Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Marvel, #Alan Taylor
Thor : Le Royaume des Ténèbres (Thor: The Dark World - Alan Taylor, 2013)

Et de deux !

Thor (Chris Hemsworth) revient sur terre et auprès de Jane Foster (Natalie Portman), pour sauver le monde (encore une fois) ou plutôt LES mondes. En effet, une menace – les Elfes noirs – a l’intention de retrouver sa domination d’antan et donc amener le chaos et les ténèbres sur les neuf mondes que dirige le vieil Odin (Anthony Hopkins).

Bien entendu, il réussit.

 

Deux ans ont passé – dans le film tout comme dans la vraie vie et Kenneth Branagh a passé la main à Alan Taylor. Le résultat n’est pas au rendez-vous, cette suite ressemble beaucoup à une resucée de l’épisode précédent.

En effet, l’introduction voit Odin raconter les exploits passés de son père en lutte contre les Elfes noirs et leur chef Malekith (Christopher Eccleston). Nous savons tout de suite de quoi il va être question, et le film se déroule alors sans véritable surprise.

 

Certes, l’humour habituel est là, jouant des situations et des personnes, mais on aurait pu attendre quelque chose de différent pour cette nouvelle aventure.

Pourtant, encore une fois, les moyens techniques mis à disposition sont toujours à la hauteur et les images bien léchées. Le combat final (il y en a toujours un !) est très bien dirigé et l’utilisation des failles spatio-temporelles est l’une des bonnes surprises du film, amenant un montage rapide sans être toutefois étourdissant comme on a pu le voir dans d’autres films.

 

Mais on n’atteint pas le niveau du film précédent. Est-ce dû au réalisateur ? A l’intrigue ? Aux deux ?

Poser la question, c’est déjà y répondre : entre la similarité des intrigues et la caractérisation des personnages, on sort un peu déçu du film : il manque la touche britannique de Branagh qui amenait le petit plus dans les situations, pimentant le déroulement linéaire de l’intrigue.

 

Mais surtout, le personnage de Thor était beaucoup moins sérieux. Certes, la situation implique une note sérieuse, mais pas plus que la dernière fois. Chris Hemsworth sait très bien s’amuser de son physique et du côté grandiloquent de son personnage. Il est ici éclipsé par Darcy (Kat Dennings) qui prend une place un peu pus importante qu’avant, devenant le véritable personnage comique du film, surtout avec son « assistant » Ian (Jonathan Howard) aussi décalé qu’elle : leur histoire d’amour venant polluer – agréablement – le fameux combat final.

 

En anglais, une suite se dit « sequal ». Dans le cas de ce film, on pourrait facilement utiliser un mot de la même famille : séquelle (1).

 

 

PS : J’oubliais. Encore une fois, Stan Lee est là, dans une apparition encore une fois comique. Saurez-vous le retrouver ?

 

(1) En espérant que le troisième film verra une amélioration des symptômes…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Thriller, #Denis Villeneuve
Enemy (Denis Villeneuve, 2013)

Depuis Méliès, le cinéma a de nombreuses fois utilisé un ou plusieurs doubles dans les films. Et la plupart du temps, c’est en développant les quiproquos inhérents au genre : on prend le double pour l’autre et inversement, amenant une série de situations comiques dont l’une des plus belles illustrations est peut-être Multiplicity (Harold Ramis, 1996).

A son tour, Denis Villeneuve s’essaie au genre, mais dans une toute autre dimension : à aucun moment, le spectateur n’est amené à rire, et surtout, l’atmosphère est assez angoissante.

 

Adam Bell (Jake Gyllenhaal) est un professeur d’histoire à l’université de Toronto. Il partage un appartement modeste avec Mary (Mélanie Laurent) et répète à l’envi les mêmes gestes, les mêmes attitudes, chaque jour.

Jusqu’au moment où on lui propose de voir un film pour se changer les idées. Dans ce film, l’un des acteurs « de troisième » ordre retient son attention : c’est un véritable sosie d’Adam.

Ce dernier va alors essayer d’entrer en contact avec ce double étonnant, et qui le sera d’autant plus quand ils se seront rencontrés.

 

2013 est une année faste pour Denis Villeneuve car ce film est présenté un peu plus d’une semaine après le précédent (Prisoners – avec pour interprète principal encore une fois Jake Gyllenhaal.

Et Villeneuve prend son temps. La première séquence voit Jake dans son environnement : il fait cours à ses élèves à propos de la dictature et du contrôle indispensable qu’elle implique dans la société, il rentre chez lui et fait l’amour à sa femme, qui s’en va… C’est ainsi inlassablement.

Tout est alors prêt pour que l’intrigue se déroule : Adam a une vie bien réglée, et il faut une intervention extérieure pour le détourner de son train-train. Une question : es-tu cinéphile ? Et cette question amène un titre de film, et le titre fait se retourner Adam quand il passe devant un vidéo store.

Ce film – l’improbable When there is a Will there is a way – est le déclencheur de toute la suite du film. Son titre est d’une pertinence incroyable et de plus en totale relation avec le cours qu’Adam a donné plus tôt : et comme si le titre ne suffisait pas pour alerter Adam, il croit s’apercevoir dans un coin de l’écran.

SI le début était morne et répétitif, la suite va alors faire naître une angoisse chez Adam, angoisse qui va se propager auprès du spectateur.


L’atmosphère qui n’était pas très réjouissante jusque là devient de plus en plus oppressante à mesure qu’Adam s’enfonce dans la recherche de ce double étonnant : même aspect, même voix. Et plus on avance avec lui, plus les détails deviennent troublants. Non seulement ils se ressemblent, mais en plus, leurs compagnes sont sur le même modèle à une différence notable : celle de l’autre (Anthony) est enceinte.

