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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Ted Post, #Western, #Clint Eastwood
Pendez-les haut et court (Hang'em high - Ted Post, 1968)

C'est la fête à Fort Grant (Oklahoma).

Tout le monde est venu.

Il y en a qui viennent de loin, qui sont arrivés la veille et ont campé en dehors de la ville.

Ils sont venus en famille, avec les enfants sur les épaules, pour qu'ils voient mieux le spectacle.

Ca chante des cantiques, ça s'amuse, ça rit. Il y a des vendeurs de bière pour les grands (il fait chaud) et de salsepareille pour les petits.

Même le pasteur est là. C'est d'ailleurs lui qui dirige les chants et encadre le spectacle.

Et quel spectacle : une pendaison. Mieux même six d'un coup !

 

Le seul que ça n'intéresse pas, c'est Jed Cooper (Clint Eastwood). Il faut dire que les pendaisons, il en a soupé : il a été pendu (« une erreur judiciaire ») par une bande de justiciers adeptes des principes du juge Lynch.

Depuis, il est marshal pour le juge Fenton (Pat Hingle), surnommé « the hanging judge » (le juge qui pend), personnage créé d'après le juge Isaac C. Parker qui officiait à Fort Smith (Nevada), et était réellement affublé de ce surnom.

Cooper n'est pas marshal par sens du devoir : il veut retrouver et punir ceux qui ont voulu le pendre.

 

Premier western sans Sergio Leone pour Clint Eastwood, après la trilogie de l'Homme sans nom. Son personnage a un nom. Il a même un passé (ancien homme de loi). On pourrait presque rêver qu'il a un avenir.

Et cette fois-ci encore, il la joue personnelle. Accepter l'étoile de marshal, c'est pouvoir se venger légalement. Parce que Cooper n'a que cette idée en tête. Même dans un état désespéré, il ne renonce pas. C'est même ce qui le maintient en vie. Jusqu'à sa rencontre avec Rachel (Inger Stevens), une autre victime en quête de vengeance.

L'action se situe à la fin du XIXème siècle (l'Oklahoma a été ouverte à la colonisation en 1889, alors que la civilisation avait (presque) gagné tous les territoires américains. Malgré tout, Fort Grant est le seul endroit d'Oklahoma où la justice s'exerce légalement. C'est pour lutter contre les dérives expéditives - dont il fut une victime - que Cooper travaille avec Fenton. Mais malgré cela, il ne peut s'empêcher de critiquer cette soi-disant justice. Mais Fenton doit exécuter les criminels. C'est sa façon d'installer la Loi sur ce territoire.

 

Mais quelle justice, tout de même. Le procès est essentiellement à charge, le juge muselant Cooper afin de condamner un maximum de personnes, montrant ainsi la force de son tribunal.

Et pourtant. Il suffit de voir son visage, au moment des pendaisons simultanées pour comprendre que cette justice ne le satisfait pas complètement. Il y a du regret dans ce visage.

Mais le devoir l'emporte, avec les vies des suppliciés, dans une exécution qui devient un spectacle familial, où les citoyens se retrouvent, heureux de partager un moment de réjouissance. [Ce fut longtemps le cas en France, où les exécutions publiques étaient très courues, ne l'oublions pas !]

 

Après Furie (1936) et L'étrange Incident (1943), ce nouveau film décrit cette « justice » sommaire. Mais le ver est dans le fruit : Cooper ne peut pas être partial dans sa traque des responsables de son propre lynchage. De plus, il sait que ceux qu'il ramènera seront condamnés, « pour l'exemple», comme on dit dans ces cas-là.

Est-ce bien là la Justice ?

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Peter Weir, #Aventures
Master and Commander : de l'autre côté du monde (Master and Commander: the far side of the world - Peter Weir, 2003)

L'Atlantique.

Immense.

Indomptable.

Indompté.

Au milieu (?), HMS Surprise, navire de guerre commandé par le capitaine Lucky Jack Aubrey (Russel Crowe).

Son objectif : l'Achéron, frégate française en route vers le pacifique, pour y déplacer un peu plus la guerre entre l'Angleterre et la France de Napoléon.

C'est dans une brume épaisse que commence le film, et c'est sur un enfumage qu'il se termine. La boucle est bouclée, à défaut de tour du monde.

Mais comme l'indique le titre, c'est de l'autre côté du monde (le nôtre) que tout se joue.

C'est là qu'il faudra choisir entre la guerre et la paix, entre le savoir et l'ignorance, entre la barbarie et la civilisation.

 

Peter Weir, je l'ai déjà dit, est le cinéaste du passage. Et là encore, on assiste à différentes évolutions.

Un véritable passage physique, et pas des moindres : le Cap Horn, véritable tour de force maritime, et hantise des marins.

Passage initiatique, ensuite, où les (très) jeunes cadets subissent un terrible baptême du feu lors d'un abordage non moins terrible.

