Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Edward Dmytryk, #Marlon Brando
Le Bal des maudits (The young Lions - Edward Dmytryk, 1958)

Trois destins dans la deuxième Guerre mondiale.

Tout commence au premier janvier 1938, en Bavière où Christian Diestl (Marlon Brando) prend du bon temps avec Margaret (Barbara Rush), une jeune femme américaine. La guerre pointe, mais Diestl veut croire que la situation s'améliorera. Mais la guerre va éclater et Christian suivra différents chemins, de Paris (au début) à un camp de concentration (à la fin), en passant par l'Afrique, sous les ordres de Rommel.

Dans le même temps, Noah Ackerman (Montgomery Clift) s'engage dans l'US Army. Il rencontre Michael Whiteacre (Dean Martin), qui est bon pour le service, à son grand dam. Après des classes laborieuses et un parcours plus ou moins chaotique, ces trois soldats se rencontreront, sur une route d'Allemagne...

Plus que la guerre elle-même, ce sont les mentalités qui sont les plus importantes dans ce film de Edward Dmytryk. C'est aussi, à travers les parcours de ces trois hommes, l'histoire de l'évolution du conflit : Diestl commence dans une Allemagne au fait de sa gloire, il est superbe et croit encore à ce qu'il fait ; les deux autres commencent tout en bas, alors que les armées alliées subissent encore des revers. Mais à partir de l'Afrique, Diestl perd de sa superbe, comme l'Allemagne nazie, et sa situation va se dégrader en même temps, pendant que les Américains s'élèveront ou du moins essaieront.

Diestl, tout d'abord. C'est un Allemand tout ce qu'il y a de normal. Il ne fait pas de politique, mais comme nombre de ses concitoyens, il pense que l'ascension de Hitler va amener une amélioration. Il s'engage alors dans la Wehrmacht et on le retrouve à Paris avec le grade de Lieutenant. Mais il n'est que soldat. Sa mission parisienne étant policière, il se fait muter au cœur des conflits, en Afrique. Mais c'est avant tout un homme de principe, un homme d'honneur. Quand son supérieur lui demande de liquider les blessés, il ne le fait pas. Alors quand, sur la fin du conflit, il arrive dans un camp de concentration, tout s'écroule : il aurait cautionné tout ça, en servant cette cause. Sa foi dans l'obéissance, qui était vacillante, disparait devant de telles atrocités, commises au nom du même idéal que le sien : la patrie. Marlon Brando est formidable. Il arrive à jouer le rôle d'un Allemand qu'on ne peut pas détester. Bien entendu, un rôle SS ne lui aurait pas convenu : jouer l'ennemi, certes, mais pas un salaud. On est Brando, ou on ne l'est pas.

De l'autre côté du front, Ackerman est avant tout un Juif new yorkais. Ses camarades de chambrée, tout comme son officier supérieur, vont lui faire comprendre qu'il n'est pas de leur monde. Le tout sous les yeux de Whiteacre, impuissant (et aussi un peu lâche). Mais Ackerman tient bon, et s'en sort, se faisant finalement accepter par les autres.

Whiteacre est, quant à lui, un lâche. Il ne s'en cache pas : il ne veut pas aller se battre, et fera jouer ses relations pour éviter le conflit. Il n'est rien qu'un grand égoïste. Mais le temps va le faire réfléchir et l'attitude d'Ackerman l'aidera à changer. Nous sommes dans un film américain, où, comme souvent, la rédemption est une idée forte dans les mentalités et les comportements. Quand Whiteacre décide de rejoindre le front, c'est cette rédemption qu'il veut trouver. Mais y arrivera-t-il ?

Et Dmytryk raconte sa version de la guerre. Tout est là : les classes, le conflit en Afrique, en France, en Allemagne, et même la libération d'un camp de concentration. C'est d'ailleurs un moment fort du film, les soldats écœurés par ce qui s'y passait fustigeant le maire allemand (John  Banner, qui dut fuir le régime nazi en 1938 parce que juif), une véritable ordure qui aurait certainement été capable de dire qu'il ne savait pas ce qui se passait dans le camp.

 

Cette description à peu près complète de la guerre (en Europe) annonce un autre film qui sera tourné vingt ans plus tard par Samuel Fuller : The big red One (1980). Mais alors que Dmytryk liste les éléments de la guerre - avec une portée plutôt pédagogique* -, Fuller, lui, racontera la guerre à partir de ses propres souvenirs dans l'unité qui donne son titre au film.

