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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Claude Miller, #Policier
Mortelle Randonnée (Claude Miller, 1983)

Louis Beauvoir (1) est surnommé l’Œil. Il paraîtrait que c’est le surnom que lui aurait donné la pègre. Et l’œil, il l’a. Il possède toute une panoplie d’appareils photos mais surtout il est détective.

C’est au cours d’une filature qu’il  fait la connaissance de Lucie Brentano (Isabelle Adjani, à moins que ce soit Eve Granger (2), une croqueuse diamant doublée d’une mante-religieuse : non seulement elle amasse une fortune, mais elle élimine ses différents amants avant de les voler.

Il va alors la suivre de Bruxelles à Rome, en passant par Biarritz, Baden-Baden et même à Bobigny.

 

Il s’agit donc d’un road movie mais de facture très particulière. Il n’y a aucune quête vers un quelconque bonheur, seulement une fuite en avant jusqu’à l’irréversible et définitive mort.

Ils sont deux à parcourir l’Europe, en parallèle, d’un côté le privé seul qui n’a plus de fille (3) et de l’autre la tueuse/voleuse qui n’a plus de père.

Bien qu’ils ne soient pas du même côté de la barrière, ils sont tout de même très proches et on glane par instant des dialogues lointains, chacun répondant à l’autre, dans une espèce de communion familiale.

 

Il y a quelque chose de malsain dans cette randonnée, et qui va au-delà de l’aspect criminel. L’Œil porte très bien son nom : c’est un voyeur qui ne fait qu’espionner, prendre des photos, assister aux événements en tant que spectateur. A aucun moment il  n’essaie d’éviter les morts annoncées par le titre. Et les cadavres s’accumulent inexorablement jusqu’au bout de la route.

Mais si les hommes de Lucie/Eve (etc.…) ne font que passer, outre l’Œil, deux autres personnes suivent la jeune femme. Ils n’ont pas de nom, juste une apparence – l’homme pâle (Guy Marchand et la femme en gris (Stéphane Audran, méconnaissable) – et se livrent à la joyeuse activité de chantage.

 

Peu à peu, le lien invisible entre L’Œil et la jeune femme va s’épaissir alors qu’elle ne remarque jamais qu’il est près d’elle. Même quand il va (enfin) l’aborder, elle ne le reconnaît pas. Tout juste une impression fugace de déjà-vu (4).

Mais cette rencontre sera l’amorce de la fin inévitablement tragique et bien sûr mortelle. Mais la mort est surtout une délivrance ce que l’Œil semble le seul à ressentir. Pour le reste du monde, c’est seulement une criminelle qui décède.

 

On a d’ailleurs peu de renseignement sur le reste du monde. Il ne se passe rien en dehors de leur histoire. La télévision est toujours allumée mais à part des informations sur la cavale de Catherine Leiris (Isabelle Adjani), on ne voit que des images d’animaux dont une araignée qui n’est pas sans rappeler le modus operandi de la jeune femme : attirer ses amants pour les tuer et tout leur prendre.

 

Le film est construit en trois parties.

La première nous présente cette jeune femme qui a mis le grappin sur un riche héritier et d’une certaine façon son ascension irrésistible autant que meurtrière.

Puis vient une partie de transition où elle rencontre Ralph Forbes (Sami Frey) – rien à voir avec l’acteur anglais) – un aveugle à l’instinct si développé qu’elle est quasiment incapable de lui mentir. Alors qu’elle s’invente à chaque nouvel homme un père toujours plus formidable, on sent une faiblesse dans sa façon de raconter sa vie à Forbes, que pour une fois elle est en confiance et qu’elle ne cache rien à ce drôle d’amant. On pourrait presque la croire s’il n’y avait Emil Jannings dans le rôle d’un portier sur un écran : l’histoire qu’elle raconte rappelle étrangement celle du Dernier des Hommes… Il n’empêche que c’est le seul homme qu’elle avoue avoir aimé, et qu’elle a pleuré.

Puis vient la dernière partie dans laquelle elle tombe de plus en plus bas, ses larcins devenant de plus en plus minables jusqu’à la fin libératrice.

 

Bien sûr, la distribution prestigieuse est à la hauteur et le duo improbable et si peu réuni ajoute à l’atmosphère particulière et un peu glauque du film. Autour d’eux, les gens ne font que passer (personne ne survit) mais si l’on excepte les hommes de passage (ils sont trois), ces rencontres ne laissent pas indifférents le spectateur. Le summum est atteint avec Germaine, la femme en gris interprétée par une Stéphane Audran au bec-de-lièvre et aux yeux marron (elle qui les avait magnifiquement bleus…). Le couple formé par ces deux paumés ajoute dans la teinte sordide du film.

 

 

  1. On n’apprend son nom qu’à la toute fin du film, mais il n’a pas d’incidence sur l’intrigue.
  2. Ou Dorothée Ortis, Ariane Chevalier, ou encore Charlotte Vincent…
  3. Il ne l’a pas revue depuis 1958.
  4. L’explication écrite par Audiard énoncée par Serrault est savoureuse.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Andrew V. McLaglen, #John Wayne
Les Géants de l'Ouest (The Undefeated - Andrew V. McLaglen, 1969)

 

12 avril 1865.

La Guerre Civile est terminée depuis trois jours mais certains bataillons n’ont pas déposé les armes. C’est le cas d’une formation sudiste qui se bat contre la cavalerie du colonel John Henry Thomas (John Wayne), bien qu’elle connaisse le sort du conflit.

D’une manière générale, c’est tout le Sud qui pleure la défaite. Le colonel James Langdon (Rod Hudson) en fait partie : il a décidé de rejoindre le Mexique pour continuer le conflit là-bas, et éviter les carpetbaggers qui profitent de la situation.

