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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Borzage, #Mélodrame
The Circle (Frank Borzage, 1925)

Katherine (Lucille Le Sueur) (1), s’ennuie auprès de son mari, Lord Clive Cheney (Derek Glynne). Elle trouve réconfort dans les bras de son meilleur ami, et témoin du mariage, Lord Hugh Porteus (Frank Braitwood).
Un jour, ils franchissent le pas et s’enfuient, laissant le jeune lord seul avec leur fils Arnold (Buddy Smith).

Trente ans plus tard, Lady Elizabeth Cheney (Eleanor Boardman, bientôt madame Vidor à la ville) s’ennuie de son mari, Lord Arnold Cheney (Creighton Hale). Elle trouve réconfort dans les bras de son meilleur ami, et témoin du mariage, Lord Edward Luton (Malcolm McGregor).

Profitant de l’absence de son beau-père (Alec B. Francis), elle invite sa belle-mère (Eugenie Besserer) – qu’elle n’a jamais vue – et son compagnon (George Fawcett) à la résidence Cheney, pour voir ce qu’ils sont devenus après ces trente années écoulées.

Arnold est inquiet, mais moins quand il s’aperçoit que son père est rentré et que les invités ne vont pas tarder.

L’histoire va-t-elle se répéter ?

 

On connaît Frank Borzage pour ses comédies dramatiques magnifiques, usant des éclairages avec beaucoup d’habileté, et proposant de véritables joyaux en noir et blanc. On le connaît moins dans un registre très différent : la comédie.

Le film est ainsi annoncé par un intertitre de présentation : « Chaque homme peut se choisir une femme, mais doit faire attention à qui elle est. » Le ton est donné.

Ce n’est pas du burlesque, mais une très agréable comédie de mœurs. En effet, Borzage réussit à nous amuser avec une histoire qui s’annonce à première vue crapuleuse. Il faut dire qu’il a deux vétérans qui s’en donnent à cœur joie : George Fawcett et Alec B. Francis. Chacun dans son domaine est très bon, l’un goguenard voire ironique (Francis), l’autre bougon et un tantinet vulgaire (Fawcett).

Et si Elizabeth conduit cette rencontre au début, rapidement, la situation va lui échapper, jusqu’au coup de théâtre final (assez prévisible tout de même).

La plupart du temps, c’est son point de vue qu’on observe : ses attentes, puis ses craintes et ses espoirs.

 

En effet, le couple qui débarque dans sa vie est assez pittoresque. D’un côté Katherine qui a bien profité de la vie et qui ressemble très peu à son portrait de jeunesse ; de l’autre un Porteus qui s’est empâté, fume le cigare et a des rhumatismes.

A première vue, Elizabeth est bien déçue de voir ces deux énergumènes qui allient vulgarité et mésentente, amenant une scène inévitable avec crise de larmes qui découle d’une partie de bridge où ils se disputent, ce qui semble tout à fait habituel : « elle va encore pleurer », dira Porteus.

 

On a connu Borzage plus inspiré, certes, mais c’est surtout dans des histoires beaucoup moins légères. En ce qui concerne les aspects techniques du film, on n’a rien à dire, les plans sont très bien travaillés et variés, donnant un bon rythme à cette comédie.

L’attente des deux amants qui reviennent trente ans après est très bien menée. D’un côté, une tension qui monte au château, pendant que nous suivons la voiture et ses deux occupants que nous voyons de dos.

Quel contraste quand on voit enfin leurs visages. Et surtout, quelle duo que celui qui prend ses aises dans la résidence : elle qui ne cesse d’embrasser son fils, digne lord britannique à la « lèvre supérieure rigide », le mettant rapidement mal à l’aise.

Bref ces deux nouveaux arrivants ne sont pas ce qu’Elizabeth attendait.

Mais… Et c’est là qu’est la complication de l’intrigue : il ne faut pas oublier la place de l’amour.

 

Alors, restera-t-elle ou  partira-t-elle avec le séduisant Teddie ?

Vous irez voir par vous-mêmes…

 

 

(1) Lucille Lesueur a réussi sous un autre nom : Joan Crawford.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Clarence Brown, #Greta Garbo, #Drame
La Chair et le diable (Flesh and the Devil - Clarence Brown, 1926)

Clarence Brown à la mise en scène, William H. Daniels à la photographie, John Gilbert et Lars Hanson , et enfin Greta Garbo !

C’est un film mythique à plus d’un titre : une nouvelle légende se crée.

 

Près de vingt ans avant Bacall et Bogart – dans Le Port de l’angoisse – nous assistons donc à un couple de cinéma qui se crée : Greta Garbo et John Gilbert.

Si Gilbert fait figure de vétéran du cinéma, sa partenaire, découverte deux ans plus tôt dans le merveilleux film de Mauritz Stiller – La Légende de Gösta Berling – fait ici sa troisième apparition américaine (1), mais surtout la première d’une série de films avec Clarence Brown, le réalisateur des femmes. C’est aussi le premier avec Daniels qui saura toujours photographier la Divine avec beaucoup de soin et surtout de talent.

La légende qui naît va durer quelques années, avec des hauts et des bas, et surtout Louis B. Mayer qui gâchera tout, poussant par la suite Gilbert vers la sortie avant son décès en 1936, à même pas 39 ans.

Mais ceci est une autre histoire.

 

Ici, l’histoire est celle d’une amitié entre deux hommes qui ont grandi ensemble : Ulrich (Lars Hanson) et Leo (John Gilbert). Après avoir grandi ensemble, ils sont à nouveau réuni pour leur service militaire où ils vont même jusqu’à partager les corvées.

Inséparables.