 

 

* Ce souci d'apprendre aux gens ce qui a pu se passer se traduit par des déclarations de personnages qui, même si ce qui est dit est vrai, sonne un peu faux dans le contexte du film : Françoise (Liliane Montevecchi) a peur de s'afficher avec un Allemand (nous sommes en 1940 ou 41) car ses voisins la frapperont, ou pire, elle sera tondue !

Ces pratiques malgré tout barbares n'ont eu lieu qu'à partir de 1944, quand les Allemands étaient partis !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Henri-Georges Clouzot
Le Corbeau (Henri-Georges Clouzot, 1943)

Saint Robin, Seine et Oise.

Une petite ville française comme les autres.

Son église, ses arcades.

Son école avec son maître manchot (Noël Roquevert).

Son hôpital.

Son corbeau.

 

Les petits secrets sont révélés par une plume anonyme dans ce petit village apparemment paisible. La principale cible : le docteur Germain (Pierre Fresnay). Mais personne n'échappe aux accusations du délateur. Et quand un malade met fin à ses jours, on se dit qu'il est temps de faire quelque chose.

Alfred Greven avait été placé à la tête de la Continental (société de cinéma française à capitaux allemands) pour y produire « des films légers, vides et, si possible, stupides. » (Journal de Greven)

 

Il est clair que le film de Clouzot n'est absolument pas dans cette optique. C'est un film lourd, poisseux, où l'ambiance est plombée par les agissements de cet anonymographe, déversant un torrent de calomnies. « Vieille canaille », « vieil ivrogne », « vieil embusqué », telles sont les joyeusetés qu'on peut lire sur les missives répugnantes. Malgré le caractère agressif des lettres, il faut constater qu'un fond de vérité se cache derrière ces accusations. Et chacun n'y voit de vérité que dans celle qui ne le concerne pas, et le docteur Germain devient une cible de choix.

Mais plus que ces vérités, c'est la description du village qui fait la force de ce film. On y découvre un microcosme où tout le monde se connaît, tout le monde s'épie, tout le monde se jalouse. Les commères y sont à leur aise, la mercière (Jeanne Fusier-Gir) en tête. Mais les hommes ne sont pas en reste. Et les lectures réciproques des courriers du corbeau prennent tout leur sel quand on sait que ce qui est dénoncé est vrai. Un seul homme est au-dessus de tout ce tissu de calomnie : la cible privilégiée, le docteur Germain.

 

Et le propos prend tout son sel quand on le replace dans le contexte historique : nombre de lettres anonymes furent envoyées à la Gestapo pour y dénoncer qui un Juif, qui un voisin, qui un rival afin de s'en débarrasser. Ces dénonciations étant, bien entendu l'œuvre de « très bons Français »...

C'était certainement le film à ne pas tourner : il n'eut pas de visa d'exploitation en France et on le reprocha à Clouzot à la Libération. Et pourtant, quel chef-d'œuvre ! Jamais on n'avait filmé avec autant de justesse les effets de la calomnie. On connaissait celle de Rossini, dans Le Barbier de Séville. Mais maintenant, on a celle de Clouzot. La scène où Marie Corbin (Héléna Manson) est pourchassée est un point culminant des ravages qu'elle peut faire :

Marie Corbin vient d'être renvoyée de l'hôpital et se hâte de rentrer chez elle alors que la foule scande son nom. Mais jamais on ne voit cette foule. Elle est de plus en plus présente, criant inlassablement après la femme qui se met à courir pour échapper à cette masse invisible. Et quand elle arrive chez elle, tout a été dévasté (devinez par qui), et elle se regarde dans son miroir brisé reflétant son visage déformé : car c'est bien d'elle qu'il est question. Cette campagne de boue l'atteint de plein fouet, la rendant différente, comme défigurée par ces accusations mensongères.

 

Et si Germain est une victime très convaincante, devant se défendre seul devant ces accusations répétées par les commères susnommées, l'autre grand personnage du film est le docteur Vorzet (Pierre Larquey), psychiatre et vieux mari d'une femme (très) jeune (Micheline Francey). Pierre Larquey est formidable dans le rôle de ce spécialiste désabusé et un tantinet cynique, opiomane et - comme tous les autres - au-dessus de tout soupçon !

Sa confrontation avec Germain dans la salle de classe est devenue une scène phare du film, la lumière de la classe devenant la vérité, et pour peu qu'on la fasse se balancer, alors ce qui était dans l'ombre se retrouve en pleine lumière et inversement. Jusqu'au moment où Germain tente de l'arrêter...

Magnifique.

 

De plus, ce film est porté par une distribution de premier choix, échangeant des répliques (ciselées, bien entendu) qui font mouche :

« Dites donc, au fond, l'Corbeau, c'est p't-être vous ?

