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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Film noir, #Comédie, #Carl Reiner
les Cadavres ne portent pas de costard (Dead Men don't wear plaid - Carl Reiner, 1982)

Rigby Reardon (Steve Martin) est un détective privé. Il vient d’être engagé par la très belle Juliet Forrest (Rachel Ward) qui ne croit pas à la mort accidentelle de son père, un scientifique spécialisé dans le fromage.

A mesure que Reardon découvre la vérité, ses ennemis se dressent sur son chemin pour l’empêcher de faire toute la lumière sur une grande conspiration, avec nazis à la clé : c’est normal, nous sommes dans les années 1940, après la seconde Guerre Mondiale.

 

Dès la scène de présentation, le ton est donné : Reardon est un privé à qui on ne la fait pas, mais surtout dans les bras duquel les femmes tombent comme c’est cas ici : sa visiteuse s’évanouit.

Mais là où Sam Spade ou Philip Marlowe aurait eu les gestes précis pour la réveiller, il n’en va pas de même pour ce singulier détective : il l’embrasse sur la bouche et se met à lui « repositionner » les seins.

En clair : il la tripote.

 

Dès lors, la place est faite pour la parodie. On retrouve le monologue intérieur de l’enquêteur mais on comprend rapidement que là n’est pas le plus important.

C’est l’intervention d’un jeune homme qui vient s’occuper de notre héros : il porte une serviette dans laquelle repose un pistolet que cet homme va utiliser pour éliminer Reardon avant qu’il ne soit trop tard.

Rien de bien nouveau ni de parodique, me direz-vous. Oui, mais si j’ajoute que ce jeune homme ressemble étonnamment à Alan Ladd et que les images sont tirées de This Gun for hire (Frank Tuttle, 1942).

Et cet emprunt est le premier d’une longue série (1) qui voit apparaître Humphrey Bogart, Ava Gardner, James Cagney ou encore Ingrid Bergman, dans des films plus ou moins emblématiques de la période.

C’est un véritable festival. On s’amuse à retrouver les films dont sont tirés les extraits, et on sourit à la façon dont Reiner a mis en scène l’adaptation : les dialogues sont pertinents et s’intègrent très bien à l’intrigue ; les décors et les costumes ont été recréés afin d’assurer la continuité des situations, permettant à Steve Martin de « jouer avec » quelques (très) grands noms du cinéma.


Et puisque nous parlons de costumes, saluons ici l’immense Edith Head dont ce fut la dernière collaboration à un film : elle mourut pendant la production, mettant ainsi fin à une carrière de plus de 400 films et de nombreux téléfilms (2).

Si les acteurs « actuels » (ceux qui ont vraiment tourné pour ce film) sont un peu moins connus, on reconnaît tout de même Carl Reiner dans le rôle du majordome à l’accent allemand prononcé (3).

Et si certaines séquences anciennes n’ont pas toujours le même grain d’image ou possèdent une musique différente, on se laisse totalement prendre par cette histoire improbable de conspirateurs aux objectifs meurtriers absurdes (4).

Et on ne peut que saluer le tour de force de Carl Reiner d’avoir réussi ce magnifique fil-hommage au film noir américain des années 1940 : de Suspicion (Alfred Hitchcock, 1941) à In a lonely Place (Nicholas Ray, 1950).

 

 

PS : « Rigby Reardon », quel nom ! D’un autre côté, il fallait que les séquences anciennes soient en rapport avec l’intrigue « moderne ». Rigby est le nom de Robert Taylor dans The Bribe (Robert Z. Leonard, 1949) avec Ava Garner. Reardon est celui d’Edmond O’Brien dans The Killers (Robert Siodmak, 1946) avec encore une fois la très belle Ava.

 

  1. vous irez voir vous-même celles et ceux que j’aurai oubliés.
  2. Brad Bird, dans les deux Indestructibles a créé le personnage d’Edna Mode qui de par son nom et son original crée des costumes…
  3. Inutile de préciser qu’il est l’un des nazis annoncés.
  4. Je ne dirai rien de plus : la texture du fromage est un élément primordial dans cette entreprise criminelle.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Sam Wood, #Comédie
Le Gosse infernal (Peck's bad Boy - Sam Wood, 1921)

Le gosse infernal, c’est Jackie Coogan. Il s’appelle ici Henry Peck et est le fils d’un agent immobilier (James Corrigan). Et bien sûr, c’est un garnement très dissipé.

D’un côté, son père est las de ses frasques et veut le corriger, d’un autre sa mère (Lillian Leighton) lui passe tout.

Bref, nous assistons à toute une série de bêtises que fait ce galopin, parfois anodines mais surtout gênantes voire dangereuses : la première que l’on voit, c’est d’avoir libéré le lion d’un cirque.

 

Après le succès de Jackie Coogan dans The Kid trois mois plus tôt, Sam Wood exploite le filon de ce Kid. C’est donc une comédie où  le petit Jackie brille, bien sûr, mais pas autant qu’avec Chaplin.

En effet, alors que Chaplin alternait avec beaucoup de bonheur et surtout de justesse de grands moments comiques et des scènes d’émotion, ici ce ne sont que les éléments comiques qui sont mis en valeur, avec plus ou moins de bonheur.

En effet, ce souci de faire rire à tout prix amène une escalade certes, mais aussi a tendance à délaisser un tantinet l’intrigue.

 

D’ailleurs, quelle intrigue ?

