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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Aljandro Amenabar, #Drame

23 août 1968. Ramon plonge. Mais il n’y a plus assez d’eau. Alors évidemment, c’est l’accident. On le tire de l’eau. Hélas.

Vingt-neuf ans après, il désire toujours mourir. Vingt-neuf ans de lit, avec deux positions : sur le dos ou sur le côté, vers la fenêtre et le panorama.

Pour le reste ? Rien. C’est sa famille qui s’en charge : nourri, lavé, rasé… Mais pas de sensation.

Alors pas étonnant qu’il veuille en finir. Mais si on a le droit de vivre, on n’a pas beaucoup le droit de mourir librement…

Ce film, ce sont les deux dernières années de vie de Ramón Sampedro, comment il en arriva au geste final, celui de sa libération.

Mais surtout, c’est un film sur la vie. Parce que c’est la vie elle-même, ce qu’elle représente, qui est la véritable raison du choix de Ramón.

Alors on vit avec Ramón, et on espère que ce sera possible. Mais à chaque fois, c’est non. Légalement, d’abord, puis à travers une avocate qui n’y arrivera pas non plus. Et l’envie reste. Et pour une fois, dans un film, on souhaite la mort du héros.

Et ce héros, c’est Javier Bardem. Tout en nuance et méconnaissable, nous sommes loin du tueur psychopathe de No Country for old men.

Javier Bardem est formidablement humain. Ce n’est pas parce qu’il est tétraplégique qu’il n’en est pas désagréable. Il était un jeune homme plein de promesses qui, un jour, n’a pas eu les idées claires et l’a payé toute sa vie. Mais s’il est immobilisé, cela ne l’empêche pas de rêver et de désirer. Alors il rêve qu’il assouvit ses désirs. Et la limite est tellement ténue entre ses fantasmes et son immobilité, que le changement se fait naturellement : il se lève, s’élance, s’envole, et se réveille… Dans les bras de l’avocate qu’il désirait.

Ce large (« mar adentro »), c’est cette mer vers laquelle il se réfugie et vit pleinement ses rêves. Comme il le dit, cette mer lui a apporté la vie, mais la lui a reprise…

A travers cette histoire, c’est l’euthanasie qui est le véritable enjeu du film. Cette possibilité d’être aidé pour mourir, quand on ne peut plus le faire soi-même. Et quand Ramon y parvient, alors la libération est partagée. Pour tant, s’il y a beaucoup d’émotion dans ce film, on ne trouve aucune pitié. Aucune pitié de Ramón pour lui-même, quant à celle des autres, de toute façon, il n’en veut pas. Dans sa maison, seuls son père et son frère sont contre. Le père parce que ce n’est pas naturel de voir son fils partir en premier – surtout volontairement ; le frère pour des raisons d’ordre moral, un peu comme la Justice qui refuse de l’écouter.

Mais quel bel argument que ce film d’Alejandro Amenabar. Malgré tout, il y aura toujours des gens qui objecteront que « la vie ne nous appartient pas (etc) ».

Peu importe, le choix de Ramón est assumé, et tellement grand.

On n’est pas triste pour Ramón, mais pour Julia, qui est restée.

Deux singularités pour ce film : contre toute attente, aucune vraie photo de Ramón à la fin du film, comme souvent dans un biopic ; la mort de Ramón est filmée, jusqu’au bout, sans ellipse…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Marcel Carné, #Henri Jeanson, #Comédie dramatique
Hôtel du Nord (Marcel Carné, 1938)

Le Canal Saint Martin, un soir de communion. Deux amants désespérés : Renée (Annabella) et Pierre (Jean-Pierre Aumont). Tellement désespérés, qu’ils ratent leur suicide.

Deux autres amants, en bout de course, eux aussi : Raymonde (Arletty) et Edmond (Louis Jouvet).

Mais eux, seule la rupture peut les sauver.

Et puis d’autres couples : les Lecouvreur qui tiennent l’hôtel ; les Trimaux, lui (Bernard Blier) est éclusier, sorte de chef de gare sur le canal, si vous voyez ce que je veux dire…

 

Le suicide, c’est l’élément du destin, celui qui va amener le changement.

Edmond quittera Raymonde, Mme Trimaux quittera son Prosper (« Propro »), Renée quittera le quartier.

