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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Mimi Leder, #Morgan Freeman, #Gangsters
The Code (Thick as Thieves - Mimi Leder, 2009)

Un duo.

Des œufs Fabergé.

Des voleurs de haut vol.

Un truand russe.

Un policier opiniâtre.

Tels sont les ingrédients qui composent ce film, où – encore une fois – on assiste à un braquage irréalisable mais tout de même réalisé.

 

Keith Ripley (Morgan Freeman) est un spécialiste dans sa profession : le cambriolage.

Gabriel « Gaby » Martin (Antonio Banderas) est un autre spécialiste dans cette même profession, mais lui est beaucoup (?) plus jeune.

Bien entendu, ils vont s’associer pour mettre la main sur un trésor fabuleux : les deux derniers œufs que réalisa Pierre-Karl Fabergé et offrit à la tsarine après la Révolution Russe (février 1917).

 

Comme toujours, l’élaboration et l’exécution de ce casse sont les moments les plus importants du film. Mais si on n’atteint pas le niveau de Danny Ocean et ses complices, on peut tout de même apprécier ce film où on retrouve deux grandes figures du cinéma : Morgan Freeman et Antonio Banderas. En prime nous avons droit au « Russe de service » : Rade Šerbedžija (1).

 

Pourtant, le démarrage laissait craindre le pire : les rapports entre le vieux bandit – Ripley – et le jeune loup – Martin  – sentaient fortement le réchauffé et on pouvait s’attendre à une passation de témoin entre deux générations.

Mais il n’en est pas question et Morgan Freeman (72 ans quand le film sort) n’a pas l’intention de raccrocher les gants (2).

Nous sommes dans un univers de faux-semblants où le spectateur se retrouve à la place de Martin qui n’a que très peu de contrôle sur les événements. Pourtant, dès sa rencontre avec la « filleule » de Ripley – la belle Alexandra (Radha Mitchell) – il est prévenu : attention aux suppositions.

 

Alors bien sûr, jusqu’au bout nous allons assister à quelque chose de faussé et il faudra attendre la fin pour qu’enfin éclate la vérité.

D’ailleurs cette vérité est un tantinet convenue. Mais il reste le morceau de bravoure et surtout la rencontre entre deux grands acteurs : d’un côté le vieux sage Freeman et de l’autre un jeune loup Banderas plus si jeune que ça (48 ans à la sortie du film…).

 

Quant au code du titre français (3), deux possibilités :

  • La combinaison du coffre-fort, ce qui me semble un peu léger comme explication ;
  • Le « code d’honneur » de cette profession où d’une manière ou d’une autre il faut prétendre être ce qu’on n’est pas…

 

A vous de vous faire votre propre idée. Ou pas.

 

  1. Qui est serbe…
  2. Dans la « vraie » vie non plus, d’ailleurs…
  3. Transformer un titre en anglais (Thick as Thieves) par un autre titre en anglais : le stade ultime de la traduction (= trahison, cela va sans dire) minable ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gilles Grangier, #Jean Gabin, #Gangsters
Le Rouge est mis (Gilles Grangier, 1957)

Le Gang des Tractions avant, qui sévissait juste après la fin de la deuxième guerre mondiale a toujours inspiré les scénaristes et les réalisateurs.

Il en va ainsi de ce film qui présente des similitudes avec le gang susnommé.

La façon d’opérer, tout d’abord : à chaque fois, c’est une attaque à mains armées qui s’effectue en plein jour et qui termine (trop) souvent par des morts.

Ici, nous assistons à l’essoufflement du gang et même à la mort de l’un d’entre eux pendant un braquage de fourgon postal.

Certaines réminiscences onomastiques aussi : Louis comme Quérard dit « p’tit Louis le Nantais », Raymond comme Naudy dit « Le Toulousain » ; quant à Pepito dit « Le Gitan », voir à ce sujet Le Gitan (1975).

 

Mais reprenons.

Louis Bertain (Jean Gabin), Pepito dit « Le Gitan » (Lino Ventura), Frédo (Paul Frankeur) et Raymond dit Le Matelot (Jean Bérard) forment une équipe redoutable de braqueurs dans la région parisienne, n’hésitant pas à tuer si le besoin s’en ressent.

Dans le même temps, le frère de Louis, Pierre (Marcel Bozzuffi) rend visite à sa fiancée la belle Hélène (Annie Girardot), qui ne semble pas une personne vraiment digne de confiance.

Un soir, Pierre débarque chez sa mère trop tôt et surprend des bribes de conversations entre Louis et Pepito.

Non seulement le coup va rater, mais le gang va être balancé. Pepito pense que c’est Pierre qui a parlé.

 

Nous sommes ici dans la lignée de films de gangsters typiquement français des années 1950 où Gabin, qui ne pouvait plus jouer les jeunes premiers (1), et relançait sa carrière avec des rôles de personnages âgé »s mais volontaires : le patron. Et ici, il est ce patron de gang, un truand de la vieille époque et qui ne s’allongera jamais devant les flics.

A ses côtés, on retrouve Lino Ventura et Paul Frankeur qui en sont déjà à trois films ensemble (outre Le Grisbi, ils sont dans Razzia sur la Chnouf) ainsi que Michel Audiard au scénario (avec Gilles Grangier et Auguste Le Breton). Bref, c’est une bande de copains qui travaillent ensemble (2).