Jusqu’au jour où lors d’une permission, Leo remarque une très belle femme : Felicitas Raden (Greta Garbo). Il la retrouve au bal et l’invite : c’est tout de suite l’amour fou entre eux deux. Mais la belle est mariée, et quand les amants sont surpris, Leo est provoqué en duel par le mari (Marc McDermott).

Le comte Raden tué (2), Leo doit s’exiler, laissant la belle Felicitas aux bons soins de son ami Ulrich.

Trois ans après, quand il revient, c’est pour voir que Felicitas a épousé Ulrich.

Mais ils s’aiment encore…

C’est donc un film sulfureux qui nous est exposé : un amour fou qui en arrive à toutes les extrémités, et donc une histoire qui se termine mal.

 

Ca commence comme une comédie, avec une série de gags qui plante le décor et nous fait connaître les personnages, dont l’un d’eux va devenir important dans cette histoire dont il n’est pas un protagoniste : le pasteur Voss (George Fawcett), qui sera toujours au mauvais endroit et au mauvais moment.  Du point de vue des deux amants s’entend.

Ce qui frappe le plus quand on (re) voit ce film, c’est la photographie de Daniels, et dans une majeure partie la caméra mobile. Brown réalise ici son film le plus inspiré (en attendant les autres qui viendront dès l’année suivante), utilisant absolument toutes les ressources de la caméra.

 

Ce sont des travellings, des gros plans qui retiennent l’attention sur des détails (3), et même une caméra subjective quand Ulrich tient en joue son ami.

Les points de vue sont absolument merveilleux, dont la main de Raden qui enserre les amants découverts, ou encore les surimpressions du visage de Felicitas pendant que Leo rentre d’Afrique, ce visage apparaissant en alternance avec le prénom dont l’écriture se greffe même à la perspective des roues du train…

C’est absolument éblouissant.

Sans oublier le souci constant de Brown de jouer avec l’ombre et la lumière. La (deuxième) rencontre entre les deux amants se fait au bal, où Leo invite la belle à danser, la caméra suivant leur évolution sur la piste jusqu’au moment où ils sortent sur la terrasse, dans l’ombre. Vient alors la scène (4) de la cigarette. L’allumette grattée par Leo éclaire seulement leurs visages jusqu’à ce qu’elle souffle dessus, plongeant les deux visages dans une pénombre relative. Relative parce que l’éclairage est fait à contre-jour et nous apercevons alors leurs deux visages s’embrasser…

Magnifique !

 

Et puis il y a Garbo. Le soin qui est mis à la photographier est d’une grande précision, mettant en valeur sers yeux bleus (5), et son visage d’une grande finesse, dont on a l’impression qu’il vieillit ou rajeunit en fonction des circonstances. Et à propos d’âge, on peut s’amuser de la voir considérer Leo comme un jeune homme, alors que John Gilbert avait tout de même huit ans de plus que Garbo. Pas étonnant que Gilbert soit tombé fou amoureux d’elle : comment résister ?

Garbo est absolument fabuleuse, d’une très grande sensualité, alliée à une légère teinte de scandale : lors de la communion, elle tourne le calice que lui tend le pasteur – calice sur lequel Leo a tout juste posé ses lèvres – pour pouvoir y boire exactement au même endroit.

Pas étonnant alors que la fin soit malheureuse…

 

 

  1. Et en plus, dans la même année !
  2. Encore une fois, Marc McDermott meurt avant la fin, et encore une fois avec Clarence Brown…
  3. Comme toujours chez Brown.
  4. D’anthologie, cela va sans dire…
  5. Ses yeux clairs, le film est en noir et blanc…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Jack Conway, #Lon Chaney, #Gangsters
While the City sleeps (Jack Conway, 1928)

« Pendant que la ville dort » est une traduction littérale du film de Jack Conway. Il sort alors que le parlant s’installe et a en tête d’affiche l’immense Lon Chaney. Et pour une fois, le grand acteur transformiste joue le rôle d’un homme normal. Enfin pas complètement, sinon, il n’y aurait pas de film.

Jack Conway, à travers le scénario d’Arthur P. Younger, rend hommage à la police de l’ombre (1) : mes hommes en civil.

La copie disponible est malheureusement incomplète, il manque un élément qui voyait Dan investir un repère de Mile-Away. On passe directement à la suite sans toutefois perdre la compréhension générale du film.

 

Dan Coghlan (Lon Chaney, donc), est un vétéran de la police de Los Angeles (LAPD) qui travaille comme inspecteur et fait donc partie de ces policiers qu’on ne distingue pas toujours des autres citoyens.

Sa cible Eddie Skeeter Carlson se fait appeler Mile-Away, parce qu’à chaque mauvais coup, il a un alibi en béton : il se trouvait à chaque fois à un mile du lieu du forfait.

A plusieurs reprises, il file entre les doigts des policiers.

Mais ce qui inquiète le plus Dan, c’est qu’il a l’intention de mettre le grappin sur la jeune – et belle – Myrtle Sullivan, que Dan connaît depuis l’enfance (2).

Dans le même temps, Myrtle aime Marty (Carroll Nye) – qui le lui rend bien – ce qui amène l’infâme Mile-Away à envisager de se débarrasser de ce dernier, dernier obstacle avant d’avoir la belle.

C’est bien sûr sans compter sur Dan qui lui aussi se découvre des vues sur Myrtle…

 

Jack Conway, avec cette histoire, nous montre aussi comment fonctionnent les services de police pour une enquête. Le film s’ouvre sur une identification avec mur blanc, numéros et types à la mine patibulaire – c’est ainsi qu’on fait la connaissance de Mile-Away et Marty : Coghlan répond de Marty mais bien sûr pas de la fripouille.