Mais finalement tout le monde reviendra à l’Hôtel du Nord et le film se finira comme il a commencé, par une autre mort et la vue sur le canal Saint Martin.

Finalement, il ne se passe pas grand-chose dans ce film. Juste des tranches de vie. Des petites gens qui évoluent. Mais ils sont tous importants dans la vie de cet hôtel. Alors évidemment, ils fêtent tout ensemble : communion, 14 juillet…

 

Et les acteurs sont servis par Henri Jeanson, qui accentue ce microcosme mais le rend proche, véritable. En un mot réaliste.

Parce que c’est le réalisme qui transparaît dans tout le film. Tout est possible, plausible.

Et enfin l’actualité est présente tout le long de l’histoire :

  • quand l’orage gronde, le petit Manolo, rescapé de la guerre d’Espagne se réfugie dans les bras de Mme Lecouvreur, à cause des souvenirs ;
  • quand Kenel (Andrex) – l’amant de Mme Trimaux – doit débrayer (crise oblige) ;
  • quand les Trimaux ont organisé leurs vacances à Dieppe, une nouveauté ;
  • quand Renée visite Pierre au parloir de la Santé ;
  • quand Adrien (François Périer) a du mal à cacher son homosexualité (un peu comme Carné)…

Carné observe ses personnages qui vont à un moment se croiser, s’aimer, se quitter, disparaître, mourir…

Son film est structuré en miroir :

  • l’ouverture se fait sur les amants sur le canal et se termine sur eux ;
  • la fête du début (communion) a son pendant à la fin (14 juillet) ;
  • la mort ratée de Renée au début, celle réussie de Robert à la fin. Dans les deux cas, il s’agit d’un suicide.

Et puis il y a les dialogues. Ce n’est pas la poésie de Prévert, mais les répliques sont, là encore, très justes : elles font mouche. Et puis la gouaille d’Arletty fait le reste…

Alors régalons-nous :

« Ils ne ratent jamais une occasion de me faire sentir qu’ils ne peuvent pas me sentir. » (Jouvet)

« Il y a autre chose qui n’est pas à sa place ici ! - Quoi donc ? - Une femme comme moi auprès d’un type comme toi ! » (Arletty & Jouvet)

« Ma vie n’est pas une existence.

- Ah, bah, si tu crois qu’mon existence, c’est une vie. » (Jouvet & Arletty)

« A une première communion, on peut pas manger des religieuses, ce s’rait pas convenable. (Andrex)

« Les uns donnent leur sang, les autres versent le sang des autres. « (Blier)

« Regarde-moi çà ! Je ne vois plus de l’œil gauche ! J’ai l’impression que je suis manchote ! » (Arletty)

« J’ai besoin de changer d’atmosphère, et mon atmosphère, c’est toi. - C’est la première fois qu’on me traite d’atmosphère ! Si je suis une atmosphère, t’es un drôle de bled ! Les types qui sortent du milieu sans en être et qui cranent à cause de ce qu’ils ont été on devrait les vider ! Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? Puisque c’est ça, vas-y tout seul à la Varenne ! Bonne pêche et bonne atmosphère ! » (Jouvet & Arletty)

« Depuis votre histoire, M. Edmond travaille du cerveau. Il a le cafard… Il emploie des expressions d’avant moi… Votre mort, ça lui a gâté sa vie ! Avant, il ne pensait pas ; maintenant il pense et ça le dégoute ! […] Ah vous êtes une atmosphère pas ordinaire ! » (Arletty)

« Avec nos deux malheurs, on peut faire…

- Une grande catastrophe. » (Anabella & Jouvet)

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Buster Keaton, #Donald Crisp, #Muet, #Comédie
La Croisière du Navigator (The Navigator - Buster Keaton & Donald Crisp, 1924)

 

Le Navigator est un navire acheté par une puissance obscure en guerre contre une autre puissance obscure. Comme il ne faut pas que cette première puissance obscure ait un avantage, des espions de l’autre puissance obscure décident de s’en débarrasser (du navire).

Et puis il y a aussi Rollo Treadway (Buster Keaton), un jeune fils de famille, qui a décidé de se marier. Sauf qu’il n’a pas prévenu la jeune femme (Kathryn McGuire). Quand il le fait, elle refuse – évidemment. Alors il part en croisière tout seul. Mais il se trompe de quai et s’embarque sur un navire que nous connaissons bien.

