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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Marcel Carné, #Jacques Prévert, #Drame
Les Portes de la nuit (Marcel Carné, 1946)

Février 1945.

Deux enfants qui s'aiment (ils ne sont là pour personne).

Un jeune homme qui va retrouver un vieux camarade.

Un camelot et sa marmaille.

Une femme qui quitte son mari.

Un fils et son père.

La Guerre qui se finit.

Et le Destin qui rôde, plus qu'il ne veille...

 

Carné, Prévert, Kosma, Trauner, Brasseur, Loris, Marken... C'est le retour de l'équipe des Enfants du paradis. Et là encore, ce sont des destins croisés. Des gens qui, le temps d'une nuit feront un bout de chemin ensemble. Mais là encore, le Destin, implacable, les marquera.

Parce que le personnage central, c'est le Destin (Jean Vilar). Il est partout. Il agit au bon (?) moment. Mais s'il annonce les événements, il aide aussi à les provoquer. Et Vilar nous propose un personnage riche et ambigu, véritable lien de tous ces personnages : les prévenir de ce qui peut leur arriver, n'est-ce pas aussi les encourager à s'y engouffrer ?

 

Oui, c'est la dernière collaboration (ce n'est peut-être pas le mot adéquat...) de Prévert et Carné. Mais c'est ainsi : un amitié s'éteint, une autre commence avec Yves Montand.

Mais ce film, c'est aussi la véritable avènement de deux jeunes acteurs : Yves Montand (tout juste 25 ans quand le film sort) et Serge Reggiani (24 ans). Montand est un grand dadais, un peu fantasque, mais au visage changeant : il passe de la joie à la tristesse voire à la menace très facilement. Quant à Reggiani, il commence une carrière de mesquin assez réussie. Son personnage annonce Antoine Rougier dans Marie-Octobre.
Parmi les nouveaux venus dans l'univers de Carné, citons Quinquina (Julien Carette), père de famille (très) nombreuse, à la gouaille toujours aussi caractéristique. Notons au passage que sa mégère (Mady Berry) n'est pas piquée des hannetons elle non plus !

 

Mais c'est aussi la fin de la guerre. Et les collabos de tout poil ne sont pas appréciés. Sénéchal père (Saturnin Fabre) en est un magnifique exemple : fourbe et veule à la fois. Répugnant.

Et puis il y a l'élément indispensable à Prévert : l'amour. L'amour des enfants seuls, Etiennette (Dany Robin) et son (très) jeune fiancé (Jean Maxime) ; l'amour qui se meurt, entre George (Pierre Brasseur) et Malou (Nathalie Nattier) ; celui qui naît entre Diego (Yves Montand) et la même Malou...

Même si la guerre est finie quand sort le film, le ton est toujours le même. La seule différence : le Destin qui enfermait les héros dans leur malheur est présent.

Pour le reste, rien ne change. L'amour de Diégo et Malou est le même que celui de Jean et Nelly dans Le Quai des brumes. Un tout petit peu clandestin, et limité par le temps. Mais si Nelly embrassait une dernière fois Jean...

Et puis le comble de l'ironie fatale (du latin fatum, le destin) : le salaud écrasé par sa victime qui ne le sait même pas.

 

Enfin, il nous reste les dialogues. Encore une fois, les répliques de Prévert sont magnifiques :

« Un gavroche dans la famille, passe encore. Mais une douzaine... » (Quinquina)

« Je vous intime l'ordre de vous taire.

- L'ordre. L'ordre nouveau, peut-être ? » (Sénéchal & Quinquina)

« J'en connais qui n'ont pas attendu la fin de la guerre pour faire des affaires, hein, avec les touristes ? Même habillés en vert... » (Quinquina)

« Un grand sourire pour dire bonjour... Un p'tit mouchoir pour dire au revoir. »

 

Et la musique, enfin, entraînante et entêtante, de Joseph Kosma : la valse lente et triste des Feuilles mortes...


A (re)découvrir...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Charles Chaplin
Charlot veut se marier (A jitney Elopement - Charles Chaplin, 1915)

Une jeune femme amoureuse (Edna Purviance).

Un père autoritaire (Ernest van Pelt).

Un comte (Leo White).

Un amoureux (Charles Chaplin).

Le père veut marier sa fille à un comte. La fille n'est absolument pas d'accord : elle aime un autre homme.

 

Alors que le titre original annonce une fuite en voiture, le titre français - encore une fois un tantinet décalé, quand il s'agit de la période muette comique américaine - réduit l'intrigue à un souhait matrimonial. Mais de référence matrimoniale, il n'est fait référence qu'au début, rapport à la décision du père d'Edna au sujet de sa fille. Quand le jeune homme (ce n'est pas encore un vagabond) intervient dans l'intrigue, c'est surtout pour sauver la jeune femme d'une union contre son gré, sauvetage qui finira en poursuite motorisée, d'où le titre original.

Mais revenons à nos moutons. Le film est divisé en trois partie assez distinctes : un déjeuner, une promenade au par et une poursuite en voiture.

Alors que les deux premières parties sont l'occasion d'une série de gags, la troisième, même si elle n'est pas sérieuse, tranche (un peu trop) avec le rythme du reste du film.