- Pourquoi pas ? »

« Qui "on" ?

- D'autres imbéciles, nous n'en manquons pas. »

« On voit que vous avez l'habitude de soigner les fous.

- A votre service. »

(Germain, Vorzet)

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Terminator, #James Cameron
Terminator (James Cameron, 1984)

Une femme, insouciante, en scooter.
Elle va travailler.

Elle s'appelle Sarah. Sarah Connor (Linda Hamilton).

Depuis quelques heures, elle est la femme la plus recherchée de Los Angeles.

Par la police, parce que deux Sarah Connor ont déjà été tuées.

Par un homme, Kyle Reese (Michael Biehn).

Par une machine, un cyborg, le Terminator (Arnold Schwarzenegger).
Ces deux derniers viennent du futur. L'un pour le modifier, l'autre pour la protéger.

 

James Cameron nous laisse entrevoir ce que Kyle appelle un futur possible. Un chaos post-apocalyptique où les machines (de guerre) traquent et combattent les humains encore en vie.

Il faut dire que depuis le cataclysme atomique, les machines règnent sur la terre. Seuls une poignée d'hommes résistent. Parmi eux, John Connor : le fils de Sarah.

C'est là qu'intervient le paradoxe spatio-temporel (il y en a toujours un, dès qu'on voyage dans le temps) : le Terminator est venu tuer Sarah afin que John n'existe pas dans l'avenir.

 

Quand le film sort, en 1984, le monde post-nucléaire envisagé est une possibilité toujours envisagée. En effet, la Guerre froide n'est pas terminée - Reagan sera réélu quelques jours après la première américaine - et les relations Est-Ouest portant sur l'armement ne sont pas des plus détendues. L'année suivante, Sting sortira l'album The Dream of the blue turtles dans lequel on peut entendre la chanson Russians qui se fait l'écho des craintes quant à une troisième guerre mondiale.

Cette éventualité est donc plausible pour les spectateurs de 1984.

 

Autres signe des temps : la musique et les coiffures. Brad Fiedel signe une bande originale très marquée années 1980s : beaucoup de synthétiseurs dans les graves aux moments dramatiques, comme de nombreux films à cette période.

La coiffure de Linda Hamilton, un magnifique brushing, ne laisse aucun doute quant à son origine. Oui, les femmes se coiffaient ainsi, en 1984...

Pour le reste, on assiste à un festival de violence pertinente - le Terminator est tout sauf un enfant de chœur - ainsi que les bases des épisodes à venir : l'arrivée dans l'année du film, avec force éclairs électrostatiques, la façon de se procurer des vêtements du Terminator, la moto et les incontournables lunettes de soleil. Ainsi que la réplique devenue culte : « I'll be back! »

 

Schwarzenegger - toujours aussi musclé - a un rôle monolithique. Aucun sentiment, aucun humour, une véritable brute : sophistiquée, certes, mais une brute quand même. Alors évidemment, on pense à un rôle sur mesure pour Schwarzy.

L'autre intérêt, qui deviendra vite obsolète à la sortie du deuxième opus, ce sont les effets spéciaux : le Terminator se réparant amène une sorte de malaise, surtout quand il fait un clin d'œil (c'est le cas de le dire) à Luis Buñuel et son Chien andalou... Quant au déplacement du robot, on pense tout de même encore à Harryhausen, mais en beaucoup mieux quand même. Les parties où le Terminator est défiguré montrent aussi les limites du maquillage et des têtes artificielles. Mais qu'importe, ça marche. On tremble avec Sarah et Kyle face à cet être, ô combien, inhumain.
Et quand le film se termine, tout est là pour faire une suite cohérente.

 

Et même deux...

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Court-métrage, #Chronique, #Wes Anderson
Castello Cavalcanti (Wes Anderson, 2013)

De temps en temps, un météore traverse le ciel du cinéma. C'est le cas de ce court métrage de Wes Anderson (8 minutes). C'est juste ce qu'il faut à un réalisateur pour nous montrer son talent.

Ici, une village d'Italie, qui donne son titre au film.

C'est un village traditionnel d'Italie profonde, avec ses autochtones farouches, le fusil en bandoulière, partageant un verre de vin, profitant de la soirée qui s'installe. On reconnaît les mafiosi du Parrain, avec leurs casquettes, leurs fusil à double canon et leur morgue légendaire.

Nous sommes en 1955. La soirée s'installe, la musique souligne cet état de fait.