On pourrait presque dire que c’est un film à sketchs où Jackie Coogan donne beaucoup de la sa malice, tant on ne voit pas bien où on va. Certes, on a une histoire d’amour, une histoire d’inventeurs et un sauvetage de dernière minute. Mais cela ne suffit pas à faire un bon film.

Non pas que nous assistons à un navet, mais on aurait pu espérer mieux.

 

Jackie Coogan est égal à lui-même mais il n’a pas la possibilité de s’exprimer pleinement, son rôle le cantonnant à créer des catastrophes toujours plus grandes. 

Les liens entre les différentes péripéties sont ténus (trop peut-être) et ne réussissent pas à nous tenir en haleine.

Tous ces gags, de différentes qualités ne sont pas exploités à fond, comme aurait pu le faire Chaplin (1).


Au final, le film est amusant, mais on aurait aimé quelque chose d’un petit peu plus subtil.
Tout comme Beyond the Rocks, dont j’ai déjà parlé ici, on attendait mieux du film. Aux côtés de Jackie Coogan, on retrouve quelques noms du cinéma muet (outre ceux déjà mentionnés) : Wheeler Oakman en jeune docteur amoureux de la sœur d’Henry (Doris May), sans oublier Raymond Hatton en épicier peu regardant sur l’honnêteté.

 

Bref, on ne peut pas faire un film seulement sur un seul personnage ou exploiter le talent d’un acteur (2), et surtout, faire rire, c’est bien (3), mais dans une intrigue structurée, c’est mieux.

 

PS : Dans le film suivant de Jackie Coogan (My Boy), l’intrigue sera plus structurée, mais le comique beaucoup moins présent.

Je me répète : n’est pas Chaplin qui veut !

 

PPS : la copie que j’ai visionnée (distribuée par Oldires.com) n’est pas d’une très grande qualité. Outre l’image qui n’a pas été restaurée et apparaît souvent passée, les plans ont été recadrés et certains intertitres sont alors incomplets. De plus, la musique qui accompagne est une suite hétéroclite de morceaux de jazz qui semblent provenir de la même époque que le film. Autant enlever le son, on ne perd absolument rien.

 

  1. Encore lui, mais que voulez-vous, après un tel chef-d’œuvre, il était difficile de l’égaler, et encore moins de le surpasser.
  2. On reconnaît à plusieurs endroits l’apport de Chaplin dans le jeu de Jackie Coogan, reprenant certaines attitudes qui ont fait son succès avec son mentor.
  3. Sans oublier que c’est très difficile.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Howard Hawks, #John Wayne
El Dorado (Howard Hawks, 1967)

El Dorado n’a rien à voir avec un lieu mythique où les bâtiments sont en or. Non. C’est une petite ville de l’Ouest américain comme il en existe beaucoup. Et comme dan d’antres villes, un propriétaire plus riche a une certaine tendance à se croire au-dessus des lois.

Ici, il s’appelle Bart Jason (Edward Asner). Ce gros propriétaire a un ennemi : Kevin McDonald (R.J. Armstrong).

Bien qu’il ait engagé Cole Thornton (John Wayne) – une fine gâchette – ce dernier a refusé son offre, étant un vieil ami du shérif du coin, J.P. Harrah (Robert Mitchum).

A la suite d’un « malentendu, Thornton tue un fils de McDonald. SI le père comprend les circonstances, il  n’en va pas de même pour sa fille Joey (Michele Carey) qui tire sur Thornton, le rendant partiellement invalide.

Le temps passe, et quand Thornton revient à El Dorado, Harrah est devenu une éponge, suite à une histoire d’amour malheureuse (comme d’habitude).

Mais Jason, lui, n’a pas changé. Au contraire, il a engagé une nouvelle gâchette : Nelse McLeod (Christopher George).

 

On retrouve ici une intrigue qui rappelle – à juste titre – celle de Rio Bravo. Mais premier détail d’un changement : le shérif n’est pas interprété par John Wayne. C’est Robert Mitchum le patron de cette ville. Et il semble, au vu de leur première rencontre, que ses deux cow-boys ne sont pas obligatoirement des amis intimes. Et si en plus, la beauté du coin – Maudie (Charlene Holt) – a distribué ses faveurs à Thornton avant Harrah, on pourrait croire que nous sommes dans une impasse.
Deuxième changement par rapport à Rio Bravo, celui qui est en prison est le grand chef.

Quoi qu’il en soit, il est toujours question de récupérer l’homme incarcéré, et l’issue violente est inéluctable : il y aura des morts – mais pas John Wayne, rassurez-vous.

 

Une des différences avec Rio Bravo tient surtout aux deux acteurs principaux : John Wayne et Robert Mitchum ne sont plus de la première jeunesse. Si Mitchum peut (presque) faire illusion – il n’a que 49 ans quand le film sort – John Wayne vient de changer de décennie (60 ans à la sortie américaine en juin 1967).  Cet aspect biologique n’est pas anodin quand on voit les effets que peut faire la blessure de Joey sur Thornton.

Quant à Walter Brennan, il a été remplacé par Arthur Hunnicut, mais n’est pas aussi vindicatif ni ronchon que son prédécesseur.

Autre remplaçant, James Caan, (Mississipi), qui n’a de commun avec Colorado (Ricky Nelson) que son surnom venant d’un des états de l’Union.

 

On retrouve tout de même les mêmes éléments pertinents de l’intrigue, ainsi que la résolution violente, mais avec du temps qui a passé. Même la belle Maudie ne peut rivaliser avec Feathers (Angie Dickinson) : sa vie avant l’intrigue ne joue pas en sa faveur (1).

