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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #David Lean, #Biopic

Un homme bichonne sa moto. Puis, il s’en va faire un tour. Il fonce. C’est un aventurier moderne.

Mais il y a des cyclistes imprudents. Il fait une embardée, qui l’emmène vers la cathédrale Saint Paul, où l’on peut admirer son buste de bronze.

Reste une paire de lunettes de pilote, se balançant à une branche.

Un mythe vient de mourir.

T. E. Lawrence était devenu un mythe. Celui qui n’était un petit officier un peu fantasque était devenu un grand unificateur de l’Arabie.

Et ceux qui en parlent, ne sont pas ceux qui l’ont connu. Car qui l’a connu ?

Ceux qui l’ont connu ne sont pas à Saint Paul, ce jour-là. Ils sont morts ou restés au Moyen-Orient.

Mais quel destin. Rien ne pouvait dire qu’il deviendrait ce grand personnage, si ce n’est sa connaissance du désert ou de la culture arabe.

Alors Lean déroule.

Ce n’est pas le premier « biopic ». Hollywood en a fait déjà beaucoup en 1962.

Mais cette fois-ci, ce n’est pas Hollywood qui commande, ce sont les Anglais, sous couvert de Columbia Pictures. Et quand les Anglais filment l’histoire d’un autre Anglais…

Et ce qui n’était que la vie d’un être au destin sans pareil devient une fresque d’un demi-dieu.

Seul Cecil B. DeMille avait donné autant de flamboyance à un destin hors norme, dans Les dix Commandements (1956). Mais c’était du domaine biblique, donc sacré.

Ici, pas de religion, ou si peu. Lawrence d’ailleurs refuse la prédestination religieuse et se veut maître de son destin et que les hommes autour de lui le soient aussi.

Comme chez DeMille, le désert est présent, mais pas dans les mêmes proportions. Ce qui pour Moïse était un lieu hostile, devient un lieu de prédilection. Jamais le désert n’a été aussi bien filmé.

Alors que d’habitude, on fait du désert un enfer, ici, cela devient un endroit grandiose. Tout est gigantesque.

Et les hommes ? A l’échelle de ce lieu démesuré : minuscules. Même dans le quartier général du Caire, les soldats ne sont que de petits êtres dans un lieu trop grand pour eux.

Lean prend le parti de les filmer extrêmement petits dans un lieu extraordinairement beau.

Et Lawrence réussit parce qu’il aime cet endroit. Alors que les Arabes déclarent aimer les lieux d’abondance et de verdure, Lawrence maîtrise le désert : il bravera les conseils pour retrouver un égaré à pied, et reviendra, malgré le peu de chances qui lui étaient concédées.

L’atout de ce film, c’est Peter O’Toole. Son premier grand rôle.

Il est grandiose. Plus Lawrence que Lawrence lui-même, peut-être. Et sa ressemblance avec l’original donne encore plus de vraisemblance à l’histoire.

L’autre atout, c’est une distribution de luxe : Omar Sharif (shérif Ali), Anthony Quinn (Auda Ibu Tayi), Claude Rains (Dryden), Alec Guiness (Fayçal), Anthony Quayle (Colonel Brighton), Jack Hawkins (Général Allenby)…

Tous utilisés à bon escient. Alec Guiness, le fidèle d’entre tous les fidèles, depuis Les Grandes Espérances (1946) joue un sheik tout en retenue et fidèle à l’éducation anglaise qu’il reçut au Caire ; Omar Sharif, nouvelle star du cinéma mondial, qui tournera à nouveau avec Lean dans Dr Jivago (1965) ; Claude Rains, dans un rôle de politicien retors comme il savait bien les jouer (etc…)

Bref, trois heures quarante-sept de flamboyance profane, le tout accompagné de la musique inoubliable de Maurice Jarre, autre compagnon de route de David Lean.

Du grand art. Un énorme moment.

PS : Et les femmes dans tout ça ? Il est clair que c’est un film d’hommes. Peu de femmes, voire pas du tout. Elles sont entraperçues dans le camp d’Auda, et une poignée d’infirmières investissent l’hôpital turc de Damas. Pour les reste, rien. Pas une seule.

