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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Andrew Niccol
Time out (In Time - Andrew Niccol, 2010)

« Le temps, c'est de l'argent. » (Benjamin Franklin, 1748)

Ici l'argent, c'est le temps. On travaille pour vivre, mais plus longtemps. Tout coûte du temps : téléphoner : une minute de votre compteur (à rebours) personnel ; un café, ce sera quatre minutes, etc. Bref, on ne prend pas le temps de vivre, on prend le temps pour vivre.

Vingt cinq ans puis une année plus ou moins renouvelable, ça dépend de votre activité...

Et quand l'année est achevée, quand tous les zéro sont apparus, vous êtes morts.

Voici le monde dystopique dans lequel vit Will Salas (Justin Timberlake). Dystopique ? Une utopie qui tourne obligatoirement mal. Il est pauvre, vit dans un ghetto de pauvres isolé du monde des riches par des barrières dont le franchissement coûte plus d'une année...

Et puis un soir, il tombe sur la chance de sa vie. Un homme qui en marre de la vie (il a déjà 105 ans) lui lègue plus d'un siècle.

Mais est-ce vraiment la chance de sa vie ?

 

Ce n'est pas la première fois qu'Andrew Niccol nous propose un tel monde : rappelez-vous Bienvenue à Gattaca. Mais cette fois-ci, ceux qui ne sont pas fortunés meurent. Car c'est un monde duel où les pauvres passent leur temps à acheter le temps que les riches leur vendent à des tarifs de plus en plus prohibitifs.

Mais toujours,  dans ces mondes, ce ne sont pas les riches qui vivent le plus. En effet, quand vous avez l'éternité devant vous, pas besoin de se presser pour décider de faire quelque chose.

Alors que quand vous vivez au jour le jour, chaque instant est important.

 

Nous ne sommes pas loin du « carpe diem » de Horace : chaque instant de plus de survie des habitants du ghetto est une richesse incroyable. Alors quand Will reçoit plus d'un siècle, il n'en revient pas. Il ne peut s'empêcher de courir, comme il l'a toujours fait.

Mais un riche qui se suicide dans un quartier pauvre, c'est louche. Heureusement, les gardiens du temps sont là, avec à leur tête Raymond Leon (Cillian Murphy). Leon est une victime du devoir. Il n'est pas spécialement méchant. C'est une espèce de Javert moderne, pour qui les choses doivent rester en l'état. Quelqu'un du ghetto ne doit pas en sortir, tout doit rester à l'identique. Et se retrouver en face de Will Salas, c'est revivre ce qui s'est passé avec le père de celui-ci. Alors comme pour Javert, on ne peut pas ressentir une haine totale envers cet individu : il ne fait que son boulot.

 

Parce que les véritables méchants, les salauds, ce sont les riches : plus ils ont de temps et plus ils en gagnent. Alors on ne peut pas compter sur eux pour faire évoluer les choses.

Comme dans Gattaca, nous avons un personnage qui veut - et va - sortir de son milieu. Et encore une fois, il prendra appui sur quelqu'un déjà dans le système. Ici, c'est Sylvia Weis (Amanda Seyfried), fille d'un magnat du temps, qui conserve dans un coffre son « premier million [d'années] ».

La comparaison temps (dans le film) = argent (dans notre monde) est évidente, mais si une promesse d'amélioration se dégage du film, je n'en vois pas autant dans notre monde, où l'argent a pris une place extrêmement importante.

 

Quoi qu'il en soit, Andrew Niccol nous dépeint un monde jeune très déconcertant où trois générations peuvent se côtoyer - chez les riches, bien sûr - sans qu'on puisse dire qui est qui dans la lignée.

De plus, à chaque fois que notre héros semble à peu près en sûreté, un cadavre possédant la longue ligne de zéro est là pour lui rappeler la brièveté de son existence, et qu'il doit toujours continuer à courir.
Un peu comme l'esclave à Rome, pendant un triomphe, qui tenait les lauriers au-dessus de la tête du vainqueur mais lui répétait sans cesse : 

« Souviens-toi que tu es mortel... Souviens-toi que tu es mortel... »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fantastique, #Tim Burton
Miss Peregrine et les Enfants particuliers (Miss Peregrine's Home for peculiar children - Tim Burton, 2016)

« Peregrine », ça veut dire « pèlerin », comme le faucon du même nom (Falco peregrinus). Et c'est normal que miss Peregrine (Eva Green) s'appelle ainsi, puisque c'est en cet oiseau qu'elle se transforme. C'est une ombrune (en v-o ymbryn). Elle s'occupe d'enfants particuliers et les protège.

De qui ? Du méchant docteur Barron (Samuel L. Jackson) qui recherche les enfants particuliers afin de manger leurs yeux.

