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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Robert Guédiguian

Chez Guédiguian, il n’y a pas de super-héros. Que des êtres humains. Marius et Jeannette étaient humains, le promeneur du Champ de Mars aussi. Alors évidemment, dans ce film, il n’y a que des humains.

Et peut-il en être autrement ?

Peut-être, au regard de la situation. Pendant l’Occupation, peu étaient ceux qui résistaient. Mais qu’en plus, des gens d’origine étrangère se battent pour un pays qui « n’était pas le leur » relève d’un haut degré de sacrifice. Et puis les héros, ce sont ceux qui sont morts, les autres survivent.

Parce que là, les personnages que l’on suit vont mourir. On le sait avant le début du film, tout le monde a en mémoire l’Affiche rouge reproduite dans les manuels scolaires d’Histoire.

Alors nous allons suivre ce groupe de vingt-deux hommes et d’une femme pendant trois ans. Le temps qui a séparé le début de l’offensive allemande en Russie et leur arrestation.

D’ailleurs, le film commence au moment de leur arrestation, quand ils sont convoyés vers le siège des Brigades spéciales– la Préfecture de Police – pendant que leurs noms sont cités avec la mention « mort pour la France ». On pourrait aussi ajouter mort par la France, vu que c’est cette organisation de l’Etat français qui les a livrés aux allemands.

Nous suivons donc leurs vies, leurs amours, leurs occupations. En particulier Missak Manouchian (Simon Abkarian) et Marcel Rayman (Sagamore Stévenin). Si Rayman était très jeune (18 ans au début du film), intrépide et tête brûlée, il n’en va pas de même pour Manouchian. Avant toute chose, il était poète et répugnait à prendre la vie d’autrui. Cette « éthique » sera balayée à la première action. Après, c’est bien connu, c’est plus facile.

Alors on suit – admiratifs, tout de même – ces vies brèves dont le destin était tracé.

Je ne m’étendrai pas sur les critiques historiques que le film a soulevées. Ca n’est pas mon propos. Il s’agit d’une histoire vraie, certes, mais c’est avant tout un film. Et le message est clair : ces gens-là se sont battus pour le pays qui les a accueillis, malgré l’hostilité des dirigeants de ce même pays.

Soixante-douze ans après leur exécution, ces hommes et cette femme sont toujours d’actualité. Si on étudie la liste des vingt-trois, que constate-t-on ? Seuls trois d’entre eux peuvent dire qu'ils sont « français . Les autres ? Ce sont des étrangers. Des gens qui ont fui leur pays pour différentes raisons, mais essentiellement pour échapper aux fascistes.

C’étaient des « migrants », quoi.

Pas mal, pour des migrants, non ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Martin Scorsese, #Robert de Niro

Une voiture qui roule dans la nuit. Au volant, Henry (Ray Liotta). A côté de lui, Jimmy (Robert de Niro), à l’arrière, Tommy (Joe Pesci).

Et puis dans le coffre, Batts (Frank Vincent), l’homme de trop.

Nous sommes en 1970. Depuis bientôt 15 ans, le trio travaille avec et pour Paulie (Paul Sorvino), le mafioso local.

Alors nous suivons l’histoire de Henry Hill, qui depuis son enfance a toujours voulu devenir gangster : la vie facile, le respect (apparent), l’argent qui coule à flot. Et cette histoire s’étale sur environ vingt-cinq ans. Et ce qui commence (presque) comme un conte de fées tourne doucement, mais inévitablement au cauchemar. C’est tour à tour Henry puis sa femme Karen (Lorraine Bracco) qui narrent les péripéties auxquelles nous assistons. Arrêtant carrément l’image, quand nous assistons à un tournant des relations entre les protagonistes.

D’homme de main, Henry devient décideur et le trio Henry-Jimmy-Tommy élabore des coups de plus en gros, et de plus en plus variés.

