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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Henri Verneuil, #Jean Gabin, #Comédie
Un Singe en hiver (Henri Verneuil, 1962)

Tigreville (Villerville, Calvados, en vrai).

Sa plage de sable fin où patrouillent les Allemands, son bordel où s'ébattent les Allemands, son hôtel Stella, où officie Albert Quentin (Jean Gabin) et sa femme Suzanne (Suzanne Flon), rue du maréchal Pétain.

Mais ça, c'était avant, du temps de l'Occup'.

Maintenant, c'est toujours le même lieu : la plage a le même sable fin à perte de vue et le bordel n'est plus qu'un restaurant chinois (pour les vicelards), Marthe Richard étant passé par là. Mais les Allemands n'y viennent qu'en pèlerinage. Comme les Anglais et les Américains. L'hôtel est toujours au même endroit. Il n'y a que la rue qui a changé. Elle s'appelle général De Gaulle, maintenant.

Albert aussi a changé. Il ne boit plus : fini les voyages éthyliques sur le Yang-Tsé-Kiang, en compagnie du matelot Esnault (Paul Frankeur).

Alors quand Gabriel Fouquet débarque dans sa pension, l'esprit embrumé d'alcool espagnol, c'est le rayon de soleil qui manquait dans son hiver normand. Parce que Gabriel boit. Comme Albert buvait. Mais il va moins loin. Il s'arrête en Espagne, où il est un matador réputé.

Alors quand deux tels voyageurs se rencontrent, ils ne peuvent que partir ensemble.

 

Henri Verneuil adapte le roman de Blondin, alcoolique notoire, et choisit pour ce faire deux jeunes premiers. L'ancien, Gabin, jeune premier des années 1930, et le nouveau, Belmondo, vedette de la Nouvelle Vague. Et après une rencontre plutôt froide - Gabriel rappelant un passé chargé pour Albert- on assiste à un numéro de duettiste plutôt comique où les bons mots alternent avec les tournées, le tout accompagné d'une belle musique aux tonalités orientales accompagnée de castagnettes. Parfois, un partenaire est toléré, c'est le cas de Landru (Noël Roquevert, sans sa mesquinerie habituelle) ; parfois un autre est refoulé, c'est ce qui arrive à Esnault, à qui on reproche « la cuite mesquine ».

Malheureusement, c'est un Gabin de la dernière période. Celle où sa bouche a tendance à se transformer en gueule, et son jeu à perdre en subtilité. Il y a ces moments de sobriété où il s'adresse à sa femme qui ont une belle touche sensible, mais dès que la bouteille entre en jeu, c'est le déchaînement ! Et Belmondo a tendance à lui emboîter le pas... Dommage. Mais il y peut-être une excuse : l'excès de boisson... Sauf que ces gueulantes vont continuer dans les films suivants, avec une certaine préférences pour les films de moindre importance, voire de moindre qualité. Il ne fallait pas laisser Gabin faire du Gabin...

 

Et puis il y a Audiard. Ses dialogues sont toujours savoureux, en attendant l'apothéose des Tontons flingueurs l'année suivante :

 «Que ce soit la révolution ou la paëlla, dis-toi bien que rien de ce qui est espagnol n'est simple. » (Gabriel)

«Les gastronomes disent que c'est une maison de passe et les vicelards un restaurant chinois. » (Albert)

«Arrière les Esquimaux ! Je rentre seul. Un matador rentre toujours seul ! Plus il est grand, plus il est seul. Je vous laisse à vos banquises, à vos igloos, à vos pingouins. » (Gabriel)

«Tu te demandes pourquoi il picole l'Espagnol ? C'est pour essayer d'oublier les pignoufs comme vous ! » (Albert)

Et la cerise sur le gâteau : « Monsieur Esnault, si la connerie n'est pas remboursée par les assurances sociales, vous finirez sur la paille. » (Gabriel)

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Rob Reiner, #Comédie
Quand Harry rencontre Sally (When Harry met Sally - Rob Reiner, 1989)

Elle est blonde.

Elle a les cheveux bouclés.

Elle a un sourire satisfait.

Il est brun.

Il a les cheveux crépus.

Il est hagard.

Ils sont dans le même lit.

Ils l'ont fait !

Elle, c'est Sally (Meg Ryan). Il, c'est Harry (Billy Crystal).

Pourtant, ça a mal commencé.

Le voyage de Chicago à New York est épique : Harry, plus noir que le corbeau de Poe déclare que l'amitié entre un homme et une femme est impossible, le sexe étant un frein dans une relation entre un homme et une femme. Elle n'est pas d'accord.

Une fois arrivés devant l'arc de Washington Square, ils n'ont plus qu'une envie : ne plus jamais se voir.

Mais la vie est ainsi faite : ils vont se retrouver, à des moments similaires de leur vie.

Et puis, ça ne rate pas : ils deviennent amis.

Jusqu'au jour, où le sexe fait son apparition ! (voir ci-dessus)

 

Quand le film est sorti, en 1989, ce fut un film piège : nombre de personnes sont allées le voir en couple. Et évidemment, la grande question que tout le monde se posait après, c'était : « et toi, t'en penses quoi ? Un homme et une femme peuvent-ils être amis ? » Et là, ce furent de grands moments de solitude, surtout quand un garçon avait des intentions particulières pour un futur très proche...