Alors évidemment, tout fonctionne comme il faut : Gabin est impérial, Lino est encore une fois terrible et franchement méchant, quant à Frankeur, il manque l’assurance des deux films précédents à ce personnage plus ou moins rangé.

 

La différence ici tient à la présence de la mère Bertain (Gina Niclos) : pour une fois, le truand a une famille et même une mère. Mais ce n’est pas comme celle de Cody Jarrett (James Cagney) dans White Heat : elle regrette beaucoup que son deuxième fils (Pierre) ait été en prison quand il était plus jeune, et pas question d’approuver les manières de son aîné pour autant. Encore que, l’évasion de la Tour Pointue (3) lui fait esquisser un sourire.

Et la présence de cette mère amène une scène extrêmement rare dans la filmographie de Jean Gabin : elle le gifle pour en avoir fait de même à son frère !

 

Grangier nous fait découvrir ici une bande terrible, et si Pepito/Ventura est un personnage méchant, on ne peut s’empêcher d’éprouver de la sympathie pour Louis/Gabin. Mais l’époque étant ce qu’elle était, de tels malfrats ne pouvaient pas s’en sortir. Et si Gabin/Max le Menteur (1) avait réussi à sauver sa tête, il en va tout autrement ici : il ne survit pas à la fin, ce qui n’est pas arrivé bien souvent dans cette période.

Et d’une certaine manière sa mort le rachèterait : on parlerait même de « rédemption » si le film était américain.

Mais heureusement – pour l’époque – les méchants ne s’en tirent pas et force reste à la loi et la morale.

 

PS : on retrouvera le personnage de Pepito dit le Gitan près de vingt ans plus tard : ce sera Alain Delon qui l’interprètera (voir plus haut). Comme quoi l’aura du Gang des Tractions avant a eu la vie longue.

 

  1. Dans Touchez pas au Grisbi, Max explique à Riton qu’ils ont vieilli. Ce qu’il dit est toujours d’actualité ici.
  2. La séquence chez Mimile (Georges Peignot) voit une équipe de cyclistes passer : un clin d’œil à cette bande de copains.
  3. 36, quai des Orfèvres

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Martin Provost, #Biopic
Séraphine (Martin Provost, 2008)

Trois dates, trois lieux : 1914, Senlis ; 1927, Chantilly ; 1935, Clermont.

La vie de Séraphine Louis (Yolande Moreau, extraordinaire) se résume – presque – à ces trois dates, mais surtout, elle n’a jamais quitté l’Oise.

Séraphine est ce qu’on appelle une brave fille : élevée chez les sœurs (1), elle gagne sa vie de maison en maison, aidant ou faisant le ménage, et vit dans une petite chambre qu’elle loue et où elle s’enferme pour réaliser son œuvre : elle peint.

Et ce qu’elle peint est extraordinaire.

 

1914, c’est la découverte.

Martin Provost plante son décor et situe Séraphine : elle travaille beaucoup et dépense une partie de ce qu’elle a pour acheter du vernis. Pour le reste, elle se promène dans la nature et trouve ce dont elle a besoin pour travailler : des couleurs et l’inspiration.

C’est à cette période, juste avant la guerre que Wilhelm Urde (Ulrich Tukur) découvre le travail de Séraphine et tombe sous le charme de sa peinture qu’on qualifie – « à tort » dit-il dans le film – de naïve.

Mais la guerre arrive et Urde doit s’en aller, laissant Séraphine qui va développer sa technique et surtout son talent.

Cette première partie (exactement la moitié du film !) pose aussi des jalons et annonce la fin terrible de cette grande artiste.

1927, c’est la confirmation.

C’est presque par hasard qu’Urde retrouve Séraphine. C’est aussi une période faste pour elle puisqu’il la prend sous son aile et l’expose. Mais cette période voit aussi la crise de 1929 qui va affecter tous les marchés, dont celui de l’art et précipiter la chute de Séraphine dans la folie.

1935, c’est la fin.

Séraphine n’est plus que l’ombre d’elle-même, elle ne peint plus, n’a plus de contact avec l’extérieur de l’institution où elle est enfermée. La folie l’a complètement emportée : qu’importe, elle termine dans la nature, sous un magnifique arbre.

 

La nature est omniprésente tout au long du film et nombre de fois, elle s’impose aux hommes et à Séraphine : les êtres humains sont toujours très petits dans le décor naturel qui nous est montré.

Mais il faut attendre le deuxième quart d’heure pour enfin voir l’intérieur de la chambre de Séraphine (un écriteau placée à la porte décourage les visiteurs, mais le spectateur lui, peut entrer !). Rien de bien extraordinaire. La vie de Séraphine se résume dans le peu de mobilier qu’on y trouve. Mais surtout, la source d’inspiration de Séraphine trône au milieu de la pièce : une Vierge Marie entourée de bougies qui permettent à l’artiste de voir ce qu’elle peint.

Parce que Séraphine est inspirée par un envoyé de Dieu, peut-être inspiré par son prénom qui n’en devient plus anodin…

Et on va pénétrer encore plus dans l’intimité de Séraphine puisque nous connaissons la réponse à la grande question que lui pose son futur mécène Wilhelm Urde : comment elle se procure ses couleurs.