De plus, certains plans s’interpellent à longueur de film, décrivant les mêmes gestes dans différentes situation : Adam marchant dans le couloir est le plus bel exemple. CE couloir d’ailleurs revient très souvent, que ce soit dans les rêves ou dans la vraie vie.

Encore une fois, Villeneuve nous propose un film magistral

 

[Pause. Les lignes qui vont suivre vont révéler une grande partie de l’intrigue. Je vous conseille donc de revenir quand vous l’aurez vu si ce n’est encore le cas. Pour les autres, on continue. Fin de la pause.]

 

Vous êtres toujours là ? Je continue.

Alors que nous suivons la progression d’Adam, le point de vue va se mettre à changer. Adam ayant pris contact avec Anthony, nous allons passer de son côté. Bien sûr, rapidement, lui aussi va être intrigué. La rencontre est alors inévitable et révèle des points communs qui vont au-delà du troublant. Comment deux personnes qui se ressemblent et ont la même voix peuvent-elles avoir le même détail anatomique (une cicatrice sur le torse) ?

La réponse est trop simple pour être acceptée par le spectateur à ce moment-là. Mais plus le film va avancer et plus les hypothèses vont disparaître : Adam et Anthony ne forment qu’une seule et même personne.

Et cette quête du double n’est rien d’autre qu’une reprise de contrôle de sa vie : Anthony est une projection d’Adam, ou plutôt celui qu’il azurait aimé être avant de lâcher le cinéma pour l’Histoire. Anthony/Adam était acteur certes, mais de « troisième zone » comme dit sa mère (Isabella Rossellini), qui soutient par ailleurs qu’elle n’a eu qu’un seul enfant : Adam. Anthony est alors l’acteur qu’il aurait aimé être, mais qui n’a pas dépassé le stade des utilités : il suffit de voir son cv pour en être convaincu.

Et cette projection va jusqu’à sa compagne : tout comme il y a deux Adam, il y a deux femmes : la vraie (Helen) et le fantasme (Mélanie Laurent).

Dans la volonté de reprendre le contrôle sur sa vie, l’interaction entre les partenaires opposés prend tout son sens : Anthony a une aventure avec Mary pendant qu’Adam remplace ce dernier auprès d’Helen.

L’épilogue de cet échange amoureux est alors le véritable indicateur du contrôle d’Adam sur sa vie : non seulement les amants se tuent dans un accident de la route, mais au réveil, quand la radio annonce cet accident, Adam l’éteint.

Cette histoire est terminée, Adam va reprendre sa place auprès d’Helen.

 

Mais…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Cédric Jimenez, #Guerre
HHhH (Cédric Jimenez, 2017)

« Himmlers Hirn heiβt Heydrich » (1).

Telle est la signification qui se cache derrière ces quatre H expirés (2) : un portrait succinct mais tellement vrai de cette immonde personne.

Parce que Heydrich était un être extrêmement mauvais : situé juste au-dessous de Himmler dans la hiérarchie nazie, il possédait une intelligence qui le situait largement au-dessus de son supérieur qui, ne l’oublions pas était avant tout un éleveur de poulets. Himmler sera d’ailleurs le seul haut dignitaire du parti que nous verrons, si nous écartons Röhm qui ne fait que deux très courtes apparitions (Ian Redford).

 

Le film est en trois parties de longueurs variables mais donnent une structure ternaire qui n’est pas sans rappeler la forme d’une dissertation : thèse – Heydrich - ; antithèse (Gabcík & Kubiš) ; synthèse – la confrontation et ses conséquences.

Tout commence le matin du 27 mai 1942, jour de l’attentat. C’est une journée comme toutes les autres pour Heydrich (Jason Clark), si ce n’est sa prolongation funeste. C’est lors de l’intervention du premier tueur - Jozef Gabcík (Jack Reynor) – que l’image se fige une première fois et le film nous ramène 13 ans plus tôt, quand Heydrich était un membre de la marine allemande : officier, sportif et mélomane averti. Suit son ascension irrésistible, dirigée dans un premier temps par sa femme Lina (Rosamund Pike), avant qu’il s’en affranchisse et devienne « Protektor » de Bohème-Moravie, puis au jour de l’attentat.

La sten de Gabcík ne fonctionnant pas, c’est Ian Kubiš (Jack O’Connell) qui prend le relais, balançant une grenade artisanale qui se fige à son tour, laissant place à la deuxième partie nous racontant comment cet attentat fut organisé, de l’Angleterre (où les deux hommes s’étaient réfugiés jusqu’à Prague et ce même matin de mai.

Quand on arrive au 27 mai, la troisième partie débute et ne se terminera qu’à la fin définitive de l’opération : la mort de tous ces protagonistes, ainsi que les victimes collatérales.

 

On a reproché à Cédric Jimenez des approximations dans le film, qu’elles soient historiques ou géographiques. Mais n’oublions jamais que nous sommes au cinéma et que la base de l’intrigue tient dans le roman éponyme de Laurent Binet (2010) : si on remarque des efforts de vraisemblance, on ne peut pas éviter une certaine distance quant aux personnages historiques.

Une chose ressort tout de même : c’est que Heydrich était un énorme salaud (euphémisme) et que son implication dans la solution finale fut l’une des raisons pour lesquelles ce fut un véritable massacre. Heydrich était doué en tout, même en crime.