En effet, le jeune amoureux, prenant la place du comte pour sauver sa belle nous amène un repas - la nourriture est très importante chez Chaplin - complètement loufoque. Le jeune homme essayant de se faire passer pour un comte alors qu'il n'a que peu de manières est très réussi. Les postures et gestes utilisés lors du repas se retrouveront dans nombre de longs métrages en rapport avec la nourriture. Mais on peut tout de même se demander ce qu'Edna a bien pu trouver à un tel pignouf : il éructe, ne sait pas se servir de couverts, s'essuie avec ses gants (pas très propres, d'ailleurs). Mais passons.

Dans la deuxième partie, le jeune homme ayant été confondu par l'apparition du véritable comte nous amène au parc où ce dernier a emmené sa future et son beau-père. C'est l'occasion d'une série d'acrobaties autour d'une branche d'arbre, avec apparition de policiers tout droit sortis des studios de Mack Sennett, étant donnée leur stupidité évidente.

Puis c'est la dernière partie, celle de la poursuite en voiture. Et je dois l'avouer : c'est là que le bât blesse. Si Chaplin est un comique extraordinaire, il n'est pas très habile à filmer ce genre de poursuite. Bien sûr, cette partie est émaillée de gags. Mais elle n'a pas la force d'autres comiques qui s'essaieront à ce genre (Harold Lloyd, pour ne citer que lui). Dommage.

Quoi qu'il en soit, on s'amuse beaucoup à regarder les conséquences de cette usurpation d'identité, tout en sachant pertinemment que le coupable sera démasqué. Chaplin a conservé sa même équipe d'acteurs pour un exercice qui, s'il évolue doucement, reste très bien exécuté.

Ce personnage, s'il n'est certainement pas comte, n'est pas un vagabond. Il est habillé proprement et se donne une certaine prestance, voire une prestance certaine. Mais surtout, il amuse Edna, ce qui suffit à lui conférer un succès incontestable, base de ce film comme de bien d'autres.

Mais comme toujours avec la belle Edna Purviance, il n'est pas question de l'embrasser sur la bouche. Alors Chaplin, sans altérer la fin « heureuse » pour les deux amoureux, trouve une nouvelle échappatoire...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Drame
Qu'elle était verte ma Vallée (How green was my Valley - John Ford, 1941)

Pays de Galle. Fin XIXème siècle.

Les Morgan. Une famille galloise typique : le père Gwilym (Donald Crisp), la mère Beth (Sara Allgood), six fils - dont Huw le narrateur (Roddy McDowall) et une fille, Angharad (Maureen O'Hara).
Tous les hommes travaillent à la mine, sauf Huw, qui est encore trop jeune.

Et puis deux personnes débarquent dans ce petit monde bien réglé : Bron (Anna Lee), qui doit épouser l'ainé des Morgan, et Mr Gruffyd, le nouveau pasteur.

Ce dernier ne laisse pas la fille Morgan insensible.

 

A chaque fois, John Ford crée un microcosme dans lequel vivent ses héros. C'est le monde de la caserne dans La Charge héroïque, le village d'Innisfree dans L'Homme tranquille, et ici, c'est ce village minier dont le narrateur se souvient qu'il était encaissé dans une vallée encore verte (d'où le titre). Mais si ces autres (futurs) films servent de cadre à de brillante comédies, ici, c'est avant tout une tragédie qui nous attend, ce qui est tout de même rare chez Ford.

Pays de Galle. Fin XIXème siècle.

Les Morgan. Une famille galloise typique : le père Gwilym (Donald Crisp), la mère Beth (Sara Allgood), six fils - dont Huw le narrateur (Roddy McDowall) et une fille, Angharad (Maureen O'Hara).
Tous les hommes travaillent à la mine, sauf Huw, qui est encore trop jeune.

Et puis deux personnes débarquent dans ce petit monde bien réglé : Bron, qui doit épouser l'ainé des Morgan, et Mr Gruffyd, le nouveau pasteur.

Ce dernier ne laisse pas la fille Morgan insensible.

 

A chaque fois, John Ford crée un microcosme dans lequel vivent ses héros. C'est le monde de la caserne dans La Charge héroïque, le village d'Innisfree dans L'Homme tranquille, et ici, c'est ce village minier dont le narrateur se souvient qu'il était encaissé dans une vallée encore verte (d'où le titre). Mais si ces autres (futurs) films servent de cadre à de brillante comédies, ici, c'est avant tout une tragédie qui nous attend, ce qui est tout de même rare chez Ford. Le propos est noir, comme les gueules des mineurs.

Cela n'empêche pas quelques traits d'humour très fordiens, mais irrémédiablement, le film nous ramène à la noirceur, à la tristesse.

Il y a une parenté avec L'Homme tranquille évidente. Le village ici est une esquisse de ce que sera Innisfree. Mais si Innisfree possède une atmosphère bon enfant, il n'en va pas de même ici : malgré la tension inhérente aux villages miniers et aux accidents inévitables, ce village est construit sur une hypocrisie et une médisance terribles.