Oui, le film est violent. Il faut dire que le sujet n’est pas une bluette. Et puis à l’origine, c’est une histoire vraie. On retrouvera cette même violence dans Casino, six ans plus tard, avec les mêmes de Niro et Pesci. Pesci trouvant un autre rôle de dingue, encore plus violent.

Mais c’est Henry qui nous intéresse. Nous assistons à sa descente aux enfers progressive. Ses démêlés avec sa femme, avec ses « copines », ses trafics.

Et quand la situation s’enlise irrémédiablement, Scorsese envoie le rock : Gimme Shelter, Layla, Mannish Boy… Nombres de standards s’enchaînent pour accompagner la chute, jusqu’à l’issue inévitable aussi : dénoncer les autres pour se sauver.

Un autre atout du film est la reconstitution des différentes époques : les intérieurs, les vêtements et les coiffures des femmes évoluent avec le temps. Seuls les hommes évoluent peu, les cheveux devenant de plus en plus blancs. [Par contre l’intérieur de Henry & Karen, dans les années 70, a tendance à piquer les yeux des spectateurs actuels…]

Il n’y aura même pas la rédemption chère au cinéma américain : Henry ne regrette qu’une chose, ne plus être gangster.

Parce que comme toujours chez Scorsese, le personnage essaie de sortir d’une condition, de s’élever (si on peut parler de s’élever dans une telle vie !). Mais la vie, inéluctablement le ramène à sa position initiale. Et Henry finira dans la peau de celui qu’il n’a jamais voulu être : un clampin comme les autres, qui croit vivre alors qu’il est déjà mort.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Pierre Granier-Deferre
Adieu Poulet (Pierre Granier-Deferre, 1975)

Rouen, 1975.

Des colleurs d’affiches. Des gros bras ennemis : bagarre, coup de feu. Un mort. Un flic.

C’est Portor (Claude Brosset) qui a fait le coup. Portor, c’est un gros bras de Lardatte (Victor Lanoux), qui, lui, mise beaucoup sur l’élection qui arrive.

Mais avec ce mort, c’est la police qui met le nez dans l’histoire. Et la police est dirigée par Vergeat (Lino Ventura), un super-flic. Alors, évidemment, à un moment, ça va mal aller pour Portor, et par ricochet, pour Lardatte.

Nous sommes dans la France de Giscard d’Estaing, le milieu des années 70. C’est la fin des trente glorieuses. Le chômage n’est encore qu’un vague souvenir, il deviendra bientôt un fléau. C’est aussi la période du tout-auto : R16, 304, R12, et bien entendu le J9 qui sert de panier à salade. Et puis ce sont les cravates pour tous. Pas question encore d’avoir le cou libre.

Et du point de vue coiffure : rouflaquettes et cheveux un tantinet longs sont – bien entendu – de mèche !

C’est aussi la période du cinéma engagé. Celui qui dénonçait certaines dérives : policière, judiciaire, politique… Et ici, on n’y coupe pas : Portor, truand notoire, est employé par une homme politique pas très scrupuleux… Et c’est cette collusion que dénonce Pierre Granier-Deferre.

Enfin, c’est l’occasion de retrouver quelques grands noms du second rôle français : Tornade, Guiomar, Peyrelon, Beaune, Zardi, et même le figurant le plus vu de cette époque, Lionel Vitrant !

Alors on se laisse faire en suivant l’enquête de Vergeat/Ventura, flanqué d’un sacré partenaire : Patrick Dewaere. Flic nihiliste (quoique…), écolo et buveur : un sacré numéro, quoi !

Du beau cinéma français de cette période.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Julien Duvivier, #Jean Gabin
La belle Equipe (Julien Duvivier, 1936)

Enfin !

Enfin, nous pouvons revoir ce merveilleux film. Les batailles juridiques, les accords des héritiers, tout ça, c’est fini.