 

Mais si le film exprime beaucoup un point de vue, celui d’une brave femme qui recherche et trouve le réconfort dans la nature, ce sont ces mains qui sont l’enjeu premier : c’est sur sa main que s’ouvre le film, pendant un magnifique clair de lune blanche sur nuit très noire : ses mains frôle la nature environnante et recherchent des sensations. Et tout au long du film, ces mains seront le centre d’intérêt : on les verra toucher, mais aussi ressentir le contact de l’eau ou d’autres éléments (les écorces, bien sûr). Mais surtout on les verra peindre, frotter, gratter et réaliser de fabuleuses œuvres d’art.

Ces mains seront le vecteur de ses images intérieures qui lui étaient « soufflées » par l’Esprit.

La réaction de sa « Mère » la supérieure du couvent traduit très bien le conflit qui se joue dans l’esprit de Séraphine et qui la met dans une transe formidable à la fin de laquelle elle chante, accompagnant en musique ses derniers traits de génie avant une nouvelle œuvre : « es-tu sure que c’est ton ange-gardien qui t’inspire ?
La réponse de Séraphine est alors on ne peut plus formidable (pas obligatoirement dans un sens bienveillant) : « quand je le regarde, j’ai peur de ce que j’ai fait. »

 

Pas étonnant qu’elle sombre dans la folie. Ce qui n’était qu’un petit détail un peu anodin et rapprochait Séraphine de Félicité l’héroïne de Flaubert dans Un Cœur simple, la consume entièrement et amène une séquence absolument surréaliste où Séraphine, en robe de mariée distribue ses richesses en se rendant à son mariage…

Et malgré tout, cette séquence est celle qui la rapproche le plus de son idéal. Dans le fourgon qui l’emmène, le cadrage se recentre sur son visage éthéré qui regarde en haut (sa source d’inspiration) : elle est alors une extraordinaire madone.

 

Un film, tout comme son personnage principal, à découvrir de toute urgence !

 

(1) Elle fréquente assidument l’église où elle ne fait pas que prier…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Justice, #Alan J. Pakula
Présumé innocent (Presumed innocent - Alan J. Pakula, 1990)

On retrouve souvent, chez Alan J. Pakula, un souci de justice. Ici encore (1) c’est le cas, mais surtout, il nous montre avec précision comment fonctionne le système judiciaire américain.

 

Rusty Sabich (Harrison Ford) est bras droit du procureur général Raymond Horgan (Brian Dennehy).

Un soir, Carolyn Polhemus (Greta Scacchi) est retrouvée assassinée par un homme qu’elle avait probablement reçu. Il se trouve que Carolyn travaillait avec Sabich et Horgan. Mais surtout que Sabich avait eu une relation intime avec elle.

Rapidement, Sabich est suspecté d’avoir tué la belle procureure qui se refusait à lui.

 

Harrison Ford soupçonné de meurtre ? Pas possible, disent les fans. On connaît le genre de personnages qu’il interprète habituellement et parmi eux, on ne trouve pas un tel assassin (1).

Mais pourtant, tout conduit vers la culpabilité de Rusty : des fibres, de moquette ou de vêtement et même un échantillon se sperme du même groupe que le sien…

Mais en 1990, la police scientifique n’en est pas encore à comparer les ADN, ce qui permet à notre « héros » d’espérer plus longtemps.

 

Espérer, c’est tout ce qu’il reste à Rusty pour s’en sortir : plus l’enquête avance et plus ses chances s’amenuisent. Jusqu’à ce qu’arrive l’avocat Alejandro « Sandy » Stern (Raul Julia). C’est normalement un ennemi de Sabich : il fait partie de ceux que les hommes du DA (District Attorney) considèrent comme les « défenseurs », avec toute la morgue qu’il faut pour les évoquer.

Cette association est l’un des atouts du film, et si on ajoute que la situation politique du moment du film est tendue parce que Horgan se présente pour être réélu (1) face à une paire redoutable et qualifiée d’emblée comme mauvaise : normal, ils vont accuser notre cher Harrison !

De plus, cette situation amène certaines mesquineries et autres coups bas fort détestables : l’attitude de Horgan vis-à-vis de Sabich est franchement odieuse.

 

Mais il ne faut pas oublier l’élément le plus important : la femme. Ou plutôt les femmes. LA première, la victime, est une jeune et belle magistrate aux dents qui ont tendance à rayer le parquet. L’autre, c’est madame Sabich, Barbara (Bonnie Bedelia), l’épouse.

C’est une épouse meurtrie par les turpitudes de son mari, blessée par son infidélité et pire que tout : humiliée par les larmes que ce même mari verse pour celle qui fut un temps sa maîtresse.

Bonnie Bedelia est magnifique dans le rôle de cette femme trahie. C’est une femme amoureuse avant tout, qui considère que « tout est permis pour la guerre comme pour l’amour », mais qui souffre de voir ce mari infidèle – qu’elle aime toujours autant – au banc des accusés, et toute cette vieille histoire qui ressort et est é&talée sur la place publique.

 

Mais je vous rappelle que c’est Harrison Ford qui est accusé, et il n’est pas question qu’il soit reconnu coupable. Alors on est soulagé de le savoir relaxé, faute de preuve… Mais le doute reste, pratiquement jusqu’au bout du film (3).

Et l’annonce de cette vérité est magnifiquement rendue.