Je n'ai pas eu à répondre, j'étais seul. Finalement, il y a des moments, dans la vie, où la solitude est un atout. Pour le reste...

Mais si je devais répondre maintenant, je dirai que je me range du côté de Harry... Dix ans après !

 

Rob Reiner, sous des dehors de comédie romantique, nous propose un film sur le temps qui passe. Onze ans passent, depuis le début du film, et Harry et Sally n'ont pas évolué : ils sont toujours désespérément seuls. Cette solitude les rapproche, mais jusqu'à un certain point : ils rentrent chez eux et se couchent seuls. Alors, évidemment, quand enfin ils passent à l'acte, on éprouve un certain soulagement, persuadés d'arriver à une fin heureuse. Mais c'était oublier le précepte de Harry : pas de sexe !

 

Malgré tout, nous assistons à une comédie où les différents protagonistes, trentenaires, se démènent pour ne pas finir seuls. Harry et Sally, bien sûr, mais aussi (et surtout) Marie (Carrie Fisher) - la grande amie de Sally - en relation avec un homme marié qui ne quittera JAMAIS sa femme. Le seul qui n'y pense pas, c'est Jess (Bruno Kirby), le meilleur ami de Harry, et c'est pourquoi peut-être que l'amour lui vient naturellement, sans l'avoir vraiment provoqué.

Parce que c'est avant tout des histoires d'amour qui se déroulent sous nos yeux.

Et c'est Harry qui résume le mieux le propos du film : « quand on a envie de passer le reste de sa vie avec quelqu'un, on a envie que le reste de sa vie commence le plus tôt possible. »

Pour le reste, une comédie soutenue par Billy Crystal, épaulée par une Meg Ryan dont c'est le premier grand rôle, et qui nous offre la scène devenue culte maintenant (elle l'est devenue immédiatement d'ailleurs) dans le restaurant, où la cliente qui désire le même menu que Sally n'est autre que Maman Reiner !

 

Et puis Harry et Sally dans Central Park en automne... Merci Barry Sonnenfeld !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Michel Gondry, #Comédie dramatique
Eternal Sunshine of the spotless mind (Michel Gondry, 2004)

Un homme se réveille. Une porte de voiture se ferme. Un démarrage (la même voiture ?). Il se lève (s'habille, part travailler...).

Sur le quai de la gare, il s'enfuit vers une autre destination. Une impulsion. Comme ça. Lui qui n'est jamais impulsif !

Il est au bord de la mer, à Montauk (East Hampton, NY). Il y a une jeune femme aux cheveux bleus.

Elle est dans le train qui le ramène chez lui.

Ils font connaissance, et de fil en aiguille...

Lui, c'est Joel Barish (Jim Carrey). Elle, c'est Clementine Kruczynski (Kate Winslet).

Mais voilà, le temps passe et le désir s'émousse (air connu). Elle décide de l'oublier.

Et c'est là qu'intervient le merveilleux : le professeur Mierzwiak (Tom Wilkinson) a mis au point un système (organisé par la société Lacuna) qui permet d'effacer une partie de la mémoire. Alors elle l'oublie. Totalement.

Alors lui aussi, veut l'oublier. De la même façon.

Totalement.

Irrémédiablement ?

 

Quelle belle invention ! Pouvoir oublier les souvenirs pénibles. Oublier les gens ou/et les situations pénibles. Une déception, un gros chagrin d'amour... On passe chez Lacuna et hop, c'est parti ! Définitivement.

Oui, mais... Mais quelle perte de temps, alors. Et quel vide.

Penser, après toutes ces années d'amour qui s'est décomposé jusqu'à totalement disparaître, qu'on n'a peut-être rien accompli dans sa vie. Parce que sans amour, peut-on s'épanouir ? « La vie ne vaut d'être vécue sans amour/et c'est vous qui l'avez voulu, mon amour » (Serge Gainsbourg, La Javanaise).

 

Michel Gondry, pour son deuxième film, nous propose un voyage formidable dans la mémoire. Nous suivons, avec anxiété, l'esprit de Joel qui lutte contre la disparition de ses souvenirs, pour ne jamais oublier son amour, son seul amour, son grand amour.

C'est une succession de fausses pistes qui nous est offerte. Sans cesse, Joel tente de s'échapper, mais sans cesse, la traque reprend et ses souvenirs s'estompent au fur et à mesure, le décor s'abimant comme l'amour qui est en train de mourir sous nos yeux.

 

Tout de même, quelle invention terrible. Si ce n'est pas explicitement dit, il s'agit tout de même d'un lavage de cerveau. Chaque personne participant - volontairement ! - à cette expérience se voit donner une espèce de nouvelle vie, qui, normalement, n'a plus aucun lien avec ce qui fut.

Mais là encore, le processus a ses limites. Et cette petite histoire banale - pour le scientifique Mierzwiak - devient le grain de sable qui paralyse toute la machine, remettant tout en cause, détruisant (inconsciemment, c'est le cas de le dire) cette belle (?) invention.