Passage vers un autre monde enfin, dans les Iles Galápagos - véritable lieu exotique s'il en est - où le docteur Mathurin (Paul Bettany), le temps d'un répit, peut découvrir un nouveau monde, véritable paradis terrestre pour la diversité de sa faune, et pour le naturaliste qu'il est.

Nous sommes en 1805, Nelson n'a pas encore été tué à Trafalgar, et Darwin - dont l'ombre plane au-dessus des Galápagos - n'est pas encore né.

 

Dans la Surprise, c'est un univers d'homme. La seule évocation féminine du film - mis à part le genre féminin d'un navire en Anglais - ce sont les femmes qui participent à la séance commerciale, lors d'une escale imprévue. Pour le reste, ce ne sont que des hommes. Des enfants même, tel le cadet Blakeney (Max Pirkis), pour qui ce voyage sera celui qui le fera passer de l'enfance à l'âge adulte, de la façon la plus rude qui soit.

 

Tous ces hommes sont Anglais - même les Irlandais comme Mathurin - et forment une communauté tendant à la fraternité. Ce lien très fort entre des êtres d'une même communauté est l'autre constante des films de Weir. Ici, c'est marins ne sont pas les joyeux pirates qu'on trouve dans Le Capitaine Blood, mais ils sont tout aussi efficaces.
Et là où Curtiz nous faisait voir un abordage romantique, Weir nous décrit froidement ce que devait être réellement ce passage d'un bateau à l'autre, avec un seul objectif en tête : tuer avant d'être tué. Le tout avec un réalisme formidable.

 

De plus, Weir recrée avec beaucoup de talent la vie à bord, entre deux escales, entre deux combats. Ce que vivent les hommes, leurs moments de joie comme les moments de désespoir - quand le bateau est immobilisé - ainsi que les rancœurs inévitables, les décisions douloureuses, et les morts qu'on place dans un sac de toile, puis qu'on coud avant de les passer par-dessus bord, en attendant que la mer les rende, au Jugement dernier.

Lucky Jack est un capitaine qu'on veut suivre, malgré sa justice parfois rude, et son idée des rapports entre les officiers et les hommes de main. Mais les incidents de la Bounty ont fait leur œuvre, et Aubrey est tout sauf Bligh.

 

Les deux hauts lieux de ce film sont le bateau, bien sûr, mais aussi les Galápagos. C'est à mon avis le lieu charnière de l'intrigue : c'est là que le docteur découvre un autre monde, mais c'est aussi là qu'il se soigne suite à sa blessure. C'est là qu'il pourra faire ses observations, mais c'est aussi là que se jouera l'avenir du conflit entre l'Achéron et la Surprise.

C'est aussi grâce à cette halte au cœur de cet archipel que l'enfumage susdit va naître, rien qu'en observant cette nature en perpétuelle évolution.

 

Mais chut, ne parlons pas d'évolution, rappelez-vous : Darwin n'est pas encore né !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Howard Hawks, #Marilyn Monroe
Les Hommes préfèrent les blondes (Gentlemen prefer Blondes - Howard Hawks, 1953)

Elles sont deux.

Elles sont belles.

Elles sont craquantes.

Elles chantent, elles dansent.

L'une est brune, l'autre est blonde.

La brune, c'est Dorothy (Jane Russel).

La blonde, c'est Lorelei (Marilyn Monroe).

 

Ce sont les meilleures amies du monde. Mais...

Mais elles ne voient pas la vie de la même façon : quand Lorelei s'extasie devant la fortune d'un riche héritier, Dorothy flashe sur les corps d'athlètes de l'équipe olympique.

Parce que c'est là que leurs mentalités varient.

Lorelei n'aiment que les hommes riches. Dans la mythologie germanique, la Lorelei attire les marins vers ses récifs, causant leur perte. Ici, les hommes riches ont remplacé les marins... Mais elle les attire aussi facilement.

Son deuxième rêve, dans la vie (après épouser un millionnaire), c'est que Dorothy épouse un homme riche.

Mais Dorothy déteste les hommes riches. Elle ne rêve que d'un jeune homme bien fait de sa personne qui lui propose une vie tout à fait normale.

 

Howard Hawks se met au musical. Le temps d'un film, il nous plonge dans un univers enjolivé où les paquebots sont remplis de riches héritiers (avec leurs valets) et Paris un immense supermarché de vêtements, où tous les problèmes se règlent grâce à des chansons.

Alors on savoure ce monde artificiel où évoluent les deux magnifiques femmes.

C'est aussi le tournant dans la carrière de Marilyn : elle se lance dans la comédie pour un rôle de premier plan. Elle est très belle, alors on se dit qu'elle est idiote. Et on n'a pas (totalement) tort. Elle manque cruellement de culture, mais peu lui importe, elle a un objectif et s'emploie à le réaliser. Et tant pis si elle passe pour une gourde, parce que finalement, on se rend compte qu'elle n'est pas si bête que ça. Et puis elle chante si bien...