Doit-on en conclure que Thomas Edward Lawrence ne les prisait pas ? Peut-être. Surtout quand Auda remarque que le shérif Ali pleure quand Lawrence quitte le prince Fayçal (Alec Guiness)…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Richard Brooks, #Aventures

Trois ans après Lawrence d’Arabie, Peter O’Toole retrouve un grand rôle humain. Cette fois-ci, c’est un personnage ambigu. Il n’y a pas de grandeur, ni de grandiose ou de grande destinée chez Jim. C’est un homme normal. Mais avec des yeux merveilleux.

Ca commence comme beaucoup de films de marins : on s’embarque. Mais rapidement, on comprend que Jim Burke n’est pas fait pour la mer. Pour quoi est-il fait ? Seule la fin nous le dira.

Parce qu’en mer, malgré un bon début, ça vire au cauchemar. Lui qui rêvait de grandes actions se retrouve à déserter son navire – le Patna – en pleine tempête. Que voulez-vous, la peur fait imaginer le pire, alors on fuit.

 

Et au lieu de disparaître, il se dénonce et endosse la responsabilité de ce méfait.

Alors il va essayer de disparaître. Mais où qu’il soit, il sera rattrapé par son lourd passé.

Quoi qu’il fasse, il n’est rien d’autre qu’un ancien officier de marine qui a peur.

Et puis vient la rencontre : celle de Stein (Paul Lukas), qui a besoin d’un second pour arranger ses affaires mal en point du fait d’un général rebelle (Eli Wallach), épaulé par un félon (Curd Jürgens).

 

Cette rencontre, c’est sa deuxième chance. Il avait renié sa parole lors de la tempête, cette fois-ci, il n’en est pas question.

On assiste alors à la renaissance de ce personnage. Sa peur ne l’a pas quitté, mais son sens du devoir et de l’honneur l’emporte.

Cette quête vers la rédemption aboutira comme prévu. Parce que la rédemption se paie au prix fort.

Et Jim Tuan – « Lord Jim » - est prêt à payer ce prix.

Mais cette fin tragique n’est pas si triste que ça. Comme dirait la fille (Daliah Lavi), pourquoi pleurer les morts ? Et c’est dans les couleurs et les flammes que Jim gagne son rachat.

Richard Brooks signe ici une belle épopée où finalement l’action n’est pas la chose la plus importante, même si elle fait progresser l’action.

 

Non, ce que nous retenons, c’est l’abnégation de Jim, malgré sa peur, pour des gens dont il n’aurait jamais soupçonné l’existence, sans son malheur.

Parce que Jim ira jusqu’au bout, c’est incrit : il finit à Patusan. « Si on enlève us (nous), il reste de quoi faire Patna » – le navire maudit – déclare-t-il à la fille, quand le destin se met encore en travers de sa route, alors qu’il a touché au bonheur.

 

La force du film, c’est aussi la distribution. O’Toole est formidable, mais en face de lui, deux méchants assez réussis l’aident :

  • Eli Wallach, qui joue le rôle du général rebelle. Presque méconnaissable dans ce rôle d’oriental, il campe un méchant doté d’une certaine cruauté (voire une cruauté certaine), dont le seul moteur est l’or.
  • James Mason – Gentleman Brown – qui n’a de gentleman que le titre (ironique), mais qui se révèle extrêmement retors, sans véritable foi, ni loi. Juste l’appât de l’or…

Akim Tamiroff, qui joue Schomberg, est aussi d’une grande justesse, tout comme Paul Lukas (Stein), propulsé père spirituel de Jim. Et puis Curd Jürgens en renégat lâche et alcoolique est superbe.

 

Dommage que ce film n’ait pas été un succès. Il possède tout ce qu’il faut pour cela. Un beau film humain. Et puis de belles images des environs d’Angkor…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Michael Powell, #Drame

Moi, la danse, ça ne m’a jamais passionné. Et encore moins la danse classique. Mais impossible de ne pas tomber sous le charme du film de Michael Powell et Emeric Pressburger. Comment ne pas succomber à la grâce de Moira Shearer ? Même dans ses déplacements « naturels » Moira Shearer est gracieuse

Ce film décrit un ballet, fait vivre un ballet, est un ballet.

Il s’agit ici de la copie restaurée en 2009, à partir des pellicules originales de TechnicolorÓ. Une pure merveille.

Alors on se laisse porter par le sujet : le ballet.

On assiste aux entraînements, aux répétitions, au spectacle.

Ce qui est formidable dans ce film, c’est que c’est un film de danseur fait par des danseurs (sauf le réalisateur, mais il les a laissé faire).