Et puis tout à coup, un élément vient perturber la tranquillité : un grondement de plus en plus fort... C'est une course automobile. Des concurrents traversent sur les chapeaux de roue (c'est le cas de le dire) ce village paisible pendant que les habitants sortent les drapeaux saluant leur exploit. Même un journaliste a réussi à prendre des photos de l'événement. Mais le temps que tout le monde réalise (surtout le spectateur), les bolides sont repartis et le village retourne à son activité paisible...

Et puis le dernier concurrent arrive, dans asa belle voiture rouge. Il négocie tellement mal le virage qu'il emboutit le Christ rédempteur du village !

 

Mais c'était un signe : c'est Jed Cavalcanti (Jason Schwartzman) un pilote dont la famille est originaire de ce village (quelle coïncidence !). Alors il est (presque) comme chez lui. Il reconnaît les parents du crû qu'on lui présente, et finalement commence à s'installer, il est de retour aux sources !

 

C'est un décor minimaliste qui permet à Wes Anderson de nous proposer ce village italien pittoresque. Les stéréotypes des années 1950 sont là : des autochtones avec fusil, un prêtre en soutane, des prototypes automobiles échappés de Michel Vaillant (premiers albums), bref, une véritable plongée dans cette période.

Et le décor ? Quelques bribes d'un grand décor, juste de quoi nous faire miroiter cette Italie rurale décrite par Coppola dans Le Parrain.

Il ne s'agit de rien d'autre que de poncifs, mais utilisés avec beaucoup de brio : on croit à cette Italie traditionnelle, férue de sport automobile et où le pilote italo-américain (?) se perd avec délectation, repoussant (une première fois...) le bus censé le ramener à sa civilisation, préférant renouer avec des racines qu'il découvre mais respecte !

 

Etonnant.

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #Guillermo del Toro
Crimson Peak (Guillermo del Toro, 2015)

« Les fantômes existent. »

Une femme. Seule. Blessée.

Elle se souvient.

Elle nous raconte.

Sa vie. Son père. Son amour. Son mariage. Son mari... Et sa sœur.

 

Comme pour Le Labyrinthe de Pan, Guillermo del Toro commence par la fin : quand l'histoire commence, tout a déjà eu lieu.

Alors on revient en arrière pour voir comment on en est arrivé là.

Comme pour Pan, le paranormal a une grande importance.

Ce ne sont que fantômes qui s'introduisent dans la vie de la jeune Edith Cusher (Mia Wasikowska), pour la prévenir, pour la protéger, pour l'effrayer. Ne pas s'approcher de Crimson Peak. Jamais.

Mais la propriété de son mari Tom Sharpe (Tom Hiddleston), Allerdale Hall d'où l'on extrait de l'argile rouge, prend pour nom, quand la  neige s'installe, Crimson Peak.

Quand Edith l'apprend, bien entendu, il est trop tard...

 

C'est ce qu'on appelle un film d'horreur. Mais cela va plus loin. Il y a quelque chose de malsain dans ces personnages qui surgissent de nulle part - Tom Sharpe et sa sœur Lucille (Jessica Chastain) - et qui investissent la vie d'Edith (Rassurez-vous, on apprend ce que c'est).

Mais, comme d'habitude, c'est surtout un film d'atmosphère. Et Del Toro prend son temps pour mettre en place une situation de malaise pour Edith comme pour le spectateur. Peu de musique pour soutenir les moments forts ce qui les rend encore plus angoissants. Les mouvements de caméra sont lents et pertinents. Le malaise et la peur s'installent dès le début, sous forme de prémonition. A peine le jeune homme (Tom) est-il introduit que les phénomènes paranormaux commencent. Ils ne se termineront qu'avec le film. Et là encore, on a du mal à discerner le vrai du faux, la réalité du fantasme [N'oubliez pas que « fantasme » et « fantôme » ont la même étymologie...].

 

L'intrigue se situe au Tournant du siècle (1901), à une période où le monde bascule totalement dans la modernité. Les manifestations paranormales sont les derniers témoignages obscurantistes d'un monde en voie de disparition, avant la nouvelle poussée rationnelle, pragmatique et terrible du XXème siècle.

Et en plus, l'esprit de Kubrick plane sur le film : les références à Shining sont nombreuses :

- Crimson Peak est un lieu isolé, loin du monde (quatre heures de marche) ;

- Edith reçoit une balle (celle du chien) qui vient de nulle part, alors que la prise de vue fait penser à un couloir ;

- Un cadavre de femme sort d'une baignoire ;

- Le moment choisi pour s'enfuir de Crimson Peak coïncide avec une formidable tempête de neige.