 

Mais Les Hommes préfèrent les blondes, c'est aussi l'occasion de voir deux bombes sexuelles des années 1950, toutes les deux célèbres pour leur côté provocant :

- Jane Russel et ses poses lascives dans Le Banni n'ont pas laissé insensibles les hommes plus ou moins jeunes qui ont pu voir ce film ;

- Marilyn Monroe était célèbre aussi pour avoir posé dans un calendrier avec « moins que rien comme costume » - comme disait Brassens - l'année précédente.

Et là encore, cette association est magnifique : elles sont époustouflantes !

 

Et puis il y a les chansons. On retiendra A Little Girl from Little Rock, qui ouvre et ferme le film, ainsi que l'incontournable Diamonds are a girl's best Friend, où Marilyn est inoubliable, dans une chanson qui colle tout à fait à son personnage.

Une petite mention enfin pour Charles Coburn, qui joue un Lord « Piggie » Beekman très british et très comique, l'œil égrillard jusqu'au moment où Lady Beekman pointe son nez (et sa lèvre supérieure bien rigide) ; ainsi qu'une pensée pour George Winslow qui joue un très jeune riche héritier (il avait sept ans quand le film est sorti), complice de Lorelei dans une position inconfortable, voire incongrue.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Alfred Hitchcock, #Thriller
C'est lui (Revenge - Alfred Hitchcock, 1955)

Elsa et Carl Spann sont un jeune couple qui vit dans une caravane, quelque part sur la côte de Californie. Ils sont ici car Elsa (Vera Miles) souffre de dépression, et le bord de la mer peut l'aider.

Pendant que Carl (Ralph Meeker) va travailler, elle prend le soleil, et accessoirement prépare des gâteaux.

Autrement, elle prend le soleil, en bikini, sous l'œil un tantinet envieux de sa voisine, Mrs Fergusen (Frances Bavier).

Quand Carl rentre en fin d'après midi, le gâteau est brûlé, et sa femme gît dans la chambre : elle a été agressée.

Carl n'a plus qu'une idée, se venger de son agresseur.

 

Le tracé de la silhouette d'un gros bonhomme, la musique de la Marche funèbre d'une marionnette de Charles Gounod, et l'inscription Alfred Hitchcock presents apparaît. L'ombre du maître s'ajuste sur le profil dessiné. Le spectacle peut commencer.

C'est ainsi que les téléspectateurs ont pu voir le premier épisode de cette nouvelle série d'histoires à suspense, le 6 octobre 1955.

Hitchcock ne fait pas qu'apparaître dans le générique, il présente cette « nouvelle » série télévisée. Comme c'est le premier épisode, pas de mise en scène particulière, comme ce sera le cas plus tard. Mais il y a déjà la pointe d'humour britannique qui fit son succès : « Le crime ne paie pas... Même à la télévision ! Il vous faut un sponsor. »

 

C'est l'Amérique des années 1950, celle de la consommation, de l'électroménager et - un peu - de l'insouciance. Il s'agit d'une période de prospérité économique qui permet à Carl de changer de travail à sa convenance (il est ingénieur). Elsa est femme au foyer, comme la majorité des Américaines : elle n'a pas supporté l'affluence de bonheur entre son métier de ballerine et son mariage. Elle essaie alors de faire un gâteau, pour faire plaisir à son mari.

Et là intervient l'ellipse habile : Carl rentre, la cuisine est enfumée - les gâteaux sont brûlés - et sa femme gît entre les deux lits. [N'oublions pas que le Code Hays est toujours en activité, et il n'est pas concevable que deux époux couchent dans le même lit, à moins qu'ils s'appellent Katharine Hepburn et Spencer Tracy]

Alors Carl va se venger.

Elsa reconnaît son agresseur, il le suit à son hôtel, une clé plate (de 16 ?) dans la manche. Ils montent ensemble. Il va le tuer. Mais plus que le meurtre en lui-même, c'est la façon de le filmer qui fait toute la différence. Carle entre derrière l'homme au complet gris (Ray Montgomery), on voit son reflet dans le miroir de la chambre puis il suit l'homme et nous ne voyons plus que les ombres des deux protagonistes, sur le mur où pend ce même miroir, pendant que la bande-son nous transmet le bruit des coups : court, sec, sourd et pourtant fort? C'est un vrai bruit de mort.

Carl a rendu sa justice.

Mais...

Mais cette série se caractérise aussi par un retournement de dernière minute, un basculement ultime qui oriente l'histoire - et la fin - vers une autre direction.

Laquelle ?

Allez voir...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Julien Duvivier, #Jean Gabin, #Guerre, #Drame
La Bandera (Julien Duvivier, 1935)

Rue Saint Vincent, Paris XVIIIème.

A un jet de pierre du Sacré Cœur, un couple ivre titube dans la rue.

Un homme sort d'une maison, en catimini.