On vit tout. O n sue à la barre, on a le trac quand la première arrive, et puis on se laisse aller quand le moment est venu…

Et puis il y a le ballet qui a donné son nom au film : les Souliers rouges.

C’est un conte d’Andersen.

Et Powell et Pressburger nous font vivre le ballet comme jamais il n’a été vécu (et jamais il ne le sera !)

Nous vivons le ballet. D’abord, nous sommes Vicky, mais rapidement, nous sommes son public. Nous voyons et sommes la jeune femme qui trouve les chaussons rouges.

Ce qui est fantastique dans ce ballet, c’est la nouveauté.

D’habitude on voit le ballet. Et puis c’est tout.

Mais ici, Powell (et Emmerich) nous font voyager au-delà.

Au lieu de voir le ballet tel qu’il est, nous voyons le ballet tel qu’il devrait être.

Au

E lieu de seulement voir des danseurs évoluer en musique, nous voyons ce à quoi chaque musique fait référence, ce à quoi chaque musique voit nous faire penser : alors, nous sommers fleurs, oiseaux, nuages… Mais nous sommes aussi tout ce qui naît de l’esprit des danseurs (surtout Vicky).

A mon avis, les Chaussons rouges est au ballet ce que Les Enfants du Paradis sont au mime : un sommet.

Et puis l’intrigue ?

D’un côté l’amour (Moira Shearer, Marius Goring), de l’autre la rationalité : Boris Lermontov (Anton Walbrook). Et finalement, c’est Boris qui gagne, mais à quel prix.

Pour une fois, l’amour n’est pas vainqueur. Tout simplement parce que Boris n’est pas capable d’aimer.

Sa première étoile le quitte pour se marier. Et Vicky fera des même.

Mais même si Vicky revient pour lui, finalement, il restera seul. Et c’est lui – chose incroyable – qui annonce que Vicky ne pourra danser à la première (dernière pour nous). Et pour cause : elle meurt dans les bras de son mari/amant.

Et la dernière chorégraphie, avec une tache de lumière pour remplacer la danseuse défunte apporte une touche d’émotion sublime (1).

Pas étonnant que ce film fut apprécié au-delà de tout.

  1. On pense bien sûr à La Pavlova (1881-1931) en hommage à qui l'orchestre de Saint-Pétersbourg joua La Mort du Cygne (Camille Saint-Saëns) devant une scène vide, le soir de sa mort.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Michel Hazanavicius, #Muet, #Comédie dramatique

Les Américains parlent de silent films (films silencieux) alors que nous disons tout simplement films muets. Alors The Artist n’est pas un film américain. D’ailleurs, c’est un film français.

Car ce film n’est pas silencieux. Il est muet. On n’entend pas les personnages parler. Mais le son a son importance. La musique, les objets, le chien… Et les claquettes.

Même si ce film est français, nous assistons à la grande mutation qu’a connu le cinéma américain entre 1927 et 1929 : l’avènement et la pérennité du parlant.

Alors il y a du drame. Mais ce n’est pas celui d’une star qui n’a pas de voix. C’est celui d’une star qui ne veut pas avoir de voix.

Cette star, c’est George Valentin (Jean Dujardin, formidable). C’est un croisement de ce que faisait le cinéma muet : il possède l’allure de Max Linder, la silhouette de Fantômas, il bondit et brette comme Douglas Fairbanks, dont il a la fine moustache, et d’ailleurs, nous pouvons même apercevoir un extrait de The Mark of Zorro (Fred Niblo, 1920), parmi les films qu’il aurait tournés.

C’est aussi à John Gilbert que nous pensons, en regardant la déchéance du héros. Mais Gilbert n’a pas eu la chance de Valentin, même si lui aussi pouvait compter sur une star pour l’aider (Greta Garbo, excusez du peu).

George ne veut pas parler. Même chez lui, il refuse de s’expliquer avec sa femme (Penelope Ann Miller). Quand il rêve, tout fait du bruit : le verre qu’il pose, les objets sur le cabinet de toilette, le téléphone, le chien qui aboie, les filles qui passent, même la plume qui tombe. Et lui qui veut crier : rien ne sort !

Alors on suit la déchéance de George – un vieil acteur du muet – ainsi que l’ascension irrésistible de Peppy Miller (Bérénice Béjo, superbe), jeune actrice prometteuse au grain de beauté (beauty spot) qui la rend « différente ».