De son côté, John Henry part capturer des chevaux en Arizona pour les vendre à l’armée qui en a besoin.

Bien que leurs camps et leurs desseins soient très différents, ces deux grandes figures de la guerre vont se rejoindre quelques mois plus tard… Au Mexique.

 

Alors que le western italien – et surtout celui de Sergio Leone – a changé (presque) complètement la donne, Andrew McLaglen (le fils de Victor) réalise ici un western on ne peut plus classique si ce n’était une mise à jour concernant l’aspect « racial » (1) : en effet, alors qu’un Indien était autrefois considéré bon quand il était mort, ici une sous-intrigue développe une histoire d’amour improbable entre Blue Boy (Roman Gabriel) et la belle Charlotte Langdon (Melissa Newman, qui n’est pas la fille de Paul, malgré son nom).

En effet, on a du mal à croire que le colonel Langdon, officier sudiste et grand propriétaire terrien (2) un tantinet esclavagiste, accepte si facilement que sa fille unique tombe amoureuse d’un Indien, aussi prestigieux soit-il. Mais nous sommes en 1969, et la vision raciste des gens du Sud ne pouvait pas perdurer au cinéma. Ce qui n’est d’ailleurs pas pour me déplaire.

Donc passons.

 

 

McLaglen a bien retenu les leçons de ses aînés et surtout de John Ford pour lequel il travailla sur L’Homme tranquille. On retrouve ici les ingrédients habituels des westerns de la grande époque (3) : fusillades, bagarre épique et vieux ronchon (Dub Taylor en cuisinier épouvantable), sans oublier les Indiens donc ainsi, qu’un trio fordien, John Wayne, Ben Johnson (Short Grub) et Harry Carey Jr.

 

Mais à ces ingrédients, McLaglen ajoute une problématique tout de même intéressante : comment s’est passée la vie dans le Sud après la reddition de Lee ?

On connaissait déjà le point de vue sudiste de Griffith, qui n’est pas vraiment à son honneur, et ce nouvel aspect insiste sur eux qui ne reconnaissaient pas la défaite et voulaient continuer à lutter contre « l’envahisseur » yankee.

 

Mais le Nord a gagné et les westerns « traditionnels » l’ont très souvent souligné, tout comme celui-ci.

Ce que McLaglen montre en plus, c’est la force de cette Union. C’est que cette « Union » ne fait pas que désigner le camp nordiste : les rapports entre Thomas et ses hommes d’un côté et Langdon et les siens de l’autre, c’est qu’ils font tous partie de ce grand pays que sont les Etats-Unis.

La guerre est bien finie pour Thomas et sans pour autant critiquer l’obstination de ces Sudistes, il va œuvrer à son niveau pour la réconciliation. De son côté, Langdon voit d’un œil favorable cet ancien ennemi, donc on se dirige doucement vers une fin convenue où chacun s’en retournera dans son pays, et cette fois-ci, ce sera le même.

Et pour accompagner la dernière chevauchée, une musique consensuelle et rassembleuse : The Yankee doodle Boy ! (3).

 

Ce western, à contre-courant de la tendance de cette fin des années 1960, a tout de même le mérite de montrer que le genre n’est pas mort comme on pouvait le croire, et même qu’on pouvait en faire un sans qu’il ait besoin d’être « crépusculaire ».

Le seul à être crépusculaire ici, c’est John Wayne qui a tout de même 62 ans quand le film sort : il n’embrasse donc pas la jeune première…

 

 

PS : quant à la traduction française du titre (les Invaincus devient ça)… Parlons d’autre chose. Une autre fois.

  1. Il s’agit d’un terme fort malheureux et réducteur, puisque n’en déplaise aux fâcheux de tous poils et de tous bords, il n’existe qu’une seule race humaine, les autres ayant disparu au fur et à mesure que grandissant le monde. D’ici à ce que cette race s’éteigne, il semble que nous sommes sur la bonne voie…
  2. 1.500 acres, soit environ 607 hectares
  3. Avant Sergio Leone, donc.
  4. Voir ci-dessous :

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sidney Lumet, #Gangsters
Family Business (Sidney Lumet, 1989)

C’est avec un dépôt blanchâtre sur un parapet que commence le film.

Qu’est-ce ? Il faudra attendre la fin pour le savoir.

Entretemps, une affaire de famille (1) pas très régulière, mais surtout une rencontre au sommet entre trois stars du moment : Sean Connery, révélation des années 1960s ; Dustin Hoffman, des années 1970s et Matthew Broderick des années 1980s.

 

Ici, ces trois-là sont de la même famille (d’où le titre) : Sean Connery (Jessie McMullen) est le grand-père, Dustin Hoffman (Vito McMullen) le père et Matthew Broderick (Adam McMullen) le fils.

Quelle famille ! Et surtout quelle affaire de famille !

Le plus jeune propose à son grand-père un coup mirobolant : comment se faire un million de dollars (« 1.000.000 » écrit comme ça, c’est plus impressionnant) sans trop se forcer. Certes, c’est illégal, mais chez les McMullen, ce n’est pas un problème : le grand-père est une vieille connaissance de la police locale (New York) et son fils Vito a déjà goûté à la pension de l’Oncle Sam, alors…

Sauf que comme le braquage tourne mal – il fallait s’en douter – c’est le plus jeune qui trinque : Adam est arrêté et encourt la peine de 15 ans prison, de quoi célébrer avec un peu d’avance ses quarante ans lors de sa libération…

 

Si le braquage est le tournant du film, ce n’est pas dans sa conception ni sa réalisation qu’il faut trouver l’intérêt du film. En effet, la préparation se résume à une séance de courses dans un magasin de bricolage et le repérage à une négociation avec deux professionnelles. Négociations menées par Jessie, cela va de soi.