Un jour Jake (Asa Butterfield) va voir Abe (Terence Stamp) - son grand-père qu'on prend pour un doux illuminé - qui se sent menacé. Sauf que cette fois-ci, on peut douter de sa folie : Jake le retrouve mort, ses yeux ayant disparu. Et en plus, il échappe à une attaque d'un drôle de géant...

Il part alors à la recherche de Miss Peregrine et ses enfants si particuliers... En 1943 !

 

Il y a chez Tim Burton une fascination pour le bizarre et la mort assez contagieuse, avec toujours une pointe d'humour plus ou moins noir. Mais cette fois-ci, pas d'humour. Ou si peu qu'on peut le négliger.

Au contraire, beaucoup de noirceur. Merveilleuse, certes, mais noirceur tout de même. Et pourtant on reste optimiste pendant toutes ces pérégrinations (c'est vraiment le terme adéquat, non ?). Et on savoure cette belle histoire sur la différence où cette fois-ci, elle n'est pas sujette à une condamnation extérieure comme dans la série X-Men, les enfants vivant en autarcie dans une boucle spatio-temporelle. Ils n'ont que très peu de contact avec le monde extérieur, et de toute façon, ce qu'ils peuvent y faire n'a pas d'incidence, ils revivront le lendemain ce même jour : celui de la destruction de leur maison...

Avec Miss Peregrine, on retrouve le grand Tim Burton, celui de Edward aux Mains d'argent ou Big Fish, qui nous entraîne dans un rêve merveilleux (mais noir, je le redis !) où il nous présente ses monstres les plus effrayants : certains des enfants eux-mêmes, ainsi qu'une brochette de Sépulcreux (Hollows), sorte d'échassiers à la gueule remplie de dents acérées et de repoussants tentacules.

Et au milieu de tous ces gens particuliers : Jake, un gamin timide, solitaire et pas très bien dans sa peau. Bref, le véritable héros burtonien. Comme Charlie face à Willie Wonka, Ed Bloom dans la ville de Spectre ou encore Adam et Barbara Maitland à propos de Beetlejuice, Jake est confronté à un choix qui changera sa vie. Et - heureusement - il fait le bon choix.

Est-il utile de préciser que les séquences contenant les monstres sont époustouflantes ? Oui. C'est un festival de merveilleux noir. Avec en prime un clin d'œil à Ray Harryhausen, quand une armée de squelettes entre en scène.

 

Un régal.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fantastique, #Don Chaffey, #Ray Harryhausen
Jason et les Argonautes (Jason and the Argonauts - Don Chaffey, 1963)

La Toison d'or.

Une peau de bélier scintillante accrochée à un arbre de la lointaine Colchide (région de l'actuelle Géorgie).

Qui n'en a pas rêvé ?
C'est le cas de Jason (Todd Armstrong), fils d'Eson dont Pélias (Douglas Wilmer) a usurpé le trône.

Jason a l'intention de récupérer son bien en revenant avec la toison d'or, sûr ainsi du soutien du peuple. Mais la route est longue et semée d'embûches.

C'est pourquoi il fait construire par Argos (Laurence Naismith qui sera le juge de la série Amicalement vôtre) un navire formidable - l'Argo - et engage un équipage extraordinaire : les Argonautes.

 

Nous sommes cinq ans après Le septième Voyage de Sinbad, et Ray Harryhausen nous propose de nouveaux monstres. Cette fois-ci, c'est dans la mythologie grecque que les scénaristes ont puisé leur histoire. Comme pour Sinbad, le générique, reproduisant une fresque grecque nous annonce les aventures à venir jusqu'à la Toison.
Cette fois-ci, les héros sont grecs donc coiffés de casques à plumets caractéristiques.

Mais comme pour Sinbad précédemment, il règne une certaine liberté quant à l'histoire originelle. Oui Jason a bel et bien conquis la Toison d'or. Oui, Héraclès (Nigel Green) était avec lui une partie du voyage. Mais si Castor (Ferdinando Poggi) répond présent, où est son frère Pollux ? Et Orphée (il n'avait pas encore rencontré Eurydice) ? Et Thésée ? [d'un autre côté, ces trois derniers auraient pu faire un peu d'ombre à notre héros...]

 

Mais qu'importe. Nous suivons - encore une fois - avec délectation les aventures surannées de ce héros mythique, combattant avec bravoure les monstres de Harryhausen : des harpies, un hydre à sept têtes et des squelettes qui ne sont pas sans rappeler celui qu'affronta Sinbad. Sans parler du géant Talos, qu'on pourrait presque qualifier de colosse aux pieds d'argile, s'il n'était en bronze !