Et c’est peut-être ça qu’on peut reprocher à Jimenez dans le film. Il me semble que mettre les deux Tchécoslovaques au même plan que l’Allemand n’a pas été une si bonne idée. Heydrich est très certainement l’un des pires criminels nazis, et son rapport à la mort directe aurait gagné à être plus développé. Tout comme ses rapports avec sa hiérarchie et surtout Hitler. Ce dernier est certainement le grand absent du film. Si Himmler (Stephen Graham à contre-emploi dans un rôle d’affreux) est présent, on aurait pu avoir les interventions des autres dignitaires et leurs avis quant aux directives de Heydrich. De même, les effets de ses décisions auraient pu aussi être plus développés. En fait, peu d’interventions directes nous sont montrées : la Nuit des Longs Couteaux est une succession de surimpressions rythmées par le son des coups de feu ; les Sonderkommandos sont brièvement montrés, mais surtout, la Conférence de Wannsee est trop brève et n’explique pas assez en détail ce qui a été décidé.

 

Il n’en demeure pas moins que le portrait d’Heydrich est assez fidèle à l’esprit de cet homme extra-ordinaire. De plus, Jimenez nous montre que ce personnage abject avait une vie privée : une femme, des enfants (une maîtresse ?), un goût prononcé pour la grande musique. Quelqu’un qui semble tout à fait ordinaire. Comme n’importe qui. Cet aspect « humain » du personnage est d’ailleurs toujours présent chez les autres Nazis (3).

Quoi qu’il en soit, le film de Jimenez se base sur une distribution sérieuse où les acteurs sont convaincants et donne tout de même un bon aperçu de Prague à cette période ainsi que de la malfaisance de Heydrich, rarement évoquées dans les écoles autres que tchèques ou slovaques.

 

Je terminerai en rappelant que cet événement fut traité déjà en temps de guerre par Fritz Lang, dans lequel il nous montrait l’impact de la répression allemande faisant suite à l’attentat. Ici, ce même thème est traité dans la troisième partie avec des images violentes qui n’étaient que suggérées : l’époque n’admettait pas une telle débauche de violence, et surtout, les circonstances réelles de cet attentat furent connues beaucoup plus tard.

 

Mais Jiménez ne termine pas sur une note macabre – tout le monde ou presque est tué. En effet, sa toute dernière séquence amène un léger sourire au spectateur.

Je vous laisse la découvrir.

 

 

PS : Joyeux Noël !

  1. Le cerveau de Himmler s’appelle Heydrich.
  2. Comme le disait mon professeur de linguistique, on expire le H, il est interdit de l’aspirer, même pour raisons médicales…
  3. Lire, à ce sujet, La Mort est mon métier (Robert Merle, 1952), où sont rapportées les pseudo-mémoires de Rudolf Höβ, commandant d’Auschwitz-Birkenau.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sidney Lumet, #Policier
Le Crime de l'Orient-Express (Murder on the Orient-Express - Sidney Lumet, 1974)

L’infâme Ratchett (Richard Widmark) est retrouvé mort dans son compartiment de l’Orient-Express, juste à côté de celui où dormait Hercule Poirot (Albert Finney).

Il semble qu’un homme mystérieux, déguisé en contrôleur, l’ait tué et après se soit enfui, laissant son costume.

A moins que ce soit autre chose. Dans ce cas, comptez sur Hercule Poirot pour découvrir la vérité.

 

Les années 1970s ont vu se développer de nombreux films aux castings prestigieux et fournis, qu’ils soient à grand spectacle (La Tour infernale) ou celui qui nous intéresse ici. En effet, la liste des participants au film est impressionnante, malgré le manque d’actions spectaculaires inhérent à l’intrigue : le huis clos feutré et lent (encore que) est donc contrebalancé par le prestige des interprètes.
Mais surtout, Agatha Christie a accepté » que ce film soit tourné : la grande dame avait été déçu de précédentes adaptations de ses romans.

 

C’est donc Sidney Lumet qui dirige tout ce beau monde, dans une intrigue toujours aussi bien ficelée (1), délaissant un temps ses sujets habituels et plus sérieux. D’une certaine façon, c’est plus un divertissement de sa part quand on le compare à ses productions emblématiques (La Colline des hommes perdus, Un Après-midi de chien…).

Mais le cahier des charges est rempli : on y retrouve l’aspect aristocratique de certains personnages en même temps que le côté populaire des gens inférieurs ; le flegme britannique inévitable de toutes ces personnes ; et bien sûr les moustaches plus ou moins improbables du petit détective belge.

Albert Finney nous donne une prestation assez savoureuse, lui qui était vieilli chaque jour de tournage (2), avec toutefois son côté maniaque pas assez développé (2).

Pour le reste, il est impeccable, et sa grande séquence de révélation finale est superbement interprétée.

 

Comme beaucoup de films dont la résolution finale éclaire l’intrigue et lui donne toute sa dimension, celui-ci n’échappe pas à la règle. Même si nous sommes au cinéma et que finalement, ce n’est qu’une adaptation, elle n’en possède pas moins les avantages.

Et un roman policier d’Agatha Christie prend tout son sel quand on en connaît le dénouement. Revoir le film (comme relire le livre) permet de relever les différents indices mis à disposition par le réalisateur (ou l’écrivaine) pour nous aider à découvrir le fin mot de l’histoire. Certains plans rapprochés ou certains détails mis en exergue prennent alors tout leur sens et amènent un plaisir supplémentaire au spectateur qui les traque et les découvre. Bien entendu, ici, ce sont surtout les regards qui deviennent éloquents, à mesure que l’enquête progresse.

 

Alors certes, ce n’est pas le meilleur des films de Lumet, mais qu’importe, on y retrouve de grands noms du cinéma (anciens comme John Gielgud ou George Coulouris) ou plus récents (Albert Finney, Jacqueline Bisset) ainsi que des éléments physiques du huis-clos : la caméra très proche des personnages du fait de l’exiguïté des couloirs n’en amène que plus de réalisme. Mais surtout, on y apprécie l’atmosphère feutrée et lourde de cette gentry que décrit avec justesse Agatha Christie où, comme partout, le sordide a sa place, et la dissimulation reste la première des qualités (4).