La femme lui tombe dans les bras, sous un réverbère.

Il se dégage et s'en va.

La femme s'essuie le ventre : l'empreinte d'une main ressort sur son haut clair.

Cette empreinte, c'est du sang.

L'homme qui s'enfuit, c'est Gilieth (Jean Gabin).

La Bandera, c'est un bataillon de légionnaires espagnol. Les légionnaires viennent de partout. Ils ont chacun leur secret, et mourront avec. Gilieth, lui, fuit la police depuis cette nuit, rue Saint Vincent. Car, après une cavale désastreuse, et pour pouvoir manger, Gilieth s'est engagé dans la Légion, en même temps que Mulot (Aimos) et Lucas( Robert Le Vigan). Et si avec Mulot, c'est la grande amitié, avec Lucas, il en va autrement. Normal, Lucas est un policier, à la poursuite du meurtrier... De la rue Saint Vincent.

 

Voici - à mon avis - le film qui a vraiment lancé Gabin. Celui de la naissance du mythe, comme on dit. Nous sommes dans un film de Julien Duvivier, alors évidemment, ça doit mal se terminer. Mais qu'importe. Gabin est là, avec sa belle gueule, ses yeux bleus et sa prestance. Il est un légionnaire qui cherche l'apaisement, mais est poursuivi (sinon harcelé, comme on dit de nos jours) par un autre légionnaire, Lucas campé par un Le Vigan magnifique qui nous propose un beau salaud comme il savait si bien les faire. Le troisième larron, pendant de Lucas, c'est l'inénarrable Mulot, que personnifie Aimos, titi parisien jusqu'au bout des ongles. Mulot est l'anti-Lucas : il est franc et amical, sans arrière pensée, ne s'occupant pas des affaires des autres. Par contre, nous ne savons pas pourquoi il est là, si ce n'est pour manger, comme Gilieth. Veut-il échapper à autre chose que la faim ? Imaginons que non, cela nous laissera une idée (encore) meilleure de ce sympathique compagnon.

 

Mais la Légion, c'est un univers masculin rude, où même le commandant (Pierre Renoir) n'est pas un enfant de cœur : au front, une large balafre qui descend sur un monocle noir, souvenir probable d'une campagne sanglante, ainsi qu'un bras dans une gaine de cuir, autre souvenir douloureux. Il est rude, c'est un chef terrible, mais quand il annonce qu'il commandera un détachement qui partira vers la mort, tout le monde se porte volontaire !

Tous les membres de ce bataillon sont des hommes, des vrais. Avec leurs (mauvais) caractères et leurs habitudes : les joueurs de carte effrénés, le râleur forcené (Gaston Modot), etc.

 

Et puis il y a les femmes : la fille de Barcelone qui offre à manger à Gilieth (Viviane Romance), Planche-à-pain (Margo Lion) - nommée ainsi pour son absence de formes - et la (très) belle Aïsha (Annabella). C'est d'elle que vient le répit optimiste qu'on trouve toujours chez Duvivier avant la fin triste. C'est elle qui relance Gilieth vers une vie heureuse, et il y croit dur comme fer, jusqu'au bout, jusqu'à la dernière rafale.

Et la fin triste ne nous surprend malheureusement pas, avec en prime une circonstance aggravante : Lucas survit !

L'année suivante, Duvivier gardera une partie de ceux qui ont joué ici dans son prochain film : La belle Equipe.

 

L'année suivante (encore !), Marie Dubos chante Mon Légionnaire, sur une musique de Marguerite Monnot et des paroles de Raymond Asso.

Coïncidence ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Henri Verneuil, #Jean Gabin, #Comédie
Un Singe en hiver (Henri Verneuil, 1962)

Tigreville (Villerville, Calvados, en vrai).

Sa plage de sable fin où patrouillent les Allemands, son bordel où s'ébattent les Allemands, son hôtel Stella, où officie Albert Quentin (Jean Gabin) et sa femme Suzanne (Suzanne Flon), rue du maréchal Pétain.

Mais ça, c'était avant, du temps de l'Occup'.

Maintenant, c'est toujours le même lieu : la plage a le même sable fin à perte de vue et le bordel n'est plus qu'un restaurant chinois (pour les vicelards), Marthe Richard étant passé par là. Mais les Allemands n'y viennent qu'en pèlerinage. Comme les Anglais et les Américains. L'hôtel est toujours au même endroit. Il n'y a que la rue qui a changé. Elle s'appelle général De Gaulle, maintenant.

Albert aussi a changé. Il ne boit plus : fini les voyages éthyliques sur le Yang-Tsé-Kiang, en compagnie du matelot Esnault (Paul Frankeur).

Alors quand Gabriel Fouquet débarque dans sa pension, l'esprit embrumé d'alcool espagnol, c'est le rayon de soleil qui manquait dans son hiver normand. Parce que Gabriel boit. Comme Albert buvait. Mais il va moins loin. Il s'arrête en Espagne, où il est un matador réputé.