D’ailleurs, ce navire appartenait au père de la jeune femme. Et comme ce père (Fredrick Vroom) a des trucs à récupérer dessus, il s’y rend. Avec sa fille. Il est enlevé – par les espions de tout à l’heure – et emporté. Sa fille qui a entendu du bruit embarque, et là, les espions – encore eux – larguent les amarres et le navire dérive, avec à son bord deux personnes qui auraient pu se marier…

C’est bien entendu sur le bateau que tout le sel et le comique de Keaton se révèlent. La rencontre qui n’arrive pas, le premier petit déjeuner, la première nuit… Tout est un festival de gags. Il faut dire que les deux jeunes gens, tous deux enfants de grandes familles, sont de véritables empotés. Il faut la voir préparer le premier café… A l’eau salée !

Finalement, la vie à bord va s’organiser et les éléments détournés pour leur confort.

Jusqu’à l’arrivée chez les Cannibales. Parce que, bien entendu, il y en a. Ce sont des cannibales de pacotille, effrayés par un scaphandrier. Peu importe, c’est aussi prétexte à une belle scène : le siège du navire. Comme dans n’importe quel film de chevalerie, nous avons un assaut en règle contre le navire, avec utilisations d’échelles et attaques par surprise, qui n’a rien à envier à une prise de château fort. On fait donner l’artillerie (des feux d’artifices) ; les sauvages utilisent un palmier pour monter ? Qu’importe, on les bombarde avec les noix !

Une heure de plaisir dans un film maritime qui en annonce d’autres : Steamboat Bill Jr et surtout Spite Marriage.

P-S : Un plan magnifique exprime le désir du jeune homme d'enlacer la femme et l'embrasser. Tout en laissant la distance entre eux, leurs ombres forment un couple s'enlaçant... (voir photo)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Tod Browning, #Lon Chaney, #Muet, #Drame

Au cirque Zanzi, deux grandes vedettes : Malabar (Norman Kerry) et Alonzo (l’immense Lon Chaney).

Malabar, comme son nom l’indique, c’est l’homme fort du cirque : il soulève des haltères phénoménaux, tord les barres de fer, bref, un vrai malabar !

Alonzo, c’est un manchot. Mais pourtant, il est adroit : il sait tirer à la carabine, lancer des couteaux, jouer de la guitare, fumer et boire… Avec ses pieds !

Entre eux deux, Nanon (Joan Crawford), la fille de Zanzi, la partenaire d’Alonzo, l’élue du cœur de Malabar.

Sauf que… Nanon ne supporte pas d’être touchée. Alors évidemment, pour Malabar, c’est un gros problème. Pas pour Alonzo. Sauf que… Alonzo n’est pas manchot. C’est un criminel recherché. Signe distinctif : il possède un pouce double.

Autre problème : un soir, le directeur le surprend les bras libres. Alonzo le tue, sous les yeux de Nanon, lui révélant son pouce.

Septième collaboration entre Chaney et Browning, ce dernier nous emmène dans son milieu de prédilection : le cirque. Il s’agit encore d’un rôle de transformation pour Lon Chaney. Browning : le voilà manchot. Ne pouvant s’exprimer par gestes, il utilise son visage avec virtuosité. Pas de maquillage comme dans le Fantôme de l’Opéra, seulement son visage et son regard.

Et tous les sentiments sont là :

  • la sincérité quand il annonce à Nanon qu’il sera toujours là pour elle ;
  • la tristesse quand Nanon reproche aux hommes leurs mains ;
  • l’amour quand Nanon le prend dans ses bras ;
  • la jalousie quand Malabar s’approche de Nanon ;
  • la rouerie quand il encourage Malabar à prendre Nanon dans ses bras ;
  • la moquerie quand il propose au policier de prendre ses empreintes digitales ;
  • la joie quand elle lui annonce qu’ils vont se marier ;
  • le désespoir quand il comprend que Nanon ne va pas l’épouser lui ;

Mais c’est surtout la méchanceté sous toutes ses formes qui domine dans sers expressions. Il passe de l’aménité à la haine avec beaucoup de rapidité et de naturel, et inversement, afin de cacher ses véritables intentions.