A un autre moment, c’est un exercice du bertillonnage qui est utilisé : on compare les empreintes digitales…

Bref, c’est tout ce travail qui se fait à l’ombre des foules et qui fait avancer les enquêtes.

 

A cela s’ajoute la note mélodramatique – indispensable semble-t-il – qui voit Coghlan se ressentir une attirance inexplicable pour la belle Myrtle.

Encore une fois, Lon Chaney interprète un amoureux frustré – le bénéfice de l’âge ne va joue pas en sa faveur. Mais alors qu’il joue habituellement des amoureux transis, ici, cet amour va s’imposer doucement à lui : la jeune femme se comporte avec lui comme toujours et se blottit naturellement dans ses bras ou se serre contre lui, sans penser à mal.

La première réaction de Coghlan est de prendre ses distances devant cet amour. Mais son enquête le ramène toujours auprès de Myrtle, la rendant toujours plus désirable (3).

 

Lon Chaney est donc dans un rôle somme toute reposant, même s’il utilise avec le même brio ses expressions faciales. Quand il se rend compte que finalement il n’a aucune chance avec Myrtle (ce que nous spectateurs savions depuis le début), on voit son visage se métamorphose graduellement de l’euphorie – il va la retrouver et ils vont se marier – à la pitié – c’est l’autre qu’elle aime.

 

Si le film est un hommage à la police, on n’en trouve pas moins des gangsters franchement dangereux, de nombreuses morts violentes surviennent aux différentes descentes policières, et si les gangsters n’hésitent pas à ouvrir le feu sur les représentants de l’ordre, ces derniers vont jusqu’à utiliser une mitrailleuse pour se débarrasser de ces personnages fort déplaisants. Il est clair que depuis Underworld, les affrontements entre gangsters et policiers ne sont plus les mêmes.

Parmi les gangsters d’ailleurs, on peut reconnaître l’un d’eux, beaucoup plus petit : il s’agit Angelo Rossitto, dans une de ses toutes premières apparitions (la troisième semble-t-il) au cinéma. On le retrouvera bien sûr dans le fabuleux Freaks.

Mais soyez attentifs, il n’est pas facile à trouver.

 

Dernière chose, le final ressemble beaucoup à celui que Conway utilisera deux ans plus tard dans le dernier film avec Lon Chaney, Le Club des Trois.

 

  1. Aucune manigance ni complot dans ce corps de police, ce sont les inspecteurs qui ne portent pas d’uniforme pendant leur service (« plain-clothes men »).
  2. Même si ce n’est pas dit, on se doute que le père de Myrtle, avec un nom pareil (irlandais), devait être policier.
  3. En tout bien tout honneur, cela va de soi !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Albert Austin, #Comédie dramatique
My Boy (Albert Austin - Victor Heerman, 1921)

L’année 1921 s’ouvre avec un immense classique : The Kid.

Mais on oublie souvent (quand ce n’est pas toujours) de signaler qu’elle se termine avec ce même Jackie Coogan, dans le film d’Albert Austin et Victor Heerman: My Boy. (1)

Nous connaissons tous Albert Austin, partenaire de longue date de Chaplin, et qui l’accompagnera jusqu’au Cirque. Mais il a aussi tourné quelques films dans l’ombre du maître, dont celui-ci avec le petit prodige.

Il a un nom, il s’appelle Jackie Blair.

A la mort de son père, sa mère et lui ont traversé l’Atlantique mais cette dernière est morte sur le bateau au bout de deux jours, usée par la maladie.

Arrivé à Ellis Island (2), il réussit malgré lui à en sortir avec l’aide très involontaire du capitaine Bill (Claude Gillingwater), qu’il va suivre jusque chez lui et finalement s’y installer.

Pendant ce temps, la grand-mère de Jackie (Mathilde Brundage) le fait rechercher puisqu’il s’est enfui du centre.

 

Le scénario est cousu de fil blanc, bien sûr, et on sait avant la fin du film qu’il retrouvera sa grand-mère. Mais ce n’est pas trop grave, le plus important, c’est Jackie Coogan et la relation entre l’enfant et le vieil homme.

On y retrouve – on s’y attendait – des réminiscences de The Kid, mais n’est pas Chaplin qui peut et il manque certainement une grande partie de l’émotion du premier film.

D’ailleurs, le film est beaucoup moins amusant que le Kid même si on y retrouve une poursuite avec un policier ou avec un joueur d’orgue de barbarie dans la même verve.

Il y a aussi quelques moments d’émotion comme quand le vieil homme couche l’enfant dans son lit, ému par sa petite main qui se pose instinctivement sur la joue du vieux loup de mer.

Mais Jackie Blair n’est pas le Kid. Il est beaucoup plus policé et son histoire est autrement plus tragique : à la fin de The Kid il retrouve sa mère, pas ici.

 

Toujours est-il qu’on retrouve chez Jackie Coogan la même façon naturelle d’interpréter cet enfant au passé malheureux mais au cœur énorme. Et Albert Austin réussit tout de même à nous surprendre sur l’origine de la poursuite du policier : un sac à main – rempli d’argent, cela va de soi – a été emporté et les enfants sont tout de suite suspectés : on est dans un quartier misérable de New York, et les philanthropes ne sont pas non plus des gens naïfs.

