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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Richard Donner, #Superman, #Marlon Brando
Superman (Richard Donner, 1978)

Quarante ans !

Voilà quarante ans que le film est sorti, et presque autant que je l’ai vu la première fois (c’était fin janvier 1979). Et malgré » le temps qui a passé, le perfectionnement des techniques visuelles et surtout l’avènement du numérique, je ne me lasse pas de voir ce film.

Je comprends encore plus aujourd’hui le battage qui a entouré sa sortie. C’était extraordinaire. Si les effets spéciaux de 1978 sont les mêmes – ou presque – que quarante ans plus tôt, il faut avouer que la partie bricolage est rudement bien faite.

Certes, on peut remarquer les transparences et surimpressions ainsi que les incrustations, mais il faut tout de même dire que la qualité est là : Superman a fait rêver beaucoup d’enfants à cette période, peut-être plus que maintenant quand DC Entertainment sort un nouvel opus des aventures de celui qui est l’un des plus anciens super-héros américains.

 

Mais reprenons. Alors que la planète Krypton est en train de mourir, Jor-El (Marlon Brando, contre la loi, décide de sauver son fils Kal-El en l’envoyant à quelques millions de kilomètres, sur une planète fruste certes, mais habitable.
Donc, en 1948, atterrit avec rudesse l’engin de Kal-El, à la grande stupeur de Jonathan (Glenn Ford) et Martha Kent (Phyllis Thaxter). [Notons au passage qu’il s’agit de la dernière apparition au cinéma de cette dernière qui fut vingt-cinq ans plus tôt la femme de Gary Cooper dans Springfield Rifle]. Revenus de leurs émotions, ils vont adopter et donc élever cet enfant tombé du ciel : il s’appellera Clark.

Et puis un jour, Clark (Jeff East) va découvrir ses origines et s’émanciper.

Après quelques années d’apprentissage, il reviendra en plein jour et ses exploits lui donneront le nom de Superman.

 

La première chose qu’on remarque dans ce film, c’est la longueur des génériques. Si une (très) courte séquence nous ramène en 1938 – année de l’apparition de Superman (1) – la présentation, rythmée par la musique de John Williams  introduisant le thème du personnage principal qui sera repris pour les nombreuses suites, tire en longueur (5 bonnes minutes). Pareil pour le générique final, ce qui est plus normal mais tout de même plus étendu qu’habituellement.

Et il faut attendre plus d’une heure dix avant de voir enfin Christopher Reeve dans le costume bleu et rouge (et le S or). Mais cette attente semble nécessaire afin de donner un contexte et surtout des origines à ce personnage étonnant. C’est aussi l’occasion de retrouver quelques grands noms du cinéma : outre Marlon Brando, on peut reconnaître Trevor Howard, ou encore Maria Schell et Harry Andrews. Mais ces vieilles gloires (1) sont destinées à disparaître avec la planète Kypton.

 

Du côté obscure, nous trouvons un trio infernal : Lex Luthor (Gene Hackman), Otis (Ned Beatty) et la belle Eve Teschmacher (Valerie Perrine).

Si Lex Luthor est un esprit brillant mais tout de même malade, ses deux acolytes rivalisent de bêtise, superbes faire valoir de l’ignoble Luthor.

Et la composition que nous propose Gene Hackman est absolument dans le ton du film : un méchant terrible mais au côté parfois ridicule. Et tout de même : comment un tel esprit a-t-il pu s’entourer d’un incapable comme Otis ?

 

Et puis il y a le défaut dans la carapace de Superman : Lois Lane (Margot Kidder). Elle est belle et intelligente, intrépide mais… Elle ne résiste pas longtemps à cet homme d’acier au regard de velours.

Mais on est en droit de se demander comment Lois ne peut pas reconnaître Clark derrière ce super-homme. Clark Kent a des lunettes et n’est pas en collant bleu et culotte rouge, mais on reconnaît aisément qu’il est l’autre.

 

Qu’importe, on se laisse porter par ces aventures surhumaines (évidemment) et on se laisse faire avec beaucoup de plaisir, souriant des effets un peu trop visibles mais appréciant les autres et surtout les décors futuristes de Krypton ou du repère de Superman.

De plus, la séquence sur Krypton qui semble complètement inutile dans le film en tant que tel, prend toute sa signification quand on sait qu’elle sera la base du deuxième film, quatre ans plus tard.

 

J’oubliais : la différence entre Superman (1978) et Superman (2013) ? Le ton. DC Entertainment n’a pas l’humour de Richard Donner, et d’une certaine manière semble privilégier un ton plus sérieux.

 

A voir donc.

 

 

PS : Alors qu’on fête les 40 ans de la sortie du film, la belle Margot Kidder s’est éteinte en avril dernier.

 

(1) Parlant de vieilles gloires : c’est Jackie Cooper qui interprète Perry White, le patron de Lois et Clark.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Joseph Ruben, #Fantastique
Dreamscape (Joseph Ruben, 1984)

Tout le monde rêve (1). Même le président des Etats-Unis.

Mais ce dernier fait plutôt des cauchemars. Enfin un seul : il rêve qu’il a déclenché le cataclysme atomique et que les survivants viennent lui demander des comptes…

Heureusement pour lui, il existe une organisation qui traite les cauchemars de ses patients, introduisant un télépathe qui aide les patients à affronter et détruire leurs phobies.

Cette institution est dirigée par Paul Novotny (Max von Sydow) où il est épaulé par le docteur Jane DeVries (Kate Capshaw, qui n’est pas encore madame Spielberg), qui voudrait engager un ancien patient : Alex Gardner (Dennis Quaid). Ce dernier accepte, convaincu du bien-fondé de la méthode.

Sauf que par derrière, le financement a été assuré par Bob Blair (Christopher Plummer), qui est aussi rattaché à la CIA…

 

Bien sûr, si cette méthode ne posait pas problème, le film serait moins intéressant.