Mais la grande différence vient avant tout de l‘intrigue. En effet, si on doit comparer les deux, El Dorado se situe en amont part rapport à Rio Bravo.

Alors que Rio Bravo s’ouvrait sur le meurtre décisif – il en traine l’incarcération du meurtrier qui amène ce western ô combien étouffant – ici il faut attendre un bon moment avant que Jason soit enfermé. De plus, Hawks prend le temps de nous décrire la situation initiale et surtout le contexte (ce qu’il n’avait pas fait avant).

Quoi qu’il en soit, le résultat est le même, et si John Wayne ne sort pas avec la jeune première, il n’est pas non plus mis sur la touche : Maudie ne lui résiste pas, et Harrah sort de sa mauvaise passe alcoolique.

 

 

(1) Angie est née en 1931, et Charlene en 1928, peut-on vraiment considérer la seconde comme une aînée de la première ? Non, mais comme le film est tourné plus tard…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Henri Decoin, #Jean Gabin, #Gangsters
Razzia sur la Chnouf (Henri Decoin, 1955)

La chnouf. La came, la blanche… Tous ces termes fleuris ne décrivent qu’une seule chose : la drogue.

Et Henri Ferré dit « Le Nantais » (Jean Gabin), la drogue, c’est sa partie. Il débarque des Amériques où il a fait son trou, pour reprendre l’affaire de Paul Liski (Marcel Dalio), gros bonnet en France. Il faut dire qu’avant son arrivée, son prédécesseur a été retrouvé truffé de plomb.

Henri va alors « secouer » le milieu pour faire repartir les affaires qui périclitaient.

Et pour ce faire, il va rencontrer tous les protagonistes du trafic, du fournisseur (ou presque) jusqu’au consommateur.

Et pour ceux qui ne sont pas contents, il reste une paire de tueurs à son service : Roger, dit « Le Catalan » (Lino Ventura) et son complice Aimé (Albert Rémy).

 

Un an après Touchez pas au Grisbi, on retrouve Gabin dans un rôle de caïd, dans une atmosphère plutôt similaire. Alors qu’Henri Decoin à succédé à Jacques Becker, Auguste Lebreton remplace Albert Simonin. Lebreton, et en plus du scénario, signe les dialogues et fait même une apparition dans la partie de craps.

Et à propos d’apparition, quelques jeunes personnes apparaissent ça et là : Marcel Bozuffi, qui retrouvera Ventura et Gabin deux ans plus tard (Le Rouge est mis) ; Roger Carel, qui se contente de passer le téléphone ; et d’autres encore, qui émaillent régulièrement le cinéma français des années 1950-1970.

 

Quant à Gabin, c’est du sur mesure – comme d’habitude –, et son personnage de caïd est tout à fait convaincant. Le seul bémol, c’est peut-être de le faire tomber amoureux de la belle Magali Noël, 23 ans quand le film est tourné, alors que le Vieux en a déjà 50.

Mais ne boudons pas notre plaisir, Gabin reste sobre et nous permet une plongée impressionnante dans les milieux nocturnes parisiens de l’époque.

 

Plus de soixante ans après sa sortie, le film a bien sûr perdu de sa force, mais le constat reste le même : la drogue est un fléau, même si le public touché n’est pas concentré sur les noctambules. Ici, tout se passe la nuit, soulignant alors une belle atmosphère de film noir.

De plus, on a une petite sensation de malaise quant au public décrit. Si on y croise une jeunesse qui se presse dans les boîtes de nuit pour jouir de la vie, on y croise aussi le milieu homosexuel qui est mouillé dans l’affaire. Certes, ce n’est pas une généralisation, mais on ne peut pas oublier que les homosexuel(le)s étaient (encore plus) mal considéré(e)s à cette époque, d’où la commodité de les utiliser comme dealers (terme qui n’était pas usité en 1955, mais qui exprime une même réalité).

 

Autre minorité qui consomme de la drogue : les Noirs. Le Nantais se rend avec Léa (Lila Kedrova) dans un bar antillais dans lequel on fume de la marijuana en écoutant de la musique.

C’est aussi dans cet endroit qu’on voit un jeune homme à qui la drogue donne des spasmes, qu’il soit en train de fumer ou non. C’est, avec Léa, le seul à qui la drogue fait un effet terrible.

La prestation de Lila Kedrova est d’ailleurs magnifique, donnant une interprétation pathétique sans être pour autant outrée.

 

Razzia sur la Chnouf est un film qui a vieilli certes, mais son propos reste le même : la drogue, c’est de la merde. Et puis on y retrouve une autre façon de filmer, avec des acteurs de tout premier plan : c’est toujours un plaisir de le revoir.

 

Et puis retrouver Gabin et Dalio sur une même affiche, ça fait toujours du bien…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Reginald Barker, #Drame
The Italian (Reginald Barker, 1915)

C’est un homme (George Beban) qui lit un livre, dans son salon, au coin du feu. Ce livre, c’est The Italian.

C’est alors que commence réellement le film, racontant l’histoire de Beppo Donnetti, et bien sûr, par identification, le lecteur devient Beppo.

Beppo est un gondolier, dans une Italie traditionnelle où le soleil brille, les moines prient et les hommes font les vendanges.

Beppo est amoureux d’Annette (Clara Williams), mais elle est aussi courtisée par un vieux barbon – Gallia, le tailleur. Le père d’Annette accepte que sa fille épouse Beppo à la condition qu’il lui ait trouvé un toit avant un an.