Cette séquence permet aussi d’illustrer une réalité dans l’Amérique du début du XX siècle : la pauvreté. La grand-mère de Jackie, Mrs J. Montague Blair, fait partie de ces femmes riches qui s’occupaient d’u secteur pauvre d’une grande ville, distribuant différentes aides, qu’elles soient financières ou matérielles, comme le goûter qui est organisé ici. (3)

 

Au final, un moyen métrage réjouissant, dû essentiellement à la présence et l’aisance de Jackie Coogan, et aussi pour ce vieux capitaine au premier abord rétif à accueillir ce petit garçon, mais qui, lui aussi, tombe sous le charme.

Mais comment peut-il en être autrement ?

 

 

  1. Entre les deux sort Peck’s bad Boy de Sam Wood : c’est une année faste pour Jackie !
  2. Point de passage obligé des immigrants, où ils étaient autorisés où non à entrer aux Etats-Unis.
  3. Pour plus de détails, je vous renvoie à, l’indispensable Behind the Mask of innocence du maître Kevin Brownlow. (London: Jonathan Cape, 1990 – Chap. IX : Poverty).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Marvel, #Sam Raimi
Spider-Man 3 (Sam Raimi, 2007)

On ferme.

Troisième partie de la trilogie de Sam Raimi, ce film referme toutes les portes ouvertes lors des deux premiers épisodes.

La séquence de générique égrène les images des deux premiers films, résumant les deux intrigues, rafraîchissant ainsi la mémoire des spectateurs qui auraient pu oublier certains détails, au bout de trois ans d’absences : Peter (Tobey Maguire) est toujours étudiant en physique, Harry (James Franco) est toujours remonté contre Spider-Man, et la belle Mary Jane (Kirsten Dunst) est à l’affiche dans une comédie musicale.

 

Mais rapidement, les choses se gâtent. En effet, Harry a retrouvé la panoplie de son père et va affronter Spider-Man pour en finir une bonne fois pour toutes. Mais comme pour son père, ça ne se passe pas exactement comme prévu. De plus, la police a retrouvé le véritable meurtrier de l’oncle Ben (Cliff Robertson) : un prisonnier évadé nommé Flint Marko (Thomas Haden Church).

A cela s’ajoute un reporter peu scrupuleux et une créature venue de l’espace pendant la nuit des étoiles filantes…

Sans oublier une expérience scientifique qui transforme le même Marko en Homme-sable (1).

Bref, Spider-Man a du pain sur la planche !

 

C’est peut-être cette accumulation qui fait que ce film n’atteint pas le niveau des deux précédents. En effet, on sent que Sam Raimi n’est pas au maximum de ses possibilités.

Il faut dire que les fans du personnage et la production ont forcé Raimi à cet épisode, laissant de côté la dimension humaine et dubitative de Peter Parker/Spider-Man.

Alors oui, c’est toujours spectaculaire, mais on y croit moins. On ressort du film avec un sentiment mitigé, la résolution des différentes situations arrivant trop abruptement voire artificiellement. On n’a même pas le petit clin d’œil de Raimi à ses premières amours : aucun élément de peur « subite ».

 

On trouve quelques belles séquences dont la découverte de son nouvel état par Marko, et surtout on voit la transformation de Peter due à l’influence de la matière extraterrestre, le rendant égoïste, arrogant, – en  un mot imbuvable –, mais surtout très con. Heureusement ce n’est que passager, et on retrouve notre héros à son plus haut niveau pour un fin al spectaculaire mais un tantinet réchauffé : encore une fois c’est M.J. qui fait les frais de sa relation avec Peter.

 

Alors oui, c’est bien fait, mais cette fin est un tantinet convenue, les différentes sous-intrigues se résolvant un peu trop facilement, et surtout bien proprement : le cas de la mort de Ben en étant le point culminant.

Les ficelles sont trop grosses.

Dommage.

 

PS : Stan Lee est toujours là, et chose rarement vue par la suite, il s’adresse directement au personnage qu’il a créé avec Steve Ditko.

 

 

(1) La traduction passe à côté du double sens de Sandman : « homme-sable », certes, mais aussi « Marchand de sable », celui qui endort les petits enfants (et les autres). Pas étonnant alors qu’il aille voir sa fille pendant qu’elle dort…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Clarence Brown
La Femme de quarante ans (Smouldering Fires - Clarence Brown, 1925)

Clarence Brown est très certainement le cinéaste qui a le mieux filmé les femmes. Et cette année 1925 nous offre deux grands films à propos des femmes dont les thèmes ne sont pas si éloignés : Smouldering Fires et The goose Woman.

Dans chacun des deux films, la principale femme décrite n’est plus jeune.

Mais si Louise Dresser interprète une femme qui assume son âge avancé (a-t-elle le choix ?), Pauline Frederick est une femme qu’on peut qualifier de mûre, ce qui est plus délicat que le titre français (1).

 

Donc Jane Vale (Pauline Frederick) est une femme mûre, qui a repris la boîte de son père mort 18 ans plus tôt.

Et qu’a-t-elle fait pendant ces dix-huit années ? Elle a fait prospérer l’affaire, transformant la boutique de tailleur en une grande usine de confection employant plusieurs dizaines de « petites mains ».

Mais toutes ces années, elle n’a vécu que pour cela, entourée d’une équipe à ses ordres si ce n’est à sa botte.

Alors quand un jour Robert « Bobby » Elliott (Malcolm McGregor) lui tient tête, au lieu de le virer, elle l’augmente et rapidement va lui faire grimper les échelons, jusqu’au jour où ils vont se marier.

Et un jour la sœur cadette de Jane, Dorothy (Laura La Plante) rentre à l’improviste et découvre un mari bien jeune pour sa sœur aînée…

 

Dès l’ouverture du film, Brown donne le ton : des pieds qui trépignent, un poing qui martèle une table, la personne que nous allons voir est un homme à poigne.