Il était difficile pour Norman Kerry de rivaliser face à un tel monstre – dans tous les sens du terme (Lon Chaney était un monstre sacré du cinéma, et son personnage est un véritable monstre qui n’a rien de sacré) – mais il reste tout de même le gentil de l’histoire. Le beau gosse qui récupère la fille à la fin. Et quelle fille : rien de moins que Joan Crawford (22 ans), qui n’en était pas à ses débuts (seizième film).

Grande scène du film : quand Nanon apprend à Alonzo qu’ils vont se marier, la joie inonde le visage de Chaney, mais quand il prend conscience que « ils » signifie Malabar et elle, sa joie s’efface progressivement vers la haine, puis l’absurdité de la situation le fait éclater de rire, mais c’est un rire désespéré, comme Chaney savait en composer avec l’un de ses mille visages.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Fritz Lang
J'ai le droit de vivre (You only live once - Fritz lang, 1937)

Eddie Taylor (Henry Fonda) sort de prison. Pour la troisième fois. La prochaine visite sera la dernière. Mais Eddie, en sortant retrouve Jo (Sylvia Sidney), sa fiancée, l’assistante de son avocat.

Alors ils essaient de construire quelque chose.

Mais comme c’est Fritz Lang, nous savons que ce ne sera pas possible, et puis il n’y aurait pas de film.

Le premier indice nous est donné pendant la nuit de noces. Dans le jardin de l’auberge, On entend les grenouilles coasser. « Si une grenouille meurt, l’autre meurt aussi » déclare Eddie. Peu après, ils sont chassés par les propriétaires à cause du passé d’Eddie.

Première fuite.

Puis, Eddie est viré de son boulot. Et quand il arrive dans la nouvelle maison que Jo a aménagée, c’est pour fuir encore : un ancien compagnon de cellule a fait un coup en utilisant son chapeau.

Deuxième fuite.

Mais Jo l’encourage à se rendre. Ce qu’il accepte. Malheureusement, s’il n’a rien fait cette fois-ci, ce n’est pas l’avis du tribunal qui le condamne à la peine capitale.

Au bout de cinq mois de couloir de la mort, on n’a plus rien à perdre. Alors il tente le tout pour le tout. Avec des complicités, il se procure une arme et prend un otage pour s’évader.

Troisième fuite.

Jo le rejoint. Elle part avec lui, blessé.

Quatrième fuite

Il se remet. Elle accouche. « Bébé » naît. Ils le confient à la sœur de Jo et repartent.

Dernière fuite.

 

Encore du grand Lang. Mais en est-il autrement ? Encore un homme accusé à tort. Et la scène de sortie du tribunal rappelle le lynchage de Fury. Mais la police, ici, empêche la foule de se faire « justice ».

Et cette fois-ci, pas de fin (presque) heureuse. Quoi que fasse Eddie, le destin veille et contrecarre ses plans :

  • Lors de l’évasion (voir ci-dessous) ;
  • Au moment de partir, Jo achète des cigarettes. Elle est reconnue et dénoncée, la police retrouvant ainsi leur trace.

 

La scène la plus emblématique du film est très certainement celle de l’évasion. Eddie veut fuir, mais le directeur n’est pas de cet avis, appelant même les gardes à « tirer pour tuer ». Il y a du brouillard, c’est une nuit de mort. Et c’est précisément cette nuit que choisit le destin pour intervenir : un câble annonce que Taylor a été reconnu innocent et va être libéré.

Mais Eddie ne peut pas entendre une telle annonce. Même si c’est l’aumônier qui la prononce.

 

L’aumônier apparaît nimbé dans le brouillard, archange annonciateur d’une grande nouvelle. Mais Eddie ne veut pas croire cette nouvelle trop pratique. Il tire. Le prêtre fait ouvrir les portes. Ce ne sont plus les portes de la prison, elles sont devenues les portes d’un paradis, celui d’Eddie : la liberté. Mais comme le destin veille, des coups de feu sont échangés et Eddie est touché.