Et puis il y a les dieux : Zeus et Héra surtout, avec un petit rôle pour Hermès, le messager. Zeus (Niall McGinnis) est omnipotent, mais surtout ventripotent. Il n'a rien à voir avec la représentation qu'on se fait de ce dieu des dieux (Laurence Olivier, dans Le Choc des Titans sera plus conforme à l'idée qu'on se fait de lui). Quant à Héra (Honor Blackman), elle est - pour une fois - d'une aide précieuse à Jason : c'est normal, il n'est pas - lui - le fruit d'amours divines de son mari foudroyant. Et ces divins personnages s'amusent de voir se dépêtrer les mortels, dans la lignée des récits mythologiques. Même si on pourrait aller un tantinet plus loin.

 

Comme dans Sinbad, c'est le combat contre les squelettes que je préfère : leur sortie de terre est inoubliable, et le combat vaut bien celui de Sinbad.

Avec en prime une magnifique décapitation.

Bref. Du divertissement : de l'aventure, des bagarres, de l'amour - avec la belle Médée (Nancy Kovack) - et les créatures de Harryhausen. Du cinéma, quoi.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fantastique, #Nathan Juran, #Ray Harryhausen
Le septième Voyage de Sinbad (The 7th Voyage of Sinbad - Nathan Juran, 1958)

- Un cyclope cornu ;

- une femme-serpent bleue ;

- une mini-princesse ;

- un aiglon à deux têtes ;

- son plus proche parent ;

- un dragon ;

- un squelette armé et...

- Une lampe contenant un génie !

Voici les ingrédients de ce film réalisé par Nathan Juran, mais surtout animé par Ray Harryhausen.


Au début, il y avait Méliès.

Puis King Kong a débarqué.

Et enfin, Ray Harryhausen est arrivé avec un procédé magique : Dynamation.

 

Il est vrai que pour des yeux actuels, habitués aux effets spéciaux numériques, ce film fait pâle figure. Mais il faut toujours remettre un film dans son contexte. En 1958, voilà ce qui se faisait de mieux - à mon avis - en matières d'effets spéciaux. Tout en gardant en tête que ces effets étaient au service de l'histoire, comme l'ont oublié quelques réalisateurs de la fin des années 1990...

Sinbad (Kerwin Mathews) est un marin chevronné et un diplomate hors pair. En effet, en mission à Shangra pour le calife de Bagdad, il ramène la paix ainsi que Parisa (Kathryn Grant), la fille du sultan, en vue de l'épouser et sceller à jamais l'amitié entre ces deux peuples.

Mais - et autrement il n'y aurait pas d'histoire - il se perd en mer et accoste in extremis (les marins n'en pouvaient plus) sur l'île de Colossa où sévissent les cyclopes cornus (et les aigles à deux têtes, mais ça, c'est plus tard).

Et surtout, sur cette île vit le magicien Sokurah (Torin Thatcher) qui possède une lampe habitée par Baronni (Richard Eyer), enfant-génie. Ca nous change d'ailleurs des génies de quinze mètres de haut avec moustache et barbe pointue...

Dès le début, Sokurah a un rôle ambigu. Mais rapidement, on se rend compte qu'il sera le vrai méchant de cette histoire, avec son crâne chauve et ses manières trop polies pour être honnêtes.

Bien entendu, le brave Sinbad sauve Sokurah du cyclope - il ne sait pas encore que c'est le méchant ! - mais dans l'action, le cyclope récupère la lampe.

Sokurah va donc forcer Sinbad à le ramener sur son île. C'est là qu'intervient la mini princesse, les aigles et le dragon. Mais je n'en dis pas plus.

Certes, ce n'est pas le film du siècle, mais tout de même. Et oui, on est dans une Bagdad approximative où les turbans sont de mise. Chaque tête masculine est enveloppée d'un tissus, du calife au dernier des prisonniers. Que voulez-vous, nous sommes dans les mille et unes nuit...

Comme toujours avec Harryhausen, ce sont les animations qui font le succès du film. Et là, on est servi. ON a même droit à un combat entre un cyclope et le dragon digne de celui de King Kong entre le gorille et le tyrannosaure : le clin d'œil, si ce n'est un hommage, est flagrant !

Et puis les séquences avec la princesse miniature ont un charme désuet fort agréable : il faut la voir shooter dans un grain de raisin, assise sur le bord de l'assiette de Sinbad pour s'en convaincre.

Quant à ma scène préférée, c'est sans conteste le combat de Sinbad contre le squelette.

Bluffant !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fantastique, #Steven Spielberg
Le bon gros Géant (The BFG - Steven Spielberg, 2016)

Ce qu'il y a de bien avec Spielberg, c'est qu'on n'est rarement déçu.

Dix ans après Tim Burton, c'est lui qui adapte un autre roman du grand Roald Dahl.

Disons-le tout de suite, l'histoire, si elle suit plus ou moins le livre n'est pas d'une fidélité absolue. Mais qu'importe. Comme pour Tintin et le Secret de la Licorne, l'essentiel est là : nous sommes dans le monde de Dahl et de son livre.