La scène qui rend le mieux cette déchéance est celle qui suit le visionnage du bout d’essai parlant. George en sort hilare, convaincu du caractère passager de cette technique, au grand dam du directeur (John Goodman, toujours impeccable). Il descend l’escalier, résolu à tourner un nouveau film muet, alors que Peppy monte, ayant signé pour la même compagnie de cinéma. Ce sera la star montante, alors que George s’enfoncera. D’ailleurs, dans son film muet, son personnage disparaît dans des sables mouvants.

Cette croisée des destins s’affiche dans les rues : alors que George erre, on joue Lonely Star (star/étoile solitaire) dans un théâtre, et Peppy fera un triomphe avec Beauty Spot. Autre film qui souligne l’action : alors que George, ruiné, oublié, est soutenu (en cachette) par Peppy, il se rend voir son dernier film qui s’intitule (comme par hasard…) Guardian Angel (ange gardien).

La déchéance de George s’intensifie : il a les cheveux qui grisonnent, sa veste est tachée, sa moustache s’est épaissie. Seul son chauffeur (James Cromwell, merveilleux) lui est resté fidèle. Il flâne, rêve devant une tenue de soirée… C’en est trop.

Alors arrive la grande scène dramatique, où George tente de se suicider – permettant à Kim Novak de s’indigner – sur la musique de la scène d’amour de Vertigo. Détournement ? Oui. Et alors ? Cette musique prévue pour un amour tragique n’est pas si déplacée, en fin de compte.

Au final, Michel Hazanavicius ne peut s’empêcher d’insérer quelques voix. Un peu comme l’avait fait Charles Lane dans Sidewalk Stories, laissant la parole aux gens de la rue dans la dernière minute de son film. Et le parti pris de faire un film muet, à l’ancienne, au temps du numérique montre bien que finalement, le cinéma, c’est une belle histoire, des images pertinentes qui la soutiennent et des acteurs expressifs qui croient en ce qu’ils font, sans pour autant faire « des grimaces » et surjouer.

Et des dialogues ? On peut aussi s’en passer. Et puis de toute façon, Michel Audiard est mort.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #George Romero, #Horreur

Barbara et son frère John vont se recueillir sur la tombe de leur père. Enfin surtout Barbara, parce que John n’est pas très religieux.

Ce n’est pas la première fois, puisqu’ils venaient souvent ici enfants. Et John s’amusait à faire peur à Barbara. On s’amusait bien, quoi.

Alors aujourd’hui, John fait comme avant, imaginant que le bonhomme qui se dirige vers eux est une espèce de revenant ou quelque chose dans ce genre.

Sauf que cette fois-ci, c’est vraiment un revenant. Hagard, les gestes saccadés, traînant les pieds plutôt que marchant, il attaque John et le tue…

Barbara se réfugie dans une maison proche. Elle est rejointe par Ben, un jeune homme noir qui a pris la mesure des choses, Barbara étant prostrée, suite à son aventure.

Le siège de la maison va commencer. Ils sont six à l’intérieur (plus une enfant), les zombies se rapprochent…

George Romero signe ici un film dans la droite lignée des films catastrophe des années cinquante, du temps du maccarthysme. Mais ce ne sont pas des créatures venues de l’espace. Non, seulement des radiations qui ravivent les récents trépassés. Mais la menace est on ne peut plus présente, comme autrefois. Ici, pas de menace mondiale, juste une « épidémie » locale, mais qu’il faut tout de même enrayer.

Mais alors que les films de menace extraterrestre restaient assez soft, ici, pas de demi-mesure. On ne nous épargne rien : ni le sang des victimes, ni les effets des coups sur les corps, voire les visages.

Mais l’habileté de Romero réside dans son utilisation du noir et blanc. En effet, jamais nous ne voyons la véritable couleur du sang, qui pourtant est omniprésent. Alors que les suites – plus ou moins superflues, cela dépend des goûts – seront tournées en couleur, ici, le noir et blanc renforce un aspect documentaire-fiction. De plus, l’utilisation du noir et blanc permet l’insertion plus facile de flashs télévisés, renforçant le côté vraisemblable du film (la télévision couleur n’étant pas très répandue en 1967-68).

Le noir et blanc permet aussi un effet plus adouci de la curée cannibale des morts-vivants. Malgré tout, les images sont assez fortes voire marquantes.