Pourtant, Joseph Ruben nous propose un petit film divertissant, une espèce de gourmandise qu’on s’accorde le temps d’un film. Et la distribution étant aussi alléchante, il n’est pas question de bouder ce petit plaisir : Dennis Quaid sur une pente ascendante, Max von Sydow, Christopher Plummer ou encore la belle Kate Capshaw, excusez du peu.

Bien sûr, les effets spéciaux sont un tantinet grossiers, mais pas plus que d’autres films de la même période, et cette intrigue improbable est exposée par des acteurs convaincus.

 

Le film se décompose en deux parties. La première est une sorte d’exposition de la méthode et des possibilités qu’elle offrirait à un télépathe comme Alex. Ce dernier commence n’est pas très emballé d’un prime abord, mais comme Novotny lui fait une proposition qu’il ne peut pas refuser, il accepte.
On voit alors Alex pénétrer dans des rêves et même aider un jeune garçon (Cory « Bumper » Yothers). Chose notable : le garçon est « délivré » pile à la moitié du film.

La seconde voit alors Blair révéler ses cartes : ses intentions ne sont certainement pas louables, son intérêt se focalise sur l’utilisation offensive qu’on pourrait en faire.

Bien sûr, Blair est le méchant de l’affaire, aidé par un autre télépathe doué : Tommy Ray Glatman (David Patrick Kelly), qui n’est pas que télépathe, il est aussi PSYCHOpathe.

 

Rassurez-vous, le Bien l’emporte à la fin, avec une séquence de résolution très bien ficelée, du point de vue des décors et des maquillages (parfois un peu outranciers, mais n’est pas Lon Chaney qui veut).

De plus, Kate a de très beaux yeux, ce qui ne gâche rien.

Christopher Nolan a repris cette idée de voyage dans les rêves avec Inception. Bien sûr, la technique est beaucoup plus sophistiquée et les effets numériques impeccables, et une dimension scientifique plus étoffée. Mais le principe reste le même

Malgré tout, je trouve quand même un certain charme au film de Ruben.

 

J’oubliais : la première partie est truffée de clins d’œil à Hitchcock : on découvre le nom de l’université dans laquelle se trouve un espace au nom familier des fans du cinéaste, et on est obligé de penser à Spellbound au rêve cinématographique devenu culte…

 

 

(1) Sauf Fernand Naudin : il n’a pas le temps.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jack Conway, #Lon Chaney, #Drame
Le Club des Trois (The unholy Three - Jack Conway, 1930)

Quand le 12 juillet 1930 sort le film, c’est un véritable événement : Lon Chaney parle !

Après des dizaines de films muets et deux ans après le début véritable du parlant, Chaney joue dans un film sonore.

Et quel film : un remake de celui de Tod Browning (1925), dans lequel on retrouve le nain Harry Earles, mais sans Victor McLaglen que la Fox n’a pas voulu prêter.

Quand sort un remake, le spectateur se pose toujours la question de l’utilité de refaire une œuvre.

Pour moi, la réponse est claire et sans hésitation : oui.

Non pas pour la fin légèrement modifiée, mais pour l’utilisation du son qui, dans des films comme celui-ci, est d’une grande pertinence.

En effet, le personnage d’Echo (joué par Chaney) est un ventriloque. C’était aussi la faiblesse dans le film de Browning : les effets vocaux étaient remplacés par des phylactères sur la pellicule.

Malheureusement, si les spectateurs ont enfin pu entendre la voix de Lon Chaney, leur joie ut de courte durée : ce géant s’éteignait quelques semaines plus tard, victime des produits de maquillage qui firent sa célébrité et renforcèrent son talent. C’était le 26 août.

 

L’intrigue est donc la même que précédemment : trois ex-vedettes de foire s’allient et forment un trio de malfaiteurs, dissimulés derrière un magasin d’animaux domestiques qui leur sert de couverture : ils profitent de la livraison chez leurs clients fortunés pour repérer ce qu’il y a à voler chez eux.

Mais un soir, le cambriolage tourne mal : un homme est tué et Hector (Elliott Nugent), l’employé du magasin, est accusé de meurtre.

Rosie (Lila Lee), la bonne amie d’Echo va le persuader d’innocenter celui qu’elle aime, et par là même de la laisser partir.

 

Il est clair qu’Echo est complètement dans le registre de Lon Chaney : à part les jeunes premiers, il était capable d’interpréter n’importe quel sorte de rôle, jusqu’à des personnages asiatiques fort crédibles.

Et le film nous permet d’entendre qu’il aurait pu très bien continuer malgré l’avènement irréversible du cinéma parlant. Sa voix est claire et agréable (pour un truand), en totale adéquation avec son physique et ses jeux de visage.

De plus, professionnel jusqu’au bout, il interprète le ventriloque avec beaucoup de réalisme, les dents serrées pendant que le diaphragme et les cordes vocales fonctionnent.

Malheureusement, tout de même, la bande-son n’est pas toujours en bon état, quatre-vingt-dix ans après.

Autre personnage dont la voix est intéressante : Harry Earles. Non seulement sa corpulence lui permet de jouer le bébé, mais sa voix aussi est dans le même registre. C’est plus la voix d’un petit garçon que d’un adulte (1). Par contre, le personnage malgré sa petite taille n’est plus un petit garçon depuis longtemps : il a des attitudes et des réflexions qui ne trompent pas, mais surtout, il fume le cigare ! (2)

Et surtout, le décalage entre la voix et l’âge démontre que celui qu’on appelait Tweedle Dee est un personnage terrible et très malfaisant.

 

En reprenant cette histoire, Jack Conway retrouve Lon Chaney, deux ans après While the City sleeps (film incomplet à ce jour), et d’une certaine façon fait un clin d’œil à Browning, en présentant la galerie d’attractions dans laquelle on découvre les trois brigands. Outre ceux-ci, on peut admirer : Ida (Birdie Thompson), une femme énorme ; Sylvester l’avaleur de sabre ; ainsi que les sœurs siamoises Cecilia et Linda Parker, ainsi qu’une magnifique femme tatouée.