Et puis Spielberg est - à mon avis - le cinéaste de l'enfance (mais j'ai dû déjà le dire) - alors nous évoluons dans un monde où la frontière entre le rêve (bien entendu) et les réalité est ténu. On pense tout de suite à Hook, mais y a pas que ça. Il y aurait pas aussi du ET ?

Si. Y en a aussi.

 

Sophie (Ruby Barnhill) est - malheureusement pour elle - orpheline et insomniaque. Un soir qu'elle ne dort pas et qu'une bande de poivrots déambule sous les fenêtres de l'orphelinat, elle croit apercevoir une forme. Ce n'est pas (encore) un rêve, c'est un géant (Mark Rylance). Il n'a pas de nom. Une fois, quelqu'un l'a appelé « Bon gros Géant », alors Sophie l'appelle par ses initiales, c'est plus court. C'est vrai qu'il est amical (« friendly » dit le titre original). Et inoffensif, en plus.

Sauf que ce géant vit avec d'autres géants. Des vrais. Des affreux. Des méchants. Et très grands. Parce que notre « BGG » n'est qu'un petit géant. Un peu comme un enfant au milieu d'un monde d'adultes, bien entendu hostile. Alors bien entendu, les deux « enfants » vont s'unir, pour survivre.

Et puis il y a les images. C'est - comme toujours - très bien fait, ce géant chasseur de rêve nous enchante. La scène où il emmène Sophie chasser les rêves est magnifique, multicolore, féérique. D'ailleurs, chaque séquence mettant en scène les rêves (sortes de fées multicolores) rappellent la magie de Clochette dans Hook.

Certains regrettent que ce ne soit qu'un « film pour enfant ». C'est bien dommage de le réduire ainsi. Et puis le cinéma est l'un  des arts qui se rapprochent le plus de l'enfance. Combien de fois avons-nous été, sommes-nous et serons-nous émerveillés ? Car il faut des yeux d'enfants pour s'émerveiller d'une ombre qui grimpe le long d'un escalier, d'un mime qui joue le vol d'une montre ou encore d'une princesse qu'on réveille d'un baiser, non ?

Sinon, ça ne marche pas, la magie s'estompe et on ne se contente plus que de réalisme. Si encore il était poétique...

 

Alors on ouvre grand ses yeux, on ouvre encore plus grand son esprit, et on savoure ce film qui n'est « que du cinéma »...

« Que du cinéma »... Ca semble tellement peu, alors que tout est là. C'est tout simplement immense.

C'est d'ailleurs pour ça qu'on l'aime !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Comédie, #Robert Altman, #Robert Duvall
M*A*S*H* (Robert Altman, 1970)

Mobile Army Surgical Hospital (Unité chirurgicale de campagne).

C'est la Corée, comme l'annonce le début du film.

Nous suivons la vie d'un hôpital militaire pendant cette guerre.

Le front n'est pas loin et des blessés arrivent régulièrement par hélicoptère.

Mais des chirurgiens aussi, arrivent. C'est le cas de Benjamin F. « Hawkeye» Pierce (Donald Sutherland) et Augustus B. Duke Forrest (Tom Skerritt), arrachés à la vie civile pour soigner les blessés. Ils seront rapidement rejoints par John « Trapper » McIntyre (Elliot Gould) et l'inénarrable Major Margaret » Hot Lips » Houlihan (Sally Kellerman).

 

Coup double pour Robert Altman : faire un film de guerre sans jamais la voir et nous faire rire. Du début à la fin, il jongle avec deux idées - a priori étrangères l'une de l'autre - avec beaucoup de talent. Et sans avoir recours à l'humour bidasse, qui n'a d'humour que le nom.

Il y a dans ce film un équilibre parfait entre le comique et la gravité. A chaque élément, son pendant.

Même si le rire l'emporte, on ne peut pas oublier que la réalité de la guerre est là, les blessés soignés étant les témoins de ce conflit meurtrier.

On a beau être dans un lieu militaire, la discipline n'est pas très présente. Elle ne s'exerce qu'en tout dernier recours (usage de la violence). On en oublierait presque ce ces gens sont avant tout des soldats.

 

Alors on rit. Mais à chaque fois, c'est de courte durée : le sang est omniprésent. Ce ne sont que soldats criblés de balles, déchiquetés, amputés ou même morts qui font le quotidien de ces médecins.

Quelques séquences sont devenues cultes :

- le suicide de « Painless » Pole Waldowsky (John Schuck), qui nous permet de réécouter la chanson du générique : Suicide is painless*. Un suicide pour de rire certes, mais tout de même un thème peu exploité de cette façon dans une comédie. C'est aussi l'occasion d'un bel hommage à la Cène de Vinci.

- la douche de Hot Lips, suite à un paris grivois : est-elle réellement blonde ? Je vous laisse découvrir qui gagne le pari.

- le match de football (américain) entre les carabins et une équipe de vrais soldats. Un grand moment où tous les coups sont permis.