Pourtant, tous commence bien : on voit la sortie de la mine, les mineurs qui chantent, heureux d'en finir pour cette semaine, amenant leur paye à leur femme (ou leur mère)... Bref, tout va bien. Mais, au fur et à mesure du film, l'atmosphère se tend et ce monde idyllique se craquèle, commençant une lente destruction. Avec le XXème siècle arrive une nouvelle ère. Ce qui fut ne sera plus. Cela commence par une première grève, suivie par les fils Morgan, mais condamnée par leur père, adepte du statu quo originel. Mais avec la fin de l'ordre établi, c'est aussi la fin programmée de la famille qui arrive.

Des six fils du début, combien seront à la fin ?

Ca commence avec le mariage de l'ainé, Ivor (Patrick Knowles). Puis ce sont d'autres qui émigrent aux Etats-Unis...

Mais celles qui restent, envers et contre tout, ce sont les femmes. Elles sont trois : Bronwyn, Angharad et Beth.

Bronwyn (Anna Lee), c'est l'étrangère. Elle vient d'une autre vallée. Et en plus, elle est rapidement veuve, Ivor ne survivant à un coup de grisou. Son seul atout : Huw est amoureux d'elle au premier regard.

La deuxième, c'est Angharad. Maureen O'Hara a tout juste 21 ans quand sort le film. Ce n'est certes pas son premier film, mais c'est le premier que l'on retient. Elle est une Angharad inoubliable. Elle a cette force que nous retrouverons dans les autres Ford où elle jouera. Une Mary Jane Danaer avant l'heure, mais sacrifiée à un système où les petites gens comme les Morgan n'ont pas leur mot à dire.

La dernière, c'est Beth, la mère. Sara Allgood est merveilleuse. une véritable femme fordienne : elle a cette force qu'on retrouve en Ma Joad (Jane Darwell dans Les Raisins de la colère) ou encore Mildred Natwick (Abby Allshard dans La Charge héroïque ou Sarah Tillane dans l'Homme tranquille). Jamais elle ne se laisse dicter sa conduite. Glimwyn a beau être un patriarche indiscutable, c'est tout de même elle qui lui impose sa volonté. Mais surtout, c'est elle qui vit la disparition de ses fils, mort où émigré. Elle porte toute la tristesse de ce monde en évolution, qui entre dans le XXème siècle. Même Glimwyn ne peut plus rien. Petit à petit, il perd de son influence, et perd sa place dans cette société minière aux codes très particuliers.

Il faut tout de même noter que Donald Crisp trouve ici un de ses plus grands rôles, avec celui de Battling Burrows dans Le Lys brisé, ce qui lui vaudra l'oscar du meilleur second rôle. Ce patriarche incontesté qui peu à peu perd pied, l'âge aidant, et surtout le monde changeant, devenant petit à petit maître de son logis où seul son dernier-né subsiste.

Et puis il y a Roddy McDowall. Il a été découvert par les spectateurs en juin pour Chasse à l'Homme (Fritz Lang, 1941). Ce rôle d'enfant (il a 7 ans quand le film sort) confirme ce qu'on pouvait imaginer : c'est un acteur. Il a ce regard qui exprime des choses. Il est merveilleux.

Une petite pensée pour Walter Pidgeon, le pasteur, qui, en quittant cette vallée (de larmes ?), prononce un discours contre l'hypocrisie (et la bigoterie) qu'on rencontre rarement chez Ford. Un personnage fordien en couleur (malgré le format noir et blanc du film) : pasteur certes, mais progressiste !

 

 

Cela n'empêche pas quelques traits d'humour très fordiens, mais irrémédiablement, le film nous ramène à la noirceur, à la tristesse.

Il y a une parenté avec L'Homme tranquille évidente. Le village ici est une esquisse de ce que sera Innisfree. Mais si Innisfree possède une atmosphère bon enfant, il n'en va pas de même ici : malgré la tension inhérente aux villages miniers et aux accidents inévitables, ce village est construit sur une hypocrisie et une médisance terribles.

Pourtant, tous commence bien : on voit la sortie de la mine, les mineurs qui chantent, heureux d'en finir pour cette semaine, amenant leur paye à leur femme (ou leur mère)... Bref, tout va bien. Mais, au fur et à mesure du film, l'atmosphère se tend et ce monde idyllique se craquèle, commençant une lente destruction. Avec le XXème siècle arrive une nouvelle ère. Ce qui fut ne sera plus. Cela commence par une première grève, suivie par les fils Morgan, mais condamnée par leur père, adepte du statu quo originel. Mais avec la fin de l'ordre établi, c'est aussi la fin programmée de la famille qui arrive.

Des six fils du début, combien seront à la fin ?

Ca commence avec le mariage de l'ainé, Ivor (Patrick Knowles). Puis ce sont d'autres qui émigrent aux Etats-Unis...

Mais celles qui restent, envers et contre tout, ce sont les femmes. Elles sont trois : Bronwyn, Angharad et Beth.

Bronwyn (Anna Lee), c'est l'étrangère. Elle vient d'une autre vallée. Et en plus, elle est rapidement veuve, Ivor ne survivant à un coup de grisou. Son seul atout : Huw est amoureux d'elle au premier regard.

La deuxième, c'est Angharad. Maureen O'Hara a tout juste 21 ans quand sort le film. Ce n'est certes pas son premier film, mais c'est le premier que l'on retient. Elle est une Angharad inoubliable. Elle a cette force que nous retrouverons dans les autres Ford où elle jouera. Une Mary Jane Danaer avant l'heure, mais sacrifiée à un système où les petites gens comme les Morgan n'ont pas leur mot à dire.