Alors on savoure…

 

Ils étaient cinq garçons. Unis, comme les doigts de la main :

  • Jean, dit Jeannot, peintre en bâtiment (Jean Gabin) ;
  • Charles, dit Charlot, menuisier (Charles Vanel) ;
  • Raymond, dit Tintin, couvreur (Raymond Aimos) ;
  • Mario, maçon (Raphaël Médina) et accessoirement espagnol interdit de séjour suite à ses positions politiques (nous sommes avant la guerre civile) ;
  • Jacques, électricien (Charles Dorat).

Mais nous sommes dans les années 1930, et comme beaucoup de gens à la même époque, ils ne sont plus que chômeurs. Et c’est bien connu :

« C’est toujours les mêmes, les chômeurs. (le patron du Roi d’Angleterre) - Comme les salauds… (Jean) »

Mais ce soir, ils ont gagné. Leur numéro de loterie est sorti, alors fini la galère, bienvenue dans un monde de félicité(s).

Ensemble, ils décident d’ouvrir une guinguette (sur les bords de la Marne, évidemment) à partir des restes d’un ancien lavoir qu’ils retaperont. Et ça tombe bien, ils sont du bâtiment !

Alors ils se mettent au travail. Et quand tout se présente bien, la tempête se lève et emporte leurs illusions.

Parce que Mario est fiancé au premier élément féminin du film, Huguette (Micheline Cheirel).

 

Et dans ce film, les éléments féminins sont primordiaux.

A cause d’Huguette, ou plutôt parce qu’il l’aime, Jacques partira au Canada. Parce qu’on ne fait pas ça aux copains. Restent quatre copains.

Et puis l’ouverture approchant, on assiste à une répétition générale : ils invitent les copains et font la fête. Mais Tintin monte sur le toit planter le drapeau des travailleurs, la musique commence, il se met à danser… Et il tombe, se tuant sur le coup. Restent trois copains…

 

L’autre élément féminin, c’est Gina (Viviane Romance). Et si Huguette est une bonne petite fiancée, dévouée, faisant la cuisine pour les garçons, il en va tout autrement de Gina. Ancienne femme de Charles, elle rapplique quand elle entend dire que la situation financière de son ex-mari a changé. Autant le dire tout de suite, c’est une sacrée salope ! Mais alors, quelle actrice ! C’est par elle et à cause d’elle que ce film, dont nous avons enfin la fin prévue par Spaak et Duvivier, se termine aussi mal. Parce que ce n’est un secret pour personne : malgré le souhait des producteurs de donner une fin heureuse, nous sommes dans les années 1930, en France, alors ça se termine mal.

 

Ce film, avec Le Crime de Monsieur Lange (Jean Renoir, 1937), est celui qui rend le mieux une époque : celle de la France des années 30. Celle du Front Populaire : « ça va changer » crie Jean au patron de son gourbi. C’est une période d’espoir et de partage : la fête improvisée après le résultat de la loterie est un très bel exemple. Ce sont ces gens-là qui ont amené le Front Populaire au pouvoir. Et on peut comprendre alors, la volonté de trouver une fin heureuse à cette histoire d’amitié.

Mais ce film est prémonitoire de la situation politique française : passée l’euphorie de la victoire électorale, la situation se délitera peu à peu pour finalement arriver au coup d’état de Pétain en juin 1940. Il y a, ici, tour à tour l’exaltation de la victoire (à la loterie) et la désillusion : « C’était pourtant une belle idée », répète Jean.

 

Et puis il nous reste les dialogues de Spaak, dans la lignée de Prévert et Jeanson, autres grands dialoguistes de la décennie :

« Je suis chez moi ! (le patron de l’hôtel) - Dommage, c’est dégueulasse. » (Jean)

« Je chôme donc je reste. » (Jean)

« La belote et l’amour, c’est des choses qui s‘font en silence, ou le plaisir fout le camp. » (Tintin)

« Mais bougre d’âne, quand on est bouché comme ça, on joue aux billes, ou on fait de la politique, mais on touche pas aux cartes ! » (Tintin)

 

Quatre-vingts ans après, le plaisir est intact !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Martin Scorsese

New York, années 1870.