Alors quand deux tels voyageurs se rencontrent, ils ne peuvent que partir ensemble.

 

Henri Verneuil adapte le roman de Blondin, alcoolique notoire, et choisit pour ce faire deux jeunes premiers. L'ancien, Gabin, jeune premier des années 1930, et le nouveau, Belmondo, vedette de la Nouvelle Vague. Et après une rencontre plutôt froide - Gabriel rappelant un passé chargé pour Albert- on assiste à un numéro de duettiste plutôt comique où les bons mots alternent avec les tournées, le tout accompagné d'une belle musique aux tonalités orientales accompagnée de castagnettes. Parfois, un partenaire est toléré, c'est le cas de Landru (Noël Roquevert, sans sa mesquinerie habituelle) ; parfois un autre est refoulé, c'est ce qui arrive à Esnault, à qui on reproche « la cuite mesquine ».

Malheureusement, c'est un Gabin de la dernière période. Celle où sa bouche a tendance à se transformer en gueule, et son jeu à perdre en subtilité. Il y a ces moments de sobriété où il s'adresse à sa femme qui ont une belle touche sensible, mais dès que la bouteille entre en jeu, c'est le déchaînement ! Et Belmondo a tendance à lui emboîter le pas... Dommage. Mais il y peut-être une excuse : l'excès de boisson... Sauf que ces gueulantes vont continuer dans les films suivants, avec une certaine préférences pour les films de moindre importance, voire de moindre qualité. Il ne fallait pas laisser Gabin faire du Gabin...

 

Et puis il y a Audiard. Ses dialogues sont toujours savoureux, en attendant l'apothéose des Tontons flingueurs l'année suivante :

 «Que ce soit la révolution ou la paëlla, dis-toi bien que rien de ce qui est espagnol n'est simple. » (Gabriel)

«Les gastronomes disent que c'est une maison de passe et les vicelards un restaurant chinois. » (Albert)

«Arrière les Esquimaux ! Je rentre seul. Un matador rentre toujours seul ! Plus il est grand, plus il est seul. Je vous laisse à vos banquises, à vos igloos, à vos pingouins. » (Gabriel)

«Tu te demandes pourquoi il picole l'Espagnol ? C'est pour essayer d'oublier les pignoufs comme vous ! » (Albert)

Et la cerise sur le gâteau : « Monsieur Esnault, si la connerie n'est pas remboursée par les assurances sociales, vous finirez sur la paille. » (Gabriel)

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Rob Reiner, #Comédie
Quand Harry rencontre Sally (When Harry met Sally - Rob Reiner, 1989)

Elle est blonde.

Elle a les cheveux bouclés.

Elle a un sourire satisfait.

Il est brun.

Il a les cheveux crépus.

Il est hagard.

Ils sont dans le même lit.

Ils l'ont fait !

Elle, c'est Sally (Meg Ryan). Il, c'est Harry (Billy Crystal).

Pourtant, ça a mal commencé.

Le voyage de Chicago à New York est épique : Harry, plus noir que le corbeau de Poe déclare que l'amitié entre un homme et une femme est impossible, le sexe étant un frein dans une relation entre un homme et une femme. Elle n'est pas d'accord.

Une fois arrivés devant l'arc de Washington Square, ils n'ont plus qu'une envie : ne plus jamais se voir.

Mais la vie est ainsi faite : ils vont se retrouver, à des moments similaires de leur vie.

Et puis, ça ne rate pas : ils deviennent amis.

Jusqu'au jour, où le sexe fait son apparition ! (voir ci-dessus)

 

Quand le film est sorti, en 1989, ce fut un film piège : nombre de personnes sont allées le voir en couple. Et évidemment, la grande question que tout le monde se posait après, c'était : « et toi, t'en penses quoi ? Un homme et une femme peuvent-ils être amis ? » Et là, ce furent de grands moments de solitude, surtout quand un garçon avait des intentions particulières pour un futur très proche...

Je n'ai pas eu à répondre, j'étais seul. Finalement, il y a des moments, dans la vie, où la solitude est un atout. Pour le reste...

Mais si je devais répondre maintenant, je dirai que je me range du côté de Harry... Dix ans après !

 

Rob Reiner, sous des dehors de comédie romantique, nous propose un film sur le temps qui passe. Onze ans passent, depuis le début du film, et Harry et Sally n'ont pas évolué : ils sont toujours désespérément seuls. Cette solitude les rapproche, mais jusqu'à un certain point : ils rentrent chez eux et se couchent seuls. Alors, évidemment, quand enfin ils passent à l'acte, on éprouve un certain soulagement, persuadés d'arriver à une fin heureuse. Mais c'était oublier le précepte de Harry : pas de sexe !