La dernière, c'est Beth, la mère. Sara Allgood est merveilleuse. une véritable femme fordienne : elle a cette force qu'on retrouve en Ma Joad (Jane Darwell dans Les Raisins de la colère) ou encore Mildred Natwick (Abby Allshard dans La Charge héroïque ou Sarah Tillane dans l'Homme tranquille). Jamais elle ne se laisse dicter sa conduite. Glimwyn a beau être un patriarche indiscutable, c'est tout de même elle qui lui impose sa volonté. Mais surtout, c'est elle qui vit la disparition de ses fils, mort où émigré. Elle porte toute la tristesse de ce monde en évolution, qui entre dans le XXème siècle. Même Glimwyn ne peut plus rien. Petit à petit, il perd de son influence, et perd sa place dans cette société minière aux codes très particuliers.

Il faut tout de même noter que Donald Crisp trouve ici un de ses plus grands rôles, avec celui de Battling Burrows dans Le Lys brisé, ce qui lui vaudra l'oscar du meilleur second rôle. Ce patriarche incontesté qui peu à peu perd pied, l'âge aidant, et surtout le monde changeant, devenant petit à petit maître de son logis où seul son dernier-né subsiste.

Et puis il y a Roddy McDowall. Il a été découvert par les spectateurs en juin pour Chasse à l'Homme (Fritz Lang, 1941). Ce rôle d'enfant (il a 7 ans quand le film sort) confirme ce qu'on pouvait imaginer : c'est un acteur. Il a ce regard qui exprime des choses. Il est merveilleux.

Une petite pensée pour Walter Pidgeon, le pasteur, qui, en quittant cette vallée (de larmes ?), prononce un discours contre l'hypocrisie (et la bigoterie) qu'on rencontre rarement chez Ford. Un personnage fordien en couleur (malgré le format noir et blanc du film) : pasteur certes, mais progressiste !

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Harry Langdon, #Harry Edwards, #Comédie
Fiddlesticks (Harry Edwards, 1927)

Harry Hogan (Harry Langdon) est le petit dernier d'une famille d'hommes. Des vrais, avec « des muscles d'airain, une volonté de fer et un esprit en fer blanc »...
Harry a une passion : jouer de la contrebasse.
Mais dès qu'il en joue, ça ressemble à tout... Sauf de la contrebasse !

Malgré cela, il est persuadé qu'il peut en vivre, voire faire fortune...
A part sa mère, personne, chez lui ne croit en lui.

Et pourtant...

 

Bien entendu, il va réussir à faire fortune. Mais pas comme on peut l'imaginer.

Harry est toujours cette espèce de pierrot lunaire aux yeux grand ouverts, naïf, et bien entendu sûr de sa bonne fortune. C'est d'ailleurs le premier élément comique du film. A chaque fois qu'il joue, c'est un tonnerre de récriminations contre son « art ». Même son professeur (Vernon Dent) n'a d'autre solution que de lui délivrer un diplôme de musique pour s'en débarrasser. Vernon Dent, d'ailleurs joue un autre rôle dans ce film, celui du découvreur de talent. Cette fois-ci, il est chiffonnier et parcourt les rues pour récupérer ce que les gens ne veulent plus.

Et vu la réaction des auditeurs aux prestations de Harry, il voit tout de suite qu'il a trouvé la poule aux œufs d'or.

Alors on assiste à différentes situations comiques qui mettent en avant le talent de Langdon, mais c'est aussi là que le bât blesse (un peu) : le personnage du chiffonnier, comme il est interprété par un acteur qu'on a déjà vu, est grimé. A outrance. Et ce personnage ressemble plus à une caricature qu'à autre chose : un nez proéminent et crochu, des oreilles démesurées... C'est le type même du Juif qu'on trouvait dans les revues antisémites des XIXème et XXème siècles. Et en plus, il ne peut s'empêcher de se frotter les mains quand il flaire une bonne affaire.

Cette assimilation aurait tendance à pervertir le propos du film, détournant un peu l'effet comique. Mais il ne faut pas s'y tromper : le chiffonnier n'exploite pas Harry, il n'y a nulle fourberie (comme on le disait des Juifs dans ces mêmes revues citées plus haut). Il va s'agir d'une association dans laquelle chacun trouvera son bonheur, et Harry, la fortune tout en jouant.

 

Alors mettons de côté cet aspect un peu limite et retrouvons avec beaucoup de plaisir le jeu subtile et gracieux de l'immense Harry Langdon.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Clarence Brown, #Lon Chaney
The Light of Faith - The Light in the dark (Clarence Brown, 1922)

Un couple séparé.

Une jeune femme, Bessie (Hope Hampton), pauvre, dépense ses derniers dollars pour se payer une chambre.

Un jeune homme Warburton (E. K. Lincoln), riche, se remet dans le sud de l'Angleterre.

Affaiblie, Bessie tombe malade et dépérit. Sa logeuse et surtout son voisin du dessous, Toni (Lon Chaney) s'occupent alors d'elle.