Bref, tout est en place pour Freaks.

Le Club des Trois fut un succès,  alors que Freaks un fiasco. Le public voulait bien d’une histoire avec un nain, mais pas avec le reste des « monstres » : il n’était pas imaginable que ces créatures puissent avoir une vie normale, comme ceux qui venaient les voir. Mais nous sortons du film. Pardonnez-moi.

 

Ce dernier rendez-vous avec Lon Chaney est malgré tout émouvant. Son personnage est d’une certaine façon un condensé de toutes ses capacités d’acteur : « l’homme aux mille visages » possède aussi plusieurs registres vocaux.

Et si Echo n’a pas la femme à la fin, il n’en demeure pas moins un personnage attachant et sympathique – comme ce fut le cas pour l’autre film tourné avec Conway – et les adieux qu’il envoie à Hector et Rosie à la fin du film prennent une autre dimension : le train qui l’emmène ira beaucoup plus loin que prévu.

 

 

  1. Peter Dinklage n’a pas cette voix d’enfant, ce qui ne lui aurait pas permis de jouer Tyrion…
  2. Si Robert Zemeckis n’a pas pensé à lui quand fut créé Baby Herman, la parenté avec le comparse de Roger Rabbit est tout de même évidente.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Maurice Tourneur, #Mélodrame, #Lon Chaney
Le Secret du bonheur (Victory - Maurice Tourneur, 1919)

Axel Heyst (Jack Holt) est un homme qui vit seul et très heureux, sur une île (déserte, bien sûr), et qui suit les préceptes que son père a couchés dans un ouvrage.

Deux grandes idées ressortent de son mode de vie (outre l’isolement) : éviter les femmes et ne pas tuer quelqu’un.

Mais alors qu’il vient régler ses dernières affaires et ainsi quitter la « civilisation », il rencontre Alma (Seena owen), une jeune femme malheureuse, qu’il emmène avec lui.

Plus tard, trois individus louches débarquent sur son île, à la recherche de son or…

 

Si le titre original est assez abscons, que dire de sa traduction française ? Alors, Victory ou Le Secret du bonheur ?

Toujours est-il que pour le spectateur, rien qu’en lisant le générique, il sait déjà que les deux préceptes phares de monsieur Henry Heyst vont voler en éclat : en effet, nous avons pour la femme la belle Seena Owen, et pour l’infâme l’immense Lon Chaney.

Comment ne pas succomber à l’une et ne pas se débarrasser du second ?

Rassurez-vous, il n’y arrive pas.

 

Maurice Tourneur retrouve une partie de la distribution de son film précédent : Jack Holt, Seena Owen et Wallace Beery s’y trouvaient déjà.
Et encore une fois, on retrouve un homme qui se démarque des habitudes de ses contemporains, préférant la solitude à la société, menant une vie où aucune femme n’a de place. Si ce n’est pas un misanthrope, ça y ressemble un tantinet tout de même.

Il faut dire que la société qui lui est proposée près de sa retraite a des raisons de vous donner envie de partir.

 Nous sommes aux Indes orientales hollandaises, dans un palace pour touristes fortunés ou qui le semblent, tenu par August Schomberg, un propriétaire louche : c’est normal, c’est Wallace Beery qui l’interprète. Outre une bêtise crasse et une obséquiosité intrinsèque au personnage, Schomberg possède un goût pour les jeunes femmes qui prend sa source dans son mariage : sa femme n’est plus toute jeune – tout comme lui – et un peu de nouveauté semble sa devise.

Autre élément de cet hôtel : un orchestre de femmes dirigées – à la scène – par Zangiacomo, mais dans la vie, c’est Madame qui tient la baguette !
Pas étonnant donc que Zangiacomo louche lui aussi sur la belle Alma.

Tout est donc fait pour que Heyst rencontre Alma.

Voila donc une première partie de question qui se résout.

 

Comme Heyst a emmené Alma avec lui, Schomberg, dépité fait appel à un trio de brigands assez croquignolets : Mister Jones (Ben Deeley), un grand blond, froid comme la mort ; Ricardo (Lon Chaney), un homme de main fourbe et lanceur de couteaux ; Pedro, une brute qui sait régler certaines situations sans réfléchir.

C’est un curieux équipage que nous voyons là, mais qui prend toute sa place dans la présente intrigue. Si ces affreux ont décidé de dépouiller Heyst, Ricardo a en outre le dessein de repartir avec la belle Alma. Encore une fois, on retrouve Lon Chaney en butte à un amour impossible, mais à la différence de certains rôles qu’il interprètera plus tard, il n’y a aucune rédemption de prévue pour lui. Il disparaîtra et personne ne pleurera.

Mais sa présence nous permettra de jouir d’un beau flashback racontant la rencontre de Jones et lui avec Pedro (Bull Montana) et un des services que ce dernier a pu leur rendre.

A chaque fois, Tourneur n’hésite pas et nous montre des scènes plutôt violentes (surtout pour l’époque), dont un homme qui s’effondre dans un feu…

Il semble que les spectateurs de l’époque aient eu des frissons lors des diverses projections.

 

Ce personnage fourbe comme Chaney savait si bien les interpréter est aussi la deuxième cause de non respect du mode de vie initial de Heyst.

Et malgré tout, il se rend compte que l’histoire se termine très bien pour lui.

 

Ce qui nous amène à répondre à la question du début : Victory ou Le Secret du Bonheur ?

Pour ma part, je penche pour Victory, et ce n’est pas pour les raisons habituelles liées à un quelconque traducteur : si le secret du bonheur, c’est d’aimer et de tuer des gens, je pense que c’est un peu extrémiste.