 

Avec ce film, ce sont aussi des tabous militaires qui sont abordés : comment se conduisent les soldats loin de leur foyer (adultère) ainsi que les moyens de tenir le coup : alcool, drogue. les docteurs boivent des Martini dry à gogo, ou encore du whisky. L'annonceur militaire - autre élément comique du film - rappelle d'ailleurs que l'usage de la marijuana est dangereux pour la santé. Cela n'empêche pas une partie des joueurs de football de se partager un joint...

Ce sont près de deux heures de spectacle dans lequel on prend plaisir à regarder ces grands enfants indisciplinés qui en un tournemain deviennent des praticiens pointus afin de sauver un maximum de patients.

 

La musique joue aussi un grand rôle dans ce film. Entre les tubes de Radio Tokyo - des resucées de succès américains à la mode orientale - et Suicide is painless, quelques perles :

- la musique d'introduction de Hawkeye alors que défilent les déclarations de McArthur et Eisenhower n'est pas sans rappeler l'ouverture des films de la Fox, alors que Donald Sutherland passe tout près des latrines !

- It's Time to say Sayonara (« il est temps de se dire au revoir») quand Frank Burns (Robert Duvall) est transféré vers un endroit qui lui conviendra mieux (je vous laisse découvrir lequel)

- La musique du match de football : on a plutôt l'impression d'une parade de cirque au début. Et en fin de compte, on a raison !

 

Un régal. Et puis Donald Sutherland et Elliot Gould forment une magnifique paire d'acteurs.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #Edwin S. Porter
Le Vol du grand rapide (The great train Robbery - Edwin S. Porter, 1903)

Quatre hommes attendent le train.

Ce sont des bandits. Ils ont menacé, assommé et ligoté le chef de gare.

Ensuite, ils se sont placés sous le réservoir.

Là, ils ont embarqué. Ils ont alors dérobé le contenu du coffre ainsi que les voyageurs.

Mais les rangers veillent et partent à leur poursuite.

 

Il s'agit là du premier western américain. On y trouve déjà les ingrédients qui feront la gloire du genre, grâce entre autres à John Ford ou Sergio Leone.

John Ford ? Parce que déjà, on y danse. Les rangers, insouciants des événements tragiques font la fête dans les environs de la gare. Et on n'hésite pas non plus à sortir le pistolet et tirer pour faire danser un pied-tendre de passage. Mais quand le devoir appelle, ils sont tout de suite prêts.

Sergio Leone ? Les bandits, comme ceux de Il était une fois dans l'Ouest attendent un train et se placent aux deux mêmes endroits : le bureau du chef de gare et le réservoir d'eau.

Mais ce qui est frappant (dans tous les sens du terme), c'est l'utilisation de la violence. C'est un véritable festival, en seulement douze minutes !

Les bandits, frappent, menacent et tuent si nécessaire ceux qui se trouvent en travers de leur chemin : le gardien du coffre et un passager font les frais de ces truands qui ont la gâchette facile. Le mécanicien aussi est tué : assommé par un brigand, il est achevé à coup d'objet contondant puis balancé hors du train. Ils font même sauter à la dynamite le coffre trop résistant pour eux.

Les rangers ne sont pas de reste. En effet, ils poursuivent ces méchants bandits et leur réservent un sort peu enviables : un par un ils sont abattus, sans autre forme de procès. Peu importe la sanction, ils ont été punis, la morale est sauve : le crime ne paie pas !

Nous sommes donc bien dans un western, qui s'il n'est pas fondateur - quoi que - offre aux spectateurs de 1903 une grande portion de sensations : cette attaque est très réaliste, tout comme la réaction des hommes de loi.

 

Mais ce qui fait (toujours) la notoriété de ce film, c'est le plan rapproché de Justus D. Barnes : un vrai cowboy, avec chapeau au bord rabattu et moustache bien fournie, vide son chargeur (six coups) en direction du public qu'il fixe sévèrement.

Ce plan aussi rapproché tranche complètement avec le reste du film constitué de plans d'ensemble. Cela donne une impression terrible juste à la fin du film.

C'est ce qu'on pourrait appeler un coup de publicité : les spectateurs ne pouvaient qu'en parler en sortant, encourageant ainsi d'autres personnes à venir voir un film aussi effroyable.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Christian-Jaque, #Erich von Stroheim
Les Disparus de St-Agil (Christian-Jaque, 1938)

St-Agil. Pensionnat de garçons.

A Saint-Agil, on trouve des élèves, bien sûr. On trouve aussi des professeurs : Planet l'insomniaque (Jacques Derives), Lemel l'alcoolique (Michel Simon) dit « Trois-Etoiles », Donnadieu le maître de musique (René Génin), Walter le professeur d'Anglais étrange et étranger (Erich von Stroheim) et Boisse, le directeur (Aimé Clariond).

