin qui pourra nous mettre sur la voie.

 

Parce qu’il y a une fin, et près de 30 ans après la sortie du film, nous savons qu’il y a eu deux suites tournées par Raimi dans les 12 années qui ont suivi.

D’ailleurs cette fin n’en est pas vraiment une, le film s’arrêtant sur une suspension de la narration : qu’a donc vu Ashley au moment où le montage a enchaîné brutalement le générique de fin ?

 

Ceci est bien sûr une autre histoire, mais je ne suis vraiment pas sûr d’y retourner.

  1. C’est le cas de le dire.
  2. Bruce Campbell, un habitué des films de Raimi qui avait déjà joué dans deux de ses courts métrages antérieurs.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Henri Verneuil, #Jean Gabin, #Gangsters
Mélodie en Sous-sol (Henri Verneuil, 1963)

Tout commence à la gare du Nord, où Monsieur Charles (Jean Gabin) va prendre le train pour Sarcelles, après cinq années passées aux frais de l’Etat.

Il retrouve sa maison perdue aux milieux des grands ensembles et à l’intérieur sa femme (Viviane Romance), heureuse de le retrouver.

Mais pas pour longtemps, parce que Monsieur Charles a passé ces cinq années à monter le dernier coup de sa carrière, une sorte d’apothéose après 30 ans passés dans son domaine : rafler la caisse du Palm Beach (Cannes, Alpes-Maritimes) après la clôture : un milliard.

Bon, c’est un milliard de centimes – nous sommes en 1962 – mais pour l’époque, c’est une somme franchement rondelette, voire obèse.

Comme son complice Mario (Henri Virlojeux) n’est plus en état de faire quoi que ce soit (1), il s’adresse à un jeune plein d’avenir : Francis Verlot (Alain Delon).

 

C’est tout d’abord une rencontre au sommet, une sorte de passage de témoin : Jean Gabin, le jeune premier des années 1930 aux côtés d’Alain Delon, jeune premier des années 1960s sont tous les deux en haut de l’affiche (2). C’est une collaboration prometteuse et qui verra les deux géants se retrouver dans plusieurs autres films.

Tous les deux tiennent la vedette du début à la fin, même si Delon prend petit à petit le pas sur Gabin : place aux jeunes ! Mais cela se fait doucement et sans que Gabin se mette à faire du Gabin : il reste sobre et donne alors une bonne interprétation de son personnage.

Verneuil signe ici l’un de ses plus beaux films, lui donnant une dimension américaine dans sa façon de tourner.

 

Autour de Delon et Gabin, on trouve aussi une kyrielle de seconds rôles aperçus régulièrement dans la période : Bernard Musson, Robert Rollis ou encore Dominique « Madame Mado » Davray. A propos de cette dernière, on remarque encore une fois que les répliques de Michel Audiard lui siéent très bien. On la retrouvera plusieurs fois donner la réplique pour lui, dans notamment Les Tontons flingueurs qui sortira la même année.

Et puis il ne faut pas oublier Maurice Biraud, qui retrouve Gabin après Le Cave se rebiffe, mais qui fera les frais des tensions du tournage. Grand seigneur – comme toujours – il ne relèvera pas.

 

Si Verneuil signe ici un film de gangsters, il ne faut pas croire qu’il s’agit d’une parodie. La présence d’Audiard n’est pas toujours synonymes de savoureux mots comiques, et si on sourit à quelques répliques – devenues cultes, évidemment, on ne perd jamais de vue le côté noir de l’intrigue : ces deux cadors ne sont rien d’autre que des voleurs. Habiles, certes, mais avant tout voleurs.
Et comme pour Le Cave, il ne faut pas imaginer une issue heureuse à ce casse : la malhonnêteté ne paie pas, pour les voleurs. Pour d’autres professions, je vous laisse à votre propre opinion, gardant la mienne bien précieusement, nous sommes au cinéma.

 

Il n’empêche que le film est vraiment bien mené par Verneuil, et le montage l’une des clés de la réussite. Les plans de transition sont bien léchés (3), donnant une fluidité dans la narration et permettant de faire évoluer plus vite l’intrigue.