Une saga familiale avec à sa tête, la grand-mère qui dirige son monde. Ce monde : l’aristocratie américaine de cette fin de siècle. Elle a tout de l’aristocratie anglaise, la reine Victoria en moins. Chacun tient son rang. Tout est codifié, empesé, immuable.

Newland (Daniel Day-Lewis) est fiancé à May (Winona Ryder). Ils se marieront.

A moins que.

Ellen (Michelle Pfeiffer) – la comtesse Olenska – est de retour, suite à son mariage raté avec un comte Polonais.

Dans cette caste, malheur à celui par qui le scandale arrive : Ellen est d’abord boudée puis, sur l’insistance de Newland & May, reçue et tolérée dans ce microcosme.

Mais plus Newland fréquente Ellen, plus se développe ce qui va être un grand amour.

C’est cet amour qui est le cœur de ce film.

Martin Scorsese est là où on ne l’attend pas : après Les Nerfs à vif où de Niro harcelait Nick Nolte, et avant Casino où Joe Pesci sème la violence, il nous propose une histoire d’amour en costume. Evidemment, ce ne fut pas un succès. On ne l’attendait pas dans ce registre.

Et pourtant, quel beau film !

Scorsese nous décrit un monde figé : la classe supérieure new-yorkaise où la première activité est de dépenser son argent sans compter en réceptions. Rien ne nous est épargné : bal, mariage, dîners… Tous ces moments sociaux que ces riches oisifs enchaînent naturellement.

Et au milieu : Newland et Ellen.

Ellen, c’est la brebis galeuse, celle qui a pris conscience de sa servitude et veut en sortir. Elle n’est tolérée que par sa naissance. Elle fume, elle passe d’un homme à l’autre pendant les réceptions, elle reçoit… Même ses cheveux ne sont pas correctement attachés et s’échappent en boucles blondes.

Newland, c’est l’héritier de bonne famille. Celui qui fait perdurer la tradition. Il tombe sous le charme d’Ellen et ne vit plus que pour elle.

Lors du générique, les noms apparaissent sur des images de fleurs qui s’ouvrent.

Newland est la fleur qui s’ouvre. Il prend conscience du manque de liberté de son univers social. Et il va lutter pour s’en démarquer, avec son amour pour Ellen.

Mais, comme toujours chez Scorsese, le héros, malgré ses tentatives, ne pourra pas échapper à son destin ni à son milieu : il rentrera dans le rang, et acceptera malgré lui son monde.

Ce monde figé est mort. C’est Ellen : anime ce monde. Elle amène l’amour. Elle refuse ce monde sclérosé et sans surprise.

Ce monde mourra définitivement avec la première guerre mondiale. Et James Cameron l’a très bien compris et montré dans son Titanic.

Du fait de l’immobilité de ce monde, Scorsese filme comme s’il s’agissait d’une grande fresque murale : tout tourne autour de l’art pictural. Nombres de tableaux sont exposés, admirés, étudiés. Bien entendu, nous avons la mise en abîme absolue : le tableau filmé, représentant une expositions de tableaux (parmi lesquels, la Joconde, d’ailleurs) Chaque nouveau décor semble avoir été peint. Les couleurs ressortent comme sur une toile. La séquence d’ouverture nous montre une représentation du Faust de Gounod dans laquelle les chanteurs eux-mêmes semblent avoir été maquillés par un peintre, ce qui donne un côté irréel aux personnages ainsi grimés. Les costumes, les plats dégustés, tout est une symphonie de couleurs vives aussi importantes que l’intrigue.

A cette époque, l’Impressionnisme se développait, et on pourrait croire que Scorsese nous plonge dans un tableau de cette époque, transformant les rives du Potomac en celles de la Seine, sur l’Ile de la Jatte.

L’aboutissement étant la narration du voyage de noces à travers des tableaux de monuments londoniens ou parisiens.