Bien entendu, avec une telle préparation, on ne peut que présager un braquage foireux ce qui sera le cas : le plus difficile étant de trouver la bonne salle contenant les produits à voler.

 

On peut dire que Jessie est la véritable âme de cette famille. Ce n’est pas une âme pure, loin de là, mais on ne peut qu’aimer un tel personnage. Pas étonnant que le jeune Adam en soit fou, au grand désarroi de son père qui ne rêve que d’une vie propre et rangée pour son fils.

Mais le problème, c’est que pas une seule fois il ne s’est demandé ce que voulait ce fils.

Cela entraîne un premier niveau de conflit entre le père et le fils, auquel s’ajoute un autre conflit entre ce même père et le sien !

 

Mais cette famille, c’est aussi le quartier où a vécu Jessie, où Vito a grandi et où Adam découvre ses membres truculents et très contrastés. On y trouve une colonie irlandaise avec ses membres des deux côtés de la loi – des policiers et des truands – et surtout une générosité et un sens du partage très prononcé. On trouve, entre autres parmi les « invités », un receleur qui propose quantité de choses « tombées du camion » et qui vend à tous sans distinction d’uniforme… Ainsi que des policiers avec qui Jessie a lié connaissance et qui sont loin d’être des étrangers : on le remarque quand Jessie est arrêté, car si l’inspecteur est zélé, le policier qui l’accompagne semble pour sa part navré d’en arriver là.

Et c’est pendant des obsèques que commence vraiment le film, là où les trois décident de monter le coup ; et c’est à une nouvelle cérémonie d’obsèques que le film se conclut, pendant que l’assemblée chante l’incontournable et traditionnel Danny Boy en hommage au défunt.

 

Entre les deux : des rapports familiaux compliqués – peut-il en être autrement avec deux anciens taulards ? – mais surtout des hommes pas si différents que ça mais qui n’ont jamais su se dire « je t’aime ».

Il faut dire que non seulement ils ont un passé carcéral lourd, mais en plus, ils présentent des particularités familiales fort étonnantes : Jessie, Ecossais arrivé à New York a épousé une Italienne (enfin une fille de famille italienne) ; Vito (qui tient son nom de sa mère donc) a lui épousé Elaine (Rosanna de Soto), une femme juive et se rend chaque année célébrer le Pessa’h dans sa belle-famille (2).

 

Bref, une comédie un tantinet nostalgique servie par des acteurs au meilleur de leur forme, et une rencontre Connery-Hoffman explosive pour notre plus grand plaisir.

A (re)voir.

 

 

  1. La traduction du titre original.
  2. Petit clin d’ œil à ce même Dustin Hoffman qui est juif.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Capra, #Presse
The Power of the press (Frank Capra, 1928)

Il y a aux Etats-Unis un thème Qui revient très souvent dans le cinéma : la presse. On retrouve ce sujet dans de nombreux films, que ce soit au temps du muet comme ce film, ou beaucoup plus récemment avec le magnifique Pentagon Papers.

Capra, qui signe ici un de ses derniers films muets a plus d’une fois décrit ce medium, racontant de nombreuses histoires ayant pour personnages des journalistes.

S’agit-il ici du premier film de ce genre ? Peu importe. Il se trouve que Capra réussit un beau film, illustrant magnifiquement ce pouvoir de la presse (1) : que ce soit pour informer et mettre au jour des affaires importantes, mais aussi pour dénigrer certaines personnes sous prétexte que « l’information doit paraître ! »

 

Nous sommes à New York, au Times, et Clem Rogers (Douglas Fairbanks Jr., le fils de) végète entre les bulletins météo et les enterrements. Alors quand le rédac’ chef (Robert Edeson) l’envoie – faute de pointure à disposition – enquêter sur le meurtre du District Attorney Nye (Charles Clary), non seulement il dégotte un scoop, mais en plus il fait la une du nouveau journal.

Sauf que la jeune femme qui est mise en cause est la fille d’un candidat à la mairie et que cette jeune femme – Jane Atwill (Jobyna Ralston – était juste au mauvais endroit et au mauvais moment. Encore que…

 

Avec ce film, Capra prend un peu de distance avec la comédie slapstick qu’il a pu développer avec  Harry Langdon et évoque ici un sujet tout à fait sérieux. On a d’ailleurs droit à la chaîne des différentes étapes de parution d’un quotidien, de la machine à écrire du journaliste jusqu’à la parution en kiosque (2). On retrouve alors ce qui fascine toujours les yeux des profanes : comment les pages sont imprimées et tout ce qui suit.

 

Mais nous sommes au cinéma et rapidement l’intrigue reprend le dessus sur le documentaire et on assiste alors à une quête de la vérité, la base du travail d’un journaliste.

A cela s’ajoute une belle bande de scélérats menés par l’autre candidat à la mairie – l’infâme Robert Blake (Philo McCullough) – et secondé par son homme de main Van (Wheeler Oakman) qui n’hésite pas à tuer quand cela est nécessaire.

La fin est donc une séquence au suspense haletant : entre Van qui veut tuer Clem et Marie (Mildred Harris) qui va tout balancer sur son patron et lui-même, et la poursuite en voiture, c’est un final magnifique, bien qu’on ait perdu un petit bout de pellicule (3).

En effet, la poursuite est menée tambour battant avec des plans audacieux qui montrent le point de vue des différents protagonistes – celui de Marie alors qu’elle tente tant bien que mal de rester sur la route, longeant des précipices est impressionnant – sans oublier les caméras qui furent embarquées sur les véhicules ce qui évite alors les raccords hasardeux de l’incrustation.