Plusieurs fois, Gabin s’adresse à Delon ou Biraud et en cours d’explication on se retrouve sur le terrain, la réplique se continuant, illustrée par les faits et gestes de son interlocuteur sur place.

 

Bien sûr, la séquence finale est magistrale : une dose de suspense avec un brin de fatalité –mais surtout la morale reste sauve, ouf ! – qui voit les deux bandits sur le bord de la piscine, cernés par les policiers, regardant impuissants le fruit de leur rapine s’éloigner d’eux.

On retrouve dans cette séquence finale un écho de celle de L’ultime Razzia, avec le résultat tragique pour Johnny Clay : les policiers s’apprêtent à l’arrêter.

 

Ici, Verneuil s’arrête avant, laissant le spectateur finir la séquence en sortant du cinéma.

 

PS : comme pour Les Tontons flingueurs, Michel Magne signe la musique et décline à l’envi un même thème musical en fonction du moment et du ton du film.

 

  1. Après quelques années à la Santé (?), la sienne n’est plus très folichonne et surtout, c’est madame Mario (Dominique Davray) qui prend les décisions.
  2. Comme dirait Aznavour, qui est mentionné sur les affiches du Palm Beach, par ailleurs…
  3. Un seul reste un peu gros et pas complètement réussi : comme dans La Corde, on voit Gabin près de la caméra tourner le dos et quand il s’éloigne, la situation a changé.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Delmer Daves
La Colline des potences (The hanging Tree - Delmer Daves, 1959)

 

La Colline des potences, ou plutôt l’Arbre à pendaisons (le titre original) est le lieu où  tout commence et où tout finit.

Entre les deux, une histoire d’hommes, de femmes et surtout d’or.

 

Un beau jour, le docteur Joe Frail (Gary Cooper) arrive à Skull Creek et achète une maison, à un jet de pierre du fameux arbre.

C’est aussi le jour que choisit Rune (Ben Piazza) pour débarquer là, essayant de voler des pépites dans un berceau.

Pris en chasse, il réussit à s’échapper et est soigné par Frail qui le garde comme serviteur contraint.

Un jour, la diligence est attaquée : les passagers sont tués sauf Elizabeth Mahler (Maria Schell) qui est recueillie au bout de trois jours.

Elle est installée en face de chez le docteur qui la soigne.

 

Delmer Daves est un  réalisateur humain. Son film est une très belle chronique de l’Ouest des orpailleurs : on y retrouve tous les éléments qui suivaient chaque ruée vers l’or.

Ici, c’est le Montana, mais on aurait pu voir la même chose en Californie ou ailleurs.

Les bâtiments qui ne sont que des grandes tentes où vivent, mangent, boivent ou plus : il existe même un « bâtiment » entourée de jolies dames qui vendent leur magasin à fesses, si vous voyez ce que je veux dire (1).

On y trouve aussi une rivière (2) sur les bords de laquelle les chercheurs tamisent le fond. Mais surtout on y trouve une faune hétéroclite et bigarrée.

Des prospecteurs, ça, on le savait, mais on y rencontre aussi Tom Flaunce (Karl Swenson), l’épicier de la ville mais qui vend aussi tout ce qui se rapporte à la prospection ainsi que les opérations financières. C’est le véritable homme à tout faire de la ville-champignon.

En plus des dames déjà mentionnées, on y trouve des joueurs de tout poil et un prédicateur exalté (3), George Grubb (George C. Scott).

Et parmi les prospecteurs, Frenchy Plante (Karl Malden), un brave garçon bien qu’un tantinet limité.

 

Très rapidement, on se rend compte que ce docteur fraîchement arrivé n’est pas de ces praticiens traditionnels : s’il sait enlever des balles dans le corps des blessés, il sait aussi en ajouter aux corps des vivants.

De plus, quand les résidents de Skull Creek apprennent son arrivée, de vieilles histoires ressurgissent : Frail n’est pas un inconnu pour eux. Tous le craignent, et à juste raison : c’est une gâchette, comme on dit.