 

Mais est-ce vraiment le cas ?

Si le procédé de Lacuna est détruit, pourquoi terminer sur cette séquence dans la neige au bord de la plage ?

Et surtout, pourquoi cette boucle finale qui se répète, se répète, se répète...?

 

... Jusqu'à totalement disparaître, comme un souvenir qui se dissout dans le néant.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #David Lean, #Guerre
Le Pont de la rivière Kwaï (The Bridge on the river Kwai - David lean, 1957)

« Qu'ai-je fait ? »

C'est toujours ce qu'on dit quand on réalise qu'on a fit une terrible bêtise (une c...) et que rien ne peut plus l'empêcher.

Et c'est ce que pense le colonel Nicholson (Alec « Obi-wan » Guiness), officier commandant une armée de prisonniers de guerre dans la jungle birmane, quand il réalise dans quelle situation il se trouve.

Mais il est trop tard. Quoi que...

Nicholson est colonel de l'armée de sa gracieuse Majesté George VI. Il commande une armée faite prisonnière « volontairement » des armées japonaise. Pourquoi ? On ne le saura jamais. Mais certainement pas pour construire un pont sur cette fameuse rivière.

Et pourtant, c'est ce que ces hommes vont faire. Un magnifique pont pour relier Rangoon (Birmanie) et Bangkok (Thaïlande).

Mais les Alliés veillent : il faut faire sauter ce pont !

 

Vingt ans après Renoir et la Grande Illusion, David Lean s'essaye au film de prisonniers de guerre, trois ans avant la grande Evasion mais déjà quatre ans après Stalag 17 où Wilder avait déjà décrit les conditions de vie des prisonniers alliés dans un camp allemand.

David Lean nous emmène dans la guerre du pacifique (celle que nous Français ne connaissons pas beaucoup), dans un camp japonais - réputé difficile, comme tous les camps japonais - dirigé d'une main de fer par le colonel Saïto (Sessue Hayakawa) - encore un colonel - en plein milieu de la jungle birmane. Les conditions de vie sont difficiles, il suffit de voir le nombre de tombes qui jonchent la voie ferrée et les abords du camp pour s'en convaincre. Mais Lean ne se concentre pas sur cet aspect. Il filme les vivants, et de deux d'entre eux en particulier : les deux colonels.

 

Ce sont deux officiers de même grade, mais ennemis. En plus d'être dans des camps antagonistes, ils appartiennent à deux civilisations totalement différentes, voire incompatibles.

D'un côté, le soldat oriental, adepte scrupuleux du Bushido (code d'honneur samouraï), intraitable, fier, guidé par l'honneur : Saïto.

De l'autre, le soldat britannique, respectueux de la convention de Genève, intraitable lui-aussi, orgueilleux, guidé par sa suffisance et son arrogance : Nicholson.

 

Ces deux hommes sont bouffis d'orgueil. Aucun ne cèdera avant l'autre, mais malgré tout, c'est Saïto qui flanche, pressé par le temps. Mais il ne veut pas perdre la face, alors il prend comme prétexte une fête nationale pour revenir sur ses positions et adoucir la vie des prisonniers. En clair : il abandonne la partie. dès lors, il dirigera le camp, mais pas autre chose. Il s'agit d'un coup d'état particulier : le commandement anglais a pris la tête des opérations, et Saïto n'est plus qu'un exécutant, répétant à chaque demande anglaise qui sera de facto satisfaite: « j'ai donné les ordres. »

C'est un revers terrible pour Saïto. Il est déshonoré. Dès que le pont sera inauguré, il sait ce qu'il lui reste à faire. Tout est prêt.

 

Et le film ne serait pas complet sans la partie commando, et surtout ses deux membres principaux : Shears (William Holden, toujours aussi bien), et Warden (Jack Hawkins), british jusqu'au bout des ongles. Une autre opposition de style entre ce Yankee et cet officier très supérieur.

Cette opposition est accentuée par le fait que Shears n'a pas d'autre alternative que de retourner là d'où il s'est évadé, frôlant la mort pendant son périple. Cette opposition, par contre, ira en s'atténuant, le devoir l'emportant sur les sentiments personnels.

 

Et toutes ces oppositions pour quoi, en fin de compte ?

Une escalade d'orgueil, d'arrogance et de futilité(s), si on regarde bien. On pourrait presque penser que le méchant n'est pas là où on le penserait, quand on voit l'attitude de Nicholson.

A chacun de se faire son idée.

 

Finalement, c'est Clipton (James Donald) qui a raison devant le résultat de toute cette opération : folie. Parce que ce n'est rien d'autre qu'une folie, la guerre. Et ce que nous venons de voir en est une démonstration magistrale.

 

Il n'empêche, quand le film se termine, une irrépressible envie vous prend de siffler...

... Ou pas !

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Sergio Leone
Il était une Fois dans l'Ouest (Once upon a Time in the West - Sergio Leone, 1968)

Une gare, dans l'Ouest.

Un cowboy entre. Il est noir (Woody Strode).

Un autre. Il a le regard torve (Jack Elam).

Ils attendent.