 

Malgré tout, nous assistons à une comédie où les différents protagonistes, trentenaires, se démènent pour ne pas finir seuls. Harry et Sally, bien sûr, mais aussi (et surtout) Marie (Carrie Fisher) - la grande amie de Sally - en relation avec un homme marié qui ne quittera JAMAIS sa femme. Le seul qui n'y pense pas, c'est Jess (Bruno Kirby), le meilleur ami de Harry, et c'est pourquoi peut-être que l'amour lui vient naturellement, sans l'avoir vraiment provoqué.

Parce que c'est avant tout des histoires d'amour qui se déroulent sous nos yeux.

Et c'est Harry qui résume le mieux le propos du film : « quand on a envie de passer le reste de sa vie avec quelqu'un, on a envie que le reste de sa vie commence le plus tôt possible. »

Pour le reste, une comédie soutenue par Billy Crystal, épaulée par une Meg Ryan dont c'est le premier grand rôle, et qui nous offre la scène devenue culte maintenant (elle l'est devenue immédiatement d'ailleurs) dans le restaurant, où la cliente qui désire le même menu que Sally n'est autre que Maman Reiner !

 

Et puis Harry et Sally dans Central Park en automne... Merci Barry Sonnenfeld !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Michel Gondry, #Comédie dramatique
Eternal Sunshine of the spotless mind (Michel Gondry, 2004)

Un homme se réveille. Une porte de voiture se ferme. Un démarrage (la même voiture ?). Il se lève (s'habille, part travailler...).

Sur le quai de la gare, il s'enfuit vers une autre destination. Une impulsion. Comme ça. Lui qui n'est jamais impulsif !

Il est au bord de la mer, à Montauk (East Hampton, NY). Il y a une jeune femme aux cheveux bleus.

Elle est dans le train qui le ramène chez lui.

Ils font connaissance, et de fil en aiguille...

Lui, c'est Joel Barish (Jim Carrey). Elle, c'est Clementine Kruczynski (Kate Winslet).

Mais voilà, le temps passe et le désir s'émousse (air connu). Elle décide de l'oublier.

Et c'est là qu'intervient le merveilleux : le professeur Mierzwiak (Tom Wilkinson) a mis au point un système (organisé par la société Lacuna) qui permet d'effacer une partie de la mémoire. Alors elle l'oublie. Totalement.

Alors lui aussi, veut l'oublier. De la même façon.

Totalement.

Irrémédiablement ?

 

Quelle belle invention ! Pouvoir oublier les souvenirs pénibles. Oublier les gens ou/et les situations pénibles. Une déception, un gros chagrin d'amour... On passe chez Lacuna et hop, c'est parti ! Définitivement.

Oui, mais... Mais quelle perte de temps, alors. Et quel vide.

Penser, après toutes ces années d'amour qui s'est décomposé jusqu'à totalement disparaître, qu'on n'a peut-être rien accompli dans sa vie. Parce que sans amour, peut-on s'épanouir ? « La vie ne vaut d'être vécue sans amour/et c'est vous qui l'avez voulu, mon amour » (Serge Gainsbourg, La Javanaise).

 

Michel Gondry, pour son deuxième film, nous propose un voyage formidable dans la mémoire. Nous suivons, avec anxiété, l'esprit de Joel qui lutte contre la disparition de ses souvenirs, pour ne jamais oublier son amour, son seul amour, son grand amour.

C'est une succession de fausses pistes qui nous est offerte. Sans cesse, Joel tente de s'échapper, mais sans cesse, la traque reprend et ses souvenirs s'estompent au fur et à mesure, le décor s'abimant comme l'amour qui est en train de mourir sous nos yeux.

 

Tout de même, quelle invention terrible. Si ce n'est pas explicitement dit, il s'agit tout de même d'un lavage de cerveau. Chaque personne participant - volontairement ! - à cette expérience se voit donner une espèce de nouvelle vie, qui, normalement, n'a plus aucun lien avec ce qui fut.

Mais là encore, le processus a ses limites. Et cette petite histoire banale - pour le scientifique Mierzwiak - devient le grain de sable qui paralyse toute la machine, remettant tout en cause, détruisant (inconsciemment, c'est le cas de le dire) cette belle (?) invention.

 

Mais est-ce vraiment le cas ?

Si le procédé de Lacuna est détruit, pourquoi terminer sur cette séquence dans la neige au bord de la plage ?

Et surtout, pourquoi cette boucle finale qui se répète, se répète, se répète...?

 

... Jusqu'à totalement disparaître, comme un souvenir qui se dissout dans le néant.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #David Lean, #Guerre
Le Pont de la rivière Kwaï (The Bridge on the river Kwai - David lean, 1957)

« Qu'ai-je fait ? »

C'est toujours ce qu'on dit quand on réalise qu'on a fit une terrible bêtise (une c...) et que rien ne peut plus l'empêcher.

Et c'est ce que pense le colonel Nicholson (Alec « Obi-wan » Guiness), officier commandant une armée de prisonniers de guerre dans la jungle birmane, quand il réalise dans quelle situation il se trouve.