Même Frenchy, qui n’est pas le plus subtile de la bande est très prudent quand il a affaire à Frail.

 

Et puis arrive le tournant du film : la découverte de la jeune femme, Elizabeth.

Si les prospecteurs sont heureux de son arrivée – et surtout dans ces conditions – il n’en va pas de même pour tout le monde. Trois autres attitudes se révèlent : médicale pour Frail ; morale pour certaines femmes de Skull Creek ; et convoitise pour Frenchy.

Si l’attitude de Frail s’explique facilement, celle des femmes fait aussi partie des éléments récurrents du western : les bonnes dames patronnesses qui sont très souvent décrites  mais surtout caricaturées et moquées (jusqu’à Morris et Goscinny dans Lucky Luke).

Et la femme de Flaunce est un véritable archétype de méchanceté et de médisance sous couvert de prétextes moraux. La façon dont Frail se débarrasse de ces bonnes dames est d’ailleurs l’un des rares moments comiques du film.

 

Parce que le film est avant tout un drame. Un drame humain, où l’or n’est même pas la raison.

Frail est un personnage au premier abord très sympathique (normal, c’est Gary Cooper !), mais on se rend bien compte qu’il n’est pas si bénéfique que ça. Son attitude peut se faire dure voire violente.

De plus, son allure sévère accentue ce côté un peu obscur. Avec l’âge – et la maladie ? Il s’agit de l’un de ses derniers films – le visage Gary a perdu de sa douceur et de la candeur qui lui permit d’interpréter des personnages très attachants. Il n’en demeure pas moins superbe, comme d’habitude.

 

A ses côtés, ou plutôt en face, Karl Malden interprète une brute assez singulière. En effet, ses premières interventions sont empreintes de naïveté : sa découverte de la jeune femme le propulse au devant de la scène. La façon dont il raconte ce qu’il s’est passé est presque touchante. On a un peu l’impression que c’est un grand gamin qui s’exprime.

Mais quand le désir va le gagner au fur et à mesure du film, l’aspect brutal va ressortir et le révéler tel qu’il est.

Malden est remarquable dans ce rôle pas si simple que ça, d’autant plus qu’il dut remplacer au pied levé Delmer Daves qui était malade et terminer le tournage.

Autre acteur remarquable : George C. Scott. On reconnaît d’emblée son profil et encore une fois, on se dit qu’il n’a pas un personnage très positif. Il est un prédicateur exalté certes, même si « fou » lui conviendrait mieux.

 

Et l’arbre ?

Comme je l’ai dit au début, c’est lui qui finit le film, avec une nouvelle corde « branchée ».

Encore une fois, il est témoin de l’avilissement des hommes dû à la fièvre de l’or, et la dernière séquence nous les révèle tels qu’ils sont : petits, égoïstes et brutaux.

Mais sont-ce encore des hommes ?

 

  1. Clin d’œil à Pierre Perret et son Tord-Boyaux.
  2. Elle donne son nom à la ville.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #George Chesebro, #Bruce Mitchell, #Fantastique
Wolfblood (George Chesebro & Bruce Mitchell,1925)

Dick Bannister (George Chesebro) dirige l’exploitation forestière Ford, en concurrence directe avec la Consolidated Lumber Company dirigée par le pas toujours scrupuleux Jules Deveroux (Roy Watson). Deveroux est prêt à tout pour éliminer son concurrent : il fait tirer sur les bûcherons de Bannister. Devant l’accumulation de blessés graves, Bannister demande la venue de la propriétaire et d’un chirurgien.

Arrive alors Edith Ford (Marguerite Clayton) – qui n’est pas une mémère atteinte de goutte – et Eugene Horton (Ray Hanford), son fiancé lui-même chirurgien.

A la suite d’une bagarre contre Deveroux, Bannister est laissé pour mort par son opposant, mais est secouru par le docteur qui doit pratiquer une transfusion sanguine : comme il ne trouve personne, il va utiliser le sang d’une louve, prêtée par un individu louche, Jacques Lebeq (Milburn Morante).