Pendant ce temps, le générique se met en place (plus de dix minutes !).

Et quand le générique est fini (« réalisé par Sergio Leone »), comme par magie, le train s'arrête.

Non.

Rien de magique : du cinéma. Du vrai.

 

Sergio Leone commence sa trilogie américaine à Flagstone, une ville champignon chère au western américain, en bordure de Monument Valley. Pourquoi Monument Valley ? A cause du grand John Ford, évidemment. L'autre clin d'œil au maître, c'est bien entendu la construction du chemin de fer, toujours en mouvement, théâtre d'un de ses premiers chefs-d'œuvre : The iron Horse (1924).

Après la Trilogie de l'homme sans nom, Leone passe à la vitesse supérieure. Là encore, peu de dialogues, beaucoup de plans fixes, voire de gros plans très rapprochés. Et une intrigue constituée de plusieurs histoires mettant en scène quatre grand personnages :

- Jill MacBain (Claudia Cardinale), ancienne prostituée de New Orleans, qui s'est mariée avec un Irlandais, tué le jour (officiel) de leurs noces. Elle est belle, elle est déterminée, elle est le centre de l'action.

- Frank (Henry Fonda), le méchant, estampillé comme tel. Et il n'en est pas à son coup d'essai. Homme de main de Morton (Gabriele Ferzetti), un riche invalide.

- Cheyenne (Jason Robards), bandit notoire, à la tête d'une bande de truands aux cache-poussières caractéristiques.

- L'Harmonica (Charles Bronson), qui sait jouer, qui sait aussi tirer, mais surtout « qui joue quand il devrait parler, et parle quand il devrait jouer. »

Rien que dans les appellations, il y a une gradation : Jill a un état-civil complet, alors que Frank n'est qu'un prénom. Cheyenne est un alias ; quant à l'Harmonica, il n'a aucun nom, juste un sobriquet dû à la pratique de cet instrument.

Mais les noms ne sont pas importants. Ce qui prime, chez Leone, ce sont les regards : le regard noir de Jill, après toutes ses épreuves ; le regard cruel de Frank ; le regard triste de l'Harmonica ; et le regard mutin de Cheyenne. On retrouve les éléments du duel final de Le Bon , la brute et le truand, mais quand l'objectif se rapproche su regard de L'Harmonica, c'est pour raviver des souvenirs. D'ailleurs, le duel final est réglé beaucoup plus succinctement. Le propos n'étant pas le résultat du duel, mais les enjeux plus ou moins cachés de ce duel.

Pour une fois, le personnage principal est une femme. Tout tourne autour de Jill. C'est son mari qu'on assassine, c'est elle que Frank et ses hommes (et Morton) veulent éliminer. C'est elle que Cheyenne et l'Harmonica vont aider à leur manière. rapidement, c'est elle qui va amener les péripéties. Ce n'est pas une femme faible. Son passé l'a endurcie, et elle ne se laisse pas faire. Chose étonnante, elle se retrouve dans le lit de Frank, le seul qui ne souhaite pas l'aider. Mais quand l'intérêt commande...

L'autre personnage principal - un tout petit cran en-dessous - c'est l'Harmonica. Comme Clint Eastwood dans la trilogie précédente, il n'a pas de nom. Juste un surnom. Lui aussi parle très peu. Il n'est pas là par hasard. Il est venu rencontrer Frank. Pourquoi ? On ne l'apprend que très tard. Mais à chaque confrontation entre ces deux hommes, des bribes de souvenir reviennent à sa mémoire. Une silhouette flou(té)e d'un homme qui s'approche. Plus nous avançons dans le film et plus la silhouette se précise.

C'est lui qui est - comme toujours dans cette trilogie - poursuivi par ses fantômes du temps jadis. L'Harmonica est à la recherche de son passé - à la recherche du temps perdu... - et cette recherche l'amène à Flagstone, là où tout le monde va se rencontrer : le fameux Cercle rouge de Jean-Pierre Melville.

Un autre aspect étonnant de ce film, c'est le choix de Henry Fonda pour jouer Frank. Nous avions eu l'habitude de voir Fonda jouer les héros au grand cœur, et tout d'un coup, il se retrouve dans la peau d'un salaud fini. Et son regard bleu si célèbre devient un regard froid de tueur, voire cruel. Et ce contre-emploi de brute vieillissante est une véritable réussite. Il est impossible de voir quelqu'un d'autre jouer Frank.

Quant à Jason Robards, dans ce rôle ambigu de Cheyenne, il nous propose une magnifique prestation d'un homme à double personnalité : d'un côté un bandit terrible, tuant sans hésitation ses geôliers pour s'évader, et d'une certaine façon tous ceux qui se mettent en travers de sa route ; de l'autre, il est une aide très précieuse pour Jill, seule après son deuil. Une autre réussite.

Et comme dans L'Homme qui tua Liberty Valance, le dernier western de John Ford, la Civilisation prend le dessus sur ces hommes en voie de disparition. Après Flagstone, c'est Sweetwater qui verra le jour, sous l'impulsion de Jill. Les hommes comme Frank, Cheyenne ou l'Harmonica sont appelés à disparaître, et certains plus vite que d'autres.