Sauf que c’est une femme, au regard sévère, une véritable patronne exigeante et qui ne souffre que très peu d’opposition.

Autour d’elle, on trouve une équipe de béni-oui-oui dont une vieille connaissance des amateurs du muet : Tully Marshall. Il est Scotty, le plus ancien employé de l’usine, et une espèce de bras droit qui semble prendre un malin plaisir à rédiger des billets de renvoi aux employé(e)s peu dociles. Mais à mesure que le film avance, son aspect un tantinet méprisable se dissipe, et on en arrive (presque) à l’apprécier…

 

Mais la véritable star du film, c’est bien Pauline Frederick. Elle a 41 ans quand le film sort et assume totalement cet âge, jusqu’à m’arrivée de Bobby. De plus, son allure de patronne lui donne un côté masculin qui ne l’arrange pas.

Ce jeune homme qui s’installe dans sa vie, c’est un retour de jeunesse formidable qui lui est offert.

Si Malcolm McGregor est un jeune homme crédible dans cette histoire, Laura La Plante en sœur cadette est au même niveau. Elle aussi a l’âge de son personnage (20 ans depuis novembre 1924), et se comporte naturellement comme une jeune femme des années 1920s (les fameuses « roaring Twenties »).

C’est d’ailleurs elle qui, inconsciemment, fait se creuser un fossé d’âge qui va en s’agrandissant. De sa première remarque sur l’âge de son beau-frère (2) à la party donnée avec ses amis venus s’amuser, c’est différentes piques qui atteignent la pauvre Jane qui pensait avoir trouvé le bonheur.

 

Mais Jane ne peut lutter contre l’amour et on assiste alors à une magnifique scène de révélation entre les deux sœurs :

Dorothy pleure et Jane vient la consoler, subodorant une peine de cœur. Elle va alors essayer de savoir quel est celui qui la fait pleurer, la cadette secouant la tête alors que Jane prononce les noms de ses amis. C’est en appelant Bobby par la fenêtre afin de lui dire qu’elle l’attend que Dorothy vend la mèche.

Je vous laisse découvrir cette magnifique scène pleine de subtilité.

 

D’une  manière générale, Clarence Brown filme en toute subtilité le film, insistant à chaque fois sur de légers détails, émaillant en plans de coupe l’intrigue. Une deuxième fois les pieds sont révélateurs des personnalités, à un moment où on ne s’y attendrait pas : le mariage. On y voit le pied impatient de l’homme qui s’agite puis une main qui ramasse l’alliance qui vient de tomber au moment de l’échange. Superbe.

 

Je le redis : Clarence Brown avait un don pour filmer les femmes et les rendre magnifiques même dans des moments dramatiques où leur pouvoir de séduction décline. Elles sont belles, tout simplement.

Et encore nous ne sommes qu’en 1925 quand le film sort. L’année suivante va arriver sur les écrans l’une des plus belles femmes du cinéma. Elle tournera plus d’une fois avec Brown, dans des films qui sont devenus mythiques avec le temps. Il faut dire que cette actrice elle-même est mythique et va apporter un grand bouleversement dans l’image de la femme au cinéma. Cette jeune actrice de 20 ans s’appelait Greta Gustafsson.

Mais on la connaît surtout sous son nom de scène, préféré à Gustaffson un peu trop scandinave : Garbo.

 

 

  1. Ces traducteurs…
  2. Elle l’imaginait plus âgé, voire pensait que c’était Scotty.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Marvel, #Sam Raimi
Spider-Man 2 (Sam Raimi, 2004)

Deux ans après, il revient.

En deux ans, beaucoup de choses se sont passées : M.J. (Kirsten Dunst) perce dans le théâtre, Harry (James Franco) a repris la compagnie de son père, et Peter (Tobey Maguire) est à l’université.

Sauf que si pour M.J. et Harry, la vie semble sourire, il n’en va pas de même pour Peter, qui doit travailler pour étudier, ses efforts se ressentant sur ses résultats universitaires. Il faut dire qu’en plus de tout ça, il doit assurer son boulot de justicier.

Alors évidemment, à un moment ça casse.

 

Deuxième volet de la trilogie de Sam Raimi, ce film aborde un thème peu abordé dans les différents cycles proposés par les studios Marvel récemment : la double personnalité.

En effet, les paroles de l’oncle Ben (Cliff Robertson) résonne toujours dans la tête de Peter : « Avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités ».

Et ces paroles l’empêchent de vivre, mais surtout enrayent son super pouvoir. On assiste alors à des scènes terribles dans lesquelles Peter voit ses facultés disparaître, et sa vie redevenir normale.

Mais c’est surtout le rôle de Spider-Man, justicier masqué, qui est totalement remis en question : Peter ne peut pas avoir une vie normale avec cette activité.

On assiste alors à des scènes qui nous paraissent normales au vu du premier opus : Spider-Man se balade de building en building, mais tout à coup le fluide à toile s’épuise, amenant de terribles chutes à notre super-héros.
S’ajoute à cela une romance entre M.J. – lasse d’attendre – et le fils du directeur du journal où travaille sporadiquement Peter. Sans oublier ce même directeur (J.K. Simmons) qui veut la peau de l’Araignée, ni le professeur Octavius (Alfred Molina) qui, à l’instar de Norman Osborn (Willem Dafoe), se transforme en créature maléfique.

Et pour couronner le tout, Harry en veut toujours à « l’insecte » (en VO « the bug ») d’&avoir tué son père.

Bref, Peter n’est pas à la fête.