Un peu plus tard, alors que Bannister se remet, Deveroux est tué avec une grande sauvagerie, comme par un loup.

Mais Bannister ne se souvient pas de ce qu’il faisait à ce moment-là, et en plus, ses hommes parlent dans son dos : il serait devenu mi-homme mi-loup…

 

Voilà une intrigue bien compliqué pour un petit film !

En effet, Wolfblood ne dure que 68 minutes et ne casse pas des briques. Si la notion de loup-garou est centrale dans la deuxième partie du film, il ne faut pas attendre de grands effets de maquillage ou de Grand-Guignol : vous ne verrez pas de transformation. Non pas que la métamorphose soit impossible à recréer (1), mais parce qu’il n’y a pas de raison d’en avoir une.

 

Puisque The Werewolf (Henry MacRae, 1913) est considéré comme définitivement disparu dans l’incendie des studios Universal en 1924, on peut décemment considérer ce film comme le plus ancien encore visible traitant des loups-garous. Il s’agit du premier et seul film réalisé par George Chesebro – alors crédité au générique Geo Chesbro – un acteur oublié qui a tout de même joué dans plus de 420 films entre 1913 et 1955.

Sans être un chef-d’œuvre, ce film est bien tourné, les plans de coupe (dans tous les sens du terme, hé ! hé ! hé !…) amenant un plus à la narration : il s’agit d’un film qu’on peut qualifier d’honnête. Honnête certes, mais tout de même un tantinet vieillot dans son exécution.

Sympathique.

 

Toutefois, un léger détail peut faire se détourner la tête des spectateurs près d’un siècle plus tard : le personnage de Jacques Lebeq.

Cet homme est immédiatement étiqueté « half-breed » (2) et est un personnage maléfique.

C’est un trafiquant d’alcool : nous sommes en pleine Prohibition aux Etats-Unis, mais comme l’intrigue se déroule au Canada, c’est moins grave (!).

Son apparence est franchement répugnante et il semble que sa morale soit du même acabit.

Bref, ça ressemble tout de même à un délit de sale gueule.

 

Un film à découvrir.

Ou pas.

 

 

  1. Il suffit de voir les versions antérieures (1912 et surtout 1920) de Dr. Jekyll & Mr Hyde pour s’en convaincre : on savait (et encore plus en 1925) comment montrer une métamorphose au cinéma.
  2. « Métis ». Est-il moitié-canadien et moitié indien ? On pourrait le supposer au vu du statut des Indiens au cinéma, comme dans la société en 1925. Aujourd’hui encore, certains « bons » Canadiens (j’en ai rencontrés) ne sont pas très ouverts à ces véritables Américains.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Kevin Costner
Danse avec les Loups (Dances with Wolves - Kevin Costner, 1990)

Le Western est de retour.

En fait, le Western est toujours de retour, si on doit se fier aux annonceurs. Peut-on dire que le Western a disparu un jour ? Je ne pense pas.

Mais on peut tout de même dire que ce western, à sa sortie fut un événement : Kevin Costner avait même mis un quart du budget de sa poche tant il voulait le réaliser.

Non seulement ce fut un bon calcul financier, mais en plus, il fut grandement récompensée à travers le monde.

L’histoire ? Elle est toute simple, et c’est aussi pour cela que le film a bien marché.

 

Alors qu’il est blessé et qu’on doit l’amputer de la jambe droite, le lieutenant Dunbar (Kevin Costner, donc), qui refuse de devenir invalide, lance contre les Confédérés une charge solitaire autant que suicidaire qui se transforme en acte héroïque et lui vaut une affectation plus reposante et surtout la conservation de sa jambe.

Sa nouvelle affectation est tellement calme qu’il est seul dans ce qui ressemble à des ruines d’un fort militaire, au point le plus occidental de la frontière (1).