 

Mais la libération est proche et Eddie et Jo accompliront la prophétie des grenouilles.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Marcel Carné, #Jacques Prévert, #Jean Gabin, #Drame
Le Quai des brumes (Marcel Carné, 1938)

Le Havre. Son port, ses quais, ses transatlantiques, sa rue commerçante. A l’écart, chez Panama (1906). Et puis son brouillard. Pire qu’au Tonkin.

Au milieu de tout ça, Gabin (Jean). Ses yeux bleus, sa mélancolie, son petit bout de rêve.

Autour de lui, du beau monde : Quart-Vittel, Panama (1906), Michel, et surtout Nelly. Et puis du moins beau : Lucien, ses hommes de main, et surtout Zabel.

C’est la troisième collaboration entre Prévert et Carné, et ça, c’est inestimable. L’histoire est implacable. Jean ne s’en sortira pas. Mais peu importe, on veut quand même savoir comment il ne s’en sortira pas.

Alors on rêve avec lui et Nelly. Et on y croit, jusqu’au bout. Malgré Zabel, et malgré Lucien.

 

Après la comédie Drôle de drame, voici un film qui respire le réalisme poétique à plein nez. Et c’est tant mieux. Une distribution magnifique, des dialogues (encore) ciselés. Du grand œuvre.

 

La distribution d’abord.

Autour de Gabin, de grands noms du cinéma, qu’ils soient au premier plan ou un peu en retrait. Ils sont là, comme il faut, bien dirigés et bien servis :

  • Michèle Morgan : Nelly, avec ses grands yeux bleus. Que dire d’autre que ce que lui dit Jean ? « T’as d’beaux yeux, tu sais. » Comme Nelly, elle a dix-sept ans. Elle est déjà magnifique. Dire qu’il va falloir attendre encore 16 ans avant de voir ses yeux vraiment bleus sur grand écran…
  • Pierre Brasseur : Lucien, petite gouape sans envergure. Il surjoue un tantinet, mais s’il ne le faisait pas, ce ne serait pas Brasseur.
  • Michel Simon : Zabel. Il est toujours grandiose dans un personnage de salaud. Avec sa sale gueule et sa voix éraillée. Non, il n’est pas beau. Mais il est tellement juste dans ce rôle.
  • Aimos : Quart-Vittel, dans la lignée de la belle Equipe. Jovial, gouailleur, avec son rêve de lit aux draps blancs, « un dessus, un dessous »…
  • Delmont : Panama, comme quand il y est allé, en 1906. Un solitaire, qui tient un rade, où les gens viennent boire le coup et le distraire. Personne ne paie. Qu’est-ce que ça peut faire ?
  • Pérez : il n’est pas encore le directeur des Funambules, mais c’est lui qui amène Jean au Hâvre.
  • Génin (et sa moustache) : le docteur Mollet, celui qui doit emmener Jean loin du Havre, celui qui devait boucler le cycle havrais de Jean.
  • Le Vigan, enfin : Michel Krauss, le porte-parole de Prévert. Celui qui exprime le mieux ce fameux réalisme poétique. Un artiste. Un désespéré. Mais si on peut rendre service…

Et tout ce beau monde gravite autour de Jean.

 

Et Prévert dialogue, c’est beau :

« Tu verrais un crime dans une rose. (Aimos) - C’est ce qu’on appelle la peinture au couteau. (Le Vigan) »

« Je peins malgré moi les choses cachées derrière les choses. Un nageur pour moi, c’est déjà un noyé. (Le Vigan) »

« C’est curieux, sur les vêtements, le sang reste longtemps, mais sur les mains, il s’en va très vite. (Simon) »

« Quand tu parles, on dirait qu’tu patauges dans la vase avec des vieilles espadrilles. (Gabin) »

« Les grandes décisions doivent être prises devant des p’tits flacons. (Génin) »

« Donnez m’en tout d’même un p’tit. - Un p’tit quoi ? - Un p’tit rhum, mais un tout p’tit... Oh, dans un grand verre ! (Aimos) »

« J’avais été heureux dans la vie à cause de toi. (Gabin) »

 

Et puis il y a le chien. Il est comme Jean, seul, perdu au milieu de nulle part. Alors il le suit, il s’attache. Et Jean aussi s’attache. Et Jean l’attache et s’en va mourir.

Alors le chien, désormais seul, s’échappe et quitte Le Havre (1).

Et Nelly reste seule.