 

 

  1. Si vous avez lu le livre, vous en conviendrez.
  2. Dans la première apparition de Poirot (La mystérieuse Affaire de Styles, 1920), Hastings – le narrateur – nous présente le petit détective comme quelqu’un d’assez âgé, puisque en retraite de la police belge. L’intrigue ici se déroulant en 1935, il ne pouvait pas être interprété par un homme jeune.
  3. David Suchet, qui reprendra le rôle pour la télévision, est – à mon avis – un Hercule Poirot extraordinaire, plus vrai que le vrai.
  4. « Keep a stiff upper lip. »

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Howard Hawks, #Noir
Le Port de l'angoisse (To have and have not - Howard Hawks, 1944)

Fort-de-France, été 1940.

Alors que le régime de Vichy s’installe, Harry Morgan (Humphrey Bogart) loue son bateau pour des parties de pêche en mer. Pendant ce temps, la Résistance s’organise et aimerait profiter du bateau de Morgan. Mais comme son pays, il ne veut pas prendre partie dans ce conflit, refusant d’aider sans toutefois préférer un camp plutôt que l’autre.

Harry travaille seul, avec son compagnon Eddie (Walter Brennan), un poivrot qui veille sur lui, à moins que ce soit le contraire.

 

« Anybody got a match ? »

Une nouvelle légende est née : Lauren Bacall débarque au cinéma, et d’une certaine façon dans la vie d’Humphrey Bogart.

Elle est jeune, belle, a une voix grave. Elle est magnifique. A tel point qu’on peut presque se demander si Bogart ne la découvre pas à ce moment précis, comme si elle apparaissait devant lui pour la première fois.

 

Dès la première séquence, on sait tout de suite que Morgan est un type particulier. C’est un marin certes, mais à son apparence, on comprend aisément qu’il n’est pas exactement dans la norme : sur sa tête, sa casquette de travers en dit long sur le genre d’homme qu’on va découvrir, et ses premières paroles avec le gardien du port sont de la même veine. (1)

D’une certaine façon, on retrouve dans Harry Morgan un peu de Rick Blaine : c’est un solitaire, neutre dans le contexte dans lequel il évolue, même si ses sympathies vont vers la Résistance. Chose amusante, on retrouve aussi Marcel Dalio qui était lui aussi dans Casablanca, mais cette fois-ci dans un rôle plus important.

 

Hawks signe ici l’un de ses plus beaux films, et surtout l’un des plus légendaires. Ceci est certainement dû à la rencontre entre deux géants : l’un déjà reconnu (Bogart) et l’autre à venir (Bacall). Il y a un fluide qui passe entre les deux et chaque nouvelle confrontation gagne en intensité jusqu’au premier baiser tant attendu (40 minutes !). C’est une joute oratoire autant que visuelle que se livre ces deux interprètes. Et l’allure de dur-à-cuire de Bogart ne tient pas si longtemps que ça devant une telle femme. Et quand ils se retrouvent, que ce soit dans une chambre ou au milieu des clients du bar, c’est comme s’ils étaient seuls au monde. Le temps d’un échange, tout le reste s’évapore, et seule une intervention extérieure importante peut les (2) sortir de leur isolation. Il y a un lien qui se crée dès la première parole échangée. Il y a une analogie avec leur propre vie tant cette rencontre est intense et ne change pas seulement le destin d’Harry Morgan.

 

Howard Hawks a peut-être adapté le pire roman d’Hemingway (3), il n’empêche que ce film reste l’un des plus magnifiques qui soient. C’est un tout : un film qui se passe pendant la guerre, avec une part d’exotisme, de noirceur et d’amour, le tout savamment dosé. Un chef-d’œuvre (mais vous ne m’avez pas attendu pour le savoir). Il y a l’aisance habituelle de Bogart qui est très bien expliquée par le résistant De Bursac (Walter Szurovy) à travers le personnage de Morgan. Mais il y a cette même aisance chez Lauren Bacall qui fait pourtant ses tout premiers pas au cinéma. Elle évolue naturellement, comme si elle avait toujours fait ça, tenant tête à ce vieux loup de mer (pour l’occasion), son regard toujours teinté d’une pointe d’ironie.

Encore une fois, c’est bel et bien la femme qui fait tout le sel du film, et celle-ci est magnifique, à tous les points de vue. On retrouvera cette même équipe deux ans plus tard avec le même plaisir, mais ceci est une autre histoire (4).

 

Outre ce couple mythique, on trouve autour d’eux quelques autres personnages bien définis et surtout bien interprétés. Le méchant (indispensable) tout d’abord : Renard (Dan Seymour) pourrait nous faire penser à Ferrari (Sydney Greenstreet) du même Casablanca, s’il n’était pas aussi détestable. Il a cette même stature d’homme très gros, mais à cela s’ajoute le déshonneur : cet homme travaille pour la police d’Etat qui est réduite à un seul mot, Gestapo (c’est une liberté du film par rapport à l’histoire : c’est normal, nous sommes au cinéma). C’est un personnage très réussi tant il peut être répugnant.

 

Autre personnage important et cette fois-ci très sympathique : Eddie. On retrouve Walter Brennan avec beaucoup de plaisir dans un rôle – habituel – de poivrot, amis avec une dimension pathétique assez prononcée. C’est un personnage très attachant, une espèce de grand gosse : un innocent, comme dit en Bretagne.