Mais dans cet établissement, outre le surveillant d'internat (Martial Rèbe) et Mazeau le concierge (Armand Bernard), on trouve un drôle de personnage qui entre et sort à volonté, une espèce d'homme invisible (Robert Le Vigan)...
Et au milieu de tout ce beau monde : les Chiche-Capons. Un trio d'élèves mystérieux - Baume (Serge Grave), Sorgue (Jean Claudio), et Macroix (Mouloudji) qui ne rêvent que d'une chose : aller en Amérique.

Le premier qui disparaît, c'est Sorgue. Il tourne au coin d'un couloir, la caméra le suit et hop, il a disparu ! Après c'est Macroix, et après...

Le mauvais œil plane sur le pensionnat.

 

Les héros sont bel et bien les trois enfants, il n'empêche : ce sont les adultes qui retiennent l'attention. Il faut dire que la distribution est riche et les rencontres grandioses.

A tout seigneur, tout honneur : Erich von Stroheim. C'est avant tout un « étranger ». D'où vient-il ? Certainement d'un pays anglophone, au vu de son accent et de son élocution. Il semble qu'il ait une femme et un petit garçon. Mais c'est un homme seul : ses collègues ne lui parlent que très peu, voire pas du tout, on se méfie des étrangers à St-Agil. Il ferait même peur aux enfants. Pourtant, c'est le seul véritable pédagogue de cette institution, prenant même la défense des enfants contre certain professeur autoritaire et abusif.

Donnadieu et Lemel se méfient des étrangers. Nous sommes à la veille de la guerre (14-18 dans le film, 39-45 à sa sortie !), et les étrangers sont mal vus, la psychose des espions étant une habitude dans les temps troublés.

Mais, comme le dit le directeur : on n'a rien à lui reprocher.

 

Ce n'est pas le cas de Lemel. Michel Simon nous dresse un portrait haut en couleur de cet artiste raté, admirateur de Dürer et de la dive bouteille. Avec une moustache. On pourrait la comparer à celle d'un dictateur qui faisait fureur en 1938, mais si elle est peu soignée, petite et hirsute, trempant régulièrement dans un verre d'alcool, c'est d'abord la moustache d'un homme désespéré par son échec. Son allure lui importe peu. Alors entretenir cette moustache, non. Et il y a une recherche de dignité dans son allure couplée à un éthylisme prononcé qui touche au grandiose. Et en plus, il y a sa voix particulière : une véritable réussite ! Ses rencontres musclées avec Stroheim touchent à l'indigne avec superbe.

 

Le troisième professeur notable, c'est celui de musique. Donnadieu est le seul qui ne pense qu'à l'extérieur et à la guerre - inévitable selon lui - qui doit arriver. Chacune de ses interventions va dans ce sens. Alors évidemment, quand on bat le rappel en pleine nuit pour retrouver les enfants, sa réaction est prévisible (et attendue) : « Cette fois, ça y est ! C'est la guerre ! ».

Parmi les adultes, il est un autre trio qui s'apparente plus aux Pieds Nickelés qu'à autre chose : César (l'homme invisible !), Alexis (Albert Malbert) et Bernardin (Pierre Labry). Ce sont des bandits, mais de petit chemin. Seul César est un drôle de coco. Alexis et Bernardin sont deux pauvres bougres embarqués dans cette histoire plus (Alexis) ou moins (Bernardin) malgré eux.


Et puis il y a les dialogues. Du Prévert, même si ce n'est pas indiqué dans le générique. Et là encore, on n'est pas déçu :

« Bons ou mauvais, c'est toujours avec les étrangers que nous aurons la guerre » (Donnadieu)

« C'est pas marrant d'avoir quelqu'un qui lise derrière votre dos, surtout quand c'est quelqu'un qui sait pas lire ! » (Alexis)

« Il avait la tête des gens qui parlent beaucoup et... Font pas grand chose. » (César)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Landis
Un Fauteuil pour deux (Trading Places - John Landis, 1983)

Pour Max

 

C'est avec l'ouverture des Noces de Figaro (de Mozart, bien sûr) que tout commence.

D'un côté, le monde des riches : belle maison, serviteur, petit déjeuner au lit ; de l'autre misère, ou si ce n'est pas ça, ça y ressemble beaucoup.

Dans ce film, presque tout est à prendre sur un modèle double : d'un côté les riches et de l'autre les pauvres. Les bons et les méchants.

Sauf que les pauvres ne sont pas obligatoirement les bons, ni les riches les méchants. Enfin pas tous.