 

          1. Ce chien m'a toujours fait penser aux nuages de Brest, à la fin de Barbara...

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Josef von Sternberg, #Muet, #Comédie dramatique

Bill Roberts (George Bancroft) est un marin. Un soutier. Il travaille dans le ventre des navires, nourrissant continuellement les machines. C’est un homme, un vrai, un tatoué. Il ne se laisse pas faire, ni marcher sur les pieds. Il ne fait pas dans le détail. Il boit la bière dirctement au fût. Et si besoin est, il a deux arguments frappants, un à chaque bout de bras.

Il n’est pas spécialement beau, mais il est fort. Très fort.

Il débarque à New York, pour la soirée, départ le lendemain matin.

Et là, sa vie bascule.

Mae (Betty Compson), une prostituée en bout de course, se jette à l’eau.

Bill la sauve.

Il la vêt.

Il va même jusqu’à l’épouser, sous l’œil noir de Lou (formidable Olga Baclanova), une femme de marin trop souvent abandonnée.

Mais Bill est marin et n’a jamais renoncé à l’appel du large. Alors, pourquoi le ferait-il maintenant ?

Et pourtant…

Un an après Underworld, Sternberg dirige à nouveau George Bancroft. Cette fois-ci encore, c’est un type bien. Et du bon côté de la barrière. Mais là encore, il n’est pas complètement bien. Son mariage ? Une folie de jeunesse. Une passade.

Sauf que pour Mae, ça ne l’est pas. Il faut la voir essayer d’enfiler une aiguille avec les larmes aux yeux, ce que Sternberg montre magnifiquement avec une caméra subjective…

Trois lieux importants dans ce film : la salle des machines, la taverne, la chambre.

La salle des machines nous plonge dans un enfer de feu et de fureur, que Sternberg accentue avec des effets de fumée. La puissance des pistons donne le vertige. Soixante-dix ans plus tard, James Cameron fera de même – le son en plus – dans le ventre de son Titanic.

La taverne est le lieu de vie du film. Même la caméra s’anime dans cet espace : travellings et panoramiques s’enchaînent dans ce lieu d’insouciance et de plaisirs. C’est aussi le lieu du rêve et de l’avenir pour Mae. Alors que pour Bill, c’est un lieu de boisson et de folie(s).

La chambre, c’est tout d’abord le refuge pour Mae, après son plongeon. Elle y est soignée et vêtue. C’est aussi le lieu du couple. Les amants s’y réveillent enlacés, et des gestes conjugaux s’y déroulent : raccommodage d’une poche, puis scène de ménage. L’état de la chambre est aussi le reflet des personnages : c’est un lieu aux murs lézardés, ouvert à tous vents, un peu comme Mae, qui a besoin de se reconstruire.

Là encore, la traduction du titre laisse à désirer. En quoi Mae et Bill sont-ils damnés ?...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Akira Kurosawa, #Western

Bien entendu, il s’agit du plus célèbre film de Kurosawa. Il se situe au milieu de son œuvre, le septième avec son acteur fétiche : Toshiro Mifune. Ce film est aussi célèbre pour l'adaptation qui en fut faite par John Sturges : Les 7 Mercenaires. Sturges déplaçant la même histoire dans l’Ouest américain, avec, bien entendu des codes différents.

Mais le film japonais est plus qu’un western, c’est une réflexion sur l’honneur et le sens de la vie. Et pour nous européens, c’est aussi une façon d’appréhender une culture très différente, où le temps s’il est important, n’est pas la valeur suprême. Les samouraïs se hâtent de former leur équipe, mais « avec lenteur ».

L’accent est mis sur les paysans. Ce sont les véritables héros de l’histoire. Les samouraïs ne sont que de passage. S’ils restent, c’est malheureusement (pour quatre sur les cinq), parce qu’ils sont morts. Les paysans représentent la vie, alors que les samouraïs sont la mort. Ils viennent pour tuer ou être tués. Et une fois l’orage passé, la vie reprend, les samouraïs reposent ou s’en vont. Kanbei, le sensei (Maître) déclarant, comme le fera plus tard Yul Brynner : « ce sont les paysans qui ont gagné ».