Beppo part aux Etats-Unis, y débarque après avoir passé l’inévitable Statue de la Liberté qui annonce la fin du voyage. Et dans le temps imparti, Annette reçoit de l’argent pour effectuer la traversée de l’Atlantique et rejoindre son fiancé.

 

George Beban est un acteur aujourd’hui oublié, mais était tout de même un très bon acteur, et comme le dit Kevin Brownlow : il a beaucoup fait pour l'image des Italiens en Amérique (1).

Son personnage de Beppo est un Italien tout à fait moyen. Il n’est pas un paysan inculte, ni un érudit. Bien sûr, c’est un homme de tempérament et les bonnes nouvelles sont toujours exprimées de façon extrême, mais c’est logique. Il n’y a nulle moquerie dans le jeu de Beban, de l’exaltation certes, mais aussi de la subtilité, et surtout beaucoup d’émotion.

Beppo est d’abord un bon vivant, qui charme les femmes de sa voix de velours.

Mais une fois en Amérique, il doit survivre et surtout assurer un toit pour sa promise.

 

Après une première partie qui nous expose la situation, arrive le premier élément du destin : le vieux Gallia qui précipite le départ de Beppo.

Suit ensuite les débuts de ce dernier dans le Lower East Side de New York, où les habitants sont un magnifique exemple de melting-pot : Beppo va fêter la naissance de son fils avec un voisin juif, et il invite tous ceux qui sont présents à célébrer la naissance.

Bref, c’est une communauté où les gens se connaissent et s’entraident.

Arrive alors le deuxième coup du destin. Si le premier a amené une situation heureuse – Beppo a réussi à se marier avec la belle Annette – le second est beaucoup plus terrible : une vague de canicule va amener un très grand malheur sur les Donnetti, et leur fils âgé de quelques mois va mourir.

 

Ce qui est le plus étonnant (et réjouissant), c’est la qualité cinématographique du film.

En effet, alors que les géants du muet (Chaplin, Griffith, Brown, Keaton…) sont toujours loués (à juste raison) pour leur apport au cinéma, nous découvrons ici Reginald Barker, un réalisateur obscur qui travaillait dans l’ombre de l’immense Thomas H. Ince (2).

Et ce que l’on peut dire, c’est que le film possède une valeur technique assez admirable, sachant que nous sommes en 1915.

En effet, ce sont des fondus enchaînés ou au noir qui amènent des souvenirs ou font la transition vers une autre péripétie ; des gros plans – voire très gros plans – du visage de Beppo quand le malheur le frappe ; des travellings latéraux ou arrières pour suivre la course de Beppo (la caméra est sur une voiture et filme l’Italien qui s’agrippe à une autre voiture avant d’en être éjecté par le pied du « Boss » du quartier pauvre (Leo Willis) ; et même un cadrage à travers le trou de la serrure qui nous montre ce qu’il se passe chez Beppo après la naissance.

Bref, c’est du très bel ouvrage, mais on était en droit d’attendre cela d’un film qui vient de chez Ince.

 

Et en plus d’être un très bon film, Reginald Barker (et Ince, faut-il le rappeler) nous dresse un tableau tout à fait réaliste de la vie dans le Lower East Side de New York (3). Je rejoins Brownlow encore une fois quand il dit que les formalités pour entrer aux USA sont escamotées : on assiste directement de la descente du bateau à la vie dans les rues de la mégalopole. Mais comme ça n’a pas une grande incidence sur le film, passons (4).

 

Reste un film superbement restauré par la Library of Congress avec une nouvelle musique d’accompagnement signée (et interprétée) par Ben Model, pianiste spécialiste du cinéma muet.

A (re)découvrir !

 

 

  1. cf. Behind the Mask of innocence (London: Jonathan Cape, 1990 – Chap. X, The Foreigners)
  2. C’est d’ailleurs lui qui signe, avec C. Gardner Sullivan, le scénario (et qui a bien sûr supervisé la création du film) : le livre lu par l’homme de l’introduction est d’ailleurs signé par leurs deux noms.
  3. Même si la plupart des prises ont été faites à Venise. Venise certes, mais dans celle de Los Angeles…
  4. Je vous renvoie à My Boy, où Jackie Coogan eut une drôle de façon de passer à travers les contrôles d’Ellis Island.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cape & épée, #Fred Niblo, #Douglas Fairbanks
Le Signe de Zorro (The Mark of Zorro - Fred Niblo, 1920)

Ca court, ça saute, ça brette : pas de doute, il s’agit d’un film avec Douglas Fairbanks.

C’est d’ailleurs à se demander si ce personnage de justicier masqué n’a pas été écrit spécialement pour lui !

En effet, le court roman de Johnston McCulley est paru l’année précédente, et nous pouvons donc voir ici la toute première adaptation, et donc apparition de Zorro ! (1)

Et c’est à Fred Niblo qu’échoit le rôle de metteur en scène où Douglas Fairbanks est, comme à son habitude, le géant de l’écran.

Près de cent ans plus tard, et de nombreuses adaptations, on ne se lasse pas de voir le grand Douglas interpréter ce rôle double (Diego Vega/Zorro), alors totalement inconnu sauf des lecteurs du All Story Weekly qui publia le roman sous forme de feuilleton.

Sans oublier certaines réminiscences qu’on retrouve dans d’autres films : The Princess Bride (Wesley est habillé exactement pareil que Zorro) ou The Artist où une séquence est carrément insérée dans le film (1).