Un film à (re)découvrir.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Drame, #Michael Curtiz
Casablanca (Michael Curtiz, 1942)

Casablanca, début décembre 1941.

Au café de Rick, on croise de tout : des réfugiés, des policiers, des résistants.

Et bien sûr, Rick. Le café américain de Rick est le creuset de Casablanca, où toutes les nationalités se croisent et survivent, en attendant un hypothétique avion qui les emmènera vers les Etats-Unis, via Lisbonne.

Et Rick est à l’image de l’Amérique : il ne veut pas s’engager. Il reste à l’écart et regarde le monde devenir fou autour de lui. Jusqu’au jour où elle arrive. Elle, c’est Ilsa (Ingrid Bergman). Rick l’a connue, l’a aimée, l’a perdue.

Et ce jour-là, elle est revenue. C’est Sam, le pianiste (Dooley Wilson) qui l’a vue le premier.

Et elle chamboule la vie de Rick. C’est elle – sans le vouloir – qui le fait renouer avec son passé engagé (trafic d’armes en Ethiopie, Brigades internationales en Espagne).

Rick ne cache pas (complètement) ses convictions : apprenant la mort de deux soldats allemands du fait d’Ugarte (Peter Lorre, superbe), il ne dissimule pas sa satisfaction.

 

Malgré la période de l’intrigue, nous sommes dans une sorte de vaudeville : un ménage à trois qui ne veut pas dire son nom. Mais nous sommes aussi dans le mélodrame, puisque leur amour est sacrifié au bien général.

Mais de quelle façon. Nous sommes au-delà du mélo : Curtiz transforme ce qui n’aurait pu être qu’une banale histoire d’amour retrouvé en tragédie antique, où le devoir l’emporte sur la passion. Les plans, et l’éclairage donnant une autre dimension aux ressentis des personnages, avec parfois un léger flou qui retranscrit les sentiments des protagonistes.

Nous touchons au sublime.

 

L’autre force de ce film, c’est sa distribution :

  • Humphrey Bogart est, comme d’habitude, parfait. Son personnage n’est pas un dur-à-cuire comme Sam Spade ou plus tard Philip Marlowe. C’est ici un homme qui a vécu, mais qui peut être faillible : ses reproches à Ilsa sont acerbes, remplis de l’amertume de l’avoir perdue. Il représente les Etats-Unis. Sa position évolue jusqu’à s’impliquer dans une histoire qui, à l’origine, n’est pas la sienne. Ce que feront les Etats-Unis après l’attaque de Pearl Harbour (7 décembre 1941).
  • Ingrid Bergman est sublime. Elle est belle et joue avec beaucoup de justesse cette femme tiraillée entre deux hommes qu’elle aime, chacun à se façon : l’un avec passion, l’autre avec raison. [et puis elle est tellement belle !]
  • Claude Rains est le personnage double par excellence. Il est magnifique de duplicité : d’un côté il suit les ordres de Vichy, alors que de l’autre, il méprise les Allemands. Son personnage d’officier français au képi de travers, comme le canotier de Maurice Chevalier est formidable de rouerie : il fait fermer le café de Rick car il a appris qu’on y jouait. Mais il empoche quand même ses gains avant de partir ! De plus, son nom étant le même que le fondateur de la régie du même nom – collaborateur économique notoire – n’a pas été choisi par hasard.
  • Conrad Veidt, enfin, est l’officier nazi par excellence. Il est distingué, racé, mais impitoyable. Il joue encore avec Bogart, après All through the Night de Vincent Sherman, ainsi qu’avec Peter Lorre, et encore une fois le méchant teuton. Ce fut pour lui, son avant-dernier rôle.
  • Et les autres : Marcel Dalio (Emile le croupier), Madeleine Lebeau (Yvonne), John Qualen (le résistant), Szőke Szakáll (Karl, le serveur) ou encore Leonid Kinskey (Sascha, le barman) apportent par leur présence une touche crédible voire humoristique ainsi qu’un cadre à cette histoire d’amour malheureuse.