 

PS : les bandits ne sont pas (tous) habillés de noir. Ils portent de grands manteaux de type cache-poussière, ce qui rend plus difficile de voir le côté manichéen habituel aux westerns. Ces manteaux seront repris par Eastwood dans Pale Rider, quand le (méchant) marshall Stockburn débarquera avec ses adjoints, aussi détestables que lui.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jim Henson, #Frank Oz, #Animation, #Fantastique
Dark Crystal (The dark Crystal - Jim Henson - Frank Oz, 1982)

Le monde de Thra. Un autre ailleurs. Un autre temps.

Le Cristal a été brisé. Alors sont nés deux espèces : les gentils Mystiks et les méchants Skeksis.

Une prophétie : si le Cristal n'est pas réparé à la prochaine Conjonction (des trois soleils), les Skeksis règneront à jamais.

Jen est un Gelfling, une sorte de créature elfe (en anglais elfling), avec un G devant. Il a été élevé par les Mystiks.

C'est le dernier représentant de sa race.

C'est lui qui doit réaliser la prophétie.

 

Déjà trente-cinq ans que Jim Henson et son complice Frank Oz nous ont proposé ce merveilleux film.

Pas de star, pas de visage connu. Et pour cause : les vedettes sont des marionnettes. Mais pas n'importe lesquelles : des marionnettes sans fil, comme toujours chez ces deux créateurs géniaux. On les connaissait tous les deux pour avoir créé et animé le Muppet Show. Ils débarquent au cinéma avec - comme diraient les Monty Python - « quelque chose de complètement différent. »

Les marionnettes sont sorties de leur castelet et vivent leur vie. Et quelle vie !

 

Jim Henson propose une belle histoire avec des personnages assez différents des marionnettes habituelles, mais pas trop quand même, pour permettre de s'identifier à eux. On connaît sa propension à créer des monstres tous plus affreux les uns que les autres. Mais ici, on peut dire qu'ils sont très réussis. Ils n'ont certainement pas l'allure comique de ceux du Muppet Show (grand pourvoyeurs de marionnettes affreuses) : plus affreux, mais aussi plus travaillés, plus réussis.

Et les Gelflings font pâle figure par rapport aux Skeksis et aux Mystiks : trop lisses, trop gentils. Mais qu'importe, il faut aussi des personnages plus familiers pour que le spectateur s'y retrouve.

 

Les Mystiks et les Skeksis sont deux espèces antinomiques. C'est normal, le monde de Thra est dual. Il y a une certaine ressemblance morphologique entre ces deux races. Mais leur caractéristique première (le Bien ou le Mal), conditionne leur aspect physique. Les Mystiks sont « doux » : non seulement ils sont pacifiques et calmes, mais leur morphologie est toute en rondeur et suavité. Les Skeksis sont « cruels » : non seulement ils sont bêtes et méchants, mais en plus, leur morphologie est angulaire et sèche.

 

Quant à la nature environnante (quand il y en a une), la faune et la flore se mélangent habilement. Il est difficile de discerner ce que est plante ou animal : des sortes de fleurs s'envolent, un amas de rochers et de racines est en fait une énorme plante carnivore... Il est difficile de se repérer dans un monde aussi étrange ! Heureusement pour Jen - et pour nous ! - Kira (l'autre Gelfling) connaît très bien cet environnement.

 

Dark Crystal, ce sont quatre-vingt-treize minutes de bonheur, de féérie, de fantastique et de merveilleux... En marionnettes ! C'est à dire sans véritables effets spéciaux pour les personnages. Pas d'effet numérique (ça n'existait pas !), pas de morphing (non plus). Juste la technique habituelle, héritée de Méliès et consort. De vraies images, avec des éléments tangibles, faites par des marionnettistes de génie.

 

C'est aussi pour ça que ce film est magnifique.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Harold Ramis, #Comédie
Un Jour sans fin (Groundhog Day - Harold Ramis, 1993)

« A la chandeleur, l'hiver se passe ou prend vigueur. »

 

Phil (Bill Murray) est un présentateur météo sur la chaîne 9 de Pittsburgh.

Mais Phil est surtout un sale con égoïste, égocentrique, imbu de lui-même.

Tous les ans, le 2 février, il assiste au Jour de la Marmotte à Punxsutawney, une petite ville de Pennsylvanie.

Cette année, il s'y rend avec Larry (Chris Elliot), son cameraman, et Rita (Andie McDowell), sa nouvelle - et très charmante - productrice.

Mais cette année, non seulement l'hiver prendra vigueur et durera très (trop) longtemps pour Phil : chaque matin, à 6h00, il se réveille ce même jour, aux accords de I got you babe, de Sonny & Cher. Terrible.

 

Il n'y a qu'une seule réalité dans ce film, c'est le temps. Mais le temps est une invention humaine très relative. Au Tip Top Café, là où Phil et Rita discutent, il y a deux pendules : sur l'une, il est 5h55, sur l'autre 11h30. Cela résume assez bien la situation. Alors que pour elle, la journée est nouvelle et s'écoule normalement, pour lui, c'est encore cette même journée qui n'en finit pas.