 

L'autre référence est le conte de Perrault : La Barbe Bleue. En effet, cette nouvelle épouse n'a pas accès à toutes les pièces de la maison. Certaines sont interdites car dangereuses ou annoncées telles. Mais surtout, c'est quand elle met la main sur la clé d'un lieu interdit que la référence est encore plus claire. A partir du moment où elle visite l'espace prohibé, elle acquiert la connaissance et doit donc mourir. Et cette fois-ci, pas de sœur Anne pour voir venir du secours...

 

Mais avant tout, ce film est une magnifique illustration du roman gothique, cette forme littéraire qui mêle l'amour et le macabre dans des lieux inquiétants très en vogue dans la fin du XVIIIème siècle en Angleterre. Ici, nous sommes en plein dans cette forme. Le manoir avec son architecture, cette histoire d'amour singulière et les interventions récurrentes des esprits torturés contribuent à donner à ce film non seulement une atmosphère, mais surtout un genre.

 

Une réussite.

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Musique, #Stanley Donen, #Audrey Hepburn
Drôle de Frimousse (Funny Face - Stanley Donen, 1956)

« Bonjour Paris ! » (en français dans la version originale)

C'est par ces mots que le trio vedette du film, Dick Avery (Fred Astaire) - Jo Stockton (Audrey Hepburn) - Maggie Prescott (Kay Thompson), découvre la capitale. On remarque d'ailleurs que c'est Audrey Hepburn qui le dit le mieux !


C'est une succession de prises de vue un tantinet passées - de véritables cartes postales - qui défilent devant nos yeux, un Paris pour touristes, coloré et joyeux.

Ca chante, ça danse, ça ondule... C'est (encore) un festival pour les yeux.

Maggie dirige LE magazine de mode américain Quality. Elle cherche une nouvelle tendance. C'est son photographe vedette - Dick Avery - qui la lui trouve, suite à une séance chaotique dans une librairie : Jo.

Jo est une philosophe empathique, mais a ce qu'on appelle un visage curieux, d'où le titre. Mais surtout, Jo, c'est Audrey Hepburn, alors tout est permis.
Contre un voyage à Paris, elle accepte de jouer les mannequins pour la nouvelle collection du couturier Paul Duval (Robert Flemyng). Parce qu'à Paris, elle pourra rencontrer le célèbre professeur d'empathologie (je sais ça n'existe pas, mais quel joli terme !) Emile Flostre (Michel Auclair).

 

Oui, c'est une histoire improbable. Oui, il n'y a rien de réaliste. Et oui, on se moque des courants de pensée français, issus ou non de Saint-Germain des Prés ou de l'existentialisme. Mais comme dit Fillon : « Et alors ? »

Ce film est un enchantement pour le spectateur. Cette mode artificielle est prétexte à mettre en valeur deux magnifiques stars : Fred Astaire et Audrey Hepburn.

Fred Astaire danse toujours aussi merveilleusement : son numéro de danse du parapluie (fermé) n'est pas sans rappeler celui de Gene Kelly quatre ans plus tôt avec le même Stanley Donen (Chantons sous la Pluie). Pourtant, il a déjà cinquante-six ans passés !

Et Audrey est dans un rôle sur mesure : elle défile, mannequin éternel et international. Elle a le chic, et puis c'est tout. Elle est belle, et intelligente, elle chante et elle danse. On est à l'opposé de Marilyn Monroe, cantonnée dans des rôles de belle idiote (ce qui n'enlève rien au talent de Mademoiselle Monroe !). Elle est profonde, elle réfléchit... Mais ça ne l'empêche pas de tomber amoureuse de Dick !


Et puis il y a Paris. Alors que Vincente Minelli faisait danser Gene Kelly dans une capitale recréée en studio (Un Américain à Paris, 1951), Donen a carrément emmené tout son petit monde sur place, tournant même dans quelques endroits prestigieux, le Louvres et l'Opéra Garnier entre autres. Mais plus que les lieux, c'est la description des parisiens qui vaut le détour :

- Des gens accueillants, souriants et insouciants pendant que le trio susnommé découvre Paris ;

- Une femme qui insulte son amant, qui se prend une gifle et s'écrie « Chéri ! » en lui sautant au cou ;

- Les milieux intellectuels où une femme chante une chanson noire, désespérée, avec des accents qui ne sont pas sans rappeler Fréhel ou même la môme Piaf ;

- Et la mode, Paris devenant le carrefour mondial pour une nouvelle collection prestigieuse.

 

Alors on se laisse emporter dans ce Paris de carte postale, et on savoure, avec Audrey Hepburn, tous les moments de cette escapade française...

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Rupert Sanders
Ghost in the Shell (Rupert Sanders, 2017)

Cogito ergo sum. « Je pense donc je suis », disait Descartes.