 

Pour le reste, Sam Raimi nous offre une deuxième partie magnifique, donnant donc à son personnage l’épaisseur qui manque à la nouvelle série (avec Tom Holland). C’est bien sûr une débauche d’effets numériques impressionnants et de cadrages toujours aussi décalés : il suit en cela la faculté naturelle d’une araignée à pouvoir se déplacer sur n’importe quel plan.

Si Octavius a une allure plutôt grand-guignolesque, ses affrontements avec Spider-Man sont tout de même spectaculaires. Surtout quand Tante May (Rosemary Harris) est capturée et ne se laisse pas faire.

Et encore une fois, il nous gratifie d’un clin d’œil aux films d’épouvante lors d’une apparition du même Octavius : on a beau s’y attendre, l’effet est garanti.

 

Mais surtout, dans ce film, Peter prend réellement conscience de son rôle (et ainsi des paroles de son oncle) et de la place de ses proches par rapport à ce rôle.

Il assume entièrement cette double personnalité et d’une certaine manière entre dans l’âge adulte : cet épisode est avant tout celui de la révélation. Mais bien sûr, cette révélation amène de nouveaux périls qui feront le troisième et dernier volet, trois ans plus tard.

 

A très bien tôt donc !

 

PS : Stan Lee est encore là, et si vous êtes bien attentifs, vous le verrez deux fois…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Prison, #Cecil B. DeMille
La Fille sans dieu (The godless Girl - Cecil B. DeMille, 1929)

Une très jeune fille (Mary Jane Irving) s’éteint dans les bras de Judy (Lina Basquette), rassérénée par les paroles d’espoir du policier. En fond sonore, Carl Davis (1) utilise le thème récurrent de la Passion selon Saint Matthieu (J.S. Bach, 1727-1736).

C’est le point culminant de la première séquence qui voit s’affronter des jeunes gens aussi fanatiques les uns que les autres : les athées et les chrétiens.

 

Nous sommes en 1929, et Cecil B. DeMille signe ici son dernier film muet, renvoyant (presque) dos à dos les deux camps, sur un scénario (encore) génial de la grande Jeanie McPherson.

C’est un véritable chant du cygne, où DeMille nous montre qu’il sait filmer autre chose que des bondieuseries (2), ou des intrigues de boudoirs.

Il nous montre ici son immense talent, qu’il va pourtant beaucoup cacher dans ses films ultérieurs.

De plus, les différents interprètes du film sont tous d’une très grande justesse dans leur jeu, donnant au film le lustre nécessaire pour être classé dans les chefs-d’œuvre.

 

Ca commence donc par un affrontement entre deux camps, où malheureusement une jeune fille va mourir, tombant dans la cage d’escalier une fois la rambarde d’icelui rompue. Cet événement marque violemment les esprits et fait immédiatement cesser les combats.

Les responsables – directement ou non – sont arrêtés et placés dans une maison de correction qui n’a de correction pas seulement le nom. C’est une sorte de QHS pour adolescents turbulents, où les châtiments corporels sont aussi raffinés que cruels, quoi que la méthode ancestrale de distribution de coups fonctionne aussi très bien…

Un seul rêve alors pour ces jeunes gens : s’évader.

 

Comme je le disais plus haut, DeMille s’est surpassé et on retrouve dans ce film la fougue et la flamboyance de son Jeanne d’Arc, les yeux bleus de Geraldine Farrar en moins !

La bataille entre les deux camps est extraordinaire : dans un rythme soutenu, nous voyons tous ces ados se f--- sur la g--- avec un enthousiasme incroyable. Un intertitre nous avait prévenus de la ferveur des jeunes : ce n’est pas un mythe.

Au plus fort de la bagarre, on voit Judy défendre, sauver puis brocarder son affiche athée telle une oriflamme : c’est bel et bien Jeanne d’Arc qui repousse les Anglais à la bataille d’Orléans.

 

Une fois ce morceau de bravoure achevé, nous assistons à l’arrivée des trois jeunes – en plus de Judy, on trouve Bob Hathaway (Tom Keene) et Samuel « Bozo » Johnson (Eddie Quillan) – dans la Maison de redressement. Nous basculons alors dans un univers qui tient plus de la prison que de la réforme (3).

C’est d’ailleurs comme une prison qu’elle est dirigée, avec deux parties distinctes (filles et garçons de chaque côté), séparées par une grille électrifiée. Pas tout le temps, mais au moment le plus propice !

Nous plongeons alors dans le film pénitentiaire avec ses règles strictes et parfois inhumaines (si le SILENCE n’est pas respecté, on peut recevoir autant de jours de réclusion de rab que de mots prononcés), où bien sûr, si les ados ne sont pas de véritables délinquants quand ils entrent, ils le seront à leur sortie (une remarque faite à l’arrivée des deux garçons).


A ce moment, DeMille nous décrit un univers terrible, dirigé par des gens sadiques – Noah Berry (frère de Wallace) chez les garçons et Kate Price chez les filles – frappant, torturant, humiliant (etc.). Sans oublier bien sûr la cellule d’isolement, avec ou sans menottes.

Bref, c’est un enfer qu’ils vivent et l’intrigue en joue avec beaucoup de subtilité pendant l’évasion de Judy et Bob.

Parce qu’ils s’évadent. C’est le seul moment où ils sont tous les deux et dans un rapport de complicité. Et même d’amour, donnant à la séquence une fraîcheur toute naturelle voire bucolique. DeMille en profite pour nous donner un plan général avec Lisa Arquette dénudée, mais ne vous excitez pas, on ne voit pas grand-chose de loin !

 

Et puis il y a le deuxième morceau de bravoure du film : l’incendie.

Si la bataille initiale avait été spectaculaire, on peut difficilement trouver un terme plus fort que ce que nous voyons pendant cet incendie : dantesque ?