Et surtout, il me semble que, en dehors des périodes de guerre, ce n’est pas tellement autorisé…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Julien Duvivier
Au Bonheur des Dames (Julien Duvivier, 1930)

Il fallait bien qu’un jour Julien Duvivier rencontre Zola. Et comme Zola s’est excusé dès 1902, il restait ses livres.

Et Duvivier en profite pour tirer un trait avec brio sur son cinéma muet : Au Bonheur des Dames ce sera.

Il s’agit de la première adaptation du livre, suivra treize ans plus tard celle d’André Cayatte avec Michel Simon et Albert Préjean, mais ceci est une autre histoire.

 

Bien sûr, Duvivier prend des libertés avec le roman, mais il est tout à fait en droit de le faire, nous sommes au cinéma.

Et pour sûr, c’est du grand spectacle.

Duvivier utilise pratiquement toutes les possibilités qu’offrent la caméra et la technique: travellings (avant et arrière), panoramiques, caméra subjectives, surimpression, incrustation… C’est un festival sans être en même temps une démonstration, si ce n’est celle de l’intrigue.

Le tout servi par une distribution impeccable, on aurait tort de bouder son plaisir.

 

On retrouve donc la jeune et orpheline Denis Baudu (La belle Dita Parlo et son regard triste, même quand elle sourit), qui débarque – de sa Province, même si ce n’est pas dit – et va s’installer chez son oncle le vieux Baudu (Armand Bour) marchand de tissus au Vieil Elbeuf, en face du célèbre Bonheur des Dames. Y vivent aussi sa cousine Geneviève et son fiancé Colomban (Fabien Haziza).

Sauf que le Bonheur des Dames a ruiné tous les commerçants de la rue et que Baudu a beau résister, le rouleau compresseur d’Octave Mouret (Pierre de Guingand)  pour développer son enseigne ayant avalé les petites boutiques les unes après les autres.

Alors Denise va devoir travailler… En face !

 

On retrouve dans les (très) grandes lignes le roman du grand Emile, mais de toute façon, ce n’est pas ça qui est important chez Duvivier qui pour ses adieux au muet nous gratifie d’une nouvelle vision cynique voire pessimiste des hommes.

Et ceci est accentué par la transposition de l’intrigue dans les années 1920s, juste avant les effets désastreux de la crise de 1929.

Les premières images nous montrent l’arrivée d’un train – celui de Denise – et l’apparition de la jeune femme dans la frénésie parisienne. En effet, à partir du moment où elle sort de la gare, c’est un déluge d’images frénétique(s) où ce qui domine le plus est l’agitation (vaine, cela va sans dire), soutenue par un montage rapide et des surimpressions qui donnent le tournis.

Et comme le dit l’intertitre – le cynisme de Duvivier est là – c’est le progrès !

Une fois le côté obscure de Duvivier identifié et un peu mis de côté, nous assistons à un magnifique montage rapide où des gens, des voitures, des trains arrivent et partent, et où trône au milieu de toute cette excitation le Bonheur des Dames : la promotion autour de cette enseigne est d’ailleurs démesurée : des affichages, des ballons, des lumières et même des hommes-sandwiches portant des lettres agencées pour écrire le nom du magasin. Bref, rien n’est trop peu ni trop beau pour ce géant commercial.

Puis, autre grand moment du magasin, sa visite : on passe de rayons en rayons avec des clientes (les plus nombreuses, les hommes étant surtout les employés du magasin), où tout se vend et donc s’achète, se porte se mange, ou tout ce que vous voulez. Bien sûr, au passage, les Galeries Lafayette ont pu jouir d’une certaine publicité (1), mais on peut se demander si Julien Duvivier était le meilleur agent pour cela…

 

Et puis il y a les gens. Mis à part Mouret et sa clique, la plupart des personnages sont de basse extraction et pas toujours très beaux physiquement – Deloche (René Donnio), le jeune homme qui se présente en même temps que Denise est un bel exemple – ou moralement – Jouve (Fernand Mailly), le chef du personnel n’est rien qu’un petit chef qui use de son pouvoir pour harceler les jeunes femmes.

Les jeunes femmes ont un rôle important d’ailleurs puisque Denise est embauchée avec les mannequins. On a alors le droit à des femmes peu vêtues et des plans rapprochés de jambes… Avec en prime l’ignoble Jouve qui se rince l’œil quand il ne tâte pas la marchandise (pas ici, mais il doit le faire de temps en temps, ses œillades ne trompant personne).

Ce milieu féminin est très bien montré avec les faiblesses de chacune dont les autres se gaussent quand elles n’en tirent pas profit, la concurrence étant de mise, et s’empresser de rire de l’une évite qu’une autre se rie de soi-même…

 

Bref, c’est tout de même un drôle de progrès que nous montre Duvivier dans cette adaptation de Zola. Et on peut constater que près de 90 ans après, il subsiste des similitudes, voire une exagération de la situation : il suffit de voir les ruées de clients à chaque période de solde pour s’en convaincre.

Finalement, Duvivier n’a peut-être pas tant grossi le trait que ça…

 

 

(1) Les vues dans le magasin furent tournées là-bas. Il ne manque que la couleur pour admirer pleinement le magnifique plafond en rotonde de l’endroit.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Raoul Walsh
L'Enfer est à lui (White Heat - Raoul Walsh, 1949)

Arthur « Cody » Jarrett (James Cagney) est un truand. C’est un psychopathe de la pire espèce, assassinant de sang froid celui qui se met sur son chemin.

Il commande tout et tout le monde, planifie, décide et dirige ses complices, accumulant les cadavres avec les butins faramineux (pour l’époque, nous sommes en 1948).

Mais la police veille et envoie Alan Fallone (Edmond O’Brien) en infiltration auprès de Cody.

 

Avec Jarrett sur les écrans, c’est le retour des truands de haute volée, comme on en trouvait au début des années 1930s.

Mais entretemps, les mentalités ont évolué et le code Hays a bien rempli son rôle.