 

A un moment tout de même, on peut découvrir le pot-aux-roses. C’est bien Douglas Jr. qui conduit, mais sa vitesse est on ne peut plus raisonnable : le décor sur son côté gauche (le droit pour nous) ne défile pas à la même vitesse que quand on voit les véhicules se poursuivre.

Certes on a mieux fait depuis en poursuite réelle (Bullitt, The French Connection…), mais tout de même, Capra filme tout cela avec beaucoup de talent.

Mais puisque c’est Capra, on n’était obligé d’avoir quelques éléments comiques : la rivalité entre Clem et le reporter chevronné Bill Johnson (Dell Henderson) est une mine de gags visuels très drôles.

 

Au final, nous avons un film très intéressant, de par son témoignage historique sur le fonctionnement du Times en 1928, et une distribution pertinente avec toutefois une petite déception : Jobyna Ralston aurait très certainement pu être un peu plus mise en valeur (4).

Si Douglas Jr. ne saute ni ne bondit pas comme son père, il est tout de même capable d’emporter la sympathie des spectateurs, montrant qu’il n’est pas seulement le fils de son père.

 

Encore une pépite de la fin du muet et surtout d’un réalisateur qui va s’épanouir dans la décennie suivante, proposant des comédies qui portent la « Capra’s touch » qui nous fait sortir d’une projection avec le sourire…

 

 

PS : message personnel au professeur Allen John : est-ce Douglas Sr. qu’on peut apercevoir parmi les photos glanées par Nye ?

 

  1. La traduction du titre.
  2. On est aux Etats-Unis donc ce ne sont pas des « kiosques » comme à Paris mais plutôt des étalages.
  3. Ca arrive, des fois…
  4. J’avoue aussi que j’ai un faible pour cette actrice…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Rupert Wyatt, #Science-Fiction
Captive State (Rupert Wyatt, 2019)

 

Un contact a eu lieu entre la Terre et des Extraterrestres (ET).

Neuf ans plus tard, à Chicago, les ET occupent une zone souterraine interdite, pillant les ressources de la planète hôte. De plus, ils ont mis en place un système législatif on ne peut plus répressif et basé sur une surveillance totale des populations humaines à travers des implants.

Pourtant, un petit groupe – le Phénix – continue à résister.

 

L’intrigue est on ne peut plus difficile à résumer, ces quelques lignes ne prennent pas en compte toutes les données que le scénario distribue progressivement jusqu’à l’instant crucial qui fait basculer l’histoire.

Nous avons d’un côté des ET qui dirigent la Terre à travers les infrastructures existantes : la justification de cette occupation et donc de cette collaboration est la sécurité et le plein emploi.

La question, dans cette situation est la même que celle des années 1930s : doit-on aliéner sa liberté pour être en sécurité ?

Car une fois la liberté aliénée, les problèmes d’emploi ne se posent plus : ceux qui refusent sont éliminés, administrativement ou carrément définitivement.

Bien sûr, cette dérive liberticide s’applique ici à une société dystopique qui ne peut pas être la notre, hein ?

 

Le démarrage est fort étrange et peut déconcerter : la menace alien est fort diffuse au départ, mais on comprend rapidement qu’il y a antagonisme. Le saut de 9 ans nous pose devant un état de fait : comment on en est arrivé là n’est pas le plus important. Il faut surtout essayer d’en sortir.

Nous suivons alors plusieurs sous-intrigues qui vont peu à peu trouver leur place dans la grande intrigue, comme un immense puzzle dont la solution est annoncée dès le commencement (1).

 

Première sous-intrigue : Gabriel Drummond (Ashton Sanders) qui travaille au traitement des informations, et vit avec Rula (Madeline Brewer). Son frère Rafe (Jonathan Majors) a fait partie du premier groupe de résistance. Il est surveillé par William Mulligan (John Goodman), un policier au service des « Législateurs » (les ET sont appelés ainsi).

Deuxième sous-intrigue : Jane Doe (Vera Farmiga) – une prostituée (2) – a une relation privilégiée et particulière avec Mulligan. Quand il vient la visiter, elle passe Stardust sur son électrophone.

Troisième sous-intrigue : l’organisation de Phénix et son implication comme mouvement de résistance.

Il est clair que la seconde partie semble sans véritable lien avec les deux autres. Détrompez-vous, ce n’est pas gratuit : laissez-vous faire, la révélation viendra (3).

 

Ce film de Rupert Wyatt est, à mon avis très intéressant. Et pas seulement pour son intrigue. Alors qu’on retrouve de nombreux éléments déjà éprouvés dans d’autres films de ce genre, c’est bien sûr son traitement qui retient l’attention. Certes, les ET sont de forme humanoïde (4), mais ils ont un aspect assez étonnant et un langage fort complexe fait de bruitages divers indescriptibles.

L’utilisation des implants électroniques n’a rien de nouveau non plus si ce n’est sa façon de les shunter.

Non, le plus réjouissant c’est le traitement de la lutte entre ces Législateurs tout puissants et les résistant, avec comme facteur de hasard l’unité de police de Mulligan. Et comme toujours, John Goodman est impeccable. Un peu en contremploi par rapport à ce qu’on connaît, mais malgré tout magnifique.

Autour de lui, les différents interprètes sont eux aussi très convaincants et on se laisse prendre progressivement par cette histoire pas si impossible que ça.

On peut aller chercher dans le passé des correspondances. Mais malheureusement, si on regarde certains aspects de la société actuelle, on trouve des éléments communs troublants : pas besoin d’implant sous-cutané pour suivre à la trace les citoyens (5) par leur téléphone ou autre cartes bancaires, ordinateurs… Je continue ?