Or, pendant une partie de chasse, Warburton trouve un vase ancien.

S'agit-il du Graal ?

 

Soixante-dix ans avant Terry Gilliam et son Fisher King (1991), Clarence Brown adapte la quête du Graal au monde moderne (celui de 1921-22). Malheureusement, ce film fut longtemps perdu et ressorti en 2003 (seulement), mais plus dans sa forme originale : les scènes de la légende du Graal, tournée grâce à un procédé en couleur, mais malheureusement, ce n'est plus d'actualité...

Il est clair, que pour nous spectateurs (avertis) deux noms retiennent notre attention : Clarence Brown (à la réalisation) et l'incontournable Lon Chaney.

Encore une fois, ce dernier interprète un mauvais garçon. Encore une fois, il tombe amoureux de la belle et frêle jeune fille. Et encore une fois, cet amour est impossible.

Mais, Graal oblige, Toni va connaître une (courte) rédemption. Amoureux (donc) de la belle Bessie et la voyant dépérir, il se rue chez Warburton afin de lui dérober le supposé Graal.

Pourquoi ? Parce que Bessie lui a raconté les vertus de ce précieux vase...

Tout comme Jack Lucas (Jeff Bridges), Toni décide de s'emparer illégalement du trophée. Mais si Jack entreprenait une quête chevaleresque, teintée d'une petite dose d'égoïsme, Toni ne veut que le rétablissement de Bessie. Avec au fond (tout au fond) de son esprit le secret désir d'un amour partagé. Parce que malgré l'allure patibulaire de Toni, ce n'est pas un gros méchant. Pas de violence envers elle, pas de menace, du respect et de l'admiration.

 

Clarence Brown nous propose donc un film édifiant, dans lequel les ombres ont un rôle à jouer. C'est dans l'obscurité que le Graal s'illumine, révélant son caractère divin. Ce sont aussi deux magnifiques ombres qui scellent le destin de Toni :

- Celle du policier qui est venu l'arrêter. Cette ombre se projette sur la porte qu'il vient d'ouvrir. C'est un homme qui tient un pistolet. On ne le voit pas, ce qui donne à cette ombre une dimension gigantesque : on ne peut pas échapper à la Loi.

- Au palais de justice à travers le verre dépoli d'un battant de la porte d'entrée, on aperçoit la silhouette de Toni, sauvé, qui commence à fumer. Il est tranquille. Mais sa tranquillité ne va pas durer : à travers le verre dépoli de l'autre battant, vient se poster un policier... Alors Toni s'en va, vers son destin (inéluctable).

 

Une autre rencontre aura obligatoirement lieu entre ces deux derniers personnages...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Alfred Hitchcock, #Alfred Hitchcock presents, #Télévision
Le Cas de M. Pelham (The Case of Mr Pelham - Alfred Hitchcock, 1955)

M. Pelham (Tom Ewell), est un homme d'affaires prospère.

Il vit à New York.

Sa vie est des plus codifiées : il fait tous les jours les mêmes choses, au même moment.

Pourtant, un jour, un ami lui parle de leur dernière rencontre, au Madison Square Garden, lors du dernier match de boxe.

Mais Pelham n'était pas au Garden ce soir-là...

 

Troisième réalisation du maître pour la série Alfred Hitchcock presents. Là encore, en moins d'une demi-heure, tout est dit. Pas de détail superflu. L'histoire avant tout.

Dès la scène d'introduction, Hitchcock nous prévient : il y a pire que la mort, la torture ou la violence. Bref, ce sera effrayant.

Et il a raison : l'histoire que nous voyons est tout bonnement effrayante.
Cet homme qui perd progressivement sa personnalité au bénéfice d'un autre...

Tellement hallucinant - pour lui comme pour nous - qu'il rencontre un psychiatre, pour lui raconter sa terrible histoire.

On assiste alors à une lente agonie : celle d'un homme à qui la vie échappe, un aller simple vers la folie.

Longtemps on pense à un dédoublement de la personnalité. Ce soi-disant doppelgänger  adoptant exactement son mode de vie. De plus, les efforts qu'il entreprend pour confondre cet éventuel usurpateur (et s'en débarrasser) vont dans ce sens. Sinon, comment expliquer le changement pour une serrure à clé unique qui n'empêche pas d'entrer chez lui ?

En plus de cette histoire angoissante, n'oublions pas qui dirige : Hitchcock s'amuse à nous faire peur. Plus nous avançons dans l'intrigue et plus l'état de Pelham s'aggrave, nerveusement et physiquement : Ewell se ressemble de moins en moins, son mal intérieur le rongeant de plus en plus à l'extérieur...

Pelham devient-il fou ? Existe-t-il un sosie maléfique ? Si oui, quel est son sinistre dessein ?

Seule la fin peut nous le dire, car comme toujours dans ce genre de court métrage hitchcockien, c'est la dernière séquence qui nous éclaire : un basculement de dernière minute qui sauve ou condamne le « héros »...

 

Alors empressez-vous de voir cet épisode, parce que ce n'est pas moi qui vous révèlerai de quel côté bascule l'histoire...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Richard Brooks
Les Professionnels (The Professionals - Richard Brooks, 1966)

1917.