Pourtant, Raoul Walsh nous offre ici un magnifique film de gangsters, aussi mauvais et dangereux que ses aînés de la décennie précédente. Et avoir choisi James Cagney n’est pas anodin. Outre le fait qu’il était un acteur phénoménal, il a aussi participé à quelques films du genre, dont les personnages sont presque devenus mythiques maintenant : Tom Powers (The Public Enemy) ou encore Rocky Sullivan (Angels with dirty Faces).

 

Mais en plus d’un film de gangsters, Walsh ajoute une teinte carcérale qui voit l’infiltration de Fallone auprès de Cody. Bien que ce ne soit pas le thème le plus important dans le film, on retrouve les codes de cet autre genre avec la promiscuité, les « métiers » ou encore les inévitables désirs d’évasion.

Mais c’est surtout en prison que se passe le tournant du film : l’infiltration. Il faut avant tout savoir que Cody est un malade. En plus d’avoir le cerveau déglingué, il souffre de migraines chroniques – de plus en plus fortes, semble-t-il – qui l’affaiblissent spectaculairement. C’est d’ailleurs au moment de l’une de ces migraines que Fallone va gagner la confiance de Cody.

Il y a dans le jeu de Cagney une maîtrise et surtout une authenticité impressionnantes. Ses deux crises sont à chaque fois des moments pathétiques où seul une personne proche peut le soulager : proche moralement et physiquement.

Le moment où Fallone voit Cody s’effondrer pourrait presque nous faire croire que Fallone a pitié de lui, tant le spectacle auquel il assiste est prenant et surtout terrible pour Cody.

Autre grand moment de bravoure pour Cagney : l’annonce de la mort de sa mère. Cody est pris d’une rage terrible et doit être évacués de force par une escouade de gardiens tant sa     crise est forte. A tel point que les figurants qui occupaient les tables du réfectoire furent eux-mêmes saisis devant le jeu de l’acteur, s’imaginant qu’il avait une vraie crise !

 

Mais quand le film sort, près de 15 ans ont passé depuis la mise en place du Code Hays, et il n’est pas question de faire de ce redoutable gangster un modèle. Et Walsh insiste aussi sur les moyens policiers, utilisant la technologie de pointe (de 1948) avec téléphone dans la voiture et surtout un détecteur radio qui permet de suivre le parcours de Cody et ses complices pour leur dernier coup.

Dernier coup, parce qu’il est indispensable que Cody s’en sorte. Nous assistons alors à une mise à mort, les policiers n’hésitant à aucun moment pour l’abattre. Mais afin de faire passer plus facilement la mise à mort légale, Walsh n’a pas hésité à nous montrer un personnage d’une extrême dangerosité, au cerveau malade dans tous les sens du terme.

Cody devient de plus en plus fou, méprisant la vie humaine quelle qu’elle soit : celle des policier ou celle de ses complices qui tombent un à un.

 

En plus, tout comme Tom Powers, Cody qui est tout pour lui, tout comme il est tout pour elle. Mais alors que Ma Powers (Beryl Mercer) était une femme victime de la malfaisance de son fils, il n’en va pas de même de « Mother » Jarrett (Margaret Wycherly). C’est une femme forte, mais surtout fière de son garçon, bien qu’il soit un gangster notoire. On pourrait même dire que son mauvais penchant est la raison de sa fierté : elle a toujours voulu qu’il arrive tout en haut (« on top of the World »), et d’une certaine façon, il y arrivera comme le dira Fallone en conclusion.

La relation entre Cody et sa mère est très fusionnelle, amenant la crise du réfectoire (cf. plus haut). Il faut dire que cette dernière est plus qu’une mère : elle est aussi complice des méfaits de son fils. Il faut la voir déjouer la vigilance de la police ou annoncer à son fils en prison qu’elle va prendre les choses en main pour s’en convaincre.

 

Il n’y a donc aucune commisération possible : Cody doit mourir, et même sa mère ne peut le racheter, elle est aussi mauvaise que lui.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Western, #John Wayne
Le Fils du désert (Three Godfathers - John Ford, 1948)

Encore un western ?

Pas vraiment.

Si le cadre est celui du genre, le propos va au-delà du western traditionnel.

Certes, tout commence bien pour ces trois hommes qui arrivent à Welcome, Arizona (1) : outre le panneau d’entrée, la première maison qui retient leur attention appartient à un certain B. Sweet (Ward Bond). Littéralement : « soyez doux » (2).

Et ce B. Sweet se prénomme plutôt Buckley ou Buck, voire Pearley, pour sa femme Carrie-Lou (Mae Marsh).

Sauf que cet homme si « doux » n’est autre que le shérif de Welcome.

Et surtout que les trois étrangers qui viennent d’arriver sont de bandits de grand chemin qui ont rendez-vous avec la banque afin d’y clore définitivement tous les comptes.

En fuite, les trois hommes croisent sur leur chemin un chariot dans lequel une femme (Mildred Natwick) meurt après avoir mis au monde un petit garçon.

Comme les trois hommes l’ont aidé pour ses derniers instants, elle les choisit comme parrains pour son enfant, donnant leurs trois prénoms : Robert (John Wayne), William (Harry Carey Jr.), Pedro (Pedro Armendariz).

Va alors commencer une autre traversée du désert, une traversée pour la vie de cette enfant, que ces trois canailles vont protéger sur leur vie.

 

C’est un remake – Marked Men (1928) – mais comme le premier film est perdu, nous devons nous contenter de celui-ci. Mais je ne crois pas qu’on y ait perdu au change.

En effet, John Ford signe ici l’un de ses westerns les plus émouvants, voire humanistes.

En effet, cette responsabilité inattendue qui tombe sur ces trois fripouilles va au-delà de ce qu’on attend d’un western traditionnel. Pensez donc, trois bandits qui donneraient leur vie pour un petit bout d’homme !

En outre, on pense bien sûr au Three bad Men du même Ford, où trois canailles (sublimes disait le titre français) se sacrifient avec panache.