Mais est-ce le fait de penser qui nous fait être, ou plutôt le fait d'être qui nous amène à penser ?

C'est la question sous-jacente du film de Rupert Sanders, et aussi le dilemme que doit affronter Mira « Major » Killian (Scarlett Johansson) dans cette aventure singulière.
En effet, dans un futur (pas si) proche, on a greffé un cerveau humain à un androïde : cette conscience humaine étant l'esprit (en anglais « ghost ») dans la coquille (en anglais « shell ») vide qu'est la structure d'un androïde. Et la greffe a réussi. Mira est donc maintenant « Le Major », un élément on ne peut plus fiable des forces de police d'une ville japonaise (Tokyo ?). Mais c'est avant tout une arme redoutable, conçue par Hanka, un complexe scientifique aux desseins nébuleux, voire bien noirs.

 

Le film repose sur la dualité de Mira : est-elle robot - elle n'est qu'un assemblage de tissus de synthèses et de processeurs cybernétiques - ou est-elle humaine - son cerveau est le seul héritage de sa vie d'avant - ?

Nous avons une heure quarante-sept pour répondre à cette question, dans un flot d'action, d'effets spéciaux et de Scarlett Johansson.

N'ayant pas lu le manga originel, je ne parlerai donc pas de son adaptation, ce qui me permet plus facilement de me concentrer sur l'aspect cinématographique du film, n'ayant pas à maudire l'adaptation de cette BD japonaise. Je n'ai pas eu à déplorer tel ou tel aspect du livre qu'on ne retrouve « pas comme il faudrait » ou « pas du tout ».

D'un point de vue du spectacle, on n'est pas déçu, ça tire, ça frappe, ça court dans tous les coins, et mise à part la transformation en être invisible qui peut laisser à désirer - « on se croirait revenu vingt ans en arrière », me disait mon ami Farid - ça fonctionne.

Sauf quand le vieux policier (Takeshi Kitano) - le vieux sage incontournable de la mythologie japonaise - se met à parler : il est le seul à s'exprimer en Japonais ! Certes, il est le seul des personnages principaux qui est japonais. Mais tout de même, ses interventions en langue nippone sont totalement déplacées, voire parasitent le film. Quel est l'intérêt de le faire parler en japonais ? On a bien compris que cette ville (voir plus bas) ne peut pas être américaine : ses habitants sont tous d'origine extrême orientale (sauf les personnages principaux moins le vieux flic), et de nombreuses inscriptions en idéogrammes émaillent le paysage urbain. Mais ce vieux flic qui ne parle qu'exclusivement japonais, non, ça ne va pas. Il n'y a aucune pertinence, tout comme quand la mère de Motoko s'exprime, c'est avec un accent du crû qui n'apporte absolument rien à l'histoire.

Dommage.

 

La ville enfin : c'est un croisement de celle de Metropolis et des cités de Blade Runner et Brazil, où s'étalent de gigantesques hologrammes publicitaires. Metropolis pour sa taille, Blade Runner pour son aspect futuriste de consommation, et Brazil pour l'envers du décor. En effet, tant qu'on reste en altitude, on a une vision globale de cette immense métropole consumériste, mais dès qu'on se place en bas, à échelle humaine, on a plus l'impression d'être dans Brazil, tant certains lieux sont sordides. L'intérieur chez la mère de Motoko est une illustration parfaite de cette dualité brazilienne : alors que les constructions sont extrêmement modernes, une fois à l'intérieur, on retrouve un environnement familier (et familial) qui nous est plus proche.

La ville a beau être hyper moderne, les gens sont restés simples et vivent normalement : pour faire du thé, il faut faire chauffer de l'eau, et donc allumer le feu sous la bouilloire...

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Gangsters, #John McTiernan
Last action Hero (John McTiernan, 1993)

Pompes en croco, flingue à la ceinture, blouson de cuir, cigare au bec : voici le dernier grand héros de film d'action, Jack Slater (Arnold Schwarzenegger).

Il est fort, brave, intrépide et combat les méchants comme pas deux.

Cette fois-ci, il affronte Tony Vivaldi (Anthony Quinn), mafieux inculte, et son homme de main, Benedict (Charles Dance), le tueur à l'œil de verre. Sauf que...

Sauf que c'est du cinéma. La véritable histoire, c'est celle de Danny Madigan (Austin O'Brien), un gamin orphelin de père et qui vit avec sa mère (Mercedes Ruehl). Danny est un mauvais élève : il préfère passer son temps au cinéma, regarder les aventures de son héros, le fameux Jack Slater !