Mais il est trop tard. Quoi que...

Nicholson est colonel de l'armée de sa gracieuse Majesté George VI. Il commande une armée faite prisonnière « volontairement » des armées japonaise. Pourquoi ? On ne le saura jamais. Mais certainement pas pour construire un pont sur cette fameuse rivière.

Et pourtant, c'est ce que ces hommes vont faire. Un magnifique pont pour relier Rangoon (Birmanie) et Bangkok (Thaïlande).

Mais les Alliés veillent : il faut faire sauter ce pont !

 

Vingt ans après Renoir et la Grande Illusion, David Lean s'essaye au film de prisonniers de guerre, trois ans avant la grande Evasion mais déjà quatre ans après Stalag 17 où Wilder avait déjà décrit les conditions de vie des prisonniers alliés dans un camp allemand.

David Lean nous emmène dans la guerre du pacifique (celle que nous Français ne connaissons pas beaucoup), dans un camp japonais - réputé difficile, comme tous les camps japonais - dirigé d'une main de fer par le colonel Saïto (Sessue Hayakawa) - encore un colonel - en plein milieu de la jungle birmane. Les conditions de vie sont difficiles, il suffit de voir le nombre de tombes qui jonchent la voie ferrée et les abords du camp pour s'en convaincre. Mais Lean ne se concentre pas sur cet aspect. Il filme les vivants, et de deux d'entre eux en particulier : les deux colonels.

 

Ce sont deux officiers de même grade, mais ennemis. En plus d'être dans des camps antagonistes, ils appartiennent à deux civilisations totalement différentes, voire incompatibles.

D'un côté, le soldat oriental, adepte scrupuleux du Bushido (code d'honneur samouraï), intraitable, fier, guidé par l'honneur : Saïto.

De l'autre, le soldat britannique, respectueux de la convention de Genève, intraitable lui-aussi, orgueilleux, guidé par sa suffisance et son arrogance : Nicholson.

 

Ces deux hommes sont bouffis d'orgueil. Aucun ne cèdera avant l'autre, mais malgré tout, c'est Saïto qui flanche, pressé par le temps. Mais il ne veut pas perdre la face, alors il prend comme prétexte une fête nationale pour revenir sur ses positions et adoucir la vie des prisonniers. En clair : il abandonne la partie. dès lors, il dirigera le camp, mais pas autre chose. Il s'agit d'un coup d'état particulier : le commandement anglais a pris la tête des opérations, et Saïto n'est plus qu'un exécutant, répétant à chaque demande anglaise qui sera de facto satisfaite: « j'ai donné les ordres. »

C'est un revers terrible pour Saïto. Il est déshonoré. Dès que le pont sera inauguré, il sait ce qu'il lui reste à faire. Tout est prêt.

 

Et le film ne serait pas complet sans la partie commando, et surtout ses deux membres principaux : Shears (William Holden, toujours aussi bien), et Warden (Jack Hawkins), british jusqu'au bout des ongles. Une autre opposition de style entre ce Yankee et cet officier très supérieur.

Cette opposition est accentuée par le fait que Shears n'a pas d'autre alternative que de retourner là d'où il s'est évadé, frôlant la mort pendant son périple. Cette opposition, par contre, ira en s'atténuant, le devoir l'emportant sur les sentiments personnels.

 

Et toutes ces oppositions pour quoi, en fin de compte ?

Une escalade d'orgueil, d'arrogance et de futilité(s), si on regarde bien. On pourrait presque penser que le méchant n'est pas là où on le penserait, quand on voit l'attitude de Nicholson.

A chacun de se faire son idée.

 

Finalement, c'est Clipton (James Donald) qui a raison devant le résultat de toute cette opération : folie. Parce que ce n'est rien d'autre qu'une folie, la guerre. Et ce que nous venons de voir en est une démonstration magistrale.

 

Il n'empêche, quand le film se termine, une irrépressible envie vous prend de siffler...

... Ou pas !

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Sergio Leone
Il était une Fois dans l'Ouest (Once upon a Time in the West - Sergio Leone, 1968)

Une gare, dans l'Ouest.

Un cowboy entre. Il est noir (Woody Strode).

Un autre. Il a le regard torve (Jack Elam).

Ils attendent.

Pendant ce temps, le générique se met en place (plus de dix minutes !).

Et quand le générique est fini (« réalisé par Sergio Leone »), comme par magie, le train s'arrête.

Non.

Rien de magique : du cinéma. Du vrai.

 

Sergio Leone commence sa trilogie américaine à Flagstone, une ville champignon chère au western américain, en bordure de Monument Valley. Pourquoi Monument Valley ? A cause du grand John Ford, évidemment. L'autre clin d'œil au maître, c'est bien entendu la construction du chemin de fer, toujours en mouvement, théâtre d'un de ses premiers chefs-d'œuvre : The iron Horse (1924).