 

Mais cette traversée du désert est on ne peut plus symbolique et le western devient alors parabole et les trois parrains (le titre original) deviennent les trois rois mages, voire le peuple hébreux conduit dans le désert par Robert « Moïse » Hightower.

D’une manière générale, le film fait de nombreuses références à la Bible, que ce soit par les situations ou les paroles : plusieurs citations émanent de la Bible, dont le célèbre psaume 137 (3).

Sans oublier le but du voyage : New Jerusalem. Et si vous en voulez encore, le jour de l’arrivée de Robert (le grand) et Robert (le petit) n’est autre que Noël…

 

Et pourtant, cela reste un western, mais avec tout ce qui fait habituellement le monde de John Ford, ce microcosme plus vivant que la vie avec ses personnages indispensables : le shérif bien sûr, mais aussi le pianiste du saloon (Richard Hageman), le juge débonnaire (Guy Kibbee), le poivrot de service (encore une fois c’est Francis Ford, le frère de), le chef de train (Jack Pennick, fidèle au poste) et bien sûr le vieux grincheux, Curly (Hank Worden) qui, comme son nom ne l’indique pas (« frisé, bouclé ») est chauve.

Bref, nous avons tous les ingrédients pour un magnifique western et c’est encore plus que cela.

Chaplin, en présentant The Kid, avait promis aux spectateurs : « un film avec un sourire, et peut-être une larme ». Cette assertion sert absolument ce film, tant on passe tout naturellement du comique au tragique, progressivement.

 

Comique parce que voir ces trois grands bandits assurer la survie d’un bébé est très drôle, surtout quand ils suivent – à la lettre ou presque – les conseils d’un obscure pédiatre, avec lequel Robert surtout n’est pas beaucoup d’accord. Il est d’ailleurs très amusant de voir John Wayne mal à l’aise avec cet enfant tombé du ciel (4), alors qu’il avait lui-même à l’époque déjà 4 enfants !

 

Et puis il y a le moment de bravoure qui dure plus de la moitié du film : la traversée du désert vers la Terre Promise (voir plus haut).

Il  est évident que le tournage fut épuisant : le Désert de Mojave, La Vallée de la Mort (et Lone Pine).

C’est du désert à perte de vue, avec tempête de sable et soleil de plomb : John fut même hospitalisé. C’est dire.

 

Au final, c’est un western inoubliable où Ford met (presque) de côté les antagonismes habituels, évitant ainsi le côté manichéen du genre, et surtout, comme dans plusieurs films (Stagecoach, entre autres, puisqu’il y a John Wayne), les gentils ne sont pas toujours là où on les attendait, et être hors-la-loi n’empêche pas d’être homme d’honneur et de principes.

 

Un grand film !

 

 

PS : le bébé filmé par John Ford pour le film s’appelle Amelia Yelda. Elle doit avoir à peu près 70 ans aujourd’hui…

 

  1. Un patelin qui s’appelle « Bienvenue », on ne peut rêver mieux comme accueil.
  2. N’est-ce pas professeur Allen John ?
  3. « Super flumina Babylonis illic sedimus et flevimus cum recordaremur Sion » (vous chercherez la traduction, mais je vous donne un indice : un groupe de disco (hum…) en a fait un tube…
  4. Bien sûr, puisque pendant toute cette séquence autour de la naissance, brille dans le ciel une étoile. Cette étoile, c’est aussi le souvenir de Harry Carey, qui mourut avant le film qui lui est dédié : « To the memory of Harry Carey, bright Star of the early western sky. » Et si son fils joue dans ce film, c’est tout de même John Wayne qui reprend son rôle.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jean Valère, #Guerre
La Sentence (Jean Valère, 1959)

Une heure, dans la vie d’un homme, ce n’est rien : 1/8760 d’une année, alors sur toute une vie…

Mais parfois, une heure, c’est tout. C’est là que tout e gagne, ou que tout se perd.

Ici, tout se perd.

Imaginez : un jour de septembre 1944, sur la côte normande pas loin de Cherbourg, un officier allemand est tué par une grenade, lancée d’un balcon. Les soldats fouillent les rares habitations occupées, et arrêtent ceux qu’il trouve, et ceux qui s’enfuient.

Ils sont cinq, enfermés dans une cave, à attendre l’heure de l’exécution.

 

La « sentence », c’est donc la condamnation à mort de ces cinq personnes : Georges Lagrange (Robert Hossein), Catherine Desroches (Marina Vlady, alors Mme Hossein à la ville), Antoine Castellani (Roger Hanin), Jeanne Boissard (Béatrice Bretty) et François Lombard (Lucien Raimbourg).

Si quatre d’entre eux sont des résistants, François lui, a juste garé sa charrette après le passage d’un autre résistant pourchassé. Il a payé pour celui-ci.

Mais le film de Jean Valère est autre chose qu’un film sur la résistance.

 

Avec ce film, Jean Valère se lance enfin dans la réalisation, après plusieurs expériences en tant qu’assistant-réalisateur, avec notamment Robert Hossein. Il se paye le savoir-faire d’Henri Decaë pour la photo et nous propose un film magistral à plus d’un point.

Ayant participé à la Résistance dans le Vercors, il propose une vision du conflit fort différente des autres films. Rien de spectaculaire ni de glorieux, seulement des hommes et des femmes qui assument plus (Antoine) ou moins (François) leur sort et surtout leurs actions.

 

Le rythme est lent et pourtant, la majeure partie du film s’étend sur seulement une heure : de 6 heures (du matin), heure où les cinq personnes apprennent leur sentence, et 7 heures, horaire de son exécution.

Si François est étranger au réseau dont font partie les autres, il n’en demeure pas moins connu d’eux, et ne cache pas ses sympathies pour leur(s) action(s). Mais malgré cela, il est tout de même l’un des condamnés.

Après un premier quart d’heure (environ) où l’attentat se met en place et se produit et où les différents personnages sont emmenés dans une cave, Valère arrête le temps, ou plutôt le maîtrise.