Tout d'abord, Harold Ramis nous expose la première journée, l'étalon de comparaison de tout ce qui va suivre. On suit Phil, cet homme arrogant qui n'a qu'un seul désir : partir au plus vite.

Pour tous les autres, il n'y a qu'une journée qui s'écoule. Mais pour Phil, selon les estimations, c'est entre dix ans et trente-quatre ans qui s'écoulent.

Alors Phil va profiter de ces années (Et nous, spectateurs, allons aussi profiter d'un grand moment d'humour).

Illégalement tout d'abord : s'il n'y a pas de lendemain, tout est possible. Et encore, on ne voit que deux méfaits : la conduite sur les rails et le vol d'un sac d'argent. On peut imaginer d'autres interdits que Phil a pu transgresser. Il est difficile de croire qu'il n'a fait que ces deux délits. A partir du moment où la Loi ne s'applique plus pour lui (ou si peu de temps), il a pu tout aussi bien braquer la banque ou encore tuer quelqu'un, voire les deux ensemble. Quoi qu'il fasse, tout sera oublié le lendemain puisqu'il n'y a pas de lendemain pour lui.

Quand il en a eu marre de l'illégalité, il est passé à un autre thème : les femmes ! Puisque tout sera oublié - amnésie et amnistie partagent la même racine étymologique - il s'en donne à cœur joie. Il sort avec toutes les jolies filles du coin, promettant le mariage si nécessaire. Et quand il a tout écumé, il se tourne vers la seule qu'il désire vraiment : Rita. Mais ce n'est que désir. Il met en œuvre un plan savant pour l'amener dans son lit, et à chaque fois, un détail cloche. On reprend alors la même séquence avec la correction nécessaire à faire avancer les choses. Mais on en arrive toujours à la même conclusion tôt ou tard : une magnifique claque !

Mais, pour que les choses changent vraiment, il faut d'abord changer soi-même. C'est ce que va faire Phil. Et il va atteindre cette rédemption chère aux films américains. Ils évolue et se bonifie, profitant sans pour autant perdre de son humour. Et quand il a atteint le salut, le changement se produit : la neige tombe sur Rita et Phil, comme les étoiles d'une baguette magique des contes de fée.

Il y aura un lendemain.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Clint Eastwood, #Western
Pale Rider, le Cavalier solitaire (Clint Eastwood, 1985)

« Je regardai, et voici, parut un cheval d'une couleur pâle. Celui qui le montait se nommait la mort, et le séjour des morts l'accompagnait. » (Apocalypse, 6:8)

C'est au moment où Megan (Sidney Penny) lit ces lignes qu'il apparaît, ce cavalier solitaire (pâle dit le titre original).

Et ce cavalier apporte la mort, comme annoncé : treize personnes mourront.

 

Cet homme n'a pas de nom. Il vient de nulle part et y retournera. On sait seulement qu'il manie le gourdin avec habileté et qu'il porte un col d'ecclésiastique. Il est encore un peu blond, mal rasé et ressemble comme deux gouttes d'eau à Clint Eastwood.

Nous sommes à LaHood, (très) petite ville minière de Californie. LaHood, c'est aussi le nom de l'homme qui l'a fondée, le plus riche exploitant du lieu. Et nous savons que les mines de Californie, depuis 1848, renferment une grande quantité d'or.

Tout irait bien si une bande de prospecteurs n'avait acheté un autre emplacement, juste à côté des terres de LaHood. Voilà pourquoi, Lahood a décidé, par tous les moyens, de se débarrasser de ces traîne-savates qui lui font concurrence.

 

Deux semaines avant Silverado, Clint Eastwood sort ce sombre western (quand je vous disais que c'était le grand retour du Western !). Sombre, parce que l'action se passe en hiver, quand le soleil ne fait que luire ; sombre parce que beaucoup de scènes se passent de nuit ; sombre aussi parce que l'âme de ce drôle de pasteur n'est pas bien claire. C'est un nouvel Homme sans nom qui nous arrive. Plus âgé et aussi plus sérieux. Il n'y a plus l'humour sous-jacent des films de Sergio Leone.

Pas de saloon, pas de fille facile, juste une ville où on ne trouve que l'essentiel : un drugstore où on trouve de tout, un forgeron, et c'est presque tout.

Mais cette ville est dirigée par son fondateur, et ce cavalier solitaire va y faire le ménage.

 

Et en plus, c'est un pasteur. C'est pour ça qu'il prend le parti des opprimés : les petits prospecteurs. Mais ce n'est pas un pasteur ordinaire : il sait se battre et ne rechigne pas à travailler durement de ses mains. Même ses prérogatives ne sont pas abouties. Quand il dit les grâces avant le repas, c'est le service minimum ; quand Spider est mort, il ne propose même pas de s'occuper d'une quelconque cérémonie.

Et un homme qui possède six cicatrices de balles dans le dos peut-il être vraiment un bon pasteur ?

Comme on s'en doute, ce pasteur a une histoire, et une terrible. Elle n'est pas racontée. Nous avons seulement des éléments qui nous permettent de la reconstituer en partie. Mais nous savons une chose certaine : il est tout sauf pasteur.