 

Deux grands moments musicaux, enfin.

  • As time goes by, interprétée par Dooley Wilson (Sam), sur l’insistance d’Ilsa. C’est leur chanson, à Rick et elle. Et cette chanson fut interdite le temps de leur séparation. Elle symbolise le temps qui passe (pas seulement du fait de son titre). C’est le temps de l’insouciance, de la vie parisienne. N’en déplaise à Woody Allen, jamais il n’est dit « play it again, Sam. »
  • La Marseillaise, l’autre grand moment du film (avec les adieux). C’est à l’origine pour couvrir la chanson interprétée par les soldats allemands. Rapidement, elle devient un lien entre tous les Français présents (même ceux qui pouvaient osciller), fédérés par le courage de Laszlo (Paul Henreid). Il s’agit ici de l’une des plus belles interprétations de cette chanson. [L’autre, c’est dans La grande Illusion] Une grande émotion, alors, nous envahit.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Billy Wilder

Chicago, février 1929.

Joe (Tony Curtis) et Jerry (Jack Lemmon) sont deux musiciens de jazz. En rupture de contrat et recherchés par des mafiosi (dont George Raft, excusez du peu), ils se font passer pour deux musiciennes et sont engagés par Sweet Sue dans son jazz band de filles (exclusivement !).

Et c’est là que le film prend tout son sel.

Wilder réussit à faire rire avec un sujet qui faisait scandale en 1960 (et encore dans les milieux intégristes de nos jours !) : les travesti, et par extension, les homosexuels. Et ce rire est sain. Il n’y a pas de volonté de grossir le trait voire de se moquer, comme le font les « attardés » de la chanson de Charles Aznavour, comme ils disent.

Non, rien de tout ça. Tout d’abord parce que le choix de Joe et Jerry n’est pas sentimental mais bien une volonté de sauver leur peau.

Et si Joe/Josephine retrouve rapidement des habits d’hommes pour courtiser Sugar (Marilyn Monroe), il n’en va pas de même pour Jerry/Daphné qui joue le jeu jusqu’au bout : baignade à la mer avec les autres filles, flirt et danse avec Osgood Fielding III (Joe E. Brown, adorable)…

Car c’est Daphné qu’on aime à suivre tout au long de ce film. La scène de danse étant un beau moment. Jack Lemmon est phénoménal. Il n’est plus un homme traqué, il est devenu Daphné : il songe à son avenir avec Osgood !

Pas étonnant que ce film soit devenu l’une des références du mouvement LGTB : nulle part il n’est dit ni suggéré que l’homosexualité est condamnable (ce qui est assez novateur pour l’époque) Et la réplique finale va carrément dans ce sens !

Alors on savoure, comme toujours avec Billy Wilder.

Et puis on attend avec impatience que Marilyn nous fasse : « boop-boop-pi-doo ! »

Mais une question reste : qu’est-ce que certains aiment chaud ?

La réponse dans le film, lors de la première rencontre entre Sugar et Junior.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Quentin Tarantino
Les huit Salopards (The hateful Eight - Quentin Tarantino, 2015)

 

Passons sur le titre français.

Un western.

Du 70 mm.

Des promesses ? Oui.

Tenues. Ben non.

Parce que quand on parle de western en 70 mm, on veut des grands espaces.

Et là, à part quelques rares plans d’extérieurs, c’est du huis clos.

Dans une diligence tout d’abord.

Ensuite, chez Minnie et Sweet Dave.

 

Et ça parle.

Normal, c’est un film de Tarantino.

Ca parle, et ça joue du pistolet. Pas beaucoup, mais c’est assez efficace.

Et l’intrigue ? Comme d’habitude chez Tarantino, c’est la tchatche le plus important. Alors savoir si Daisy Domergue (Jennifer Jason Leigh) va s’en sortir ou non n’est pas le plus important.