Oui. Infernal irait très bien aussi, cela collerait encore plus avec l’intrigue : cet établissement n’est rien d’autre que l’antichambre de l’Enfer.

C’est donc un final flamboyant dans tous les sens du terme, où nos héros vont trouver la Rédemption, et donc le Salut, mais ceci est une autre histoire.

 

Au final, DeMille fait ses adieux au cinéma muet de la plus belle des façons. C’est un film d’une très grande maîtrise à tous points de vue.

Il nous livre l’une de ses plus belles œuvres – sinon la plus belle – d’une manière qui frôle le génie (4), utilisant pratiquement toutes les techniques à sa disposition, entouré d’un casting admirable – n’oublions pas Marie Prevost dans le rôle rédempteur de Mame, qui sera elle aussi sauvée, la Rédemption se partageant – ainsi qu’une photo somptueuse de J. Peverell Marley, toujours placé là où il faut, et bien sûr un extraordinaire montage d’Anne Bauchens, autre fidèle collaboratrice de C.B.

 

A (re)voir sans modération !

 

 

PS : Autre titre français usité : Les Damnés du cœur. Quelle horreur !

 

  1. Version restaurée et mise en musique par l’un des complices du maître, Monsieur Kevin Brownlow.
  2. Malgré tout, certains de ses films religieux sont absolument magnifiques : Le Roi des rois en est un magnifique exemple.
  3. « Reform School » en VO. Je n’ai rien trouvé qui puisse faire penser à une école.
  4. Cela peut paraître un tantinet trop dithyrambique, mais si vous avez vu le film, vous pouvez me comprendre.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Raoul Walsh, #Gangsters
Les Faubourgs de New York (The Bowery - Raoul Walsh, 1933)

Le Bowery (le titre original), c’est un quartier de New York extrêmement mal famé, surtout au tournant du siècle (le vingtième).

C’est ici que Raoul Walsh a grandi (1), ce qui donne au film un cachet authentique formidable.

Et comme le film sort un peu avant le Code Hays, Walsh n’hésite pas à en rajouter au point de vue de l’authenticité.

 

Dès les premières images, et après un carton explicatif, Walsh nous plonge dans le quartier qu’il vient de qualifier de « vivant ».

Et c’est sûr qu’il l’est : ce sont des saloons, des gueules patibulaires et des professionnelles du pavé qui peuplent ce lieu mythique. On assiste à différentes actions répréhensibles, et on peut même y voir la police embarquer quelques-unes de ces dames de la nuit…

Bref, nous sommes dans un quartier plus que populaire, mais pas obligatoirement dans le bon sens du terme.

 

Chuck Connors (Wallace Beery, toujours aussi truculent) est la vedette du coin : il dirige un saloon où on boit sec, surtout que l’action se passe bien avant la Prohibition (2). Il n’est pas un vrai truand. C’est plus un bon vivant qui propose de l’alcool et des filles légèrement vêtues qui dansent sur une scène, accompagnées par quelques artistes du coin. Les numéros musicaux étant plus un prétexte pour lever leurs jupes.

Mais il y a une autre figure dans ce Bowery : Steve Brodie (George Raft). Il est bien sûr l’ennemi de Connors et veut lui aussi diriger le quartier. Si Connors est un homme massif aux manières peu civilisées, Brodie est un homme mince et distingué, prompt à exploiter chaque situation permettant d’en faire voir à Connors, voire de le ridiculiser (3).

Il n’y a pas de femme dans la vie de Chuck. Seulement Swipes (Jackie Cooper), son fils (ou présenté tel). Est-il vraiment de lui, on ne le sait pas, et de toute façon, ce n’est pas ça le plus important. Il y a une relation qui va au-delà de l’amitié. Il faut voir Swipes embrasser Connors pour comprendre : Connors râle (plus pour la forme) arguant qu’il ne veut pas qu’on le prenne pour sa mère !

La relation entre les deux personnages est faite de tendresse et d’humour, les conseils de Connors quant au maintien sont fort judicieux, mais peu suivis d’effets de sa part. Mais si l’association fonctionne bien, c’est aussi parce que ce n’est pas la première fois qu’ils jouent ensemble : deux ans plus tôt sortait The Champ (King Vidor, 1931), et un troisième suivra l’année d’après, Treasure Island (Victor Fleming, 1934).

 

C’est donc un film d’hommes que nous propose Walsh, près de vingt ans après Regeneration. On retrouve un lieu mal famé et des pratiques qui ne sont pas vraiment en adéquation avec les bonnes mœurs. En effet, le Code Hays va entrer en action l’année suivante et certaines des images que nous pouvons voir ne seront pas reconduites.

On assiste à une bagarre générale qui vaut largement celle de tartes à la crème des Laurel et Hardy, Walsh multipliant les plans rapprochés et même les gros plans pour faire état de la violence : les poings sont vite supplantés par les accessoires disponibles dont des briques qui en assomment plus d’un.

C’est un magnifique chaos (et KO) dont Connors et Brodie ne sont pas en reste.

Cet immense pugilat fait suite à l’annonce d’un incendie : Connors et Brodie dirigent chacun une compagnie de pompiers volontaires, et c’est une fois arrivés sur les lieux que la bataille fait rage pendant que les victimes sont totalement oubliées (4), une fois l’échauffourée terminée, de la maison ne subsiste que les restes calcinés…

 

C’est un film d’hommes certes, mais il y a tout de même une femme : Lucy Calhoun (Fay Wray, toujours aussi belle !). C’est une jeune femme réservée et plutôt faible, aux mains d’un duo qui n’est pas si philanthropique que ça : ces deux affreux recherchent des jeunes femmes pour arpenter les trottoirs à leurs comptes. Heureusement, Connors – qui est malgré tout un personnage positif – écarte les deux maquereaux et la prend sous son aile : elle est embauchée comme bonne à tout faire (en tout bien tout honneur) chez Connors et sera la cause d’une dispute entre Swipes et lui, le garçon ne comprenant pas l’arrivée de cette femme alors que Connors n’a cessé de lui répéter que les femmes sont inutiles.