L’accroche, ou les aveux sont amenés de manière magistrale sur un double sens on ne peut plus pertinent. Puis c’est l’explication qui s’installe et qui se fait de plus en plus pénible pour celui qui l’entend : celui qui fut accusé.

Quant à la fin du film – le dernier cadrage sur les sièges du jury avec la voix d’Harrison Ford qui conclut (4) – elle prend une dimension peut-être plus terrible que s’il avait été réellement coupable et condamné.

La boucle est bouclée, mais Justice a-t-elle été rendue ?

Réponse dans le film.

 

  1. Il faut dire que le crime est plutôt sordide, les photos et traces dans l’appartement sont assez éloquentes.
  2. Aux Etats-Unis, ceux qui dirigent les affaires judiciaires de l’Etat sont élus.
  3. Dans le livre dont est tiré le film, la vérité est plus vite révélée.
  4. C’était déjà ce même cadrage et la même voix qui ouvraient le film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Neill Blomkamp
District 9 (Neill Blomkamp, 2009)

1982.

Un immense vaisseau spatial s’immobilise au-dessus de Johannesburg.

Après moult discussion, un commando est envoyé l’explorer : il contient de très nombreux extraterrestres humanoïdes en piètre condition.

Il est alors décidé de les accueillir et on réserve un grand emplacement où ils vont vivre pendant 20 ans : le District 9.

Mais la population est lasse de ces créatures indésirables : on missionne alors Wikus Van de Merwe (Sharlto Copley) pour les expulser et les reloger ailleurs.

C’est à ce moment que tout va basculer (1).

 

Ca commence comme un reportage. On découvre des images d’un immense vaisseau avec une date incrustée : nous sommes en 1982. Nous sommes donc dans une intrigue complètement uchronique : on part du passé des spectateurs et on  crée une histoire parallèle à celle qu’on connaît (2).

La première partie va nous résumer l’état de la situation pour arriver à l’intrigue – à peu près – actuelle jusqu’à ce que le point de vue devienne partie intégrante du film : le documentaire est (-presque) terminé et nous voyons ce qu’il va arriver à Wikus et les autres créatures.

 

Tout d’abord, et c’est aussi remarqué dans le film, on n’est pas aux Etats-Unis, le pays qui a le plus reçu d’extraterrestres depuis l’invention du cinéma. Non, nous sommes en Afrique du Sud, et en plus pendant l’apartheid : on retrouve – mais ce n’est pas vraiment le propos du film – une ségrégation terrible qui se traduit par des affichages et un enfermement des aliens (ils sont environ 1.500.000 au début des affrontements de 2002).

L’aspect le plus important est plus la volonté d’évacuer ces « intrus » : il s’agit ni plus ni moins d’une expropriation scandaleuse et à la limite de la légalité, les humains profitant de la crédulité et de l’ignorance des aliens. Et bien sûr, la moindre résistance est alors prétexte à tuer le récalcitrant, ce que Koobus (David James), le chef des opérations militaires, apprécie tout particulièrement.

 Et le film continue l’aspect documentaire jusqu’au basculement irréversible – au bout de 40 minutes environ – quand Wikus est contaminé et va lentement se transformer en alien.

 

Les aliens d’ailleurs, sont de forme humanoïde mais avec une tête qui ressemble plutôt à celle d’une crevette ou d’un insecte, avec mandibules. Si le spectateur ne comprend pas ce que disent ces étrangers, les différents humains qui parlent avec eux ont parfaitement intégré leur langage et on assiste alors à des dialogues à deux langues, ce qui nous change encore une fois des procédures habituelles : non seulement les extraterrestres débarquaient aux Etats-Unis, mais en plus, il parlaient presque tous l’anglais.

 

Et puis il y a Wikus. D’une certaine manière, il est une sorte d’élu, arrivant à survivre à une contamination, le transformant irrémédiablement en créature de l’espace. Sharlto Copley est encore une fois impressionnant dans le rôle de ce fonctionnaire zélé et au QI un tantinet bas. Un magnifique exécutant pour le M.N.U. (MultiNational United), une organisation qui semble gouvernementale jusqu’à ce qu’on découvre le pot-aux-roses : c’est une firme d’armement qui veut exploiter la technologie extraterrestre et développer leurs armes terribles. La transformation de Wikus permet cette utilisation : elles sont commandées par l’ADN de ces curieuses créatures. On assiste alors à une exploitation de notre héros des plus terribles.

Et d’une manière générale, Neill Blomkamp ne fait pas dans la dentelle : les armes ont des effets effroyables, rappelant le rayon des Martiens dans La Guerre des mondes de Spielberg.

 

Je terminerai en disant qu’il s’agit d’une extension d’une court-métrage du même Blonkamp – Alive in Joburg (2006) – dans lequel participait déjà Sharlto Copley.

Une curiosité fort intéressante, si on passe sur quelques moments très violents.

 

  1. Comme d’habitude, sinon pas de film…
  2. Cf. Retour vers le Futur 2, Doc Brown explique ça très bien.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Joe Wright
Les Heures sombres (Darkest Hour - Joe Wright, 2017)

Nous sommes en mai 1940 : les armées allemandes s’enfoncent irrésistiblement dans l’Europe occidentale. Neville Chamberlain (Ronald Pickup) est contraint à la démission et pour le remplacer, on ne trouve qu’un seul homme consensuel : Winston Churchill (Gary Oldman).