La recherche des samouraïs par les paysans et le sensei est aussi plus laborieuse. Les paysans ne proposant que de la nourriture, pas d’argent ni de trésor. On suit leur découragement dans la ville, leur pauvreté source de moquerie, la misère des autres… Jusqu’à l’arrivée de Kanbei, un ronin – samouraï sans maître. Qui a toujours perdu ses combats. Ce qui nous semble bizarre, vu son attitude face à un voleur d’enfant. Mais la fin du film nous explique pourquoi nombre de ses combats furent des échecs.

Chaque samouraï engagé a sa propre personnalité : Kanbei est le sage, Kyuzo l’expert, Heihachi le jovial, Katsushiro le novice… Et bien entendu, Kikuchiyo (Toshiro Mifune), l’usurpateur fanfaron. Mais si Kikuchiyo n’est pas un vrai samouraï, il le devient de par sa conduite par rapport aux paysans et au combat.

La dernière heure est dominée par les affrontements contre les bandits.

La violence dépeinte est plus forte que dans le remake américain. Dans le film de Sturges, les mercenaires sont des pistoleros, et tuent leur adversaire à distance alors qu’ici, chaque mercenaire doit approcher voire toucher sa victime. De plus, l’usage de sabres rend la mise à mort plus terrible, plus sanglante (même si ce n’est que suggéré).

Mais ce qui donne la force du film, ce sont les cadrages. Beaucoup de gros plans sur des visages. Seul Leone fera encore plus près pour exprimer la tension.

Ici, chaque personnage cadré de près a une émotion à partager. Le visage devient essentiel. C’est un retour au cinéma muet, même si les dialogues perdurent.

La profondeur de champ est toujours nette. Chaque élément d’une scène est important. Pas de flou devant ou derrière. La caméra a l’œil humain. (Ce procédé sera repris par Lautner dans Les Tontons flingueurs)

Et Kurosawa déroule son histoire d’honneur et d’amour. Parce qu’il y a de l’amour. Entre un samouraï et une paysanne. A la fin, elle l’a.

Normal, les paysans gagnent.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #René Clair, #Comédie dramatique

Emile et Louis sont deux amis. Ils fabriquent ensemble des chevaux de bois pour des petits enfants… A la prison.

Mais la prison, ça va bien un moment. Alors nos deux compères décident de s’évader. Mais seul Louis réussit. Il réussit tellement bien, qu’il devient propriétaire d’une grosse firme de disques qui produit aussi des phonographes.

Et Louis ? Après la prison, il flâne. Il jouit de la vie, de chaque petit plaisir que lui procure la nature : un grand champ, des fleurs… Sous le regard sévère des cheminées d’usine.

Mais comme le travail, c’est la liberté, il est envoyé en prison – encore – parce qu’il ne fait rien !

Mais il s’évade et se fait embaucher dans l’usine de Louis.

Et là, cinq ans avant Chaplin, ce sont les temps modernes !

Un magnifique processus de taylorisation, où, dès que quelqu’un rate son coup, c’est la chaîne entière qui est sens dessus dessous.

Et bien entendu, Emile, magnifique rêveur, est la cause des plantages successifs… Surtout quand une jolie femme passe !

Afin d’échapper à ses supérieurs, il court se réfugier… Dans les bras de son ami ! Qui lui-même est bien embarrassé…

Mais peu importe, ils se retrouvent, et tout va bien.

Dans ce film, René Clair a du mal à abandonner le cinéma muet. Il faut dire que le sujet s’y prête. Les deux univers décrits – la prison et l’usine – ne sont pas des lieux réjouissants. Dans chacun, les hommes y sont résignés, tristes, silencieux. Et Clair insiste sur ce point : « le travail, c’est la liberté » fait-il dire à un instituteur très IIIème République. La satire est féroce, mais ça fait moins rire maintenant, après avoir vu la grille d’entrée d’Auschwitz…

Mais ce film est iconoclaste. Le travail – cette liberté – est autant, sinon plus liberticide que la prison. Et quand Louis donne son usine aux ouvriers, ces derniers peuvent enfin se laisser aller (pêche à la ligne, jeu de cartes, bal), pendant que les machines font leur boulot.

Rien de réaliste dans ce film. Seulement du rêve. Alors, ça chante. Tout le monde chante : les détenus, les ouvriers, et bien entendu, le ténor pendant le repas officiel : « Ah lalala Ah lalala mon amour… » Terrible.