 

Nous sommes donc en Californie au temps de l’occupation espagnole (début XIXème siècle) et la ville de Capistrano voit les opprimés vengés par un bandit de grand chemin qui se fait appeler Zorro (2). Dans le même temps, le jeune Diego Vega est revenu d’Espagne. Mais si Zorro est intrépide et très courageux, Diego est mou et un tantinet paresseux, le moindre déplacement le fatiguant.

S’ajoute à cela un gouverneur cruel (George Periolat) et son homme de main le capitaine Ramon (Robert McKim), la jeune Lolita Pulido (Marguerite De La Motte) qui aime Zorro et méprise Diego ; le sergent Gonzales (Noah Berry qui fait ses débuts au cinéma), matamore et videur de verres (qu’il casse ensuite), prêt à affronter Zorro, mais de loin.

Bref, tout est là pour passer un bon moment.

 

Bien sûr, c’est une intrigue taillée sur mesure pour Douglas Fairbanks : normal, il a écrit le scénario avec Eugene Miller (2). Et comme en plus, il est le producteur… On n’est jamais si bien servi que par soi-même.

Si le début est un peu lent, du fait de l’abondance d’intertitres pour nous décrire le contexte, l’action se met vite en place et très rapidement, nous avons quelques bons moments.

L’apparition du sergent Gonzales est un bon moment comique, surtout quand après sa diatribe, Zorro apparaît : c’est un sourire sous un chapeau noir, puis un cigarillo qui fume, et enfin, c’est le visage masqué tant attendu.

Cette scène amène le premier duel qui voit Zorro marquer son adversaire – beaucoup moins courageux, tout d’un coup – à un endroit judicieux.

 

Mais si Zorro est un modèle de courage et de justice, je préfère tout autant l’interprétation de Diego par Fairbanks. C’est un magnifique négatif du héros, plus intéressé par son foulard avec lequel il ennuie tout le monde en réalisant des tours, que par la situation politique.

Cette personnalité ô combien ridicule participe au comique du film. Parce qu’à aucun moment, on se pose des questions sur l’authenticité d’un tel justicier masqué (3).

On savoure avec gourmandise cet épisode des aventures de Douglas Fairbanks, qui en plus de nous ravir, pose les bases d’une des plus grandes légendes de la culture populaire.

 

Cinq ans plus tard, Donald Crisp en fera une suite avec le même Douglas Fairbanks.

Mais, bien sûr, ceci est une autre histoire…

 

 

PS : parmi les petits rôles, on retrouve Snitz Edwards, reconnaissable à sa petite taille et son rôle d’aubergiste peu courageux.

 

  1. Il s’agit de la dernière poursuite qui amène le duel final (etc.)
  2. « Le renard », d’où l’ombre de l’animal dans le générique de la série avec Guy Williams (1957-1961). A ce propos, Fairbanks, alors qu’il est Diego, s’amuse à faire des ombres chinoises.
  3. C’est normal, on est au cinéma !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Guerre, #Cecil B. DeMille
Les Bateliers de la Volga (The Volga Boatman - Cecil B. DeMille, 1926)

Si je peste régulièrement contre les traductions approximatives voire farfelues de certains traducteurs (traîtres ?), je ne vais pas m’étendre sur le titre : « Le » batelier de la Volga original est devenu « Les », en rapport direct avec la chanson traditionnelle. Et comme on ne voit pas seulement un batelier mais plusieurs, on ne va pas chipoter.

Ici, le batelier du titre original se prénomme Feodor (William Boyd), il a les cheveux blonds et bouclés, des yeux bleus magnifiques et une voix mélodieuse qui exprime tout à fait l’âme de la Russie.

Enfin c’est ce qu’en dit la princesse Vera (Elinor Fair), à son fiancé le prince Dimitri (Victor Varconi), qui se moque des bateliers, mettant en avant leur saleté et leur triste condition.

Mais nous sommes en 1917, et un vent de révolte souffle sur la Russie éternelle, et on assiste alors à la fin de ce qualificatif.

Feodor devient l’un des chefs de la révolution et attaque les nobles qui n’ont pas encore fui.

Mais subjugué par la beauté de Vera, il ne peut se résoudre à l’exécuter.

 

Nous sommes ici avec ce qu’on peut considérer comme un film moyen, où DeMille ne semble pas en grande forme.

Il faut dire que son équipe habituelle n’est pas au complet : Jeanie MacPherson et Alvin Wyckoff ne sont pas présents au générique, et ça se ressent. Même le montage d’Anne Bauchens, qui a fait mieux, n’est pas extraordinaire.

 

Certes, la photographie est bien léchée, et le film possède quelques teintes qui donnent une qualité supérieure à certains paysages (sur la Volga, par exemple, même si ce n’est pas exactement tourné sur place…).

Mais tout de même, on est un peu déçu du résultat.

L’intrigue est franchement improbable et s’il n’y avait pas Julia Faye et Theodore Kosloff, le film serait très statique.

En effet, ce sont essentiellement des tableaux qui nous sont proposés, avec de temps en temps tout de même quelques scènes d’actions – trop rares – dont la prise du palais par les insurgés rouges qui nous rappelle d’autres séquences épiques tournées par DeMille précédemment. Mais c’est tout de même bien trop peu.

 

Reste tout de même une séquence intéressante et qui montre tout de même que CB n’est pas le premier venu : dans la cave.

Les Blancs oint repris une auberge aux Rouges et décident de s’y installer. Mais une chambre est occupée par Feodor et Vera, en fuite (1).

L’officier commandant les Blancs n’est autre que Dimitri, qui permet à ses hommes de s’amuser avec la jeune femme qu’ils ont enlevé à un Rouge.