Quatre hommes. Chacun un pro dans son domaine :

Jack Sharp (Woody Strode), archer ; Hans Ehrengard (Robert Ryan), palefrenier ; Bill Dolworth (Burt Lancaster), artificier ; Rico Fardan (Lee Marvin), représentant en mitrailleuse, et accessoirement chef d'expédition.

Ces quatre hommes sont partis récupérer une femme (Claudia Cardinale, toujours aussi belle !), enlevé par l'infâme Jesus Raza (Jack Palance) à son mari Joseph Grant (Ralph Bellamy).

 

Quel gâchis. Un nombre impressionnant de morts pour quoi ? Une sombre histoire de cornard. Alors qu'on attend de ces héros qu'ils aillent délivrer une frêle jeune femme, presque pure (elle est mariée, alors ça m'étonnerait !), ils se retrouvent embarqués, malgré eux dans un mélo digne du théâtre de boulevard, s'il n'y avait tous ces morts.

 

Et c'est là que Richard Brooks est magnifique. Il brouille les cartes avec brio pour nous emmener dans une aventure mâtinée d'enjeux révolutionnaires. Parce que Rico et Bill sont d'anciens révolutionnaires. Ils ont combattu avec Villa, et même Raza ! Alors cette expédition, c'est un peu une renaissance, un retour aux sources. Chaque lieu réveille un souvenir. Sans parler des gens, Chiquita (Marie Gomez) la première, ancienne maîtresse de Bill (et de bien d'autres !).

 

Mais là encore, c'est un western crépusculaire. Les héros ne sont plus ce qu'ils étaient. Ils ont blanchi (sous le harnais, bien sûr). Cette expédition est plus un adieu au passé qu'un véritable exploit. D'ailleurs, où est l'exploit, quand on étudie le bilan humain ?

Nous assistons donc à un baroud d'honneur. En 1917, l'Ouest sauvage n'existe plus. La civilisation s'est établi partout aux Etats-Unis. Rico arrive au point de rendez-vous en voiture.  Mais il reste le Mexique, pour les aventuriers un tantinet nostalgiques de la grande époque. On retrouve aussi les ingrédients indispensables du western : les grands espaces et la nature hostile, avec une longue séquence dans la Vallée de la Mort qui n'est pas sans rappeler le calvaire de McTeague dans Les Rapaces (1925).

 

Trois ans plus tard, Sam Peckinpah emmènera lui aussi ses bandits de l'autre côté du Rio Grande, dans La Horde sauvage, presque à la même époque (1913).

Mais Brooks fait preuve malgré tout de retenue. Même si le sang coule et que les « bandits » tombent sous les balles, on n'atteint pas le degré de violence de Peckinpah. Brooks ne fait que poser des jalons. Peckinpah continuera et achèvera le travail autour du western crépusculaire.

 

En attendant, ce western se savoure avec gourmandise, comme une douceur sucrée. Il faut dire que le casting pouvait faire rêver les spectateurs de 1968. Même si certains sont vieillissants, les interprètes sont merveilleux. Les quatre professionnels, bien entendu, mais aussi Ralph Bellamy qui est, encore une fois, un beau salaud !

On savoure d'autant plus que le western spaghetti va se fourvoyer et perdre de sa saveur première, et qu'il faudra attendre les années 1980 pour le grand retour du genre au cinéma.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Thriller, #Jean-Jacques Annaud
Le Nom de la rose (Der Name der Rose - Jean-Jacques Annaud, 1986)

Une abbaye retirée, au nord de l'Italie.

Des moines qui meurent, sans raison apparente, sinon surnaturelle.

Un moine franciscain, Guillaume de Baskerville (Sean Connery) et son novice Adso de Melk (Christian Slater).

Et un inquisiteur aussi effroyable que cruel, Bernardo Gui (F. Murray Abraham).

Et malgré tout cela, une question théologique (qui semble pourtant) de premier ordre : le Christ possédait-il ses vêtements ?

 

Du roman théologique d'Umberto Eco, ne reste que quelques rares références : essentiellement l'hérésie dulcinienne, et son cri de ralliement prononcé par Salvatore (Ron Perlman),«  Penitenziagite ». Mais toute la réflexion autour des hérésies a disparu . D'un autre côté, tant mieux, il aurait été difficile de montrer les différentes réflexions sans transformer ce film en documentaire un tantinet indigeste. Le livre - magnifique - ne pouvait être adapté qu'en prenant appui sur l'enquête de Guillaume, racontée par son novice, témoin partial de ce qui se déroule.

Dès l'annonce des personnages, un sonnerie retentit : Baskerville. Tout de suite, c'est Sherlock Holmes qui nous vient à l'esprit, et son aventure (certainement) la plus célèbre : le Chien des Baskerville.

Alors pas étonnant que Guillaume soit un disciple de la raison, usant de déductions et de logique pour résoudre un mystère surnaturel qui ne l'est pas.

Mais au-delà de cette intrigue policière, c'est la reconstitution et le jeu des acteurs qui font la force de ce film.

Nous sommes en 1327, dans une période trouble de la chrétienté, en plein Moyen-Age. D'un côté les moines vivant facilement dans leur abbaye, de l'autre, de pauvres gens vivant des restes de cette même abbaye, balancés comme à des chiens.