Mais il ne faut pas se fier aux apparences : quand Renard essaie de le cuisiner en le faisant boire, il n’y arrive pas, et l’intervention de Harry n’est même pas nécessaire, tant Eddie maîtrise ses réparties. C’est un homme qui sait malgré tout ce qu’il doit faire et surtout se taire. Et si Harry veille sur lui, c’est aussi pour cela.

 

Un film inoubliable et qui vieillit très bien : on ne se lasse pas de le revoir.

 

  1. « Nom ? – Harry Morgan. – Nationalité ? – Eskimo. – Quoi ? – Américaine. »
  2. J’aurais pu mettre « nous » tant ils effacent leur entourage.
  3. Allez voir à ce sujet cette anecdote sur le Net.
  4. Le grand Sommeil.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Paul Leni, #Mélodrame
Le Cabinet des figures de cire (Das Wachsfigurenkabinett - Paul Leni, 1924)

Bien sûr, le titre nous rappelle un film de Robert Wiene. D’autant plus que nous retrouvons Conrad Veidt et Werner Krauss. Mais il ne faut pas s’y tromper, nous ne sommes pas dans Caligari, même si certains éléments visuels aussi nous y font penser.

Paul Leni (aidé de Leo Birinski), avec ce film, réussit la prouesse de rassembler dans un même film la crème des acteurs allemands de l’époque : Jannings, Veidt et Krauss sur une même affiche, ça vous met l’eau à la bouche. Si en plus je vous dis qu’on y trouve aussi William Dieterle (qui s’appelle encore Wilhelm) et Georg John (dans un tout petit rôle, mais il n’empêche, il est là), vous aurez une idée du film dont je vais vous parler.

 

Rapidement, l’intrique : un poète (Dieterle) est embauché par un forain et sa fille (Olga Belajeff) pour écrire un contexte épique à leurs figures de cires, et en particulier aux trois principales : le calife Haroun-Al-Rachid (Jannings), Ivan le Terrible (Veidt) et Jack l’Eventreur (Krauss).

Vont nous être racontées trois histoires autour de ces personnages légendaires, où à chaque fois le poète et la jeune femme seront présents, et à chaque fois amoureux l’un de l’autre.

 

En plus du Cabinet de Wiene, on sent l’influence de Fritz Lang dans ce film où trois histoires se suivent avec comme fil conducteur le couple à l’amour malmené : dans Les trois Lumières, le grand Fritz avait partagé son intrigue en y insérant trois épisodes « historiques », dont un se déroulait au Moyen-Orient. Mais chez Lang, c’était déjà la tragédie qui primait, la Mort (Bernhard Goetzke) offrant des chances illusoires au jeune homme de sauver sa fiancée.

Ici, ces trois histoires ne sont pas de longueurs similaires : l’intrigue de Bagdad prend la moitié du film et celle de Jack l’Eventreur est très courte, le temps restant – entre ces deux histoires – est laissé pour l’intrigue russe.

Outre la durée, ces trois parties n’ont pas la même teinte. En effet, si les aventures du calife sont plutôt comiques, les deux autres sont beaucoup plus noires. D’un côté la cruauté d’Ivan, et de l’autre les pérégrinations d’un assassin menaçant nos jeunes amoureux dans le décor de la fête foraine où se situe le cabinet.

 

Mais surtout, si l’épisode oriental (1) est plaisant à voir, l’intermède russe est à peine passable.

Certes, il y a Conrad Veidt. Mais cela ne suffit pas pour rattraper une histoire plutôt empesée et où les gestes de Veidt sont outrés. Reste son regard effaré qui pourrait sauver le tout, mais à peine.

 

Par contre, la dernière partie qui voit surtout un festival de surimpressions est – à mon avis – la plus réussie.

C’est un véritable labyrinthe qui nous est proposé où les amants se perdent et se retrouvent, toujours talonnés par cette silhouette fascinante et effrayante, où finalement Werner Krauss n’a que très peu de choses à exécuter.

En effet, cette séquence ne dure environ que cinq minutes et ce sont essentiellement des plans statiques de l’acteur que nous voyons, à part une fois il avance, menaçant seulement du fait de son statut et surtout du maelstrom d’images qui entoure les personnages.

 

Bien sûr, la fin est courue d’avance, mais qu’importe, cette dernière séquence vaut la peine de voir le film, surtout si on aime le regard malicieux et un tantinet lubrique de Jannings…

 

 

(1) Dans cet épisode, nous suivons le boulanger Assad (Dieterle) essayer d’échapper aux gardes du calife dans une Bagdad qui rappelle – encore une fois – la ville de Caligari. Mais si les décors chez Wiene sont très rectilignes, tout comme Cesare (Veidt), et de ce fait angoissants. Ici, Bagdad est essentiellement ronde : les dômes, les arches, même les escaliers sont en colimaçon, reprenant cette forme arrondie qui se retrouve jusqu’au calife-Jannings, une espèce de poussah (poussif) – comme dirait Goscinny – au ventre énorme.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Richard Donner, #Superman, #Marlon Brando
Superman (Richard Donner, 1978)

Quarante ans !

Voilà quarante ans que le film est sorti, et presque autant que je l’ai vu la première fois (c’était fin janvier 1979). Et malgré » le temps qui a passé, le perfectionnement des techniques visuelles et surtout l’avènement du numérique, je ne me lasse pas de voir ce film.

Je comprends encore plus aujourd’hui le battage qui a entouré sa sortie. C’était extraordinaire. Si les effets spéciaux de 1978 sont les mêmes – ou presque – que quarante ans plus tôt, il faut avouer que la partie bricolage est rudement bien faite.