Un autre intérêt du film est l’utilisation de Duane Jones pour le rôle principal. N’oublions pas que les acteurs noirs, dans les films de réalisateurs blancs, n’étaient que rarement au premier plan, que la ségrégation, si elle n’était plus légale, n’avait pas encore totalement disparu. Mais depuis Dans la Chaleur de la nuit (1967) avec Sidney Poitier, la tendance était en train de s’inverser.

Et en prime, une fin absurde, juste assez cependant pour parler d’humour noir (sans mauvais jeu de mots !).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Justice, #Henri-Georges Clouzot
La Vérité (Henri-Georges Clouzot, 1960)

Quel film ! Quelle actrice ! Oui, c’est bien de Brigitte Bardot que je parle. Ce n’est pas encore la mémère qui veut protéger les animaux, mais une jeune femme qui est utilisée à bon escient par l’un des grands maîtres du cinéma français : Henri-Georges Clouzot soi-même.

Alors qu’elle était plutôt utilisée pour sa plastique que pour son jeu, ici, le maître l’a tellement poussée dans ses retranchements pour lui tirer ce qu’elle avait de meilleur en elle, qu’elle a failli terminer comme son personnage !

Pour une fois, Bardot a un rôle avec de la profondeur, de l’épaisseur. Elle est autre chose que l’espèce de nunuche aux belles formes qu’on voulait lui faire jouer. Bien entendu, on aperçoit ses fesses (« Et mon cul, c’est du poulet ? », s’exclame-t-elle), mais ce n’est pas un argument de vente. C’est dans la logique du personnage de Dominique Marceau, cette jeune femme qui aime et est aimée.

 

C’est une jeune femme qui, à cause de l’amour, a tué Gilbert (Sami Frey), son amant.

Parce que son vrai problème, il est là : elle l’a aimé et l’aime toujours, même mort.

Tous les étudiants qu’elle fréquente la trouvent irrésistible. Elle couche avec eux, sans souci, sans conséquence, sans espoir du lendemain, juste parce qu’elle a envie elle aussi.

Dominique Marceau, c’est l’archétype de la jeune femme moderne, celle de l’après-guerre, qui, avec ses amis étudiants, veut changer la société, et pourquoi pas « jouir sans entrave ».

Mais la société n’est pas prête à ça. Pas encore. Il faut attendre un certain mois de mai pour que cette façon de vivre soit acceptée, et encore, pas par tout le monde.

Et le procès de Dominique, c’est avant tout le procès de cette mentalité, et c’est Michel – l’un de ses premiers amants – qui le dit le mieux à l’adresse du tribunal : « Vous êtes des adultes, vous ne pouvez pas comprendre. Il faudrait que Dominique soit jugée par des jeunes. […] Nous pensons autrement. »

 

Il est clair que les protagonistes du procès – Paul Meurisse mis à part – ne sont pas de la première jeunesse. Et la conduite de Dominique est considérée selon un point de vue peu moderne : ce n’est rien qu’une salope, sinon plus !

Et pourtant, la plus belle saloperie du film ne vient pas d’elle. Et si elle est coupable, c’est d’avoir aimé. D’avoir aimé Gilbert qui lui, finalement, ne l’aimait pas.

La voilà la vérité, celle qui éclabousse (la mémoire de la victime) et que Charles Vanel, avocat de la défense a très bien saisie.

Mais hélas, ce n’est pas cette vérité que le tribunal veut entendre. Alors on la musèle, on l’exclut des débats.

 

Au-delà de cette histoire, Clouzot nous brosse un tableau de cour d’assise peu flatteur. Et les joutes entre Paul Meurisse et Charles Vanel ont une force et une rouerie assez formidables. Ces deux ténors du barreau, avant et après le procès sont d’une courtoisie voire d’une estime flagrante, mais une fois que le rideau se lève, nous assistons à un duel sans merci, à coup d’arguments solides. Si le sujet du film n’était grave, on pourrait parler de comédie judiciaire tant les deux avocats (sur)jouent leur rôle avec brio, comme on attend d’eux de le faire. Le tribunal devenant un lieu de spectacle et non un endroit où on rend la justice, au grand dam de Dominique, qui devient à son tour victime de cette farce.

 

Et puis il y a le savoir-faire de Clouzot : un montage dynamique où les personnages se répondent d’une scène à l’autre. Un régal pour les yeux.