 

Eastwood reprend un thème courant du Western : la ville dirigée par un riche propriétaire qui veut tout posséder, à n'importe quel prix. Mais cette fois-ci, il ajoute une tonalité très sombre qui pourrait dérouter. Nous sommes en effet habitués à ces scènes de western lumineux, sous un soleil de plomb. Là, même quand il fait beau, le ciel est très nuageux, et la neige nous rappelle que nous sommes bien loin de cet été illusoire des westerns d'antan.

Cet étranger qui passe est énigmatique, mais aussi très attirant. Les deux femmes de l'intrigue ne s'y trompent pas : Megan et sa mère Sarah (Carrie Snodgress) tombent toutes les deux amoureuses de lui. Et si Megan a des illusions, Sarah n'en a aucune. Elle sait que cet homme est de passage, et en plus peu recommandable.

 

Mais tout de même, quel personnage, ce pasteur !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Lawrence Kasdan, #Kevin Costner
Silverado (Lawrence Kasdan, 1985)

Ils sont quatre.

Le premier, c'est Emmett (Scott Glenn). Il se repose dans sa cabane. Malheureusement, des importuns viennent troubler sa sieste. Trois morts.

Le second, lui aussi, se repose. Dans le désert, sans autre habit que ses dessous. C'est Paden (Kevin Kline). On lui a tout pris, et si Emmett n'était pas passé par là, on ne parlerait pas de lui dans ce film.

Le troisième aimerait bien se reposer (et accessoirement boire un whisky. Cela fait dix jours qu'il n'a pas dormi dans un lit. Mais là où il désire se reposer, on ne sert pas les « nègres ». Parce qu'il est noir. Alors ça fait des histoires. Il s'appelle Malachi, mais on dit Mal (Danny Glover).

Le quatrième, enfin, attend le repos... Eternel. Il doit être pendu. C'est Jake (Kevin Costner), le frère d'Emmett.

 

Ce sont ces quatre cowboys qui vont se retrouver dans une ville surgie de nulle part, en plein désert, Silverado. Une ville champignon, où les éleveurs de bétail n'aiment pas les fermiers, où McKendrick fils (Ray Baker) dirige en sous-main. Silverado, une ville qui n'a même pas réussi à s'appeler Eldorado, c'est vous dire (silver/argent). Parce que l'eldorado, c'est (encore) la Californie, là où Emmett et Jake veulent aller. Silverado, c'est l'étape intermédiaire dans le chemin qui y mène.
A Silverado, les noirs sont cantonnés aux faubourgs lointains, c'est à dire, le plus loin possible de la ville, tout en en faisant quand même partie. Silverado, où le saloon est tenue par Stella (Linda Hunt), une femme énergique bien que très petite. Silverado, où le shérif Cobb (Brian Dennehy) - un ancien bandit - possède ce même saloon, et se flatte du calme de sa ville.

Mais maintenant que nos quatre héros sont arrivés, le calme n'existe plus.

 

C'est le grand retour du Western ! Enfin, c'est l'un des arguments de vente du film à sa sortie. Et il faut admettre, que ce n'est pas faux. Pratiquement tous les ingrédients sont là : de grands espaces (certes, ce n'est pas Monument Valley, mais qu'importe), une caravane de colons, un saloon, des prostituées, de l'injustice, des vengeances, une rivalité éleveurs-fermiers, et bien sûr, des duels au pistolet. Il ne manque que les Indiens.
Lawrence Kasdan (scénariste, entre autres, sur Starwars V et VI) a bien revu ses classiques avant de tourner. On retrouve des éléments de ses prédécesseurs (Hawks, Ford, Sturges, ou encore Leone...), avec une touche particulière : la présence d'une famille noire dans une ville perdue blanche, et une tenancière de saloon de 1 mètre 45.

 

Si l'action se situe aux alentours de 1880, le sort des Noirs n'est pas encore bien reluisant. Le père de Mal a eu beau acheter un lopin de terre à l'Etat, il en est dépossédé puis tué, sans procès, évidemment. Et tout ça (bien) à l'écart de la ville. Il n'y a pas de mixité possible... Sauf si vous êtes une prostituée, comme Rae (Lynn Whitfield), la sœur de Mal.
Et puis il y a Stella. C'est, malgré sa taille, une femme forte, véritable pilier de cette ville. Son handicap ne l'empêche pas de diriger l'un des endroits (sinon le seul) les plus en vue de la ville. Elle a les (frêles) épaules pour ça ! Et l'irruption de Paden dans son univers la galvanise.

 

D'accord, n'est pas Ford ou Hawks qui veut (ou qui peut), mais tout de même, ce film a l'avantage de nous ramener à l'âge d'or de ce genre. Le Western n'est pas mort. Mourra-t-il un jour, d'ailleurs ? Il est né avec le cinéma et revient régulièrement pour notre plus grand plaisir. (Sauf peut-être 8 Salopards).

Alors ne boudons pas notre plaisir, et savourons ce film comme il se doit.

 

Et si vous ne croyez pas que c'est le grand retour du Western, sachez que deux semaines avant Silverado, est sorti Pale Rider, de et avec Clint Eastwood.

