L'Atlantique.
Immense.
Indomptable.
Indompté.
Au milieu (?), HMS Surprise, navire de guerre commandé par le capitaine Lucky Jack Aubrey (Russel Crowe).
Son objectif : l'Achéron, frégate française en route vers le pacifique, pour y déplacer un peu plus la guerre entre l'Angleterre et la France de Napoléon.
C'est dans une brume épaisse que commence le film, et c'est sur un enfumage qu'il se termine. La boucle est bouclée, à défaut de tour du monde.
Mais comme l'indique le titre, c'est de l'autre côté du monde (le nôtre) que tout se joue.
C'est là qu'il faudra choisir entre la guerre et la paix, entre le savoir et l'ignorance, entre la barbarie et la civilisation.
Peter Weir, je l'ai déjà dit, est le cinéaste du passage. Et là encore, on assiste à différentes évolutions.
Un véritable passage physique, et pas des moindres : le Cap Horn, véritable tour de force maritime, et hantise des marins.
Passage initiatique, ensuite, où les (très) jeunes cadets subissent un terrible baptême du feu lors d'un abordage non moins terrible.
Passage vers un autre monde enfin, dans les Iles Galápagos - véritable lieu exotique s'il en est - où le docteur Mathurin (Paul Bettany), le temps d'un répit, peut découvrir un nouveau monde, véritable paradis terrestre pour la diversité de sa faune, et pour le naturaliste qu'il est.
Nous sommes en 1805, Nelson n'a pas encore été tué à Trafalgar, et Darwin - dont l'ombre plane au-dessus des Galápagos - n'est pas encore né.
Dans la Surprise, c'est un univers d'homme. La seule évocation féminine du film - mis à part le genre féminin d'un navire en Anglais - ce sont les femmes qui participent à la séance commerciale, lors d'une escale imprévue. Pour le reste, ce ne sont que des hommes. Des enfants même, tel le cadet Blakeney (Max Pirkis), pour qui ce voyage sera celui qui le fera passer de l'enfance à l'âge adulte, de la façon la plus rude qui soit.
Tous ces hommes sont Anglais - même les Irlandais comme Mathurin - et forment une communauté tendant à la fraternité. Ce lien très fort entre des êtres d'une même communauté est l'autre constante des films de Weir. Ici, c'est marins ne sont pas les joyeux pirates qu'on trouve dans Le Capitaine Blood, mais ils sont tout aussi efficaces.
Et là où Curtiz nous faisait voir un abordage romantique, Weir nous décrit froidement ce que devait être réellement ce passage d'un bateau à l'autre, avec un seul objectif en tête : tuer avant d'être tué. Le tout avec un réalisme formidable.
De plus, Weir recrée avec beaucoup de talent la vie à bord, entre deux escales, entre deux combats. Ce que vivent les hommes, leurs moments de joie comme les moments de désespoir - quand le bateau est immobilisé - ainsi que les rancœurs inévitables, les décisions douloureuses, et les morts qu'on place dans un sac de toile, puis qu'on coud avant de les passer par-dessus bord, en attendant que la mer les rende, au Jugement dernier.
Lucky Jack est un capitaine qu'on veut suivre, malgré sa justice parfois rude, et son idée des rapports entre les officiers et les hommes de main. Mais les incidents de la Bounty ont fait leur œuvre, et Aubrey est tout sauf Bligh.
Les deux hauts lieux de ce film sont le bateau, bien sûr, mais aussi les Galápagos. C'est à mon avis le lieu charnière de l'intrigue : c'est là que le docteur découvre un autre monde, mais c'est aussi là qu'il se soigne suite à sa blessure. C'est là qu'il pourra faire ses observations, mais c'est aussi là que se jouera l'avenir du conflit entre l'Achéron et la Surprise.
C'est aussi grâce à cette halte au cœur de cet archipel que l'enfumage susdit va naître, rien qu'en observant cette nature en perpétuelle évolution.
Mais chut, ne parlons pas d'évolution, rappelez-vous : Darwin n'est pas encore né !
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