Certes, on peut remarquer les transparences et surimpressions ainsi que les incrustations, mais il faut tout de même dire que la qualité est là : Superman a fait rêver beaucoup d’enfants à cette période, peut-être plus que maintenant quand DC Entertainment sort un nouvel opus des aventures de celui qui est l’un des plus anciens super-héros américains.

 

Mais reprenons. Alors que la planète Krypton est en train de mourir, Jor-El (Marlon Brando, contre la loi, décide de sauver son fils Kal-El en l’envoyant à quelques millions de kilomètres, sur une planète fruste certes, mais habitable.
Donc, en 1948, atterrit avec rudesse l’engin de Kal-El, à la grande stupeur de Jonathan (Glenn Ford) et Martha Kent (Phyllis Thaxter). [Notons au passage qu’il s’agit de la dernière apparition au cinéma de cette dernière qui fut vingt-cinq ans plus tôt la femme de Gary Cooper dans Springfield Rifle]. Revenus de leurs émotions, ils vont adopter et donc élever cet enfant tombé du ciel : il s’appellera Clark.

Et puis un jour, Clark (Jeff East) va découvrir ses origines et s’émanciper.

Après quelques années d’apprentissage, il reviendra en plein jour et ses exploits lui donneront le nom de Superman.

 

La première chose qu’on remarque dans ce film, c’est la longueur des génériques. Si une (très) courte séquence nous ramène en 1938 – année de l’apparition de Superman (1) – la présentation, rythmée par la musique de John Williams  introduisant le thème du personnage principal qui sera repris pour les nombreuses suites, tire en longueur (5 bonnes minutes). Pareil pour le générique final, ce qui est plus normal mais tout de même plus étendu qu’habituellement.

Et il faut attendre plus d’une heure dix avant de voir enfin Christopher Reeve dans le costume bleu et rouge (et le S or). Mais cette attente semble nécessaire afin de donner un contexte et surtout des origines à ce personnage étonnant. C’est aussi l’occasion de retrouver quelques grands noms du cinéma : outre Marlon Brando, on peut reconnaître Trevor Howard, ou encore Maria Schell et Harry Andrews. Mais ces vieilles gloires (1) sont destinées à disparaître avec la planète Kypton.

 

Du côté obscure, nous trouvons un trio infernal : Lex Luthor (Gene Hackman), Otis (Ned Beatty) et la belle Eve Teschmacher (Valerie Perrine).

Si Lex Luthor est un esprit brillant mais tout de même malade, ses deux acolytes rivalisent de bêtise, superbes faire valoir de l’ignoble Luthor.

Et la composition que nous propose Gene Hackman est absolument dans le ton du film : un méchant terrible mais au côté parfois ridicule. Et tout de même : comment un tel esprit a-t-il pu s’entourer d’un incapable comme Otis ?

 

Et puis il y a le défaut dans la carapace de Superman : Lois Lane (Margot Kidder). Elle est belle et intelligente, intrépide mais… Elle ne résiste pas longtemps à cet homme d’acier au regard de velours.

Mais on est en droit de se demander comment Lois ne peut pas reconnaître Clark derrière ce super-homme. Clark Kent a des lunettes et n’est pas en collant bleu et culotte rouge, mais on reconnaît aisément qu’il est l’autre.

 

Qu’importe, on se laisse porter par ces aventures surhumaines (évidemment) et on se laisse faire avec beaucoup de plaisir, souriant des effets un peu trop visibles mais appréciant les autres et surtout les décors futuristes de Krypton ou du repère de Superman.

De plus, la séquence sur Krypton qui semble complètement inutile dans le film en tant que tel, prend toute sa signification quand on sait qu’elle sera la base du deuxième film, quatre ans plus tard.

 

J’oubliais : la différence entre Superman (1978) et Superman (2013) ? Le ton. DC Entertainment n’a pas l’humour de Richard Donner, et d’une certaine manière semble privilégier un ton plus sérieux.

 

A voir donc.

 

 

PS : Alors qu’on fête les 40 ans de la sortie du film, la belle Margot Kidder s’est éteinte en avril dernier.

 

(1) Parlant de vieilles gloires : c’est Jackie Cooper qui interprète Perry White, le patron de Lois et Clark.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Joseph Ruben, #Fantastique
Dreamscape (Joseph Ruben, 1984)

Tout le monde rêve (1). Même le président des Etats-Unis.

Mais ce dernier fait plutôt des cauchemars. Enfin un seul : il rêve qu’il a déclenché le cataclysme atomique et que les survivants viennent lui demander des comptes…

Heureusement pour lui, il existe une organisation qui traite les cauchemars de ses patients, introduisant un télépathe qui aide les patients à affronter et détruire leurs phobies.

Cette institution est dirigée par Paul Novotny (Max von Sydow) où il est épaulé par le docteur Jane DeVries (Kate Capshaw, qui n’est pas encore madame Spielberg), qui voudrait engager un ancien patient : Alex Gardner (Dennis Quaid). Ce dernier accepte, convaincu du bien-fondé de la méthode.

Sauf que par derrière, le financement a été assuré par Bob Blair (Christopher Plummer), qui est aussi rattaché à la CIA…

 

Bien sûr, si cette méthode ne posait pas problème, le film serait moins intéressant.

Pourtant, Joseph Ruben nous propose un petit film divertissant, une espèce de gourmandise qu’on s’accorde le temps d’un film. Et la distribution étant aussi alléchante, il n’est pas question de bouder ce petit plaisir : Dennis Quaid sur une pente ascendante, Max von Sydow, Christopher Plummer ou encore la belle Kate Capshaw, excusez du peu.

Bien sûr, les effets spéciaux sont un tantinet grossiers, mais pas plus que d’autres films de la même période, et cette intrigue improbable est exposée par des acteurs convaincus.