 

Du grand art !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Alfred Hitchcock, #Espionnage

Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Hitchcock :

D’habitude, dans les films noirs, on donne rendez-vous la nuit (sans lune si possible), sous la pluie. Alors, une voiture noire passe et on entend une mitraillette qui fauche tout le monde.

Mais là, pas de nuit, c’est en plein après-midi, ensoleillé. Pas un nuage. Une première voiture noire passe, mais ne s’arrête pas, malgré les attentes du héros. Une seconde voiture apparaît, comme surgie de nulle part. Noire, aussi. Un homme descend.

Manque de pot (pour notre héros qui lui parle), il est venu attendre le bus. D’ailleurs, le bus l’emmène. Toutefois, il a eu le temps de remarquer que l’avion qui désherbe les récoltes intervient là où il n’y en a pas…

Alors notre héros se retrouve seul, et bing ! C’est le moment que l’avion a choisi pour lui foncer dessus, avec mitrailleuse à l’appui !

Notre héros, répondant à son instinct, se réfugie dans les cultures, à l’abri.

N’oubliez pas que c’est un avion qui désherbe. Alors évidemment, il passe au-dessus et lâche son désherbant, faisant sortir notre héros…

Et ensuite ? Ensuite, l’avion s’écrase et la musique reprend. Toute cette scène, mis à part l’échange avec l’usager du bus fut muette, voire silencieuse.

Du grand art.

 

Nous sommes ici dans l’un des sommets d’Hitchcock. Depuis son arrivée aux Etats-Unis, il ne cesse de monter en puissance. Le film précédent, c’était Sueurs froides, son dernier film avec James Stewart. Cette fois-ci, il dit adieu à Cary Grant en lui offrant l’un de ses rôles emblématiques : Roger Thornhill/George Kaplan. Le film suivant ? Rien de moins que l’incomparable Psychose.

Nous sommes, là encore dans un film de confusion d’identité. Après Le faux Coupable, où Henry Fonda était pris pour un autre, Sueurs froides où Kim Novak se faisait passer pour une autre, nous avons Cary Grant qui est pris pour celui qu’il n’est pas, mais cette fois-ci pour un malheureux concours de circonstance : on appelle M. Kaplan au moment où Thornhill cherche un téléphone… La méprise peut s’expliquer, et le génie de Hitchcock fait le reste.

Tout l’accuse, même la femme qu’il aime (et qui l’aime).

 

A propos d’aimer, Hitchcock est arrivé à un cap. Alors que ces personnages précédents s’embrassaient à bouche-que-veux-tu (Les Enchaînés), ici, les références sexuelles sont claires. Il n’est jamais question d’amour platonique. Eva (Marie Saint) couche avec VanDamme et a couché avec Thornhill.

Qu’importe, la société américaine est en train de changer, et Hitchcock évolue avec elle.

Il suffit de voir son film suivant pour s’en convaincre : Psychose et la scène extraordinaire de la douche (voir critique ultérieure).

 

Mais il faudra attendre encore cinq films avant que cet ancien élève des jésuites franchisse le pas et filme une vraie femme nue dans Frenzy.

Pour le reste, nous trouvons un casting qu’on qualifierait « de luxe » avec pas moins que James Mason et Martin Landau dans les rôles des méchants. Et en guest star, les quatre présidents américains du Mont Rushmore.

Que du beau monde !

 

Et pour ceux qui ne croiraient pas à mes élucubrations sexuelles autour du film, je pose la question :

Pourquoi, une fois que cette nouvelle Mme Thornhill a réussi à grimper sur le lit, le train entre-t-il dans le tunnel ? Hein ?

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Sturges, #Steve McQueen, #Western

Bien entendu, il s’agit du remake des Sept Samouraïs. Et comme nous connaissons les Américains – ceux qui n’ont pas daigné ajouter Victor Hugo au scénario du Bossu de Notre-Dame (1996) – pas besoin de signaler que le grand Kurosawa avait déjà traité cette histoire.

Malgré tout, ne boudons pas notre plaisir.

Nous retrouvons donc la même histoire, transposée dans un village mexicain où un bandit de grand chemin – Calvera (Eli Wallach, merveilleux de grandeur canaille) – passe et emporte tout. McDo avant l’heure.

Mais quand Kurosawa prenait le temps de suivre les paysans, Sturges, lui, s’occupe essentiellement des mercenaires.