 

On retrouve aussi dans le film le ton de What Price glory, alternant humour et émotion, avec bien sûr de belles bagarres, même si Connors et Brodie sont ennemis (5) : mais cette fois, ce n’est pas pour une femme qu’ils se battent, c’est pour le contrôle du quartier. Mais on se doute bien malgré tout que cette inimitié ne tient pas à grand-chose. Et d’une certaine manière, la fin rappelle encore une fois le même film (je vous laisse découvrir si ce n’est déjà fait).

 

Bref, c’est du grand Walsh, et un véritable feu d’artifices en ce qui concerne les scènes montrées : une grande débauche (c’est le cas de le dire) de vice et de violence avant la mise en place du Code qui va bannir pendant longtemps de telles scènes.

Peu importe, le mal a été fait : on a (presque) tout vu !

Et on en redemande…

 

 

PS : notez au passage la présence de George Walsh (le frère de) dans le rôle de John L. Sullivan, personnage qui a réellement existé. Il fut le tout premier champion du monde de boxe poids lourds.

 

  1. Walsh étant d’origine irlandaise, on peut douter de ses propos : ses différentes aventures picaresques peuvent prêter à controverse tant son imagination était grande…
  2. Nous avons un marqueur de temps très précieux : Connors s’engage pour aller se battre dans la guerre hispano-américaine de 1898. Mais de toute façon, quand le film sort, la Prohibition est en train de disparaître : le XXIème Amendement l’enterrera définitivement le 5 décembre de cette même année.
  3. Le gag récurrent du cigare explosif est très bien exploité.
  4. On retrouvera ce concept de pompiers volontaires dans le magnifique Gangs of New York. Les pompiers de Connors et Brodie n’étaient certainement pas différents de ceux de Bill « the Butcher » Cutting (Daniel Day-Lewis) : éteindre un incendie était surtout prétexte à piller la maison sinistrée.
  5. Flagg (Victor McLaglen) et Quirt (Edmund Lowe) ne sont pas ennemis mais rivaux pour le cœur de la belle Charmaine (Dolores del Rio).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Mark Robson, #Guerre
L'Express du colonel Von Ryan (Von Ryan's Express - Mark Robson, 1965)

Encore un film de guerre ?

Oui, vingt ans après la paix du 8 mai 1945, on propose toujours des films de cette guerre, et ce n’est pas près d’être fini puisqu’on continue encore de nos jours (1).

Nous sommes donc dans les années 1960s qui ont vu fleurir quelques films sur le sujet avec des distributions internationales prestigieuses, sans oublier bien sûr La grande Evasion dont le sujet se rapproche un peu.

Mais malgré tout, ce film – à part nous montrer la supériorité des Alliés comme il se doit – nous montre un côté peu développé de cette guerre : l’engagement italien aux côtés de l’Allemagne nazie.

Rassurez-vous, cela ne dure pas et les nazis sont toujours les méchants à abattre.

 

Nous sommes donc en Italie, dans un camp de prisonniers où est conduit le colonel Ryan (Frank Sinatra). Il se retrouve officier de liaison avec le commandement italien, son grade dans l’armée étant le plus élevé.

Rapidement, ses méthodes le voient en bute aux Anglais (les plus nombreux) et il en tire un surnom peu flatteur : « Von » Ryan.

Bien sûr, cet officier n’est pas un collaborateur, et de toute façon, comme c’est Sinatra qui l’interprète, on n’imagine pas un seul instant « The Voice » dans un rôle de salaud.

Au contraire, il va diriger une (nouvelle) grande évasion, à l’aide du train dont nous parle le titre.

 

Comme écrit pus haut, on est dans la même verve que les grands films du genre de cette époque : Le Jour le plus long, Paris brûle-t-il et bien sûr La grande Evasion, dont on peut reconnaître un participant dans ce film : John Leyton dans le rôle du lieutenant Orde, qui cette fois n’a pas la même chance que Danny.

Bien sûr, la part belle est faite à Sinatra, qui joue un Ryan inflexible mais tout de même bien sympathique. Et c’est même lui qui a demandé que son personnage meure à la fin, rachetant la mort de la jeune femme (Raffaella Carrà). Rédemption, rédemption, tout n’est que rédemption…

 

Pour le reste, on a un film efficace où la rigidité de Ryan est contrebalancée par une autre rigidité toute britannique en la personne du major Fincham (Trevor Howard, toujours magnifique), et on retrouve du côté des méchants un certain Adolfo Celi – interprétant ici l’infâme commandant Battaglia – qui s’illustrera quelques mois plus tard dans le rôle de Blofeld, l’ennemi juré de James Bond, dans Thunderball.

 

Ensuite, ça déroule et on assiste à une évasion originale : un train rempli de prisonniers qui traverse l’Italie au nez et à la barbe des nazis (2) n’est pas une aventure très commune.

Alors laissez-vous faire, on y trouve aussi quelques beaux moments dont une histoire de vêtements pas piquée des hannetons.

 

  1. Récemment : Dunkerque.
  2. Le score de La grande Evasion est largement dépassé, par ce qu’en plus, ils ne sont pas rattrapés !

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