 

Le cinéma a toujours aimé les mises en abîme : une histoire de film dans le film. Chaplin le fit, Keaton aussi... Il y a beaucoup d'exemples. Mais ici, John McTiernan va plus loin : non seulement Danny entre dans le film et y vit les aventures de son héros, mais les personnages de ce même film en sortent ! Jack Slater, un flic un tantinet naïf se retrouve dans la vraie vie et expérimente de nouvelles sensations : principalement la douleur, mais aussi la découverte de la musique classique, lui qui ne carbure qu'au hard rock !

Danny n'en revient pas et vit le film comme un spectateur dans un premier temps. Il sait. Slater non. Et la quête de Danny, amener Jack Slater à sa vérité - ils sont dans un film - amène un décalage savoureux entre Danny qui s'émerveille ou se désole de certains aspects, et Slater (et les autres) pour qui la réalité est le film : leur vraisemblance est celle du cinéma, où tout est faux, les bons triomphent et les méchants sont châtiés.

Et comme on est dans un film sur le cinéma, nombre de références jonchent le film, en particulier celles en rapport avec Schwarzenegger : Robert Patrick, habillé en policier sort de l'hôtel de police, comme dans Terminator 2  (précédé par Sharon Stone échappée de Basic Instinct) ; Sylvester Stallone dans Terminator (normal, dans le monde du film, Schwarzy n'existe pas !) ; et bien entendu le « véritable » Arnold Schwarzenegger, dans son propre rôle, qui aura le privilège de rencontrer son double !

C'est un véritable festival Schwarzy ! Et le principal intéressé s'en amuse : il rend son propre personnage abruti au possible, véritable caricature de  Monsieur Muscle au petit cerveau, au grand dam de sa femme.

Alors bien entendu, on a droit à une formidable film d'action, mais ces références constantes au cinéma détournent l'attention du spectateur, transformant ce film en une brillante comédie. En plus des films précédemment cités, on peut noter la présence d'un hologramme de Humphrey Bogart (en noir et blanc !), Ian McKellen (pas encore Gandalf, mais déjà imposant) jouant le rôle de la Mort dans le Septième Sceau de Bergman et en prime F. Murray Abraham, dans le rôle de Practice, un ami de Slater, dont ce dernier devrait se méfier, car comme le dit Danny : « Il a tué Mozart ! »

Et en face de Slater/Schwarzy, on trouve un Charles Dance dans un rôle de tueur au sang-froid impressionnant : il est d'une méchanceté et d'un cynisme jubilatoires. Son expérience dans le monde réel est un vrai plaisir.

Autre méchant, Anthony Quinn est ridicule à souhait, bouffi d'orgueil, maîtrisant mal la langue anglaise, et agaçant par là-même son homme de main. Une autre réussite.

 

Et puis Schwarzenegger en Hamlet, réglant à sa manière, le cigare au lèvres, les problèmes du château d'Elseneur... Oui, si Jack Slater est le dernier « Action Hero », le premier, c'était bien Hamlet !           

Etre ou ne pas être un « Action Hero »...

 

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Surréalisme, #Luis Buñuel, #Salvador Dali
Un Chien andalou (Luis Buñuel, 1929)

« Il était une fois... »

Un homme (Luis Buñuel) regarde la lune : elle est traversé par un fin nuage.

L'homme coupe l'œil de la jeune femme (Simone Mareuil) avec un rasoir qu'il a préalablement affuté.

Une substance gélatineuse, visqueuse et translucide s'échappe de l'œil.


La séquence d'ouverture du film est très choquante. Il est clair que les auteurs (Luis Buñuel et Salvador Dali) voulaient interpeller le spectateur. C'est réussi. Cette vision persiste une fois le film terminé. Il s'agit de l'une des ouvertures les plus célèbres du cinéma. C'est aussi la première des deux collaborations de Buñuel et Dali, qui firent leurs études ensemble (avec Federico Garcia-Lorca). Mais il s'agit avant tout du premier film estampillé surréaliste.

Puisque le surréalisme puise - entre autre - son inspiration dans le rêve, Dali et Buñuel nous offrent un rêve, où l'amour et la mort se côtoient. Et aucun chien, d'Andalousie ou d'ailleurs...

Il est difficile de raconter le « scénario de Louis Bunuel et Salvador Dali » (comme l'annonce le générique) : il n'y a pas à proprement parler d'intrigue. Ce sont des scènes qui s'enchaînent avec plus ou moins de lien, entrecoupées de cinq intertitres ajoutant de la confusion : « Il était une fois » ; « Huit ans après. » ; « Vers trois heures du matin... » ; « seize ans avant. » ; « au printemps. »

Mais ces intertitres ne veulent rien dire. Ce sont de fausses transitions. « Seize ans avant. », par exemple, est intercalé dans une scène qui se poursuit une fois le carton disparu.