Alors quand le légat du pape débarque, la différence est encore plus grande. Cette même différence est d'ailleurs bien montrée quand ces prélats aisés repartent, le légat, à la fenêtre de son carrosse, esquissant des gestes de bénédiction envers des gueux dont il n'a que faire  (son visage traduit très bien cela).

Et puis les acteurs. Une seule femme : la fille (Valentina Vargas). Très belle, avec une plastique très agréable. Mais elle ne parle pas. Ou si peu. On pourrait (presque !) croire que les préjugés et préceptes envers les femmes de l'intrigue ont rejailli sur son rôle !

Pour le reste, deux acteurs dominent cette production.

Sean Connery, en moine ultra-rationnel, à la limite de l'athéisme est formidable. Il a une relation idéale avec son novice : le maître avec son disciple, le tout teinté d'un paternalisme (dans le bon sens du terme), impliquant une affection qui s'exprime à certains moments importants : le soulagement de voir Adso en vie lui suffit. Mais c'est tout ce que Guillaume ne dit pas qui est important. Adso, qui vit une expérience à l'opposé des vœux monacaux en rapport avec la chasteté, est perturbé. Et Guillaume, au lieu de le blâmer, l'écoute et ne le juge pas. Et dans cette période d'obscurantisme, une telle position d'un homme d'église est étonnante.

L'autre acteur qui fait - à mon avis - un numéro extraordinaire est Ron Perlman. Oui, j'ai une grande tendresse pour ce rôle. Salvatore est avant tout un monstre, comme on en trouve dans Freaks. Il est bossu, a une seule dent devant et ne sait pas parler correctement. Le sabir qu'il exprime, mélange des langues dominantes de l'Europe de 1327 (sauf l'Allemand), ajoute à son anormalité. Déjà, dans la Guerre du feu (1982), le précédent film de Jean-Jacques Annaud, il interprétait un homme préhistorique qui se rapprochait plus du primate que de l'homo sapiens. Ici, il est phénoménal. Salvatore, de par sa difformité (physique et morale) est une véritable victime expiatoire, en conformité avec les canons de l'Inquisition, représentée par Bernardo Gui (personnage historique qui a réellement existé).

Et puis il y a les autres : ces moines au physique ordinaire. Pas de bellâtre (ou si peu de temps). C'est une véritable collection de trognes : du bibliothécaire à l'apothicaire, des « gueules », accentuées par des tonsures pas toujours heureuses...

 

Pour le reste, on laisse les puristes râler quant à l'adaptation du livre, et on savoure une belle enquête sur fond de Moyen-Age, avec un Sean Connery - malgré lui - vieillissant certes, mais toujours aussi sexy.

N'est-ce pas, mesdames ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Guerre, #Stanley Kubrick
Docteur Folamour (Dr Strangelove - Stanley Kubrick, 1964)

"Mein Führer, I can walk!" (« Mein Führer, je peux marcher ! »).

Telle est la dernière réplique du film, prononcée par celui qui donne son nom au film, le docteur Folamour (Strangelove - Peter Sellers). Pourtant, Folamour n'est pas un personnage central de l'intrigue. Mais son intervention est une démonstration formidable du talent de celui qui l'interprète : l'immense Peter Sellers.

 

Deux ans après Lolita, Kubrick nous propose une comédie extrêmement grinçante qui renvoie à la sempiternelle question : peut-on rire de tout ?

Pour ce foire, il fait appel à deux acteurs qui ont déjà joué pour lui : en plus de Sellers, c'est Sterling Hayden (L'ultime Razzia, 1956) qui interprète le rôle d'un général paranoïaque (Ripper) qui déclenche le propos de l'intrigue du film.

Le troisième acteur important du film est George C. Scott, qui joue le rôle d'un général de l'Etat-major, qui, s'il n'est pas aussi dingue que Ripper est tout de même un tantinet dérangé...

Mais il faut remettre le film dans son contexte (historique dirions-nous).

 

En 1964, quand le film sort, le cataclysme craint est de l'histoire ancienne, la crise des missiles de Cuba est passée et s'est résorbée favorablement. Il n'en reste pas moins des inquiétudes dans chaque camp, la peur de la bombe atomique étant très répandue dans le monde entier à cette époque. D'où le sous-titre du film : « comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la bombe ».

Il est clair qu'avec un tel film, on peut difficilement s'en faire à ce propos, quand on voit cette bande de fous haut placés s'exciter autour d'un sujet aussi grave.

Mais le comique de la situation est avant tout le fait de Peter Sellers. Comme dans Lolita, il a un rôle multiple. Mais si dans le précédent film, il n'était qu'un seul et même personnage, ici, il en joue trois. Tous différents : Lionel Mandrake (un militaire britannique), Merkin Muffley (Président des Etats-Unis) et Folamour (scientifique allemand qui changea de nom avec sa nationalité).

Mandrake ne peut pas rivaliser de folie avec Ripper, dont il est l'ordonnance, ce dernier étant déjà fortement atteint. Tout comme Muffley qui de par se fonction ne peut pas être un personnage comique. Quant à Folamour, c'est une autre histoire.