D'un côté, Louis Winthorpe III (Dan Aykroyd) : bonne famille, éducation irréprochable, Harvard, Yale (etc.). C'est un homme froid. Il aime une femme qui doit lui donner des héritiers. Ce n'est pas de l'amour, c'est du pragmatisme : sur son bureau, la même photo d'elle qu'à la maison.  De l'autre Billy Ray Valentine (Eddie Murphy) : école de la rue, mendicité... Il est le négatif (moral ET physique) de Winthorpe. Tout comme son homologue, il est le jouet d'une situation qui lui échappe totalement. Mais si Winthorpe a beaucoup de mal (qui n'en aurait pas ?), il se moule parfaitement dans son nouveau rôle. Entre les deux : Mortimer et Randolph Duke (Don Ameche & Ralph Bellamy).

 

Parce que le problème, ce sont ces deux vieux schnoques. Ils sont (scandaleusement) riches, et comme tous les riches, immensément radins. Et s'ils ont le même objectif dans la vie (faire de l'argent), c'est du point de vue éthique qu'ils s'opposent.

Pour Mortimer, tout est inné : c'est dans les gênes que se trouve la valeur. On naît du bon côté et tout s'enchaîne.. 

Pour Randolph, par contre, c'est l'environnement qui crée les conditions de réussite (ou non).

C'est sur cette opposition qu'ils vont s'affronter. Pour les départager, deux cobayes : Valentine et Winthorpe. Tout ça parce qu'un jour, Winthorpe, porteur d'un attaché-case de valeur est rentré dans Valentine qui ne demandait rien. Et comme en plus, Valentine est noir...

Parce que la question noire est l'un des cœurs du problème : ces deux vieux tromblons sont racistes : même si Randolph semble nourri d'idées progressistes, il n'est pas mieux que son frère, un petit blanc raciste et mesquin.

 

Nous sommes en 1982 (pendant le tournage). Ce sont ce qu'on appellera les années Reagan : des années où l'argent est le maître, où tout est bon pour en faire. Et tant pis pour ceux qui n'y arrivent pas. Valentine fait partie de cette dernière catégorie, alors que Winthorpe est le fer de lance de cette politique.

Mais avec ce pari, les données changent et Winthorpe passe de l'autre côté : il ne veut plus cautionner le système des Duke. Sauf que...

 

Sauf que Valentine est lui aussi passé de l'autre côté. Et rapidement il a pris conscience de la valeur des choses. Il ne cautionne plus la conduite de ses « amis » qu'il a invités chez son nouveau chez lui (« fuck'em!  dit-il à leur propos). Valentine n'est plus du côté des pauvres. Et le final ne contredit pas cela.

Avec tout cela, nous assistons à une belle comédie où l'argent est - sinon le fer de la guerre, du moins - le maître. Il n'y a pas de morale affichée : l'argent gagne. Et ceux qui avaient n'ont plus, et ceux qui avaient moins ont maintenant.

 

Il n'empêche que cette comédie bénéficie de deux atouts : Dan Aykroyd et Eddie Murphy. Dan Aykroyd, qui a longtemps amusé l'Amérique avec son complice John Belushi (malheureusement décédé d'une overdose) et Eddie Murphy, qui, en plus d'être noir [et qui fournit ainsi un critère d'embauche pour le film (ce fameux principe de tolérance cher aux Américains, mais qu'importe, Murphy est (presque toujours) irrésistible] est formidable dans le rôle de Valentine.

Ces deux stars sont en outre aidées de seconds rôles solides : Ophelia (Jamie Lee Curtis, qui n'a pas seulement une plastique) et Denholm Elliott, valet pas si dévoué que ça.

 

Et à la fin, qui a gagné ? Les hommes ou l'argent ?

 

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Biopic, #Abel Gance
Napoléon (Abel Gance, 1927)

Phénoménal.

Après Les deux Orphelines (David Wark Griffith, 1921) et Scaramouche (Rex Ingram, 1923), il était temps que les Français donnent leur version de leur Révolution.

Et là, on n'est pas déçu. Certes, Robespierre a toujours le mauvais rôle. Mais cette fois-ci, les ténors de la Révolution sont tout de même plus ressemblants. Et c'est aussi l'occasion d'avoir une séquence d'anthologie : La Marseillaise (voir plus bas).

Et c'est avant tout de Napoléon qu'il est question. De 1783 à 1796, nous allons suivre l'évolution dans le temps et dans la tête du dictateur le plus célèbre au monde.

 

Ca commence à Brienne, où Napoléon (Vladimir Roudenko) était interne. Il dirige une bataille de boules de neige, à quatorze ans, (déjà) comme un stratège. Et ça se termine aux portes de l'Italie, avant de commencer la Campagne.

Et entre les deux ? Des épisodes tirés des livres d'histoire. Tout y est : la boule de neige piégée ; la traversée de la méditerranée avec un drapeau tricolore en guise de voile ; la prise de la Redoute de Toulon ; et bien entendu Joséphine de Beauharnais (Gina Manès).

 

En plus d'un biopic, nous avons droit (encore une fois) à une leçon magistrale de cinéma.