Après la Trilogie de l'homme sans nom, Leone passe à la vitesse supérieure. Là encore, peu de dialogues, beaucoup de plans fixes, voire de gros plans très rapprochés. Et une intrigue constituée de plusieurs histoires mettant en scène quatre grand personnages :

- Jill MacBain (Claudia Cardinale), ancienne prostituée de New Orleans, qui s'est mariée avec un Irlandais, tué le jour (officiel) de leurs noces. Elle est belle, elle est déterminée, elle est le centre de l'action.

- Frank (Henry Fonda), le méchant, estampillé comme tel. Et il n'en est pas à son coup d'essai. Homme de main de Morton (Gabriele Ferzetti), un riche invalide.

- Cheyenne (Jason Robards), bandit notoire, à la tête d'une bande de truands aux cache-poussières caractéristiques.

- L'Harmonica (Charles Bronson), qui sait jouer, qui sait aussi tirer, mais surtout « qui joue quand il devrait parler, et parle quand il devrait jouer. »

Rien que dans les appellations, il y a une gradation : Jill a un état-civil complet, alors que Frank n'est qu'un prénom. Cheyenne est un alias ; quant à l'Harmonica, il n'a aucun nom, juste un sobriquet dû à la pratique de cet instrument.

Mais les noms ne sont pas importants. Ce qui prime, chez Leone, ce sont les regards : le regard noir de Jill, après toutes ses épreuves ; le regard cruel de Frank ; le regard triste de l'Harmonica ; et le regard mutin de Cheyenne. On retrouve les éléments du duel final de Le Bon , la brute et le truand, mais quand l'objectif se rapproche su regard de L'Harmonica, c'est pour raviver des souvenirs. D'ailleurs, le duel final est réglé beaucoup plus succinctement. Le propos n'étant pas le résultat du duel, mais les enjeux plus ou moins cachés de ce duel.

Pour une fois, le personnage principal est une femme. Tout tourne autour de Jill. C'est son mari qu'on assassine, c'est elle que Frank et ses hommes (et Morton) veulent éliminer. C'est elle que Cheyenne et l'Harmonica vont aider à leur manière. rapidement, c'est elle qui va amener les péripéties. Ce n'est pas une femme faible. Son passé l'a endurcie, et elle ne se laisse pas faire. Chose étonnante, elle se retrouve dans le lit de Frank, le seul qui ne souhaite pas l'aider. Mais quand l'intérêt commande...

L'autre personnage principal - un tout petit cran en-dessous - c'est l'Harmonica. Comme Clint Eastwood dans la trilogie précédente, il n'a pas de nom. Juste un surnom. Lui aussi parle très peu. Il n'est pas là par hasard. Il est venu rencontrer Frank. Pourquoi ? On ne l'apprend que très tard. Mais à chaque confrontation entre ces deux hommes, des bribes de souvenir reviennent à sa mémoire. Une silhouette flou(té)e d'un homme qui s'approche. Plus nous avançons dans le film et plus la silhouette se précise.

C'est lui qui est - comme toujours dans cette trilogie - poursuivi par ses fantômes du temps jadis. L'Harmonica est à la recherche de son passé - à la recherche du temps perdu... - et cette recherche l'amène à Flagstone, là où tout le monde va se rencontrer : le fameux Cercle rouge de Jean-Pierre Melville.

Un autre aspect étonnant de ce film, c'est le choix de Henry Fonda pour jouer Frank. Nous avions eu l'habitude de voir Fonda jouer les héros au grand cœur, et tout d'un coup, il se retrouve dans la peau d'un salaud fini. Et son regard bleu si célèbre devient un regard froid de tueur, voire cruel. Et ce contre-emploi de brute vieillissante est une véritable réussite. Il est impossible de voir quelqu'un d'autre jouer Frank.

Quant à Jason Robards, dans ce rôle ambigu de Cheyenne, il nous propose une magnifique prestation d'un homme à double personnalité : d'un côté un bandit terrible, tuant sans hésitation ses geôliers pour s'évader, et d'une certaine façon tous ceux qui se mettent en travers de sa route ; de l'autre, il est une aide très précieuse pour Jill, seule après son deuil. Une autre réussite.

Et comme dans L'Homme qui tua Liberty Valance, le dernier western de John Ford, la Civilisation prend le dessus sur ces hommes en voie de disparition. Après Flagstone, c'est Sweetwater qui verra le jour, sous l'impulsion de Jill. Les hommes comme Frank, Cheyenne ou l'Harmonica sont appelés à disparaître, et certains plus vite que d'autres.

 

PS : les bandits ne sont pas (tous) habillés de noir. Ils portent de grands manteaux de type cache-poussière, ce qui rend plus difficile de voir le côté manichéen habituel aux westerns. Ces manteaux seront repris par Eastwood dans Pale Rider, quand le (méchant) marshall Stockburn débarquera avec ses adjoints, aussi détestables que lui.

 

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