A partir du moment où Antoine traduit la sentence du commandant allemand (Hans Verner), il ne reste qu’une heure à vire et nous allons la vivre avec eux, sans distorsion du continuum temporel.

En effet, à cet instant, Valère se donne comme contrainte la règle des trois unités du théâtre classique :

  • unité de temps : une heure ;
  • unité de lieu : la cave et la plage attenante ;
  • unité d’action : nous vivons tous les moments de cette ultime heure.

C’est absolument magnifique de narration et aussi de jeu d’acteurs. Non, Roger Hanin n’a pas toujours été Navarro ou quelque autre personnage à la truculence pied-noir. Ici, il est un chef de réseau, conscient de ses responsabilités et les assumant jusqu’au bout, acceptant aussi l’injustice faite à François.

Robert Hossein interprète l’étranger de cette équipe : cela ne fait qu’une semaine qu’il est là, engagé dans la Résistance pour donner un sens à sa vie. Mais il n’est qu’humain et refuse cet ultimatum, ayant comme tout un chacun la peur de mourir.

Quant à Marina Vlady, elle est la femme, amoureuse (d’Antoine) mais déterminée, malheureuse de mourir bien sûr, mais ce sera avec l’homme qu’elle aime.

Béatrice Bretty et Lucien Raimbourg, eux, sont d’une certaine manière les victimes collatérales de ce conflit, complice plus ou moins volontairement, mais acceptant eux aussi leur sort inéluctable.

 

En plus de la règle des 3 unités, Valère construit son intrigue en distillant des micro-événements, alternant l’espoir et le désespoir jusqu’au bout, ses personnages conservant (presque) l’espérance illusoire de s’en sortir.

C’est une série continue d’alternance entre une étincelle d’optimisme éteinte par la réalité abrupte (pessimiste), ne donnant jamais la possibilité d’embraser leurs espoirs.

Il n’y aura aucune chance, malgré les Alliés qui s’approchent, ou les camarades qui essaient de les délivrer.

 

C’est aussi un film où la bande-son est très importante. En effet, les silences sont aussi éloquents que les paroles échangées : paroles de regret, d’espoir, de résignation ; et le silence lourd du destin funeste qui les attend.

De plus, aucun compositeur n’a écrit une partition pour ce film : c’est le Requiem de Mozart qui accompagne ces personnes à la mort, ainsi que l’avait voulu le grand Wolfgang Amadeus.

 

En moins de 80 minutes tout est dit, tout est consommé : personne n’est épargné.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Marvel, #Kenneth Branagh
Thor (Kenneth Branagh, 2011)

Après une palanquée de super-héros humains, Marvel s’occupe maintenant de héros un cran au-dessus : les dieux.

Celui qui nous intéresse ici est issu tout droit de la mythologie scandinave : Thor (Chris Hemsworth), fils d’Odin (Anthony Hopkins) et de Frigga (Rene Russo), et bien sûr frère de Loki (Tom Hiddleston).

Nous voici donc dans l’univers d’Asgard, un des 9 royaumes (1).

Et comme dans tous les autres royaumes, nous assistons à des jeux de pouvoirs, de trahisons et toute cette sorte de choses…

Toujours est-il que Thor est banni d’Asgard et est envoyé sur terre ainsi que Mjalnir, son marteau (2).

 

C’est Kenneth Branagh qui signe l’ouverture de la série Thor (deux autres épisodes, sans compter les Avengers), ce qui peut sembler curieux vu ses films précédents. Mais au final, le résultat est là, on a eu ce qu’on attendait : un nouveau super-héros divin avec des péripéties plus spectaculaires les unes que les autres. Bref, nous sommes bien chez Marvel.

Et au cas où vous l’auriez oublié, on a même droit à Stan Lee dans une apparition amusante, comme c’est souvent le cas (3).

 

Pour le reste, rien de bien nouveau, si ce n’est les personnages. Thor est l’archétype du héros scandinave, pour ne pas dire aryen. Mais heureusement, on n’entre pas dans un débat idéologique, ce n’est pas sa place. Et Chris Hemsworth possède le recul nécessaire pour ne pas se laisser emporter par ce héros si parfait : de toute façon, s’il était parfait, il n’y aurait pas de film, et surtout, on s’ennuierait.

Hemsworth a montré depuis qu’il savait être autre chose qu’un beau et grand guerrier blond : son rôle de secrétaire dans le dernier Ghostbusters est absolument savoureux.

 

Comme nous chez Marvel, le SHIELD se rappelle à notre souvenir. En effet, cet organisme intervient peu de temps après l’apparition de Thor sur terre, confisquant tout le matériel de Jane Foster (Natalie Portman), une scientifique qui se trouvait au mauvais endroit et au mauvais moment : celui de l’atterrissage du guerrier. C’est Coulson qui mène la danse et dirige les études scientifiques, mais on y retrouve Nick Fury (Samuel L. Jackson) et un petit nouveau apparaît : l’Agent Jasper Sitwell (Maximiliano Hernández), qui reviendra dans Captain America : the Winter Soldier.

Sans oublier le savant Erik Selvig (Stellan Skarsgård), qu’on retrouvera dans d’autres films.

 

Et puis il y a le méchant. Ils sont deux, don l’un plus fort que l’autre.

Le premier est le géant des glaces Laufey (Colm Feore), du royaume de Jötunheim (un des 9), qu’Odin avait vaincu une première fois et qui revient une fois le vieux dieu endormi, alors qu’il est remplacé par son deuxième fils Loki.
Et c’est là qu’intervient le deuxième (et plus dangereux) méchant : Loki.

Il est magicien et très fort dans son domaine, pétri d’une haine envers Thor due à une jalousie exacerbée envers ce même frère. Bref, un méchant bien identifié et dangereux à souhait, comme on les aime, et qui ferait la fortune d’une psychanalyste.