Suit alors une très belle séquence où la jeune femme est placée debout sur une table. Les soldats vont tour à tour grimper sur cette table pour ôter un vêtement à la femme, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus.

Mais même si on est chez DeMille – et c’est aussi pour cela que la séquence est belle – on ne voit pas une seule fois la femme se déshabiller : ce ne sont que des plans rapprochés des soldats, les yeux lubriques et la bouche qui s’ouvre à mesure que la femme se dénude.

Bien sûr, Dimitri interviendra avant que tout cela ne dégénère, amenant une série de gros plans sur des visages qui changent progressivement d’expression : celui de Dimitri où se mêle la surprise et la honte d’avoir fait subir ça à sa promise ; ceux des soldats qui se rendent compte qu’ils on fait une bourde, mais qui ricanent tout de même du tour qu’ont pris les choses…

 

Et à part ça ?

Peut mieux faire.

Largement.

 

PS : à noter une partition musicale qui mêle avec bonheur Les Bateliers de la Volga (inévitable) et L’Internationale (bien sûr !). Ainsi qu’un emprunt à Tchaïkovski pour la Valse des Fleurs. (2)

 

  1. Je ne vous expliquerai pas pourquoi, allez voir par vous-mêmes.
  2. Edition vidéo de 2015.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille, #Western
La Fille du Far-West (The Girl of the golden West - Cecil B. DeMille, 1915)

Cloudy Mountain est un petit bled minier de Californie, une sorte de ville-champignon où les prospecteurs viennent dépenser leur or – et aussi le mettre à l’abri, au Nugget Saloon, que tient la fille de l’ancien propriétaire : La Fille (Mabel Van Buren) (1).

Au saloon, on croise aussi le shérif (Theodore Roberts), qui est aussi un sacré joueur, et toute la faune habituelle des saloons.

Une fois ce décor planté, vient le méchant : Ramerrez (House Peters), un bandit de grand chemin qui a l’intention de faire main basse sur l’or conservé au saloon.

 

Bien sûr, il ne le fera pas, étant tombé préalablement amoureux de La Fille. Et au final, il partira avec la fille (2), vers des cieux plus cléments et toute cette sorte de choses qu’on trouve dans un western.

Enfin pas tellement en fait, puisque le western est encore balbutiant, même si Cecil B. DeMille en est déjà à son quatrième. Le film est loin des canons du western romantique comme on le connaît le mieux : mis à part Ramerrez, c’est une belle collection de moustaches fournies qui nous est proposée.

 

L’histoire est tirée de la pièce de Belasco (3) – un des rois de Broadway – et adaptée par CB soi-même.

Et c’est peut-être pour ça que le film est un tantinet bancal. En effet, dans l’année de sortie du film (1915), une actrice va bouleverser sa façon de faire ses films : Jeanie MacPherson (4).
En attendant, il faudra se contenter de ce qu’on a.

 

Il s’agit du douzième film de celui qui n’est pas encore le Maître que l’on sait, et la première chose qui saute aux yeux, c’est le côté statique des acteurs qui ne font que très peu de mouvement devant la caméra dans les scènes d’intérieur.

Autre reproche qu’on peut faire au film : malgré la photographie d’Alvin Wyckoff et les décors de Wilfred Buckland, on ne peut ignorer quelques détails un peu gênants.

En effet, les scènes dans le saloon son éclairées à la lumière du soleil – comme c’était la coutume – ce qui donne des ombres supplémentaires absolument pas en rapport avec ce que l’on voit.

Encore un détail : la neige. Ce n’est pas son aspect artificiel qui gêne le plus, c’est surtout son arrivée inopinée ainsi que sa disparition, inopinée elle aussi. Au bout du compte, elle n’a d’utilité que pour La Fille qui peut garder son amoureux chez elle.

Dernier détail enfin, et qui fait un peu écho au premier film de CB, Le Mari de l’Indienne : deux Indiens apparaissent dans le film, un homme et une femme.

Si leur apparence les identifie de suite, leurs rôles ne sont pas des plus éblouissants.

En effet, l’Indienne, au service de La Fille, lèche les emballages de nourriture quand elle ne la subtilise pas carrément. Quant à lui, on lui demande de surveiller un cheval et il s’endort, permettant à Ramerrez de fuir ; un peu plus tard, il se permet de boire le verre du shérif qui s’est endormi.

 

Pour le reste, on est toujours dans la même verve que dans le film cité plus haut, avec une intrigue tout de même très sommaire. Reste la prestation de Theodore Roberts qui ne laisse pas indifférent : sa conception de la justice peut prêter à caution, mais c’est tout de même un homme de parole.

Autre aspect de la justice, les habitués du saloon ne connaissent qu’une seule façon de juger Ramerrez une fois capturé, celle du juge Lynch : la pendaison.

 

Et quand le film s’achève sur le baiser final, on se dit qu’il est temps que DeMille trouve quelqu’un pour lui écrire de belles (et bonnes) histoire.

Mais heureusement, ça arrivera dix films plus tard quand sortira le magnifique The Cheat.

 

 

 

  1. On ne lui connaît aucun autre nom.
  2. Ou « La Fille », c’est au choix…
  3. David Belasco (1853-1931) a écrit de nombreux spectacles qui furent adaptés au cinéma. C’est même lui qui aurait suggéré à Gladys Louise Smith de changer son nom en Mary Pickford…
  4. Elle tient ici le rôle de Nina : une Mexicaine qui trahit Ramerrez par jalousie.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Robert Wise, #Guerre, #Richard Attenborough
La Cannonière du Yang-Tsé (The sand Pebbles - Robert Wise, 1966)

La canonnière du titre, c’est le San Pablo. Mais on l’appelle aussi Sand Pebbles (1).