Comme dans L'Aurore, nous avons droit à toutes les techniques cinématographiques existant : travellings, panoramiques, gros plans, caméra subjectives, montages parallèles, flashbacks... N'en jetez plus ! Et en prime, une séquence finale constitué par l'assemblage de trois plans côte à côte, accentuant le côté grandiose du personnage et de son destin.

C'est une féérie d'image. En plus de Gance, on note la présence de deux « migrants » russes (et pas des moindres !) : Victor Tourjanski et Alexandre Volkoff.

La caméra est presque toujours en mouvement, le montage est extrêmement rythmé, les images sont parfois teintées (rouge, bleu, jaune...). On en a plein les yeux.

Il y a une frénésie dans ce film que les images traduisent parfaitement : lors de la bataille de boules de neige, pendant la Marseillaise, le 10 août 1792...  C'est incroyable. A cela s'ajoutent des surimpressions d'images - jusqu'à cinq plans différents - qui terminent de nous submerger.

Et puis comme c'est Abel Gance, on a droit à une scène orgiaque : c'est le Bal des Victimes, qui tourne rapidement à la bacchanale, avec vin à gogo et danseuses dénudées. Du pur Gance, quoi !

 

Et Napoléon, c'est aussi - et surtout - celui qui l'interprète : Albert Dieudonné. Il ne joue pas Napoléon, il est Napoléon. Tout, dans son allure, sa démarche, son regard, sont les caractéristiques de « l'Empereur ». L'exaltation de Dieudonné suffit à amener le souffle épique qui manquait aux soldats qui feront la Grande Armée. Il y a dans ses yeux toute l'éloquence que ne nous permet pas d'entendre le cinéma muet. Et c'est pour ça que le cinéma muet est plus riche que le parlant.

Et puis il y a aussi le Napoléon plus intime : celui qui ne sait pas parler aux femmes qu'il désire, celui qui accepte une partie de colin-maillard avec les enfants de Joséphine. Il a autant de gaucherie que d'aptitude stratégique. Il en redevient humain, voire accessible. Ce sont d'ailleurs les seuls moments. Même en famille, il y a chez lui une supériorité que tous lui concèdent. Même avec sa mère, il est au-dessus. Ce n'est pas un fils normal.

 

Et bien sûr, il y a les moments de bravoures : les séquences « cultes », comme ils disent...

- La bataille de boules de neige : certes, elle fait partie de la légende dorée du Corse, mais il faut reconnaître que Gance en fait l'événement fondateur de la carrière de Napoléon. Comme lors de chaque grand moment du film, Gance a choisi d'utiliser une caméra au plus près de l'action, parfois subjective, parfois fixe, mais le plus souvent en mouvement. Cette séquence nous permet en outre de présenter un personnage qui sera témoin de l'ascension du héros, de Brienne à l'Italie : Tristan Fleury (Nicolas Koline).

- La Marseillaise : il y a trois grandes exploitation de cette chanson au cinéma. Celle de Michael Curtiz dans Casablanca, celle de Jean Renoir dans La grande Illusion, et celle-ci. Nous assistons à la naissance d'un hymne. Là encore, le montage de Gance et Marguerite Beaugé crée la magie. L'image est partagée en quatre puis en neuf parties avec tous ces gens qui chantent. Pour un peu, on entendrait Danton (Alexandre Koubitzky) chanter.

- La nuit du 10 août 1792 : c'est un montage parallèle entre la fin de la royauté et la fuite en bateau à travers la tempête. Il y a sans cesse un passage de l'Assemblée Nationale à la Méditerranée avec un mouvement de vagues. Le bateau est secoué par les flots pendant que l'Assemblée est secouée par les événements. Mais en plus, il y a un mouvement pendulaire de la caméra auquel s'ajoute une confusion des images due à la surimpression de cinq plans différents, le dernier apparaissant étant la guillotine !

- La veillée dans la Convention : Napoléon va partir pour l'Italie. Il vient une dernière fois se recueillir dans cette salle vide. C'est là qu'il rencontre les fantômes de la Révolution, Danton, Robespierre (Edmond van Daël), Marat (Antonin Artaud) et Saint-Just (Abel Gance soi-même) en particulier. C'est l'occasion de rappeler les garanties que donnait Napoléon quant à la sauvegarde de la Révolution - on sait ce qu'elles ont valu. Là encore, nous assistons à des surimpressions ( ce sont des esprits avant tout), mais il y a aussi cet homme face à son destin et son héritage.

- Aux portes de l'Italie : on change de format. Au lieu d'un 35mm habituel, on passe à un triptyque 3x35mm avec continuité (ou non) de l'image. Cela permet de grands panoramas mais aussi trois foyers d'actions dans une guerre qui s'annonce. C'est aussi là que Dieudonné-Napoléon prend toute sa dimension.

 

Trois cent trente-deux minutes de grand cinéma : du bonheur et beaucoup d'émotion.

 

 

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