 

Je terminerai en vous disant que le film renferme la dose habituelle d’humour et que l’arrivée des copains de Thor (dont Ray « Titus Poulo » Stevenson en Volstagg) n’est pas sans rappeler Superman 2 des deux Richard : Donner et Lester.

Et bien sûr, une suite est annoncée en toute fin, avant la scène post-générique habituelle.

 

  1. La Terre en est un autre, ce qui justifie son arrivée.
  2. La fin d’Iron Man 2 nous annonçait le film : on y voyait un cratère au Nouveau-Mexique, et surtout le marteau.
  3. Vous chercherez.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Tod Browning, #Lon Chaney, #Drame
A l'Ouest de Zanzibar (West of Zanzibar - Tod Browning, 1928)

Phroso (Lon Chaney) est un prestidigitateur de talent se produisant sur diverses scènes de music-hall, accompagné de sa femme Anna (Jacqueline Gadsdon).

Mais celle-ci veut le quitter pour le beau et élégant Crane (Lionel Barrymore).

Une échauffourée s’ensuit entre les deux hommes et Phroso est précipité par une rambarde et se brise la colonne vertébrale. Le voilà hémiplégique.

Quand sa femme refait surface, il la trouve morte, un bébé auprès d’elle.

Phroso décide alors de se venger de Crane et de sa fille.

 

Lon Chaney dans tout son art, Tod Browning dans son élément.

Nous retrouvons donc Lon Chaney dans un rôle de mutilé, le crâne rasé et un regard haineux qui rappelle celui de Blizzard dans The Penalty. On peut alors le voir se déplacer comme n’importe quel hémiplégique, traînant ses jambes mortes (1) ou descendant de l’étage par une corde à nœuds. [NB : il ne la remonte jamais]C’est encore une fois un personnage très maléfique.

Pourtant le film commençait bien : Phroso (2) est marié à la belle Anna, ce qui est un changement par rapport aux autres films où il espère toujours l’affection des jolies femmes : Nanon (Joan Crawford) dans L’Inconnu, Gertrude Hadley (Virginia Valli) dans The Shock, ou encore Lilith (Leatrice Joy) dans The Ace of hearts (etc.).

Mais cela ne dure pas puisqu’en même pas cinq minutes de film, elle est partie revenue et morte, laissant donc une fille, que Phroso reconnaît comme celle de Crane.

Bref, on retrouve le thème de la vengeance dans toute sa dimension cinématographique.

 

Mais si la vengeance peut se justifier entre Phroso et Crane, la fille n’est en aucun cas coupable de quoi que ce soit. Et surtout, il n’est pas question de laisser impuni un tel stratagème criminel au cinéma. Alors encore une fois, le personnage de Lon Chaney va devoir payer pour son (ses ?) crime (s).

Mais si le personnage paie pour avoir dégradé la jeune femme (3), il n’en trouvera pas moins la Rédemption inévitable – ou presque – du cinéma américain.
En effet, la vengeance se retourne contre son instigateur, l’amenant au sacrifice tout aussi inévitable lui aussi.

 

Il s’agit du pénultième film entre Chaney et Browning, et encore une fois, Chaney nous montre toute l’étendue de son talent. On le voit sourire, en colère, suppliant, apeuré… Pratiquement toutes  les émotions sont illustrées dans ce film. Et en plus, on peut le voir avec un visage normal d’homme prévenant, fragile et émouvant comme il savait l’être.

C’est un régal pour ses fans dont je fais partie.

Quant à Browning, outre quelques éléments de sa future œuvre déjà mentionnée (4), on retrouve le monde du spectacle qui a souvent baigné les intrigues de ses films : La Morsure, L’Inconnu et bien sûr Freaks

Phroso est un saltimbanque, dont le déguisement rappelle d’une certaine façon un autre personnage de Chaney : Paul Beaumont dans He who gets slapped.

 

Au final, nous sommes en territoire connu et savoureux. Il ne manquait plus qu’un autre géant du cinéma pour lui donner la réplique - même au cinéma muet, les gens (se) parlent – et c’est le cas avec Lionel Barrymore. Il y a une alchimie qui fonctionne très bien entre  ces deux géants aux rôles pas si éloignés que ça : Crane n’est pas un enfant de chœur et sa confrontation (finale) avec Phroso tourne à son avantage d’une manière tout de même assez ignoble.

C’est hélas le seul film où ces deux géants se partagent la vedette. Mais le personnage de Paul Lavond (The Devil Dolls) , interprété par Barrymore, n’est pas sans rappeler celui d’Echo (The unholy Three) joué par Chaney.

 

Bref, on a du grandiose, dans l’intrigue comme dans l’interprétation, même si on peut douter de l’authenticité des Africains dépeints, pour preuve la présence d’un autre monstre du cinéma : Dick Sutherland (5).

 

A (re)voir de toute urgence.

 

 

PS : Encore une fois, le titre original a été traduit. Le Talion. Certes, il s’agit d’une histoire de vengeance, mais tout de même, A l’Ouest de Zanzibar, ça a plus de cachet : pas besoin d’inclure quelque référence (plus ou moins) biblique vengeresse, Chaney & Browning suffisent à annoncer la couleur. De plus, Zanzibar et son passé commercial apportent la touche exotique et sordide nécessaire.

 

  1. « Dead Legs » est le surnom qu’il porte loin là-bas, à l’Ouest de Zanzibar.
  2. Wallace Ford portera le même nom dans le chef-d’œuvre du même Browning Freaks, quatre ans plus tard. Bien sûr, ce n’est pas une coïncidence.
  3. Il l’envoie dans un bouge de Zanzibar, dont la tenancière n’est autre que Rose Dione, qui sera Madame Tetrallini dans le même Freaks.
  4. Involontairement bien sûr, c’est le spectateur qui fait le lien bien après.
  5. Ceci n’est pas évident : pour ma part je ne l’ai pas remarqué. Il faudra que je revoie.

 

 

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