C’est un vieux bâtiment de la Navy (américaine, bien sûr) qui fait le lien entre Changsha et China Light, sur le fleuve Yang-Tsé.

Ce navire accueille à son bord un nouveau mécanicien : Jake Holman (Steve McQueen). Avec l’arrivée de ce dernier, c’est le fonctionnement du bateau qui va changer, mais surtout la situation politique.

Alors que la Chine est dominée par des puissances « occidentales » - France, Allemagne, Royaume-Uni, Etats-Unis – le Kuomintang de Tchang-Kaï-Chek mène un soulèvement qui mènera à l’autonomie du pays, sans le parti communiste de Mao qu’il va pourchasser, avant de lui céder la place en 1949.

Nous assistons donc ici au début de l’insurrection – nous sommes en 1926 – et quand le film se termine, Nankin a été déclarée capitale et la guerre civile va commencer entre les nationalistes (de CKS) et les communistes (de Mao).

Au milieu de tous ces troubles, le San Pablo essaie de protéger ses ressortissants.

 

C’est un long film que nous propose Robert Wise, encore une fois, mais cette longueur se justifie par la complexité de l’intrigue et surtout des enjeux politiques inhérents.

Bien sûr, notre sympathie va tout de suite à Holman – Steve McQueen oblige – et à son ami Frenchy (Richard Attenborough).

Quand Holman arrive sur le San Pablo, il entre rapidement en conflit avec les autres : ses frères d’armes comme les « cadres » des coolies, Chien (Tommy Lee) et Lop-Eye Shing (Henry Wang).
Ce n’est pas un débutant dans le pays, et tout comme ses camarades, il a des préjugés tenaces envers les populations autochtones. Pourtant, son attitude va changer, et sa vision des Chinois évoluer, surtout avec l’un d’eux qu’il va former : Po-Han (Mako).

 

Malgré tout, Holman est mal vu par la plupart des marins, vexés par son attitude non-conformiste qui explique aussi pourquoi il a des états de service peu orthodoxes : c’est un bon mécanicien, certes, mais il semble ne pas s’adapter au cadre qui lui est donné.

De plus, son arrivée coïncidant avec le soulèvement chinois le désigne tout naturellement comme le responsable des dysfonctionnements du bateau et de la situation politique. Il faut dire que le conflit qui se met en place est totalement différent de ceux qu’ont pu vivre les marins et surtout leur capitaine (Richard Crenna – le futur supérieur de Rambo !) : les Communistes (au nord) tentent de saper l’autorité américaine, balançant ce qu’on appelle aujourd’hui des fake news, et qui n’est rien d’autre que de la propagande.

 

Le périple – dangereux – du San Pablo est aussi le théâtre de deux histoires amoureuses : celle de Frenchy, et celle de Holman (of course !).

Frenchy est subjugué par une jeune femme – Mayli (Emmanuelle Arsan, qui a obtenu un grand succès avec ses livres dont l’héroïne porte le même prénom qu’elle…) dans un bordel de Changsha : cette jeune femme est dans une situation très délicate, et encore plus du fait des événements. Elle est une orpheline chinoise élevée par des missionnaires américains. Apatride malgré elle, elle sera tirée de sa misérable situation par Frenchy et Holman, mais surtout grâce à un match de boxe assez gratiné qui voit s’affronter le frêle Po-Han contre l’impressionnant Stawski (Simon Oakland). La relation entre Frenchy et Maily est étonnante dans un tel cadre : en 1926, il n’est pas question de mariage mixte aux Etats-Unis !). Mais c’est cette union qui fait que ces hommes – Frenchy et Holman – sont encore des hommes et non des brutes remplies de préjugés (comme Stawski, par exemple).

 

L’autre histoire d’amour – impossible, cela va de soi – concerne Holman et Shirley  Eckert (Candice Bergen), une enseignante qui est elle aussi d’une certaine façon une missionnaire : à l’inverse de Jameson (Larry Gates), avec qui elle travaille, elle éduque les jeunes Chinois sans bible.

Il n’y a aucun avenir pour eux, même si elle veut y croire. Holman est plus lucide qu’elle, même si au dernier moment il se dit que ce serait possible.

 

C’est un film en deux parties que nous avons ici. La première pose le décor et détermine les rôles des différents personnages. Quand il s’interrompt (« Intermission »), les différents destins sont scellés, la tragédie se met en place : tout le monde ne s’en sortira pas.

La seconde partie nous amène inévitablement à un affrontement qui couvait depuis le début de la deuxième heure.

 

La dernière heure du film va donc nous proposer une bataille épique qui se livrera dans un premier temps sur l’eau, une lutte navale entre la poignée d’Américains et une armée de Chinois qui ne cesse de croître : à chaque homme qui tombe, plusieurs autres apparaissent pour le remplacer…

Quand le San Pablo force le barrage, Holman est le dernier à rejoindre le bord. Holman voit tous ces morts dans les bateaux ou qui flottent au fil de l’eau. On sent alors qu’il a pris conscience que ce qui se passe n’est pas anodin et surtout que la situation est dérisoire, voire désespérée. Le Kuomintang se battra jusqu’au bout pour obtenir l’indépendance du pays et chassera par la même les puissances coloniales.

 

Le final alors, dans son déroulement, ne peut pas nous étonner. La lutte que se livrent les différentes armées ne concerne plus les Occidentaux.