C’est tout ce qu’il se passe autour qui importe. Avec en prime, une rupture dans la narration à peu près linéaire.

Chez Tarantino, il y a toujours une rupture dans la narration, pour expliquer. C’est ce qui faisait la force de Pulp Fiction, ou Jackie Brown.

Mais ici, ce n’est pas aussi intéressant. Dommage.

 

Alors on reste sur sa faim.

 

Et puis, décidément, ça parle trop.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Drame, #Robert Enrico
Le vieux Fusil (Robert Enrico, 1975)

Julien Dandieu (Philippe Noiret) est chirurgien à Montauban. Il a une fille de treize ans, Florence, et une femme belle comme le jour, Clara (Romy Schneider, lumineuse).

Tout est donc au mieux. Sauf…

Sauf que c’est la guerre, nous sommes en 1944. Les Alliés viennent de débarquer en Normandie, la division das Reich y remonte, et la Milice s’excite, voulant sauver les meubles avant qu’il soit trop tard.

Alors Julien a peur. Peur pour ses femmes. Et il décide de les envoyer dans son « château », celui qu’il retape, quand il a le temps.

Alors elles y vont.

Et quand il a un moment de libre, il va les rejoindre. Il s’arrête au hameau. Silence. Personne.

Les gens ont été rassemblés dans l’église. Là, les Allemands les ont massacrés. Ensuite, ils sont montés au château. Et Clara, et Florence…

Julien est seul, contre une dizaine de soldats. Alors il ressort le vieux fusil. Celui de la chasse. Et les cartouches, celles pour tuer le sanglier.

 

Alors nous allons suivre la vengeance de Julien. Une seule journée, le temps que les FTP arrivent.

Et pendant ce temps, Julien va éliminer les Allemands, un par un, en songeant à sa vie qui vient de s’arrêter.

Robert Enrico signe ici un film de vengeance tout en subtilité. Julien Dandieu n’est pas un excité, ni un violent. Mais ce qui lui arrive va au-delà de ce qu’il aurait pu imaginer. Sans compter le poids de la culpabilité : c’est lui qui – sur le conseil de son ami François (Jean Bouise, toujours impeccable) – qui envoie les deux femmes de sa vie à l’abri, vers leur mort.

Et Julien sera taraudé deux fois par ce qui est arrivé : à la découverte du drame, puis quand tout sera terminé.

Et entre les deux, il se souviendra. Il se rappellera Clara, son sourire enchanteur et communicatif, et Florence, sa fille à lui, mais tellement proche de Clara.

 

Et nous voyons défiler ses souvenirs. Des plus proches aux plus anciens : le soir où il a rencontré Clara et que tout s’est décidé si vite, le conflit approchant. Parce que c’est là le nœud de leur vie. Ils se sont rencontrés, ont couché ensemble, et presque tout de suite après, ils se sont mariés. La guerre étant là, il fallait vivre intensément, comme si chaque jour était le dernier. Et malgré cela, leur dernier contact fut bref. Juste un au revoir à travers une vitre de voiture, puisque de tourte façon, ils devaient se revoir très tôt.

Alors ce film est très noir, très froid. Julien se venge. Mais sobrement. Pas de réaction d’enthousiasme. Une vengeance implacable, froide. Il ne se réjouit jamais de la mort d’un ennemi. Mais il continue.

 

Et quand son œuvre est terminée, que son ami François vient le chercher, il reprend le cours de sa vie, là où il en était, avant le drame. Jusqu’à ce que ce dernier le rattrape.

A partir du drame d’Oradour-sur-Glane, Enrico nous raconte une vengeance banale, mais avec une force et une émotion formidables. Noiret est magnifique, sobre. Ni courageux, ni lâche. Juste déterminé. Avec lui, Romy Schneider est – je le dis encore une fois – lumineuse. Elle éclaire chaque séquence. Et son sourire, le grand souvenir de Julien, accompagne chacun de ses souvenirs et nous gagne peu à peu. Il justifie à lui seul l’action de Julien.