Mais ceci est une autre histoire.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Walt Disney, #Clyde Geronimi, #Dessins animés
Education for Death: the Making of the Nazi (Clyde Geronimi, 1943)

Moins d'un an après Der Fuehrer's Face, les studios Disney nous proposent un nouveau film de propagande. Mais cette fois-ci, le choix est didactique et le ton sérieux, même s'il subsiste tout de même une pointe de comique.

Cette « éducation à la mort », c'est celle qu'ont subie les jeunes allemands pendant les « années de chien », entre 1933 et 1945.

Nous suivons le destin d'un jeune Allemand - Hans - de sa naissance à sa future mort sur le champ de bataille.

Dès le début, le ton est donné : si les parents nous semblent normaux, voire un peu timorés, quand ils viennent déclarer la naissance de leur enfant, l'officier d'état civil, lui est l'archétype du nazi utilisé pendant tout le film. Grand, imposant, épais, et le verbe fort et même colérique. Il a la même façon de s'exprimer que Hitler pendant ses discours : on sent percer de l'énergie, ainsi que de la fureur (c'est le terme, non ?), voire de l'agressivité. Mais ce que le narrateur (Art Smith) entend souligner, c'est les critères de la déclaration de naissance : être capable de justifier son ascendance « pure », choisir un prénom qui n'est pas dans la liste des proscrits  - prénoms « juifs », ainsi que Ivan (trop slave) et Winston (trop Churchill).

Mais ce qui impressionne déjà, et cela continuera de la même façon pendant tout le film, c'est la façon dont est traité le personnage identifié comme nazi. Ce n'est pas vraiment un homme, ou un surhomme. C'est une ombre qui a pris corps, dans un uniforme militaire, une croix gammée au bras gauche. Cette ombre, comparée aux parents craintifs, est démesurée. Elle renforce l'effet de puissance de ce régime. En prime, le cadeau de naissance fait par l'administration : un exemplaire du « best-seller allemand » (Mein Kampf).

La première chose que les enfants allemands apprennent, c'est que Hitler, prince charmant de tout un peuple, a réveillé l'Allemagne, endormie par une méchante sorcière démocrate, d'un baiser. Cette allégorie est certainement le moment le plus comique du film. Mais vu le contexte, on se contentera de sourire. L'Allemagne est réveillée au son de la Chevauchée de la Walkyrie de Wagner (bien entendu) : il s'agit d'une grosse femme blonde qui porte un casque à cornes. Elle tient à la main une chope de bière vide. Elle a tout de la caricature de cantatrice interprétant Krimhild chez Wagner. Evidemment, Hitler, dans son armure étincelante, a du mal à la porter sur son cheval...

Mais la naissance n'était que le premier pas d'un long parcours destiné à endoctriner puis formater les enfants, afin d'en faire de bons petits soldats nazis bien obéissants.

L'enfant grandit. Il est malade. Qui vient le visiter ? L'Etat nazi, par l'intermédiaire d'une de ses brutes, mi-homme, mi-ombre, qui vient menacer la famille devant ce témoignage de faiblesse dans un pays fort. Là encore, c'est un poing qui s'abat sur une porte, une ombre démesurée et menaçante sur un mur.

Puis vient l'école, où l'enfant apprend qu'il n'y a de place que pour les forts, les faibles étant condamnés à disparaître de par leur nature. Encore une fois, un nazi vociférant est présent, un peu moins ombre, un peu plus homme, mais toujours virulent et agressif. L'enfant n'a d'autre choix que d'obéir et de changer son point de vue naturel pour se conformer à un régime et une idéologie. L('école est encore un e fois l'occasion de glisser une pointe d'humour dans ce film bien sombre. Les portraits (caricatures) de Hitler, Goering et Goebbels évoluent en fonction de ce que pense le petit Hans. A noter que les médailles de Goering sortent du cadre et que Goebbels, du fait de sa petite taille n'occupe qu'un quart de son cadre.

La dernière partie de l'éducation est certainement la plus belle à voir. Non pas pour ce qu'elle nous raconte, mais bien pour la façon dont c'est montré : des rouges flamboyant (normal, le feu tient un grand rôle dans cette partie, des ombres encore plus menaçantes et les changements de la société allemande depuis l'instauration du régime nazi. Ce ne sont que flambeaux qui défilent et brûlent ce que Hitler et compagnie considéraient impurs, voire dégénéré : sont alors brûlées les œuvres de Voltaire (trop démocrate), Spinoza, Einstein (trop juifs), et d'un certain Ma(rx?) pour les écrivains, Mendelssohn (trop juif lui aussi, et aussi très déconsidéré par Wagner) pour les musiciens. Ces autodafés n'ont pour but que de formater cette jeunesse : ils ne doivent voir qu'un objectif (des œillères apparaissent sur le visage de Hans, devenu adulte), ne doivent rien dire (une muselière apparaît), doivent obéir aveuglément (il porte maintenant des chaînes).

Son éducation à la mort est terminée. Ou plutôt son éducation vers la mort !

Je vous laisse découvrir le plan final, magnifique résumé du résultat d'une telle idéologie.

 

 

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