Même les décors sont ceux de l’opérette.

Qu’importe. On rêve encore mieux. Et puis Clair nous régale de quelques scènes burlesques savoureuses.

Il est évident que Chaplin a vu ce film, et plusieurs fois. Parce qu’il a repris la situation et a poussé encore plus loin l’absurdité de la situation : alors que nous voyons très bien ce que fabriquent les ouvriers de René Clair, dans l’usine de Chaplin, les gestes répétitifs n’ont rien de constructifs.

Alors évidemment, la fin s’impose à René Clair. Il ne peut y en avoir une autre (je vous laisse la découvrir). Et beaucoup d’entre nous seraient assez tentés par une telle issue.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Frank Capra, #Comédie dramatique

Avant, il y a eu Wings de William Wellman. Après, il y aura Hell’s Angels, de Howard Hughes.

Mais là, c’est Capra, alors on se dit que ça va être drôle.

Oui, et non.

Oui, parce que Capra sait tirer le côté comique des situations.

D’ailleurs ça commence par une scène emblématique : Lefty Phelps (Ralph Graves), joueur de football américain de seconde zone, est envoyé sur le terrain comme coureur. Et il fait la course de sa vie… Vers son propre camp !

Alors évidemment, après la campagne de presse sur son exploit, il ne reste que deux choix : la corde ou l’armée. Et ça tombe bien, il rencontre un pilote : Panama Williams (Jack Holt). Et s’il n’est pas vraiment sûr, une affiche d’enrôlement finit de le décider. Il sera pilote.

Son instructeur, c’est Panama. Panama, c’est un pilote, un guerrier, un dur-à-cuire… Un homme, un vrai. Sauf qu’il a le cœur tendre, ce qui sauvera aussi notre héros.

Sauf que, là encore, ça ne va pas très bien : lors de son vol test, son avion ne décolle pas. A l’hôpital, il rencontre Elinor (Lila Lee), la belle infirmière dont Panama est amoureux transi depuis longtemps. Alors, évidemment, il y a rivalité. Mais le devoir avant tout : une guérilla a éclaté au Nicaragua, et les Marines y sont pris pour cible.

Comme dans les autres films de Capra, le héros – ici Lefty – n’est pas un superman. Plutôt un type normal, avec un je-ne-sais-quoi de sympathique qui annonce qu’il pourrait devenir quelqu’un de formidable et de grand. Et Lefty ne déroge pas : il court à contresens, est malade en avion, ne décolle pas…

Mais malgré tout, c’est lui que l’infirmière aime. A cause de son je-ne-sais-quoi, justement.

Comme dans Wings, c’est une histoire d’amitié. Ce sont (presque) deux pilotes qui sont compagnons d’armes. L’amour pour l’infirmière aurait pu les séparer, mais finalement l’honneur prévaut. Sans oublier la devise des marines : « semper fidelis ».

Et comme dans Wings, il y a la mort, celle d’un pilote, pendant l’opération contre le chef guérillero. Là encore, Lefty montre qu’il est un type bien.

Flight est un film parlant tourné en 1929 (avec une copie muette, on ne savait jamais…) et garde les scories du muet dans ses quelques intertitres et ses scènes de bataille sonorisées.

L’épisode de guérilla fait plutôt penser à l’attaque d’un fortin par les Indiens dans un western. Mais c’est surtout un prétexte pour des scènes aériennes acrobatiques qui, si elles n’ont pas la fougue de celles de Wings, n’ont pas à en rougir.

Et puis il y a le comique de Capra, malgré l’histoire plutôt sérieuse, quand on la compare à d’autres films (Mr Deeds, You can’t take it with you…).

Ca commence par le match de football, mais il y a d’autres moments réjouissants :

  • Après une séance de vol acrobatique, Lefty n’a qu’une envie : vomir. Mais il y a la cérémonie du drapeau qui le retarde, puis le seau qu’il avait lorgné qui lui est enlevé au dernier moment ;
  • La dernière scène d’instruction de pilotage (etc.)

Ce n’est pas Wings, certes. Qu’importe. Les cent dix minutes se laissent regarder agréablement, ce qui est le principal.

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