 

Le film se décompose en deux parties. La première est une sorte d’exposition de la méthode et des possibilités qu’elle offrirait à un télépathe comme Alex. Ce dernier commence n’est pas très emballé d’un prime abord, mais comme Novotny lui fait une proposition qu’il ne peut pas refuser, il accepte.
On voit alors Alex pénétrer dans des rêves et même aider un jeune garçon (Cory « Bumper » Yothers). Chose notable : le garçon est « délivré » pile à la moitié du film.

La seconde voit alors Blair révéler ses cartes : ses intentions ne sont certainement pas louables, son intérêt se focalise sur l’utilisation offensive qu’on pourrait en faire.

Bien sûr, Blair est le méchant de l’affaire, aidé par un autre télépathe doué : Tommy Ray Glatman (David Patrick Kelly), qui n’est pas que télépathe, il est aussi PSYCHOpathe.

 

Rassurez-vous, le Bien l’emporte à la fin, avec une séquence de résolution très bien ficelée, du point de vue des décors et des maquillages (parfois un peu outranciers, mais n’est pas Lon Chaney qui veut).

De plus, Kate a de très beaux yeux, ce qui ne gâche rien.

Christopher Nolan a repris cette idée de voyage dans les rêves avec Inception. Bien sûr, la technique est beaucoup plus sophistiquée et les effets numériques impeccables, et une dimension scientifique plus étoffée. Mais le principe reste le même

Malgré tout, je trouve quand même un certain charme au film de Ruben.

 

J’oubliais : la première partie est truffée de clins d’œil à Hitchcock : on découvre le nom de l’université dans laquelle se trouve un espace au nom familier des fans du cinéaste, et on est obligé de penser à Spellbound au rêve cinématographique devenu culte…

 

 

(1) Sauf Fernand Naudin : il n’a pas le temps.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jack Conway, #Lon Chaney, #Drame
Le Club des Trois (The unholy Three - Jack Conway, 1930)

Quand le 12 juillet 1930 sort le film, c’est un véritable événement : Lon Chaney parle !

Après des dizaines de films muets et deux ans après le début véritable du parlant, Chaney joue dans un film sonore.

Et quel film : un remake de celui de Tod Browning (1925), dans lequel on retrouve le nain Harry Earles, mais sans Victor McLaglen que la Fox n’a pas voulu prêter.

Quand sort un remake, le spectateur se pose toujours la question de l’utilité de refaire une œuvre.

Pour moi, la réponse est claire et sans hésitation : oui.

Non pas pour la fin légèrement modifiée, mais pour l’utilisation du son qui, dans des films comme celui-ci, est d’une grande pertinence.

En effet, le personnage d’Echo (joué par Chaney) est un ventriloque. C’était aussi la faiblesse dans le film de Browning : les effets vocaux étaient remplacés par des phylactères sur la pellicule.

Malheureusement, si les spectateurs ont enfin pu entendre la voix de Lon Chaney, leur joie ut de courte durée : ce géant s’éteignait quelques semaines plus tard, victime des produits de maquillage qui firent sa célébrité et renforcèrent son talent. C’était le 26 août.

 

L’intrigue est donc la même que précédemment : trois ex-vedettes de foire s’allient et forment un trio de malfaiteurs, dissimulés derrière un magasin d’animaux domestiques qui leur sert de couverture : ils profitent de la livraison chez leurs clients fortunés pour repérer ce qu’il y a à voler chez eux.

Mais un soir, le cambriolage tourne mal : un homme est tué et Hector (Elliott Nugent), l’employé du magasin, est accusé de meurtre.

Rosie (Lila Lee), la bonne amie d’Echo va le persuader d’innocenter celui qu’elle aime, et par là même de la laisser partir.

 

Il est clair qu’Echo est complètement dans le registre de Lon Chaney : à part les jeunes premiers, il était capable d’interpréter n’importe quel sorte de rôle, jusqu’à des personnages asiatiques fort crédibles.

Et le film nous permet d’entendre qu’il aurait pu très bien continuer malgré l’avènement irréversible du cinéma parlant. Sa voix est claire et agréable (pour un truand), en totale adéquation avec son physique et ses jeux de visage.

De plus, professionnel jusqu’au bout, il interprète le ventriloque avec beaucoup de réalisme, les dents serrées pendant que le diaphragme et les cordes vocales fonctionnent.

Malheureusement, tout de même, la bande-son n’est pas toujours en bon état, quatre-vingt-dix ans après.

Autre personnage dont la voix est intéressante : Harry Earles. Non seulement sa corpulence lui permet de jouer le bébé, mais sa voix aussi est dans le même registre. C’est plus la voix d’un petit garçon que d’un adulte (1). Par contre, le personnage malgré sa petite taille n’est plus un petit garçon depuis longtemps : il a des attitudes et des réflexions qui ne trompent pas, mais surtout, il fume le cigare ! (2)

Et surtout, le décalage entre la voix et l’âge démontre que celui qu’on appelait Tweedle Dee est un personnage terrible et très malfaisant.

 

En reprenant cette histoire, Jack Conway retrouve Lon Chaney, deux ans après While the City sleeps (film incomplet à ce jour), et d’une certaine façon fait un clin d’œil à Browning, en présentant la galerie d’attractions dans laquelle on découvre les trois brigands. Outre ceux-ci, on peut admirer : Ida (Birdie Thompson), une femme énorme ; Sylvester l’avaleur de sabre ; ainsi que les sœurs siamoises Cecilia et Linda Parker, ainsi qu’une magnifique femme tatouée.

Bref, tout est en place pour Freaks.