Ils doivent partir. Ou mourir.

 

 

(1) Titre original, créé par homophonie avec San Pablo : « galets, cailloux (de sable)… »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Cecil B. DeMille
La Rançon d'un trône (Adam's Rib - Cecil B. DeMille, 1923)

Pour Marian Ramsay (Anna Q. Nilsson), c’est la crise de la quarantaine : son époux Michael (Milton Sills) la délaisse et sa fille a d’autres préoccupations. Elle se retrouve seule pour célébrer les dix-neuf ans de son mariage, son mari ayant complètement oublié.
Alors quand Jaromir (Theodore Kosloff), ex-roi de Morania (1), lui déclare sa flamme, c’est elle qui s’embrase, créant un tremblement de terre dans sa maison : son mari (jaloux) ne sait comment se débarrasser de ce fâcheux ; sa fille Tillie (Pauline Garon) n’accepte pas qu’elle brise le ménage.

S’ensuit une intrigue remplie de rebondissements où la morale restera sauve – bien sûr – et les différents protagonistes recevront leur juste récompense.

 

Ce film sort deux mois avant le suivant (The 10 Commendments), et reste très fidèle aux autres films de salon que DeMille a déjà tournés. Comme le dit Patrick Brion, le film suivant ressemblera plus à la manière qu’aura DeMille de tourner des parlants.

Ici donc, nous retrouvons le schéma habituel d’un mélodrame où une femme veut retrouver sa jeunesse, et être à nouveau désirée.

Dès l’ouverture du film, la référence biblique – « Adam’s Rib » (2) – est renforcée par le « S » qui entoure un poignet est un serpent, le même qui proposa le Fruit de la Connaissance à Eve.

Nous sommes donc prévenus : c’est de la femme que viendra le mal.

Mais est-ce vraiment le cas ?

 

Que la fille de la maison soit occupée ailleurs est tout à fait normal. Mais ce qui l’est moins, c’est l’attitude du mari qui fait passer ses affaires – il travaille à la Bourse – avant le reste, sa femme devenant la première victime de sa négligence.

Mais si le mari a ses torts, il ne faut pas négliger ceux du troisième tiers : l’amant, ou ce qui y ressemble.

Parce que de ce côté-là, Jaromir n’est certainement pas exempt de tout reproche. Piètre roi – il préfère les femmes à l’exercice du pouvoir – il est avant tout un coureur de jupon qui ne s’arrête devant rien pour arriver à ses fins et surtout la femme.

Il est un des représentants de cette noblesse européenne qui disparut après la première Guerre Mondiale, chassée par les révolutions où l’usure du pouvoir. On pense bien sûr à la famille impériale russe qui subit violemment le changement de gouvernement, la menace bolchévik étant toujours présente au moment du tournage (et après, d’ailleurs). Sans oublier que DeMille est un farouche défenseur de l’Amérique : il voit dans ce roi d’opérette (3) cette menace.

Mais surtout, Jaromir est un homme insistant – trop, certainement – à qui on a rarement refusé quoi que ce soit.

Au bout du compte, la situation n’est pas éloignée de celle de La Princesse de Clèves : le jeune roi, tel De Nemours, poursuit l’objet de son amour malgré les convenances, ne vivant que pour elle (etc.)… Mais là où Madame de Clèves résiste, Marian cède, sans aucune véritable hésitation à la passion que lui inspire cet homme « prestigieux ».

 

Heureusement, il y a Tillie.

C’est elle la véritable personne décisive dans le film. C’est une jeune fille un tantinet idéaliste et superficielle quand on la rencontre, mais elle va rapidement grandir – comme le souligne un intertitre – du fait de cette nouvelle donne.

Parce que la situation ne cesse d’évoluer tout au long du film, les histoires se compliquant avec le temps jusqu’à arriver à un summum : le bal donné pour son altesse Jaromir.

A ce sujet, le scénario de Jeanie MacPherson est subtilement compliqué, amenant toujours un prolongement à chaque nouvel élément d’intrigue.

Mais à partir du bal, les différentes situations vont trouver leur résolution. Sauf qu’à chaque résolution va correspondre une extension un peu plus dramatique de la situation.

Mais au bout du compte, tout problème trouvera sa solution, et tout se terminera bien.

 

Et comme nous sommes chez DeMille, nous avons droit à un parallèle historique (comme dans Manslaughter, et The 10 Commendments, le film suivant). Il s’agit plutôt d’un parallèle préhistoirique, l’intrigue moderne étant transposée à l’âge des cavernes. On y retrouve les différents protagonistes de notre intrigue dans une histoire de peau de bête et de mélodie enchanteresse et qui débauche les familles. Le tout avec des intertitres qui ressemblent à des gravures sur pierre. En prime, la présence de Julia Faye qui amène le malheur dans cette drôle d’histoire

Bref, on est bien chez DeMille, et on sourit de la naïveté de cette reconstitution.

 

Quoi qu’il en soit, on ne s’ennuie pas dans cette histoire d’infidélité – non consommée – où DeMille montre encore une fois toute l’étendue de son talent de metteur en scène : des plans de coupe focalisés sur les mains ou encore un reflet dans un poudrier…

DeMille, quoi.

 

 

  1. Jeu de mots sur les noms de territoires balkaniques : Moravia & Romania (Roumanie).
  2. la côte d’Adam : celle qui permit à Dieu de créer Eve, avec tout ce que cela comporte de calamité.
  3. Jaromir est-il autre chose ?

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