Seul problème : pendant la première Guerre Mondiale, en tant que Lord de l’Amirauté » on lui reproche le fiasco de Gallipoli.

Mais la voix sinon du peuple du moins de ses représentants amène Sir Winston (1) au premier plan.

 

Alors que Joe Wright signe ici un magnifique de guerre, à aucun moment nous ne verrons un quelconque combat : nous restons dans les arcanes du pouvoir, dans ces cabinets qui façonnèrent le monde que nous connaissance. Même l’internationalisation du conflit restera circonscrit à la Grande Bretagne et pour être plus précis Londres.

 

Pourtant le film s’ouvre sur une vision de l’armée allemande. Alors qu’on devrait y voir une menace, il n’en est rien. Il faut dire que la Grande Bretagne à cette époque était dirigée par Neville Chamberlain et son cabinet, dont le mot d’ordre était – et restera – la paix. Rappelez-vous, vous avez tous en tête Chamberlain brandissant les accords de Munich que vous avez vu dans vos livres d’Histoire. Mais alors que Daladier eut cette réflexion ô combien prémonitoire – « Les cons ! – Chamberlain reste campé sur ses positions pacifistes, relayées par Halifax (Stephen Dillane), l’homme du moment dans cette mouvance (2).

Il est à noter que seul Churchill, à ce moment avait compris la dangerosité du régime nazi, et de son vassal le fascisme de Mussolini.

 

Nous allons alors suivre ce qu’il s’est presque passé – on n’est jamais à l’abri d’une approximation (3) – à partir du moment où l’offensive allemande fut déclenchée, le 10 mai 1940. Les jours vont alors s’égrener (irrégulièrement) jusqu’aux opérations de sauvetage et surtout d’évacuation des troupes anglaises à Dunkerque et alentour.  De cette opération – qualifiée de suicidaire – on est obligé d’associer le film de Christopher Nolan  (Dunkirk) qui se situe exactement au même moment. De plus, dans ce film, à aucun moment on n »e voit quelque membre de l’état-major prendre quelque décision que ce soit.

 

Mais Ce film est avant tout une performance d’acteur : Gary Oldman est extraordinaire. Pour ceux qui n’en étaient pas encore convaincus, je vous renvoie à ses différentes prestations dans les films antérieurs, mais sachez qu’il fut Sirius Black, le parrain d’Harry Potter (rien que ça),  le Dracula de Coppola, ou encore George Smiley dans La Taupe.

Il faut dire que le maquillage est époustouflant : non seulement on a l’impression d’avoir affaire à Winston, mais les autres protagonistes – Chamberlain en tête – sont du même acabit.

La plongée dans ces années terribles est compète.

 

Et puis il y a les envolées lyriques: elles sont deux et se passent au Parlement, avec la rigueur et la gravité qui est de mise.

On vibre en entendant Churchill nous proposer que « des larmes, du sang et de la sueur » quand il doit officier en tant que premier ministre, et surtout on vibre encore plus quand il annonce qu’il n’y aura jamais aucune négociation.


Cette condition nous amène à l’une des scènes emblématiques du film : Churchill, qui n’a jamais pris le métro se retrouve dedans, un tantinet perdu. Son contact avec les différents occupants du wagon dans lequel il se trouve va être le terreau de son discours final : on le voit alors transformer (4) les propos qu’il a entendus dans son bref – et malgré tout long – passage dans ce véhicule souterrain, les reprenant à son compte et amenant le magnifique discours qui fut – entre autres – emprunté dans Fool’s Overture de l’album Even in the quietest Moments de Supertramp (1977).

 

Gary Oldman est Churchill, secondée par la toujours belle Kristin Scott-Thomas (Clementine, sa femme), et vu (en partie) à travers Elizabeth Layton (Lily James) qui ne souffre pas de la comparaison avec la précédente.

 

Décidément, le cinéma britannique est véritablement dans une phase de renouveau, et à ce niveau, on peut décemment considérer que cette « tendance » s’est installée sur le cinéma mondial.

Dont acte.

 

 

  1. Bien sûr, ce titre n’est pas venu en même temps…
  2. Neville Chamberlain mourut six mois après les événements décrits dans le film.
  3. Nous sommes au cinéma, ne l’oubliez jamais…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #José Giovanni, #Gangsters
Le Gitan (José Giovanni, 1975)

Hugo Senart alias « Le Gitan » est un homme qui a réellement existé (1) et qui fut déjà interprété par Lino Ventura dans Le Rouge est mis.

Ici, José Giovanni adapte son propre roman Histoire de Fou (1959), dans lequel il évoque son passé de gangster, côtoyant ces mêmes truands, pendant et après la seconde Guerre Mondiale.

 

C’est donc le bel Alain Delon qui reprend ce rôle, dans une situation mise au goût du jour : le véritable Gitan évoluait (hum…) dans les années 1940s.

Nous sommes dans au milieu des années 1970s, à la période fin DS–début R12 (sortie en 1973), et le film s’ouvre sur un camp de gitans, en bord de mer au sud de la Belgique, montrant des gens qui vivent dans des conditions plutôt terribles. Et comme si cela ne suffisait pas, nous assistons à une descente de police avec chiens, pour retrouver Senart. Il est d’ailleurs étonnant de voir cette intervention musclée se dérouler le plus calmement du monde, comme si c’était chose banale. Cette intervention, faut-il le préciser, se termine sur un échec, ce qui est le plus important pour le spectateur, puisque nous devons voir quelques-uns de ses « exploits ».