 

C'est donc avec Folamour que Peter Sellers se déchaîne en nous montrant un scientifique, lui aussi bien dérangé, qui malgré son origine allemande avérée est tout de même dans la grande Salle de Guerre du Pentagone. Mais c'est surtout pendant ses interventions qu'il atteint un haut niveau comique : alors qu'il annonce des choses importantes, son discours est pollué par son bras droit (dont la main est gantée) qui ne cesse de vouloir se lever. Ce bras, et la main à son bout veulent vire leur vie : se lever pour saluer (le bras) attraper ce qui est à portée, le cou de Folamour, par exemple afin de le serrer (la main). Bref, des réflexes d'un passé qu'il est bien difficile de cacher : Folamour est avant tout un ancien nazi. Un régal !

Parce que malgré tout, dans ce personnage comique, on retrouve certains dignitaires scientifiques du IIIème Reich qui fuirent après la guerre et trouvèrent refuge en Amérique, qu'elle soit du Sud ou du Nord...

Leur connaissance en devant pas être perdue pour tout le monde...

 

Détail ironique final : c'est Vera Lynn qui chante à la fin (We'll meet again, 1939), une chanson pleine d'espoir, symbole d'une après-guerre ensoleillée qui adviendrait quand tout serait terminé...

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Guerre, #Jean-Pierre Melville
L'Armée des ombres (Jean-Pierre Melville, 1969)

Sept hommes dans une cellule.

Sept hommes enchaînés.

Parmi eux, Philippe Gerbier (Lino Ventura). C'est le seul qui a des cigarettes. Alors il les partage.

Il n'y en a que six.

 

S'il y a une scène forte dans ce film, et qui donne le ton quant au propos développé, c'est celle-là. Ces hommes sont condamnés. Sans procès. Ils vont mourir. Leur crime : avoir cru en leur pays. Avoir lutté pour leur dignité. Et ces hommes, de parfaits inconnus les uns pour les autres vont partager la dernière cigarette, la bien nommée « du condamné ».

C'est aussi la scène qui introduit la célèbre musique de ce film. Cette musique dramatique qui sera longtemps le générique des Dossiers de l'Ecran sur la deuxième chaîne de télévision française.

 

Après les superproductions internationales glorifiant l'esprit de la Résistance française (Le jour le plus long, Paris brule-t-il ?), après la Grande Vadrouille qui, comme le dit mon ami le professeur Allen John, montrait une France unanimement résistante, Jean-Pierre Melville se penchait sur la « petite » Résistance. Celle des petits, des obscurs, des sans-grades... Bref, celle dont ne parlait pas dans les manuels d'histoire.

Se basant sur un livre de Joseph Kessel, dans lequel ce dernier racontait la vie d'un réseau lyonnais dirigé par Gerbier, Melville nous fait vivre malgré tout une épopée à échelle humaine, agrémentée de souvenirs de sa propre vie dans la Résistance, des gens qu'il y a croisés.

Mais c'est justement en prenant le contrepied des superproductions citées plus haut qu'il nous propose un film vraiment inoubliable.


Alors que la Résistance - De Gaulle est encore président pendant le tournage - est glorifiée un peu partout en France, son symbole étant à la tête de l'Etat, Melville nous décrit des épisodes où les protagonistes sont tout sauf des héros. Ils ont des valeurs. Mais ils sont avant tout humains. Comme le dit Gerbier : la vie est la chose la plus précieuse qui soit. Et c'est pourquoi il se mettra à courir.

Mais la Résistance au jour le jour, ce sont aussi des besognes pas très glorieuses : parmi elles, exécuter un traître. Cette exécution est aussi un grand moment de cinéma. On assiste à la mise en place, puis à la conclusion, quand la tête du mort retombe. Entre les deux, des visages, marqués par l'acte qu'ils commettent.

 

Et il en va du film comme de cette exécution. Tout est suggéré. Rien n'est montré.

Les attaques aériennes ? Un avion éclairé par un projecteur, des explosions dans le ciel, à travers un hublot. Rien de démonstratif.

Tout n'est que suggestion. Les Résistants torturés ? On les voit avant l'interrogatoire puis après. Mais nul besoin de montrer la violence des coups, la cruauté des bourreaux. Seul le résultat compte.

Comme toujours, l'imagination fait le reste, et les effets de ces scènes n'en sont qu'amplifiés.

Et puis il y a l'absurdité de cette guerre. Ce climat de suspicion permanent, de guerre civile, presque, où un frère ne peut pas parler à un autre frère, de peur d'être dénoncé. Et l'absurdité atteint son paroxysme quand on sait que ces deux frères travaillent dans le même réseau.

 

Presque cinquante ans après, ce film n'a pas perdu de sa force. De par ses acteurs (Lino, bien sûr, mais aussi Simone Signoret, Paul Meurisse ou Paul Crauchet, pour ne citer qu'eux) et la maîtrise immense du metteur en scène. Et puis aussi par la simplicité de cette histoire. Ces hommes et ces femmes qui se sont soulevés et ont essayé, à leur échelle, de combattre une armée d'occupation, ainsi que d'autres Français qui avaient choisi, eux, la facilité.

 

Alors en des temps troublés comme ceux qu'on vit en ce moment en France, il est bon de revoir un tel film, et se souvenir que certaines idées valent le coup d'être défendues, et d'autres combattues.

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