 

Bien sûr, la fin laisse un espoir – puisque je vous dis que ça se termine à peu près bien – mais nous sommes au cinéma…

 

 

PS : petite innovation. Comme pour les deux films cités ci-dessus, le vaisseau spatial n’a pas grand-chose à voir avec ce que nous connaissons.

 

  1. Non, je ne livre pas ici la clé de l’intrigue, je dis juste que nous avons beaucoup d’éléments en notre possession alors que le film commence mais comme pour un puzzle, il faut avant tout avoir une vue d’ensemble pour le comprendre et donc le terminer.
  2. « Jane Doe », pseudonyme évident qui est utilisé pour dénommer les anonymes féminines aux Etats-Unis.
  3. Nous sommes dans un film américain et au vu de la situation initiale, on peut parier dès l’ouverture qu’on assistera à une fin heureuse. Elle sera là, mais peut-être pas comme on pouvait l’attendre.
  4. J’attends avec impatience des ET qui ne sont pas humanoïdes, qu’ils soient amicaux ou agressifs. A part 2001, a space Odyssey ou Arrival, on en a peu en stock…
  5. Le sont-ils encore dans ce cas-là ?

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Darryl Zanuck, #John Wayne, #Guerre
Le Jour le plus long (The longest Day - Darryl F. Zanuck & Co, 1962)

Grandiose.

C’est film absolument gigantesque, une épopée comme seul le cinéma sait nous proposer.

Un film qui aurait coûté plus cher que le Débarquement lui-même (1), avec une pléiade de stars américaines, françaises et allemandes.

La possibilité que nous donne la vidéo permet maintenant de voir les différentes parties dans la langue, évitant les accents pas toujours heureux des doublages d’antan…

 

Bien sûr, ce film est long (près de trois heures) mais il faut dire que le sujet en valait la peine : le dernier tournant de la deuxième Guerre mondiale, ouverture du second front tant attendu par Staline qui refoulait alors les Allemands de chez lui.

De plus, les conseillers militaires – qui apparaissent à travers des acteurs, ils n’étaient plus tout jeunes – sont pour beaucoup de véritables vétéran de cette opération, donnant à ce film une connotation réaliste ou plutôt authentique.

 

Parce que question réalisme, les scènes en incrustation ont fait long feu. En effet, la restauration puis la ressortie en Blu-ray ont donné un grand coup de vieux au film. La définition étant tellement belle qu’on ne peut pas ignorer ces imperfections : Robert Mitchum (Général Cota) sur une barge qui encourage ses hommes ; mais surtout Rommel (Werner Hinz) inspectant les plages est terrible. A un moment, on se demande s’ils n’ont pas oublié de le remettre sur l’image : il parle et nous voyons des vagues puis tout à coup il réapparaît…

 

Pour le reste, c’est du solide. Mis à part la toute première séquence qui voit un homme courir puis se faire abattre par un Allemand. On comprend qu’il s’agit d’un résistant et qu’il transporte des papiers concernant le Débarquement imminent. D’ailleurs, le soldat allemand qui l’abat est avant tout un Nazi, comme on peut le voir sur son col. N’oublions pas que nous étions en 1962 et que les Allemands n’étaient plus des ennemis. Si le conflit armé ne peut pas montrer autre chose que les Alliés combattant les Allemands, autant laisser la responsabilité de l’exécution aux salauds nazis.

 

Si ce film est depuis une référence, on ne peut lui objecter de donner une image positive de la guerre.

En effet, le noir et blanc de rigueur permet d’y intégrer plus facilement des images d’archives sans avoir à les coloriser (pouah !) comme il fut un temps le cas.

Mais ce noir et blanc donne une distance et un recul qui ne rendent pas vraiment la véritable dimension de la guerre. : il s’agit avant tout d’un massacre généralisé qui se justifie dans des considérations pas toujours claires mais qui se rapportent la plupart du temps à des histoires géopolitiques et/ou financières.

J’ai du mal à entendre l’expression « guerre juste » tant ces deux termes sont antithétiques.

 

Toujours est-il qu’il faudra attendre plus de trente-cinq ans (36 pour être plus précis) avant d’avoir une reconstitution authentique mais surtout réaliste de ce que fut ce Débarquement, et comment Omaha Beach fut loin d’être une promenade de santé : Il faut sauver le Soldat Ryan. Encore une fois : merci monsieur Spielberg.

Mais surtout, cette deuxième version évite le principal souci des superproductions internationales avec flopée de stars : on n’est pas en train de se dire : « tiens, c’est Untel ! Tiens, il est là lui aussi… »

 

Mais il faut tout de même reconnaître le côté didactique du film, mettant en scène jusqu’au moindre détail les différents événements de cette journée particulière et ses préparatifs : l’attente interminable, la peur de la mort chez certains soldats, mais aussi le sédatif d’Hitler qui fait dire à Jodl qu’il ne peut pas être dérangé…

 

Et au milieu de tout cela, on trouve quelques scènes assez étonnantes voire surréalistes : les bonnes sœurs menées par la mère supérieure (Madeleine Renaud) qui viennent secourir les blessés de Kieffer (Christian Marquand) ou encore le soldat allemand qui enfile précipitamment ses bottes et les met à l’envers. Sans oublier la patrouille allemande que rencontrent les égarés de la 101ème parachutée, distraits par un avion de passage qui les empêche de réaliser qu’ils viennent de croiser des ennemis…

 

Alors on regarde, comme on va à un rendez-vous avec une vieille connaissance, mais ce qui a pu nous émerveillé quand nous étions petits a tout de même bien perdu de son éclat. On le revoit comme on revoit tous ces films un peu anciens et qui nous rappellent des souvenirs passés.