 

Il y a chez José Giovanni réalisateur un parti pris pour les truands qui est assez unique dans le cinéma français. Mais son propre passé de truand y est pour beaucoup. Nombre de ces héros (2) sont basés sur des personnalités qu’il a connues et/ou fréquentées pendant sa période sombre. Ainsi, Lino Ventura (encore lui) interprète Abel Davos dans Classe tout risque, inspiré d’Abel Danos (3) dit Le Mammouth, qui fut membre de la même bande que Le Gitan, le « Gang des tractions avant ».

En transposant cette histoire à l’époque des spectateurs, il gomme les aspects polémiques de la Collaboration, dont il fut lui aussi un exécutant.

 

En plus d’une intrigue « mise à jour », José Giovanni s’inscrit complètement dans le cinéma français des années 1970s, à l’aube de la crise pétrolière, mise en évidence par la profusion de voitures tout au long du film. La R12 étant le véhicule le plus représenté : les forces de police se déplaçant dans la version « break ».

De plus, on peut voir différents acteurs de second rôle qui ont participé à nombres de films de la même période : de Maurice Biraud à Maurice Barrier, en passant par Michel Fortin et Jacques Rispal, sans oublier Marc Eyraud ou encore Mario David, ils sont presque tous là. Il ne manque que Lionel Vitrant.

 

De plus, le quatuor vedette est tout de même assez prestigieux puisqu’aux côtés de Delon, on trouve un Paul Meurisse (Yann Kuq) en truand vieillissant et Annie Girardot (Ninie) en tenancière d’un hôtel où on ne pose pas trop de questions aux clients. Son apparition est très courte, l’intrigue se concentrant sur les rapports entre Senart et Kuq. En face d’eux, on trouve un Marcel Bozzuffi (Le commissaire divisionnaire Blot) enfin du bon côté de la loi, personnifiant Georges Clot, qui fut réellement spécialisé dans la traque des anciens membres de la Gestapo française.

 

Il faut dire que cette relation est à chaque fois plus ou moins fortuite : là où se trouve Kuq, apparaît Senart, sans qu’il y ait un quelconque lien entre eux. L’apparition de Senart oblige à chaque fois Kuq à se réfugier ailleurs, Senart amenant toujours avec lui les policiers qui le recherchent. Et au vu du passé plus ou moins récent de Kuq, la présence policière n’est pas souhaitable (4).

 

Mais à force de se croiser, ils vont finir par se rencontrer (le dernier quart d’heure du film), et cette rencontre au sommet est un grand moment du film.

Mais Giovanni réussit tout de même à donner aux autres moments (les « petits ») une dimension humaine très forte. Cette dimension est d’ailleurs l’un des atouts du film : le Gitan, en tant que tel est un paria de la société (en 1975 comme aujourd’hui), ce qui explique l’accent qui est mis sur les rapports humains. L’un des plus beaux exemples est la rencontre avec le vétérinaire (Jacques Rispal).

 

Un film à redécouvrir, véritable témoignage d’une époque révolue, et où Alain Delon ne meurt pas à la fin.

 

  1. De son vrai nom Marcel Ruard, dit « Pepito », dit « Le Gitan ».
  2. Ou « antihéros » ?
  3. Danos, en plus d’être un truand notoire et très dangereux fut aussi un des membres de la Gestapo française et tortura nombre de résistants dans ce cadre, rue Lauriston.
  4. Il faut dire que Kuq est un cambrioleur de haut vol qui a causé – un peu malgré lui – la mort de sa femme.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Joe Wright, #Comédie, #Fantastique
Pan (Joe Wright, 2015)

Merveilleux.

Joe Wright réécrit Peter Pan, et c’est fabuleux…

 

Moi qui ai été élevé en partie à coup de Disney, j’avais déjà eu un choc – culturel et agréable, rassurez-vous – quand Loisel avait fait paraître son Peter Pan (1990-2004), replaçant le héros dans la période victorienne mâtinée de Jack l’Eventreur.

Mais ici, rien de tout ça. Tout d’abord, on assiste à une sorte de mise à jour : ça se passe toujours à Londres mais pendant le Blitz. Peter (Levi Miller) est l’un des nombreux enfants abandonnés qui fréquentent l’orphelinat Lambert Home for Boys dirigé par l’infâme Mère Barnabas (Kathy Burke). Une nuit, il est enlevé par des pirates pendant un bombardement allemand. Il est ensuite conduit au Pays Imaginaire (Neverland), qui est beaucoup moins féérique qu’on avait pu le croire étant enfant…

Là, il fait la connaissance de l’ignoble Barbe-Noire (Hugh Jackman), et surtout d’un allié précieux, James Hook (Garrett Hedlund)…

 

En fait, le scénario de Jason Fuchs nous propose un grand retour en arrière avant ce qu’a imaginé J.M. Barrie, une genèse improbable d’une histoire maintenant très célèbre. Très célèbre mais pas tant adaptée que cela au cinéma, avec des acteurs en chair et en os s’entend. En effet, depuis le film d’Herbert Brenon (1924), on ne compte qu’une seule version, celle de Paul J. Hogan (2003). La version de Spielberg (1991) étant le pendant postérieur de la version qui nous occupe aujourd’hui.