Ici aussi, ils sont sept, et leurs caractéristiques sont parfois très similaires :

  • Chris (Yul Brynner) est leur chef, c’est un homme d’honneur et un bon juge de la valeur des gens. (Kanbei chez Kurosawa)
  • Vin (Steve McQueen), est le bras droit de Chris, et s’il n’est pas ami de prime abord avec Chris, il va le devenir. Il correspondrait à Gorobei, l’ami de Kanbei.
  • Chico (Horst Buchholz) est le plus jeune. Il est aussi d’origine paysanne. Il fait partie des gagnants de la fin. Son personnage est un mélange de Kikuchiyo et de Katsushiro : Kikuchiyo pour le côté paysan-guerrier et Katsushiro pour l’histoire d’amour.
  • Britt (James Coburn) est – à mon avis – le personnage le plus fascinant, comme l’était Kyuzo dans la première version. Là encore, il tue un homme en duel, malgré lui, pour prouver sa véritable valeur.
  • Bernardo O’Reilly (Charles Bronson), le seul à avoir un nom de famille, est recruté alors qu’il coupe du bois pour manger, comme le faisait Heihachi.
  • Harry (Brad Dexter) est le seul vrai ami de Chris, mais il ne correspond pas vraiment à un personnage de Kurosawa. De même que Lee (Robert Vaughn) est un pistolero qui a peur, ce qu’on ne trouve pas auparavant.

 

Le recrutement se fait assez rapidement, sans rentrer dans les détails, que ce soit sur le passé des mercenaires ou de la vie des paysans dans la ville frontière.

Il faut dire que le film de Sturges possède une heure vingt minutes de moins. Il est donc évident que tout le contexte des personnages, paysans et guerriers, est accessoire. On se concentre sur le principal : comment arriver au règlement de compte final. Mais sans pour autant exclure les péripéties dans le village : absence de filles, gens qui meurent de faim, aménagement et préparation du siège. C’est dans cette partie villageoise qu’il faut retrouver la plus grande fidélité au film de Kurosawa, avec toutefois une expéditivité plus flagrante. Là où Kurosawa prenait son temps, Sturges enchaîne les scènes avec plus de diligence.

 

Il faut dire aussi que tuer un adversaire au pistolet prend beaucoup moins de temps qu’au sabre, surtout si les ennemis entrent un par un dans le village.

Malgré tout, nous sommes dans un western de qualité, avec une violence assez marquée (une quarantaine de morts violentes tout de même !), avec des détails pas toujours très propres : traces de sang, hache dans le dos… Là où Kurosawa suggérait plus qu’il ne montrait les mises à mort.

 

Et puis il y a la musique de Bernstein (Elmer), qui souligne l’action (les accords dramatiques quand Harry se fait tuer, par exemple), ou exalte le côté magnifique (« magnificent » dit le titre) de cette aventure.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #Comédie, #Georges Lautner, #Michel Audiard
Les Barbouzes (Georges Lautner, 1964)

Dans un opéra, pendant l’ouverture, le compositeur expose les thèmes de l’intrigue. Il en va de même ici, Lautner nous présentant les forces en présence ainsi que leurs caractéristiques techniques. Ouverture, donc : Dans un train, des gens s’entretuent : poussée hors du train, poignard, flingue, gaz. Rien que de très banal, quand il s’agit d’espionnage. Ce qui est notable, toutefois, c’est la ressemblance des protagonistes avec les acteurs principaux. Mais le ton est donné, et en plus des agents (très) spéciaux habituels, il y aura des orientaux.

Pour le reste, des espions plus vrais que nature. Des rois du mensonge, de l’assassinat et des bons mots.

 

Francis Lagneau, (« dit Petit Marquis, dit Chérubin, dit Talon rouge, dit Falbala, dit Belles Manières ; mais aussi dit Requiem, dit Bazooka, dit La Praline, dit Belle Châtaigne. ») est un homme simple. Il part en vacances avec sa femme et ses enfants, comme d’habitude, sauf que cette fois-ci, ils devront partir sans lui, service de la France oblige (Lino Ventura). L’abbé Cafarelli, chanoine de renom, spécialiste des arthropodes de la classe des arachnéides (des scorpions, quoi), citoyen helvétique (Bernard Blier). Boris Vassiliev, prolétaire notoire, dit TriNitroToluène (Francis Blanche). Le bon docteur Müller, enfin, célèbre praticien allemand (Charles Millot). Le Commodore O’Brien, enfin, agent américain, grand nageur (Jess Hahn). Et au milieu de tout ce beau monde, la belle Amaranthe, femme d’un magnat décédé, Antoinette Dubois à la ville (Mireille Darc).