A force d’être seul, Dunbar va visiter ses voisins : une tribu de Sioux dirigée par le chef Ten-Bears (Floyd « Red Crow » Westerman) et le sorcier Kicking Bird (Graham Greene).

Une fois la surprise (réciproque) passée, des liens vont peu à peu se nouer entre les Sioux et cet homme blanc si étrange : la première fois que Kicking Bird le voit, Dunbar est tout nu.

 

Bien sûr, on a en tête les deux monuments précédents – Little Big Man et A Man called Horse tous les deux curieusement sortis la même année – qui offraient exclusivement une intrigue du point de vue des Indiens, ce qui n’étaient pas souvent le cas des Westerns de la grande époque avec les spécialistes du genre : John Ford, Howard Hawks, Raoul Walsh pour ne citer qu’eux (2). 

La grande différence tout de même, c’est que le Blanc qui devient Indien le fait volontairement : il n’est pas prisonnier ou perdu comme on le voit pour l’une des membres de la communauté, Stand with a Fist (Mary McDonnell).

 

C’est une épopée fabuleuse que nous offre Kevin Costner, et on comprend pourquoi il voulait à tout prix tourner ce film. Encore une fois, on ne peut que prendre le parti des Indiens contre les hommes blancs : ces derniers, n’intervenant que dans la dernière heure du film (avec aussi la toute première séquence qui voit Dunbar se retrouver à Fort Sedgewick), sont montrés comme des abrutis analphabètes, frustes et violents, ce qui à mon avis n’est pas tellement exagéré.

 

Mais si les Indiens sont les « gentils » du film, cela ne les empêche pas non plus d’être cruels : envers leurs ennemis - les Pawnees (3) – comme envers les Tuniques bleues. Ce dernier combat va définitivement sceller le sort de Dunbar : arrêté et en attente d’être pendu, il est libéré par ses « frères » indiens.

Et d’une façon générale, Dunbar, en six mois (4), va se transformer : physiquement autant que moralement, adoptant définitivement les us et coutumes de ces nouveaux amis.

 

Pour le reste, c’est un superbe western que nous avons là, où le réalisme l’emporte sur le spectaculaire, le tout dans un cadre magnifique : le Dakota du Sud.  Mais surtout, les interprètes autres que les « Blancs » sont de véritables descendants des tribus indiennes, même s’ils ne sont pas d’ascendance sioux.

De plus, le langage utilisé est aussi sioux, ce qui donne encore plus de force aux différentes séquences du film.

 

Alors quand on dit que le Western est de retour, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il n’est jamais parti, mais qu’il est avant l’un des thèmes les plus fondateurs du cinéma américain, et que s’il est parfois obscurci par le reste de la production cinématographique, il n’en demeure pas moins un repère vers lequel Hollywood revient régulièrement, amenant à chaque fois  une autre pierre à l’édifice de l’histoire américaine du XIXème siècle, avant que ce pays soit définitivement considéré comme civilisé.

 

Civilisé du point de vue occidental, c'est-à-dire conquis avec une bible, mais surtout un fusil.

 

 

  1. La Frontière était la limite où la « civilisation » américaine s’étendait, toujours plus à l’Ouest avant de rejoindre l’océan Pacifique, amenant les colons puis les villes, amenant aussi le crime et les maladies ainsi que la guerre qui furent fatals aux Amérindiens.
  2. Je ne dis pas que tous les autres westerns prenaient exclusivement le point de vue des Indiens, mais la plupart du temps, on en revenait au vieil (et stupide) adage : « un bon Indien est un Indien mort. » On retrouve d’ailleurs cette pratique dans la dernière partie du film.
  3. Parmi les Pawnees, on découvre alors un acteur (amérindien) qui fait ses débuts au cinéma : Wes Studi. On le retrouvera dans le très beau Hostiles de Scott Cooper. On peut imaginer d’ailleurs que l’Indien vieillissant qu’il interprète ne devait pas être beaucoup plus différent dans sa jeunesse de celui qu’on peut voir ici.
  4. Seul repère chronologique : sa rencontre avec les nouveaux « pensionnaires » de Fort Sedgewick.

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