 

Nous sommes donc 90 ans après le premier muet et on y retrouve tout de même les ingrédients principaux : les enfants perdus (pas pour tout le monde), des pirates, des fées, des autochtones plus ou moins sauvages (1), des sirènes (2), le tout dans un pays où tout est possible, même de faire voler des bateaux !

C’est d’ailleurs ce dernier point qui est la source d’émerveillement du spectateur.

En effet, les progrès numériques donnent – enfin ? – la mesure du merveilleux du monde de Barrie. Lui qui avait supervisé le film de Brennan (il avait d’ailleurs imposé Betty Bronson pour le rôle titre) aurait très certainement apprécié le traitement visuel qui est fait de son univers.

 

Non seulement c’est beau, mais on assiste à des changements de rythmes très pertinents amenant par moment des ruptures salutaires et merveilleuse : quand le galion se retrouve dans l’espace après avoir été pourchassé par des Spitfires (3) le calme abrupt donne une touche de magie, voire de poésie, qu’on retrouve dans Les Aventures du Baron de Munchausen quand leur vaisseau lui aussi se retrouve dans l’espace. Cet effet étant accentué par l’effet de pesanteur et permet à Peter de voler pour la première fois.

Autre moment magique : quand Peter, Hook et Tiger Lily (Rooney Mara) sont attaqués par des crocodiles et sont alors sauvés par les sirènes. On trouve de la grâce dans leur évolution dans l’eau ainsi qu’un éclairage de leurs corps en rapport avec leurs ondulations qui reproduit ce même effet de calme et de sérénité.

Et à propos d’eau, l’évolution de Peter dans les airs pendant le combat final rappelle plus un poisson qui nage qu’un oiseau qui vole.

 

Bref, c’est un festival de féérie, de merveilleux et de magie où on a plaisir à se perdre, et on se dit, une fois le film terminé, que c’est maintenant que les choses commencent réellement.

Et encore, on ne parle pas de Wendy et compagnie : beaucoup de choses doivent survenir avant !

 

 

PS : Je vous laisse savourer la dernière réplique…

  1. Est-ce dû à la tendance identitaire qui veut pourfendre les racismes et encourage à édulcorer même les histoires les plus belles de peur de froisser les susceptibilités qu’on ne parle de çà aucun moment d’Indiens ?
  2. Elles sont trois et interprétées par une seule et même actrice, la très belle Cara Delevingne.
  3. Petit détail réjouissant : l’état-major qui s’occupe de la bataille aérienne est exclusivement composé de femmes !

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Matt Ross, #Road movie
Captain Fantastic (Matt Ross, 2016)

Le titre est trompeur : alors qu’on a droit très régulièrement à des superproductions narrant les aventures de super-héros, ici, ce Captain Fantastic n’a rien à voir avec ceux-là.

Captain Fantastic, c’est Ben Cash (Viggo Mortensen), père de six enfants (trois filles et trois garçons), qu’il élève en pleine nature avec sa femme Leslie (Trin Miller).

Malheureusement, Leslie bipolaire, met fin à ses jours, plongeant sa famille dans une immense tristesse.

Ben et ses enfants vont alors traverser une partie des Etats-Unis à bord de Steve, leur car aménagé – pour assister aux obsèques de leur mère et épouse.

 

C’est donc un road-movie. Mais un peu différent des autres, comme il se doit. Pas de violence, pas de substances illicites, rien de tout ça. Une chronique familiale, tout simplement.

Evidemment, cette famille n’est pas conventionnelle. Le film s’ouvre d’ailleurs sur un rite que passe le fils aîné Bodevan (George MacKay) : il tue à mains (presque) nues un chevreuil qui sera plus tard dépecé et préparé par la famille ; Bo est devenu un homme.

Et nous continuons alors à suivre le curieux mode de vie de ce microcosme familial. Curieux car il va à l’encontre de la société actuelle, utilisant au mieux les ressources naturelles et tirant partie de chaque expérience. Sans oublier une éducation livresque phénoménale (roman, essais politiques ou/et philosophiques…).

Mais, et c’est là que le bât blesse(rait) : à l’écart du monde, en plein milieu d’une vaste forêt dans le Washington (Nord-ouest des E-U).

 

La mort de Leslie va alors devenir un révélateur : chacun va expérimenter de nouvelles choses, vivre de nouvelles expériences et surtout se confronter à la société des hommes qui n’est pas vraiment dans la même lignée que son mode de vie. Certaines expériences sont amusantes, mais certaines deviennent éprouvantes voire conflictuelles.

Parce que c’était inévitable, le fossé entre cette famille et (presque) le reste de l’humanité est gigantesque, c’est une véritable faille.

Mais comme nous sommes dans un road-movie, on peut décemment attendre une sorte de transfiguration des différents protagonistes.

Et c’est la mort de leur mère/épouse qui va être le catalyseur de ce changement.

 

Bien entendu, on les trouve aux prises avec un environnement hostile : comment peut-on vivre ainsi au 21ème siècle ?

C’est le père de Leslie (Frank Langella) qui, brisé par la perte de son enfant unique, se montrera le plus hostile : si sa fille est morte, c’est de la faute de Ben.

La confrontation en devient un moment fort et terrible à la fois. Ce recours aux codes sociaux que rejetaient Ben et Leslie s’impose à la famille dans toute sa rigueur voire sa violence : Ben est expulsé de l’église et son beau-père veut récupérer la garde des enfants.