 

Tourné à la suite des Tontons flingueurs, on y retrouve beaucoup de monde : en plus des trois têtes d’affiche, on peut reconnaître Philippe Castelli et sa diction traînante de titi parisien (le standardiste à Istanbul…), Jean-Pierre Moutier (le chef de cabinet) et Robert Dalban (le futur retraité).

 

Bien entendu, on s’amuse des péripéties improbables de ces agents à la manque, dont le seul intérêt réside dans les répliques de Michel Audiard. Même si toutefois, on n’atteint pas les sommets des Tontons flingueurs. Tout de même :

« Un chinois vient de tomber de la terrasse, il est mort ! - Du calme mon enfant, un client part, un autre arrive... » (Castelli)

« Enfin écoutez Mme Pauline, faut tout de même voir les choses en face ! La chambre des glaces, le boudoir chinois, les fillettes au salon... dans ma jeunesse ça s'appelait un bordel... - Oh bien sûr, si vous jouez sur les mots ! On leur fait dire c'qu'on veut, aux mots ! » (Ventura & Françoise Giret)

« …la retraite faut la prendre jeune. - Faut surtout la prendre vivant. » (Dalban & André Weber)

« Vous savez, quand un monsieur inconnu ramène chez vous votre mari mort, dynamite la salle de bains et jette les visiteurs par la fenêtre, on prend l'habitude de ne plus s'étonner de grand chose... »

Et bien entendu, l’incontournable « Un barbu, c'est un barbu...Trois barbus, c'est des barbouzes ! » (Ventura)

Alors, accrochez vos ceintures, et en route pour 1 h 47 de plaisir, et « si on vous demande l’heure, du feu, ou le chemin de la mer… - On flingue ! »

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Hal Roach, #Aventures

Décidément, ce n’est pas le jour de Tumak (Victor Mature). Après avoir tué sa proie, il est chassé du clan des Pierres. Puis, il est chassé par un mammouth mécontent. Comme si ça ne suffisait pas, le mammouth déracine l’arbre dans lequel il s’était réfugié et l’envoie dans la rivière. Alors il dérive… Jusqu’au campement du clan des Coquillages, où il est recueilli par Loana (Carole Landis) et les autres coquillages.

Alors que les Pierres sont individualistes, les Coquillages sont organisés. Mais Tumak ne s’intègre pas et est à nouveau chassé, suivi par Loana, qui le trouve à son goût…

Mis à part la coexistence entre les dinosaures et les humains, on pourrait dire que ce film d’Hal Roach résume bien ce qu’on savait des temps préhistoriques en 1940 : chasse pêche et cueillette pour se nourrir, les pierres taillées, les bijoux, la musique, le rire… Evidemment, nous sommes loin d’Yves Coppens, et ce film n’est pas un documentaire.

Pourtant, si on fait abstraction de ce qui vient d’être mentionné, le film est plaisant à voir, universel (pas de parole intelligible), et tout de même impressionnant. Que de chemin parcouru depuis King Kong !

Les animaux préhistoriques sont, certes, des lézards magnifiés, mais il faut reconnaître que le rendu est plus fluide que lors du chef-d’œuvre de Cooper & Schoedsack.

L’éruption volcanique est le sommet du film. Ce qui commence comme une colline qui pète se révèle une magnifique catastrophe. Tout s’écroule, la terre s’ouvre et engloutit les prédateurs, la lave (en fusion, ça va de soi) se répand comme un tsunami inéluctable, visqueuse et enflammée, qui à son tour engloutit tout ce qui est sur son chemin. Hal Roach va même jusqu’à faire périr un de ses protagonistes dans cette marée incandescente !

Pour le reste, nous sommes au moment où l’homme apprend la socialisation, et les deux clans, si différents au début, après l’épreuve ne feront plus qu’un.

Alors ne boudons pas notre plaisir, et savourons cette (fausse) chronique préhistorique, en souriant à propos du code Hays : Tumak et Loana – à l’instar de Tarzan & Jane – s’en vont dans le soleil couchant avec le fils que la nature leur a donné, celui de la femme qui fut engloutie par la lave.

Ce qui règle une bonne fois pour toute les histoires sexuelles éventuelles ! [Même si Tumak et Loana passent une nuit ensemble au sommet d’un arbre…]

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