 

Et on est toujours étonné de voir des généraux en première ligne…

 

          1. Il faut dire que le vrai général Eisenhower (Henry Grace dans le film) ne touchait pas le même cachet que John Wayne !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Mimi Leder, #Morgan Freeman, #Gangsters
The Code (Thick as Thieves - Mimi Leder, 2009)

Un duo.

Des œufs Fabergé.

Des voleurs de haut vol.

Un truand russe.

Un policier opiniâtre.

Tels sont les ingrédients qui composent ce film, où – encore une fois – on assiste à un braquage irréalisable mais tout de même réalisé.

 

Keith Ripley (Morgan Freeman) est un spécialiste dans sa profession : le cambriolage.

Gabriel « Gaby » Martin (Antonio Banderas) est un autre spécialiste dans cette même profession, mais lui est beaucoup (?) plus jeune.

Bien entendu, ils vont s’associer pour mettre la main sur un trésor fabuleux : les deux derniers œufs que réalisa Pierre-Karl Fabergé et offrit à la tsarine après la Révolution Russe (février 1917).

 

Comme toujours, l’élaboration et l’exécution de ce casse sont les moments les plus importants du film. Mais si on n’atteint pas le niveau de Danny Ocean et ses complices, on peut tout de même apprécier ce film où on retrouve deux grandes figures du cinéma : Morgan Freeman et Antonio Banderas. En prime nous avons droit au « Russe de service » : Rade Šerbedžija (1).

 

Pourtant, le démarrage laissait craindre le pire : les rapports entre le vieux bandit – Ripley – et le jeune loup – Martin  – sentaient fortement le réchauffé et on pouvait s’attendre à une passation de témoin entre deux générations.

Mais il n’en est pas question et Morgan Freeman (72 ans quand le film sort) n’a pas l’intention de raccrocher les gants (2).

Nous sommes dans un univers de faux-semblants où le spectateur se retrouve à la place de Martin qui n’a que très peu de contrôle sur les événements. Pourtant, dès sa rencontre avec la « filleule » de Ripley – la belle Alexandra (Radha Mitchell) – il est prévenu : attention aux suppositions.

 

Alors bien sûr, jusqu’au bout nous allons assister à quelque chose de faussé et il faudra attendre la fin pour qu’enfin éclate la vérité.

D’ailleurs cette vérité est un tantinet convenue. Mais il reste le morceau de bravoure et surtout la rencontre entre deux grands acteurs : d’un côté le vieux sage Freeman et de l’autre un jeune loup Banderas plus si jeune que ça (48 ans à la sortie du film…).

 

Quant au code du titre français (3), deux possibilités :

  • La combinaison du coffre-fort, ce qui me semble un peu léger comme explication ;
  • Le « code d’honneur » de cette profession où d’une manière ou d’une autre il faut prétendre être ce qu’on n’est pas…

 

A vous de vous faire votre propre idée. Ou pas.

 

  1. Qui est serbe…
  2. Dans la « vraie » vie non plus, d’ailleurs…
  3. Transformer un titre en anglais (Thick as Thieves) par un autre titre en anglais : le stade ultime de la traduction (= trahison, cela va sans dire) minable ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gilles Grangier, #Jean Gabin, #Gangsters
Le Rouge est mis (Gilles Grangier, 1957)

Le Gang des Tractions avant, qui sévissait juste après la fin de la deuxième guerre mondiale a toujours inspiré les scénaristes et les réalisateurs.

Il en va ainsi de ce film qui présente des similitudes avec le gang susnommé.

La façon d’opérer, tout d’abord : à chaque fois, c’est une attaque à mains armées qui s’effectue en plein jour et qui termine (trop) souvent par des morts.

Ici, nous assistons à l’essoufflement du gang et même à la mort de l’un d’entre eux pendant un braquage de fourgon postal.

Certaines réminiscences onomastiques aussi : Louis comme Quérard dit « p’tit Louis le Nantais », Raymond comme Naudy dit « Le Toulousain » ; quant à Pepito dit « Le Gitan », voir à ce sujet Le Gitan (1975).

 

Mais reprenons.

Louis Bertain (Jean Gabin), Pepito dit « Le Gitan » (Lino Ventura), Frédo (Paul Frankeur) et Raymond dit Le Matelot (Jean Bérard) forment une équipe redoutable de braqueurs dans la région parisienne, n’hésitant pas à tuer si le besoin s’en ressent.

Dans le même temps, le frère de Louis, Pierre (Marcel Bozzuffi) rend visite à sa fiancée la belle Hélène (Annie Girardot), qui ne semble pas une personne vraiment digne de confiance.

Un soir, Pierre débarque chez sa mère trop tôt et surprend des bribes de conversations entre Louis et Pepito.

Non seulement le coup va rater, mais le gang va être balancé. Pepito pense que c’est Pierre qui a parlé.

 

Nous sommes ici dans la lignée de films de gangsters typiquement français des années 1950 où Gabin, qui ne pouvait plus jouer les jeunes premiers (1), et relançait sa carrière avec des rôles de personnages âgé »s mais volontaires : le patron. Et ici, il est ce patron de gang, un truand de la vieille époque et qui ne s’allongera jamais devant les flics.

A ses côtés, on retrouve Lino Ventura et Paul Frankeur qui en sont déjà à trois films ensemble (outre Le Grisbi, ils sont dans Razzia sur la Chnouf) ainsi que Michel Audiard au scénario (avec Gilles Grangier et Auguste Le Breton). Bref, c’est une bande de copains qui travaillent ensemble (2).

Alors évidemment, tout fonctionne comme il faut : Gabin est impérial, Lino est encore une fois terrible et franchement méchant, quant à Frankeur, il manque l’assurance des deux films précédents à ce personnage plus ou moins rangé.