Le Club des Trois fut un succès,  alors que Freaks un fiasco. Le public voulait bien d’une histoire avec un nain, mais pas avec le reste des « monstres » : il n’était pas imaginable que ces créatures puissent avoir une vie normale, comme ceux qui venaient les voir. Mais nous sortons du film. Pardonnez-moi.

 

Ce dernier rendez-vous avec Lon Chaney est malgré tout émouvant. Son personnage est d’une certaine façon un condensé de toutes ses capacités d’acteur : « l’homme aux mille visages » possède aussi plusieurs registres vocaux.

Et si Echo n’a pas la femme à la fin, il n’en demeure pas moins un personnage attachant et sympathique – comme ce fut le cas pour l’autre film tourné avec Conway – et les adieux qu’il envoie à Hector et Rosie à la fin du film prennent une autre dimension : le train qui l’emmène ira beaucoup plus loin que prévu.

 

 

  1. Peter Dinklage n’a pas cette voix d’enfant, ce qui ne lui aurait pas permis de jouer Tyrion…
  2. Si Robert Zemeckis n’a pas pensé à lui quand fut créé Baby Herman, la parenté avec le comparse de Roger Rabbit est tout de même évidente.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Maurice Tourneur, #Mélodrame, #Lon Chaney
Le Secret du bonheur (Victory - Maurice Tourneur, 1919)

Axel Heyst (Jack Holt) est un homme qui vit seul et très heureux, sur une île (déserte, bien sûr), et qui suit les préceptes que son père a couchés dans un ouvrage.

Deux grandes idées ressortent de son mode de vie (outre l’isolement) : éviter les femmes et ne pas tuer quelqu’un.

Mais alors qu’il vient régler ses dernières affaires et ainsi quitter la « civilisation », il rencontre Alma (Seena owen), une jeune femme malheureuse, qu’il emmène avec lui.

Plus tard, trois individus louches débarquent sur son île, à la recherche de son or…

 

Si le titre original est assez abscons, que dire de sa traduction française ? Alors, Victory ou Le Secret du bonheur ?

Toujours est-il que pour le spectateur, rien qu’en lisant le générique, il sait déjà que les deux préceptes phares de monsieur Henry Heyst vont voler en éclat : en effet, nous avons pour la femme la belle Seena Owen, et pour l’infâme l’immense Lon Chaney.

Comment ne pas succomber à l’une et ne pas se débarrasser du second ?

Rassurez-vous, il n’y arrive pas.

 

Maurice Tourneur retrouve une partie de la distribution de son film précédent : Jack Holt, Seena Owen et Wallace Beery s’y trouvaient déjà.
Et encore une fois, on retrouve un homme qui se démarque des habitudes de ses contemporains, préférant la solitude à la société, menant une vie où aucune femme n’a de place. Si ce n’est pas un misanthrope, ça y ressemble un tantinet tout de même.

Il faut dire que la société qui lui est proposée près de sa retraite a des raisons de vous donner envie de partir.

 Nous sommes aux Indes orientales hollandaises, dans un palace pour touristes fortunés ou qui le semblent, tenu par August Schomberg, un propriétaire louche : c’est normal, c’est Wallace Beery qui l’interprète. Outre une bêtise crasse et une obséquiosité intrinsèque au personnage, Schomberg possède un goût pour les jeunes femmes qui prend sa source dans son mariage : sa femme n’est plus toute jeune – tout comme lui – et un peu de nouveauté semble sa devise.

Autre élément de cet hôtel : un orchestre de femmes dirigées – à la scène – par Zangiacomo, mais dans la vie, c’est Madame qui tient la baguette !
Pas étonnant donc que Zangiacomo louche lui aussi sur la belle Alma.

Tout est donc fait pour que Heyst rencontre Alma.

Voila donc une première partie de question qui se résout.

 

Comme Heyst a emmené Alma avec lui, Schomberg, dépité fait appel à un trio de brigands assez croquignolets : Mister Jones (Ben Deeley), un grand blond, froid comme la mort ; Ricardo (Lon Chaney), un homme de main fourbe et lanceur de couteaux ; Pedro, une brute qui sait régler certaines situations sans réfléchir.

C’est un curieux équipage que nous voyons là, mais qui prend toute sa place dans la présente intrigue. Si ces affreux ont décidé de dépouiller Heyst, Ricardo a en outre le dessein de repartir avec la belle Alma. Encore une fois, on retrouve Lon Chaney en butte à un amour impossible, mais à la différence de certains rôles qu’il interprètera plus tard, il n’y a aucune rédemption de prévue pour lui. Il disparaîtra et personne ne pleurera.

Mais sa présence nous permettra de jouir d’un beau flashback racontant la rencontre de Jones et lui avec Pedro (Bull Montana) et un des services que ce dernier a pu leur rendre.

A chaque fois, Tourneur n’hésite pas et nous montre des scènes plutôt violentes (surtout pour l’époque), dont un homme qui s’effondre dans un feu…

Il semble que les spectateurs de l’époque aient eu des frissons lors des diverses projections.

 

Ce personnage fourbe comme Chaney savait si bien les interpréter est aussi la deuxième cause de non respect du mode de vie initial de Heyst.

Et malgré tout, il se rend compte que l’histoire se termine très bien pour lui.

 

Ce qui nous amène à répondre à la question du début : Victory ou Le Secret du Bonheur ?

Pour ma part, je penche pour Victory, et ce n’est pas pour les raisons habituelles liées à un quelconque traducteur : si le secret du bonheur, c’est d’aimer et de tuer des gens, je pense que c’est un peu extrémiste.

Et surtout, il me semble que, en dehors des périodes de guerre, ce n’est pas tellement autorisé…

Voir les commentaires

Articles récents

Hébergé par Overblog