Mais dans ce fatras d'image, on entraperçoit les thèmes qui fleuriront dans les film de Buñuel :

- L'amour : la relation tumultueuse entre cette femme et l'homme (Pierre Batcheff), avec illustration des désirs charnels de l'homme ;

- La mort : un homme meurt dans un coin de  campagne, il est emmené par d'autres promeneurs, cortège funèbre d'un inconnu ;

- Les ecclésiastiques : ils sont attachés à la corde qui tire les pianos, ce sont tout d'abord Salvador Dali et Jaume Miravitlles, puis Dali est remplacé par Marval.

Les transitions d'une image à l'autre se font par l'utilisation de fondus ou de surimpression, voire des retouches d'images (le visage de l'homme sans bouche) ou des incrustations (des poils sur cette même bouche).

Et puis aussi les fourmis de Dali qui agrémentèrent nombre de ses tableaux, qu'on retrouve ici sortant de la main trouée de l'homme.

Il s'agit d'un film très dérangeant. Ce sont des images brutes, sans aucun recul. On prend ce film comme un coup de poing dans la figure et on reste subjugué, se demandant comment cela va finir.

Parce que - bien entendu - ça se finit. Bien ou mal, c'est une question de point de vue, mais certainement pas celui des auteurs. Il ne faut chercher aucune signification, seulement regarder et apprécier (ou non).

Pas étonnant que ce film ait été interdit pendant cinquante ans.

 

C'est une suite d'images choc de seize minutes.

Pas une de plus.

Heureusement.

 

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Epouvante, #Lewis Allen
La Falaise mystérieuse (The Uninvited - Lewis Allen, 1944)

1937.

Une maison en bord de mer.

Une maison en bord de falaise.

Une tragédie a eu lieu ici.

 

Pam et Rick Fitzgerald (Ray Milland et Ruth Hussey) découvrent cette propriété et décident de l'acheter. Mais on dit qu'il s'y passe de drôles de choses, que cette maison est peut-être hantée. Quoi qu'il en soit, le commandant Beech (Donald Crisp), le propriétaire, s'en sépare, malgré l'avis de Stella (Gail Russel), sa petite fille. Il faut dire que la mère de la jeune femme y est morte dans de curieuses circonstances quand elle avait trois ans...

 

Plus qu'un film d'épouvante, il s'agit d'un film d'ambiance. C'est l'ambiance qui fait naître la crainte ou l'effroi : la lumière, la musique, le jeu des acteurs. Et puis une maison près d'une falaise des Cornouailles est toujours inquiétante : rappelez-vous Rebecca !

Et pour la lumière, c'est le grand Charles Lang qui est derrière la caméra et nous offre de magnifiques prises de vue. Il y a une utilisation de la lumière - et surtout de l'ombre - extrêmement pertinente. Nombres de contre-jour, d'ombres sur les murs accentuent l'aspect inquiétant de l'intrigue.

L'autre aspect inquiétant de l'œuvre, c'est le côté surnaturel de l'intrigue avec intervention récurrente d'un ectoplasme (rien à voir avec celui du capitaine Haddock !) et différents (rares) effets spéciaux : fleurs qui fanent prématurément, pages qui se tournent... Mais ces effets spéciaux sont très limités, ce qui accentue l'effroi. La plupart des événements cruciaux se passent hors champ, ce qui nous oblige à les imaginer : ils deviennent ainsi plus terribles, l'imagination allant toujours plus loin que la réalité.

Et ces personnages qui ne veulent pas tout dire, dont la troublante Miss Holloway (Cornelia Otis Skinner)...

L'intrigue est certes irrationnelle, mais qu'importe : les personnages sont convaincants et même si la conclusion de cette histoire est prévisible, l'atmosphère mystérieuse est superbement rendue.

Quant à cette falaise réputée mystérieuse par le titre français, on la recherche en vain. Cette falaise ne recèle aucun mystère, ce qui n'est pas le cas de la maison. Je préfère - encore une fois le titre original - The Uninvited - qui pourrait se traduire par « celle qui n'était pas invitée ». Cette traduction est plus en adéquation avec l'intrigue : cette mère qui hante le manoir où sa fille rend visite à ses nouveaux amis. Mais, que voulez-vous, une « falaise mystérieuse », ça intrigue beaucoup plus !

 

Et puis il y a Ray Milland.

Voir les commentaires

Articles récents

Hébergé par Overblog