 

La différence ici tient à la présence de la mère Bertain (Gina Niclos) : pour une fois, le truand a une famille et même une mère. Mais ce n’est pas comme celle de Cody Jarrett (James Cagney) dans White Heat : elle regrette beaucoup que son deuxième fils (Pierre) ait été en prison quand il était plus jeune, et pas question d’approuver les manières de son aîné pour autant. Encore que, l’évasion de la Tour Pointue (3) lui fait esquisser un sourire.

Et la présence de cette mère amène une scène extrêmement rare dans la filmographie de Jean Gabin : elle le gifle pour en avoir fait de même à son frère !

 

Grangier nous fait découvrir ici une bande terrible, et si Pepito/Ventura est un personnage méchant, on ne peut s’empêcher d’éprouver de la sympathie pour Louis/Gabin. Mais l’époque étant ce qu’elle était, de tels malfrats ne pouvaient pas s’en sortir. Et si Gabin/Max le Menteur (1) avait réussi à sauver sa tête, il en va tout autrement ici : il ne survit pas à la fin, ce qui n’est pas arrivé bien souvent dans cette période.

Et d’une certaine manière sa mort le rachèterait : on parlerait même de « rédemption » si le film était américain.

Mais heureusement – pour l’époque – les méchants ne s’en tirent pas et force reste à la loi et la morale.

 

PS : on retrouvera le personnage de Pepito dit le Gitan près de vingt ans plus tard : ce sera Alain Delon qui l’interprètera (voir plus haut). Comme quoi l’aura du Gang des Tractions avant a eu la vie longue.

 

  1. Dans Touchez pas au Grisbi, Max explique à Riton qu’ils ont vieilli. Ce qu’il dit est toujours d’actualité ici.
  2. La séquence chez Mimile (Georges Peignot) voit une équipe de cyclistes passer : un clin d’œil à cette bande de copains.
  3. 36, quai des Orfèvres

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Martin Provost, #Biopic
Séraphine (Martin Provost, 2008)

Trois dates, trois lieux : 1914, Senlis ; 1927, Chantilly ; 1935, Clermont.

La vie de Séraphine Louis (Yolande Moreau, extraordinaire) se résume – presque – à ces trois dates, mais surtout, elle n’a jamais quitté l’Oise.

Séraphine est ce qu’on appelle une brave fille : élevée chez les sœurs (1), elle gagne sa vie de maison en maison, aidant ou faisant le ménage, et vit dans une petite chambre qu’elle loue et où elle s’enferme pour réaliser son œuvre : elle peint.

Et ce qu’elle peint est extraordinaire.

 

1914, c’est la découverte.

Martin Provost plante son décor et situe Séraphine : elle travaille beaucoup et dépense une partie de ce qu’elle a pour acheter du vernis. Pour le reste, elle se promène dans la nature et trouve ce dont elle a besoin pour travailler : des couleurs et l’inspiration.

C’est à cette période, juste avant la guerre que Wilhelm Urde (Ulrich Tukur) découvre le travail de Séraphine et tombe sous le charme de sa peinture qu’on qualifie – « à tort » dit-il dans le film – de naïve.

Mais la guerre arrive et Urde doit s’en aller, laissant Séraphine qui va développer sa technique et surtout son talent.

Cette première partie (exactement la moitié du film !) pose aussi des jalons et annonce la fin terrible de cette grande artiste.

1927, c’est la confirmation.

C’est presque par hasard qu’Urde retrouve Séraphine. C’est aussi une période faste pour elle puisqu’il la prend sous son aile et l’expose. Mais cette période voit aussi la crise de 1929 qui va affecter tous les marchés, dont celui de l’art et précipiter la chute de Séraphine dans la folie.

1935, c’est la fin.

Séraphine n’est plus que l’ombre d’elle-même, elle ne peint plus, n’a plus de contact avec l’extérieur de l’institution où elle est enfermée. La folie l’a complètement emportée : qu’importe, elle termine dans la nature, sous un magnifique arbre.

 

La nature est omniprésente tout au long du film et nombre de fois, elle s’impose aux hommes et à Séraphine : les êtres humains sont toujours très petits dans le décor naturel qui nous est montré.

Mais il faut attendre le deuxième quart d’heure pour enfin voir l’intérieur de la chambre de Séraphine (un écriteau placée à la porte décourage les visiteurs, mais le spectateur lui, peut entrer !). Rien de bien extraordinaire. La vie de Séraphine se résume dans le peu de mobilier qu’on y trouve. Mais surtout, la source d’inspiration de Séraphine trône au milieu de la pièce : une Vierge Marie entourée de bougies qui permettent à l’artiste de voir ce qu’elle peint.

Parce que Séraphine est inspirée par un envoyé de Dieu, peut-être inspiré par son prénom qui n’en devient plus anodin…

Et on va pénétrer encore plus dans l’intimité de Séraphine puisque nous connaissons la réponse à la grande question que lui pose son futur mécène Wilhelm Urde : comment elle se procure ses couleurs.

 

Mais si le film exprime beaucoup un point de vue, celui d’une brave femme qui recherche et trouve le réconfort dans la nature, ce sont ces mains qui sont l’enjeu premier : c’est sur sa main que s’ouvre le film, pendant un magnifique clair de lune blanche sur nuit très noire : ses mains frôle la nature environnante et recherchent des sensations. Et tout au long du film, ces mains seront le centre d’intérêt : on les verra toucher, mais aussi ressentir le contact de l’eau ou d’autres éléments (les écorces, bien sûr). Mais surtout on les verra peindre, frotter, gratter et réaliser de fabuleuses œuvres d’art.