 

Rassurez-vous, tout se termine bien à la fin – qui en doutait ? – mais sans pour autant donner une quelconque leçon, d’un côté – naturel, celui de la famille – comme de l’autre – social, celui des grands-parents – même si on ne renvoie personne dos à dos. Parce que pour magnifique que paraît ce retour à la nature, il omet un élément indispensable : m’homme est un être social. Et cette famille coupée du monde la plupart du temps se retrouve totalement inadaptée au reste du monde. Et si Ben se passe aisément des parents de son épouse, les enfants eux, ont plaisir à retrouver leurs grands-parents.

Le scénario subtil et la direction de Matt Ross amènent un consensus inévitable mais sans toutefois obliger notre famille à renier ses idéaux.

 

Et si message il doit y avoir, c’est bien qu’une autre façon de vivre est possible, car elle est en plus indispensable à la survie de l’espèce humaine.

 

Mais cette fameuse espèce humaine mérite-t-elle vraiment de survivre ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #William Friedkin, #Policier
The French Connection (William Friedkin, 1971)

Magnifique.

Sordide.

Magnifiquement sordide.

 

1962.

D’un côté Marseille où Alain Charnier (Fernando Rey) est un homme d’affaires qui réussit. Tellement qu’il est surveillé par la police. Ce n’est pas bien grave, après avoir acheté le pain, le policier est tué par Pierre Nicoli (Marcel Bozzuffi).

De l’autre côté (de l’Atlantique), à New York, Jimmy « Popeye » Doyle (Gene Hackman) lutte avec son partenaire Buddy « Cloudy » Russo (Roy Scheider) contre le trafic de drogue.

Le lien entre ces deux côtés ? Charnier fournit les revendeurs américains : c’est lui qui dirige la « French Connection ».

 

William Friedkin signe ici son premier grand succès : il faut dire que ce film est absolument fantastique. Il donne une nouvelle vision du film de gangsters spécialisés dans la drogue. Alors qu’en France, on est resté à Razzia sur la Chnouf, les Américains nous remontrent, - comme s’ils avaient vraiment besoin de le faire – qu’ils sont certainement les leaders du cinéma mondial.

 

Si on retrouve un duo de policiers qui semble tout à fait classique, c’est dans la façon de montrer leur(s) action(s) qui change. Dans le même temps, n’oublions pas que Donald Siegel nous a proposé un nouveau genre de flic peu habituel : Harry Callahan.

Ici, on retrouve le même ton : nulle violence n’est épargnée au spectateur, seul le résultat compte.

Mais surtout, le film possède une portée documentaire qui fait défaut au film de Siegel (1). En effet Friedkin, en adaptant le scénario d’Ernest Tidyman (qui se basait sur un livre de Robin Moore), raconte une histoire qui a réellement eu lieu (2) : les noms des protagonistes ont été changés et certains personnages sont des condensations de plusieurs.

Et Friedkin va sans cesse aborder cette histoire d’une façon réaliste, reprenant des techniques du reportage : de nombreux plans sont réalisés caméra sur l’épaule, sans oublier la poursuite en voiture – après un métro ! – qui est réellement effectuée par Gene Hackman (3).

 

Cette poursuite est d’ailleurs extraordinaire de réalisme, voire de vérité. On a longtemps eu l’habitude de voir des acteurs en voiture réaliser des poursuites assez spectaculaires. Mais la plupart du temps, une fois l’acteur (c’était rarement une actrice…) dans l’habitacle, on avait droit à un fond bleu qui permettait d’y incruster des images afin de donner un semblant de réalisme (4).

Ici, C’est Gene Hackman qui conduit comme le montrent les images extérieures à l’habitacle qui sont on ne peut plus vraies. Cette poursuite est d’ailleurs considérée comme l’une des meilleures du cinéma (avec celle de Bullitt, cela va sans dire…).

 

Quoi qu’il en soit, on suit avec beaucoup d’intérêt cette intrigue à propos de narcotiques qui nous laisse bien éveillés !

Certes, certaines séquences montrent une violence terrible, mais le côté documentaire du sujet (reconstitution) l’exigeait. Il était important de montrer que les tenants et les aboutissants de ce trafic n’étaient pas une promenade de santé, pour les policiers comme pour les trafiquants.

De plus, les décors utilisés ajoutent au cachet authentique du film. Nul endroit extrêmement clinquant, mais plutôt des lieux miteux, crasseux, loin des atmosphères plutôt aseptisées habituelles : sordides (voir présentation ci-dessus). Même l’immeuble où vit Doyle est minable. Sans parler de son intérieur…

 

Le film fut un succès planétaire, l’exploitation américaine rapportant près de 30 fois la mise de départ…

Alors évidemment, on en a fait une suite.

Mais bien sûr, ceci est une autre histoire…

 

  1. Ce n’est d’ailleurs pas le propos de ce film.
  2. Gérard Oury s’est inspiré de cette histoire pour Le Corniaud, reprenant la voiture sur-chargée véhicule de contrebande. Comme quoi…
  3. C’était une des conditions pour décrocher le rôle.
  4. Je ne voudrai pas avoir l’air de cafter, mais dans La Mort aux trousses, cette technique n’est pas toujours bien maîtrisée…

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