 

Romy Schneider était décidément une très grande actrice.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Stanley Donen, #Gene Kelly

Encore un chef-d’œuvre !

« De la musique, encore de la musique, toujours de la musique. »

Mais surtout, du cinéma. Du vrai.

 

Voici – à mon avis – la meilleure mise en abîme sur le cinéma. Tout y est : de l’élaboration d’une histoire jusqu’à la première !

Nous avons les tournages de films d’action avec les recréations en studio de scènes à grand spectacle : attaque de train, bagarres…

Nous trouvons aussi la création d’une atmosphère sentimentale dans un immense hangar : un fond de ciel peint, quelques lumières, un ventilateur géant, et nous sommes dehors, au coucher du soleil…

Et puis les tracas de l’arrivée du parlant : les fils qui traînent, la difficulté de jouer et parler, ceux qui ne pensent pas au micro, et surtout les voix qui ne passent pas !

 

Et ici, Donen et Kelly ont réussi une comédie sur une période extrêmement dramatique du septième art : l’arrivée du parlant. Et pour paraphraser Don McLean dans American Pie : « Le jour où le cinéma est mort. »

Avec l’arrivée du parlant, c’est tout un pan de l’industrie cinématographique qui a disparu, qui a été oublié, relégué aux archives, voire détruit. Et avec l’avènement du son, ce sont des acteurs et actrices qui ont disparu, John Gilbert étant un exemple célèbre (avec, en prime pour Gilbert, la haine farouche de Louis B. Mayer qui a précipité sa chute).

Deplus, le thème est traité avec humour et on se réjouit des soucis de production d‘un parlant.

 

Il y a surtout les morceaux musicaux, avec en point d’orgue le numéro de danse entre Gene Kelly et Cyd Charisse. C’est certainement le moment le plus fort du film et en plus, il est muet ! Il se dégage une sensualité rare et une émotion intense. Et pas seulement à cause des jambes de Cyd Charisse !

Et si Gene Kelly est extraordinaire dans le rôle très complet de Don Lockwood – il joue, il chante, il danse ! – il ne faut pas sous-évaluer les rôles de deux autres protagonistes : Donald O’Connor et Jean Hagen :

  • Donald O’Connor donne magnifiquement la réplique à Gene Kelly, mais surtout le complète admirablement dans les divers numéros dansés. Il est en outre inoubliable dans la séquence Make 'Em Laugh, où, en plus de chanter, il accomplit de véritables prouesses physiques.
  • Jean Hagen est merveilleusement idiote. Elle joue à la perfection l’actrice balayée par l’arrivée du parlant. Mais sa bêtise alliée à sa méchanceté ne la font pas passer pour une victime. Et puis sa voix criarde et son accent populaire la rendent particulièrement ridicule, à nos yeux comme aux yeux des spectateurs de son film. (C’est bien connu, il faut être drôlement intelligente pour jouer un rôle d’idiote !)

 

L’époque est aussi bien recréée :

  • Les premières où les invitées rivalisaient d’extravagance vestimentaires, et où le public était hystérique ;
  • la mode s’affiche (surtout) dans la séquence Beautiful Girl où le chanteur n’est pas sans rappeler Maurice Chevalier ;
  • La prohibition est suggérée dans la séquence Broadway Melody, où Gene Kelly, dans un speakeasy, rencontre un gangster balafré (tiens, tiens !) ;
  • L’arrivée du parlant nous inonde d’images illustrant les films présentés à cette époque, mais cette fois-ci, ils sont en couleur, ce qui peut nous donner une idée de ce qu’étaient ces films que nous ne connaissons qu’en noir et blanc.

 

Enfin, il y a la scène titulaire : quand Gene Kelly chante Singin’ in the Rain en s’amusant avec et dans l’eau ! Un grand moment. Encore.

Un film indémodable.

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