Ces mains seront le vecteur de ses images intérieures qui lui étaient « soufflées » par l’Esprit.

La réaction de sa « Mère » la supérieure du couvent traduit très bien le conflit qui se joue dans l’esprit de Séraphine et qui la met dans une transe formidable à la fin de laquelle elle chante, accompagnant en musique ses derniers traits de génie avant une nouvelle œuvre : « es-tu sure que c’est ton ange-gardien qui t’inspire ?
La réponse de Séraphine est alors on ne peut plus formidable (pas obligatoirement dans un sens bienveillant) : « quand je le regarde, j’ai peur de ce que j’ai fait. »

 

Pas étonnant qu’elle sombre dans la folie. Ce qui n’était qu’un petit détail un peu anodin et rapprochait Séraphine de Félicité l’héroïne de Flaubert dans Un Cœur simple, la consume entièrement et amène une séquence absolument surréaliste où Séraphine, en robe de mariée distribue ses richesses en se rendant à son mariage…

Et malgré tout, cette séquence est celle qui la rapproche le plus de son idéal. Dans le fourgon qui l’emmène, le cadrage se recentre sur son visage éthéré qui regarde en haut (sa source d’inspiration) : elle est alors une extraordinaire madone.

 

Un film, tout comme son personnage principal, à découvrir de toute urgence !

 

(1) Elle fréquente assidument l’église où elle ne fait pas que prier…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Justice, #Alan J. Pakula
Présumé innocent (Presumed innocent - Alan J. Pakula, 1990)

On retrouve souvent, chez Alan J. Pakula, un souci de justice. Ici encore (1) c’est le cas, mais surtout, il nous montre avec précision comment fonctionne le système judiciaire américain.

 

Rusty Sabich (Harrison Ford) est bras droit du procureur général Raymond Horgan (Brian Dennehy).

Un soir, Carolyn Polhemus (Greta Scacchi) est retrouvée assassinée par un homme qu’elle avait probablement reçu. Il se trouve que Carolyn travaillait avec Sabich et Horgan. Mais surtout que Sabich avait eu une relation intime avec elle.

Rapidement, Sabich est suspecté d’avoir tué la belle procureure qui se refusait à lui.

 

Harrison Ford soupçonné de meurtre ? Pas possible, disent les fans. On connaît le genre de personnages qu’il interprète habituellement et parmi eux, on ne trouve pas un tel assassin (1).

Mais pourtant, tout conduit vers la culpabilité de Rusty : des fibres, de moquette ou de vêtement et même un échantillon se sperme du même groupe que le sien…

Mais en 1990, la police scientifique n’en est pas encore à comparer les ADN, ce qui permet à notre « héros » d’espérer plus longtemps.

 

Espérer, c’est tout ce qu’il reste à Rusty pour s’en sortir : plus l’enquête avance et plus ses chances s’amenuisent. Jusqu’à ce qu’arrive l’avocat Alejandro « Sandy » Stern (Raul Julia). C’est normalement un ennemi de Sabich : il fait partie de ceux que les hommes du DA (District Attorney) considèrent comme les « défenseurs », avec toute la morgue qu’il faut pour les évoquer.

Cette association est l’un des atouts du film, et si on ajoute que la situation politique du moment du film est tendue parce que Horgan se présente pour être réélu (1) face à une paire redoutable et qualifiée d’emblée comme mauvaise : normal, ils vont accuser notre cher Harrison !

De plus, cette situation amène certaines mesquineries et autres coups bas fort détestables : l’attitude de Horgan vis-à-vis de Sabich est franchement odieuse.

 

Mais il ne faut pas oublier l’élément le plus important : la femme. Ou plutôt les femmes. LA première, la victime, est une jeune et belle magistrate aux dents qui ont tendance à rayer le parquet. L’autre, c’est madame Sabich, Barbara (Bonnie Bedelia), l’épouse.

C’est une épouse meurtrie par les turpitudes de son mari, blessée par son infidélité et pire que tout : humiliée par les larmes que ce même mari verse pour celle qui fut un temps sa maîtresse.

Bonnie Bedelia est magnifique dans le rôle de cette femme trahie. C’est une femme amoureuse avant tout, qui considère que « tout est permis pour la guerre comme pour l’amour », mais qui souffre de voir ce mari infidèle – qu’elle aime toujours autant – au banc des accusés, et toute cette vieille histoire qui ressort et est é&talée sur la place publique.

 

Mais je vous rappelle que c’est Harrison Ford qui est accusé, et il n’est pas question qu’il soit reconnu coupable. Alors on est soulagé de le savoir relaxé, faute de preuve… Mais le doute reste, pratiquement jusqu’au bout du film (3).

Et l’annonce de cette vérité est magnifiquement rendue.

L’accroche, ou les aveux sont amenés de manière magistrale sur un double sens on ne peut plus pertinent. Puis c’est l’explication qui s’installe et qui se fait de plus en plus pénible pour celui qui l’entend : celui qui fut accusé.

Quant à la fin du film – le dernier cadrage sur les sièges du jury avec la voix d’Harrison Ford qui conclut (4) – elle prend une dimension peut-être plus terrible que s’il avait été réellement coupable et condamné.

La boucle est bouclée, mais Justice a-t-elle été rendue ?

Réponse dans le film.

 

  1. Il faut dire que le crime est plutôt sordide, les photos et traces dans l’appartement sont assez éloquentes.
  2. Aux Etats-Unis, ceux qui dirigent les affaires judiciaires de l’Etat sont élus.
  3. Dans le livre dont est tiré le film, la vérité est plus vite révélée.
  4. C’était déjà ce même cadrage et la même voix qui ouvraient le film.

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